TOUT EST DIT

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lundi 11 juin 2012

Portrait de François Hollande : Une photo ratée de Depardon est-elle encore une œuvre d’art ?

Le portrait de "François Hollande. Président" par le photographe Raymond Depardon a fait couler beaucoup d'encre et donné lieu à de nombreux commentaires. Mais si Depardon avait tout raté comme il le voulait ? Juste le ratage souhaitable... La preuve de son génie artistique ?
Depardon a tout raté comme il le voulait pour le portrait de François Hollande président. Pas plus qu’il n’était nécessaire. Juste le ratage souhaitable. Mais une photo ratée de Depardon, c’est encore une œuvre d’art ?
La photographie comme la peinture, en tant qu’œuvre artistique, est d’abord une affaire de la volonté. Il n’est pas d’œuvre d’art qui vienne à l’artiste, comme ça, par hasard, parce qu’ici et maintenant, il se serait cassé la figure de son cheval et il aurait « vu ». Et donc, peint, écrit, sculpté et photographié, il n’y a pas d’art accidentel. Quand on réalise une œuvre, c’est qu’on l’a voulu. Ensuite, la question est de savoir si l’œuvre est réussie. Si c’est vraiment une œuvre d’art. La photo de communiant du petit neveu avec son appareil offert par sa marraine ne peut pas donner grand-chose. Ou bien ce serait un accident. Mais comme il n’y a pas d’art-accident...
En revanche, la photo prise par un artiste a plus de chance d’être une œuvre d’art. Parce que l’artiste a l’œil, il est entraîné, la technique il l’a maîtrise totalement, il sait qu’il faut vouloir. Il sait que le hasard n’y est pour rien. Il sait que l’œuvre est un projet et l’aboutissement du projet. Donc, quand l’artiste arrête son choix sur une photo ratée, c’est qu’elle répond à un programme artistique. Il sait qu’elle est ratée. Il a voulu le ratage. Il l’a travaillé. Un ratage artistique, c’est une volonté de destruction, de négation, c’est une volonté de communiquer quelque chose.

Une photo comme tout le monde : Ratée !

Des exemples ? On peut prendre la dernière photo de Depardon. « François Hollande » président. 
On sait - le making off est très documenté sur la prise de la photo - que Depardon s’est totalement libéré de la contrainte technique. Lui qui s’est promené dans toute la France avec un appareil pesant 250 kg, monumental et fragile, pour photographier la France éternelle, des boutiques des petits villages et des campagnes à taille humaine, a voulu, pour cette photo, la liberté de l’appareil qu’on porte avec soi, du numérique, de l’argentique, de l’informatique… Et pas de ces optiques monstrueusement immobiles, ces plaques gigantesques et tout le personnel qui va avec.

Donc, pas de pied pour éviter le « bougé », pas de calculs savants pour éviter le « flouté », pas de travail sur l’intensité lumineuse pour éviter contre-jour et effets d’ombres. Le résultat est à la hauteur de ce qu’il voulait : il y a du flouté, du bougé et du contre-jour. Si la photo avait été prise par le neveu avec son nouvel appareil, on aurait souri : « il y a encore quelques progrès à faire ». Avec Depardon on a aussi souri. Mais, là c’était un sourire de connivence. Il avait tout raté comme il le voulait. Pas plus qu’il n’était nécessaire. Juste le ratage souhaitable.
Et c’était voulu avec le président. Une photo de président de la République, c’est comme un portrait de roi. Louis XIV par Hyacinthe Rigaud : ce n’est pas un travail innocent. Le peintre fait du roi un grand homme, et même gigantesque, non seulement parce que Louis XIV était un géant pour son époque, non seulement parce qu’il en rajoutait des tonnes en portant des talons très hauts pour rehausser sa taille et en imposer psychologiquement et physiquement, mais aussi parce qu’il fallait montrer à ses sujets et au monde entier un "Grand Roi", de droit divin, protecteur des arts, des armes et des lois.

On voit bien que le travail de l’artiste, n’était rien autre ici que de porter un message fort. Celui du "Grand Roi", celui du "Roi Soleil". C’est évidemment la même chose lorsque Depardon rate les photos du président. C’est l’annonce d’un programme
. Derrière chaque détail de cette photo, quelque chose est dit de la France, des Français, de leur président, du Monde, du temps qu’il fait et des lendemains qui chantent. Parler de la France en ratant une photo, ce n'est pas parler d'un raté. C'est commettre une œuvre d'art !

Foin des palais et des honneurs !

Un décor, c’est connu, c’est fait pour mettre en valeur, contextualiser, donner des indications de lecture de l’œuvre, voire imposer un sens à la lecture de cette dernière. Il y a des présidents sans autre fond que des couleurs. Il y a des présidents qui ont été photographiés devant des décors, dans le genre bibliothèque, posant leur main droite, en général, sur un fragment de colonne dorique.
Le cadre en dit beaucoup. Il faut marquer que Depardon, en toute simplicité, use de l’opposition ombre du premier plan et clarté du fond de la photo, pour parler du temps qui vient et qui s’écoule. Le temps des honneurs est riant. C’est celui du Palais. Il est dans le lointain, car s’il ne faut pas oublier la solennité de la fonction. Cependant il ne faut pas en faire autre chose qu’un pur cadre dans lequel l’humain se déploie. Le Palais est loin parce que le président est proche ? Mais surtout, il y a Palais, c’est indéniable. Incontournable. On est dehors. Et le dehors c’est la vie, le vrai, la réalité. A l’opposé des livres et de leur prétention à tout contenir, à tout avoir dit et à donner une onction purement intellectuelle au « sujet » de la photo.
En même temps, le Palais se devine et ne s’impose pas, car les détails du fond ont été abolis par le flouté de Depardon. En somme, il a l’air de s’excuser d’être le Palais de la présidence tout en donnant à penser, soleil, lumière, fond champêtre, ciel bleu, irradiations d’un été chaleureux qu’il est l’Elysée, un Olympe rieur et plein de gaieté. Tout ceci est mis en valeur par la démarche du président. Oui ! On voit bien que le président est en marche, comme la France et vers la France. Il s’éloigne des fastes du Palais pour venir vers nous. En toute simplicité. Mais aussi, il quitte le passé (le vieux Palais) pour s’avancer vers l’avenir (Nous, les Français). Depardon n’est pas un grand photographe pour rien.

Des Draps ou des Drapeaux ?

Restons dans le décor. Tout au fond, en clignant bien les yeux, il semble, sur la façade du Palais, que des linges sont pendus et orientés vers le soleil, mis à sécher probablement. La photo, floutée-bougée interdit une investigation plus précise. On n’est pas dans une photo à la hollandaise où mêmes les détails qu'on ne peut pas voir sont visibles. C’est une photo "Depardon" qui renouvelle le genre Depardon, en rupture avec son enquête de la France profonde où tout est donné à voir, y compris les panneaux de stationnement. Là, on a du mal à voir. Et c’est un fait exprès ! Ce n’est pas une maladresse de débutant. Si on ne voit pas bien, c’est qu’il n’y a peut être pas de quoi s’appesantir !
Que devine-t-on ? Des draps gigantesques puisqu’accrochés au faîte d’une aile du château, ils retombent jusqu’en bas. Sont-ce des draps de lit ? Il aurait été plaisant de donner à penser qu’ils sont à l’image de ces draps tâchés de rouge que les peuplades un peu primitives exigent des nouveaux mariés. Depardon dit-il qu’il y a dans la présidence de François Hollande une sorte d’union charnelle, humaine entre l’homme, le président, et la Nation, la France. Après tout, il y a eu Léda et son cygne, Danaé et sa pluie d’or.

Non, décidément, il n’y a pas de hasard dans un grand œuvre par un grand artiste. La symbolique est encore plus forte, quand on s’aperçoit, muni d’une loupe, d’une longue vue ou d’un regard de Lynx, qu’il s’agit des drapeaux. Le Français et l’Européen. Le symbole du drap nuptial est complètement élucidé. Union de l'Homme et de sa Nation, Union de la Nation à Europe. Le drame antique est joué. Le drap teinté de rouge est mis à la fenêtre. Consumatum est
A t-on épuisé le mystère du "dit des draps" par Depardon. Non certes, car, il faut aussi, dire un mot du lointain dans lequel sont propulsés les Draps-Drapeaux. 

La France n’est-elle qu’un fond de photographie ?

La France est-elle donc maintenant reléguée dans le lointain ? Un lointain flouté, pas net et pas clair ? N’est-elle qu’un élément banal d’une toile de fond ? Est-elle comme l’Europe et l’horizon : une ligne imaginaire qui recule au fur et à mesure qu’on avance ? Est-elle seconde, dans son histoire, sa personnalité, son image, par rapport aux peuples.

Renvoyer les drapeaux au statut de draps, n’est-ce pas énoncer que le président n’est pas « que » président des Français? N’est pas « que » un membre éminent de l’Europe ? N’est-ce pas aussi, parler du président, libéré des Palais, libéré des temps anciens, libéré de toutes ces vieilleries qui entraveraient cette marche, dont on a vu, qu’elle va de l’avant.

Vers nous, et d’abord vers Depardon, qui, sûrement, ému a su transcrire en flouté-bougé le frisson artistique que cette marche décidée lui a inspiré.

Le président de l’ombre ?

Pour Depardon, la symbolique du drap nuptial est complétée par la symbolique de l’émergence du président. D’habitude dans les photos d’amateurs, le neveu dont on a parlé par exemple, on évite les contre-jours. D’instinct, on comprend que le contre-jour obscurcit le sujet photographié. Si ce qu’on veut montrer se détache sombre sur un fond lumineux, évidemment le résultat, c’est qu’on voit mal le sujet. Depardon a choisi un gigantesque contre-jour. A dessein. On ne l’expliquera plus qu'il n'y a pas de hasard. Il y a là de la volonté, une forte intention. Comme partout en Art.
Ici, Depardon nous montre une silhouette qui est dans l’ombre. Vient-elle du fond lumineux, éclaboussé du soleil d’un été idéal ? Le président viendrait de la lumière pour rentrer dans l’ombre ? Où à l’inverse, il aurait surgi de l’ombre. Venu à une sorte de naissance, quittant l’ombre matricielle pour surgir à la lumière douce et tamisée de la chambre de travail ? Draps nuptiaux-Drap-eaux qui coulent. Encore une puissante symbolique. Le président dans l’ombre n’est cependant pas le président de l’ombre. Il ne peut pas être une ombre de président, on ne peut l'associer à Scarron : «  …. l'ombre d'un cocher, qui, tenant l'ombre d'une brosse, nettoyait l'ombre d’un carrosse ».  

Depardon a tout simplement figuré que l’espace du président n’est pas celui des ors et des fastes des Palais. Il est celui, calme et tempéré, de nos jours habituel, où l’ombre suit la lumière. Il nous dit suivant Valery : « … Mais rendre la lumière, Suppose d'ombre une morne moitié ».
C'est pour cela que le président d'après Depardon, fait plutôt morne ?

Rien dans les mains, rien dans les poches

Il faut en venir à l’homme lui-même. Nous avons tourné autour du président évoquant le fond du tableau et aussi la forme, floutée, bougée, contre-jour, parlé de son union et du drap qui parlait de consommation. Nous avons parlé de son émergence. Il faut parler maintenant de ce travail si beau, mais si difficile, que Depardon nous a livré, révélant le président et montrant l’homme. Bien sûr, rien d’original dans la tenue. Le président ne sortira pas de l’ombre au moyen de fleurs multicolores dans les cheveux ou en tutu.
Le président est cravaté. Il est costumé. Il est décoré. A peine. Il faut bien qu’il le soit. Tout est discret. Rien n’est au soleil n’est-ce pas ? Rien ne rutile. Ni ne cliquète. Ni ne blingue-blingue. Rien. C’est là que le génie du photographe s’impose véritablement. Il a réussi à photographier "rien".

Attention, il ne faut prêter à Depardon une intension politique de type anarchiste. On ne doit pas dire de lui qu’il a roulé tout le monde en photographiant le Président pour montrer « Rien ». Depardon est ici au paroxysme du message. En effet, pourquoi, avoir photographié un personnage aux mains ballantes, pendues au bout de bras ballants ? Parce que le Président qui émerge vient au monde des chefs d’Etats, avec rien dans les mains. C’est clair. C’est montré. La veste est solidement fermée. Il n’y a pas de protubérance indiquant un portefeuille bien rempli. Il n’a rien dans son portefeuille. L’homme est au premier plan, devant nous, à portée de nos mains. Il n’a rien. On ne peut rien lui prendre. Il n’a rien à donner. Il se livre à nous dans le dénuement le plus total.
Cette attitude n’est pourtant pas si simple. Si le président vient à nous, il ne se montre pourtant pas de face. Il n’est pas animé par le souci du don pur. Il est légèrement tourné, l'épaule gauche se dégageant vers l’arrière. Depardon nous dit ainsi que si le président vient vers nous, il pourrait tout aussi bien, revenir en arrière. Il est prêt à retourner dans le Palais. 

Un demi président

Il vient à nous avec ce demi-sourire qui convient à une demi-photo. Ce n’est pas une photo en buste. Ce n’est pas une photo en pied. C’est une photo à demi. Le demi-sourire du président répond au cadrage. Les sourcils formant accent circonflexe sont une mimique bien connue en France qui dit « vous m’avez posé une question ? ». Le visage, éclairé d’un fin sourire, nous dit que ce n’est pas un homme de certitudes qui s’avance. C’est un homme comme tout le monde, à qui on a dit de faire le président et de ne pas se faire remarquer.
Une belle leçon de photographie !


la République a-t-elle définitivement exclu le peuple ?

La "gauche plurielle" fait course en tête au 1er tour des législatives, mais la structure du pays semble être passée à droite. L’addition des voix de l’UMP et du Front national approche les 50%. Une domination qui ne se traduit pas encore en nombre de sièges, et qui pose sérieusement la question de la représentativité du mode de scrutin, en particulier pour les catégories populaires.
Le 23 avril, François Hollande avait recueilli 34% des suffrages parmi les diplômés de l’enseignement supérieur, et seulement 21% parmi les personnes sans diplôme. Inversement, Marine Le Pen avait recueilli plus de 50% des voix parmi les sans diplôme, et 8% parmi les diplômés de l’enseignement supérieur.
Le paysage était plus que jamais posé : la France d’en-bas est de droite, voire d’extrême-droite. La France des beaux quartiers est de gauche. L’un des enseignements majeurs des législatives est de confirmer jusqu’au symbole cette fracture sociologique dans l’électorat.
Le résultat d’Hénin-Beaumont en est la preuve ! Jean-Luc Mélenchon ne passera pas le cap du second tour, avec un résultat très loin de ses espérances affichées. Son appel aux valeurs traditionnelles de la gauche de combat, ses invocations lyriques envers un peuple qui apparaît de plus en plus imaginaire, de plus en plus romantique, n’ont pas permis à sa mayonnaise de prendre.
Le Front national apparaît bien comme le représentant incontestable de ces Français paupérisés par la crise et angoissés par l’avenir. C’est un signe des temps. La désindustrialisation fait son œuvre. Déjà, lorsque les "Florange" avaient marché sur Paris, ils avaient mal accueilli la tentative de récupération de leur mouvement par le Front de gauche.
Les ouvriers français, menacés par la concurrence internationale, par le libre-échange, confrontés localement à la concurrence d’une main-d’œuvre immigrée moins exigeante dès qu’il s’agit de salaires ou de droits sociaux, se sentent menacés. Le phénomène est préoccupant. Jusqu’ici la République leur avait donné le sentiment d’être une chance, d’être leur planche de salut. Aujourd’hui, elle est devenue l’espace d’une élite qui les méprise et ne parle plus le même langage qu’eux.
Sur tout cela, la gauche n’a qu’à s’en prendre qu’à elle-même. Chaque fois qu’elle se targue de parler au peuple, c’est en lui envoyant des messagers qui incarnent son contraire. Jean-Luc Mélenchon, par exemple, est entouré d’une clique d’idéologues qui n’ont jamais mis les pieds dans une usine et ne connaissent de la vie que les manuels des années 1970 sur la Révolution Française. Le rejet est inévitable. Il est loin le temps du Parti communiste où un passage par l’usine était un moment inévitable du parcours politique.
Au-delà de ce phénomène circonstanciel, la structure du pays semble être passée à droite. Même si la gauche remporte (ce qui sera probablement le cas) une majorité de suffrages, en termes de voix, elle est à ce stade minoritaire.
Avec l’effondrement du Modem, une majorité autre se dessine : l’addition des voix de l’UMP et du Front national approche 50%. Même si cette domination ne se traduit pas encore en nombre de sièges, notamment du fait du mode de scrutin, il est difficile de ne pas noter cette étrangeté : à majorité parlementaire de gauche, majorité démographique de droite.
Jusqu’à quand nos institutions s’offriront-elles le dangereux luxe de ne pas refléter l’expression du pays ?
Il semblerait que François Hollande songe, à l’automne, à ouvrir une réflexion sur ce sujet. C’est un sujet périlleux pour lui. Il aura d’ici là franchi de multiples Rubicon. Le collectif budgétaire et la loi de Finances 2013 vont soit l’obliger à opérer des arbitrages impopulaires qui risquent de décevoir un électorat encore bercé d’illusions, soit le contraindre à endosser une effrayante dégradation des comptes publics. Le dialogue avec l’Allemagne aura ou non porté ses fruits : la redoutable Angela Merkel semble avoir subrepticement tissé autour de notre président une étouffante toile diplomatique. La situation générale du continent se sera probablement dégradée dans des proportions inattendues.
Mais chiche, discutons de la réforme du mode de scrutin, en avalisant la distorsion entre la majorité politique et la majorité réelle. Et laissons les événements en tirer toutes les conséquences. Le peuple est souverain. Le peuple décidera si, oui ou non, les législatives de 2012 marquent l’agonie de la démocratie représentative.

dimanche 10 juin 2012

11e circonscription du Pas-de-Calais : Jean-Luc Mélenchon dénonce de nouveaux faux tracts

La fin de cette campagne à haute tension, sur le 11e du Pas-de-Calais, en arrive à un point paroxystique à trois jours du premier tour. Depuis hier, trois nouveaux tracts usurpant l'identité de Jean-Luc Mélenchon ont été diffusés qui, explique-t-on au sein de l'équipe de campagne du candidat du Front de gauche « feront chacun l'objet d'une plainte. Celui distribué ce matin est mensonger et diffamatoire... »
Parmi ceux-ci, on retrouve sur les réseaux sociaux un tract particulièrement choquant sur lequel le candidat FDG est grimé en Adolf Hitler. Un document qui reprend le format et les couleurs de la fameuse carte postale qui avait empoisonné la précédente semaine de campagne. Hier matin, au nom de Marine Le Pen, le conseiller régional FN Bruno Bilde niait toute implication dans cette nouvelle vague de faux tracts : « Franchement, n'importe qui aurait pu les faire, y compris le Front de gauche d'ailleurs. En tout cas, je suis formel, nous n'y sommes pour rien ! »

Pour contrer Merkel, Hollande resserre les liens avec le SPD allemand

Le chef de l'Etat va recevoir trois dirigeant du parti social démocrate allemand, qui, comme lui, veulent inclure des mesure de relance dans le traité budgétaire européen

 Trois dirigeants du principal parti d'opposition allemand, les sociaux-démocrates (SPD), vont rencontrer le président français François Hollande mercredi à l'Elysée, a indiqué cette formation dimanche, confirmant des informations de presse. Il s'agit de discuter avec François Hollande "comment nous pouvons ensemble faire en sorte d'avoir plus de croissance et d'emploi en Europe", a déclaré à l'hebdomadaire allemand Bild am Sonntag le président du SPD, Sigmar Gabriel, qui sera accompagné du président du groupe parlementaire, Frank-Walter Steinmeier, et de l'ex-ministre des Finances, Peer Steinbrück. Les sociaux-démocrates avaient apporté leur soutien à la candidature de M. Hollande pendant la campagne présidentielle, tandis que la chancelière Angela Merkel avait marqué sa préférence pour Nicolas Sarkozy, conservateur comme elle. Elle avait refusé de recevoir François Hollande avant son élection.
Pas de ratification en Allemagne sans approbation du SPD
A l'instar du président français, le SPD veut compléter le traité budgétaire européen par des mesures de relance de la croissance. Le gouvernement de la chancelière Merkel est dépendant des voix des sociaux-démocrates pour faire ratifier par le parlement allemand le traité budgétaire car elle a besoin d'une majorité des deux tiers. Idéalement, Angela Merkel voudrait le voir avaliser avant la pause estivale parlementaire, c'est-à-dire avant le 6 juillet. Le 30 mai, l'ex-chancelier allemand social-démocrate Gerhard Schröder avait estimé dans la presse française que si le SPD s'abstenait de "copier le programme" du nouveau président français François Hollande, il aurait une "chance" de gagner les législatives en Allemagne à l'automne 2013. Les sociaux-démocrates n'ont pas encore déterminé qui des trois caciques, Gabriel, Steinmeier ou Steinbrück, sera le prochain candidat à la chancellerie.
CE QUE N'A PAS COMPRIS HOLLANDE, C'EST QUE LE SPD EST FAVORABLE À L'AUSTÉRITÉ.

Une élection de choix

Domination ou cohabitation ? Ainsi se résume l’enjeu des législatives, élections pour cinq ans de nos 577 députés, dont le premier tour se déroule aujourd’hui, le second dans une semaine.
Si les Français confirment leur vote de la présidentielle, le Parti socialiste, seul ou avec l’appui de ses partenaires, disposera en France de tous les grands leviers institutionnels : toutes les Régions métropolitaines hormis l’Alsace, 60 % des départements et, bien entendu, l’exécutif. De plus, pour la première fois dans l’histoire de la V e République, la gauche détiendra la majorité au sein des deux chambres du Parlement, Sénat et Assemblée nationale.
Si, à l’inverse, les électeurs choisissent la droite, le pays retrouvera une situation de cohabitation qu’il a déjà connue, certes. Mais ce bug politique s’était produit à la fin des deux mandats de François Mitterrand (1986-1988 et 1993-1995) ou après deux ans de présidence de Jacques Chirac (1997-2002). Sous le régime du septennat, de surcroît. En ce printemps, le vote contradictoire surviendrait à la même saison et démentirait un vieil adage de la science politique – science inexacte il est vrai – selon lequel, à courte échéance, « le suffrage universel ne se déjuge pas ».
Dans les deux cas – paysage électoral tout en rose ou concubinage forcé entre PS et UMP – le pays se trouvera donc dans une configuration originale par la grâce d’un mode de scrutin… dont les mois sont comptés. En effet, la prochaine échéance, en 2017, devrait avoir lieu avec une dose de proportionnelle, puisque le principe en est défendu aujourd’hui sur l’ensemble de l’échiquier politique. Le mode actuel est ultra-favorable aux deux partis les plus puissants ; les autres formations, même avec un très bon score ne peuvent compter que sur un nombre infime d’élus. La loi est dure pour elles, mais elle va changer.
Ce rendez-vous des législatives revêt aussi une dimension locale qui accroît encore son intérêt. Le bulletin déposé dans l’urne peut parfois privilégier la dimension humaine par rapport à l’étiquette politique.
Choix national, choix de proximité, choix inédit, choix dont les règles vont être modifiées : dans un tel contexte, voter devrait aller de soi.

Les Polonais pas encore à l’euro

Ils sont vexés, les Polonais. Avec l’Euro de football, ils voulaient montrer au continent leur titre de champion d’Europe de la croissance (+4%), leurs jolis stades, leur jeune démocratie enfin bien installée, leurs villes hérissées de grues dressant vers le ciel des bâtiments modernes qui dégrisent le paysage urbain. L’Europe allait enfin savoir que la Pologne n’était plus le pays des plombiers low-cost, des complexes sidérurgiques sinistrés et des ex-syndicalistes reconvertis dans un national-libéralisme post-soviétique.
Et voilà que l’Ukraine, le copropriétaire du tournoi de football, gâche l’opération de com polonaise en enfermant la belle Ioulia Timotchenko, icône de la révolution orange, et en déshonorant les droits de l’Homme et la dignité de la femme avec son programme « un supporter une prostituée ». Et voilà que l’équipe nationale est privée d’une victoire en ouverture du tournoi par la Grèce, ce parangon des vices budgétaires et footballistiques en Europe.
La Pologne, c’est le pays modèle du moment, la destination à la mode, l’endroit où il fait bon investir, qu’il est de bon ton de vanter dans les chambres de commerce. Le soleil en moins, cette embellie polonaise rappelle furieusement la gloire de l’Espagne olympique des années 1990 dont on célébrait la croissance, les performances économiques et sportives, les équilibres budgétaires et l’entrée dans l’euro. On a vu cette semaine ce qu’il est advenu du miracle espagnol. Dans la foulée de l’euro de foot, la Pologne se voyait aussi intégrer le club de l’euro. Les instances de l’Europe l’ont ramenée à la raison et l’idée est repoussée... aux calendes grecques.

Cent milliards d'euros au soleil


Il n'est désormais plus question de se demander si l'Espagne va faire appel à l'aide européenne. Et si hier, les annonces évoquant un prêt pouvant aller jusqu'à 100 milliards d'euros, visaient à dédramatiser le plus possible la mesure, il n'en reste pas moins qu'un quatrième pays de la zone euro ne peut faire autrement qu'afficher sa faiblesse. La volonté farouche du gouvernement de Madrid de tenter de s'en sortir seul a atteint ses limites. Tout comme son système bancaire. Cette fois, contrairement à la Grèce ou au Portugal, la crise ne vient pas d'une gestion trop « laxiste » de la dette publique, mais des conséquences de la bulle immobilière des années 2000, spéculation qui a plombé les établissements bancaires d'actifs douteux. Comme un parfum de retour aux origines de la crise initiale des subprimes américaines d'il y a quatre ans... Et, une fois encore, il va falloir « sauver les banques » afin d'éviter un krach plus dévastateur encore... La solidarité entre états de l'Union est donc indispensable. Car un embrasement de la quatrième puissance de la zone euro pourrait cette fois provoquer une vraie crise systémique dont aucun pays ne ressortirait indemne. Mais, de plan de sauvetage en plan de sauvetage, avec une Allemagne les pieds sur le frein et une commission de Bruxelles hors du coup - sinon pour admonester la France en exigeant d'elle une politique plus libérale - le système européen continue de vaciller. Au-delà des mesures d'urgence immédiates, c'est bien un destin politique commun qu'il faudra parvenir à bâtir. Et celui-ci ne pourra se faire sans les peuples.

Devant le Palais Bourbon

Les législatives peuvent-elles réserver des surprises ? Un mois après la présidentielle, on imagine mal un changement brutal d'inclinaison de l'électorat. En revanche, l'incertitude demeure sur la volonté des électeurs de donner au seul parti socialiste une majorité absolue à l'Assemblée nationale ou de l'obliger à composer avec chaque formation de gauche ayant appelé à voter François Hollande le 6 mai. Il n'est pas exclu que les citoyens souhaitent aussi une opposition forte pour faire entendre la voix de ceux qui, en particulier, s'inquiètent des conséquences économiques des choix sociaux affichés par le nouveau pouvoir. Aucun sujet de fond n'a vraiment été abordé au cours de cette campagne. Le PS a tout misé sur l'effet Hollande appuyé par des décisions symboliques concernant les retraites, la prime de rentrée et la confirmation de réformes à venir plutôt à l'horizon 2013.
L'UMP secouée par l'échec de Nicolas Sarkozy a tout fait pour limiter les dégâts et éviter d'être laminée. Entre la conquête d'une majorité et la recherche d'une position de choix pour conduire une opposition dynamique, les sujets qui fâchent et les différends entre responsables ont été minorés. Dès le 18 juin, le scénario sera autre et des décisions sur le fond vont devoir être prises. Tenter de satisfaire tout le monde avec des mesurettes séduisantes à l'effet limité n'a qu'un temps. Aussi le rapport des forces à l'intérieur de la nouvelle majorité comptera beaucoup pour orienter et donner de la densité au changement. Le président de la République et le Premier ministre auront-ils les mains totalement libres pour agir ou devront-ils composer en permanence pour assurer le vote des lois ? Là est la clé, d'autant que l'utilisation limitée de l'article 49-3 ne permet plus de s'affranchir des humeurs parlementaires en cascades. 
Le chef de l'État a peut-être déjà mangé son pain blanc.


Franklin D. Hollande
Je suis une femme normale qui travaille à Paris-Match.
Vous devez être au courant qu’on glose sur le sujet d’articles choisi par la First Girl-Friend : Eleanor Roosevelt. Sachant qu’elle fut cocufiée par Franklin D., et se consola dans les bras d’une journaliste, on risque de rigoler d’ici 2017…

Eurozone crisis: United States of Europe may be the only way to save euro

With France and Germany at odds, and events moving quickly, a strategy for fiscal and political union is being drawn up
It is a measure of the speed at which the politics of the euro crisis is changing. Only a fortnight ago all the attention was being lavished on France's new president, François Hollande, being sworn in in Paris as Monsieur Growth and rushing off on his first assignment to challenge Europe's Frau Austerity, Chancellor Angela Merkel.
"We need new solutions. Everything's on the table," Hollande pledged, meaning he would force Merkel to remove the noseclip and consider things that give off a foul odour in Berlin, foremost among them eurobonds – Germany solving the crisis at a stroke by agreeing to underwrite the debt of Spain, Greece, Italy and all the rest. Fat chance.
By Saturday the growth versus austerity contest had receded as Merkel turned the tables on Hollande.
It was her turn to declare there should be no taboos in grappling with the hard options facing Europe's leaders as they wait to see what will happen in Greece and Spain, and plot their next moves at what is shaping up to be a momentous summit at the end of the month.
Merkel appeared to be calling not only Hollande's but France's bluff. By announcing there could be no censorship of the eurozone to-do list, she meant tabling radical, federalist steps involving gradual loss of national sovereignty over budgetary, fiscal, social, pensions, and labour market policies with the aim of forging a new European political union over five to 10 years.
The USE – United States of Europe – is back. For the eurozone, at least. Such "political union", surrendering fundamental powers to Brussels, Luxembourg and Strasbourg, has always been several steps too far for the French to consider.
But Berlin is signalling that if it is to carry the can for what it sees as the failures of others there will need to be incremental but major integrationist moves towards a banking, fiscal, and ultimately political union in the eurozone.
It is a divisive and contested notion which Merkel did not always favour. In the heat of the crisis, however, she now appears to see no alternative.
The next three weeks will bring frantic activity to this end as a quartet of senior EU fixers race from capital to capital sounding out the scope of the possible.
Herman Van Rompuy, president of the European council, Mario Draghi, head of the European Central Bank, Jean-Claude Juncker, Luxembourg leader and longstanding head of the eurogroup of single currency countries, and José Manuel Barroso, chief of the European commission, are to deliver a eurozone integration plan to an EU summit on 28-29 June.
All four are committed European federalists.
Before the summit there is a fateful Greek election and French parliamentary polls, while time appears to be running out for the Spanish banking sector. The finance minister in Madrid, Luis de Guindos, says that the fate of the euro will be decided over these weeks in Spain and Italy.
The quantum leap in integration being mulled will not save Greece, rescue Spain's banks, sort out Italy, or fix the euro crisis in the short term.
The leaders may even run out of time, exhausting the reserves of brinkmanship and last-minute calls that have characterised the "crisis management" of the past 30 months.
But they hope that by unveiling a medium-term strategy for a fiscal and political union in the eurozone they will convince the financial markets of their resolve to save the euro, that the currency is irreversible, and that the heat will be off.
The impact of "the project" will be immense, if it takes off.
Logically, you would need a new European treaty. That will be tortuous. You would probably need a new German constitution, which may prove a step too far.
The current perennially cited "democratic deficit" in how the EU is run would widen exponentially without a radical overhaul of the electoral underpinning of eurozone government. What would be the point in voting for a government in, say, Slovenia, when in a eurozone political union the tax, spending, pensions, or labour policies are decided in Brussels?
A much more entrenched two-speed Europe would emerge, with key decision-taking centred in the eurozone and not in an EU of 27 or 28.
The gap between Britain and core Europe might become unbridgeable, generating only mutual rancour and ultimately ending the UK's unhappy EU dalliance, although the "political union" is precisely what David Cameron and George Osborne are recommending as the "remorseless logic" of sharing a currency.
In the third year of muddling through, the choices facing Europe's leaders are getting starker – the death of the euro or the birth of a new European federation.

Et voilà les Etats-Unis d’Europe !

Si l’Allemagne doit payer pour la crise de la zone euro, ce sera sans doute au prix de la création d’une union politique et budgétaire. Les projets sont d’ores et déjà à l’étude à l’approche d'un sommet européen qui s'annonce crucial, les 28 et 29 juin prochains.
Voilà de quoi se faire une idée de la vitesse à laquelle la situation politique évolue dans la crise de l’euro : il y a seulement quinze jours, tous les regards étaient tournés vers le nouveau président français, François Hollande, investi à Paris sous l’étiquette de Monsieur Croissance. Lequel s’est empressé de partir pour sa première mission : défier la Mère Fouettarde de l’Europe, la chancelière Angela Merkel.
"Il faut trouver de nouvelles solutions. Tout est sur la table", a promis François Hollande, signifiant ainsi qu’il obligerait Angela Merkel à retirer la pince à linge qu’elle a sur le nez pour examiner des projets qui dégagent pour Berlin une odeur nauséabonde, au premier rang desquels la création d’euro-obligations – l’Allemagne résoudrait ainsi la crise en deux coups de cuillère à pot en acceptant de garantir les dettes de l’Espagne, de la Grèce, de l’Italie et de tous les autres. L’espoir fait vivre.

Mesures fédéralistes draconiennes 

Samedi dernier, le duel croissance contre austérité avait déjà perdu de sa virulence, Angela Merkel ayant choisi d’inverser les rôles avec François Hollande. C’était à son tour de déclarer qu’il n’y aurait pas de tabous dans l’examen des choix épineux auxquels sont confrontés les dirigeants européens tandis qu’ils attendent de connaître le sort de la Grèce et de l’Espagne, et qu'ils préparent ce qui s’annonce comme un sommet capital à la fin du mois.
Angela Merkel a donné l’impression de mettre au pied du mur non seulement François Hollande, mais la France entière. En annonçant qu’il n’y aurait aucune censure au sujet de la liste des changements qui attendent la zone euro, elle faisait allusion à des mesures fédéralistes draconiennes prévoyant des pertes progressives de souveraineté nationale sur les politiques budgétaires, fiscales, sociales, les retraites et le marché du travail, dans le but de donner naissance à une nouvelle union politique européenne d'ici cinq à dix ans.
Les EUE – Etats-Unis d’Europe – sont de retour. Pour la zone euro, tout au moins. Ce type d’"union politique", qui implique de céder des pouvoirs essentiels de l’Etat à Bruxelles, au Luxembourg et à Strasbourg, est toujours apparu aux yeux des Français comme un objectif trop éloigné pour qu’ils l’envisagent.
Mais Berlin laisse entendre que, s’il doit payer les pots cassés pour ce qu’il considère comme les défaillances des autres, il va falloir se rapprocher de manière progressive mais néanmoins franche d’une union bancaire, budgétaire et au bout du compte politique au sein de la zone euro. C’est là un projet clivant et controversé qui n’a pas toujours eu les faveurs d’Angela Merkel. Mais au plus fort de la crise, elle semble désormais n’avoir pas d’autre option.
Les trois semaines à venir verront une grande effervescence autour du projet, puisqu’un quatuor de mécanos de l’Europe se rendra de capitale en capitale afin de sonder le champ des possibles. Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, Mario Draghi, patron de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Juncker, Premier ministre du Luxembourg et chef de longue date de l’Eurogroupe (composé des membres de la zone euro), et José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, doivent présenter un projet d’intégration de la zone euro lors du sommet des 28 et 29 juin. Tous les quatre sont des fédéralistes convaincus.

Politique de la corde raide 

Le sommet sera précédé d’élections fatidiques en Grèce [17 juin] et d’un scrutin législatif en France [10 et 17 juin], alors que le secteur bancaire espagnol semble manquer de temps. Le ministre espagnol de l'Economie, Luis de Guindos, déclare que le sort de l’euro se jouera dans les semaines à venir en Espagne et en Italie.
Le bond de géant vers l’intégration, à l’étude aujourd’hui, ne suffira ni à sauver la Grèce, ni à renflouer les banques espagnoles. Il ne remettra pas non plus d’ordre en Italie, ni ne réglera la crise de l’euro à court terme. Le temps pourrait même venir à manquer pour des dirigeants européens qui arrivent au bout de leur politique de la corde raide et lancent des appels de dernière minute, caractéristiques de la "gestion" de la crise ces trente derniers mois.
En dévoilant cette stratégie de mise en place d'une union budgétaire et politique dans la zone euro, ils espèrent convaincre les marchés financiers de leur détermination à sauver la monnaie unique. Mais aussi que ce "coup de chaud" ne durera pas éternellement et que l'adoption de l'euro est irréversible.
Les répercussions du projet, s'il voit le jour, seront immenses. Logiquement, un nouveau traité européen devra être rédigé. Ce qui ne serait pas une mince affaire. Il faudrait alors une nouvelle constitution allemande – ce serait sans doute aller un peu loin.
Le "déficit de démocratie" dont souffre la gouvernance de l’Union européenne se creuserait de manière exponentielle sans un remaniement draconien du mode de désignation des élus dans la zone euro. A quoi bon élire un gouvernement, par exemple en Slovénie, si, au sein d’une "union politique de la zone euro", les décisions politiques concernant la fiscalité, le budget, les retraites et le marché du travail sont prises à Bruxelles ? Une Europe à deux vitesses émergerait et les décisions clés seraient tranchées dans la zone euro et non dans une Europe à 27 ou 28.
Le fossé qui sépare la Grande-Bretagne du cœur de l’Europe deviendrait alors impossible à combler, ce qui aurait engendrerait des rancœurs mutuelles et mettrait fin à la relation sans enthousiasme du Royaume-Uni avec l'UE, même si l’"union politique" qualifiée de "suite logique" du partage d’une même monnaie, est précisément ce que recommandent David Cameron et George Osborne.
Après trois années de gestion laborieuse de la crise, les choix auxquels sont confrontés les dirigeants européens se radicalisent : c’est soit la mort de l’euro, soit la naissance d’une nouvelle fédération européenne. 

L’union politique, plus facile à dire qu’à faire

Angela Merkel voudrait aller vers plus de fédéralisme et évoque une Europe à deux vitesses. Mais cela pose des difficultés juridiques jusqu’en Allemagne et creuse le fossé avec François Hollande.
La chancelière allemande veut donner plus de pouvoir à Bruxelles. Le 7 juin, à la télévision allemande, Angela Merkel a affirmé qu’une union monétaire devrait s’accompagner d’une union politique “donnant plus de possibilités de contrôle à l’Europe”.
Dans ce cas, titre le Financial Times Deutschland, “l’aigle fédéral perdra des plumes”. Le quotidien économique prévient en effet que
Le transfert de compétences est une opération extrêmement difficile. Du point de vue de la politique étrangère, son prix est la division de l’UE dans une Europe à deux vitesses. Merkel en est consciente, mais cela ne la dérange plus.
Sur le plan juridique, la seule solution est un traité interétatique à l’image du pacte budgétaire, affirme le Financial Times Deutschland. Plus précisément, c’est du pacte budgétaire que part l’Europe à deux vitesses et qu’on pourrait élargir à une union fiscale voire politique. Seul hic : si un tel accord est simple à conclure, les Etats auront besoin des voix de pays réticents comme le Royaume-Uni ou la Slovaquie pour utiliser les institutions européennes –  Commission, Parlement et Cour de justice. Autre obstacle de taille, la Cour constitutionnelle allemande :
Logo – Financial Times Deutschland, Hambourg
C’est au seul juge de décider de la limite [dans laquelle un transfert de compétences est possible]. Pour une véritable union politique, il faudra passer par un référendum sur une nouvelle Loi fondamentale [la Constitution allemande]. L’évolution vers l’union politique se fera probablement de manière insidieuse par une coopération entre tous les partis politiques.
A Paris, Le Figaro constate que la défiance s’installe entre François Hollande et Angela Merkel. Dans son éditorial, le quotidien conservateur ne manque pas de souligner que
la chancelière allemande, que l’on disait à l’Elysée “isolée”, n’a pas attendu les législatives [françaises, les 10 et 17 juin] pour remettre à sa place son nouvel interlocuteur. L’appel insistant du président français en faveur d’une mutualisation des dettes européennes vient de s’attirer une réplique attendue : le fédéralisme budgétaire qu’il appelle de ses voeux n’ira pas sans fédéralisme politique. [...] Il va devoir expliquer aux Français que la crise de la zone euro oblige à d’importants transferts de souveraineté.
Mais, regrette le quotidien dans un autre commentaire, le président français se retranche dans un “assourdissant silence. Privilégiant les solutions de court terme, il ne pouvait qu’être embarrassé par un débat sur l’union politique”.
Logo – Le Figaro, Paris
Pour François Hollande, la situation est particulièrement inconfortable. [...] L’éventualité d’une nouvelle réforme du pacte budgétaire, et de sa ratification, présente à ses yeux une réelle difficulté. [Il] doit tenir compte du club des “nonistes”, dont deux représentants ont été nommés au Quai d’Orsay. [...] La balle a été lancée par la chancelière dans le camp français, François Hollande devra, tôt ou tard, la saisir.

Le grand “complot fédéraliste”


Ces dernières semaines, le fiasco de la formule “renflouements + austérité” adoptée jusqu’ici pour traiter la crise de l’euro a fait émerger une certitude de plus en plus souvent partagée : le seul moyen de maintenir sur pied une union monétaire boiteuse est de la doter des jambes qu'elle n’a pas – à cause, entre autres, des refus des électeurs, comme lors du rejet du projet initial de Constitution européenne lors du référendum de 2005 en France et aux Pays-Bas – c’est-à-dire d’une union budgétaire et bancaire. Pour la gouverner, on ne pourrait pas faire l’économie d’une forme plus ou moins aboutie d’union politique. Les Etats-Unis d’Europe, qui, jusque-là, appartenaient à la légende, deviendraient alors réalité.
Parallèlement, aussi bien sur les blogs que sur des sources plus autorisées, ont commencé à circuler des théories du complot qui disent en substance ceci : si l’austérité et la crainte d’un effondrement d’un pan majeur de l’économie du continent sont nécessaires pour venir à bout de la résistance des électorats nationaux et sauter ainsi le pas décisif dans un processus qui traîne depuis près de 60 ans, est-il possible que les élites européennes aient consciemment “géré la crise” de la zone euro en la laissant s’aggraver pendant près de 4 ans avant de commencer à récolter les fruits de la panique, au son d’une formule tristement célèbre, TINA “There is no alternative”, il n’y a pas d’alternative ?
L’historien britannique Niall Ferguson en est convaincu : “Je crois que les artisans de l’union monétaire savaient déjà que leur modèle [qui était imparfait et ne prévoyait pas de clause de retrait] déboucherait sur une crise et que la crise déboucherait sur une solution fédéraliste”, déclarait-il récemment dans une interview au Sunday Times citée par Il Foglio. “C’était le seul moyen d’arriver au fédéralisme”.
La théorie du “choc nécessaire” est un grand classique de la contre-culture, depuis les soupçons entourant l’attaque de Pearl Harbor jusqu'à ceux concernant les attentats du 11 Septembre, et elle a fait l’objet de plusieurs best-sellers, dont récemment La stratégie du choc de Naomi Klein, tout en bénéficiant aussi de soutiens autorisés et au-dessus de tous soupçons, comme Jean Monnet. Dans les années 1950, devant les turbulences engendrées par le processus de la construction européenne, son père le plus vénéré avait prononcé un aphorisme resté célèbre : “Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité, et ils ne voient la nécessité que dans la crise” (Jean Monnet, Mémoires, Fayard). Des paroles qui, à la lumière des événements en cours, se teintent d’une funèbre clairvoyance. Monnet était le chef de file des technocrates européens, et son utopie administrative allait vite devoir se confronter aux limites imposées par la politique. Aujourd’hui, l’heure des technocrates semble avoir sonné à nouveau et Monnet pourrait bien avoir sa revanche.
Seules les générations d’historiens à venir seront en mesure d’établir la part de vérité dans ces théories. Toutefois, même en admettant l’existence d’un tel dessein, ses instigateurs devraient encore surmonter un écueil de taille : la résistance des Allemands, à ce jour relativement épargnée par les souffrances du reste de la zone euro. Il est possible que, si la crise venait à s’aggraver au point même de menacer l’économie la plus robuste du continent, les remparts qu’ils ont érigés autour de leurs chères économies s’effriteraient suffisamment pour les convaincre d’avaler la pilule d’une “union de transfert”. Auquel cas il n’y aurait vraiment pas de quoi sabler le champagne, dans les nouveaux Etats-Unis d’Europe.

Faire vivre la démocratie 


Deux anniversaires ont été célébrés cette semaine. L'un et l'autre avaient un point commun, ce que l'on appelle le courage et l'indépendance.
C'était d'abord le soixantième anniversaire du couronnement de la reine Elizabeth d'Angleterre. Femme forte, s'il en est, qui a su résister à bien des épreuves, d'abord celle de la guerre qu'elle traversa courageusement en prenant part aux opérations de secours lors des bombardements aériens, mais aussi en supportant les autres difficultés qui surgirent dans l'après-guerre : celles du ravitaillement d'un pays exsangue, celles de la reconstruction puis, plus grave encore, celles issues de la coupure de l'Europe, de la menace à l'Est.
Certes, en tant que souveraine, elle n'était pas directement impliquée dans les décisions de ses gouvernements successifs, mais elle les assumait en s'efforçant de sauvegarder la cohésion et l'unité de son peuple. Ce long règne aura vu des bouleversements considérables dans tous les domaines, mais la Reine est toujours là, admirable dans sa sérénité, au-dessus de la mêlée, assurant la pérennité de la démocratie.
Le deuxième anniversaire était celui du Débarquement du 6 juin 1944, une épopée invraisemblable qui aurait pu se terminer en fiasco terrible, une entreprise considérable dont le président de la République a rappelé les tenants et aboutissants. C'était au Mémorial de Caen, haut lieu où l'on peut méditer sur les raisons et les buts du conflit des années 1940. Il s'agissait alors d'un combat qui dépassait de loin les oppositions traditionnelles entre nations européennes. L'enjeu était ni plus ni moins que la disparition ou la survie de la démocratie dans nos pays. Tel est le message du Mémorial.
L'émergence d'une conscience européenne
Or, le président de la République l'a rappelé : « La barbarie a été possible au XXe siècle. Elle peut revenir au XXIe... Seule l'émergence d'une conscience européenne commune nous prémunira contre le retour de la haine, du nationalisme, de l'extrémisme, du populisme... Il s'agit de savoir d'où l'Europe vient et où elle doit aller. »
C'est bien de cela que dépend l'avenir de la démocratie et de la paix. C'est cela que nous devons avoir à l'esprit au moment de décider de voter ou de s'abstenir demain. On voit où est notre devoir qui est aussi une forme d'engagement plus simple, moins radical que celui des combattants d'autrefois. Mais au regard de leur sacrifice, nous ne pouvons nous mettre hors-jeu comme si nous étions devenus indifférents à cette démocratie pour laquelle ils ont souffert, pour laquelle beaucoup d'entre eux sont morts.
Cela nous impose de ne pas laisser décliner cette manière si précieuse de vivre ensemble. L'histoire nous a montré combien l'absence de cette forme de société est douloureuse et combien il est difficile ensuite de la restaurer. Voter, c'est construire la démocratie.

samedi 9 juin 2012

Le bras de fer Merkel-Hollande 


La France s’apprête à entrer en récession alors que l’Allemagne revoit à la hausse sa prévision de croissance. Présentés le même jour, les rapports de la Banque de France et de la Bundesbank résument douloureusement (pour nous) le décrochage qui s’accélère entre Paris et Berlin.
Les chiffres ne laissent aucune illusion à ceux qui pensent que François Hollande peut sortir vainqueur d’un bras de fer avec Angela Merkel ! Or, bras de fer il y a. Hollande l’a engagé, comme promis, en réclamant la mutualisation des dettes des pays de la zone euro et l’intervention de la BCE pour aider les pays en difficulté.
Angela Merkel reste droite dans ses bottes : c’est « nein », et le retour partiel à la retraite à 60 ans en France renforce la détermination de la chancelière. Mutualiser les dettes française et allemande reviendrait à faire financer en partie la mesure par Berlin, alors même qu’en Allemagne l’âge de départ est progressivement reculé à 67 ans ! Plus le gouvernement français se montrera dépensier, plus son homologue allemand se rigidifiera dans l’intransigeance. Angela Merkel se dit, non sans raison, que si elle lâchait du lest, les Français en profiteraient pour s’éloigner encore plus de l’équilibre budgétaire – les promesses coûteuses ne manquent pas au sein du gouvernement Ayrault. Sans compter qu’un « geste » de sa part décomplexerait également les électeurs grecs, leur ôtant toute inhibition à voter, le 17 juin, pour la gauche radicale Syriza, qui réclame la continuation du versement des aides européennes tout en promettant l’arrêt des efforts de redressement internes.
Angela Merkel a anticipé une victoire de Syriza et le chaos grec qui s’ensuivrait en évoquant une Europe à plusieurs vitesses. Elle oblige ainsi ses partenaires à choisir entre l’explosion de l’euro – que personne ne souhaite – et un engagement à long terme pour construire une Union plus politique et plus solidaire, mais également plus intrusive dans les affaires de ses membres. Sa position est claire : « Qui m’aime me suive ! »
Le couple franco-allemand s’est distendu en même temps que l’équilibre économique entre les deux pays s’est rompu. L’Europe est désormais une famille monoparentale, et c’est Angela Merkel qui porte la culotte. Bon gré, mal gré, ceux qui en auront la force la suivront. Y compris Paris.

Le vertige populiste 


Les admonestations pleuvent sur la France, sommée d'adopter les réformes profondes que lui prescrivent les marchés (et le sens commun). Sur les décisions de Hollande pèseront le vote législatif de ce mois, le cours périlleux de la crise et la machinerie européenne. Mais, pour la suite, ses décisions devront recueillir l'adhésion publique. Et vaincre à cette fin la résistance qui met en France tout exécutif dans la mélasse. Elle empêtra Sarkozy et paralysa Chirac. Hollande n'évitera pas la réaction multiple et confuse du " populisme ". Hors les urnes où il dépérit, le populisme, un jour ou l'autre, choisit la rue.
Contre les choix légitimes de pouvoirs élus le populisme - notion trop vague, trop dépréciative - est à la fois le symptôme d'une détresse populaire et l'expression de chimères alternatives. Tous, loin de là, ne s'embrigadent pas au Front de gauche ou au Front national, mais des millions de Français remâchent le sentiment d'être abandonnés par les " puissants ", caste indistincte où ils fourrent en vrac la classe politique, les médias, l'élite, les riches, la finance et autres boucs émissaires de leurs malheurs.
Ce sentiment de déréliction nourrit depuis longtemps la mélancolie nationale. On y voit les politiques dépossédés de pouvoirs réels par les forces malignes de la mondialisation et de l'Europe défaillante. Incapables de juguler, chez nous, un chômage sempiternel et le déclassement avéré de la nation. Et peut-être aussi qu'au-delà de ces échecs bien des reins et des coeurs vivent, dans la souffrance, le déchirement des grandes mutations. Dans cette souffrance, le populisme trouve sa source.
Le populisme est un fleuve noir qu'alimentent les peurs écologiques, le vieillissement démographique et, bien sûr, les dérangements de l'immigration, de la peur de l'islam. De l'insécurité. Il charrie, comme autant d'épaves, la clochardisation de la rue, la misère des SDF, la paupérisation de l'État. Il se repaît de l'immoralité des " princes " et de la cupidité indécente de quelques patrons. Le fleuve se déverse, pour finir, dans l'océan des nostalgies. On y ressasse la nation de jadis, son passé peu à peu englouti et sa culture agonisante, naufragée par la révolution culturelle qui s'accomplit sous nos yeux. Celle, entre autres, d'Internet, des images et des sons de la modernité.
Dans ce grand chambardement des techniques et des moeurs, le populisme vit un désenchantement démocratique. Contre la caste élitaire, il en appelle au " peuple ". Mais lequel ? Le peuple, entité souveraine qui gouverne la nation ? Ou le peuple plébéien, la foule porteuse de désirs et de droits ? " Ah, le peuple est en haut mais la foule est en bas ", disait Victor Hugo. Et c'est dans cette foule que fermente le populisme.
Pour en cerner les actuels contours - à droite dans sa composante identitaire et nationaliste, à gauche dans son cri social -, Dominique Reynié le peint comme un " vertige social-nationaliste ". Il affecte presque toute l'Europe. Disons qu'en France il ébranle deux orientations communes aux deux grands partis du gouvernement. D'une part, il rejette une Europe communautaire, réconfortée, chez nous, par le Parlement après avoir été malmenée par le " non " référendaire de 2005. Et, d'autre part, il refuse la diète sociale imposée à un État providence ruineux.
Est-ce que Hollande, européen convaincu et plausible réformateur, peut vaincre ce vertige ? L'adhésion européenne bénéficie, en France, d'un soutien électoral encore majoritaire. Mais l'Europe n'a pas franchi le Rubicon d'une gouvernance crédible de sa monnaie. Surtout, elle se révèle fondamentalement libérale. Le socialisme français y apparaît, jusque chez ses pairs sociaux-démocrates, comme le résidu poussif d'un modèle condamné. Dans une économie de marché mondialisée, les Européens valides assument, comme l'Allemagne, d'affronter la compétition. Aux invalides, la voiture balai !
Quant à la capacité pour Hollande de rallier à ces réformes éventuelles une adhésion publique, elle n'ira pas sans déboires. Le populisme dispose, dans la rue, des gros bataillons populaires et ouvriers arrachés au PS. Car le socialisme français semble avoir perdu le " sens du peuple " (1) ou trahi son bon sens. Toujours est-il qu'il aura abandonné à Marine Le Pen les plaies sensibles de la sécurité, de l'immigration et de la laïcité au profit d'un multiculturalisme compassionnel et erratique que le populisme rejette. Les classes moyennes sont ainsi devenues les principaux bastions du Parti socialiste. Or, faute d'attaquer à la hache la réduction des dépenses publiques, Hollande devra les soumettre, elles aussi, à la pression fiscale. D'être tenues pour " riches " ne les consolera pas.
Bref, la plainte des portefeuilles et la colère de la rue promettent à Hollande un horizon fort peu " normal ".
1. Michelet, cité par Laurent Bouvet.

Hollande sur le fil du rasoir
 
Pour Philippe Tesson, la majorité à venir n'a rien d'homogène. Pour gouverner, Hollande devra trahir soit ses alliés, soit ses idées.
L'enjeu des élections législatives est capital pour François Hollande. Depuis un mois, le nouveau président ne gouverne qu'en fonction de cette échéance. Gouverner n'est pas le mot : on ne gouverne réellement que lorsqu'une majorité parlementaire est en place. Et les quelques décisions qu'a prises François Hollande ces dernières semaines, les mots qu'il a prononcés, les signes qu'il a envoyés n'ont répondu qu'au seul souci de peser sur le corps électoral dans le but de s'assurer la majorité la plus large. On ne s'en scandalisera pas : la méthode est classique. Ce qu'on veut dire, c'est qu'on ne peut inférer de ce qui a été fait jusqu'à présent aucune conclusion sur ce que sera sa politique. Celle-ci sera déterminée par ce qui sortira des urnes au soir du second tour. C'est pourquoi nous parlons d'un enjeu capital.
Or il apparaît possible, sinon probable, si l'on en croit les dernières estimations, que la majorité à venir ne sera pas homogène. Il y a des diversités dont les différents éléments sont compatibles. Il en est d'autres qui sont difficilement conciliables. C'est le cas dans la situation présente, si elle se vérifie. Le projet du PS s'inscrit dans une tradition sociale-démocrate. Celui du Front de gauche est de nature révolutionnaire. Celui des Verts dessine une nouvelle gauche en rupture totale, sur quelques points essentiels, avec le programme présidentiel. Et au sein même du PS, des divergences profondes perdurent, notamment sur l'Europe, qui fragilisent sa cohésion.
Cette hétérogénéité serait gérable si la période que nous traversons était normale, pour employer un mot à la mode. Elle ne l'est pas. La crise et l'état de la France vont exiger des mesures radicales. François Hollande va rapidement se trouver devant une alternative : ou gouverner avec autorité, au risque de mettre en péril l'unité de sa majorité, et c'est la crise politique, ou gouverner à force de compromis, au risque de remettre en cause ses propres objectifs, et c'est l'échec de sa politique.
C'est dire l'étroitesse de la marge de manoeuvre dont dispose le nouveau président pour gouverner et pour imposer ses choix. Cela est une chose. Autre chose : la légitimité de ses choix, qui n'est pas le moindre sujet d'inquiétude. Ainsi s'ouvre, dans cette double incertitude, le quinquennat Hollande.

Ils ont acheté la presse

Charles Gave, de l’Institut des Libertés, nous présente ici une recension du livre de Benjamin Dormann, « Ils ont acheté la presse », dans laquelle l’auteur explique l’actuel biais de la presse en faveur des thèses économiques keynésiennes et socialistes.
“Ils ont acheté la Presse”  de Benjamin Dormann
 sous titre: “Pour comprendre enfin  pourquoi elle se tait, étouffe ou encense”
Éditeur: Jean Picollec
Depuis toujours, je commence entre deux et cinq livres par semaine. Il m’arrive rarement de les terminer tous tant la qualité soit de l’écriture soit des arguments développés peut être faible.

Le propos de l’auteur, Benjamin Dorman, qui se dit de gauche. est d’expliquer comment les milliardaires soit disant « de gauche » ont pris le contrôle de nos médias, quels ont été leurs relais, leurs relations avec l’État, quelles ont été leurs méthodes de management et comment nous en sommes arrivés  à ce monde assourdissant de bruit et ou rien d’essentiel et d’important n’est jamais dit. Comme le disait Soljenitsyne, en pays communiste, le plus dur est de parler. En France, le plus dur est de faire entendre…
La première partie de l’ouvrage consiste en une description d’un certain nombre de personnalités de ce monde très spécial et des méthodes qu’ils ont employées pour arriver la où ils en sont, dont on peut dire sans crainte qu’elles ne sont pas « jolies, jolies ». Le but essentiel de tous ces gens semblent être en effet  de s’enrichir de façon éhontée tout en jurant la main sur le cœur qu’ils sont « de gauche », ce qui vaut indulgence pleine et entière de la part des journalistes que par ailleurs ils asservissent et qui sont sous leurs ordres. Je laisse au lecteur le plaisir de découvrir le nom et les pratiques de tous ces bienfaiteurs de l’humanité souffrante  qui pratiquent allégrement  trafic d’influence et concussion avec la meilleure conscience du monde. Cette première partie mérite à elle seule les 23 Euros que coûtent cet ouvrage.
La deuxième partie, pour un homme comme moi, pas très versé dans les gens mondialement connus à Paris et sur les réseaux qui font et défont les réputations dans notre beau pays, est encore beaucoup, beaucoup plus intéressante.
De temps en temps,un lecteur me pose la question la question : comment se fait-il que je ne sois jamais interviewé , si ce n’est par BFM  (de temps en temps, ce dont je les remercie). Je réponds toujours  que c’est sans doute  parce que je suis rarement en France  et que je ne fais guère d’efforts pour être connu des journalistes.
Mais je me demandais quand même pourquoi des hommes éminents comme  Pascal  Salin, Alain Cotta, Jean-Jacques Rosa, etc… ne passaient jamais sur les ondes, sans avoir de vrai réponse ?
Ce livre m’en a donné — enfin — l’explication.
La quasi totalité des économistes que nous voyons constamment sur les ondes appartiennent en fait à deux « clubs de réflexion », très reliés l’un à l’autre  et au Parti Socialiste et dont les financements sont pour le moins obscurs, venant parfois de pays étrangers.
Ces deux clubs se nomment Terra Nova et Le Cercle des Économistes.
De grands « débats » sont  bien sûr organisés dans les médias « officiels » sur les sujets brûlants, mais comme la puissance invitante fait presque toujours aussi partie du même  « club »,  ne seront invités que les membres du club, ce qui est après tout le privilège du rédacteur en chef : inviter qui il veut. Et c’est la où se situe la tromperie.
Les intervenants seront présentés comme monsieur X, professeur à Polytechnique, monsieur Y professeur à Normal Sup’, monsieur Z professeur à Sciences Po’ Paris, ce qui laisse croire à l’auditeur que ce qui leur a valu cette invitation est leur compétence professionnelle tout à fait remarquable puisqu’ils enseignent dans ces prestigieuse écoles.
À aucun moment n’est mentionné le fait qu’ils appartiennent tous ou presque aux mêmes clubs de réflexion, qu’ils sont copains comme cochons, qu’ils ne doivent leurs positions éminentes qu’à leur  engagement dans le Parti Socialiste et qu’ils ont sans doute passé les heures qui précédent le débat à se repartir les rôles dans le débat qui allait suivre.
Le pauvre auditeur a l’impression qu’il écoute des gens compétents et de bonne foi, alors qu’il n’en est RIEN et en tire la conclusion que puisqu’ils disent tous la même chose, eh bien cela doit être la vérité. En fait, il assiste à un débat entre la Pravda et les Izvestia, les deux grands journaux de l’ex URSS dont le seul but est de le manipuler, LUI.
En ce qui me concerne, je ne comprends pas que des hommes d’honneur puissent dévoyer à ce point l’idée très haute que j’ai de la Démocratie, du rôle des journalistes mais encore plus de l’intégrité morale qui devrait être la caractéristique des intellectuels.
On imagine mal Raymond Aron, Jacques Rueff, Alfred Sauvy, Bertrand de Jouvenel  ou enfin Jean-Francois Revel accepter de participer à ce sordide théâtre d’ombres.
C’est de ce genre de pratiques que la France crève.
Le livre donne tous les détails sur ceux qui se livrent à ces méfaits, sur les réseaux qui les soutiennent, sur  les radios ou télévisions, payées par nos impôts sur lesquels ils sévissent et je ne saurai donc trop en recommander la lecture, et ce d’autant plus que cet ouvrage, qui est une vraie et remarquable enquête, n’a bénéficié d’aucune couverture de presse et que je l’ai trouvé par hasard en me promenant à la Procure à Paris.

20 milliards en un mois : premier bilan de François Hollande

Hausse du Smic, détricotage de la réforme de la retraite, fin du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, augmentation de l’allocation de rentrée scolaire. En pleine crise de la dette, et alors que l’Europe est au bord de l’explosion à cause de ses déficits publics, les premières mesures de François Hollande comme président de la République auront coûté 20 milliards d’euros aux Français.
Les économistes et nos partenaires européens ont beau répété que la priorité des politiques publiques doit aller au désendettement et à une cure d’amaigrissement des dépenses publiques, le gouvernement socialiste joue à contre-temps. Élu sur des promesses démagogiques, François Hollande creuse les déficits pour gagner les législatives.
Le réveil risque d’être douloureux pour les Français quand ils réaliseront que les folies budgétaires qu’offre le gouvernement vont mettre à mal sur le long-terme l’ensemble du système social à la française. C’est une question de bon sens : on ne peut pas éternellement dépenser plus que l’on ne gagne.
La France (comme tous les pays industrialisés) n’a pas les moyens de vivre comme pendant les 30 glorieuses, où le pays ne connaissait pas le chômage de masse, où la croissance était soutenue et où la pyramide démographique était surtout beaucoup plus favorable. Avec l’allongement de la durée de vie, les travailleurs ne peuvent plus assumer le prix de retraites de plus en plus longues.
Et quid du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ? Qui peut penser qu’avec l’informatisation de l’administration, les besoins en personnel public n’ont pas diminué… Et au-delà même des besoins, le fardeau de la fonction publique est trop lourd à porter et coûte tout simplement trop cher.
Quant au Smic, on connait tous les effets pervers de cette mesure sur l’emploi et sur les salaires intermédiaires… 20 milliards en un mois… On espère que François Hollande va se calmer car il lui reste 59 mois à passer à l’Elysée !

DSK, victime du retour de la police morale

Plus d'un an après le début de l'affaire du Sofitel, Dominique Strauss-Kahn est plus que jamais sous le feu des critiques. Jean-Paul Brighelli, auteur de "La société pornographique", y voit un retour à l'ère de l'hypocrisie et du puritanisme exacerbé.

Il y a quelques mois, alors que Dominique Strauss-Kahn était soupçonné de tentative de viol, il était présenté comme « un séducteur un peu lourd ». Aujourd’hui, l’ex directeur du FMI se révèle un haut consommateur de prostitués, et les mêmes poussent des cris d’indignation. N’y a-t-il pas une forme d’hypocrisie dans ce revirement ?

Jean-Paul Brighelli : Je ne crois pas que cela soit de l’hypocrisie. Je pense que notre époque, peut-être car nous sommes à la fois dans une période d’ultra libéralisme et de crise, cultive deux talons d’Achille en même temps. L’un est la pornographie et l’autre le puritanisme le plus éhonté. Ce sont d’ailleurs deux sentiments qui sont partagés à droite comme à gauche.
Les gens qui s’en vont ostensiblement parce que Dominique Strauss-Kahn est invité à un anniversaire me font littéralement gerber. DSK a eu le tort d’être un libertin assumé dans une époque qui ne pouvait que récuser le libertinage, soit au nom de la pornographie franche et pécuniaire soit au nom du puritanisme.

On a l’impression qu’on condamne le sexe pour mieux en parler et se régaler des détails croustillants. Qu’en dites-vous ?

Les puritains ont toujours été des obsédés. Et vice versa, je me demande si parmi les obsédés, il n’y a pas des puritains qui sommeillent. Il est évident que pour assumer complètement la sexualité, il faut savoir transformer ses fantasmes en désirs. Pour ne pas avoir de fantasmes, il faut d’un coté avoir fait la paix avec sa propre sexualité et de l’autre avoir récusé toutes les hypocrisies. L’hypocrisie génère du fantasme, tout comme d’ailleurs la pornographie qui, sous couvert de combler les fantasmes, ne peut qu’en générer d’autres à force de frustration.
Dominique Strauss-Kahn a vécu comme il l’a voulu, baisé qui il a voulu. Je sens une jalousie chez tous ces contempteurs de libertinage qui me laisse doucement rigoler.

Iriez-vous jusqu’à dire qu’on assiste à un retour de la « police de la morale » ?

Il en existe une en Arabie Saoudite qui s’invite régulièrement chez les particuliers. Ici, c’est plus feutré, moins officiel. Jamais l’époque n’a été aussi normative. Nous somme en retrait, en régression manifeste, par rapport à la façon dont on vivait dans la deuxième partie du 18eme siècle. Nous avons 250 ans de retard !

On se dirige donc vers une société fade, complément normative ?

Nous avons désormais un président normal, il est donc logique que nous ayons une société orthonormée. Les deux sont assez drôles à regarder de l’extérieur, mais seulement de l’extérieur. Je pense que qui que ce soit qui prendrait au sérieux l’imposition de normes dans la société actuelle se ferait drôlement « chier ».

Les excès d’indignation des féministes ne confinent-ils pas parfois à un certain racisme anti-homme ?

Je ne crois pas. Il y a beaucoup d’hommes qui adhèrent aux formes les plus outrancières du féminisme. Je tiens à rappeler une chose, ce sont les libertins du 18eme siècle, Pierre Choderlos de Laclos par exemple, qui ont élaboré les thèses féministes les plus avant-gardistes que l’on puisse imaginer. La 81eme lettre des « liaisons dangereuses » représente le plus grand manifeste féministe qu’il soit. Les chiennes de garde peuvent aller se rhabiller !
Le libertinage a toujours défendu les femmes comme il défendait les hommes. Il défend l’humain ! Les gens qui commencent à dire « les hommes », « les femmes », qui veulent des quotas et qui trouvent intelligent de mettre autant de ministres femmes que de ministres hommes sans se demander si les unes ou les autres sont compétents, me font également vomir.

58% des Français estiment que le Front National devrait être représenté à l’Assemblée Nationale

Sondage Mediaprism/Atlantico : les Français pensent également que Marine Le Pen (43%), Jean-Luc Mélenchon (45%) et Eva Joly (29%) devraient figurer sur les bancs de l'Assemblée Nationale. La proportionnelle semble donc valorisée.
Une assemblée nationale « idéale » qui n’est sans doute pas celle qui sortira des urnes. Des députés « nationaux » qui doivent rester proches de leurs territoires d’origine

58% des Français estiment que le Front National devrait être représenté à l’Assemblée Nationale

Le « vote de légitimité » exprimé par les Français à propos des partis politiques est significativement différent de leur choix électoral. En effet, partisans ou non, ils sont près de 6 sur 10 (58%) à estimer que le Front National, tout comme Europe Ecologie Les Verts (58% également) ou le Modem (59%) devraient être représentés à l’Assemblée Nationale. Ceci malgré le score faible d’Eva Joly, ou décevant concernant François Bayrou, le 22 avril dernier. La réalité sera sans doute différente avec une probabilité non négligeable aujourd’hui que parmi ces 3 partis seul EELV soit effectivement représenté, notamment via un groupe parlementaire (15 députés minimum).
L’enquête confirme également l’emprise et l’installation dans l’opinion du Front de Gauche par rapport au Parti Communiste, à Lutte Ouvrière ou encore au Nouveau Parti Anticapitaliste incarnés par Nathalie Arthaud et Philippe Poutou lors de l’élection présidentielle. Les Français sont respectivement 50%, 43%, 29% et 25% à souhaiter leur représentation au sein de l’hémicycle.
Les Français démontrent à travers cette réponse tolérance et maturité politique qui les poussent à revendiquer la pluralité d’expression et de courants de pensée digne selon eux de figurer au sein d’une Assemblée Nationale représentative.
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François Fillon en tête des personnalités (hors ministres) souhaitées à l’Assemblée Nationale. Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen auraient toute leur place également.

Interrogés sur une liste de personnalités politiques (hors ministres déjà en fonction) pour constituer une Assemblée Nationale « à la carte », indépendamment des choix par circonscription ou même de leur candidature effective aux élections législatives, les Français là aussi se détachent de leur préférence partisane et dessinent une assemblée plurielle et inédite. type  Le « vote de légitimité » exprimé par les Français à propos des partis politiques est significativement.
En tête, François Fillon aurait sa place à l’Assemblée Nationale pour 54% des Français interrogés. Il confirme là sa cote de légitimité politique et devance Jean-François Copé crédité d’un score de 35%. Alain Juppé est l’autre grande figure de l’UMP dont la présence dans l’hémicycle serait jugée comme légitime pour 50% des Français, suivi de près par le grand perdant de la présidentielle, Français Bayrou, que les électeurs verraient quand même tout à fait parmi les députés. Finalement absent de la course à la mandature suprême, Jean-Louis Borloo n’en reste pas moins présent et « apprécié », 45% des Français jugeant qu’il aurait toute sa place en député de la République.
Si la circonscription d’Hénin-Beaumont les départagera et n’en sélectionnera qu’un, les Français de leur côté verraient bien les deux opposants au sein de l’Assemblée. Respectivement, 45% et 43% estiment que Jean-Luc Mélenchon ET Marine Le Pen auraient leur place sur les bancs du Palais Bourbon.
A gauche, Ségolène Royal (candidate affirmée et affichée au perchoir) confirme « son retour » en devançant Martine Aubry avec 45% de Français estimant qu’elle aurait sa place à l’Assemblée contre 40% pour la secrétaire générale du Parti Socialiste. Du côté des écologistes, nous notons également le retour de Nicolas Hulot, nettement préféré à Eva Joly pour occuper une place parmi les députés, pour 40% des Français, devant donc la candidate EELV à l’élection présidentielle et préférée en sont temps lors de la primaire écologiste, créditée ici d’un score de 29% (Daniel Cohn-Bendit recueille pour sa part 35%).
Des scores qui démontrent le souhait de représentation du courant écologiste à l’Assemblée Nationale, malgré la faible performance de la candidate à la présidentielle. Dans cet hémicycle à la carte, d’autres personnalités politiques se maintiennent ou émergent, comme Dominique de Villepin, dont 36% des Français estiment qu’il aurait toute sa place à l’Assemblée, Nicolas Dupont-Aignan (35%), Olivier Besancenot (32% nettement préféré à Philippe Poutou, 24%).
D’anciens ministres des gouvernements Fillon restent légitimes pour une partie des Français, comme Rama Yade (39%), François Baroin (36%), Nathalie Kosciusko-Morizet (35%), Rachida Dati (32%) ou Xavier Bertrand (31%). Bertrand Delanoë (38%), Elisabeth Guigou (33%), Martin Hirsch (32%) ou encore Jack Lang (31%), restent « des valeurs sures » à gauche en terme de légitimité parlementaire.
Cette enquête inédite révèle donc là aussi à travers cette question une aspiration des Français pour une représentation plurielle des idées des convictions et des personnalités à l’Assemblée Nationale, et ceci indépendamment et au delà de leur propre opinion en tant qu’électeur.

Des électeurs avertis, qui votent selon leurs convictions … et selon le parti politique du candidat.

63% des Français déclarent s’intéresser autant aux élections législatives qu’à l’élection présidentielle, et 29% moins s’y intéresser (8% s’y intéresser davantage). Sans doute une implication un peu lassée après la grande séquence présidentielle (et comme le montrent des estimations de taux de participation, en deça du scrutin précédent). Certes conscients de l’enjeu, ils sont 40% à estimer que les médias n’en parlent pas assez, mais autant (41%) à considérer qu’ils en parlent « comme il faut ».
Forts d’une certaine liberté de penser, les électeurs déclarent avant tout aller voter « en fonction de leurs convictions personnelles sans penser au gouvernement actuel ou au rapport de force politique », pour 38% d’entre eux. Ensuite, ils sont plus nombreux (28%) à aller voter pour « donner une majorité au gouvernement actuel (que cela corresponde ou non à vos propres convictions) » plutôt que pour « donner suffisamment de poids à l’opposition pour qu’elle puisse jouer son rôle (que cela corresponde ou non  à vos propres convictions) » (21%). 13% enfin votent « en fonction des personnalités et des programmes des candidats sur votre circonscription, indépendamment du reste ».
Toutefois, ils ne sont pas dupes, les Français savent bien que les députés sont avant tout des hommes et des femmes de parti : 69% estiment que les députés à l’Assemblée « agissent et votent selon les consignes de leur parti politique » davantage qu’en fonction « des attentes et de l’intérêt du territoire et des citoyens qu’ils représentent » (21%) ou encore de « leurs convictions intimes et personnelles » (10%).
Dès lors, le premier critère de choix des électeurs lors de ces élections législatives est le parti politique d’appartenance des candidats (59%), suivi, quand même, par « le projet et les idées » (50%).
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Une forte attente de proximité et d’engagement local

La première qualité attendue des députés, pour 78% des Français, est celle de l’écoute et de la proximité avec les habitants de la circonscription. L’élection législative a bien cette particularité de mandater des élus pour une action politique et réglementaire nationale, mais non déconnectée pour autant des territoires dont ils sont issus. D’ailleurs, dans les autres qualités testées, « l’expérience politique locale » l’emporte sur « l’expérience politique nationale » (respectivement 46% et 26%).
Une majorité de Français (56%) est d’ailleurs convaincue d’un député, même s’il siège à l’Assemblée Nationale, est également tout à fait important « pour agir et faire bouger les choses au niveau local ».
Sans doute en raison de cette attente de représentants nationaux en prise avec les préoccupations locales, les Français sont d’autant plus opposés au cumul des mandats qu’ils concernent des mandats éloignés des territoires (85% contre le cumul Député-Ministre ; 75% contre le cumul Député-Président d’un conseil général, régional ou d’une communauté de communes). Ils sont plus nuancés sur le cumul Député-Maire (51% contre ; 37% pour ; 12% indifférents).

Méthodologie : Échantillon de 1 238 personnes, représentatif de la population Française âgée de 18 ans et plus, interrogés du 5 au 7 juin, par questionnaire auto-administré en ligne (CAWI - Computer Assisted Web Interviewing). Méthode des quotas sur les critères de sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, catégorie d’agglomération et région.