vendredi 18 février 2011
Le triangle infernal de la succession Trichet
Juppé : «Soyons optimistes pour 2012»
Alain JUPPÉ. - Je ne ressens pas de bouleversement institutionnel. Le président et le premier ministre ont trouvé un régime de croisière. Nicolas Sarkozy est un président très actif. François Fillon a son espace et il joue son rôle vis-à-vis du Parlement. C'est entre l'exécutif et le législatif que les équilibres ont été bouleversés avec la révision constitutionnelle de 2008, qui constitue une vraie révolution. Organiser le débat parlementaire autour d'un texte amendé en commission est un véritable changement. J'en suis un peu surpris moi qui ai la culture du parlementarisme rationalisé.
Que pensez-vous du style de la présidence Sarkozy ?
Chacun a son style, avec ses forces et ses faiblesses. On m'a suffisamment dit que je devais changer. Au sujet de Nicolas Sarkozy, il y a peut-être eu des erreurs. Mais tout cela est derrière nous.
Un ministre avait dit à Jean-François Copé : «Si tu revenais au gouvernement,tu ne reconnaîtrais pas le job.» La fonction a-t-elle évolué ? Là encore, il n'y a pas de changement fondamental. Je suis très libre de mes mouvements. Je dirige le ministère de la Défense en transparence avec l'Élysée. Si les ministres étaient tellement frustrés de la façon dont ils travaillent, ils auraient une solution très simple : sortir du gouvernement. Or, aucun d'eux ne l'a fait spontanément.
Partagez-vous l'inquiétude de la majorité pour 2012 ?
Ce n'est pas gagné. Il faut remonter la pente. Nous y parviendrons. Ne cédons pas à un pessimisme prématuré et excessif. Au contraire, soyons optimistes pour 2012. Début 1995, on me répétait encore que Jacques Chirac allait perdre. Le paysage électoral n'est pas encore campé. Qui va sortir des primaires socialistes ? Quel sera le projet des socialistes ? Nicolas Sarkozy, lui, a choisi d'être très présent sur le terrain et de donner, en même temps, une perspective de moyen et long terme aux Français.
Les polémiques sur les vacances des ministres font pourtant passer les messages du président au second plan.
On est parti vers une exigence de transparence absolue. Très bien. Mais est-ce à la hauteur des problèmes qui se posent à la France ? En ce qui me concerne, je suis un homme libre. Je continuerai à prendre mes vacances où j'ai envie de les prendre et à mes frais.
Quel serait, pour vous, le candidat PS le plus coriace pour Nicolas Sarkozy ?
Dominique Strauss-Kahn a beaucoup d'adversaires dans la gauche dure et un coefficient de sympathie assez contrasté au sein du PS. Martine Aubry serait peut-être une candidate plus coriace.
Faut-il une candidature centriste pour permettre à Nicolas Sarkozy d'avoir des réserves de voix au second tour ?
Je crois plus aux vertus du rassemblement qu'à celles du ratissage. Si nous avons une extrême droite forte, et trois ou quatre candidats centristes, cela risque de compliquer le premier tour.
Pensez-vous que Dominique de Villepin sera candidat ?
Je n'ai pas eu de réponse lorsque je lui ai posé la question. Les tentatives de réconciliation avec Nicolas Sarkozy ont échoué. On a raté le coche. Peut-être que le coche n'est pas définitivement passé.
Et François Bayrou ?
Il ne faut pas désespérer non plus. J'ai des affinités intellectuelles et personnelles avec lui, même si je ne partage pas sa sarkophobie.
Jugez-vous Marine Le Pen plus « présentable » que son père ?
C'est ce que l'on dit. Ce n'est pas mon opinion personnelle. Le corps de doctrine du Front national n'a pas changé et la fragilité de Marine Le Pen dans le domaine économique est égale à celle de son père.
Pensez-vous, comme Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et David Cameron, que le multiculturalisme est un échec ?
Nous avons une capacité d'oubli extraordinaire. Il y a quelques années, la mode était d'aller vers le multiculturalisme et de souligner l'échec du modèle républicain d'intégration. Or, le multiculturalisme est étranger à notre culture républicaine. La République, ce sont des citoyens porteurs de droits et de devoirs en tant que personnes, avant d'être membres d'une communauté. La loi républicaine doit s'appliquer dans des conditions d'égalité pour tous. Bien sûr, la diversité existe. Mais le principe républicain, dont je ne veux pas dévier, est que la loi ne peut accepter des différenciations fondées sur des critères religieux ou ethniques. Nicolas Sarkozy souhaite réfléchir à la laïcité. C'est nécessaire. N'éludons pas la question de l'islam. Mais il faut piloter et maîtriser ce débat parce qu'il peut déraper. L'islam est la deuxième religion de France et il n'est pas imaginable de la stigmatiser.
Comment maîtriser ce débat ?
En rappelant des choses simples. La laïcité doit s'imposer à tous. Aucune religion ne peut prendre le pas sur la sphère publique et les valeurs de la République. Le débat doit donc déboucher sur un code des droits et des devoirs du citoyen. Concernant les droits, il est impératif de réaffirmer que les musulmans, comme les catholiques, les juifs, les protestants et les autres, ont le droit de pratiquer leur culte. Concernant les devoirs, c'est le respect des valeurs républicaines et notamment de l'égalité homme-femme.
Les révolutions tunisienne et égyptienne pourraient-elles faire boule de neige dans le monde arabe ?
Des manifestations populaires se produisent dans plusieurs pays mais chaque situation est différente. Ce qui s'est passé en Tunisie et en Égypte ne peut être transposé partout. C'est pourquoi la France a raison de réagir avec sang-froid, en rappelant son attachement à la démocratie et aux droits de l'homme, sans pour autant s'ingérer dans le choix des peuples. Nous devons faire le pari de la modernisation du monde arabe. Bien sûr, ce pari est risqué parce qu'il n'y a pas par définition, sous les régimes autoritaires, d'opposition démocratique constituée. Et parce que ceux qui gagnent le pouvoir, au cours de transitions démocratiques précipitées, confisquent parfois la démocratie.
Quel message la France doit-elle adresser aux Algériens et aux Français d'origine algérienne ?
Nous avons une histoire, un présent et un avenir communs avec le peuple algérien. Nous sommes très attentifs à ce qui se passe en Algérie parce que nos destins sont liés. Mais, nous ne prendrons pas position dans le débat politique interne.
Quelles sont vos priorités à la Défense ?
Ma première priorité, c'est de réussir la réforme des armées. Entre 2009 et 2010, 50.000 personnels de la défense ont bougé d'une unité à une autre, d'une région à une autre. C'est un bouleversement immense. En 2015, 54.000 postes auront été supprimés. L'objectif est de mieux équiper nos forces grâce aux économies ainsi réalisées, afin qu'elles soient encore plus efficaces dans les opérations dans lesquelles la France est engagée. Durant cette réforme, j'apporterai la plus grande attention à la condition du personnel du ministère de la Défense. Ma deuxième priorité est de renforcer notre industrie de défense. La France a de très belles entreprises : Safran, EADS, Dassault, DCNS, Thales, etc. Mais cette industrie est trop fragmentée et certaines de ces entreprises manquent d'implantations à l'international. Nous réfléchissons à la façon de les restructurer. Ma troisième priorité est redonner de l'élan à la politique de sécurité et de défense européenne commune comme nous nous y sommes engagés lorsque la France a réintégré le commandement de l'Otan.
Trouvez-vous les Européens volontaristes dans ce domaine ?
Nous sommes dans un monde imprévisible et il serait irresponsable que l'Union européenne ne mutualise pas ses forces. Il faut accompagner, pousser ce mouvement qui ne se fait pas spontanément, entraîner la Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, la Pologne. Des progrès sont en cours, comme le traité franco-britannique ou l'initiative franco-germano-polonaise en faveur d'une relance de l'Europe de la défense. J'essaie de travailler à un Conseil européen sur la défense. Ce n'est pas encore tout à fait acquis. Il faut le nourrir avec des propositions concrètes.
Comment la situation en Afghanistan peut-elle évoluer ?
Je suis préoccupé. La stratégie définie à Lisbonne est cohérente. Sa mise en œuvre sur le terrain est difficile. Dans le courant de l'année, nous pensons pouvoir passer le témoin à l'armée afghane dans la région de Surobi. Mais il y a encore des secteurs où les affrontements avec les insurgés sont sévères. Par ailleurs, la gouvernance afghane est perfectible, tout comme le dialogue avec le Pakistan. Malgré toutes ces difficultés, il faut persévérer. Je l'ai dit au secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, que j'ai rencontré la semaine dernière.
Vous aviez critiqué le retour de la France dans le commandement intégré de l'Otan. Avez-vous changé d'avis ?
À l'époque, on avait simplifié mes propos. J'avais dit que l'intégration ne me choquait pas. Nous l'avions d'ailleurs engagée avec Jacques Chirac en 1995. Mais j'avais aussi ajouté qu'il fallait s'assurer des contreparties en termes de prise de responsabilité au sein de l'Alliance elle-même et du côté de la politique de sécurité et de défense européenne. Nous avons obtenu à Lisbonne une réforme profonde de l'Alliance. Elle est engagée. Au final, les avantages l'emportent sur les inconvénients.
Le retour médiatique attendu de Dominique Strauss-Kahn
Affaibli par les affaires à répétition qui ont marqué ces derniers jours les numéros un et trois de son gouvernement, l'actuel locataire de l'Elysée va en tout cas devoir lutter pour que le « retour » momentané de Dominique Strauss-Kahn n'éclipse pas totalement la réunion du G20. Surtout que l'ancien ministre des Finances est redevenue, dans le dernier sondage Ifop, la personnalité préférée des Français devant Nicolas Hulot . C'est aussi cette semaine qu'est sorti en librairie un livre très laudateur sur son action à la tête du Fonds monétaire international (1). Confortable « entre-deux »
Une croissance de 1,5 % seulement, contre 1,7 % pour la moyenne en zone euro. Un déficit extérieur qui replonge à 51,4 milliards d'euros. Un chômage en hausse de 80.000 (+ 3 %) qui touche au total 2,7 millions de personnes. Un déficit budgétaire de près de 150 milliards d'euros, 7,7 % du PIB. Le bilan 2010 de l'économie française est mauvais et franchement inquiétant. « La France a bien passé la crise », s'était vanté Nicolas Sarkozy l'an passé. C'était vrai. Les gigantesques dépenses sociales ont amorti le choc. Mais elle repart mal. Langueur, manque de compétitivité, impuissance à créer des emplois et comptes publics au bord du gouffre : voilà la triste réalité du pays. A seize mois de l'élection présidentielle, il serait temps que les Français et leur classe politique en prennent conscience et que le débat public sorte des faux sujets (les faits divers et les conflits depersonnes) et porte sur le ressaisissement.
La France n'est pas la Grèce et c'est bien dommage. Car un électrochoc serait salutaire aux hommes et femmes politiques pour comprendre que notre pays conserve beaucoup d'atouts de travail et de capital, mais qu'il subit une érosion longue de ses « fondamentaux ». Cette érosion ne cesse de s'accélérer et les réformes engagées depuis 2007, aussi nécessaires qu'elles soient, ne sont pas à la hauteur pour en inverser le cours, loin de là.
L'examen des moteurs de la croissance est révélateur. La France, petite Amérique à cet égard, a profité cette dernière décennie d'une bonne consommation, elle-même appuyée sur des évolutions positives des salaires, en gros de + 3 % l'an avec inflation réduite. Mais c'est fini. D'abord parce que les salaires réels vont être rognés par le coût des matières premières qui flambent et par les impôts inévitables (la seule question encore ouverte porte sur la modalité : directs ou indirects). Ensuite parce qu'il faudrait, en bonne politique, tenter maintenant de limiter les hausses sur moyenne période pour regagner en compétitivité et pas seulement face à l'Allemagne : nos coûts salariaux et plus encore les charges salariales pénalisent lourdement l'emploi. Mais dilemme : le risque macroéconomique est d'en faire trop et d'étouffer complètement la consommation, donc la croissance.
D'autant que l'autre composante de la demande, l'Etat, les collectivités et les organismes sociaux sont clairement à l'heure de l'austérité. Sous le regard suspicieux des marchés financiers, la France va devoir cesser de plaisanter avec son déficit dès l'an prochain, et ce sera dur sur une longue période.
Le principal des maux français est l'autre moteur de la croissance : l'investissement. Ici c'est un drame qui se joue autour du partage d'un faux diagnostic. Avec les énormes résultats du CAC 40 sous les yeux, les hommes politiques et l'opinion pensent que les entreprises gagnent trop d'argent en France et que tel est le problème. La vérité est exactement l'inverse. Les marges des entreprises n'ont cessé de reculer, de 9 % du PIB il y a dix ans à 6 % aujourd'hui, alors qu'elles ont fait le chemin inverse en Allemagne. Les quelque 85 milliards de profits du CAC 40 (+ 40 %) faussent toutes les statistiques nationales. En outre, et ce n'est pas anecdotique, les groupes du CAC 40 font en vérité leur profit hors de France ! Patrick Artus de Natixis, qui souligne cette faiblesse dramatique de nos PME « cachée sous des chiffres globaux trompeurs », en ajoute une seconde : les conditions d'accès au capital très difficiles. Pour investir, elles sont obligées d'avoir recours au crédit, ce qui est décourageant. Conclusion : les PME ont « une croissance faible de leurs chiffres d'affaires, de leur profitabilité, de leurs investissements et des emplois créés ». Voilà pourquoi votre fille est muette.
Le déficit du commerce extérieur vient confirmer ce sombre tableau : la France souffre d'un positionnement « moyenne gamme » qui la rend fragile (notamment à la valeur de l'euro). Mais elle souffre surtout de voir baisser le nombre d'entreprises qui tentent d'aller vendre à l'étranger. La raison en est la même : les PME en ont de moins en moins les moyens financiers.
La politique économique française est entrée dans une contradiction : il faudrait procéder à un gigantesque changement de rive du courant de la croissance : de la consommation vers l'investissement. Pour les dépenses privées comme d'ailleurs pour les dépenses publiques. Mais les conditions ne sont pas réunies et la France est en passe de se noyer au milieu du fleuve. Très pessimiste, Patrick Artus pense que la croissance 2011 ne dépassera pas 1,2 % quand le gouvernement espère 2 %. Peut-être sera-ce l'électrochoc nécessaire ?
Alors que le débat agite la majorité, François Bayrou, Jean-Louis Borloo et Hervé Morin ne parviennent pas à s'imposer. Le centre-droit se cherche une identité.
On ne les voit plus. On ne les entend plus. Depuis plusieurs semaines, Jean-Louis Borloo, Hervé Morin et même François Bayrou se distinguent par une grande discrétion, accrue par le duel supposé à venir entre Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss Kahn. « Nous avons pris le parti de travailler sur le terrain avant de faire un numéro de claquettes dans les médias », justifie le vice-président du Nouveau Centre Jean-Marie Cavada. En plein feuilleton « MAM », François Bayrou a, certes, réitéré mercredi sur France 2 « l'urgence » de rétablir en France « une vie politique saine » et raillé, une fois de plus, Nicolas Sarkozy qui, selon lui, « sacrifie au rite de la mise en valeur de l'argent ».
Sûr d'une future et unique candidature au centre -la sienne -, le leader du Modem prend même le temps d'une semaine de déplacement en Inde aux côtés de Marielle de Sarnez et de la sénatrice Jacqueline Gourault. Au Nouveau Centre, Hervé Morin, à la peine depuis son départ du gouvernement, s'envole ce soir pour cinq jours en Israël et dans les Territoires palestiniens. S'il rencontrera le président Simon Peres, cherchant ainsi à consolider une stature de présidentiable, l'ancien ministre a du mal, « même au sein du parti, à faire le poids », grince-t-on en interne. Parviendra-t-il à émerger au sein de la Confédération des centres (Alliance centriste, Parti radical, Nouveau Centre, Gauche moderne) qui se met en place depuis mardi ? Des réunions bimensuelles doivent permettre de finaliser, jusqu'au printemps, sa charte de valeurs et le projet présidentiel. « Ils parlent de leur confédération, mais ils restent chacun dans leur coin. On ne les entend pas, ils sont absents du débat public et sont absorbés par leurs problèmes internes », attaque Yann Wehrling, porte-parole du Modem.
Scepticisme et dissensions
Le Parti radical, toujours adossé à l'UMP, communique peu, en effet, laissant même en jachère son site Internet. « Jean-Louis Borloo ne manifeste pas une volonté effrénée d'y aller, commente-on chez les proches de François Bayrou. Et Hervé Morin n'a pas l'envergure que pourrait avoir Borloo. » Jean-Marie Bockel, le président de Gauche moderne, pourrait devenir « le gauchiste de la bande », s'amuse un proche. Un « gauchiste » en panne de visibilité depuis son départ de la Chancellerie. « Il faut oser nous différencier, ne pas avoir peur d'agacer ni de fâcher, confie Jean-Marie Bockel. C'est à nous de ne pas être velléitaires »... et divisés, si l'on en juge par le scepticisme affiché par le chef de file de l'Alliance centriste, Jean Arthuis, peu enclin à intégrer la Gauche moderne dans une structure ancrée à droite. Pas sûr, au vu des dissensions, que la petite musique centriste donne le « la » du débat à venir.
Déchéance de nationalité: Les parlementaires en désaccord
Alors que les sénateurs avaient rejeté début février l'extension de la déchéance de nationalité, souhaitée par le gouvernement, la Commission des Lois de l'Assemblée nationale l'a réintégré mercredi dans le projet de loi sur l'immigration. Contacté par leJDD.fr, le député UMP Claude Goasguen, également rapporteur du texte, assure qu'elle sera votée le 8 mars prochain en séance et rappelle que le palais Bourbon aura "le dernier mot".
L'Assemblée aura le dernier mot
Comme en Tunisie, la révolte cairote et égyptienne a été double : elle a puisé d’une part dans la dignité la plus humaine et universelle, dans la volonté de mettre un terme à l’insupportable (la corruption du pouvoir mais aussi la pauvreté, la faim, l’absence d’emploi), et d’autre part elle a été dynamisée par les Facebookiens, ces jeunes qui - issus pour une d’un quartier chic comme Zamalek où se trouvent les écoles d’art ou de commerce - connaissent tous les secrets du virtuel et ont activé les réseaux sociaux (twitter, faceboook…). Puis il y a eu le long épisode de la Place Tahrir (« libération » en arabe) : tout le monde, internautes ou jeunes démunis, chômeurs et universitaires, s’est retrouvé Place Tahrir devenu l’« espace public » de rassemblement, l’agora concrète et visible, une réponse politique « provisoire » et « incertaine ». C’est la leçon paradoxale de l’Egypte comme de la Tunisie : qu’on le veuille ou non, le monde est globalisé sur le double plan économique et technologique. Une leçon paradoxale car « le droit à la connectivité », une exigence américaine qui vise la Chine et les bloqueurs de réseau, est libérateur alors que l’ouverture économique, illustrée par Gamal, le fils affairiste de Moubarak auquel était abusivement promis la présidence, est vécue négativement et fait ressentir l’indécence des inégalités quotidiennes. La place Tahrir a donc été durant plusieurs semaines la réponse heureuse et physique à un mouvement éclaté qui lui ressemble.
En effet, devenue pendant plusieurs semaines l’espace où se sont retrouvés les futurs « révolutionnaires du 28 janvier » la Place Tahrir n’est pas un place comme les autres. Ce n’est pas une place de la ville historique, ce n’est pas non plus la place Talaat El Harb qui, située à quelques encablures de Tahrir, semble d’une autre époque. Flanquée sur la rive droite du Nil, le fleuve mythique qui porte ce Pays/Etat (la politique d’irrigation est à l’origine d’un Etat bureaucratique comme Jacques Berque l’a souligné), la Place Tahrir est un assemblage hétéroclite quasi surréaliste où l’on risque d’ailleurs à tout moment de se faire écraser. C’est le pays en miniature : s’y trouvent le Musée égyptien, le siège du parti de Moubarak (PND), le ministère de l’intérieur où tout le monde a un papier à faire tamponner ou une taxe à payer, des grands hôtels (le célèbre Shepheard et le Hilton bâti à l’emplacement des anciennes casernes britanniques), l’ambassade américaine située au sud-est, mais aussi d’invraisemblables connexions routières, des passerelles biscornues et rocambolesques, une gigantesque gare de bus, l’ouverture du métro « le plus propre du monde »… Cette place chaotique, toujours au bord de la ruine, fatiguée par les flots de cars de touristes et de voitures suivies de leur brume de pollution, foulée par les va nu pieds de partout, a donc été le débouché des diverses revendications démocratiques. Cette Place qui n’en est pas une a symbolisé concrètement « la place vide du pouvoir » propre à la démocratie : oubliant le chaos quotidien, elle a pris la forme d’un « cercle de tentes », d’une oasis urbaine à l’image du pays, d’un lieu où se retrouvaient des populations bigarrées. Sur la place Tahrir, l’Egypte s’est « mise entre parenthèses » : l’honneur d’un Peuple s’y est fait entendre, celui de l’Egypte des Pharaons et du Nil, celui d’Oum Khalsoum et du Caire de Naguib Mafhouz, celui dont on a expulsé les habitants, autant de personnages de l’écrivain, du centre historique désormais réservé aux touristes vers des villes satellites où dominent l’illégal et l’informel. Voilà ce qu’a incarné la place Tahrir : un espace démocratique destiné à faire le vide des pouvoirs religieux et politique. On n’y a pas entendu, tous les observateurs l’ont martelé, de slogans antisémites, antiaméricains ou islamistes.
Reste qu’à la différence de la Tunisie où l’armée avait perdu son pouvoir au profit des services de sécurité et de la police, l’armée égyptienne veillait. Elle veillait sur le cercle des tentes pour la protéger des violences perpétrées par les délinquants, séides et forces de sécurité envoyés par Moubarak, elle veillait à ne pas céder trop vite aux exigences américaines, elle veillait à ne pas salir son honneur en démissionnant trop vite le militaire Moubarak, le héros d’hier, bref elle veillait sur tout le monde. Et le peuple égyptien lui-même distinguait les corrompus et l’armée considérée comme la gardienne de l’Etat. Dans ce contexte le vice- président Souleiman, le symbole de la lutte contre l’islamisme radical, et le chef des armées ont pour tâche de favoriser une révision de la Constitution et d’organiser dans les six mois des élections démocratiques. Vont-ils se raidir à l’algérienne ou à la syrienne ? Vont-ils surtout protéger leurs intérêts, eux qui profitent de l’obole confortable (1,3 milliards de dollars) versée par les Etats-Unis chaque année pour qu’ils n’entrent pas en guerre contre Israël comme en 1973 ? Vont-ils se contenter de protéger leurs intérêts, eux qui profitent de la libéralisation économique au point de pouvoir vendre les arpents d’un désert quasi infini ? Ce serait une erreur, la place Tahrir devenue un symbole que les familles cairotes, celles que l’on voit au zoo - cet espace public de fortune - le vendredi, viennent photographier et « balayer » les gravats et détritus accumulés durant ces journées de liesse et d’inquiétude révolutionnaire. Comme s’il fallait au nom de la « propreté » en appeler à la poursuite de la non-violence (Israël doit l’entendre dans ses négociations avec les militaires égyptiens) et à l’exigence de justice sociale alors que les grèves et revendications salariales se multiplient à la mi-février dans des usines de filature ou dans des banques appartenant à l’Etat.
En Egypte, un pays peu comparable à la Tunisie sur le plan démographique et économique, le pouvoir militaire va-t-il s’algérianiser, se durcir ou prendre ses responsabilités sociales, économiques et internationales ? Va-t-il favoriser la démocratie ou défendre ses privilèges « à l’algérienne » en prétextant du chaos et d’un retour possible des islamistes ? Au-delà de l’Egypte, le printemps arabe initié en grande partie par les réseaux sociaux liés à Internet nous a une fois encore introduits dans un monde globalisé auquel les seules réponses nationalistes ne suffisent plus. Les militaires égyptiens doivent s’en convaincre alors même qu’en Tunisie plus de 5000 jeunes, dont des diplômés sans travail, fuient par mer vers l’île de Lampedusa dans le sud de l’Italie ?
« L’événement », un événement a eu lieu Place Tahrir, la constitution d’un espace politique doit achever l’espace public créé provisoirement Place Tahrir. Si la Révolution n’est pas qu’un événement, elle doit conduire, en évitant toutes les formes de terreur, à une constitution et à une représentation démocratique du peuple. Le message est entendu : manifestations matées en Lybie, en Algérie, en Iran interdites en Syrie, plus ou moins tolérées au Yemen, en Jordanie et à Bahrein, inquiétudes en Irak et dans les pays du Golfe. L’histoire globalisée n’est pas qu’une affaire économique, les affairistes mondialisés et arrogants à la Gamal Moubarak sont devenus les déclencheurs d’un regain démocratique pour l’instant sous haut contrôle militaire en Egypte.
S’il ne faut pas abuser de la comparaison avec 1989, avec la sortie du communisme, le conseiller Brezinski qui connaît la musique évoque trois scénarios : l’Irak (l’ordre démocratique imposé par la force, l’illusion américaine), l’Iran (le radicalisme religieux qui s’impose aussi au Pakistan) et le scénario polonais. Mais la Pologne, comme la Tunisie aujourd’hui et dans tout autre contexte, s’appuyait sur un syndicat qui avait une histoire et une tradition de lutte (Solidarnosc et UGTT en Tunisie). Reste que 1989 est une fausse bonne comparaison puisque le délitement de l’Etat communiste a débouché sur un Tout/Marché dont l’Europe ne s’est pas encore remise. Face au marché globalisé, la rue arabe rappelle que le combat pour la démocratie garde tout son sens puisque le marché n’est pas un accoucheur automatique de démocratie. En cela, le 2011arabe répond à la crise économique de 2008 : le politique est là et toujours là, en tout cas sous la forme de pouvoirs qui, militaires ou non, sont chargés d’assurer une transition. Mais laquelle ?
Des nations européennes de traditions diverses – du modèle intégrateur de la République française au modèle pluriculturel assumé par la Grande-Bretagne – semblent aboutir au même constat : il devient complexe, dans des pays accueillant des migrants venus des quatre coins du monde, de proposer aux citoyens une identité rassembleuse, des valeurs communes. Est-ce d’avoir négligé les racines de l’Europe – d’où l’insistance sur son ancrage judéo- chrétien ? Est-ce de s’être noyé dans une mondialisation qui abolit les frontières et déstabilise les plus fragiles, tentés de se replier sur leur environnement le plus proche ? Est-ce la présence durable de l’islam, perçu (vision entretenue par les violences du terrorisme islamiste) comme refusant l’Occident et ses modes de vie ? Tout cela à la fois, sans doute. Le paradoxe est que, dans les faits (hormis certains quartiers ghettos, cumulant les difficultés sociales, qui enferment leurs habitants dans leur communauté d’origine), les échanges et les brassages n’ont jamais été aussi nombreux. Et, si l’on en croit les événements récents, beaucoup, ailleurs, aspirent à vivre dans une démocratie laïque… à l’occidentale.
Si l’on doit vraiement aborder cette réflexion sur le multiculturalisme dans une société laïque, qu’elle ne se limite pas à la seule question des cultes et ne cible pas une seule communauté, en s’engouffrant derrière le Front national. Qu’elle soit menée, donc, non pas en posture de défense, mais positivement : pour élaborer de meilleures conditions du vivre-ensemble, sans reniement de ce que chacun est profondément, dans le respect de la dignité des personnes, de la liberté – y compris la liberté de vivre sa foi –, de l’égalité. Et, rêvons, de la fraternité.
Pernod Ricard optimiste pour sa rentabilité
Les résultats du premier semestre de l'exercice décalé du champion français des spiritueux sont supérieurs aux attentes. Du coup, il revoit à la hausse certains objectifs.
Pernod Ricard a revu à la hausse son objectif de croissance de son résultat opérationnel courant 2010-2011 après la publication jeudi d'un premier semestre meilleur qu'attendu marqué par une poursuite de son désendettement.
Au cours du semestre clos à fin décembre 2010, le numéro 2 mondial des vins et spiritueux, derrière le britannique Diageo, a enregistré un résultat opérationnel courant (ROC) de 1.210 millions d'euros (+14%) au regard du consensus de 1.182 millions d'euros établi par la rédaction de Reuters.
Son bénéfice net courant part du groupe a cru de 12% à 726 millions (722 millions escomptés par les analystes). Le bénéfice net part du groupe s'inscrit à 666 millions (+10%).
Le chiffre d'affaires a totalisé 4.282 millions d'euros (4.181 millions d'euros prévus par les analystes) soit une augmentation de 13%. La croissance interne a été de 7%.
Dans ce contexte, le groupe a révisé à la hausse l'objectif de croissance interne de son résultat opérationnel courant qu'il estime "à un niveau proche de +7% pour l'ensemble de l'exercice 2010/2011" alors qu'il tablait jusqu'à présent sur une hausse de près de 6%.
La dette nette au 31 décembre 2010 ressort à 9.720 millions d'euros. Sur le semestre elle a baissé de 864 millions d'euros.
jeudi 17 février 2011
Les cinq propositions du Medef pour aider les PME à embaucher
Selon la "patronne des patrons", Laurence Parisot, c'est dans les TPE et PME que se trouve le plus gros réservoir d'emplois. Le Medef invite donc le gouvernement à les soutenir dans leur politique d'embauche. Et elle fait 5 propositions en ce sens.
C'est en citant le président de la République lors de sa dernière intervention sur TF1 que Laurence Parisot, présidente du Medef, a ouvert la conférence mensuelle du syndicat patronal. «Nicolas Sarkozy l'a dit, l'emploi doit être la priorité des priorités. Il l'est aussi pour le Medef», a-t-elle assuré, tout en insistant : "Ce n'est pas du politiquement correct de dire que nous sommes d'accord pour faire baisser le chômage. C'est une orientation qui doit véritablement guider notre économie". Car il ne s'agit seulement de réduire les chiffres du chômage, mais surtout, de promouvoir la création d'emplois. Et celle-ci passe par les TPE et les PME. Cela se traduit concrètement par cinq propositions, énoncées par Laurence Parisot.1 - Tout d'abord, en opposition à la politique mise en place par le gouvernement, elle demande la reconduite du "zéro charge" pour les TPE pour chaque emploi créé. Cette mesure a en effet permis la création de 110 000 emplois en 2010 : sur ce total, deux tiers ont permis l'embauche des jeunes. En outre, une création sur deux s'est faite en CDI.
2 - Ensuite, la formation des conseillers du Pôle emploi aux besoins spécifiques des TPE. Car "plus nous nous concentrons sur les TPE, plus nous pouvons créer d'emplois durables", a souligné la présidente du Medef. Il faut donc donner les moyens aux TPE et PME de prendre le risque d'embaucher. C'est pourquoi le Medef soutient le "super projet" des assises de la simplification de la réglementation" proposées par Frédéric Lefèbvre, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie.
3 - Troisièmement, laisser la liberté aux chefs d'entreprises de gérer leurs entreprises. Laurence Parisot explique en effet ses inquiétudes de voir "l'Etat se transformer en super DRH". Il a par exemple récemment renforcé les dispositifs contraignants sur l'apprentissage, en imposant des quotas aux entreprises.
4 - Dans un quatrième point, la présidente du Medef a prôné le rapprochement du monde de l'entreprise et de celui de l'éducation, afin de valoriser l'alternance, comme au Danemark ou aux Pays-Bas, où un étudiant sur deux travaille en même temps que ses études et où le chômage des jeunes est plus faible qu'en Allemagne.
5 - Enfin, concernant la négociation des questions sur l'emploi des jeunes et l'assurance chômage, le Medef préconise la mise en place d'un observatoire d'évaluation de l'évolution des offres d'emplois, afin de mieux travailler sur l'orientation des jeunes. Se pose en outre la question de l'adaptation de l'assurance chômage aux nouvelles donnes économiques et démographiques, notamment en raison de l'allongement de la durée du travail pour toucher une retraite pleine.
C'est en accrochant le pin's "Annecy 2018" que Laurence Parisot a terminé son compte-rendu, insistant sur l'importance de soutenir la candidature du chef lieu de Haute-Savoie aux Jeux Olympiques d'hiver : si Annecy gagne, la France gagne 35 000 emplois.
Bâle III pourrait fausser la concurrence des grosses banques selon Michel Pébereau
Le président de BNP Paribas Michel Pébereau juge qu'il est inefficace de cibler trop sévèrement les gros établissements bancaires au prétexte qu'ils présentent un risque systémique plus élevé car de telles mesures fausseraient la concurrence.
Cet établissement n'aurait pas, selon lui, été présenté à l'époque comme un établissement présentant un risque systémique. Il a ajouté qu'elle aurait échappé aux mesures les plus strictes si elles avaient alors existé.
Les pays membres du G20 ont approuvé de nouvelles normes prudentielles connues sous le nom de Bâle III qui exigent des ratios de fonds propres plus exigeants qu'auparavant.
Le Conseil de la stabilité des banques étudie désormais l'hypothèse d'imposer des règles plus exigeantes à l'égard des banques présentant un risque systémique (SIFI). "Limiter la définition des SIFI à une poignée d'établissements d'importance systémique ne permettra certainement pas d'englober les cas les plus susceptibles de remettre en question la stabilité financière dans un avenir proche", a-t-il dit.
"La seule chose qui se produira avec certitude, c'est la destruction des conditions de concurrence équitable, en contradiction complète avec les objectifs du G20 et la création de nouvelles situations d'arbitrage réglementaire, certaines entités étant moins régulées que d'autres tout en exerçant la même sorte d'activités."
Selon Michel Pébereau, une régulation excessive aurait un impact sur la croissance des pays développés qui cherchent actuellement à reprendre de l'allant.
Plutôt que de se focaliser l'idée d'imposer des ratios de fonds propres plus élevés, les régulateurs devraient selon lui améliorer la surveillance de toutes les banques quelle que soit leur taille et concevoir des mécanismes de résolution des problèmes affectant les établissements en faillites en s'inspirant notamment du système des dépôts garantis.
Il a en outre plaidé en faveur d'une révision des règles sur les provisions de liquidités fixées par Bâle III, expliquant qu'elles se traduiraient par 1.700 dollars de pertes pour le secteur si elles restaient en l'état.
TF1 a doublé son résultat net en 2010
Grâce à la publicité, TF1 a doublé son bénéfice net l'an dernier. Du coup, le groupe a confirmé ses objectifs de rentabilité et de coûts.
TF1 a annoncé jeudi un résultat net multiplié par deux en 2010 à 229 millions d'euros à la faveur de la reprise des investissements publicitaires.
Le groupe de télévision a fait état d'un chiffre d'affaires consolidé en hausse de 11% à 2,6 milliards d'euros, en ligne avec les attentes du marché. En effet, les analystes interrogés par l'agence Reuters tablaient sur un résultat net de 2,591 milliards d'euros.
La filiale de Bouygues avait relevé en novembre sa prévision de croissance à 8,0%, contre 7,0% auparavant.
Les recettes publicitaires de la chaîne ont progressé de 8% l'an passé, précise le groupe dans un communiqué. La hausse a été de 4% sur le seul quatrième trimestre.
La chaîne M6 a également profité de la reprise du marché publicitaire, enregistrant sur l'ensemble de l'exercice une progression de 10,7% de ses recettes publicitaires.
Concernant les perspectives pour l'année en cours, TF1 a confirmé son objectif d'amélioration de la rentabilité et de stabilisation du coût de grille de la chaîne amirale du groupe.
Ce coût devrait être de l'ordre de 950 millions d'euros en moyenne sur 2011 et 2012.
"Le groupe a retenu pour 2011 une hypothèse de stabilité de son chiffre d'affaires consolidé", précise encore TF1.
L'action a clôturé mercredi en repli de 0,17% à 14,39 euros dans une capitalisation boursière d'environ trois milliards d'euros. Depuis le début de l'année, elle affiche une hausse de 10,7% alors que l'indice paneuropéen des médias a gagné dans le même temps un peu plus de 6%.
La Libye se prépare à sa "journée de la colère"
Plusieurs manifestations sont prévues dans différentes villes du pays. Mercredi à Al-Baïda dans l'est, des heurts entre forces de l'ordre et manifestants anti-régime ont déjà fait quatre morts selon des ONG sur place.
Des manifestations pro-Khadafi
Des vidéos circulant sur internet, montraient des dizaines de jeunes Libyens rassemblés la nuit dernière dans la ville d'Al-Baïda et scandant : « le peuple veut faire tomber le régime », tandis qu'un bâtiment prenait feu, en l'absence des forces de sécurité.A l'inverse de la Tunisie et de l'Egypte, Khadafi dispose encore de nombreux soutiens. Des manifestants pro-régime ont mis en garde ceux qui oseraient « toucher aux quatre lignes rouges », à savoir : Mouammar Kadhafi, l'intégrité territoriale, l'islam et la sécurité du pays. Les comités révolutionnaires, épine dorsale du régime, ont prévenu de leur côté qu'ils ne permettraient pas « de piller les acquis du peuple et de menacer la sécurité du citoyen et la stabilité du pays ».
The Voice of Egypt's Muslim Brotherhood
The Islamist group asked Qaradawi to be their leader in 2002, but he turned them down. Such a position would have been too limiting. He has a different mission. He feels compelled to talk.
The Al-Jazeera television network has been broadcasting Qaradawi's program "Shariah and Life" every Sunday for the past 15 years. Some 60 million Muslims watch him as he talks imploringly about the genocide in Gaza or the unique dangers of female masturbation ("the hymen is very sensitive and could tear").
'Every Last One of Them'
Qaradawi advocates establishing a "United Muslim Nations" as a contemporary form of the caliphate and the only alternative to the hegemony of the West. He hates Israel and would love to take up arms himself. In one of his sermons, he asked God "to kill the Jewish Zionists, every last one of them."
In January 2009, he said: "Throughout history, Allah has imposed upon the [Jews] people who would punish them for their corruption. The last punishment was carried out by [Adolf] Hitler."
Will this man encourage his brothers in Cairo to uphold the peace treaty with Israel, should the Muslim Brotherhood become part of a government now that Mubarak has resigned?
The 84-year-old is the president of the International Association of Muslim Scholars and the European Council for Fatwa and Research. He has written more than 120 books and penned countless doctrines, which he distributes internationally via his website IslamOnline.net.
He is a blend of pope and service hotline, a spiritual "Dear Abby" for all instances of doubt in Muslim life.
Should a mothers' milk bank be established? Especially since the Koran forbids marriage between two people who were nursed by the same woman? "Yes," says Qaradawi, pointing out that the Koran's prohibition of incest applies only to the mother's breast, not its contents.
Hypermarket of Dogmas
He talks about everything, which makes him exhibit A for anyone seeking to demonize Islam. A justification for every stupidity can be found in Qaradawi's words, as long as one searches long enough. On the other hand, Muslims refer to the search for the appropriate dogma as "fatwa shopping." To them, Qaradawi is a hypermarket of dogmas.
During a visit to London, then Mayor Ken Livingstone asked the sheikh how he felt about the rights of homosexuals. "He told me that he was against attacks on homosexuals," Livingstone recalls. But the mufti isn't opposed to 100 lashes for gays and lesbians if that is the punishment imposed by a Sharia judge, at least according to statements he has made on his program.
It is the responsibility of any scholar to lead the faithful, and only the scholar can interpret the scriptures correctly. This is Qaradawi's mission.
He attended Al-Azhar University in Cairo, where he met Hassan al-Banna, the founder of the Muslim Brotherhood. Banna offered an Islamic alternative to the alleged ills of modern life: corruption and gambling, insolent women and provocative writings, alcohol and the neglect of the poorest members of society. In a word: godlessness.
Former Egyptian President Gamal Abdel Nasser imprisoned the sheikh three times because of his Islamist activities. In 1961, Qaradawi went into exile in Qatar, where he still lives today. With the protection of the Emir of Qatar, Qaradawi was able to build his fatwa empire, a realm of schools and various forms of media. "We too are modern," he said in a SPIEGEL interview, "and we too benefit from the great inventions of the West, from the revolution of the information age."
Equal Rights
The title of a study recently published about Qaradawi in Denmark refers to him as the first "global mufti." Qaradawi specialist Jakob Skovgaard-Petersen believes that the TV imam was behind the protests following the publication of cartoons of the Prophet Muhammad in a Danish newspaper -- unrest which led to the Danish embassy in Beirut being set on fire. The sheikh has been barred from entering the United States since 1999.
The imam has also developed a reputation for himself as a moderate. Many see him as a symbol of an enlightened Islam. When speaking to the Western media, in particular, Qaradawi likes to point to Muslims' tolerance of non-Muslims and condemns the attacks of al-Qaida.
He also speaks out against the systematic castigation of wives. He calls the practice unwise, saying: "Blows are not effective with every woman, but they are helpful with some." In other cases, the sheikh insists on equal rights. For example, he says, a woman does not have to ask her husband's permission to blow herself up in an Israeli café.
Compared with this guardian of the faith, Pope Benedict XVI is positively enlightened.
Otherwise, however, the two elderly men have a few things in common. Qaradawi and the pope were born within the same six months from each other, both in rural areas, one in Lower Egypt and the other in Upper Bavaria. Both feel that the Western world is godforsaken. Both have written enough to fill an entire theological library. And both are determined not to be what they are perceived to be: stern teachers. Qaradawi says that he merely wants to offer "alleviation" in a world of confusion. Benedict XVI says more or less the same thing.
Both Devout and Modern
But many feel that the TV imam is more dangerous than those like the Taliban who teach the Koran to the letter. Qaradawi does not demand anything impossible from his contemporaries. Instead, he stresses that his followers can be devout and modern at the same time.
Critics see Qaradawi's caution as nothing but a ruse. In the German blog "Die Achse des Guten" ("The Axis of Good"), Christoph Spielberger writes about the "Islamic principle of Taqiyya, or misrepresentation to achieve a higher goal." According to Islamic tradition, concealing one's faith is permissible, but only in the face of a massive threat.
The TV imam's followers in Egypt's Muslim Brotherhood share his intangibility. For some, they are the dyed-in-the-wool Islamists, while others see them as champions of democracy on the Nile.
"There is no question that true democracy must gain the upper hand," Mohammed Mursi, a Muslim Brotherhood spokesman, wrote recently. "The Brotherhood adheres to its roots in Islamic thought. It refuses to accept any attempt to impose any ideological line on the Egyptian people."
This sounds good. But as an underground organization, the Muslim Brothers had no opportunity to try out their religious principles on everyday political life, and on tolerance and the balance of interests. They experienced the meaning of human rights firsthand during the years of repression. It changed them.
But what is acceptable in quantum physics can be extremely dangerous in the business of politics.
Des Chinois auraient piraté les ordinateurs du gouvernement canadien
Le gouvernement du Canada a été victime en janvier d'une cyberattaque en provenance d'ordinateurs installés en Chine, a rapporté mercredi la radiotélévision canadienne (CBC). De son côté, Pékin a démenti.
Lorsque l'attaque a été découverte, l'accès à Internet a été coupé dans ces deux ministères. Un porte-parole du ministre Stockwell Day, président du Conseil du Trésor, a déclaré que les autorités canadiennes avaient détecté une tentative illégale d'intrusion dans le système informatique de ce ministère.
Il n'a pas précisé si ces attaques provenaient de Chine, comme l'a affirmé la CBC. "Rien n'indique que la moindre information relative à un citoyen canadien ait été compromise", a écrit ce porte-parole dans un courriel.
Les services secrets canadiens se plaignent régulièrement de ce qu'ils qualifient d'espionnage industriel de la part de la Chine et d'autres pays.
Pékin a pour sa part démenti toute implication dans cette cyberattaque ce jeudi selon l'agence Agence France presse. Un porte parole du gouvernement a déclaré "Les allégations selon lesquelles le gouvernement chinois soutient le piratage informatique sont infondées". Il a ajouté "la Chine est aussi une victime du piratage".
Valka-Valga, la vie à deux visages
Une Valga florissante et une Valka qui stagne
"A Valga, on peut encore trouver du travail"
Big Society, grand fiasco ?
Au pub The Bell pourtant, sur les propres terres du Premier ministre, on reste poli mais la colère gronde. La raison ? La menace de fermeture qui pèse sur la bibliothèque publique de Charlbury, installée dans l'une de ces demeures en pierre jaune de Cotswold si typiques des villes et villages de la circonscription de Witney, celle de David Cameron.
Rosalind Scott, 69 ans, une ancienne assistante sociale portant lunettes et cardigan bordeaux, est une opposante au programme d'austérité de Cameron aussi farouche que ces étudiants qui, l'année dernière, semèrent la pagaille dans le centre de Londres pour protester contre la baisse du budget des universités. "Cette bibliothèque est vitale pour notre communauté, insiste-t-elle. Le problème, quand on fait disparaître une bibliothèque, c'est qu'on perd un lieu de rencontre." Samedi 5 février, la manifestation organisée par Rosalind Scott a rassemblé 200 personnes. Et les mouvements de ce type se multiplient au Royaume-Uni, en réaction à la mise en œuvre du plan A de David Cameron (il assure qu'il n'y a pas de plan B) pour réduire drastiquement le déficit britannique au cours des 4 prochaines années.
Un pays de "petites brigades"
L'opposition qui gronde dans la petite bourgade de Charlbury est de bien mauvais augure pour David Cameron, et pas seulement parce qu'elle inaugure sans doute une vague de protestation contre les coupes budgétaires qui devrait gagner toute la “Middle England” [les classes moyennes], traditionnellement acquise au parti conservateur. C'est qu'elle constitue une mise en cause directe de ce que le Premier ministre considère comme un contrepoids au désengagement de l'Etat, une contestation de sa grande idée tant vantée : la Big Society.Le Premier ministre s'échine depuis plusieurs années à faire partager sa passion pour une Grande-Bretagne fondée sur ce qu'Edmund Burke [philosophe irlandais du XVIIIe siècle] appelait les "petites brigades". Dans cette optique, des groupes de volontaires, des animateurs de quartier façon Obama, des associations et des organisations caritatives issues de la société civile sont appelés à se substituer à un Etat en retrait pour assumer progressivement la gestion de services variés, des bibliothèques à l'office des forêts en passant par les toilettes publiques.
David Cameron est cependant bien conscient que l'idée n'enthousiasme pas l'opinion. S'il a tenté de placer sa Big Society au cœur de la campagne des législatives de l'année dernière, elle a été discrètement mise au placard lorsque les sondages ont montré qu'elle ne était loin de galvaniser les électeurs.
Même les alliés de Cameron sont sceptiques
Jusque dans les rangs conservateurs, certains parlementaires sont consternés par le concept. "La Big Society ne fait que créer un profond cynisme : l'opinion y voit un subterfuge pour justifier les coupes budgétaires, déplore l'un d'entre eux. Nous essayons bien de lui redonner un souffle, mais le patient ne réagit pas" Le scepticisme sévit même au cœur du gouvernement, où certains fonctionnaires ont surnommé la Big Society “BS”... pour bullshit [connerie]. Phillip Blond, un membre d'un groupe de réflexion qui a participé à l'élaboration du concept, reconnaît que le service du Trésor le considère avec une "indifférence amusée"."Cette idée de Big Society est à mes yeux insultante", tranche Barbara Allison, une fonctionnaire des Finances à la retraite, qui précise qu'il existe à Charlbury 54 organisations locales qui travaillent déjà pour la population locale, par exemple en livrant des repas à domicile aux personnes dépendantes. "Nous consacrons déjà un temps considérable aux actions de bienfaisance et au bénévolat. Je participe à la gestion du musée de Charlbury. Je n'en fais pas assez, c'est ça ? Et David Cameron, il va faire du bénévolat ?"
Alors que les familles subissent une baisse de leurs revenus jamais vue depuis les années 1920, certains estiment que les Britanniques ont suffisamment de difficultés à boucler leurs fins de mois pour se soucier de passer leur temps libre à combler les lacunes créées par le désengagement de l'Etat.
La foi de Cameron dans sa Big Society sera mise à l'épreuve comme jamais dans les mois à venir, alors que les effets de son programme d'austérité commencent à se faire sentir. Fin 2010, la révolte des étudiants contre le triplement envisagé des frais de scolarité n'était qu'un début ; la deuxième vague déferlera bientôt, quand les autorités locales commenceront à fermer des services dont dépendent de nombreux Britanniques.
La municipalité de Liverpool [qui avait accepté d'être l'une des 4 zones pilotes de mise en place de la Big Society] a annoncé qu'elle suspendait sa participation au programme, assurant qu'elle ne pouvait assurer son fonctionnement tout en subissant une baisse de 100 millions de livres (119,4 millions d'euros) des subventions aux organisations locales. Présidents d'organisations caritatives, dirigeants associatifs et représentants des syndicats s'organisent pour dire ensemble au Premier ministre que les coupes dans les budgets des mairies risquent de tuer dans l'œuf sa Big Society.
Une société conforme aux instincts et à la mentalité britannique ?
Les autorités locales commencent à répercuter ces compressions budgétaires, et le mécontentement monte dans l'opinion. La semaine dernière, la mairie de Manchester a annoncé la fermeture de toutes les toilettes publiques sauf une, s'intégrant dans un mouvement général qui, selon la discrète British Toilet Association, s'est déjà traduit par la fermeture de 1 000 sanitaires publics dans le pays. La ville s'apprête aussi à fermer trois centres de loisirs, deux piscines et cinq bibliothèques. Les maisons de la jeunesse vont voir leur gestion transférée à des "partenaires extérieurs" – en d'autres termes, elles pourraient elles aussi fermer.Alors que d'aucuns clament que la Big Society ne peut exister sans un soutien solide des instances publiques (la principale subvention aux autorités locales va diminuer de 27 % sur quatre ans), David Cameron joue cette semaine son va-tout dans l'espoir de relancer sa grande idée. Ce qu'il lui faut, ce sont des mots convaincants, pour prouver que son gouvernement a un visage humain et qu'il ne pense pas qu'à amputer les budgets. Lors d'une série d'interventions publiques, le Premier ministre répètera que la Big Society est conforme aux instincts et à la mentalité britannique, et que l'entraide et la philanthropie sont au cœur de la pensée traditionnelle des Tories. C'est loin d'être gagné.
Pour l'heure, Cameron est sur la défensive, notamment sur son projet de vente des forêts domaniales. La proposition d'accompagner la privatisation de cessions de certains domaines aux autorités locales n'a pas rassuré la coalition d'évêques, d'acteurs, de parlementaires et d'habitants opposés à cette grande braderie.





















