TOUT EST DIT

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vendredi 27 septembre 2013

Hollande soutient Valls sur les Roms, la tension monte


François Hollande a choisi de soutenir la politique de fermeté de Manuel Valls vis-à-vis des Roms avant des élections municipales où ce dossier devrait jouer un rôle majeur, aggravant les tensions avec l’aile gauche de sa majorité.
Le ministre de l’Intérieur, qui est le plus populaire du gouvernement, a affirmé mardi que les Roms avaient vocation à retourner en Roumanie ou en Bulgarie, jugeant leur mode de vie en confrontation avec celui des Français.
Cette position a été saluée par l’opposition de droite, qui a fait des Roms un thème de campagne pour les municipales de mars, mais les Verts et la gauche de la gauche ont demandé à François Hollande de désavouer les propos de son ministre.
La ministre du Logement, l’écologiste Cécile Duflot, a estimé jeudi que Manuel Valls était allé « au-delà de ce qui met en danger le pacte républicain », une position susceptible de ressouder les écologistes -dont le parti traverse des turbulences- mais qui répond à une véritable irritation.
Elle a estimé lors des journées parlementaires de son parti Europe Ecologie-Les Verts (EELV) à Angers que le chef de l’Etat n’avait pas été élu pour poursuivre la politique de Nicolas Sarkozy, mais pour « réparer des blessures douloureuses ».
Dans l’entourage de Cécile Duflot, on jugeait vendredi que les propos de Manuel Valls étaient « immoraux, limite xénophobes, proches de la Droite populaire », l’aile droite de l’UMP.
A la gauche de la gauche, le ton est encore plus dur.
« Ces propos racistes et xénophobes sont graves », a dit Jean-Jacques Candelier, député communiste du Nord, qui demande dans un communiqué à François Hollande et au Premier ministre Jean-Marc Ayrault de « prendre leurs responsabilités ».
HOLLANDE NE CÈDE PAS À LA PRESSION
Le Défenseur des droits Dominique Baudis a reproché vendredi au gouvernement de ne pas appliquer la circulaire d’août 2012 encadrant le démantèlement des camps de Roms avec des décisions de justice et des mesures d’insertion, dont Jean-Marc Ayrault a affirmé qu’elle était la seule politique du gouvernement.
Il précise avoir demandé à Viviane Reding, commissaire européenne aux Droits fondamentaux, de réunir les responsables européens chargés de la lutte contre les discriminations pour établir une stratégie commune.
Au sein du PS, certains demandent aussi à François Hollande de désavouer son ministre de l’Intérieur.
« Tant que François Hollande ne dira pas à Valls d’être fédérateur au lieu d’être provocateur, cela n’ira pas. Je pense que ça affaiblit Hollande », a dit à des journalistes Marie-Noëlle Lienemann, membre de l’aile gauche du parti.
Mais le chef de l’Etat n’entend visiblement pas céder à la pression et soutient son ministre de l’Intérieur, avec en ligne de mire les municipales où l’extrême droite pourrait capitaliser sur le dossier des Roms et effectuer une percée.
Sur le site d’ArcelorMittal de Florange (Moselle), jeudi, il a refusé de « commenter les phrases des uns et des autres », visiblement irrité de voir sa visite -plutôt réussie- phagocytée par l’ultimatum lancé par Cécile Duflot.
Dans son entourage, on souligne qu’il soutient son ministre de l’Intérieur qui mène une politique mêlant « fermeté et humanité » et ne désavoue pas l’idée selon laquelle les Roms s’intégreraient difficilement.
Le message a été bien compris par le reste du gouvernement, y compris par les ministres, dont Arnaud Montebourg, qui avaient critiqué la virulence des propos de Manuel Valls.
« Il procède à des reconduites à la frontière qui sont légales parce qu’il y a des actes de délinquance et des problèmes de sécurité et je crois qu’il a des résultats. Il faut rendre hommage au ministre de l’Intérieur », a dit vendredi le ministre du Redressement productif sur RTL.
« NOUVELLE MAJORITÉ »?
Le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, a abondé dans le même sens sur Europe 1, s’en prenant violemment à Viviane Reding, qui avait condamné mercredi les propos de Manuel Valls.
« Au lieu de venir nous menacer, elle devrait venir sur le terrain voir ce qui ne marche pas dans les décisions prises par l’Europe », a-t-il en faisant référence à l’ouverture des frontières pour les Roumains et les Bulgares, qui est en fait une décision des gouvernements de l’Union, dont la France.
Enfin, pour Thierry Mandon, porte-parole du groupe Parti socialiste, le ministre de l’Intérieur a raison et les promesses d’insertion sont à ce stade « vaines ».
« Il n’y a pas de boulot, il n’y a pas de logements, donc je pense que la priorité sur ce dossier ça doit être le pragmatisme et que les ministres restent concentrés sur cette tâche. »
Les remous au sein de la majorité risquent donc de perdurer.
Constatant la convergence entre les Verts et le Front de gauche sur ce dossier, l’ex-candidate écologiste à la présidentielle Eva Joly a annoncé qu’elle présenterait au congrès d’EELV de novembre une motion appelant à la construction d’une « nouvelle majorité ».
Cette majorité serait constituée d’EELV, des « socialistes hétérodoxes » et du Front de Gauche.
Le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, qui s’en est également pris à Manuel Valls, s’est dit aussitôt prêt à « converger » si les écologistes prenaient une telle décision.

mercredi 12 octobre 2011

La Grèce et l'Union européenne, un mariage de déraison

 A la fin des années 1970, un jeune diplomate membre du cabinet du président de la Commission européenne, le Français François-Xavier Ortoli, reçoit un appel dans son bureau bruxellois.
A l'autre bout du fil, le président français de l'époque, Valéry Giscard d'Estaing. Ce dernier a appris que l'exécutif européen s'apprête à présenter un avis sur la demande d'adhésion de la Grèce à la Communauté européenne qui, comme chaque année, renvoie diplomatiquement Athènes à un avenir lointain.
A "VGE", qui s'en inquiète, le diplomate sert les arguments classiques: la Grèce, dont la compétitivité est très faible, n'est pas prête à intégrer la CEE et une adhésion prématurée aurait des effets ravageurs pour son économie.
"Monsieur, on ne fait pas jouer Platon en deuxième division", répond Valéry Giscard d'Estaing en raccrochant.
La messe était dite et la Grèce adhérera en 1981 pour des raisons essentiellement politiques, sept ans après le retour de la démocratie consécutive à la chute du régime des colonels.
L'Europe des Neuf était d'autant moins en mesure de s'opposer au rouleau compresseur français que des arguments valables venaient étayer l'adhésion grecque, à savoir l'ancrage au bloc européen d'une démocratie fragile membre de l'Otan.
Le mariage entre la Grèce et l'Union européenne avait commencé pour, trente ans plus tard, se transformer en une situation de couple dramatique, entre plan de sauvetage et risques de faillite, dans laquelle les deux parties ont autant de responsabilités l'une que l'autre.
Et avec la France encore à la manoeuvre pour tenter de sauver un pays qui risque d'entraîner la zone euro dans sa chute.
"RIEN NE FONCTIONNE"
L'analyse de la Commission selon laquelle l'adhésion grecque était prématurée allait rapidement se révéler juste.
Dans les quatre premières années de l'adhésion, l'exécutif européen a ouvert 108 procédures d'infraction contre la Grèce pour violation des règles européennes.
Dès 1982, la Grèce estime qu'elle ne trouve pas son compte dans la CEE et que ses partenaires ne l'aident pas suffisamment à développer son économie, dont des pans entiers disparaissent sous les coups de boutoir de la concurrence européenne.
En 1985, elle obtient les "Programmes intégrés méditerranéens" (PMI), précurseurs des "fonds structurels", des aides régionales qui allaient se déverser par milliards sur les pays pauvres de l'UE à partir de 1989.
C'était le prix exigé par la Grèce - et plus tard par des pays comme l'Espagne et le Portugal - pour accepter la création du grand marché unique européen qui devait être complété pour la fin de 1992 sous l'impulsion du président de la Commission européenne, Jacques Delors, et du couple franco-allemand.
Depuis 1989, la Grèce a reçu 35 milliards d'euros d'aides régionales européennes qui ont, certes, servi à construire routes, métro et aéroports, mais n'ont pas permis à la Grèce d'en tirer le meilleur parti, notamment à cause d'une mauvaise gestion reconnue par le gouvernement grec lui-même.
L'ancien ministre grec des Finances Georges Papaconstantinou, toujours membre du gouvernement, a dit comprendre dans Libération que les jeunes grecs diplômés "ne veulent plus vivre dans un pays où rien ne fonctionne, où les institutions ne marchent pas, où le système d'imposition est injuste (...), où le système politique est corrompu".
CLIENTÉLISME
Le vice-Premier ministre grec Théodoros Pangalos, qui a fait partie de nombreux gouvernements socialistes depuis deux décennies, reconnaît les errements grecs en matière de gestion des fonds publics, générateurs de déficits.
"Le clientélisme grec était surtout basé sur des dépenses étatiques qui ont permis de recruter des fonctionnaires qui n'étaient pas indispensables", a-t-il dit cette semaine à Paris. "Ceux qui ont tiré la sonnette d'alarme ont été écrasés."
La fraude fiscale est un sport national, avec 600.000 agriculteurs qui ne paient pas d'impôts et des professions libérales qui acquittent des sommes ridicules à l'Etat grâce à la multitude des corporatismes qui empêchent tout mouvement.
Et de citer une anecdote personnelle: membre "honoraire" du barreau depuis qu'il a pris sa retraite d'avocat, il avait dénoncé à la télévision la "honte" que constitue selon lui la fiction qui permet aux avocats grecs d'afficher un revenu moyen d'à peine 1.500 euros par mois et des impôts en proportion.
"Le barreau m'a puni en me retirant le titre d'avocat honoraire", a-t-il déclaré.
CHANTAGE CHYPRIOTE
Le bilan diplomatique de l'adhésion d'Athènes n'est pas non plus jugé brillant par les responsables européens.
La Grèce n'a eu de cesse de promouvoir l'élargissement de l'Union européenne à Chypre, sans succès dans un premier temps.
Pour la France, il était irresponsable d'"importer" dans l'UE une île amputée de sa partie Nord-Est occupée par 30.000 soldats turcs depuis 1974 et où des casques bleus de l'Onu font régner une fragile paix armée depuis plus de vingt ans.
"Chypre a vocation à être dans l'Union européenne, mais l'Union européenne n'a pas vocation à prendre un morceau de Chypre et à prendre des problèmes qui ne sont pas les siens", déclarait ainsi en 1998 le président Jacques Chirac.
Mais la Grèce a menacé de bloquer l'adhésion des neuf autres pays qui devaient faire leur entrée dans l'UE en 2004 si son poulain chypriote était rejeté.
Le "chantage" a fonctionné. Les responsables européens se consolèrent en affirmant que l'adhésion de Chypre à l'UE faciliterait la conclusion d'un accord de paix. Six ans plus tard, les négociations sont toujours dans l'impasse.
L'adhésion de la Grèce à l'euro relève du même processus: une décision politique, et non économique. Mais si l'entrée dans l'Union européenne pouvait être justifiée par des arguments géopolitiques, l'adoption de l'euro aurait dû répondre à une pure logique économique, qui n'a pas été respectée.
En 2001, Athènes s'est qualifiée en satisfaisant à la surprise générale aux critères de Maastricht, notamment un déficit public inférieur à 3% du produit intérieur brut.
Trois ans plus tard, le 15 novembre 2004, la vérité éclate: le ministre grec des Finances, George Alogoskoufis, confirme devant ses pairs de l'Eurogroupe l'ampleur du maquillage des chiffres par les autorités athéniennes.
"Il a été prouvé que le déficit n'était pas retombé sous les 3% une seule année depuis 1999", reconnaît-il, un mois après avoir soutenu mordicus le contraire.
UNE GÉNÉRATION POUR REDRESSER LE PAYS ?
En fait, la Grèce avait été, et de loin, constamment au-dessus des 3% de 1997 à 2003, comme venait de le découvrir en septembre 2004 une mission d'Eurostat, l'Office statistique de l'UE, qui n'avait donc pas fait son travail avant 2001.
Mais les partenaires de la Grèce n'ont pas souhaité enfoncer le pays, d'autant plus que c'étaient les socialistes, et non le gouvernement conservateur de 2004, qui étaient aux affaires pendant toutes les années qui posent problème.
Et les feux d'artifice des Jeux olympiques de 2004, qui ont encore contribué à creuser le déficit, ont un temps fait oublier l'ampleur des problèmes structurels du pays.
En 2009, quand éclate la crise de la dette grecque, l'histoire se répète: le Premier ministre George Papandreou, qui vient de remporter les élections, découvre que le déficit n'est pas de 6% du PIB, mais plus du double.
C'est la fin du "rêve grec" et le début d'une descente aux enfers pour un pays qui détient désormais une dette de 160% de son PIB sans être capable de la rembourser, pour sa population contrainte à une cure d'austérité sans précédent et pour la zone euro, menacée dans son existence par la contagion.
Les gouvernements grecs successifs ont une part de responsabilité dans cette situation et reconnaissent volontiers que les milliards d'euros déversés par l'Europe ont été - au minimum - mal utilisés en raison d'une gouvernance défaillante et de la corruption administrative.
Mais les autorités européennes, Commission en tête, n'ont pas joué le rôle de vigie qui leur était dévolu.
Elles auraient par exemple dû surveiller les comptes publics grecs pour éviter des maquillages qui menacent désormais toute la zone euro par effet de contagion.
La leçon semble avoir été apprise et ce pays au nationalisme ombrageux se retrouve obligé de quémander l'aide de l'Union européenne et du Fonds monétaire international.
Il est de facto placé sous tutelle internationale et sa souveraineté est réduite à bien peu de choses.
Horst Reichenbach, qui a été durant six ans vice-président de la Berd (Banque européenne de reconstruction et de développement), a ainsi été nommé à la tête d'une "task force" d'une cinquantaine de personnes qui, à Athènes et à Bruxelles, gèrera - sans le dire - l'économie du pays sous couvert d'aide.
Il raconte être parfois surnommé "Reich" en Grèce, les premières lettres de son nom, en référence à l'occupation nazie particulièrement dure dans la péninsule hellénique.
Un haut responsable du gouvernement allemand, qui a lui aussi envoyé des équipes en Grèce pour mettre sur pied un cadastre et tirer un meilleur parti du tourisme, reconnaît que la Grèce ressemble ces jours-ci à un "protectorat".
"Ils perdent de plus en plus de leur autonomie. Il faudra une génération et un changement de mentalités pour que la Grèce recouvre sa souveraineté."

mercredi 26 janvier 2011

Les Français continuent à déprimer face à la crise

PARIS (Reuters) - Un nouveau sondage montre que les Français sont plus opposés au capitalisme que les habitants d'autres pays avancés et qu'ils ont le sentiment d'être englués dans une crise profonde.

Une enquête d'opinion réalisée par l'Ifop et qui doit être publiée mercredi par le journal La Croix à l'occasion de l'ouverture du forum de Davos montre que, parmi les dix pays étudiés, les Français sont les plus nombreux (33%) à juger qu'il faut désormais abandonner le système capitaliste.

Seulement 3% des Chinois pensent la même chose et ils sont 65% - en tête de tous les pays de l'étude - à considérer qu'il faut conserver ce système "qui fonctionne plutôt bien", contre 15% à peine en France, classée au dernier rang sur ce point.

Un clivage se dessine au sein de l'Europe entre les zones où l'économie repart, comme en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Pologne, et celles où chômage et déficits publics restent élevés.

Ainsi, 21% des Allemands ont encore le sentiment d'être "en pleine crise" contre 53% des Français, 58% des Italiens, 52% des Américains et 46% des Britanniques.

Les Australiens pensent à 79% que leur pays est bien placé pour faire face à la compétition mondiale, et les Allemands sont optimistes à 77% sur ce sujet. Les Français le sont à 34% et les Américains à 40%, comme les Italiens.

Pour 91% des Français, 77% des Chinois et 66% des Néerlandais, une nouvelle crise économique est fortement probable et il faut plus de réglementation.

Début janvier, un sondage BVA pour Le Parisien affirmait que les Français étaient les champions du monde du pessimisme, devant les habitants de pays en guerre comme l'Irak.

Le sondage de l'Ifop pour La Croix a été réalisé du 8 au 23 décembre sur un échantillon de 6.023 personnes, représentatif des habitants âgés de 18 ans et plus de chacun des pays.