TOUT EST DIT

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jeudi 13 octobre 2011

Pourquoi la Slovaquie s'est opposée au fonds de secours européen

C'est sans doute la première fois que la Slovaquie attire l'attention de la sorte. La décision des députés slovaques de rejeter, mardi 11 octobre dans la soirée, le renforcement du Fonds de secours financier de la zone euro (FESF), a placé l'une des plus petites économies de l'Union européenne sous le feu des projecteurs mais aussi des critiques.

Le dernier des 17 pays de la zone euro qui devaient approuver l'élargissement à 440 milliards d'euros de ce fonds de secours, décidé le 21 juillet, est en effet le seul à avoir dit "non", mettant un coup d'arrêt au moins temporaire aux efforts européens pour stopper la contagion de la crise de la dette.
HOSTILITÉ À L'EUROPE
S'il place dans l'embarras les dirigeants européens, ce vote — 55 voix pour, 9 contre et 60 abstentions — n'est en réalité pas une surprise. L'une des factions de la coalition quadripartite au pouvoir depuis juillet 2010, les libéraux du parti Liberté et Solidarité (SaS), était en effet dès le départ farouchement opposée à un renforcement du FESF.
Pour le chef de file du SaS, Richard Sulik, l'unique solution à la crise de la dette réside dans le respect par l'ensemble des Etats membres des règles d'équilibre budgétaire. La Slovaquie n'a pas à payer pour l'irresponsabilité de la Grèce, assène-t-il. Bratislava avait d'ailleurs déjà été la seule à avoir refusé de participer au premier prêt d'urgence accordé à la Grèce en 2010.
Ce discours rencontre un écho particulier dans une société de plus en plus hostile à l'Europe, alors que s'atténue l'enthousiasme de l'adhésion à l'Union européenne en 2004 et à la zone euro en 2009. Selon les sondages, 70 % des Slovaques sont opposés au renforcement du fonds de stabilisation, de même que de nombreux hommes politiques de tous bords.
DIFFICULTÉS ÉCONOMIQUES
Car la Slovaquie, durement touchée par la crise économique, est aujourd'hui l'une des économies les plus pauvres de la zone euro, bien plus fragile que la Grèce. Dans les années 2000, le pays post-communiste, surnommé le "Detroit de l'Europe" (en référence à la ville américaine), mise sur l'industrie automobile. Elle attire de grands constructeurs étrangers comme PSA Peugeot Citroën, Audi, Kia ou Volkswagen et se développe rapidement. Jusqu'en 2007, la croissance oscille autour de 10 %, tandis que le déficit budgétaire et le chômage sont au plus bas.
La crise économique change la donne. "L'industrie automobile était exportatrice à 80 %. Lorsque les marchés se sont rétractés, la Slovaquie a perdu beaucoup d'argent", dit Etienne Boisserie, chercheur à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) et spécialiste de la Slovaquie. Aujourd'hui, la croissance dépasse difficilement la barre des 1 %, le déficit a atteint 8 % du PIB et le pouvoir d'achat ne représente que les trois quarts de la moyenne européenne. Avec 780 euros, la moyenne des salaires slovaques se hisse juste au-dessus du salaire minimum grec, qui atteint 750 euros.
Le renforcement du FESF, un outil destiné à venir en aide aux pays en difficulté financière (dont la Grèce, lourdement endettée), s'apparente donc un réel effort pour les Slovaques. Si la contribution de la Slovaquie représente "seulement" 7,7 milliards d'euros en valeur absolue, soit 1,75 % des 440 milliards d'euros du fonds, cette part grimpe à 10 % rapportée au PIB.
"COUP POLITIQUE"
Ces derniers mois, la Slovaquie a tout fait pour repousser le vote du renforcement du fonds, espérant qu'un autre pays s'y oppose avant elle. Mais mardi, Bratislava, dernière sur la liste de ratification, était au pied du mur. Et si les députés ont au final rejeté le texte, c'est aussi en raison de divergences politiques.
"Ce vote négatif met en lumière les faiblesses et le manque de cohérence de la coalition de centre-droit actuellement au pouvoir, notamment sur les questions économiques", estime Etienne Boisserie. Sans les 22 députés libéraux du SaS, qui n'ont pas participé au vote, la coalition et ses 55 députés restants ne pouvait en effet pas songer à obtenir la majorité requise de 76 élus sur 154. Par contre, les 64 voix de l'opposition sociale-démocrate (Smer-SD), favorable au renforcement du fonds, auraient pu faire pencher la balance en faveur du plan européen. "Les sociaux-démocrates estiment, à l'image d'une partie de la coalition, que la solidarité doit primer au sein de l'Union européenne, et que l'on ne peut profiter de ses avantages sans pâtir de ses inconvénients", explique Grigorij Meseznikov, politologue à l'Institut des affaires publiques de Bratislava.
Mais lors de ce vote, les enjeux de politique intérieure slovaque ont pris le dessus sur les préoccupations européennes. La première ministre, Iveta Radicova, affaiblie depuis plusieurs mois, a assorti le vote du renforcement du fonds d'un vote de confiance du gouvernement. Et l'opposition a saisi l'occasion pour fragiliser le pouvoir en place. "Les sociaux-démocrates ont préféré s'abstenir plutôt que de soutenir le gouvernement, analyse Etienne Boisserie. Mais surtout, ils ont fait un coup politique en proposant un accord au gouvernement : ils voteront en faveur du plan européen à condition de dissoudre le Parlement et de convoquer des élections législatives anticipées."
"Le gouvernement d'Iveta Radicova n'a eu d'autre choix que d'accepter car il a perdu toute légitimité", assure Grigorij Meseznikov.
RATIFICATION ASSURÉE... DANS QUELQUES JOURS
L'accord a été scellé mercredi. L'opposition a obtenu des élections anticipées pour mars 2012 en contrepartie desquelles elle s'est engagée à voter en faveur du renforcement du Fonds de secours de la zone euro, conférant ainsi à la coalition une majorité confortable de 119 sièges. Le second vote aura lieu au Parlement d'ici "vendredi au plus tard", a indiqué le chef des sociaux-démocrates, Robert Fico, assurant que "le parlement va ratifier le FESF sans le moindre problème".
Malgré le rapide retournement de situation, l'image de la Slovaquie sur la scène européenne pourrait pâtir de ce jeu de poker menteur. Mercredi, les président de l'Union européenne et de la Commission européenne, Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso, ont en effet rappelé à l'ordre Bratislava, l'incitant "à dépasser les considérations politiques à court terme et à utiliser la prochaine occasion pour adopter rapidement un nouvel accord".
"Pendant trois jours, Bratislava aura peut-être une image de vilain petit canard, confirme Etienne Boisserie. Mais elle sera vite effacée car une majorité de députés a conscience de l'urgence et du fait que si la Slovaquie n'adopte pas le plan, elle en paiera le prix pendant de nombreuses années."

vendredi 29 juillet 2011

Faut-il abattre les loups pour protéger les troupeaux ?

Comme tous les soirs, Yves Derbez regroupe ses 250 brebis et 350 agneaux en parc de nuit. Ce 15 juillet, l'éleveur du Martinet, dans la vallée de l'Ubaye (Alpes-de-Haute-Provence), est serein : le temps est clair, la clôture de protection électrifiée est installée et la chienne de garde veille au grain. Sans compter qu'aucune attaque n'a été signalée dans les environs depuis le début de l'année.

Mais le lendemain, au petit matin, le quotidien vire au cauchemar : 69 bêtes, dépecées, gisent au sol, non loin de la chienne, blessée et traumatisée. "Un massacre, dit, la gorge serrée, l'éleveur de 54 ans. Je me sens très mal, je ne dors plus : c'est un choc tant économique qu'émotionnel. J'en ai pris pour dix ans."
La semaine suivante, c'est dans le village voisin d'Enchastrayes qu'une seconde attaque de loup fait 104 victimes, dans un groupement pastoral formé par six éleveurs. La technique est toujours la même : le prédateur, intelligent et opportuniste, tourne longtemps autour des bêtes. Il excite le chien, qui dort dans l'enclos, et effraie les brebis jusqu'à ce que, terrorisées, elles finissent par défoncer elles-mêmes les filets électriques et s'offrir en pâture.
ALLÈGEMENT DES RÈGLES D'ABATTAGE
Suite à ces assauts, la ministre de l'écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, a reçu, mercredi 27 juillet, une délégation de députés, d'élus et de représentants des éleveurs locaux. "On ne part pas à la chasse au loup. Mais la pression sur les élevages est telle que je crois qu'on peut s'organiser pour la faire baisser", a-t-elle déclaré à l'issue de la réunion.
La ministre a proposé une solution, qui sera examinée au cours d'un comité national "Loup" qui se tiendra fin août : la mise en place d'un "arrêté de défense automatique qu'on prendrait à l'année sur toutes les zones attaquées l'année précédente". Concrètement, les éleveurs pourraient abattre les loups dès les premières attaques, sans autre procédure, afin de défendre leurs troupeaux. Aujourd'hui, au contraire, ces tirs de défense ne sont autorisés qu'après un arrêté préfectoral, délivré dans un délai minimum de quinze jours après le constat des attaques.
LA POPULATION DE LOUPS CROÎT
Car les loups font partie des espèces protégées, à la fois par la Convention de Berne de 1979 et par la directive Habitat-faune-flore de 1992. Grâce à ces lois protectrices, le prédateur, réapparu en France en 1992 après avoir disparu dans les années 1930 du fait de la chasse et de la destruction de son habitat, a vu sa population croître progressivement.
On en dénombre aujourd'hui 190, répartis sur neuf départements, essentiellement dans les Alpes, contre seulement deux spécimens il y a vingt ans. "Les loups sont en train de recoloniser l'Hexagone, avec un taux de croissance qui tourne autour de 15 % par an. Ce phénomène est le même à l'échelle de l'Europe, grâce aux protections dont ils font l'objet et au développement des forêts", explique Eric Marboutin, responsable des études sur les loups et les lynx à l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), l'organisme qui effectue les comptages scientifiques.
Si, en France, les loups gris restent toujours classés dans la catégorie "vulnérables" de la liste rouge des espèces menacées établie par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), la croissance de la population est suivie de près par l'Etat, qui autorise chaque année des tirs de prélèvement. Dans le jargon, cela signifie que des loups sont tués, loin des troupeaux d'ovins, par des chasseurs ou éleveurs titulaires d'un permis de chasse. Pour l'année 2010-2011, le nombre de loups qui peuvent être "prélevés" a été fixé à six, au maximum, à l'échelle de la France. Mais le ministère de l'écologie a annoncé mercredi que ce quota pourra être revu chaque année en fonction de la population estimée, du rythme de son accroissement et des dégâts occasionnés.
RECRUDESCENCE DES ATTAQUES
Qui dit croissance de l'espèce dit augmentation des attaques. Au 25 juillet 2011, 583 ont été recensées, provoquant la mort de 2 115 moutons, soit une augmentation d'environ 25 % des assauts et de 18 % des pertes par rapport à 2010. Près de la moitié de ces attaques (272) ont été enregistrées dans les Alpes-Maritimes et le Var, mais les Alpes-de-Haute-Provence ont payé le plus lourd tribut (431 ovins tués).
Exaspérés, les éleveurs ont alors décidé de se rassembler et de s'organiser. Née au printemps dernier, l'association Eleveurs et montagnes rassemble déjà près de un millier d'agriculteurs. "Nous allons veiller à ce que les engagements du ministère de l'écologie soient appliqués l'an prochain. Dans le cas contraire, nous organiserons des manifestations", assure Yves Derbez, son président. Dans les Pyrénées, c'est l'association Ariège ruralité, qui regroupe des exploitants agricoles, éleveurs et chasseurs, qui dénonce depuis le début de l'année les menaces entraînées par tous les grands prédateurs, au premier plan desquels figurent l'ours et le loup.
"Travailler quotidiennement sans relâche pour voir son cheptel décimé, ce n'est pas une vie. Certains éleveurs commencent à jeter l'éponge tandis que des jeunes ne veulent plus reprendre les exploitations", se désespère Yves Derbez, comme d'autres éleveurs déjà durement touchés par les crises agricoles qui se sont succédées, de la flambée des prix de la nourriture du bétail à la sécheresse qui a détruit les pâturages. "Si l'on ne relâche pas la pression, c'est la fin du pastoralisme", prédit-il.
LA BIODIVERSITÉ MENACÉE
Or, les ovins sont nécessaires à l'écosystème des régions. "S'il n'y a plus de moutons en alpage, ce sont 300 à 400 espèces végétales et animales qui disparaîtront en une dizaine d'années", estime le Centre d'études et de réalisations pastorales Alpes Méditerranée (Cerpam).
Mais, de la même façon, la disparition du loup entraînerait aussi une menace pour la biodiversité. "Il est hors de question de commencer la chasse au loup. Tout dépendra de l'encadrement prévu par les nouvelles règles d'abattage proposées par le ministère. Mais le risque est que les éleveurs puissent tuer davantage de loups que le quota de prélèvements, menaçant ainsi l'espèce, s'inquiète Jean-François Darmstaedter, secrétaire général de Ferus, association de protection des loups. Sans compter qu'en tuant un loup, l'on risque d'éliminer un individu majeur de la meute et d'augmenter les attaques."
Le loup est par ailleurs considéré comme un régulateur écologique. "En s'attaquant d'abord aux animaux malades ou plus faibles, il contribue à la bonne santé d'une espèce et peut éviter des épidémies. Il aide par ailleurs à réguler les surplus de jeunes sangliers ou cervidés, qui peuvent menacer les forêts", développe Jean-François Darmstaedter.
FAIRE COHABITER LOUPS ET BREBIS
Alors, comment faire cohabiter loups et brebis pour le bien de la biodiversité dans son ensemble ? La clé, c'est l'homme, estiment à la fois les éleveurs et les associations écologistes. "Le berger doit surveiller son troupeau chaque nuit, avec l'aide de plusieurs chiens, pour effaroucher les loups et éviter toute attaque", assure Jean-François Darmstaedter. "A moins d'être enragés, ce qui n'est plus le cas en France depuis des années, les loups n'attaquent pas l'homme", confirme Eric Marboutin, de l'ONCFS.
Preuve que cette cohabitation est possible, en Roumanie, où vivent 2 500 loups, en Espagne (2 000 spécimens) et en Italie (entre 500 et 800), les attaques de cheptel sont très rares et celles d'hommes inexistantes. "Mais il est vrai que la main-d'œuvre roumaine est davantage bon marché que la française, concède Jean-François Darmstaedter. Les troupeaux de brebis sont souvent gardés jour et nuit par dix bergers et dix chiens de protection."
"Nous ne pouvons pas travailler vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, pour garder nos bêtes. Et embaucher coûte souvent trop cher", rétorque Yves Derbez. Pour Ferus, le gouvernement doit donc mettre la main à la poche. "L'Etat s'est engagé à assurer la réintégration des loups en France. Il doit donc soutenir, par des aides conséquentes, les bergers dans les zones à loups", livre Jean-François Darmstaedter. Pour l'exemple, des bénévoles de l'association assistent les éleveurs et gardent leur cheptel la nuit, pendant de courtes périodes.

COMME TOUJOURS, LES BERGERS NE VEULENT PAS FAIRE LEUR TRAVAIL DE BERGER, ALORS ILS ÉLIMINENT LA MENACE (fausse). 
DOIT-ON NATIONALISER LA GARDE DES BREBIS ?