TOUT EST DIT

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jeudi 13 octobre 2011

La “Main de Dieu” a encore frappé

Autant est curieux le deux poids deux mesures du pouvoir, plus encore l’est l’indifférence du citoyen face à ce genre d’actions qui ne sont rien qu’une autre forme de corruption. Les gouvernements et les banques centrales pervertissent le marché pour leur bénéfice propre.

En 1988, Ronald Reagan créa le Groupe de travail sur les marchés financiers, qui se matérialisa au travers du décret-loi 12.631, avec pour but d’« améliorer l’intégrité, l’efficacité, l’ordre et la concurrence des marchés financiers [des États-Unis], en même temps que de maintenir la confiance des investisseurs » [sic]. C’est-à-dire la manipulation éhontée du marché. Curieusement, si un particulier faisait la même chose, il irait en prison aux États-Unis, mais si e gouvernement le fait, il gagne des électeurs.

Initialement, Reagan créa la loi pour constituer un espèce de soviet ou groupe de travail financier qui veillerait sur le marché. Telle fut, au moins, l’excuse. Le temps nous a montré que le propos réel fut de manipuler le marché au profit du politique. Le « Groupe » vit que sa capacité pour changer les choses étaient beaucoup plus grande qu’on ne l’avait imaginé. Ils peuvent transformer des jours de baisses en hausses, ou faire en sorte que les grands investisseurs ou les Hedges Funds achètent comme des possédés quand le marche chute.
En réalité, personne ne sait ce que fait ce groupe. Ses actions sont aussi opaques que celles de la mafia. À tel point que, pendant de nombreuses années, les analystes croyaient qu’il s’agit d’un conseil politique supplémentaire qui se consacrait à passer facture pour ne rien faire. Malheureusement, il n’en est pas ainsi.
Le membre du Congrès Ron Paul a demandé à plusieurs reprises ce que faisait ce groupe et comment il travaillait. Bernanke a toujours esquivé les questions de Paul, et en beaucoup d’occasion n’a pas répondu du tout puisque rien ne l’oblige à répondre aux questions du Congrès. D’un autre côté, un ancien membre de la Fed, Robert Heller, affirma dans le Wall Street Journal avant la crise que le Réserve fédérale « au lieu d’inonder toute l’économie de liquidités, et par conséquent augmenter le risque d’inflation, pourrait être en train d’acheter des actifs à taux variable directement sur le marché des futures ». Maintenant, nous savons que la Fed fait l’un et l’autre.
Depuis la crise de 2008, l’intervention de ce groupe, connu comme la « Main de Dieu » et qui a créé des séquelles en Europe, a augmenté son activité même si c’est toujours nié. Beaucoup d’analystes qui avant ne croyaient pas au pouvoir réel de ce groupe, semblent admettre maintenant son intervention directe sur le marché.
[Le] mardi [4 octobre], il se passa quelque chose de curieux avec l’indice Standard & Poor’s (S&P). à la première heure, le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, vint déclarer que si l’économie stagnait, la Fed prendrait les choses en main et créerait plus de stimulus. La bourse ne réagit pas à la nouvelle et continua à baisser pendant toute la journée jusqu’au trente dernières minutes. Alors, d’un coup, et sans aucune raison, elle commença à monter. Le S&P passa d’une perte à un gain de 2%. Encore une fois était intervenu la « Main de Dieu ». L’inexplicable remontée soudaine fit que les courts (ceux qui misaient à la baisse), commencèrent à racheter pour limiter les pertes, ce qui augmenta encore plus la montée presque verticale du S&P et du Dow Jones.
Autant est curieux le deux poids deux mesures du pouvoir, plus encore l’est l’indifférence du citoyen face à ce genre d’actions qui ne sont rien qu’une autre forme de corruption. Sans besoin de rechercher le gain direct, les gouvernements et les banques centrales pervertissent le marché pour leur bénéfice propre pour gagner électeurs et pouvoir sur la société. Quel sens cela a-t-il que le gouvernement fasse des lois de transparence financière, mille régulations et après être le seul à les enfreindre ?
Probablement le mythe du bon gouvernement persiste-t-il chez le citoyen imprudent dans sa croyance que toutes le atrocités des bureaucrates sont positives quand elles sont travesties de gloire et de bonté, comme le fit Reagan en affirmant que la régulation « améliore l’intégrité, l’efficacité et l’ordre… du marché ». Le résultat de tant de « bonté » est l’augmentation de la volatilité, de l’incertitude, des pertes et une économie planifiée qui ne vit que pour financer les vices et les ambitions des banquiers centraux et des politiciens. Avec ces stratégies, le gouvernement peut tromper les gens, mais il ne les sortira pas de la crise.
Article original

La voie argentine pour la Grèce ?

Recapitaliser les banques pour sauver l'euro


Le pari européen de gérer la crise des risques souverains en gagnant du temps pour permettre à la Grèce de retrouver l'accès au marché tout en préservant les banques et les institutions de la zone euro est perdu. Le second plan d'aides arrêté par le Conseil européen du 21 juillet dernier est caduc avant même d'entrer en application. La Grèce (dette de 160 % du PIB, déficits public et courant de l'ordre de 9 % du PIB, récession de 5 % et taux de chômage de 16 %) est définitivement insolvable. Les pertes prévisibles pour les banques et pour les Etats (8 milliards à ce jour pour la France) alimentent le blocage de la liquidité du système financier et la crise des risques souverains. Des pays périphériques, la contagion a gagné l'Espagne et l'Italie (qui représentent 12 et 17 % du PIB de la zone euro et affichent 2 800 milliards d'euros de dettes pour un besoin annuel de financement de 320 milliards, à comparer aux 440 milliards du fonds de stabilité), puis le coeur de la zone euro. La France est ainsi menacée d'une dégradation prochaine de sa notation financière en raison de son incapacité à baisser ses dépenses publiques et relancer les privatisations, mais aussi du fait de ses engagements européens. A l'image du Japon, la zone euro se dirige donc vers une croissance nulle et un chômage structurel. Au lieu de créer de la confiance, l'Europe a renforcé l'incertitude et l'instabilité.

Les responsabilités de ce désastre sont avant tout politiques. La croissance mondiale est certes en phase de ralentissement. Mais c'est l'Europe qui a fabriqué son krach par son aveuglement face à ses problèmes structurels, son retard dans les décisions, son inconséquence dans leur exécution. Responsabilité de la Grèce, qui ne peut rembourser ses dettes et continue à tergiverser en matière de fiscalité et de privatisations - ce qui va entraîner la suspension de l'aide du FMI. Responsabilité des Etats qui ont différé les indispensables plans d'austérité jusqu'à les rendre incompatibles avec la croissance tout en retournant à des stratégies non coopératives dès la fin de la récession de 2009. Responsabilité de l'Allemagne, qui, forte de ses réformes et protégée des marchés par la puissance de son industrie, bloque, pour des raisons de politique intérieure, toute stratégie active de gestion de la crise. Responsabilité des instances communautaires - y compris la BCE, du fait de ses relèvements de taux et de la surévaluation de l'euro -, qui ont totalement failli tant dans la réponse à la montée des risques souverains que dans la coordination des politiques économiques requise par la survie de l'euro ou dans la régulation du secteur financier. A refuser tant le défaut grec que la mutualisation des dettes, l'Europe a fabriqué une crise systémique née de l'interaction entre le surendettement des Etats et la désintégration des bilans bancaires, qui menace les acquis de 60 ans d'intégration.

Il faut casser d'urgence la spirale du surendettement des Etats et de la faillite des banques en faisant la vérité sur les pertes. Les dettes de la Grèce, du Portugal et de l'Irlande doivent être restructurées en leur appliquant la décote du marché, soit 50 %, en contrepartie de la stricte application des programmes d'ajustement. La non-réalisation des conditions, notamment la dérive persistante des comptes publics, sera sanctionnée par la sortie de la zone euro des Etats défaillants. Cette restructuration obligera les Etats qui ont souscrit aux programmes d'aides, mais surtout les banques, à constater leurs pertes. D'où un besoin de recapitalisation des institutions financières d'environ 200 milliards d'euros qui devra être couvert soit par des augmentations de capital, soit par une nouvelle intervention des Etats. Celle-ci devrait être réalisée sous la forme d'actions de préférence liées à des warrants afin de garantir la valeur de l'investissement public. Elle sera conditionnée à la séparation des activités de banque de détail et de banque de marché, à l'encadrement strict des rémunérations, à la régulation effective des marchés (credit default swaps, exchange traded funds) et des opérateurs (shadow banking). La recapitalisation des banques pourrait être coordonnée par un fonds d'investissement européen ouvert aux fonds souverains d'Asie et du Moyen-Orient. Elle devra être accompagnée d'une mise à zéro des taux d'intérêt, de l'accélération des achats de titres de dette publique par la BCE et d'une baisse agressive de l'euro dans le droit-fil de la politique conduite par la Banque nationale suisse.

Faire la vérité sur les pertes impose de faire aussi la vérité sur la fin des modèles de croissance à crédit et sur la réforme des institutions de la zone euro. Dans l'économie ouverte, nul - pas même les Etats-Unis - ne peut s'installer durablement dans la sous-production et la surconsommation. Les erreurs de l'Allemagne dans la gestion de la crise n'invalident nullement la justesse de sa stratégie de reconstruction d'une offre compétitive dans la mondialisation. Il n'y a pas d'alternative à l'austérité et aux réformes structurelles pour les Etats déficitaires, mais elles doivent avoir pour contrepartie des politiques de soutien de la consommation dans les Etats excédentaires. Il faut par ailleurs refonder la gouvernance de la zone euro. Tous les principes fixés pour la monnaie unique par les traités de Maastricht en 1992 et Amsterdam en 1997 ont été invalidés : critères et pacte de stabilité, impossibilité d'un défaut, absence de solidarité budgétaire, interdiction du financement monétaire des déficits publics. L'Europe paie très cher pour constater qu'il ne peut y avoir de monnaie unique avec des budgets, des fiscalités et des Etats providence qui demeurent nationaux. La survie de l'euro est donc indissociable de la solidarité financière et de la responsabilité budgétaire, qui impliquent un gouvernement économique et une refonte des statuts de la BCE. A cette condition pourraient naître des eurobonds qui ont vocation à être adossés à des institutions fortes, à moins d'aller vers de nouvelles crises avec des instruments fédéraux sans réassurance politique. La modernisation des modèles économiques et de la gouvernance de l'euro suppose ainsi une capacité de leadership et une conscience de l'intérêt supérieur de l'Europe qui font tragiquement défaut à ses dirigeants actuels. A moins d'un ressaisissement rapide, l'euro risque de rejoindre l'Union latine et le bloc-or dans le cimetière des unions monétaires mort-nées

PS : la tiédeur est éternelle

Vertige de l'inutilité des foules, et illusion d'avoir fait l'histoire. Le succès de la primaire aboutit à un score de congrès, l'exacte mesure d'une éternité socialiste, à laquelle même deux millions et demi de citoyens ne pouvaient rien changer. Quand les pionniers de Terra Nova entreprenaient de convaincre la forteresse de Solférino de s'ouvrir aux primaires, ils avaient en leur besace un argument rassurant : les sympathisants voteraient comme les militants, apportant simplement le réconfort aux invariants de la maison. Nous y sommes. Regardons-la bien, cette primaire, au-delà du charisme et des larmes, des petites phrases et des commentaires, et admirons sa perfection !

Le héros Montebourg ? De toute l'histoire socialiste, les courants organisés de gauche ont pesé entre 10 et 25 % des mandats. Marceau Pivert, Zyromski, Chevènement, Dray, Mélenchon, Emmanuelli, Hamon, Montebourg, c'est le même étiage au fil des ans. Valls ? De toute l'histoire socialiste, ceux qui demandent au parti d'assumer l'aggiornamento et la pratique du pouvoir ont perdu les batailles internes. Royal ? Depuis que la social-démocratie existe, la seule vérité est celle des barons locaux, des fédérations et des élus. Suivistes et puissants à la fois, lâches ou darwiniens, peu importe, ils sont la réalité du socialisme français. Royal 2006, celle de la primaire, avait capté les barons (Hollande, Rebsamen, Mauroy, Ayrault, Collomb, etc), sidérés par son populisme, mais captivés par ses sondages ; Royal 2011 a vu son score électoral rejoindre la désaffection de ce parti réel...

Hollande est un mitigeur, Aubry une douche écossaise

Hollande et Aubry enfin ? De toute éternité, un même corps central gouverne le PS, qui se fracture parfois pour le jeu dialectique ou par tempérament. Comme il faut bien nourrir les sincérités militantes, on se colorie en rose plus ou moins vif, et on choisit des sujets divergents. Le recrutement des enseignants, ou l'assignation à résidence des médecins, ou la retraite à 60 ans sont aujourd'hui les habillages d'un affrontement sans idéologie, comme jadis la guerre Fabius-Jospin. En réalité, Aubry et Hollande sont deux jumeaux du socialisme : ENA, Mitterrand (Élysée pour Hollande, ministère du Travail pour Aubry), delorisme, jospinisme. Ils sont le fruit de toute une histoire, pas déshonorante, mais réputée insuffisante à force de tiédeur, la social-démocratie n'a rien d'autre en magasin. Cette tiédeur aimable, pour l'emporter, doit passer des compromis avec les vertueux, louvoyer et godiller. Ensuite, chacun fait selon son tempérament. C'est la vie.

Hollande se pose en gouvernant, mais s'en ira titiller la démondialisation. Aubry, la joue à gauche, s'est lestée néanmoins de strauss-kahnisme, et s'est vantée de ses compréhensions patronales. Lors du dernier débat de la primaire, la dame qui pourfend le Medef rappelait qu'elle avait été numéro trois d'un grand groupe industriel (Péchiney) ; elle aurait pu aussi se rappeler que l'élite du patronat la soutenait dans les années 90, et qu'elle était, choix politique, la préfacière du livre de Tony Blair en 1997...

Mais elle aurait pu ajouter qu'elle avait poignardé son ancien employeur, Jean Gandois, devenu patron des patrons, en lui imposant les 35 heures... Aubry est ainsi, entière dans ses contradictions, prônant alternativement le réalisme et la révolution, avec la même puissance et la même sincérité. Très brûlante, puis très froide, pour fouetter nos sangs. Hollande, lui, abhorre ces violences, pèse au trébuchet ses avancées, et pratique l'art immémorial de la synthèse. Hollande est un mitigeur, quand Aubry pratique la douche écossaise. Mais à l'arrivée, c'est la même moyenne et la même eau. C'est presque rassurant.

En débat, Martine Aubry et François Hollande ont surjoué leurs différences

C'était tant attendu entre les deux finalistes de la primaire socialiste, au moment où la tension monte entre les deux camps, à l'approche du second tour. Mais au final, cette heure quarante-cinq d'émission, sur France 2 avec Le Monde et France Inter, a donné des échanges parfois techniques. Les oppositions de style, de posture politique, ont certes été plutôt plus vives que dans les débats précédents, mais elle n'ont pas vraiment fait bouger les lignes, Martine Aubry comme François Hollande restant dans le positionnement adopté depuis le début de la campagne.

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Des confrontations parfois très techniques. Faute de vrais désaccords de fond, les candidats ont poursuivi leur confrontation autour de points parfois ardus, comme la "règle d'or", ou le nombre de postes d'enseignants qu'il serait nécessaire de créer : sur ce dernier point, Martine Aubry conteste son chiffrage : "60.000 fonctionnaires, c'est bien 2,5 mds d'euros ? Donc tu mets 2,5 milliards ?...". François Hollande répond en évoquant le coût du reboublement, chiffré récemment à 2,5 milliards lui aussi. S'en suit une bataille de chiffres qui brouille l'opposition sur le thème de l'éducation, pourtant assez important à gauche.
Même chose sur la réforme des retraites que propose le PS, où à force de chercher à s'opposer, les deux adversaires en sont venus à des points accessibles seulement aux spécialistes. Martine Aubry en est venue à citer une prise de position du député de l'Ardèche Pascal Terrasse, soutien de M. Hollande, qui aurait selon elle évoqué dans une "dépêche" un passage de l'âge légal de départ à 65 ans. "Tu as dû mal comprendre", a assuré M. Hollande, tandis que le député Terrasse apportait sur le réseau Twitter un "démenti formel". Même tonalité sur les licenciements "boursiers", mesure proposée par Ségolène Royal. A ce sujet, François Hollande, que l'ex- candidate soutient désormais,  juge que "le problème de la justice, c'est qu'elle est trop tardive". "Il faut une procédure en référé", dit-il, alors que Martine Aubry évoque "la possibilité pour les salariés de saisir le tribunal de commerce", voire de "mettre sous tutelle l'entreprise". Une divergence réelle, mais qui concerne les modalités d'application d'une volonté commune.
Autre affrontement feutré : le cumul des mandats, thème que Martine Aubry martèle depuis la rentrée, fustigeant le changement de position de son adversaire sur cette question. "Moi j'ai un principe incontestable (...) je respecte les décisions de mon parti", rétorque François Hollande, en référence à la décision de l'ex-première secrétaire de reporter, sous la pression des élus PS, l'application de la règle de non-cumul votée au sein du PS à l'après 2012. Reste une petite différence : Hollande n'appliquerait la loi qu'en 2014, Aubry en 2012.
- Des oppositions de postures. Sortis des débats exigeants sur les mesures, on a vu des piques visant les styles respectifs des candidats. Résolument offensive, Martine Aubry a de nouveau attaqué son adversaire : ne parlant plus de "gauche molle", elle a toutefois estimé que "face à une droite dure, face à une crise qui dure, il faut une gauche forte". Réponse de François Hollande: "On sort de cinq ans d'une présidence brutale, et on serait une candidature sectaire ? Non, je ne le suis pas."
A la fin du débat, les deux candidats ne s'affrontaient plus sur leurs idées mais sur leurs personnes. "On a confiance en moi parce que je suis claire. François Hollande a changé de position sur certains points. (...) Le flou est la pire des choses", a lancé Martine Aubry. "Chacun a son expérience et sa clarté, ça sera mesuré par les Français dimanche", a répondu François Hollande. Les deux candidats ont eu bien du mal à promettre que chacun d'eux respecterait le vainqueur du second tour et s'unirait derrière lui.
Dans cette opposition de postures, chacun a gardé le positionnement adopté depuis le début de la campagne. Tout en l'affinant. M. Hollande a rappelé qu'il avait été "constant" et "candidat à l'âge de 26 ans" et avait remporté circonscriptions qui ne lui étaient pas offertes, une allusion au fait que Mme Aubry a succédé, à Lille, à Pierre Mauroy, figure de la gauche. Il n'a pas non plus hésité à faire allusion au congrès de Reims de 2008, suite auquel Martine Aubry avait été accusée d'avoir triché pour l'emporter face à Mme Royal.
Martine Aubry a de nouveau taclé François Hollande sur son manque d'expérience. Elle a rappelé souvent son passé de "ministre" et cité plusieurs fois, comme contact international, Poul Nyrup Rasmussen, président du parti socialiste européen, au risque de perdre le spectateur. Quand on lui a demandé si elle ferait de M. Hollande son premier ministre, elle a lâché : "Il faut avoir un premier ministre plus jeune que soi."
Des signaux vers les électeurs de Montebourg, Royal et les écologistes. Les deux opposants ont aussi utilisé toutes les occasions possibles pour lancer des appels du pied à différentes catégories d'électeurs. François Hollande a ainsi évoqué les "licenciements boursiers" chers à Ségolène Royal, ou des "débats citoyens" qui rappellent la "démocratie participative" de Ségolène Royal. Cette dernière, qui a rallié Hollande, a été saluée par les deux débatteurs.
Mais la cible principale était Arnaud Montebourg, le "troisième homme" du premier tour. Sur ses positions de prédilection - protectionnisme européen et encadrement des banques -, Martine Aubry et François Hollande ont musclé leurs positions, évoquant pour l'une les "dégâts du libre échange" et sa proposition de "juste échange", tandis que l'autre se disait favorable à "l'économie ouverte, pas l'économie offerte" et parlait de "réciprocité" dans les échanges internationaux.
>> Lire Montebourg dément avoir annoncé son soutien à Hollande
>> Lire Martine Aubry a répondu à la lettre d'Arnaud Montebourg Tous deux ont également cherché à séduire des niches électorales, les écologistes pour François Hollande, qui a parlé de "'taxe carbone aux frontières de l'UE", et les femmes pour Martine Aubry, qui s'est adressée à elles à la fin de l'émision.
Dans leur conclusion, Aubry et Hollande se sont opposés mais encore dans la lignée de la campagne  : "Si on ne change pas profondément notre système, la France sera dans le déclin, c'est cela que j'appelle la gauche forte", lançait Martine Aubry. "Il faut rassembler, rassurer, réconcilier. Trop de promesses ont été faites, il faut des actes", a rétorqué son adversaire. L'un a promis le "progrès", l'autre la "victoire".

Pourquoi la Slovaquie s'est opposée au fonds de secours européen

C'est sans doute la première fois que la Slovaquie attire l'attention de la sorte. La décision des députés slovaques de rejeter, mardi 11 octobre dans la soirée, le renforcement du Fonds de secours financier de la zone euro (FESF), a placé l'une des plus petites économies de l'Union européenne sous le feu des projecteurs mais aussi des critiques.

Le dernier des 17 pays de la zone euro qui devaient approuver l'élargissement à 440 milliards d'euros de ce fonds de secours, décidé le 21 juillet, est en effet le seul à avoir dit "non", mettant un coup d'arrêt au moins temporaire aux efforts européens pour stopper la contagion de la crise de la dette.
HOSTILITÉ À L'EUROPE
S'il place dans l'embarras les dirigeants européens, ce vote — 55 voix pour, 9 contre et 60 abstentions — n'est en réalité pas une surprise. L'une des factions de la coalition quadripartite au pouvoir depuis juillet 2010, les libéraux du parti Liberté et Solidarité (SaS), était en effet dès le départ farouchement opposée à un renforcement du FESF.
Pour le chef de file du SaS, Richard Sulik, l'unique solution à la crise de la dette réside dans le respect par l'ensemble des Etats membres des règles d'équilibre budgétaire. La Slovaquie n'a pas à payer pour l'irresponsabilité de la Grèce, assène-t-il. Bratislava avait d'ailleurs déjà été la seule à avoir refusé de participer au premier prêt d'urgence accordé à la Grèce en 2010.
Ce discours rencontre un écho particulier dans une société de plus en plus hostile à l'Europe, alors que s'atténue l'enthousiasme de l'adhésion à l'Union européenne en 2004 et à la zone euro en 2009. Selon les sondages, 70 % des Slovaques sont opposés au renforcement du fonds de stabilisation, de même que de nombreux hommes politiques de tous bords.
DIFFICULTÉS ÉCONOMIQUES
Car la Slovaquie, durement touchée par la crise économique, est aujourd'hui l'une des économies les plus pauvres de la zone euro, bien plus fragile que la Grèce. Dans les années 2000, le pays post-communiste, surnommé le "Detroit de l'Europe" (en référence à la ville américaine), mise sur l'industrie automobile. Elle attire de grands constructeurs étrangers comme PSA Peugeot Citroën, Audi, Kia ou Volkswagen et se développe rapidement. Jusqu'en 2007, la croissance oscille autour de 10 %, tandis que le déficit budgétaire et le chômage sont au plus bas.
La crise économique change la donne. "L'industrie automobile était exportatrice à 80 %. Lorsque les marchés se sont rétractés, la Slovaquie a perdu beaucoup d'argent", dit Etienne Boisserie, chercheur à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) et spécialiste de la Slovaquie. Aujourd'hui, la croissance dépasse difficilement la barre des 1 %, le déficit a atteint 8 % du PIB et le pouvoir d'achat ne représente que les trois quarts de la moyenne européenne. Avec 780 euros, la moyenne des salaires slovaques se hisse juste au-dessus du salaire minimum grec, qui atteint 750 euros.
Le renforcement du FESF, un outil destiné à venir en aide aux pays en difficulté financière (dont la Grèce, lourdement endettée), s'apparente donc un réel effort pour les Slovaques. Si la contribution de la Slovaquie représente "seulement" 7,7 milliards d'euros en valeur absolue, soit 1,75 % des 440 milliards d'euros du fonds, cette part grimpe à 10 % rapportée au PIB.
"COUP POLITIQUE"
Ces derniers mois, la Slovaquie a tout fait pour repousser le vote du renforcement du fonds, espérant qu'un autre pays s'y oppose avant elle. Mais mardi, Bratislava, dernière sur la liste de ratification, était au pied du mur. Et si les députés ont au final rejeté le texte, c'est aussi en raison de divergences politiques.
"Ce vote négatif met en lumière les faiblesses et le manque de cohérence de la coalition de centre-droit actuellement au pouvoir, notamment sur les questions économiques", estime Etienne Boisserie. Sans les 22 députés libéraux du SaS, qui n'ont pas participé au vote, la coalition et ses 55 députés restants ne pouvait en effet pas songer à obtenir la majorité requise de 76 élus sur 154. Par contre, les 64 voix de l'opposition sociale-démocrate (Smer-SD), favorable au renforcement du fonds, auraient pu faire pencher la balance en faveur du plan européen. "Les sociaux-démocrates estiment, à l'image d'une partie de la coalition, que la solidarité doit primer au sein de l'Union européenne, et que l'on ne peut profiter de ses avantages sans pâtir de ses inconvénients", explique Grigorij Meseznikov, politologue à l'Institut des affaires publiques de Bratislava.
Mais lors de ce vote, les enjeux de politique intérieure slovaque ont pris le dessus sur les préoccupations européennes. La première ministre, Iveta Radicova, affaiblie depuis plusieurs mois, a assorti le vote du renforcement du fonds d'un vote de confiance du gouvernement. Et l'opposition a saisi l'occasion pour fragiliser le pouvoir en place. "Les sociaux-démocrates ont préféré s'abstenir plutôt que de soutenir le gouvernement, analyse Etienne Boisserie. Mais surtout, ils ont fait un coup politique en proposant un accord au gouvernement : ils voteront en faveur du plan européen à condition de dissoudre le Parlement et de convoquer des élections législatives anticipées."
"Le gouvernement d'Iveta Radicova n'a eu d'autre choix que d'accepter car il a perdu toute légitimité", assure Grigorij Meseznikov.
RATIFICATION ASSURÉE... DANS QUELQUES JOURS
L'accord a été scellé mercredi. L'opposition a obtenu des élections anticipées pour mars 2012 en contrepartie desquelles elle s'est engagée à voter en faveur du renforcement du Fonds de secours de la zone euro, conférant ainsi à la coalition une majorité confortable de 119 sièges. Le second vote aura lieu au Parlement d'ici "vendredi au plus tard", a indiqué le chef des sociaux-démocrates, Robert Fico, assurant que "le parlement va ratifier le FESF sans le moindre problème".
Malgré le rapide retournement de situation, l'image de la Slovaquie sur la scène européenne pourrait pâtir de ce jeu de poker menteur. Mercredi, les président de l'Union européenne et de la Commission européenne, Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso, ont en effet rappelé à l'ordre Bratislava, l'incitant dépasser les considérations politiques à court terme et à utiliser la prochaine occasion pour adopter rapidement un nouvel accord".
"Pendant trois jours, Bratislava aura peut-être une image de vilain petit canard, confirme Etienne Boisserie. Mais elle sera vite effacée car une majorité de députés a conscience de l'urgence et du fait que si la Slovaquie n'adopte pas le plan, elle en paiera le prix pendant de nombreuses années."

Les deux candidats PS proposent un contrôle des banques

Les deux candidats à l'investiture socialiste en vue de la présidentielle de 2012 ont proposé mercredi le placement sous contrôle public des banques qui seraient recapitalisées par les deniers publics.

Ils répondaient ainsi indirectement lors d'un débat décisif sur France 2, quatre jours avant le second tour de la primaire, aux propositions d'Arnaud Montebourg, qui a obtenu 17,2% des voix au premier tour et a suspendu ses consignes de votes pour le second tour aux prises de positions des deux finalistes.
François Hollande a proposé trois mesures, l'instauration d'un droit de veto de l'Etat quel que soit le niveau de son entrée au capital d'une banque, la séparation des activités de dépôt et d'investissement, et une "mutualisation" des profits qui seraient réalisés par certains établissements.
"Il faut que les banques qui ont fait des bénéfices financent les banques qui font des pertes", a-t-il dit. "Si j'étais président, la première règle sera qu'une présence au capital signifiera droit de veto."
Martine Aubry a fait des propositions identiques, à l'exception de l'idée de "mutualisation" des profits bancaires, empruntée à Arnaud Montebourg, qu'elle n'a pas citée.
Le ton des deux candidats a été assez ferme vis-à-vis des banques. "Il faut arrêter de spéculer avec l'épargne des Français", a dit Martine Aubry.
Les deux candidats débats débattaient alors qu'un défaut partiel sur la dette de la Grèce est désormais envisagé, ce qui suppose ensuite un soutien aux banques, notamment françaises, qui perdront certaines de leurs créances.

mercredi 12 octobre 2011

Grèce : Vers un abandon de 50% de la dette

Pour une solution européenne à la crise de la zone euro

La crise de l'euro doit être réglée, et vite. Les mesures prises à ce jour sont insuffisantes et venues trop tard, et elles suscitent des turbulences financières mondiales. L'euro est loin d'être une construction parfaite, comme cette crise l'a révélé. Mais la solution consiste à éliminer ses défauts, et non pas à laisser l'euro ébranler, voire détruire, le système financier mondial.
Européens partageant un même sentiment d'urgence, nous appelons les gouvernements de la zone euro à reconnaître ensemble la nécessité d'un nouvel accord juridiquement contraignant. Celui-ci devrait établir un Trésor commun pouvant lever des fonds pour la zone euro dans son ensemble et assurer le respect de la discipline fiscale par les états membres ; renforcer la supervision et la réglementation commune du secteur financier, y compris par la garantie commune des dépôts dans la zone euro ; assurer la mise en place d'une stratégie pour la croissance et la convergence économique, car le problème de la dette ne peut être résolu sans croissance.

Pendant la période de négociation et de ratification d'un tel accord, les gouvernements de la zone euro doivent habiliter le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et la Banque centrale européenne (BCE) à coopérer afin de juguler la crise. Ces institutions pourraient alors garantir et, à terme, recapitaliser le système bancaire. Elles permettraient aux pays subissant les effets d'une grave perte de confiance des marchés le refinancement de leur dette à très bas taux, ceci dans des limites convenues ensemble, en émettant des bons du Trésor pouvant être réescomptés par la BCE.
Nous appelons les législateurs des pays de la zone euro à reconnaître que l'euro a besoin d'une solution européenne. La recherche de solutions nationales ne peut que conduire à la désintégration.

Asger Aamund (Danemark) ; Martti Ahtisaari (Finlande) ; Anders Aslund (Suède) ; Gordon Bajnai (Hongrie) ; Mario Baldassarri (Italie) ; Ulrich Beck (Allemagne) ; Peter Bofinger (Allemagne) ; Svetoslav Bojilov (Bulgarie) ; Emma Bonino (Italie) ; Elmar Brok (Allemagne) ; Maria Cattaui (Grèce/Suisse) ; Daniel Cohn-Bendit (Allemagne) ; Bertrand Collomb (France) ; Massimo D'Alema (Italie) ; Daniel Daianu (Roumanie) ; George David (Chypre/Grèce) ; Howard Davies (Royaume-Uni) ; Jean-Luc Dehaene (Belgique) ; Ales Debeljak (Slovénie) ; Gianfranco Dell'Alba (Italie) ; Pavol Demes (Slovaquie) ; Kemal Dervis (Turquie) ; Tibor Dessewffy (Hongrie) ; Andrew Duff (Royaume-Uni) ; Hans Eichel (Allemagne) ; Joschka Fischer (Allemagne) ; Timothy Garton Ash (Royaume-Uni) ; Anthony Giddens (Royaume-Uni) ; Charles Goodhart (Royaume-Uni) ; Heather Grabbe (Royaume-Uni) ; Charles Grant (Royaume-Uni) ; Jean-Marie Guéhenno (France) ; Alfred Gusenbauer (Autriche) ; Hans Hækkerup (Danemark) ; David Hannay (Royaume-Uni) ; Chris Haskins (Royaume-Uni/Irlande) ; Pierre Hassner (France) ; Steven Heinz (Autriche) ; Francois Heisbourg (France) ; Diego Hidalgo (Espagne) ; Michiel van Hulten (Pays-Bas) ; Jaakko Iloniemi (Finlande) ; Wolfgang Ischinger (Allemagne) ; Minna Jarvenpaa (Finlande/Etats-Unis) ; Mary Kaldor (Royaume-Uni) ; Glenys Kinnock (Royaume-Uni) ; Gerald Knaus (Autriche) ; Rem Koolhaas (Pays-Bas) ; Fiorella Kostoris (Italie) ; Bernard Kouchner (France) ; Ivan Krastev (Bulgarie) ; Armin Laschet (Allemagne) ; Mark Leonard (Royaume-Uni) ; Gerard Lyons (Royaume-Uni) ; George Magnus (Royaume-Uni) ; Emma Marcegaglia (Italie) ; Tadeusz Mazowiecki (Pologne) ; Dominique Moisi (France) ; Hildegard Müller (Allemagne) ; Kalypso Nicolaidis (Grèce/France) ; Christine Ockrent (Belgique) ; Dick Oosting (Pays-Bas) ; Mabel van Oranje (Pays-Bas) ; Ana Palacio (Espagne) ; Jose Pérez Fernandes (Espagne) ; Julian Priestly (Royaume-Uni) ; Andrew Puddephatt (Royaume-Uni) ; Hélène Rey (France) ; George Robertson (Royaume-Uni) ; Albert Rohan (Autriche) ; Dariusz Rosati (Pologne) ; Adam D. Rotfeld (Pologne) ; Olivier Roy (France) ; Daniel Sachs (Suède) ; Marietje Schaake (Pays-Bas) ; Giuseppe Scognamiglio (Italie) ; Narcís Serra (Espagne) ; David Simon (Royaume-Uni) ; Aleksander Smolar (Pologne) ; Javier Solana (Espagne) ; Pedro Solbes (Espagne) ; Carlos Solchago (Espagne) ; George Soros (Hongrie/Etats-Unis) ; Pär Stenbäck (Finlande) ; Ion Sturza (Roumanie) ; Pawel Swieboda (Pologne) ; Loukas Tsoukalis (Grèce) ; George Vassiliou (Chypre) ; Guy Verhofstadt (Belgique) ; Vaira Vike-Freiberga (Lettonie) ; David Vines (Royaume-Uni) ; Antonio Vitorino (Portugal) ; Norbert Walter (Allemagne) ; Stephen Wall (Royaume-Uni) ; Carlos Alonso Zaldívar (Espagne) ; Stelios Zavvos (Grèce).

Le contresens volontaire de Nicolas Sarkozy

Hervé Gattegno, rédacteur en chef au "Point", intervient sur les ondes de RMC du lundi au vendredi à 8 h 20 pour sa chronique politique "Le parti pris".

 

Nicolas Sarkozy a critiqué mardi la primaire socialiste, en estimant que "la Ve République ne peut être l'otage des partis politiques". Pour vous, le chef de l'État commet un contresens qui en dit long. Pourquoi dites-vous cela ?
Je crois que l'analyse de Nicolas Sarkozy est doublement fausse - institutionnellement mais aussi politiquement. Suggérer, comme l'a fait Nicolas Sarkozy, que la primaire socialiste porterait atteinte aux principes de la Ve République, ça revient à confondre un indéniable progrès démocratique avec un bouleversement institutionnel. Dans cette réaction, il y a l'expression d'une crispation, sans doute même d'une inquiétude. Non pas pour la menace que représenteraient les primaires pour l'orthodoxie gaullienne, mais plutôt pour la modernité qu'elles apportent à notre système politique.
Mais est-ce que Nicolas Sarkozy a tort de penser que de Gaulle aurait été hostile aux primaires ?
C'est vrai que de Gaulle a conçu la Ve République contre ce qu'il appelait "le régime des partis" et que l'élection présidentielle suppose "la rencontre d'un homme (ou d'une femme) avec le peuple", selon le cliché habituel, qui n'est pas tout à fait faux. Mais c'est une erreur d'en déduire que les primaires seraient une hérésie. De Gaulle a inventé l'élection présidentielle par le peuple pour donner au président une légitimité supérieure. C'est le raisonnement qu'ont suivi les socialistes pour instaurer un processus de sélection qui donne à leur candidat une légitimité populaire. Je ne vois pas en quoi on combattrait mieux le régime des partis si le candidat était choisi par l'appareil ou par les militants... Au passage, rappelons que la primaire (interne) est inscrite dans les statuts de l'UMP !
Est-ce que l'attaque de Nicolas Sarkozy n'est pas surtout destinée à empêcher la tentation des primaires de gagner son propre camp ?
Évidemment. C'est pourquoi il ne faut pas prendre l'argument de Nicolas Sarkozy au pied de la lettre. Il s'agit pour lui de remettre de l'ordre dans ses rangs, où l'on a senti comme une sorte de jalousie, de frustration, face au succès des primaires - et à l'attention qu'elles ont suscitée, quand on se souvient du bide du débat de l'UMP sur l'islam et la laïcité... L'autre objectif, c'est d'attaquer le PS sans se mettre lui-même en position de candidat : donc en se drapant dans la toge du défenseur des institutions, en continuateur du gaullisme éternel. Le problème, c'est que, sans lui faire injure, la pratique sarkoziste du pouvoir que les Français connaissent ne se conforme qu'assez peu aux canons gaulliens... Si Nicolas Sarkozy a un général pour modèle, c'est sans doute plutôt Bonaparte...
Est-ce que la sortie du chef de l'État peut se retourner contre lui ?
N'exagérons rien. Tout le monde va la juger pour ce qu'elle est : une demi-habileté politicienne et l'expression d'une inquiétude de Nicolas Sarkozy pour lui-même. Ça ne le rendra pas plus impopulaire qu'il ne l'est. Ce qui frappe, c'est que la contamination progressive des dirigeants de l'UMP par l'effet des primaires confirme qu'à droite même beaucoup se situent presque déjà dans l'après-Sarkozy. Et que la majorité envisage à voix haute la succession de son chef avant la fin de son premier mandat, ça, pour le coup, ce n'est pas le fonctionnement classique de la Ve République...

La Grèce et l'Union européenne, un mariage de déraison

 A la fin des années 1970, un jeune diplomate membre du cabinet du président de la Commission européenne, le Français François-Xavier Ortoli, reçoit un appel dans son bureau bruxellois.
A l'autre bout du fil, le président français de l'époque, Valéry Giscard d'Estaing. Ce dernier a appris que l'exécutif européen s'apprête à présenter un avis sur la demande d'adhésion de la Grèce à la Communauté européenne qui, comme chaque année, renvoie diplomatiquement Athènes à un avenir lointain.
A "VGE", qui s'en inquiète, le diplomate sert les arguments classiques: la Grèce, dont la compétitivité est très faible, n'est pas prête à intégrer la CEE et une adhésion prématurée aurait des effets ravageurs pour son économie.
"Monsieur, on ne fait pas jouer Platon en deuxième division", répond Valéry Giscard d'Estaing en raccrochant.
La messe était dite et la Grèce adhérera en 1981 pour des raisons essentiellement politiques, sept ans après le retour de la démocratie consécutive à la chute du régime des colonels.
L'Europe des Neuf était d'autant moins en mesure de s'opposer au rouleau compresseur français que des arguments valables venaient étayer l'adhésion grecque, à savoir l'ancrage au bloc européen d'une démocratie fragile membre de l'Otan.
Le mariage entre la Grèce et l'Union européenne avait commencé pour, trente ans plus tard, se transformer en une situation de couple dramatique, entre plan de sauvetage et risques de faillite, dans laquelle les deux parties ont autant de responsabilités l'une que l'autre.
Et avec la France encore à la manoeuvre pour tenter de sauver un pays qui risque d'entraîner la zone euro dans sa chute.
"RIEN NE FONCTIONNE"
L'analyse de la Commission selon laquelle l'adhésion grecque était prématurée allait rapidement se révéler juste.
Dans les quatre premières années de l'adhésion, l'exécutif européen a ouvert 108 procédures d'infraction contre la Grèce pour violation des règles européennes.
Dès 1982, la Grèce estime qu'elle ne trouve pas son compte dans la CEE et que ses partenaires ne l'aident pas suffisamment à développer son économie, dont des pans entiers disparaissent sous les coups de boutoir de la concurrence européenne.
En 1985, elle obtient les "Programmes intégrés méditerranéens" (PMI), précurseurs des "fonds structurels", des aides régionales qui allaient se déverser par milliards sur les pays pauvres de l'UE à partir de 1989.
C'était le prix exigé par la Grèce - et plus tard par des pays comme l'Espagne et le Portugal - pour accepter la création du grand marché unique européen qui devait être complété pour la fin de 1992 sous l'impulsion du président de la Commission européenne, Jacques Delors, et du couple franco-allemand.
Depuis 1989, la Grèce a reçu 35 milliards d'euros d'aides régionales européennes qui ont, certes, servi à construire routes, métro et aéroports, mais n'ont pas permis à la Grèce d'en tirer le meilleur parti, notamment à cause d'une mauvaise gestion reconnue par le gouvernement grec lui-même.
L'ancien ministre grec des Finances Georges Papaconstantinou, toujours membre du gouvernement, a dit comprendre dans Libération que les jeunes grecs diplômés "ne veulent plus vivre dans un pays où rien ne fonctionne, où les institutions ne marchent pas, où le système d'imposition est injuste (...), où le système politique est corrompu".
CLIENTÉLISME
Le vice-Premier ministre grec Théodoros Pangalos, qui a fait partie de nombreux gouvernements socialistes depuis deux décennies, reconnaît les errements grecs en matière de gestion des fonds publics, générateurs de déficits.
"Le clientélisme grec était surtout basé sur des dépenses étatiques qui ont permis de recruter des fonctionnaires qui n'étaient pas indispensables", a-t-il dit cette semaine à Paris. "Ceux qui ont tiré la sonnette d'alarme ont été écrasés."
La fraude fiscale est un sport national, avec 600.000 agriculteurs qui ne paient pas d'impôts et des professions libérales qui acquittent des sommes ridicules à l'Etat grâce à la multitude des corporatismes qui empêchent tout mouvement.
Et de citer une anecdote personnelle: membre "honoraire" du barreau depuis qu'il a pris sa retraite d'avocat, il avait dénoncé à la télévision la "honte" que constitue selon lui la fiction qui permet aux avocats grecs d'afficher un revenu moyen d'à peine 1.500 euros par mois et des impôts en proportion.
"Le barreau m'a puni en me retirant le titre d'avocat honoraire", a-t-il déclaré.
CHANTAGE CHYPRIOTE
Le bilan diplomatique de l'adhésion d'Athènes n'est pas non plus jugé brillant par les responsables européens.
La Grèce n'a eu de cesse de promouvoir l'élargissement de l'Union européenne à Chypre, sans succès dans un premier temps.
Pour la France, il était irresponsable d'"importer" dans l'UE une île amputée de sa partie Nord-Est occupée par 30.000 soldats turcs depuis 1974 et où des casques bleus de l'Onu font régner une fragile paix armée depuis plus de vingt ans.
"Chypre a vocation à être dans l'Union européenne, mais l'Union européenne n'a pas vocation à prendre un morceau de Chypre et à prendre des problèmes qui ne sont pas les siens", déclarait ainsi en 1998 le président Jacques Chirac.
Mais la Grèce a menacé de bloquer l'adhésion des neuf autres pays qui devaient faire leur entrée dans l'UE en 2004 si son poulain chypriote était rejeté.
Le "chantage" a fonctionné. Les responsables européens se consolèrent en affirmant que l'adhésion de Chypre à l'UE faciliterait la conclusion d'un accord de paix. Six ans plus tard, les négociations sont toujours dans l'impasse.
L'adhésion de la Grèce à l'euro relève du même processus: une décision politique, et non économique. Mais si l'entrée dans l'Union européenne pouvait être justifiée par des arguments géopolitiques, l'adoption de l'euro aurait dû répondre à une pure logique économique, qui n'a pas été respectée.
En 2001, Athènes s'est qualifiée en satisfaisant à la surprise générale aux critères de Maastricht, notamment un déficit public inférieur à 3% du produit intérieur brut.
Trois ans plus tard, le 15 novembre 2004, la vérité éclate: le ministre grec des Finances, George Alogoskoufis, confirme devant ses pairs de l'Eurogroupe l'ampleur du maquillage des chiffres par les autorités athéniennes.
"Il a été prouvé que le déficit n'était pas retombé sous les 3% une seule année depuis 1999", reconnaît-il, un mois après avoir soutenu mordicus le contraire.
UNE GÉNÉRATION POUR REDRESSER LE PAYS ?
En fait, la Grèce avait été, et de loin, constamment au-dessus des 3% de 1997 à 2003, comme venait de le découvrir en septembre 2004 une mission d'Eurostat, l'Office statistique de l'UE, qui n'avait donc pas fait son travail avant 2001.
Mais les partenaires de la Grèce n'ont pas souhaité enfoncer le pays, d'autant plus que c'étaient les socialistes, et non le gouvernement conservateur de 2004, qui étaient aux affaires pendant toutes les années qui posent problème.
Et les feux d'artifice des Jeux olympiques de 2004, qui ont encore contribué à creuser le déficit, ont un temps fait oublier l'ampleur des problèmes structurels du pays.
En 2009, quand éclate la crise de la dette grecque, l'histoire se répète: le Premier ministre George Papandreou, qui vient de remporter les élections, découvre que le déficit n'est pas de 6% du PIB, mais plus du double.
C'est la fin du "rêve grec" et le début d'une descente aux enfers pour un pays qui détient désormais une dette de 160% de son PIB sans être capable de la rembourser, pour sa population contrainte à une cure d'austérité sans précédent et pour la zone euro, menacée dans son existence par la contagion.
Les gouvernements grecs successifs ont une part de responsabilité dans cette situation et reconnaissent volontiers que les milliards d'euros déversés par l'Europe ont été - au minimum - mal utilisés en raison d'une gouvernance défaillante et de la corruption administrative.
Mais les autorités européennes, Commission en tête, n'ont pas joué le rôle de vigie qui leur était dévolu.
Elles auraient par exemple dû surveiller les comptes publics grecs pour éviter des maquillages qui menacent désormais toute la zone euro par effet de contagion.
La leçon semble avoir été apprise et ce pays au nationalisme ombrageux se retrouve obligé de quémander l'aide de l'Union européenne et du Fonds monétaire international.
Il est de facto placé sous tutelle internationale et sa souveraineté est réduite à bien peu de choses.
Horst Reichenbach, qui a été durant six ans vice-président de la Berd (Banque européenne de reconstruction et de développement), a ainsi été nommé à la tête d'une "task force" d'une cinquantaine de personnes qui, à Athènes et à Bruxelles, gèrera - sans le dire - l'économie du pays sous couvert d'aide.
Il raconte être parfois surnommé "Reich" en Grèce, les premières lettres de son nom, en référence à l'occupation nazie particulièrement dure dans la péninsule hellénique.
Un haut responsable du gouvernement allemand, qui a lui aussi envoyé des équipes en Grèce pour mettre sur pied un cadastre et tirer un meilleur parti du tourisme, reconnaît que la Grèce ressemble ces jours-ci à un "protectorat".
"Ils perdent de plus en plus de leur autonomie. Il faudra une génération et un changement de mentalités pour que la Grèce recouvre sa souveraineté."

Nicolas Sarkozy connaît Charles de Gaulle

Nicolas Sarkozy ne nous avait pas habitués à citer de Gaulle. On aurait même pu se demander s'il savait bien d'où venait le nom du porte-avions qu'il va flatter de la paume à Toulon à chaque occasion. Il a rassuré des membres de sa majorité hier et a dit deux mots d'Histoire. Non seulement il connaît bien son lointain prédécesseur mais il est capable de le citer dans le texte. Le mot d'hier selon lequel la Ve République ne saurait être l'otage des partis politiques est bien gaulliste. Mais la ficelle est un peu grosse. Après s'être montré moins gaulliste que Jacques Chirac - qui pourtant n'a pas été un modèle du genre - après avoir réintégré l'OTAN et assumé l'atlantisme, voilà que le président va chercher de Gaulle pour balayer la primaire socialiste. Au bon temps de l'ORTF, on aurait tout simplement occulté du champ de l'information cette organisation de la rue de Solférino. Pas mieux mais plus efficace ! Pour autant, ce n'est pas en citant de Gaulle qu'on devient gaulliste. Aller citer un président fondateur qu'on a si peu suivi jusqu'ici relève d'une posture de circonstance. Et François Fillon a eu beau saluer le « processus moderne » de la primaire, on sait aussi qu'il a abandonné le gaullisme en acceptant la privatisation d'EDF. Quelle mouche a donc piqué le président en allant citer de Gaulle dans cette galère ? Le général aurait eu un sens tranchant de la formule pour qualifier la primaire, n'en doutons pas. Mais se référer à sa stature pour dénigrer une consultation inscrite elle aussi dans les statuts de l'UMP est simplement burlesque.

Malgré la division

Personne ne pouvait croire sérieusement, dans un contexte de chômage massif, que la journée de contestation et de manifestations de ce 11 octobre allait déboucher sur un rebond de mobilisation important. Le service syndical minimal était affiché en gare, où la CGT a dû renoncer ces derniers mois à ses leviers de mobilisation mécanique, comme dans le privé, où les organisations représentatives ne parviennent pas à s'implanter significativement.

Les syndicats n'ont pas fini de payer la note de leur long combat perdu contre la réforme des retraites en 2010. Autant que le prix de leur incapacité à peser durablement sur les décisions du gouvernement et à emmagasiner des résultats tangibles dans les entreprises.

Privés d'une cible de contestation aussi emblématique que les retraites, les syndicats ont renoué depuis la rentrée avec les vieux démons, sinon de la division, du moins d'une unité limitée et de façade. Le ciment anti-austérité, qui agglomère dans l'action CGT, CFDT, FSU, Solidaires et Unsa, est aussi fragile que leurs convictions et leurs intérêts sont divergents. Il n'est que défensif. Enfin, la période d'une élection politique majeure est traditionnellement propice à l'arrêt des hostilités conflictuelles, ou plutôt au transfert des frustrations et des revendications sociales sur le terrain directement politique.

Mieux que le minimum syndical

Et pourtant, on doit reconnaître que les nombreuses manifestations de terrain d'hier ont assuré sensiblement mieux que le minimum syndical, pour plusieurs raisons. La raison d'opportunité, illustrée par les perturbations de la fonction publique et surtout du transport, est celle des élections professionnelles (elles s'achèvent le 20 octobre) qui concernent actuellement pas moins de 3,5 millions de fonctionnaires. L'enjeu s'annonce déterminant pour les grandes confédérations - CGT, CFDT -, qui jouent leur leadership. Mais aussi pour les petits syndicats (CFTC, CFE-CGC...) qui jouent leur peau dans le cadre des nouvelles règles de représentativité. D'où une surenchère classique de combativité.

Plus globalement, le relatif succès local de cette journée d'action symbolique s'appuie à la fois sur la braise de conflits de proximité enracinés dans l'industrie (Marseille, Gandrange, Vénissieux) et, surtout, sur un climat de refus grandissant de la politique de rigueur. Le gouvernement devrait légitimement s'en inquiéter. Les sondages n'indiquent pas seulement un rejet un peu vague de l'austérité. Ils constatent que la contestation plonge ses racines dans la réalité vécue et les mesures concrètes annoncées.

À cet égard, le gouvernement s'est lourdement trompé en croyant qu'il pouvait taxer, une nouvelle fois, les complémentaires santé sans autre forme de procès ou de discussion. Il n'a pas mesuré que, dans le contexte d'un accès à la santé de plus en plus cher et inégalitaire, c'était le signal de trop d'une politique discriminatoire. Peut-être ne mesure-t-il pas mieux, aujourd'hui, les effets à moyen terme de la mise en panne délibérée de la démocratie sociale. Même la présidente du Medef, Laurence Parisot, s'en désole, c'est dire...

Ce soir, débat ou pugilat ?

La primaire “citoyenne”, belle avancée démocratique, profite-t-elle au PS ? La mauvaise foi mise par les fantassins de l’UMP pour en diminuer les mérites semble indiquer que oui. À moins que le débat du second tour, ce soir, ne tourne au pugilat. En coulisse, déjà, les petites phrases assassines fusent. D’allusions perfides en “manœuvres obliques”, les deux finalistes s’échauffent. L’une, parce que fille de Jacques Delors, se fait traiter “d’héritière”. L’autre, Corrézien bonhomme, se voit renvoyé dans les pâles bataillons de la “gauche molle”.

À ce rythme, le duel télévisé pourrait tourner au concours de vacheries. Une pluie de flèches empoisonnées ! M. Sarkozy, le moment venu, n’aura plus qu’à les récupérer pour garnir son carquois de campagne.

François Hollande et Martine Aubry marchent sur des œufs, “éléphants” lâchés dans un magasin de porcelaine. Ils ne l’ignorent pas, bien sûr, mais l’exercice demeure périlleux. Savoir jusqu’où ne pas pousser trop loin la dispute…

Séduire Montebourg, qui pèse 17 %, sans se renier ni promettre la lune… Tel est le savant dosage que nécessite la bataille interne. Un excès de modération mène à l’insipide. Un excès de passion conduit à l’irréparable, rendant incertain le futur rassemblement.

D’autant que le vainqueur, dimanche, gagnera sans doute d’une courte tête. La primaire, censée lui apporter un élan dynamique, risque alors de devenir un handicap. En face, sous la houlette élyséenne, la droite parlera (presque) d’une seule voix…

Jalousie primaire

En politique aussi, la jalousie est mauvaise conseillère. Mais quelle mouche a-t-elle piqué Nicolas Sarkozy pour qu’il se laisse aller à manifester son agacement contre les primaires de la gauche? Le président de la République joue perdant-perdant dans cette affaire... qui ne le concernait pas. Il donne l’impression d’être mauvais joueur et il s’abaisse à descendre sur le terrain de la politique intérieure qu’il se faisait fort, pourtant, de dédaigner: n’était-il pas résolu à rester sur les hauteurs, moins périlleuses pour son image, des grands enjeux internationaux?

Gardien de la constitution, le chef de l’État s’est senti obligé d’en faire une interprétation toute personnelle afin de disqualifier le double rendez-vous électoral de la gauche qui, selon lui, détournerait l’esprit de la V e République. Un postulat plus inspiré par le ressentiment politique que par une analyse rigoureuse du droit constitutionnel.

En quoi ces primaires qui consultent le peuple directement et sans exclusive seraient-elles incompatibles avec l’esprit d’un scrutin vu par le Général comme la rencontre d’un homme (d’une femme) avec le pays ?

Le reproche présidentiel est d’autant plus singulier que si Nicolas Sarkozy avait conquis l’UMP en 2005, c’était pour s’imposer comme le candidat incontestable du grand parti de la majorité ! Un chemin électoral logique soigneusement balisé et une approche parfaitement légitime, certes, mais pas une démarche particulièrement gaulliste...

Circonstance aggravante, le futur prétendant à sa propre succession joue perso et marque contre son camp. A quoi bon critiquer un processus que son propre Premier ministre et de nombreuses personnalités UMP ont jugé «moderne» et d’avenir, pour la droite comme pour la gauche?

Voilà le chef de l’État surpris en plein agacement anachronique au moment même où il pourrait profiter des tensions inévitables du PS. Quand Arnaud Montebourg, allié objectif de l’Élysée, sème un désordre inespéré chez l’adversaire socialiste, il a gâché une formidable occasion de se taire. Aurait-il oublié que son silence est d’or? Que ses chances de réélection tiennent, pour partie, à sa capacité à garder sang-froid, à résister à son tempérament colérique - son pire ennemi- et à apparaître comme un rassembleur serein des siens? Seule explication rationnelle, l’attente d’une naissance imminente a peut-être fini par lui porter sur les nerfs.

Les dirigeants de l’UMP qui pleurnichent, avec une mesquinerie infantile, sur le temps consacré par les médias à la compétition à gauche n’ont même pas cette excuse. Comme si la télé avait encore un pouvoir magique sur les électeurs quand elle ne peut prétendre qu’à rendre fous les états-majors politiques.

Grèce : Les quinze commandements de la "troïka"

Grèce, Correspondance - Le ministère des finances a envoyé, dimanche 18 septembre, dans un courriel à tous les ministères, une liste de quinze mesures à mettre en oeuvre d'urgence, sur l'insistance de la "troïka", les représentants du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Commission européenne. Certaines ont été intégrées dans le nouveau plan de rigueur présenté, le 21 septembre. D'autres pourraient figurer dans le projet de budget 2012, en cours de préparation.

Voici ce que la presse grecque a baptisé les "quinze commandements de la troïka" :

  1. Coupes dans les effectifs – saisonniers ou fixes – dans toutes les administrations, y compris les enseignants.
  2. Etendre le chômage technique à l'ensemble du secteur public et application immédiate du système.
  3. Egalisation de la taxe sur le fuel domestique sur celle du gas-oil.
  4. Permettre la retenue sur salaire de l'impôt de solidarité destiné à financer les caisses de chômage.
  5. Baisse des retraites pour les marins et les anciens employés de l'opérateur téléphonique OTE.
  6. Suppression des subventions à la Poste pour la distribution de la presse.
  7. Nouveau cadre juridique dans le secteur public pour réduire les indemnités de départ et les heures supplémentaires.
  8. Gel des retraites primaires et complémentaires jusqu'en 2015.
  9. Augmentation des amendes pour les constructions illégales.
  10. Fusion ou fermeture de 35 agences d'Etat.
  11. Fusion ou fermeture de 10 autres structures: agence nationale de la jeunesse, organisme de télévision publique, société de l'immobilier public, société des biens immobiliers touristique, etc.
  12. Recensement des biens mobiliers et immobiliers sous le contrôle de l'Etat.
  13. Recenser tous les avantages sociaux et prestations de santé; signature de négociations collectives dans 16 hôpitaux privés ; signature de contrats entre hôpitaux privés et publics pour la locations de lits.
  14. Nouvelle loi pour réduire les retraites agricoles.
  15. Réduire les prix des médicaments en passant des accords avec les laboratoires pharmaceutiques

La Slovaquie rejette l'élargissement du FESF

Le Parlement slovaque était le dernier à se prononcer sur le renforcement du fonds de secours européen. Un autre vote pourrait avoir lieu cette semaine. L'opposition se ralliera si des élections sont organisées.

En Slovaquie, la cacophonie aura duré toute la journée. Et les huit heures et demie de débat n'auront pas suffi. Ce mardi soir, les députés slovaques ont rejeté le renforcement du Fonds de secours financier de la zone euro (FESF). Une décision qui risque d'aggraver la crise de la dette en zone euro. De fait, l'unanimité des pays est indispensable pour valider l'accord trouvé par les chefs d'État le 21 juillet dernier.
Ni les exhortations de la Commission européenne demandant à Bratislava d'entériner l'élargissement du fonds, ni les appels de Jean-Claude Trichet parlant d'une crise «systémique» qu'il est nécessaire de «combattre avec la plus grande détermination» n'y auront donc rien changé. Pas plus que les assurances de la chancelière allemande, Angela Merkel, en voyage au Vietnam, selon qui la zone euro a la «volonté politique de surmonter la crise».
Iveta Radicova, premier ministre slovaque, avait pourtant mis la pression, en faisant du vote sur le fonds de secours européen une question de confiance ; cela n'a finalement qu'ajouté de l'huile sur le feu. Un parti membre de la coalition gouvernementale, le mouvement Liberté et Solidarité (12,1 % des voix), qui refuse depuis le début de soutenir le FESF, a d'entrée de jeu réagi en annonçant qu'il ne participerait tout simplement pas au scrutin. Depuis des semaines, il ne cesse de répéter que la Slovaquie est un pays trop pauvre pour payer pour les erreurs des autres et débourser 7,7 milliards d'euros. D'ailleurs, sur l'ensemble des 124 députés présents, 55 élus ont voté pour, 9 contre et 60 n'ont pas voté.

Élections anticipées

Reste qu'un second vote pourrait intervenir rapidement, comme la Constitution le permet, a-t-on indiqué à Bratislava. La coalition au pouvoir n'ayant pas la majorité au Parlement, le gouvernement n'aurait donc pas d'autres moyens que de se tourner vers l'opposition. Le parti social-démocrate a bien compris l'intérêt qu'il pouvait tirer de la situation: dès cette nuit, le Smer-SD annonçait qu'il était prêt à soutenir le renforcement du FESF, à condition que des élections anticipées soient organisées. «Si les pourparlers commencent, je crois que le vote peut intervenir cette semaine», a indiqué le porte-parole de ce parti.
Bref, à seulement quelques jours du sommet des gouvernements européens prévu le 23 octobre prochain, le sauvetage de l'euro reste un dossier qui n'en finit pas de diviser.
Il en ferait presque oublier une nouvelle qui a dû rassurer le premier ministre grec, Georges Papandréou. La troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) a donné son feu vert ce mardi au déblocage «probablement début novembre», de la nouvelle tranche de 8 milliards d'euros promise à la Grèce dans le cadre du prêt qui lui a été accordé l'an dernier.
Les équipes de la troïka, qui avaient suspendu, début septembre, leur mission sur place parce que le gouvernement n'allait pas assez vite dans ses réformes, jugent que les mesures supplémentaires de rigueur prises depuis la mi-septembre « devraient être suffisantes » pour redresser la situation du pays et parvenir à contenir le déficit à 14,9 milliards d'euros l'an prochain.
Certes, elles reconnaissent que les revenus des privatisations seront «sensiblement inférieurs» aux 5 milliards d'euros qui avaient été prévus pour cette année. De même, elles prennent acte de la révision à la hausse du déficit public à 8,5 % du PIB (produit intérieur brut) au lieu de 7,4 % pour 2011. Mais elles maintiennent leurs espoirs de voir les ventes des entreprises d'État rapporter tout de même 35 milliards à Athènes fin 2014.

Agonie d’un quotidien


La fin de France-Soir se profile. Toute la presse papier va mal et des journaux disparaissent. Actuellement placé sous procédure de sauvegarde depuis août dernier par le tribunal de commerce de Paris, le quotidien envisage de supprimer prochainement son édition papier pour conserver uniquement son site Web. L’abandon du papier devrait s’accompagner d’un plan social. Et de la suppression de 80 postes sur 120. Les salariés du journal ont aussitôt voté la grève.

Le quotidien avait été racheté en 2009 par l’homme d’affaires milliardaire Alexander Pugatchev, fils d’oligarque russe. Propriétaire et président de France-Soir, il avait fait couler beaucoup d’encre dans la presse de gauche en déclarant en février dernier dans Libération : « Les idées de Marine Le Pen me plaisent. »

Les journalistes de la rédaction du journal fondé par Pierre Lazareff avaient vu rouge. Eux qui craignaient que le journal ne devienne l’organe de presse de Sarkozy… La rédaction avait alors publié un communiqué réaffirmant qu’elle veillerait scrupuleusement à son indépendance éditoriale. Tandis que le syndicat SGJ-Force Ouvrière de France-Soir annonçait qu’il guetterait tout dérapage. Façon Pravda.

Finalement Pugatchev et sa rédaction risquent de ne pas voir la présidentielle 2012. Après une perte d’exploitation de 31 millions d’euros l’an passé, les résultats sont restés dans le rouge, France-Soir accusant une perte de 12,8 millions d’euros fin juin.

La relance du titre en début d’année, à grands frais (60 millions d’euros) et grand renfort de promotion, n’a pas permis d’enrayer la baisse inexorable des ventes qui se sont établies à 59 102 exemplaires de diffusion sur les huit premiers mois de l’année, contre près de 64 000 exemplaires un an plus tôt. L’objectif visé était de franchir la barre des 200 000 exemplaires.

Le titre célèbre qui a connu ses heures de gloire dans les années cinquante (à l’époque France-Soir s’écoulait à 1,5 million d’exemplaires chaque matin !) a accumulé des pertes abyssales.

Sur l’impulsion de son nouveau patron russe, l’équipe aux commandes a pris des risques comme l’augmentation du prix de vente de 60 centimes tout en tentant de séduire un lectorat plus jeune et plus féminin. Total : c’est la réduction drastique du cahier hippique, qui fidélisait une base de lecteurs fidèles, qui a été la plus préjudiciable aux ventes du titre. Comme quoi, il ne faut jamais renier ce que l’on est.

Présent qui n’a jamais renié ce qu’il est (transition facile) ni renoncé à son cahier hippique, n’a ni milliardaire russe dans sa poche, ni 60 millions à mettre dans sa promotion. Et pourtant il tourne. Modestement, sur le fil du rasoir chaque jour, mais survivre c’est encore vivre. Au mois de janvier 2012, Présent aura 30 ans. Pas mal pour un journal que beaucoup jugeaient mort-né avant qu’il ne naisse. Souvenez-vous que nous n’avons que vous.