TOUT EST DIT

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samedi 26 janvier 2013

L'islam considéré comme incompatible avec la société française : mais comment en sommes-nous arrivés là ?


Selon un sondage Ifop réalisé pour Le Monde, 74% des Français jugent l'islam intolérant. Et ils sont 68% à estimer que les musulmans ne sont pas bien intégrés.

Atlantico : Près de trois Français sur quatre estiment que l'islam n'est pas compatible avec la société française, selon un sondage Ipsosréalisé par Ipsos pour Le Monde, le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) et la Fondation Jean-JaurèsEntre les discours lénifiants si souvent tenus par les élites politico-médiatiques, une certaine réticence des musulmans à se remettre en cause et les débordements des obsédés de la question, qui porte la grande part de responsabilité de ce constat accablant ?

Daoud Boughezala : Ce sondage exprime des réalités enfouies sous le boisseau des discours lénifiants sur le « vivre-ensemble », la « diversité » et l’éternel refrain de la « France qu’on aime ». Ceci dit,  Bourdieu nous a appris que les résultats de toute enquête d’opinion étaient déterminés par la question posée. Qu’est-ce que « l’islam » ? La civilisation arabo-musulmane ou la religion instituée par Mahomet au VIIe siècle ? Je crois que les sondeurs comme les sondés pèchent par un certain essentialisme de façade : sans l’avouer explicitement, ce n’est pas tant l’islam comme doctrine théologique, d’ailleurs fort plurielle, dont il est ici question mais plutôt l’immigration en provenance des pays musulmans. Pour y voir plus clair dans ce débat, peut-être faudrait-il reformuler la question en la recentrant sur l’immigration, ce qui éviterait de mêler un enjeu social de premier ordre (la capacité d’accueil) avec des considérations théologiques.
Engoncés dans leur irénisme, nos hommes politiques évitent généralement l’obstacle en vantant les mérites d’un « islam des Lumières, religion de paix et de tolérance ». Là n’est pas la question. Évitons les dérobades : la société française, massivement sécularisée, se demande aujourd’hui, si elle peut absorber les millions d’immigrés présents sur son territoire, qui importent une culture et des modes de vie spécifiques, dans lesquels l’islam prend souvent une part prépondérante. Ce que l’on pense abstraitement de la religion musulmane n’a que peu à voir avec la condition des immigrés musulmans actuellement présents sur notre sol, qui cohabitent parfois malaisément avec les populations « autochtones ». 
Haoues Seniguer : Avant de vous répondre sur le fond, qu'il me soit permis de faire une remarque préalable sur la forme. C'est une question méthodologique absolument fondamentale. Gardons-nous toujours de tirer des conclusions générales, et donc quelque peu hâtives, sur les résultats d'un sondage, par ailleurs souvent assimilé, de façon indue, à l'expression "d'une opinion publique", qui, comme le disait si bien Pierre Bourdieu, "n'existe pas". Parmi les biais potentiels, si l'on suit le sociologue français, outre le fait d'induire des réponses "à travers la façon de poser la question", il y en aurait au moins trois: d'abord, laisser accroire que la production "d'une opinion est à la portée de tous"; ensuite, supposer "que toutes les opinions se valent"; et enfin, présupposer, en posant les mêmes questions à toutes les personnes interrogées, qu'il y aurait "un consensus sur les problèmes"; ce qui n'est pas forcément le cas.
Sur le fond, les réponses sont inquiétantes, indubitablement, car elles dénotent d'une défiance généralisée vis-à-vis des musulmans, traduisant in fine que l'exercice de la citoyenneté et le respect de l'État de droit par ceux-là n'est plus la variable déterminante dans notre perception commune de ce que doit être une intégration socio-politique réussie.
Claude Sicard : Le bon angle d'attaque de ce problème de compatibilité avec la société française est celui de l'anthropologie. L'islam et la chrétienté (aujourd'hui l'Occident) sont deux civilisations différentes, des civilisations qui se combattent depuis 13 siècles. Ces deux mondes sont en opposition pour des raisons doctrinales, des raisons historiques et des raisons psychologiques. Les musulmans qui s'installent en Europe ne veulent pas abandonner leur identité, et on ne peut le leur reprocher. Ils ne peuvent se fondre dans notre civilisation car ce serait pour eux trahir les leurs, d'autant que le prophète Mahomet a dit qu'ils étaient "la meilleure des communautés que Dieu ait créée". 
Pour ce qui est des questions doctrinales, Mahomet a dit aux chrétiens qu'ils avaient tout faux : Jésus n'était pas le fils de Dieu, il n'est pas mort sur la croix et il n'a pas ressuscité... Il a dit aux chrétiens que leur histoire de Trinité c'était de la polygamie et que l'islam lutte ardemment contre la polygamie : Dieu n'a pas d'"associés"!
En matière historique, les cavaliers d'Allah sont allés, à la mort du Prophète, conquérir l'empire romain qui était chrétien depuis 380, allant jusqu'à Poitiers. Puis il y eut les croisades pour reconquerir des terres chrétiennes et Jérusalem. Ensuite Saladin chassa les croisés des terres où ils s'étaient installés. Puis il y eut les Seldjoukides qui allèrent conquérir l'Europe orientale : ils arrivèrent jusqu'a Vienne qu'ils assiégèrent par deux fois ; les papes lancèrent contre eux des croisades, mais en vain ! Et les musulmans prirent ensuite Constatinople en 1453. Par la suite  es Turcs furent repoussés et finalement l'empire ottoman fut démantelé par les occidentaux.
Il y eut en sens invers au XIXeme siecle la colonisation par les pays européens des pays musulmans : Afrique du nord, Libye, Egypte etc. Et ces luttes furent généralement très dures. Au siècle suivant il y eut les luttes pour chasser les occidentaux des leurs colonies, luttes qui s'achevèrent par la guerre d'Algérie.
Au plan psychologie, tous ces événements ont eu des répercutions énormes : les musulmans nous reprochent les croisades, l'expulsion des Morisques d'Espagne, la colonisation au XIXeme siecle, le pillage des ressources des pays arabes, et la non reconnaissance par les occidentaux des apports a leur civilisation faits par la civilisation musulmane aux Xeme, XIeme et XIIeme siècles. Dans l'inconscient collectif des musulmans, il s'agit entre l'Occident et l'islam de luttes constantes au point que les musulmans appellent souvent encore les occidentaux du nom de "croisés". 
Ajoutons que les musulmans se sentent dominés par les Occidentaux du fait que ce sont les occidentaux qui ont fait la civilsation technique actuelle : un auteur musulman Fereydoun Hoveyda nous dit dans son livre "Que veulent les Arabes ?" : "les musulmans se sentent humiliés, soumis à l'hegemonie de l'Occident, victimes d'injustices, en proie à un séculaire complot judeo-chrétien". Et Il rajoute : "les musulmans nourrissent une psychologie victimaire et revendicative". Il faut sans cesse avoir en mémoire ce ressenti des musulmans pour comprendre qu'ils ne souhaitent pas se fondre dans notre société occidentale.    

Quels sont les préjugés qui pèsent sur le débat de part et d'autre ? 

Daoud Boughezala : Je crois qu’ils sont nombreux. Notamment du fait d’une méconnaissance mutuelle. Les critiques de l’islam lui demandent régulièrement d’accomplir son « Vatican II » ou de parapher un serment d’allégeance à la République comme le firent le rabbinat sous la pression de Napoléon. Or, l’islam- hors de sa minorité chiite- échappe à toute autorité cléricale, ce qui complique sérieusement le dialogue et la représentation des croyants. Tout le monde ou presque peut se proclamer « imam » : ce mot désigne celui qui se place devant les autres croyants pour conduire la prière, sans compétences sacerdotales particulières. Il n’existe pas d’autorité hiérarchique verticale dans l’islam sunnite, où l’absence de clergé constitué crée un rapport d’égalité horizontale entre les croyants. Dans ces conditions, on comprend le désarroi d’autorités politiques en quête de représentants d’une « communauté musulmane » qui n’existe pas : entre Turcs, Algériens, Maghrébins et Subsahariens, les sujets de discorde sont légion, indépendamment des riches controverses alimentant la rivalité entre les écoles juridiques et théologiques de l’islam.  
Inversement, certains musulmans Français pratiquants ont l’impression d’être perçus comme une cinquième colonne de suspects, terroristes ou voleurs de pains au chocolat en puissance. Il est vrai qu’une certaine droite, faute de s’attaquer sérieusement aux questions d’immigration, de frontières économiques et culturelles, multiplie les rodomontades sur le dos d’une clientèle électorale qui n’est pas la sienne. Ceci dit, l’aveuglement sur l’islam règne aussi à gauche, où l’on croit que les bons sentiments suffisent à constituer une politique : l’islamophile béat est tout aussi hémiplégique que l’islamophobe obsessionnel ! 
Haoues Seniguer : Je crois pouvoir dire que les préjugés, qui semblent effectivement se lire dans les résultats du sondage Ipsos/Le Monde, naissent de trois mouvements concurrents : le premier est incarné conjointement par des médias, du fait de certaines couvertures sensationnalistes, mais aussi par des élus politiques, qui suscitent ou accentuent, nolens volens, la crainte parmi la population, en tenant des discours maladroits ou ouvertement stigmatisants, sans nuances aucune, à l'endroit des musulmans de notre pays. L'autre mouvement est incarné par certains musulmans, généralement minoritaires certes, mais extrêmement actifs sur la toile et dans certains lieux de culte, qui diffusent une approche de l'islam à la fois rigoriste, intolérante et parfois empreinte d'accents belligènes. Enfin, le dernier mouvement est incarné par les grandes organisations communautaires françaises qui, souvent, sans en avoir conscience, provoquent la suspicion, compte tenu du peu d'entrain à dénoncer très vite et régulièrement les excroissances radicales ou les approches littéralistes de certains de leurs coreligionnaires. 
Claude Sicard : Du côté occidental avant les événements du 11 septembre il n'y avait pas vraiment de préjugés défavorables à l'égard des musulmans. Avec les attentats qui se sont multipliés (Madrid, Londres etc.) la persecution des chrétiens dans les pays musulmans, et les manifestations trop voyantes de l'islam en Europe (les prières dans la rue, la viande hallal, les mosquées qui se multiplient, le refus de la mixité dans les piscines, le voile des femmes, etc.) on voit se developper une certaine islamophobie.
Du côté des muslmans le jugement que portent ceux-ci sur la civilisation occidentale sont très sévères : une civlisation sans Dieu, une marchandisation du corps de la femme, l'homosexalite acceptée, la drogue, l'alcoolisme, une civilisation de l'objet, une polygamie occculte et désordonnée, etc. "La pire des civilsations de l'histoire" avait dit Ben Laden dans un article qu'il publia dans un journal américain aprés le 11 septembre ! 
Laissons-nous réellement la place au dialogue entre musulmans et non-musulmans ? Comment se répartissent les torts entre musulmans et non-musulmans ?
Daoud Boughezala : Nous devrions sortir de l’universalisme républicain abstrait et repenser notre rapport à la communauté. Alors que nous subissons l’assaut d’une mondialisation économique et culturelle sauvage, le débat public ne nous laisse le choix qu’entre une IIIe République d’un autre âge et une logique de ghettos. Sans céder à l’assignation identitaire – rappelons que l’islam est une religion et non une origine ethnique – le dialogue que vous appelez de vos vœux devrait se tenir à l’échelle de la société, et non entre « représentants » choisis. L’accès à l’universel, c’est-à-dire au « local sans les murs » nécessite idéalement une certaine homogénéité culturelle.
A défaut, enrichissons le débat de nos différences culturelles qui peuvent parfois nous amener à adopter des conclusions communes. Des courants laïcs ainsi que les trois grandes religions monothéistes se rejoignent par exemple dans leur attachement conservateur à la famille nucléaire : un père, une mère, des enfants. Dans un autre registre, lorsqu’il n’était pas encore contaminé par le virus sociétal, le Parti Communiste Français jouait un rôle considérable de levier d’intégration politique des immigrés, musulmans ou non. Le contexte international était certes différent et les tensions de civilisation moins exacerbées, mais il y a sans doute d’heureux précédents à méditer.  Le dialogue a donc existé, il ne tient qu’à nous de la raviver. Pour cela, encore faut-il s’accorder sur un socle de valeurs communes, qui comporte notamment le droit au blasphème en démocratie, encore d’être accepté par tous les clercs musulmans. 
Haoues Seniguer : L'espace du dialogue n'est certainement pas suffisant. En effet, c'est précisément le déficit de dialogue intra-musulman et avec les non-musulmans qui provoque tant de malentendus et de crispations dans la société française. Une bonne façon pour renouer le fil rompu ou mince du dialogue serait, du côté des musulmans français notamment (Union des Organisations Islamiques de France, Conseil Français du Culte Musulman, Grande Mosquée de Paris, etc.) d'ouvrir davantage leurs structures à la jeunesse née et socialisée dans notre pays, qui est plus est cultivée, et de rompre avec une lecture hyper normative de l'islam, en acceptant de débattre contradictoirement, y compris avec celles et ceux qui n'ont pas une bonne perception de leur religion.
Claude Sicard : Le dialogue entre musulmans et chrétiens est impossible. Il faudrait tout d'abord que les musulmans s'écartent du Coran pour accepter que les "chrétiens" ne soient pas des citoyens de second rang, des "shimmys". On ne peut discuter qu'entre gens qui se respectent. Par ailleurs le Coran dit  aux musulmans : "Ô croyants ne prenez point pour amis les juifs et les chrétiens" (5,51). Tout cela augure donc mal d'un dialogue fructueux entre musumans et chrétiens.

L’islam et les Français sont-ils réconciliables ? Comment ?

Daoud Boughezala : Votre question souffre d’un certain essentialisme : « l’islam » est divers, de même que « les Français ». Ce ne sont pas deux monolithes séparés par une frontière étanche, loin de là. En fait, je crois que tout le monde gagnerait à être un peu plus « marxiste » dans son regard sur l’Autre : en réalisant que les individus sont avant tout des citoyens inscrits dans une histoire économique et sociale particulière. Qu’ils soient immigrés ou « français de souche » convertis, les Musulmans ne doivent pas être jugés en fonction de tel ou tel verset coranique mais suivant leur comportement en société. Gare aux généralisations abusives : ce conseil vaut aussi pour les zélateurs de la France multiculturelle qui fustigent le scepticisme des Français devant l’islam : le sondage que vous citiez est avant tout un cri de détresse qui mérite d’être entendu et décrypté.  
Je crois que le spectre de la guerre de religions est un piège dans lequel il ne faut pas tomber. Nombre de débats récents, qui méritaient pourtant d’avoir lieu, dérivent en affrontement stérile entre « antiracistes » moraux et mal-pensants revendiqués, au mépris de la complexité. Si réconciliation il doit y avoir, c’est qu’une fâcherie s’est produite. Or, les Français, athées, Musulmans, chrétiens, comme juifs, éprouvent un sentiment de dépossession auquel les débats institutionnalisés ne changent rien. La religion de la croissance perpétuelle, le partage de la richesse entre capital et travail, la gestion de la pression migratoire sont autant de sujets incontournables qu’occultent les duels entre « islamophobes » et « islamophiles » aux revendications parfois également légitimes. Dans Incitation à l’autodéfense, Michel Bounan nous avertissait : « à chaque souffrance particulière correspond une centrale contestataire (…) Malgré leurs protestations contradictoires, ces centrales contestataires présentent pourtant un caractère commun remarquable. Aucune d’elle ne rattache jamais les souffrances qu’elle dénonce à la racine marchande de l’organisation sociale qui les produit ». Gare en effet à ne pas passer à côté de l’essentiel !
Haoues Seniguer : Ils sont forcément réconciliables d'abord parce qu'une majorité de musulmans de notre pays est elle-même Française et en est particulièrement fière. Simplement, c'est en oeuvrant, de part et d'autre, du côté des musulmans comme des non-musulmans, à ouvrir les identités culturelles, religieuses ou philosophiques les unes aux autres, dans un contexte de pluralisme marqué par le fait multiculturel, que notre société retrouvera la sérénité d'un débat démocratique qui doit impérativement être continué. En cela, les institutions et nos élus doivent en être les garants.
Claude Sicard : Pour qu'il y ait réconciliation il faut que les musulmans européens adoptent un islam reformé, en s'écartant du Coran. C'est parce que les musulmans indonésiens ont adopté un "islam reformé" qu'ils ont pu basculer dans un régime démocratique. Beaucoup de musulmans en Europe sont en fait sur un islam reformé, mais celui-ci doit être précisé dans sa forme. Etant minoritaires en Europe, les musulmans selon le droit musulman ont parfaitement le droit de ne pas respecter toutes les préconisations du Coran : cela pour ne pas créer de phénomène de rejet de la part des autochtones. Malheureusement, ils ne le font pas et ils ne savent même pas d'ailleurs qu'ils pourraient le faire. Le CFCM (Conseil français du culte Musulman) aurait du se donner pour tâche unique de faire émerger un "islam de france" ; c'etait le voeu de Nicolas Sarkozy. Au lieu de s'adonner à cette tâche le CFCM n'a fait qu' imposer un islam tel qu'on le lit dans le Coran et c'est fort regrettable. Même un leader comme Tariq Ramadan leur dit qu'il ne faut pas faire une lecture litterale du Coran !

L'immobilier : la prochaine claque qui attend l'économie française


Selon une étude réalisée par "The Economist", le marché immobilier français est le numéro un mondial pour la surévaluation des prix par rapport au revenu des ménages, et le quatrième plus surévalué par rapport aux loyers. Surévaluation de l'immobilier dans une économie chancelante : bon appétit.
Les fondations économiques de la France se fissurent. Le taux de chômage atteint 10,5% et ne cesse de grimper. Le secteur privé s'endort lentement dans un coma profond. Les ventes de voitures ont dégringolé de 13,9% en 2012 par rapport à 2011, qui était pourtant déjà une mauvaise année. Cette baisse des ventes concerne particulièrement les constructeurs français : PSA Peugeot Citroën a baissé de 16,6% et Renault de 19,8%. Et tout le monde de pointer du doigt un coupable.
Dans le royaume des appartements parisiens estimés à 2 millions d'euros ou plus – ce montant ne permet plus d'acheter grand-chose à Paris de nos jours – un jeu de poules mouillées est en train de s'instaurer. Le nombre de transactions s'est en effet effondré de 42% en 2012.
L'agence immobilière britannique de prestige Barnes qui s'est spécialisée dans la vente de biens de grand standing en France mais aussi ailleurs s'est basée sur les données fournies par des notaires spécialistes des transactions immobilières pour réaliser son enquête. Les prix des biens immobiliers haut de gamme à Paris ont ainsi baissé de 10 à 15%. Pour les propriétés en dessous de deux millions d'euros, les transactions ont dégringolé de 28% alors que les prix sont restés stables.
L'étude rejette la faute sur "la confluence de la crise de l'euro, les élections et les impôts". Les mots sont durs.
"Les élections" se réfèrent bien évidemment au choix des Français d'élire le socialiste François Hollande président de la République mais aussi aux élections législatives lors desquelles le PS est sorti vainqueur et a pris le contrôle du Parlement. Le terme "impôts" se réfère quant à lui aux nombreuses nouvelles taxes proposées par le nouveau gouvernement, et qui ont été votées par le Parlement, même si l'une d'entre elles, la tranche d'imposition à 75%, a été rejetée par le Conseil constitutionnel (une version légalement plus acceptable pourraient néanmoins renaître de ses cendres plus vite qu'on ne l'imagine).
Le climat est donc devenu hostile pour les riches, et la rhétorique empoisonnée. Ils s'en vont donc en masse, et pas seulement les super-riches. Ces circonstances malheureuses – les riches qui fuient – "ont incité les vendeurs a accélérer le processus de mise en vente des bien immobiliers alors même qu'il y a moins de vendeurs", explique Barnes, inquiet.
L'optimisme n'est plus de mise dans le monde immobilier français. Barnes évoque un marché "hésitant" lors du premier trimestre de l'année 2013, "avec un faible taux de transactions" mais qui s'améliorera petit à petit néanmoins avec une "lente correction des prix" – plutôt qu'une correction soudaine, ou même un krach. D'autres experts voient un futur bien plus sombre pour le secteur.
"Les vendeurs n'ont toujours pas compris qu'ils doivent diminuer leur prix de façon drastique bien que ces derniers aient déjà baissé à Paris de plus de 10%" comme l'explique Philippe Chevalier, PDG du spécialiste de l'immobilier de prestige Emile Garcin. Il pointe notamment du doigt les acheteurs étrangers, ou plutôt la rareté soudaine d'étrangers, car peu de Français peuvent encore se permettre d'acheter un beau logement à Paris. Ils ont en effet été chassés du marché. Le problème est que les acheteurs étrangers ont désormais peur en raison de "l'accumulation des taxes sur les biens immobiliers" ajoute Philippe Chevalier.
Et ce n'est pas seulement le cas à Paris. Les ventes en province de biens immobiliers anciens ont également baissé de 20% pendant le troisième trimestre, accélérant par la même occasion de 16% le déclin du deuxième trimestre. Et les ventes de nouveaux biens immobiliers en France de plonger de 25% au troisième trimestre.
Pourtant, les prix en France, au moins au troisième trimestre de l'année dernière, n'ont pas vraiment diminué, les vendeurs ayant toujours l'espoir – qui s'est révélé illusoire dans tous les fiascos immobiliers jusqu'à présent – que cette tendance passera également. Et même si les taux hypothécaires se sont élevés en moyenne à 3,31% en novembre sur une durée moyenne de 208 mois, les prêts hypothécaires ont plongé de 32,6% par rapport à l'année précédente.
Le journal The Economist s'est intéressé au phénomène en publiant une étude des prix de l'immobilier international. Cela ne visait pas directement la France, contrairement à d'autres des articles du journal. Et pourtant, ça à touché l'Hexagone en plein cœur.

L'étude a utilisé deux mesures et les a comparées aux anciennes moyennes, remontant jusqu'en 1975. L'étude révèle que la France est aujourd'hui numéro un en Europe pour la surévaluation des loyers par rapport au prix de vente. Les tarifs français sont ainsi surcotés de 50% par rapport au niveau des loyers pratiqués derrière le Canada (78%), Hong Kong (69%) et Singapour (57%); et de 35% par rapport au revenu disponible, juste devant le Canada (34%). Cela fait donc de la France le marché immobilier numéro un mondial pour la surévaluation des prix par rapport au revenu des ménages, et le quatrième plus surévalué par rapport aux loyers. Surévaluation de l'immobilier dans une économie chancelante : bon appétit.

François Hollande et le Premier ministre Jean-Marc Ayrault sont donc encore plus impopulaires que jamais auparavant. Le scrutin est toutefois passé inaperçu avec l'intervention de la France au Mali – qui a entraîné une flopée de commentaires positifs et de soutiens venant de tous les côtés, au moins en ce qui concerne la France. Avec un timing impeccable.

Cameron, le nouvel avatar européen

Cameron, le nouvel avatar européen


Est-il possible qu’on prenne davantage les Européens, et en premier lieu les Français et les Britanniques, pour des imbéciles ? Il n’y a guère d’autre explication cependant aux réactions européennes au discours du Premier ministre britannique (Présent d’hier), sauf à supposer que nos politiques soient tous de sinistres crétins. A commencer par François Hollande…
Qu’a donc dit David Cameron, qui tourneboule tellement les cervelles ? Rien ! Il n’a fait que se prononcer contre l’isolationnisme et pour l’Union européenne – « Je veux que l’Europe soit un succès » –, demandant simplement un plus grand équilibre en son sein, de peur que le fossé qui se creuse entre l’Europe et ses citoyens ne devienne tel que la Grande-Bretagne n’ait plus d’autre choix, pressée par son opinion publique, que d’en sortir.
Ah ! certes, David Cameron s’est prononcé en faveur d’un referendum sur la question. « Un aller simple, sans retour. » Et cela fait frémir un grand nombre de ses partenaires.
Et pourtant, ce qu’a déclaré le Premier ministre britannique ne contredit en rien son allégeance européenne. « Quand nous aurons négocié un nouvel accord, a-t-il en effet affirmé, nous offrirons aux Britanniques un referendum avec un choix très simple : rester au sein de l’UE sur cette nouvelle base ou en sortir complètement. Ce sera un referendum sur l’appartenance ou non à l’UE. »
Quand… Car ce n’est pas pour tout de suite. Il le dit clairement : « (…) enfin, si vous nous reconduisez au pouvoir, nous autres Conservateurs, aux prochaines élections », et le situe fin 2017 au plus tard.
C’est finement (?) joué. Parce qu’en 2014, se posera la question de l’indépendance de l’Ecosse ; et que si Edimbourg faisait sécession, l’Angleterre, qui compte la majeur partie des eurosceptiques, pourrait bien, dans le même mouvement, dire bye à Bruxelles.
Et parce qu’en 2015 David Cameron espère bien remporter de nouveau les élections, pour rester au pouvoir. En appâtant sa droite eurosceptique, et notamment l’Ukip et son leader Nigel Farage, avec un referendum à venir après les élections, David Cameron peut escompter obtenir leurs voix. Non que les eurosceptiques soient naïfs. Mais, comme l’observe Nigel Farage, « il laisse le génie sortir de sa boîte ». A l’Ukip de savoir saisir l’occasion…
Entre-temps, le Premier ministre espère bien obtenir quelque hochet de ses partenaires européens, histoire de pouvoir dénaturer l’intérêt du referendum promis. Oh ! certes pas, comme il a feint de le promettre, quelques « rapatriements de compétences » – qui ont fait hurler certains de ses partenaires – puisqu’il est impossible, en l’absence en tout cas d’un nouveau traité le prévoyant, que Bruxelles y consente jamais. Mais peut-être en discutant quelque exception britannique, comme Londres en a, depuis des décennies, une sorte de coutume. Par exemple dans la mise en place de la fameuse taxe sur les transactions financières, serpent de mer longtemps contesté, mais finalement mis sur les rails cette semaine, du moins pour onze Etats-membres – dont la France fait bien sûr partie… Si la Grande-Bretagne n’est pas encore concernée, le FMI l’a bien compris, qui lui propose de… tempérer la rigueur…
A Davos, qui a débuté dans la foulée, David Cameron a cependant tenté de calmer l’émoi de certains de ses partenaires. « Il ne s’agit pas de tourner le dos à l’Europe, bien au contraire. Il s’agit de savoir comment parvenir à une Europe plus compétitive, plus ouverte et plus flexible, et assurer la place du Royaume-Uni en son sein », a-t-il affirmé. Un discours qui n’est pas, il faut le noter, tout à fait inaudible pour Angela Merkel, qui, mercredi, se disait « prête à discuter des souhaits britanniques ». Bref ! à aider son homologue à satisfaire, au moins en apparence, ses compatriotes.
Cela n’ira pas plus loin, quoi qu’il en soit. Et Bruxelles l’a bien noté qui, au lieu de joindre ses piaillements à ceux de certains dirigeants européens, a salué, par la voix de Pia Ahrenkilde-Hansen, porte-parole de la Commission européenne, « la déclaration sans équivoque du Premier ministre indiquant qu’il veut maintenir la Grande-Bretagne dans l’Union européenne ».
Ainsi, David Cameron espère-t-il gagner sur les deux tableaux, avec son discours, prononcé cinq jours après son report sine die, destiné à calmer son opposition, tout en rassurant Bruxelles. Une sorte de porridge pour les chats – ou de claptrap, comme disent les Britanniques.
Il pourrait ainsi organiser un plagiat, digne de son homonyme réalisateur, du referendum organisé pour les Français et les Néerlandais en 2005, mais qui aurait au moins l’avantage de le dédouaner vis-à-vis de son opinion publique.

Hollande préfère l'avion pour aller à Lille

Le président "normal" déroge à la règle annoncée, surtout sur une aussi courte distance de 200 kilomètres et à une heure en TGV !
 Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? François Hollande va cet après-midi à Lille au congrès de l'Union nationale interfédérale des oeuvres et organismes privés sanitaires et sociaux (Uniopss). Il prend l'avion alors que le TGV assure la liaison depuis Paris au rythme d'un Transilien les mauvais jours. Une rame part chaque demi-heure et il faut compter entre 59 minutes et 1 h 2 de trajet à travers la plaine picarde. Imbattable ! De plus, le centre de conventions Lille-Grand Palais, où se tient le congrès, se trouve à deux pas de la gare de Lille-Flandres. Temps de déplacement global du palais de l'Élysée à la tribune de l'Uniopss : 90 minutes environ.

La base de Villacoublay fermée

La présidence de la République a expliqué à Europe 1 : "Dans un contexte de conflit international dans lequel sont engagées les troupes françaises, il est indispensable que le président de la République, chef des armées, puisse rentrer plus vite à Paris ou rester plus longtemps en déplacement, sans être dépendant des horaires d'un train." L'argumentaire convient bien pour un déplacement à Tulle, où l'aéroport voisin de Brive compte au mieux trois vols par jour. En revanche, c'est moins crédible quand deux TGV par heure relient Lille à Paris et, si le président avait cinq minutes de retard, la SNCF ne fermerait pas les portes de la rame au départ. Mais il y a aussi - et peut-être surtout - les salariés de PSA que le président ne souhaite pas rencontrer à la gare du Nord. Au passage pour la petite histoire, la SNCF célébrera cet après-midi à 15 h 15 à la gare de Lyon son deux milliardième voyageur TGV transporté depuis 1981.
Voler en avion de Paris à Lille, c'est aussi rechercher la complexité. Jusqu'au printemps prochain, la base aérienne de Villacoublay est fermée, la piste étant en réfection. Les avions présidentiels sont donc délocalisés à Orly. Comptez donc 20 minutes depuis l'Élysée, puis une petite heure de roulage à Orly et de vol en Falcon avec le contournement de Paris, enfin de nouveau 20 minutes depuis l'aéroport de Lille-Lesquin jusqu'au centre-ville. Beaucoup plus de temps de porte à porte qu'en TGV !

Hélicoptère low cost

Le moyen efficace, souple et rapide pour de courtes distances existe pourtant dans les moyens logistiques de l'État. L'ex-Glam dispose de trois hélicoptères Super Puma d'un coût horaire comparable à celui d'un Falcon. La supériorité de la voilure tournante est de pouvoir décoller de l'esplanade des Invalides et de déposer ses passagers sur un terrain de sport proche de la destination finale. L'Élysée peut même s'équiper en hélicoptères pour "homme normal". Hier, Eurocopter, qui présentait ses excellents résultats 2012, a lancé une version low cost du Super Puma. Les coûts baissent d'environ 20 % en adoptant des solutions éprouvées existantes. Objectif : rivaliser avec les hélicoptères russes de plus en plus présents sur les marchés civils.

Le Mali, prochain Afghanistan ?

Extrait d'un article d'Immanuel Wallerstein qui revient sur l'histoire récente du Mali. L'Histoire est un élément essentiel pour comprendre la crise que traverse le Mali aujourd'hui. C'est d'ailleurs pourquoi la propagande de guerre la cache toujours bien soigneusement. Les grands médias ne veulent pas que vous compreniez les guerres, vous vous y opposeriez.
 Comment tout cela a-t-il commencé ? Le Mali (autrefois appelé « Soudan français » après sa colonisation en 1892) est un Etat indépendant depuis 1960. Il a d’abord connu un régime laïc à parti unique menant une politique socialiste et nationaliste. Il fut renversé par un coup d’Etat militaire en 1968.
Les putschistes, à leur tour, instaurèrent un régime de parti unique, mais plus libéral sur le plan économique. Il fut à son tour renversé par un coup d’Etat militaire en 1991 qui déboucha sur une Constitution qui autorisait le multipartisme. Un seul parti continua néanmoins de dominer la vie politique.
Mais parce qu’il était doté de processus électoraux pluralistes, le régime malien fut salué par l’Occident comme un exemple de « démocratie ». Pendant toute cette période, les groupes ethniques du Sud du pays (40 % du territoire malien) ont fourni l’essentiel du personnel politique et administratif des gouvernements successifs. Au Nord (les 60 % restants du pays), les populations touarègues, dispersées et moins nombreuses, ont été marginalisées et en ont conçu un fort ressentiment. Des rébellions ont éclaté régulièrement, accompagnées de revendications d’indépendance.


 Beaucoup de Touaregs ont fui en Libye (et en Algérie), dans les régions du Sud accueillant déjà des populations touarègues. Certains ont rejoint l’armée libyenne. Dans le chaos qui a suivi la chute de Mouammar Kadhafi, les soldats touaregs ont pu se procurer des armes et sont retournés au Mali reprendre la lutte pour l’Azawad, le nom qu’ils donnent à l’Etat touarègue indépendant, au sein d’un Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA). Le 22 mars dernier, le troisième coup d’Etat depuis l’indépendance a porté au pouvoir un groupe de jeunes officiers conduit par Amadou Haya Sanogo.
Pour justifier leur action, les putschistes ont mis en avant l’incapacité de l’armée malienne à faire face aux ambitions sécessionnistes du MNLA. La France, les USA et la plupart des Etats d’Afrique de l’Ouest ont fermement condamné le coup d’Etat et exigé le rétablissement du gouvernement démis. Un difficile compromis a été trouvé entre les forces de Sanogo et le régime précédent, qui s’est traduit par l’installation d’un nouveau président par intérim. Celui-ci a choisi comme Premier ministre un homme ayant un lien de parenté avec le meneur du coup d’Etat de 1968. Il est difficile actuellement de dire qui contrôle quoi dans le Sud du Mali. Pour ne rien arranger, l’armée malienne, mal entraînée, est incapable d’entreprendre une action militaire d’envergure dans le Nord du pays. Pendant ce temps-là en effet, dans le Nord, les musulmans relativement laïcs du MNLA ont cherché à s’allier avec des groupes plus fondamentalistes. Presqu’immédiatement, ceux-ci ont évincé le MNLA et pris le contrôle de toutes les grandes villes du Nord-Mali. Ces éléments plus radicaux étaient en réalité composés de trois groupes différents : Ansar Eddine, formé de Touaregs de la région, Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), composé essentiellement de non-Maliens et le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), qui constitue une scission d’AQMI. Les membres du MUJAO reprochaient à AQMI – ce qui a été à l’origine de leur rupture – d’être trop exclusivement intéressé par l’Afrique du Nord alors qu’au contraire, eux souhaitaient propager leur credo vers les pays d’Afrique de l’Ouest. Ces groupes contrôlent différentes zones et leur degré d’unité collective est difficile à mesurer, sur le plan tactique comme sur les objectifs poursuivis. Un autre ensemble d’acteurs dans la région est celui constitué des voisins du Mali. Tous voient d’un mauvais œil la prise de contrôle de fait de ce vaste territoire par des groupes « salafistes » qui ne font pas mystère de leur désir de diffuser leur doctrine dans les pays voisins. Or ces voisins sont également très divisés sur la marche à suivre. Ils sont notamment, à l’exception de la Mauritanie, rassemblés au sein de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Celle-ci se compose de quinze Etats qui sont tous d’anciennes colonies – sauf le Libéria – de la Grande-Bretagne, de la France et du Portugal.
 La CEDEAO a voulu aider le gouvernement malien à surmonter ses divisions. Ses membres ont indiqué être prêts, éventuellement, à envoyer des troupes pour reprendre le contrôle du Nord-Mali. Deux problèmes se posent toutefois. D’abord, les forces en présence dans le Sud du Mali, en particulier le camp Sanogo, redoutent une intervention prolongée de la CEDEAO. D’autre part, le seul pays susceptible de fournir réellement des troupes – le Nigéria – est très réservé sur cette perspective, car il a besoin de ces mêmes soldats pour faire face à son propre problème « salafiste » sur son sol, la secte Boko Haram. La Mauritanie, qui a su mieux que les autres Etats d’Afrique occidentale contenir les groupes « salafistes », s’inquiète fortement des risques d’incursions armées sur son territoire, notamment dans le cas où la CEDEAO déciderait d’une action militaire contre les « salafistes » au Mali. Quant à la Libye, où de nombreux groupes armés génèrent déjà de graves désordres, elle redoute avant tout que les populations touarègues du Sud du pays ne rejoignent la lutte pour un grand Azawad. La France comme les USA considèrent qu’il est urgent de chasser les « salafistes » du Nord du Mali. Mais les USA, dont les capacités militaires sont déjà surexploitées, ne souhaitent pas envoyer de troupes. La France – ou plutôt le président François Hollande – a adopté une position plus énergique. Le pays est prêt, semble-t-il, à envoyer des soldats. Toutefois, la France étant l’ancienne puissance coloniale, la présence de troupes françaises au Mali pourraient engendrer une forte réaction nationaliste. Source : Tlaxcala Mali

Jean Quatremer: «L'élargissement de l'Europe a été trop rapide»


Le Premier ministre britannique organisera un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union. Sauf si l’Europe change. Jean Quatremer, correspondant à Bruxelles du journal Libération a répondu à vos questions.

Pourquoi le milieu financier britannique se retrouve-il tout à coup pro-européen?
40% des transactions en euros à la City. Si la Grande-Bretagne sort, elle peut oublier cette source de richesse. Cela étant, avec l'union bancaire, qui permettra aux banques d'être aidées par la zone euro en cas de problème à condition qu'elles soient surveillées par la BCE, je pense que les banques vont rapatrier à terme leurs activités sur le continent. Donc le privilège de la City est menacé à terme...
N’eut-t-il pas mieux valu consolider l'existant (harmonisation fiscale, sociale) avant d'autoriser de nouveaux pays à entrer dans l’UE ?
L’élargissement a été trop rapide. Rapidité voulue par la quasi totalité des Etats hormis la France (elle a été violemment attaquée à l'époque sur le thème: ce n'est pas fraternel). Le résultat de cet élargissement mal maîtrisé (la Bulgarie et la Roumanie sont elles moins corrompues qu'avant, par exemple?) a été une montée de l'euroscepticisme qui explique en grande partie le résultat négatif du référendum français de 2005. Le "plombier polonais", c'était le rejet de l'élargissement. Et le pire est que l'on continue alors que l'Union et la zone euro sont encore très fragiles et que l'on a mesuré que l'adhésion avait un coût pour les membres du club: élargissement à la Croatie, au Montenegro, etc. Je suis partisan de supprimer le poste de commissaire à l'élargissement, car, par fonction, il élargit.
Ne trouvez-vous pas dommageable qu'aucun pays d'Europe n'ait envoyé de troupes combattantes au Mali, afin d'épauler l'Armée de Terre ?
La France n'a pas non plus saisi ses partenaires européens avant d'y aller... Cela étant, vous avez raison, la solitude française est regrettable. Mais il faut être sérieux: qui a encore une armée dans l'UE? La France et la Grande-Bretagne. Et encore. Nos concitoyens ont fait un choix: le système social et non la puissance qui a un coût énorme. Aujourd'hui, on voit le résultat de ce choix collectif: il n'y a pas de puissance militaire européenne possible à court terme. La plupart des pays européens (la Belgique au premier chef) comptent sur les Américains pour les protéger et faire le ménage.

“La crise mine la confiance des européens en l’UE”, titre El País. Parmi les conclusions d’une étude: seulement un européen sur trois pense que l’intégration économique a été positive pour l’économie de son pays tandis que 37% estiment que l’euro n’a eu aucune incidence positive...
Le pic de la crise est derrière nous. Nous devons encore affronter la crise économique, conséquence de la crise de la dette, mais les indicateurs repassent tous au vert. Le chief economist d'UBS me disait qu'il avait été sidéré de constater que l'ajustement s'était fait beaucoup plus rapidement qu'imaginé et que les pays les plus gravement touchés sont désormais en convalescence.

'Le grexit? Il est toujours d'actualité', disent des économistes

✓ Pour Nouriel Roubini, les dirigeants européens ont peut-être crié victoire trop vite lorsqu’ils ont affirmé qu’une sortie de la Grèce de la zone euro était « un évènement moins probable cette année, mais qui n’est toutefois toujours pas totalement improbable». L’économiste, pour qui le grexit était imminent l’année dernière, et qui exhortait les dirigeants européens à le préparer pour en minimiser les conséquences, pense maintenant qu’il y a 50% de chances que la Grèce quitte la zone euro dans les 3 à 5 prochaines années.
Roubini est professeur d’économie à l’école Stern de l’université de New York. Il a été surnommé Dr Doom (Dr Ruine), en raison de son constant pessimisme. Il avait prédit la crise financière de 2008 (mais il s’est aussi trompé sur d’autres prévisions pessimistes)
Il pense que l’on pourrait reparler de la sortie de la Grèce de la zone euro à l’occasion des élections en Allemagne, à la fin de cette année, si la coalition grecque au pouvoir faiblit ou si l’Espagne et l’Italie semblaient mieux résister à la crise.
✓ Mohamed El-Erian, le CEO du plus gros fonds commun de placement du monde, PIMCO, a souligné que la Grèce ne se sortait pas vraiment de ses problèmes, et qu’il n’y avait toujours pas de création d’emplois. Plus d’un jeune actif grec sur deux est au chômage, et le taux de chômage de la population active générale s’établissait à 26,8% en octobre dernier. « La Grèce est incapable d’obtenir le type de réduction de dette officielle qui serait nécessaire pour réduire son surendettement. Sa capacité à maintenir cette situation à moyen terme va demeurer incertaine », a commenté El Erian dans un email adressé à Bloomberg.
✓ Des économistes de la banque Citigroup qui évaluaient à 90% le risque de grexit d’ici l’année 2014, sont toujours convaincus que la Grèce sortira de la zone euro dans les deux prochaines années.
✓ Pour Barry Eichengreen, professeur à l’Université de Californie à Berkeley, alors que trop de gens avaient surestimé l’année dernière la possibilité d’un grexit, « maintenant le danger est dans l’autre direction, les marchés sont trop optimistes de penser que la volatilité et les troubles politiques sont derrière nous. Je ne crois pas que la période de calme va durer ».
✓ Au début de cette semaine, le Fond Monétaire International (FMI) a jugé que la Grèce nécessiterait une nouvelle aide de ses partenaires européens dès l’année prochaine pour l’aider à faire face à sa dette énorme. « Selon nos projections préliminaires pour 2015-2016, il pourrait y avoir un écart qui pourrait atteindre 9,5 milliards d’euros », a indiqué Poul Thomsen, le chargé de mission du FMI pour la Grèce