TOUT EST DIT

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mercredi 29 février 2012

L'oracle de Naxos résiste toujours

Manolis Glezos est un héros grec. Pas un demi-dieu de l'Antiquité, mais un homme bien vivant et toujours actif de 89 ans – "dont 75 ans de luttes" –, qui résume à lui seul l'histoire blessée de la Grèce moderne, de l'Occupation allemande au combat actuel contre la "troïka". 
L'homme qui a décroché le drapeau nazi de l'Acropole en 1941 conserve en lui une part de jeunesse. Il n'est pas très grand. Sa chevelure blanche ondule légèrement sur la nuque. Il a l'oeil vif et souriant. Sa moustache et ses sourcils fournis lui donnent une "gueule" qui porte sur elle toute la fierté de la Grèce. Et son humanité passe dans son regard clair.
Dimanche 12 février, alors qu'il était assis avec le musicien Mikis Theodorakis – son cadet en résistance, âgé de seulement 86 ans –, devant les députés qui s'apprêtaient à voter de nouvelles mesures d'austérité, un ministre s'est senti obligé de rendre hommage aux deux "monuments" présents ce soir-là. Les deux monuments en question venaient d'être atteints par des gaz lacrymogènes, alors qu'ils demandaient à entrer dans le Parlement, comme ils en ont le droit en tant qu'anciens députés, suivis par un cortège de 100 000 manifestants.
Quelqu'un a demandé au chef des MAT (les CRS grecs) pourquoi il ne voulait pas les laisser passer. "On ne va pas laisser les communistes occuper le Parlement", a répondu l'officier. Manolis Glezos éclate de rire en racontant cette histoire, qui lui rappelle bien des souvenirs. Les deux compères ont fini par entrer au Parlement, après avoir fait étape à l'infirmerie pour se faire soigner.
un documentaire sur la crise
"JE NE SUIS PAS UNE STATUE"
Dix jours après, Manolis Glezos prend encore des médicaments pour mieux respirer. Sur une feuille, il dessine. L'endroit où il se trouvait, place Syntagma, ce jour-là ; puis la tribune où ils siégeaient avec Theodorakis, à la gauche du président, face aux députés. "Nous n'avions pas le droit de parler, mais j'étais là pour transmettre l'angoisse du peuple grec devant les mesures qu'ils allaient voter." C'était un silence parlant.
"Toute ma vie, on a essayé de faire de moi un monument pour me faire taire. Je ne suis pas une statue ou un tableau, et je parle tout le temps." Il est infatigable pour parler du passé, du présent, du futur et de l'avènement d'une démocratie directe qu'il appelle de ses voeux.
Il n'y a qu'un sujet dont il ne souhaite plus parler : la nuit du 30 au 31 mai 1941, quand, à 18 ans, il est allé avec son ami Apostolos Santas, mort en avril 2011, décrocher le drapeau nazi qui flottait sur l'Acropole. Il bascule lentement la tête en arrière en disant dans un sourire "Oxi" ("non"). "Je ne suis pas une star. Ce serait ridicule de raconter toujours la même chose." Mais il veut bien expliquer leur geste : "Nous avions entendu qu'Hitler avait déclaré la victoire allemande en Europe. On s'est dit que, si tel était son avis, on allait lui montrer que la lutte ne faisait que commencer. Et nous sommes partis le lendemain vers l'Acropole."
Dans le documentaire sur Les Combattants de l'ombre, Apostolos Santas raconte cette nuit de clair de lune, les gardes allemands qui font la fête avec des femmes pour célébrer la victoire du Reich, leurs vaines tentatives pour grimper au mât glissant et le drapeau gigantesque qui finit par tomber. Ils découpent chacun un morceau de la croix gammée, avant de jeter le reste de l'enseigne dans un puits où, selon la mythologie, se tenait le serpent qui gardait l'Acropole. "A ce moment-là, explique Apostolos Santas, nous avons ressenti, Manolis et moi, une grande fierté. Nous étions au sommet de l'Acropole. Nous ne portions aucune arme et nous avions réussi à enlever le symbole des forces qui avaient traumatisé l'Europe entière."
Manolis Glezos n'a guère le temps de savourer son acte d'héroïsme, ni pendant ni après la guerre. Il a été condamné à mort trois fois, a subi neuf tentatives d'assassinat et passé seize ans de sa vie en prison. Victime des Allemands pendant la guerre ou, la plupart du temps, de son propre pays, qu'il a pourtant contribué à libérer.
Après la défaite allemande, les troupes anglaises combattent les résistants communistes qui ont gagné la guerre et refusent de désarmer. Le pays entre dans quatre années de guerre civile. En 1949, Manolis Glezos est condamné à mort pour trahison. Un dirigeant grec l'annonce à une presse incrédule, en leur affirmant que sa tombe est déjà prête. "Ma mère est allée voir mon tombeau", explique-t-il. Il se souvient de la radio grecque diffusant, le dimanche après sa condamnation, un extrait de la radio française, qui annonce : "Le général de Gaulle s'adresse au gouvernement grec pour qu'il n'exécute pas le premier résistant d'Europe.""Dans mon village, sur l'île de Naxos, tout le monde a signé en ma faveur, même le pope. Et ils n'étaient pas tous communistes", souligne-t-il.
"Le général de Gaulle a exagéré. Je ne suis pas le premier résistant d'Europe." Il se lève et sort de sa bibliothèque les deux gros volumes de son histoire de la Résistance ainsi que la photo en noir et blanc d'un jeune homme. "C'est lui le premier partisan." Il s'agit de Mathios Potagas. "Le 2 mai 1941, il s'est mis sur la route devant une colonne allemande pour leur demander d'arrêter et leur dire : "Vous n'avez pas gagné. Vous n'allez pas nous rendre esclaves, car notre âme est toujours libre. Je suis seul, mais derrière moi il y a tout le peuple grec." Il avait 17 ans. Ils lui ont écrasé la tête à coups de pierres."
Dans sa maison du quartier résidentiel de Neo Psychiko, dans le nord d'Athènes, le portrait d'un jeune homme fait face à l'entrée. C'est celui de son frère, exécuté à 19 ans par les Allemands. "C'est un peintre allemand qui l'a fait à partir d'une photo. Il est venu me l'apporter à Naxos." S'il milite, depuis bien avant la crise actuelle, pour que l'Allemagne rembourse l'argent que la Grèce a dû lui prêter pendant la guerre, Manolis Glezos s'est toujours défendu de tout antigermanisme, pourtant à la mode en ce moment dans le pays.
ATHÈNES, CAPITALE DE LA RÉSISTANCE
L'homme, emprisonné à nouveau sous le régime des colonels (1967-1974), a déserté les rangs communistes depuis longtemps. Il est aujourd'hui membre du Syriza, le parti d'extrême gauche parlementaire, farouchement opposé aux mémorandums signés avec la "troïka" û les représentants du Fonds monétaire international (FMI), de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne (BCE) –, qui ont prêté 110 milliards d'euros à la Grèce en mai 2010 en échange de sévères mesures d'austérité ; et s'apprêtent à remettre au pot 130 milliards d'euros, contre des mesures encore plus sévères de baisse des salaires et des pensions de retraite.
"L'ancien président de l'Institut français d'Athènes, Roger Milliex, avait dit pendant la guerre que la capitale de la Résistance de l'Europe était Athènes. Cela redevient vrai aujourd'hui. Face à ces mouvements populaires, le gouvernement est en panique." Le 12 février, la police a lancé très tôt des gaz lacrymogènes pour disperser la manifestation et des bandes organisées en ont profité pour incendier plusieurs immeubles. Les pompiers ont eu du mal à intervenir dans la foule. Les gens qui fuyaient les gaz se heurtaient à ceux, nombreux, qui continuaient d'arriver, donnant une impression de chaos.
"Le gouvernement n'a pas de légitimité populaire, alors que les mesures qui sont prises vont engager la Grèce pendant plus de vingt ans", explique Manolis Glezos. En novembre 2011, Lucas Papadémos a remplacé le premier ministre Georges Papandréou, contraint à la démission. L'ancien vice-président de la BCE a alors formé un gouvernement de coalition avec les socialistes du Pasok, la droite de la Nouvelle Démocratie et l'extrême droite du Laos, qui a quitté le navire début février.
"Les gens sont en colère. La marche incontrôlable de cette colère peut nous entraîner dans un très grave conflit, explique le vieux militant. Il y a des suicides, des gens qui sont arrêtés parce qu'ils volent pour nourrir leurs enfants. Mais que va-t-il se passer quand les ressources des gens seront complètement épuisées ? Si cette colère ne se transforme pas en un acte politique, nous serons perdus. C'est pour ça qu'il faut des élections le plus vite possible. L'écart entre le peuple et le gouvernement devient trop important. Les députés n'osent pas apparaître en public."
Du haut de ses 70 années de résistance, il affirme : "On vit un changement historique, qui va bouleverser le monde entier, dans dix ans, vingt ans, quarante ans. Si nous ratons cette occasion, nous allons reculer." A près de 90 ans, il aspire à une démocratie directe, qu'il a mise en pratique pendant douze ans dans son village d'Apiranthos, sur l'île de Naxos. "C'est le seul village de 1 000 habitants avec cinq musées et trois bibliothèques. Aujourd'hui, les Constitutions des principaux pays sont les mêmes : le pouvoir vient du peuple et il est exercé en son nom. Il faut que le pouvoir soit exercé par le peuple. Il y a de plus en plus d'assemblées populaires, dans des entreprises ou des municipalités... Il suffit de quelques ministères - pour les affaires étrangères ou la défense - et, après de vrais débats, on organise des référendums pour les grandes décisions."
C'est le retour à la cité antique, la polis. Outre ses activités politiques, Manolis Glezos a publié des livres sur la géologie et la linguistique, deux sciences apprises, pour l'essentiel, à l'université de la prison. Le linguiste poursuit sa leçon. "Polis a donné polites, le citoyen, et politismos, la culture. Nous avons donné tout ça à l'Occident et qu'avons-nous reçu en échange ?" Il laisse passer un moment de silence et répond en français : "La police !" A ce moment-là, ses yeux pleins de malice ont l'air d'éclater de rire.

mercredi 12 octobre 2011

Grèce : Les quinze commandements de la "troïka"

Grèce, Correspondance - Le ministère des finances a envoyé, dimanche 18 septembre, dans un courriel à tous les ministères, une liste de quinze mesures à mettre en oeuvre d'urgence, sur l'insistance de la "troïka", les représentants du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Commission européenne. Certaines ont été intégrées dans le nouveau plan de rigueur présenté, le 21 septembre. D'autres pourraient figurer dans le projet de budget 2012, en cours de préparation.

Voici ce que la presse grecque a baptisé les "quinze commandements de la troïka" :

  1. Coupes dans les effectifs – saisonniers ou fixes – dans toutes les administrations, y compris les enseignants.
  2. Etendre le chômage technique à l'ensemble du secteur public et application immédiate du système.
  3. Egalisation de la taxe sur le fuel domestique sur celle du gas-oil.
  4. Permettre la retenue sur salaire de l'impôt de solidarité destiné à financer les caisses de chômage.
  5. Baisse des retraites pour les marins et les anciens employés de l'opérateur téléphonique OTE.
  6. Suppression des subventions à la Poste pour la distribution de la presse.
  7. Nouveau cadre juridique dans le secteur public pour réduire les indemnités de départ et les heures supplémentaires.
  8. Gel des retraites primaires et complémentaires jusqu'en 2015.
  9. Augmentation des amendes pour les constructions illégales.
  10. Fusion ou fermeture de 35 agences d'Etat.
  11. Fusion ou fermeture de 10 autres structures: agence nationale de la jeunesse, organisme de télévision publique, société de l'immobilier public, société des biens immobiliers touristique, etc.
  12. Recensement des biens mobiliers et immobiliers sous le contrôle de l'Etat.
  13. Recenser tous les avantages sociaux et prestations de santé; signature de négociations collectives dans 16 hôpitaux privés ; signature de contrats entre hôpitaux privés et publics pour la locations de lits.
  14. Nouvelle loi pour réduire les retraites agricoles.
  15. Réduire les prix des médicaments en passant des accords avec les laboratoires pharmaceutiques

mardi 11 octobre 2011

Le coup de pouce de la "troïka" à la Grèce

Athènes, Correspondance - La "troïka" a finalement donné son accord, mardi 11 octobre, au versement d'une nouvelle tranche de 8 milliards d'euros au gouvernement grec. Mais que l'accouchement fut laborieux ! La mission était censée se terminer début septembre. L'accord est intervenu le 11 octobre. Il doit encore être approuvé par l'Union européenne et par le conseil d'administration du Fonds monétaire international, au vu du rapport de la mission envoyée à Athènes. La Grèce devrait recevoir l'argent début novembre.

Les relations entre le gouvernement et les représentants de la Commission européenne, du FMI et de la Banque centrale européenne, désignés sous le nom de "troïka", sont de plus en plus difficiles et tendues, mais le gouvernement grec a cette fois senti passé le vent du boulet. Il sait qu'il n'a plus aucun moyen de gagner du temps, comme il avait tendance à le faire entre deux inspections. Ce qui a conduit les inspecteurs de la "troïka" à claquer la porte le 2 septembre. Depuis, le gouvernement a mis en place une série de nouvelles mesures d'austérité (augmentation d'impôts, baisses des salaires et des retraites, chômage technique des salariés du secteur public) qui rassurent la "troïka" et inquiètent la population.

Dans son communiqué, la "troïka" brosse un portrait plutôt sombre de l'avenir et des efforts du gouvernement. Il n'y a guère qu'une seule bonne nouvelle : le contrôle de l'inflation, qui devrait "rester en dessous de la moyenne européenne". Mais le même jour, l'autorité statistique grecque a annoncé une hausse de l'inflation pour septembre, avec un taux qui atteint désormais 3,1 %. La "troïka" confirme que le gouvernement n'atteindra pas son objectif de réduction du déficit public, qui devait être de 7,5 % du PIB (contre 10,5 en 2010 et 15,4 en 2009), en raison d'une plus forte récession (qui devrait être de 5,5 % en 2011), mais aussi "à cause des retards de l'application de certaines mesures convenues".

Si les mesures de rigueur devraient suffire pour 2012, la "troïka" demande des actions additionnelles pour 2013-2014, comme l'avait expliqué le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, le 3 octobre, après un nouvel échec d'une rencontre des ministres des finances de la zone euro.

LES RÉFORMES STRUCTURELLES, UN "DÉFI PRÉPONDÉRANT"

La "troïka" précise que ces mesures devraient être tournées vers la croissance, et se concentrer sur la réduction des dépenses de l'Etat (plutôt que des augmentations d'impôts). Après avoir constaté les retards dans la préparation des privatisations, la "troïka" insiste - comme si elle avait quelques craintes - sur la nécessité que le fonds en charge des privatisations "reste indépendant des pressions politiques".

Mais le "défi prépondérant" porte sur les réformes structurelles, dont la mise en œuvre a été "inégale". La "troïka" se félicite du gel de deux ans des accords de branche, qui ne s'imposeront plus aux entreprises. Ce qui signifie une "plus grande flexibilité du travail" pour la "troïka" et des risques de diminution de salaires pour les syndicats.

Les deux grands syndicats du privé et du public ont appelé à une grève générale, le 19 octobre. De nombreux mouvements sociaux ont lieu tous les jours. Les transports publics ne fonctionnaient pas à Athènes, lundi 10 octobre. Les éboueurs sont en grève depuis près d'une semaine. Les musées et les sites archéologiques seront bloqués mercredi et jeudi. Et les avocats annoncent une grève d'une semaine.

mardi 27 septembre 2011

L’intouchable fortune de l’Eglise

Alors que le pays se débat dans la crise et ses conséquences, le patrimoine de l’Eglise orthodoxe échappe toujours aux sévères mesures d’austérité du gouvernement. Un tabou que protègent ses liens étroits avec l’Etat et son influence sur la politique. 

L'Eglise et les monastères grecs ne paieront pas la très impopulaire nouvelle taxe immobilière décidée dans l'urgence, dimanche 11 septembre, par le gouvernement grec pour remplir les objectifs budgétaires imposés par les bailleurs de fonds du pays. "L'Eglise sera imposée sur les biens qu'elle exploite commercialement", précise toutefois un porte-parole du ministère des Finances devant le tollé suscité par cette annonce. Seraient exemptés les lieux de culte et les organismes de charité. Mais les frontières sont parfois floues et les comptes de l'Eglise orthodoxe restent opaques.
L'argent de l'Eglise reste un sujet tabou en Grèce. "Ses revenus sont imposables, mais il y a deux gros problèmes, prévient le professeur de sociologie religieuse à l'université égéenne de Rhodes Polikarpos Karamouzis. Il n'y a pas de système économique pour détailler ses revenus véritables et personne ne connaît l'étendue de ses propriétés, car il n'y a pas de cadastre."
Cette situation arrange aussi bien l'Eglise que l'Etat, "car les hommes politiques ne tiennent pas à se mettre à mal avec les autorités orthodoxes", explique Stéfanos Manos, un député indépendant, qui est l'un des rares hommes politiques à demander une séparation de l'Eglise et de l'Etat. "L'Eglise de Grèce est une église nationale, explique Polikarpos Karamouzis, cela signifie qu'il y a une connexion politique entre l'Eglise et l'Etat, qui lui a donné ses privilèges. Son rôle spirituel est étroitement lié à son rôle politique, entretenant une confusion entre les fidèles et les citoyens, qui est exploitée par les politiciens en quête de votes."

Popes et évèques sont payés par l'Etat

Les popes sont des relais d'opinion que les hommes politiques préfèrent ne pas froisser. En décembre 2010, le Saint Synode, regroupant treize évêques, a dénoncé, dans un texte distribué dans toutes les paroisses, la "troïka" – les représentants du Fonds monétaire international, de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne – comme une force d'"occupation étrangère".
L'Eglise orthodoxe est un des éléments constitutifs de la nation grecque. La Constitution est écrite "au nom de la Trinité sainte consubstantielle et indivisible". Les prêtres bénissent les rentrées scolaires et les nouveaux gouvernements ; le catéchisme est enseigné dans les écoles publiques ; des gens de tout âge se signent quand ils passent devant une église.
C'est en mars 2010 que le gouvernement socialiste de Georges Papandréou a décidé d'imposer les églises à hauteur de 20 % sur les revenus commerciaux et entre 5 % et 10 % pour les dons déclarés. Les 10 000 popes et leurs évêques sont payés par l'Etat, ce qui représente un budget de 220 millions d'euros annuels.
L'ancien ministre des Finances, Georges Papaconstantinou, a essayé de réduire la participation de l'Etat, mais dès que ce genre d'informations filtraient, la volonté du gouvernement s'envolait. L'actuel ministre des finances, Evangélos Venizélos, très proche des milieux orthodoxes, n'a pas ce genre de velléités.

La richesse de l'Eglise, "un mythe"?

Les polémiques suscitées par l'exemption de cette nouvelle taxe immobilière ont poussé l'Eglise à sortir de sa réserve en publiant, vendredi 16 septembre, le montant de ses impôts. Sa direction des services économiques affirme avoir payé 2,5 millions d'euros d'impôts fonciers et de revenus en 2010. Elle indique au passage qu'elle possède trente propriétés à Athènes (dont six inoccupées) et quatorze à Salonique.
Dès que l'Eglise est attaquée sur ses biens, ce qui est de plus en plus fréquent, l'archevêque d'Athènes, Hiéronymos, qui est la plus haute autorité orthodoxe en Grèce, réagit en expliquant que la richesse de l'Eglise est "un mythe". Il ne resterait que 4 % des biens qu'elle détenait avant la révolution grecque de 1821, mettant en avant les nombreuses confiscations de propriétés par l'Etat.
Les journaux ont publié des documents sur la fortune de l'Eglise orthodoxe. Selon Kathimerini (centre droit), ses biens s'élevaient à 700 millions d'euros en 2008. Stefanos Manos, ancien ministre de l'Economie, l'évalue à plus d'un milliard d'euros. Les 2,5 millions d'euros acquittés par l'Eglise semblent bien faibles au regard de ces montants non confirmés officiellement.
Mais il ne s'agit là que d'une partie des biens ecclésiastiques, gérés par les services centraux de l'Eglise. Cela ne concerne pas les paroisses, dont certaines sont très riches. Ni les propriétés directes des 80 évêchés grecs qui bénéficient d'une large autonomie. C'est sans compter non plus sur les biens des 450 monastères, dépendants de l'Eglise de Grèce ou non (comme ceux du Mont-Athos, qui ont un statut à part). Pour être complet, il faudrait ajouter les biens possédés en Grèce par les patriarcats orthodoxes de Constantinople, Jérusalem ou Alexandrie.

Le deuxième propriétaire foncier du pays

L'Eglise est le deuxième propriétaire foncier (derrière l'Etat grec), avec 130 000 hectares de terrains. "Il s'agit de forêts, de terrains non constructibles", explique Vassilis Meichanetsidis du service de communication de l'archevêché d'Athènes. Il s'agit aussi d'immeubles dans les quartiers chics d'Athènes ou dans les riches banlieues balnéaires au sud de la capitale.
L'Eglise est actionnaire à hauteur de 1,5 % de la Banque nationale de Grèce, avec un représentant au conseil d'administration, l'évêque de Ioannina, Théoklitos, qui aurait touché selon le magazine financier Forbes 24 000 euros en 2008 en jetons de présence.
Même les terrains nus permettent les affaires. Les moines du riche monastère de Penteli, au nord d'Athènes, cherchent des investisseurs, à hauteur de 1 milliard d'euros, pour exploiter une partie de leur montagne pour la transformer en parc photovoltaïque et récupérer l'énergie solaire. C'est la nouvelle stratégie officielle de l'Eglise : rentabiliser ses biens pour en faire bénéficier ses organismes philanthropiques. L'Eglise a consacré plus de 100 millions d'euros en 2010 à ses activités charitables, qui se sont accrues avec la crise. "A Athènes, nous fournissons 10 000 à 12 000 plats quotidiens", explique Vassilis Meichanetsidis.
Mais la vocation philanthropique de l'Eglise orthodoxe est relativement récente et a connu des soubresauts. En 2010, elle a été obligée de mettre fin et de changer le nom de son association Solidarité pour cause de très mauvaise gestion.

jeudi 22 septembre 2011

Le jeu du chat et de la souris entre la "troïka" et le gouvernement grec

Après deux réunions téléphoniques avec le ministre des finances Evangélos Vénizélos, la Commission européenne a annoncé, mardi 20 septembre au soir que "de bons progrès avaient été réalisés".

La "troïka" – la délégation de la Commission européenne, du Fonds monétaire international et de la Banque centrale européenne – devrait revenir à Athènes au début de la semaine prochaine, près d'un mois après avoir quitté la Grèce, devant le manque d'avancées des réformes promises par le gouvernement, précipitant l'Europe dans une nouvelle crise.
Le communiqué de Bruxelles ne donne pas de dates précises. Et le ministre des finances grec doit poursuivre des discussions, lors de l'assemblée générale du FMI, ce week-end. L'enjeu est le versement d'une nouvelle tranche de 8 milliards d'euros du prêt de 110 milliards accordés en juin 2010, nécessaire pour éviter au gouvernement de se retrouver en situation de défaut de paiement.
Le gouvernement ne peut plus se permettre le moindre écart dans la mise en place des mesures car il a usé la patience de ses créditeurs. Chaque examen est de plus en plus tendu et vire au psychodrame.
"Quand il y a moins de drame, le train des réformes ralentit", a remarqué le représentant permanent du FMI à Athènes, Bob Traa, lundi 19 septembre, lors d'une conférence organisée par le magazine The Economist à Vougliamini, une banlieue balnéaire d'Athènes.
Le gouvernement grec a bien compris le message. Il s'est résigné à proposer de nouvelles mesures d'économies pour tenir ses objectifs budgétaires, qui viennent d'être révisés par le FMI, compte tenu d'une récession prévue à 5 % pour 2011 (contre 3,8 % en 2010). Le déficit budgétaire devra atteindre 8 % du produit intérieur brut (contre 10,5 % en 2010).
"IL N'Y A PAS D'AUTRE OPTION"
Le secrétaire général en charge de la politique budgétaire a présenté dimanche dans un courriel envoyé à tous les ministères, les quinze commandements de la "troïka", concernant le secteur public, parmi lesquels : "l'interruption des conventions à durée déterminée ou indéterminée, l'instauration du chômage technique dans tous les organismes publics, le gel des retraites d'ici 2015 et la fusion ou la fermeture d'une trentaine des organismes publics".
Bob Traa a insisté lundi en demandant au gouvernement de s'attaquer aux "tabous" de la fermeture des "sociétés publiques inefficaces", et de réduire les effectifs et les salaires. "Oui, il y a du personnel en excédent", a reconnu le ministre des finances, Evangélos Vénizélos.
Le plan sera présenté mercredi à l'issue d'un nouveau conseil des ministres. Il devrait notamment prévoir le départ de 25 000 fonctionnaires d'ici à la fin de l'année, la mise en chômage technique de 70 000 autres et un plafonnement des retraites aux alentours de 1 700 euros par mois.
Une augmentation de la taxe sur le fioul domestique est également annoncée, en plus du nouvel impôt sur les propriétés immobilières hautement impopulaire dans un pays où 70 % des personnes sont propriétaires.
Le représentant du FMI a toutefois mis en garde le gouvernement contre de nouveaux impôts : "ce ne serait pas soutenable ni économiquement ni politiquement".
Les nouvelles mesures d'austérité interviennent alors que la Grèce va connaître sa quatrième année consécutive de récession en 2012, avec un recul de l'économie estimé à 2 %, alors que cela devait être l'année du retour de la croissance.
Cela renforce le sentiment, chez une bonne partie de la population grecque, que le plan de la "troïka" et du gouvernement ne fonctionne pas. "Vous êtes tombé dans le piège de la récession", a déclaré à Bob Traa, un représentant du patronat grec. "Il n'y a pas d'autre option. Si on change, l'effondrement du pays se produira tout de suite", a répliqué le représentant de la "troïka" à Athènes.
Il devra aussi convaincre la rue. Les syndicats organisent mercredi une manifestation qui sera suivie, jeudi, par une journée de grève des transports. Des actions qui sont présentées comme un simple préambule.

L'argent tabou de l'Eglise grecque

Athènes Correspondance - L'Eglise et les monastères grecs ne paieront pas la très impopulaire nouvelle taxe immobilière décidée dans l'urgence, dimanche 11 septembre, par le gouvernement grec pour remplir les objectifs budgétaires imposés par les bailleurs de fonds du pays. "L'Eglise sera imposée sur les biens qu'elle exploite commercialement", précise toutefois un porte-parole du ministère des finances devant le tollé suscité par cette annonce. Seraient exemptés les lieux de culte et les organismes de charité. Mais les frontières sont parfois floues et les comptes de l'Eglise orthodoxe restent opaques.

"Ses organismes ont un statut de droit public qui leur donne des avantages fiscaux importants. Ils sont tenus de publier leurs comptes, mais ne le font pas", explique Isabelle Depret, de l'Université libre de Bruxelles, auteur d'un ouvrage sur l'Eglise orthodoxe (L'Harmattan, 2009).

L'argent de l'Eglise reste un sujet tabou en Grèce. "Ses revenus sont imposables, mais il y a deux gros problèmes, prévient le professeur de sociologie religieuse à l'université égéenne de Rhodes Polikarpos Karamouzis. Il n'y a pas de système économique pour détailler ses revenus véritables et personne ne connaît l'étendue de ses propriétés, car il n'y a pas de cadastre." Cette situation arrange aussi bien l'Eglise que l'Etat, "car les hommes politiques ne tiennent pas à se mettre à mal avec les autorités orthodoxes", explique Stéfanos Manos, un député indépendant, qui est l'un des rares hommes politiques à demander une séparation de l'Eglise et de l'Etat.
"L'Eglise de Grèce est une église nationale, explique Polikarpos Karamouzis, cela signifie qu'il y a une connexion politique entre l'Eglise et l'Etat, qui lui a donné ses privilèges. Son rôle spirituel est étroitement lié à son rôle politique, entretenant une confusion entre les fidèles et les citoyens, qui est exploitée par les politiciens en quête de votes."
Les popes sont des relais d'opinion que les hommes politiques préfèrent ne pas froisser. En décembre 2010, le Saint Synode, regroupant treize évêques, a dénoncé, dans un texte distribué dans toutes les paroisses, la "troïka" - les représentants du Fonds monétaire international, de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne - comme une force d'"occupation étrangère".
"Le gouvernement prend beaucoup de précautions avant de créer des impôts pour l'Eglise ou les armateurs, alors que les travailleurs et les retraités doivent payer sans qu'on leur demande si ça leur fait plaisir", s'indigne le leader du parti d'extrême gauche Syriza, Alexis Tsipras, également favorable à une séparation.
L'Eglise orthodoxe est un des éléments constitutifs de la nation grecque. La Constitution est écrite "au nom de la Trinité sainte consubstantielle et indivisible". Les prêtres bénissent les rentrées scolaires et les nouveaux gouvernements ; le catéchisme est enseigné dans les écoles publiques ; des gens de tout âge se signent quand ils passent devant une église.
C'est en mars 2010 que le gouvernement socialiste de Georges Papandréou a décidé d'imposer les églises à hauteur de 20 % sur les revenus commerciaux et entre 5 % et 10 % pour les dons déclarés. Les 10 000 popes et leurs évêques sont payés par l'Etat, ce qui représente un budget de 220 millions d'euros annuels. L'ancien ministre des finances, Georges Papaconstantinou, a essayé de réduire la participation de l'Etat, mais dès que ce genre d'informations filtraient, la volonté du gouvernement s'envolait. L'actuel ministre des finances, Evangélos Venizélos, très proche des milieux orthodoxes, n'a pas ce genre de velléités.
Les polémiques suscitées par l'exemption de cette nouvelle taxe immobilière ont poussé l'Eglise à sortir de sa réserve en publiant, vendredi 16 septembre, le montant de ses impôts. Sa direction des services économiques affirme avoir payé 2,5 millions d'euros d'impôts fonciers et de revenus en 2010. Elle indique au passage qu'elle possède trente propriétés à Athènes (dont six inoccupées) et quatorze à Salonique.
Dès que l'Eglise est attaquée sur ses biens, ce qui est de plus en plus fréquent, l'archevêque d'Athènes, Hiéronymos, qui est la plus haute autorité orthodoxe en Grèce, réagit en expliquant que la richesse de l'Eglise est "un mythe". Il ne resterait que 4 % des biens qu'elle détenait avant la révolution grecque de 1821, mettant en avant les nombreuses confiscations de propriétés par l'Etat.
"La richesse de l'Eglise grecque n'a rien à voir avec celle de l'Italie ou de l'Espagne. Certains bâtiments publics ont été construits sur des biens ecclésiastiques, mais l'Eglise ne touche aucune contrepartie", explique Vassilis Meichanetsidis, au service de communication de l'archevêché d'Athènes.
Les journaux ont publié des documents sur la fortune de l'Eglise orthodoxe. Selon Kathimerini (centre droit), ses biens s'élevaient à 700 millions d'euros en 2008. Stefanos Manos, ancien ministre de l'économie, l'évalue à plus d'un milliard d'euros. Les 2,5 millions d'euros acquittés par l'Eglise semblent bien faibles au regard de ces montants non confirmés officiellement.
Mais il ne s'agit là que d'une partie des biens ecclésiastiques, gérés par les services centraux de l'Eglise. Cela ne concerne pas les paroisses, dont certaines sont très riches. Ni les propriétés directes des 80 évêchés grecs qui bénéficient d'une large autonomie. C'est sans compter non plus sur les biens des 450 monastères, dépendants de l'Eglise de Grèce ou non (comme ceux du Mont-Athos, qui ont un statut à part). Pour être complet, il faudrait ajouter les biens possédés en Grèce par les patriarcats orthodoxes de Constantinople, Jérusalem ou Alexandrie.
"La Grèce a une montagne d'argent sous les yeux et on fait comme si on ne la voyait pas", s'indigne l'écrivain Vassilis Alexakis, auteur d'un roman caustique sur le Mont-Athos, Ap. J.-C. (Folio, 2009). L'Eglise est le deuxième propriétaire foncier (derrière l'Etat grec), avec 130 000 hectares de terrains. "Il s'agit de forêts, de terrains non constructibles", explique Vassilis Meichanetsidis. Il s'agit aussi d'immeubles dans les quartiers chics d'Athènes ou dans les riches banlieues balnéaires au sud de la capitale.
L'Eglise est actionnaire à hauteur de 1,5 % de la Banque nationale de Grèce, avec un représentant au conseil d'administration, l'évêque de Ioannina, Théoklitos, qui aurait touché selon le magazine financier Forbes 24 000 euros en 2008 en jetons de présence. Cet évêque s'était fermement opposé à l'augmentation des impôts ecclésiastiques en déclarant : "Nous refusons de payer pour les fautes des autres." Seuls deux évêques avaient proposé de renoncer à leurs salaires de 2 200 euros. "Ils sont l'honneur de l'Eglise de Grèce", explique Jean-François Colosimo, spécialiste de la religion orthodoxe.
Même les terrains nus permettent les affaires. Les moines du riche monastère de Penteli, au nord d'Athènes, cherchent des investisseurs, à hauteur de 1 milliard d'euros, pour exploiter une partie de leur montagne pour la transformer en parc photovoltaïque et récupérer l'énergie solaire. C'est la nouvelle stratégie officielle de l'Eglise : rentabiliser ses biens pour en faire bénéficier ses organismes philanthropiques. L'Eglise a consacré plus de 100 millions d'euros en 2010 à ses activités charitables, qui se sont accrues avec la crise. "A Athènes, nous fournissons 10 000 à 12 000 plats quotidiens", explique Vassilis Meichanetsidis.
Mais la vocation philanthropique de l'Eglise orthodoxe est relativement récente et a connu des soubresauts. En 2010, elle a été obligée de mettre fin et de changer le nom de son association Solidarité pour cause de très mauvaise gestion.

mercredi 1 juin 2011

Grèce : dans un pays au moral en berne, tout peut arriver

Les Grecs ont organisé, mercredi 25 mai, leur première manifestation Facebook, sur le modèle des "indignés" espagnols, et ont réitéré les jours suivants.Le mouvement a rassemblé des dizaines de milliers de personnes dans les rues d'Athènes, Patras ou Salonique, venues pour exprimer leur ras-le-bol des mesures d'austérité et leur rejet des organisations politiques et syndicales.
Après l'annonce d'un nouveau durcissement du plan de rigueur, lundi 23 mai, les syndicats avaient bien appelé à manifester le 4 juin.
Mais ils ont été pris de vitesse par l'organisation spontanée du mouvement des "indignés", qui prend clairement ses distances avec les syndicats, dont la dizaine de journées de grève générale, depuis un an, n'a pas fait dévier le gouvernement. Le mouvement social prendrait-il un nouveau souffle ?
La crise économique et le plan d'austérité en vigueur depuis un an se sont traduits par une très forte récession, une hausse du chômage et des impôts. Le produit intérieur brut (PIB) a reculé de 4,5 % en 2010, avec une forte aggravation au dernier trimestre (- 6,6 %). L'année 2011 devrait connaître un recul de 3 % à 3,2 %, malgré une hausse surprise de 0,8 % au premier trimestre. Cette amélioration est toutefois assombrie par la forte hausse du chômage, qui a atteint près de 16 % de la population active et plus de 40 % des jeunes de moins de 25 ans.
Poul Thomsen, le représentant du Fonds monétaire international (FMI) au sein de la "troïka" - surnom de la délégation du FMI, de l'Union européenne (UE) et de la Banque centrale européenne (BCE), qui vient régulièrement contrôler le degré d'avancement du plan mis en oeuvre en échange d'un prêt de 110 milliards d'euros -, explique que ce processus est "normal" : "C'est impossible de réduire le déficit budgétaire sans récession."
Le déficit avait atteint 15,6 % du PIB en 2009, après la découverte qu'une partie de ce déficit avait été dissimulée par les précédents gouvernements. Il a été ramené à 10,5 %.
EMBRASEMENT
La Fondation pour la recherche économique et industrielle (IOBE) recense, dans son dernier rapport sur l'économie grecque, parmi les difficultés liées au plan de rigueur, outre les résistances au sein du Parti socialiste au pouvoir, "la persistance de la récession pour la troisième année consécutive et l'augmentation du chômage à son plus haut niveau depuis quarante ans".
Ce think tank libéral constate que les Grecs ont été les Européens les plus pessimistes de l'Union en 2010. Récession et chômage font que le moral du pays est en berne : sept foyers sur dix considèrent que leur situation économique va s'affaiblir en 2011 ; quatre foyers sur cinq ne voient aucune possibilité d'épargner ; plus de la moitié de la population assure qu'elle arrive tout juste à joindre les deux bouts.
La lassitude s'exprime de différentes façons. Au début de l'année, de nombreux citoyens se sont rassemblés autour du mouvement "Je ne paierai pas" pour contester les hausses des péages d'autoroute.
La protestation peut prendre un cours plus violent, comme avec les groupes anarchistes qui ont organisé une série d'attentats, dont le plus spectaculaire a été l'envoi de colis piégés à différentes ambassades à l'automne 2010.
Mais l'embrasement annoncé par certains au moment des premières manifestations n'a pas eu lieu. Personne ne se risque cependant à d'autres prédictions tant la situation est tendue.
Le mouvement de décembre 2008 reste dans les mémoires, quand des rassemblements pacifiques s'étaient transformés en émeutes après la mort d'un adolescent tué par un policier. La vidéo de forces de l'ordre frappant brutalement un manifestant, en marge du défilé, le 11 mai, a fait le tour d'Internet. Il est hospitalisé. Un autre mort pourrait provoquer une nouvelle déflagration.