TOUT EST DIT

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ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

lundi 20 décembre 2010

Portrait : Ariane de Rothschild

Ariane de Rothschild, vice-présidente de la holding du groupe Edmond de Rothschild, a reçu Karine Tuil, écrivain.

On n'imagine pas les dommages collatéraux des conflits sociaux. Le jour de ma rencontre avec la baronne Ariane de Rothschild, la puissante vice-présidente de la holding Edmond de Rothschild, je traverse Paris à pieds -faute de moyens de transport -, sous les cris des manifestants en colère : « Y'en a ASSEZ ! ASSEZ ! ASSEZ d'cette société qui engraisse les actionnaires et vire les salariés ! Y'EN A ASSEZ ! »
C'est donc endoctrinée, des slogans pleins la tête, que j'arrive dans les luxueux locaux de l'une des principales banques privées indépendantes d'Europe où officie désormais l'épouse de Benjamin de Rothschild, 12e fortune de France. Dans l'ascenseur, je me sens prête à faire sauter la banque... PARTAGE DES RICHESSES ! Egalité sociale ! Ou alors, ça va péter ! CA VA PETER ! Mais voilà, comme Woody Allen, je suis bien marxiste, oui, mais tendance Groucho, et quand je me retrouve devant Ariane de Rothschild, héroïne hitchcockienne aux manières décontractées, toutes mes inclinations révolutionnaires tombent. J'entre avec une kalachnikov, je repars une rose à la main.

« Ariane est cash »

Sur les murs de son bureau feutré, une photographie d'Isabel Muñoz représentant un mara de Salvador, un chef de gang tatoué qu'on n'aimerait pas croiser dans une ruelle après 23 heures. Goût pour la provocation ? Dans le monde policé de la haute finance, Ariane de Rothschild décoiffe. Il y a chez cette femme blonde et plantureuse une audace transgressive, un naturel sauvage, une absence de contrôle que cristallise une spontanéité langagière dont on peine à croire qu'elle soit fabriquée puisqu'elle l'expose à la méfiance, aux railleries même, à ce qu'elle qualifie en riant de « mépris poli ». « Ariane est cash », dit d'elle un collaborateur. Trop, persiflent ceux qui ont accueilli avec hostilité l'arrivée de cette femme propulsée, aux côtés de son mari -le plus riche des Rothschild -, à la tête d'un groupe qui gère près de 100 milliards d'euros d'actifs et, depuis Paris, Genève et Luxembourg, se déploie en Europe, en Asie et dans le reste du monde.
Il faut dire que la formidable ascension de cette quadragénaire, née au Salvador sous le nom de Langner, d'un père allemand qui travaillait pour une multinationale et d'une mère française qui élevait des cochons en Colombie, a de quoi surprendre. De son enfance au Bangladesh, en Colombie, au Congo, elle a gardé le goût du voyage et une ouverture d'esprit qui tranche avec le conformisme ambiant. Après avoir effectué son parcours scolaire en Afrique et obtenu un bac D, elle arrive à Paris pour y faire une prépa HEC. Le choc culturel est immense : « En Afrique, il y avait une chaleur humaine que je n'ai pas retrouvée. » Elle bifurque vers Sciences Po : « Ce n'était pas ma façon de penser. » Alors elle fuit Paris, s'installe à New York où elle obtient un MBA et travaille comme cambiste auprès de la Société générale, avant de rejoindre le groupe d'assurance américain AIG qui la renvoie... en France. Elle a 28 ans et travaille douze heures par jour. « J'étais très sage, très pro », dit-elle. Pas le genre à s'identifier à Marilyn Monroe dans Comment épouser un milliardaire. La suite ressemble à un roman à l'eau de rose qu'aurait pu signer Barbara Cartland, même si l'on devine que cette image l'agace, tant Ariane de Rothschild semble attachée à sa liberté et à son indépendance.

Première rencontre ratée avec Benjamin de Rothschild

En 1993, à Paris, elle travaille avec l'une des sociétés de Benjamin de Rothschild, fils unique du baron Edmond et de son épouse, l'actrice Nadine Tallier. Son interlocuteur organise une rencontre... ratée. Ce jour-là, « Benjamin est arrivé avec son jean crotté ». Quant à elle, chaperonnée par sa mère qui arrivait de Rome, elle ne garde de cette première entrevue que l'image d'un homme « bourru ». Mais Benjamin de Rothschild la rappelle et lui donne rendez-vous chez lui cette fois, dans le somptueux hôtel particulier de la famille, situé rue de l'Elysée. Elle vous raconte cet épisode en imitant son mari, prenant tout à coup une voix grave -moqueuse, attachante. Ce soir-là, il la reçoit... dans sa salle de bains et l'emmène dîner sur une péniche. « Nous sommes restés scotchés », avoue-t-elle. Mais le milliardaire ne lui passe pas pour autant la bague au doigt... Lorsqu'elle annonce la nouvelle de son idylle à ses parents, ils s'écrient : « Oh ! ma pauvre ! » Finalement, elle deviendra officiellement baronne alors qu'elle est enceinte de sa seconde fille. Deux autres filles naîtront...
« Un Rothschild qui n'est pas riche, pas juif, pas philanthrope, pas banquier, pas travailleur et qui ne mène pas un certain train de vie, n'est pas un véritable Rothschild », disait le baron Edmond. Ariane ne se convertira pourtant pas au judaïsme. Ses filles, elle les laisse libres de choisir... quoique... comme le lui a dit un jour sa fille aînée : « Quand on s'appelle Rothschild, on ne peut être que juif. »
Elle se souvient avec émotion de son beau-père, décédé en 1997, avec lequel elle dînait en tête-à-tête. « Il disait : « On est ce que l'on fait. » Il m'impressionnait beaucoup. Il n'avait aucun a priori de classe sociale. C'était un vrai esthète. » On sent poindre chez elle une certaine fierté, dénuée d'arrogance, à l'idée de faire partie de cette lignée internationalement connue, dont le nom évoque puissance et richesse : « C'est fascinant, il y a le poids du passé. Il faut être à la hauteur de ceux qui vous ont précédé. » C'est elle, sans doute, qui évoque le mieux les valeurs familiales -Unité, Intégrité, Activité -qui ont forgé la dynastie depuis sept générations et répète les mots qui rassurent : « respect », « morale », « pérennité ».

Une fonceuse qui avance vite et casse un peu de porcelaine

A-t-elle appliqué les conseils de sa belle-mère, la baronne Nadine de Rothschild, auteur de best-sellers aussi inoubliables que Femme un jour, femme toujours ou encore Bonnes manières, pour persuader son fils de lui transmettre les rênes de la compagnie ? « Ma belle-mère a réagi moyennement », lâche-t-elle. Et elle n'est pas la seule. L'autre branche parisienne des Rothschild, dirigée par David, aurait accueilli avec une certaine réserve cette « pièce rapportée ». « Les Rothschild sont très conservateurs, confie un proche. Pour certains membres de la famille, les femmes doivent rester à la maison et s'occuper des enfants. » Mais si Ariane aime passer tout son temps libre avec ses quatre filles, elle n'est pas femme à s'effacer derrière un homme. « Je voulais travailler ! » et elle le fait rapidement comprendre à son mari en posant cet ultimatum : « Ou dans tes banques ou dans une autre. »
Longtemps chargée des activités non financières du groupe, elle est, depuis 2009, vice-présidente de la holding familiale. Alors, intrigante ou femme moderne ? Elle l'avoue avec une pointe d'amertume : « Ma démarche a été mal comprise. Les réactions ont été excessivement misogynes. Les gens essayent de trouver des motivations malsaines. » Il y a ceux qui la soupçonnent de vouloir prendre le contrôle du groupe et les autres qui raillent son statut de « femme de », évoquant son manque d'expérience. « Je ne veux pas prendre la place de Benjamin. Ils ne comprennent pas la confiance et la liberté qu'il m'accorde. Nous sommes un couple atypique. » Là réside le secret de leur réussite : lui, l'héritier hyperdoué selon ses collaborateurs, le financier brillant mais incontrôlable, passionné de voile et de voitures de course ; elle, l'épouse plus structurée, plus fiable, « la bonne élève fantaisiste » comme elle se définit elle-même. « Si elle était incompétente, je ne l'aurais pas mise là », argue son mari. Façon de préparer la succession féminine ? « Benjamin me répétait : « Tu ne te rends pas compte du poids que c'est, il y a des jours où c'est horrible ». » Quelques années plus tard, elle confirme : « Vous avez une liberté relative, on est responsable de 3 000 personnes. »

Pieds nus dans la brousse

Mais d'autres capitaines mènent aussi la barque : « Le bureau de Michel Cicurel -le sémillant président du directoire du groupe -est à huit mètres du sien », précise un proche. « Entrer dans une salle de conseil et se retrouver la seule femme est impressionnant, confie-t-elle, mais j'aime les affaires. » Son rôle ? « Travailler à créer de vraies synergies entre les entités du groupe », même si elle reconnaît qu'elle fait face à des réticences. « Ils se sentent menacés », regrette-t-elle. « Elle les perturbe, confirme un collaborateur. Ariane est une fonceuse, elle avance vite et fort ; parfois, elle casse un peu de porcelaine. » Obstinée, énergique, elle est aujourd'hui également présidente du conseil de surveillance de BeCitizen, un cabinet de conseil stratégique et financier en environnement, et se consacre aux fondations familiales liées à l'art, la santé et la recherche, au dialogue interculturel (entre juifs et musulmans) et à l'entrepreneuriat social, sans oublier le management des propriétés vinicoles du groupe.
Toujours entre deux avions, souvent en Israël où elle soutient des projets de recherches universitaires, Ariane de Rothschild semble infatigable. « Je suis une hyperactive hystérique ! » lance-t-elle de manière si abrupte qu'on la dirait soudain montée sur ressort. Cette spontanéité, elle en fait désormais sa marque de fabrique, en donnant l'image d'une femme à contre-courant qui porte du cuir et écoute du rap. Mais n'en fait-elle pas trop quand elle raconte que son plus grand plaisir est de marcher pieds nus dans la brousse, elle qui a élu domicile dans un immense château en Suisse ? « Les gens passent la porte et c'est foutu », admet-elle, avant de préciser que « l'argent déforme les relations. On est obligé de se protéger ».
Sur la crise, on la sent tendue : « On paye la facture des banques qui ont fait n'importe quoi ! Les banques ont peu d'éthique. Les gens sont insatiables ; ils n'ont pas une vision à long terme donc tout explose. On devrait revenir à des profits raisonnables, rechercher un équilibre. Oui, il faudrait aller vers un capitalisme plus responsable. »
Dehors, la colère gronde toujours : « C'est pas les sans-papiers, c'est pas les immigrés, mais c'est l'capitalisme qui ruine, qui ruine, qui ruine la société ! »

Repères

Novembre 1965  : Naissance d'Ariane Langner à San Salvador.
1988-1990  : MBA de finance et gestion financière de l'université privée Pace (New York).
Analyste financière puis cambiste à la Société générale en Australie puis à New York.
1990-1995  : Cambiste chez l'assureur américain AIG, puis chargée du développement en Europe et en France de la filiale parisienne.
1993  : Rencontre Benjamin de Rothschid qu'elle épousera le 23 janvier 1999.
2007  : Siège dans tous les conseils d'administration du groupe.
2008  : Membre du conseil de surveillance de la banque privée Edmond de Rothschild et de la holding du groupe.
Novembre 2009  : Devient vice-présidente de la holding du groupe Edmond de Rothschild.

La vie au bureau : Le bal des hypocrites

L'entretien individuel, moment d'échange rituel entre managers et collaborateurs se transforme trop souvent en règlement de comptes.

Martine Vlaminck-Moretti, la DRH, adore cette période de l'année traditionnellement dévolue aux entretiens individuels : cela permet véritablement de prendre le pouls de l'entreprise et d'établir, comme elle dit, un « moment d'échange privilégié entre managers et managés ». Elle a briefé tous les patrons de département de la boîte et donné « les éléments de langage ». En insistant sur les « risques psychosociaux ». Aussi leur a-t-elle fait un topo sur la manière de différencier une mélancolie passagère d'une vraie dépression liée au travail.
Le Guilloux, le chef des ventes, qui considère que son rôle est plus de ramener de l'argent que de psychanalyser ses n-1, ne change rien à ses habitudes : il la joue « à l'ancienne ». Dans son service, la première étape du processus consiste à établir avec son assistante le calendrier des rendez-vous en apportant un soin particulier au choix du premier et du dernier -comme pour les examens universitaires : il sait ces positions déstabilisantes.

Le Guilloux excelle en Excel

Il commence toujours ainsi :
-Alors, qu'est-ce que tu as fait pour MOI cette année ?
Puis il laisse son interlocuteur argumenter sans vraiment l'écouter, avant de relancer :
-Penses-tu vraiment mériter ton salaire ?
Au moment où il pose la question, il sort une feuille Excel qui détaille en quelque sorte les entrées/sorties de son subordonné. Ce geste suffit généralement à faire comprendre à l'interlocuteur qu'il sera très peu question de qualitatif durant l'entretien.
-Ecoute, tu me coûtes 70K euros par an, charges comprises, et tu ne m'en rapportes que 100. Tu dois faire mieux, sinon...
Parfois il conclut par une de ses formules rituelles : « Attention, je préfère te prévenir : pour moi, tu es plus près de la porte que de l'augmentation. » Moment d'échange privilégié...

Ambiance feutrée au bureau d'études

Chez Gomez, au bureau d'études, l'exercice prend un tour plus feutré. Un de ses traits de caractère, outre son perfectionnisme quasi maladif, est qu'il ne parvient pas à dire les choses simplement, quand il arrive à les dire.
Ainsi, « J'apprécie ta souplesse et ta créativité mais... » signifie en réalité : « J'en ai marre que tu arrives systématiquement avec une demi-heure de retard le matin et tu n'as aucune méthode de travail. »...
« Je vais voir si je peux t'augmenter l'an prochain... » : « En fait je verrai peut-être ça en 2013, si tu fais encore partie de l'entreprise. En raison des restrictions budgétaires, je n'augmenterai que deux personnes l'an prochain et ça me ferait mal que tu fasses partie du lot. »...
« J'apprécie de travailler avec toi... » : « T'es sympa, mais franchement je me demande si tu ne devrais pas changer de métier. »...
« Ta connaissance des nouvelles technologies est un plus » : « Que tu surfes deux heures par jour sur leboncoin.fr pour compléter ta collection de capsules de champagne, passe encore, mais le poker en ligne et les sites pour adultes, il faudrait quand même que tu arrêtes. »...
« Tu as encore un vrai potentiel d'évolution inexploité » : « Le mieux serait que tu démissionnes. »
Moment d'échange privilégié...

Dernière ligne droite pour effacer vos plus-values boursières

Chaque fin d'année, un bilan de vos plus ou moins-values mobilières s'impose, pour éviter une fiscalité trop lourde. Avec la suppression du seuil de cession en 2011, l'opération est plus que jamais salutaire.

Gagner de l'argent en Bourse, c'est bien. Optimiser le traitement fiscal des plus-values obtenues, c'est encore mieux. Il est généralement conseillé de dégager ses moins-values en fin d'année, pour les soustraire de ses gains et adoucir ainsi la fiscalité applicable.

C'est d'autant plus indispensable en cette fin d'année que le projet de loi de Finances pour 2011, prévoit un alourdissement sensible de la fiscalité applicable aux plus-values boursières. Voici, selon les conseils de Mai Trinh-Brunswick, responsable de l'ingénierie patrimoniale au Credit Suisse, les différentes stratégies à mettre en oeuvre pour minimiser la fiscalité applicable aux portefeuilles boursiers et aussi profiter une dernière fois du seuil de cession.
1 Profiter une dernière fois du seuil de cession

Il y a plus-value quand on constate une différence positive entre le prix d'achat d'un titre et son prix de vente. Sur le gain ainsi enregistré, le particulier va subir une double taxation : le prélèvement forfaitaire libératoire (PFL, 18 %) et les prélèvements sociaux (PS, 12,1 %) soit au total 30,1 %. Actuellement, il bénéficie cependant d'une exonération de ces plus-values, tant que le montant annuel de ses cessions n'excède pas un seuil fixé à 25.830 euros. C'est le fameux seuil de cession, en deçà duquel les plus-values boursières sont donc exonérées d'impôt - les prélèvements sociaux sont, eux, dus, dès le premier euro de cession.

La loi de Finances, votée mercredi, prévoit de supprimer ce seuil dès 2011. En clair, toute vente de titre, quel que soit son montant, donnerait lieu à taxation de la plus-value au titre du prélèvement fiscal libératoire et des prélèvements sociaux. Sans compter que ces deux postes sont aussi revus à la hausse pour l'an prochain, le premier passant de 18 % à 19 %, les seconds de 12,1 % à 12,3 %, soit au total des impôts et taxes qui passent de 30,1 % actuellement à 31,3 %. En cette fin d'année, il faut donc profiter une dernière fois des bienfaits du seuil de cession, en vendant jusqu'à 25.380 euros vos titres en plus-value. Quitte à les racheter dans la foulée (voir ci-dessous).
2 La technique de l'acheté-vendu

Cette opération permet d'éviter ou de réduire l'imposition sur les plus-values boursières. Elle ne vaut que si vous avez dépassé le seuil de cession et que vous êtes donc imposable. Concrètement, vous vendez des titres en plus-value pour les racheter immédiatement au même cours. Parallèlement, vous vendez aussi vos titres en moins-values. Dans votre portefeuille, rien n'a changé, puisque vous rachetez les titres que vous souhaitez conserver. Mais, fiscalement, vous y avez gagné, les moins-values externalisées annulant les plus-values. Signalez-les auprès de la banque comme un acheté-vendu fiscal, pour obtenir des frais de courtage réduits.
3 Clôturer un PEA en moins-values

Si vous détenez à la fois un PEA dans lequel vous avez des moins-values latentes et un compte titres en plus-value, vous pouvez avoir intérêt à clôturer votre PEA. Cette opération doit être réalisée moins de cinq ans après l'ouverture de votre PEA (elle concerne donc ceux ouverts après 2005), car, après cette date, la fiscalité particulière du PEA vous interdit d'imputer les moins-values.

Dans un contexte de marché où bon nombre d'actions françaises ou européennes affichent aujourd'hui des baisses significatives, la clôture du PEA permet de constater des moins-values, lesquelles seront imputables sur les plus-values réalisées au sein du compte titre dans les dix prochaines années. L'inconvénient de cette opération est de perdre l'antériorité du PEA clôturé. Mais, en parallèle, vous pourrez ouvrir un nouveau PEA pour bénéficier d'une exonération future de vos plus -values (lire « Les Echos Patrimoine » du 5 novembre).

L'Allemagne… 
et après ?

L es performances économiques actuelles - remarquables -de l'Allemagne dominent les débats sur les pays européens en difficulté. Elles fascinent ceux qui, comme la France, ne font pas aussi mal qu'eux mais moins bien qu'elle. Et elles lui inspirent parfois, à elle, une posture de donneuse de leçons. Le tableau qu'elle affiche est en effet flatteur : une croissance prévue de 3,5 % en 2010, une balance commerciale brillamment excédentaire, un chômage contenu à 7 %. S'y ajoutent un bon fonctionnement des relations du travail et des négociations sociales et, du moins jusqu'à présent, une modération des revendications salariales qui a autorisé le succès de sa « politique de l'offre »… On désespère de l'égaler.

Mais la tyrannie de l'actualité nous met souvent le nez dans le guidon. Et ce que semble ignorer la loi des annonces spectaculaires, c'est la préoccupation des responsables allemands quant aux menaces de l'avenir. Pour s'en tenir à l'essentiel : la croissance prévisible en 2011 sera difficilement supérieure à 2 % (de 1,6 à 1,8 pour la France) ; l'économie, très dépendante des exportations, souffrira de plus en plus de l'accession des pays émergents à la production de biens d'équipement, son actuel fer de lance ; moins engagée que la France dans le secteur des services, elle aura à rééquilibrer ses structures quand son industrie marquera le pas ; le relais nécessaire de l'exportation par la demande intérieure ira de pair avec une hausse des salaires (d'ailleurs déjà amorcée par le succès récent d'IG Metall dans les négociations). Enfin et surtout, l'Allemagne doit affronter un déficit démographique fondamental. Son taux de fécondité, inférieur à 1,4 (environ 2 pour la France), lui dessine une perspective de vieillissement qui menace l'avenir de sa main-d'oeuvre qualifiée et lui pose pour demain le problème de l'immigration.

Ces mises au point sont utiles pour distinguer entre la réussite et le miracle, ou entre le présent et l'avenir.

L'Europe (enfin) en spirale positive

Le but, c'est le chemin. » Cet aphorisme de Goethe est sans doute celui qui convient le mieux à la situation européenne actuelle. A la veille du week-end, le sommet de Bruxelles - le septième en un an ! -a réuni une nouvelle fois les dirigeants des Vingt-Sept, qui ont mis sur les rails le fonds de secours permanent qui prendra le relais du mécanisme actuel de sauvetage. Comme chaque fois depuis le début de la crise grecque, les jugements sévères ont fusé. Mais si justifiés qu'ils soient, ils ne doivent pas laisser dans l'ombre les progrès finalement accomplis en quelques mois. Trop lents, insuffisants, mais tout de même réels.

Il n'est aucunement besoin d'une loupe pour apercevoir les failles de la réponse européenne depuis la faillite de la Grèce. Il y a eu les hésitations de l'Allemagne, puis les gaffes d'Angela Merkel. Il y a eu beaucoup d'incertitudes techniques sur les garanties apportées par l'Union, lesquelles ont provoqué les doutes des marchés. Il y a eu un manque de clarté dans le leadership européen. Enfin, la nouvelle rédaction du traité de Lisbonne laisse songeur puisqu'il dit désormais une chose et son contraire : le sauvetage d'un Etat est possible, mais l'article antérieur qui l'interdit (clause du « no bail out ») est maintenu ! Bref, si la trêve de Noël calme les marchés, rien ne dit qu'ils ne repartiront pas à l'attaque en janvier.

Ce tableau mérite toutefois d'être complété. Pourquoi ? Parce que la zone euro a fait en quelques mois des pas inimaginables il y a encore un an. Par deux fois, elle est déjà venue à la rescousse de deux de ses membres. La Banque centrale européenne a violé plusieurs de ses principes fondateurs pour participer au sauvetage. Et sur un plan politique - c'est l'essentiel -, la réaffirmation de la défense de l'euro est désormais extrêmement claire. « L'euro est indissociable de l'Europe », assure la chancelière. En partie grâce à la force de conviction de Nicolas Sarkozy, Angela Merkel a semble-t-il effectué une véritable conversion personnelle sur ce point. L'idée d'un gouvernement économique chemine à son tour. Au total, l'Europe donne petit à petit l'impression de passer d'une spirale punitive à l'égard des pays qui ont « fauté » sur les déficits à une spirale positive. C'est une bonne nouvelle.

Il reste évidemment beaucoup de chemin à parcourir et les Européens convaincus ont mille raisons d'être impatients. Il s'agit de donner du concret à la coordination des politiques nationales. Il est indispensable que l'Irlande, la Grèce ou l'Espagne inventent un nouveau modèle de croissance. Comme il est nécessaire que les grands pays comme la France accélèrent la leur. Doit-on craindre une fois de plus que l'Europe ait un train de retard sur les marchés ? Il n'y a en réalité guère le choix tant il n'existe que deux possibilités pour la zone euro : éclater ou sortir de cette crise par le haut. Le chemin parcouru rapproche du but. Espérons que cela soit assez vite.

Zone euro : "Pas de restructuration de dettes à l'ordre du jour ", déclare Lagarde

Une restructuration de dette n'est pas à l'ordre du jour au sein de la zone euro, a déclaré dans une interview publiée samedi la ministre de l'Economie Christine Lagarde.
Elle a déclaré au journal belge De Tijd qu'aucune restructuration de dette n'était envisagée pour la Grèce ou pour d'autres Etats.

L'inquiétude entourant la capacité des Etats périphériques de la zone euro à maîtriser leur dette a été ravivée vendredi, lorsque l'agence Moody's a annoncé avoir abaissé de cinq crans sa note souveraine de l'Irlande (voir ).
Les dirigeants européens, qui se sont réunis jeudi et vendredi à Bruxelles, n'ont toutefois pas décidé d'engager dans l'immédiat de nouvelles mesures pour juguler la crise.
Dans une autre interview accordée au Wall Street Journal, Christine Lagarde a reconnu que les dirigeants de la zone euro avaient délibérément choisi "d'enfreindre" les règles de l'Union en sauvant la Grèce et l'Irlande de la faillite, afin de protéger la zone euro.
Lors du septième sommet européen de l'année, les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Sept se sont entendus pour pérenniser à partir de 2013 le Fonds européen de stabilité financière (FESF) créé en mai et doté de garanties des pays de la zone euro à hauteur de 440 milliards d'euros.
Christine Lagarde a jugé que cette décision représentait un "ajustement majeur" mais nécessaire après la crise budgétaire qui a frappé l'Europe cette année.
Elle a qualifié les sauvetages de l'Irlande et de la Grèce, ainsi que la création du FESF de "transgressions majeures" du Traité de Lisbonne.
"Nous avons enfreint toutes les règles car nous voulions resserrer les rangs et vraiment sauver la zone euro", a-t-elle déclaré.
"Le Traité de Lisbonne est très clair. Pas de sauvetage."
Lors du sommet de jeudi et vendredi, les Vingt-Sept ont décidé d'ajouter un paragraphe à l'article 136 du traité afin de pérenniser à partir de 2013 le mécanisme de crise décidé en mai.
 

dimanche 19 décembre 2010

je te reprends assouline !!!!#

Pour saluer Jacqueline de Romilly

 On pourrait s’en tenir à sa qualité de première en tout (première femme reçue à l’Ecole Normale supérieure, première femme élue professeur au Collège de France, première femme élue à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres sans oublier son rang au Concours général, à l’agrégation etc) mais on verserait dans le Livre des records qui n’était pas son livre de chevet. De Jacqueline de Romilly, qui vient de s’éteindre à 97 ans, nous préférons retenir une leçon. Un modèle. Un exemple. Ne jamais plier, ne jamais renoncer, ne jamais abandonner.  Cette helléniste en colère avait une idée fixe et elle s’y est tenue durant toute la seconde moitié de sa vie jusque dans sa nuit au cours de sa dernière décennie : sauver les Humanités coûte que coûte. Marteler encore et encore dans tous les médias qui voudraient bien lui tendre un micro le principe selon lequel les langues anciennes étant le socle des idées contemporaines, pas seulement la démocratie mais le sens même de l’humain, tout honnête homme se doit d’en passer par elles. Mais si son incessante propagande partait bien de la défense du grec et du latin, les langues sans oublier les cultures assorties, elle s’étendait naturellement à celle d’un enseignemderomillyjaqueline2.1292756492.jpgent littéraire de qualité. A chaque nouveau livre, soutenue par son plus fidèle éditeur Bernard de Fallois, on se disait : encore, elle remet ça ? Ce qui s’appelle enfoncer un clou. Souvent avec humour. Dans le bonheur du commerce intime avec ce que la pensée a produit selon elle de plus noble pour l’esprit, dans la souffrance de le clamer dans le désert et l’indifférence, avec la colère qui s’ensuit. La dernière fois, c’était il y a deux ans.
   Au lieu d’en appeler au sauvetage d’un enseignement des humanités au bord de l’abîme, elle a chanté haut et fort la grandeur de la langue grecque. Aidée de Monique Trédé, qui dirige le Centre d’Etudes anciennes de l’Ecole Normale Supérieure, Jacqueline de Romilly poussait à nouveau son cri de guerre sous forme de chant d’amour dans Petites leçons sur le grec ancien (176 pages, 15,50 euros, Stock). La lecture en est passionnante car fluide, légère, ailée même. On en oublierait la densité du propos. D’autant que les auteurs ne résistent pas au plaisir de moquer les précieux ridicules, ces pédants et faux-savants des médias et d’ailleurs, qui mettent par exemple de la “problématique” (art de poser les problèmes) à toutes les sauces, là où “problème” suffit amplement. Tout pour la langue. Ce qui ne fut pas toujours le cas dans l’abondante bibliographie de l’helléniste, plus souvent consacrée à Thucydide, au pathétique dans la tragédie ou à la modernité d’Euripide. J’en ai surtout retenu un chapitre sur la faculté du grec ancien à deromillyjaqueline6.1292756613.jpginventer des mots ou à en composer en les dérivant et en leur adjoignant des préfixes et des suffixes dotés d’une valeur précise. Deux exemples valent d’être rapportés car il s’agit, d’après les auteurs, de deux termes crées par Platon mais oubliés par nos dictionnaires contemporains. “Timocratie” tout d’abord, forgé à partir de “timé” (marque d’honneur) : ainsi désignait-on un régime où ceux qui recherchaient avant tout les honneurs commandaient (La République, 545, B). ”Théâtrocratie” ensuite, qui fait penser à la société du spectacle de Guy Debord, mais c’est un faux-semblant. Il s’agit plutôt d’une démocratie où tout le monde se croit compétent sans avoir rien appris, du théâtre comme des autres disciplines ; ceux qui en sont en tirent le plus souvent une assurance qui les mène à l’impudence; dès lors ils se croient tout permis, refusent l’autorité, les lois, le serment, l’engagement … (Les Lois, 701, A, 3) “Timocratie” et “Théâtrocratie” sont effectivement deux mots introuvables de nos jours. Dans les dictionnaires. Car dans la vie, les réalités qu’ils recouvrent sont aveuglantes et assourdissantes. Il serait peut-être temps d’accorder les uns avec les autres. Grâces soient rendues à Jacqueline de Romilly qui oblige la masse des oublieux à payer la dette de notre culture à la Grèce ancienne   Pour autant, malgré la proximité offerte par le Collège de France, son hellénisme était aux antipodes de celui de l’école des Vernant, Gernet, Mossé, Vidal-Naquet. Disons qu’il était plus classique et, partant, plus accessible au grand public, ce dont elle s’enchantait, n’ayant d’autre but que de transmettre et faire passer le message au plus grand nombre.
   Membre d’innombrables académies étrangères, juive selon Vichy, convertie au catholicisme il y a peu par le prêtre maronite libanais le père Mansour Labaky (« La première communion et la confirmation, à 95 ans, il était temps ! »), elle se vit accorder la nationalité grecque en hommage à son dévouement à la cause. Toutes choses que Jacqueline Worms de Romilly, née David, accueillait avec une grande élégance et une authentique humilité, sans regard et sans famille, ne cessant jamais de rendre hommage à celle à qui elle disait tout devoir : une romancière aujourd’hui oubliée du nom de Jeanne Malvoisin, qui n’était autre que sa mère.
(”Jacqueline de Romilly chez elle en 2004″, photos Olivier Roller)

Jacqueline de Romilly, une vie au service des belles lettres

L'académicienne Jacqueline de Romilly, spécialiste de la civilisation et de la langue grecques, est décédée samedi 18 décembre, à l'âge de 97 ans

Puisse Jacqueline de Romilly, depuis l’autre rive qu’elle a rejointe samedi 18 décembre, pardonner aux plumitifs tels l’auteur de ces lignes, leur superficialité.

L’immense femme de culture que nous connaissions aussi pour son franc-parler avait déclaré un jour à une consœur journaliste ceci, qui devrait nous rendre modeste : «Sachant que je parle à une journaliste, je persiste et signe. Un texte n’est sauvé que par sa qualité d’expression et sa qualité humaine. Par définition, l’article écrit rapidement pour le lendemain n’a aucun de ces deux avantages ». Passant outre ces sévères propos, nous n’avions pas regretté, pour notre part, de publier récemment une longue rencontre avec cette indémodable « Athénienne ».

Une extrême délicatesse de sentiment

L’helléniste passionnée, l’ardente defenseur des lettres classiques (1) que tous admiraient tandis que, curieusement, nul ou presque aujourd’hui ne semble croire aux vertus du grec ancien, s’en est donc allée, à l'âge de 97 ans. « Immortelle », pourtant, puisque membre éminente de l’Académie française depuis 1988.

Immortelle, sûrement, dans le souvenir qu’elle nous lègue. D’abord à cause d’une extrême délicatesse de sentiment. On peut en relever une jolie trace dans son discours de réception à l’Académie, la tradition voulant que l’on prononce l’éloge de son prédécesseur au fauteuil duquel l’on succède : que pouvait-elle bien dire d’André Roussin, maître du théâtre de boulevard, à cent lieux de son univers ?

Elle trouva le propos juste et qui touche au cœur : « Il s’est inquiété, une fois, de ce que le mot «gentil» pouvait avoir de protecteur et de légèrement méprisant. Pour moi, il exprime au contraire un éloge sans réserve. C’est un mot qui rayonne. Associée à l’intelligence, la gentillesse étonne et charme… »

Son pur amour de la richesse des mots

Que nous laisse-t-elle encore ? Justement : son pur amour de la richesse des mots, et, en mémoire, sa légendaire colère contre le pédantisme d’un certain vocabulaire. Écoutons-la plutôt, au fil de sa première chronique publiée dans Santé Magazine en septembre 1998, que lui avait commandé André Giovanni, directeur bien inspiré de cette publication : « C’est, je l’avoue, dans un récit un peu technique, que j’ai buté la première fois sur le mot 'opérationnalisation'. 'Opérer ', oui ! 'Opération', bon ! 'Opérationnel', peut-être. Mais ensuite, on voit l’excroissance monstrueuse et ses huit syllabes qui nous étourdissent ».

Plus loin, Jacqueline de Romilly s’incline devant Racine et sa Bérénice, éblouie par la sobriété du verbe choisie pour exprimer un sentiment si fort : « Depuis cinq ans entiers chaque jour je la vois, et crois toujours la voir pour la première fois ».

L’élégance – si l’on devait tenir compte de sa modestie – voudrait que l’on passât sous silence la litanie de ses nombreux titres. Qu’elle nous pardonne encore : les énumérer donne une idée de son éclectisme. Née à Chartres en 1913, fille de Maxime David, professeur de philosophie mort pour la France en 1914 et de Jeanne Malvoisin, romancière, à qui elle disait tout devoir, elle devient la première femme professeur au Collège de France en 1973, première femme membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres en 1975 et seconde femme à entrer à l’Académie française après Marguerite Yourcenar.

Elle n’a jamais cessé de transmettre généreusement son savoir

« J’ai eu beaucoup de chance, confiait-elle à la Croix. Je suis née dans une société éminemment masculine, mais à toutes les étapes de ma vie, je suis arrivée, comme femme, au bon moment ». Sait-on qu’elle fut aussi membre de la British Academy, des Académies du Danemark, de Vienne, d’Athènes, de Bavière, des Pays-Bas, de Naples, de Turin, de Gênes, et de l’« American Academy of Arts and Sciences » ? Le titre dont elle pouvait être particulièrement fière lui fut attribué en 1995 : cette année-là, Jacqueline de Romilly obtint, en hommage à son œuvre inlassable en faveur de l’hellénisme, la nationalité grecque.

Elle n’appartenait pas à l’école héllénistique inspirée par le structuralisme et incarnée par Louis Gernet, Jean-Pierre Vernant, Pierre Vidal-Naquet ou Claude Mossé. Mais ses travaux, de facture plus classique, entendaient éclairer nos sociétés, d’autant plus que Jacqueline de Romilly, loin de s’enfermer dans une tour d’ivoire universitaire, n’a jamais cessé d’enseigner, de transmettre généreusement son savoir.

Elle résumait ainsi, en 2004, pour le magazine Lire les quelques convictions essentielles qu’elle en tirait : « On découvre dans l’étude de ces langues le point de départ des principales idées contemporaines. C’est vrai pour la démocratie… mais aussi de tous les mots qui aujourd’hui, désignent les grands principes et les grandes valeurs de la vie quotidienne. »

L’idée grecque qui l’aura jusqu’au bout fascinée le plus est « le sens de l’humain. Tous les textes grecs parlent de l’homme et fondent les vertus sur l’idée suivante : 'je suis homme comme lui, et cela pourrait m’arriver'… Ce qui est à l’œuvre ici, ce n’est pas la charité du pardon mais bien le sens de l’humain ».

Son cheminement vers le catholicisme

Ne cherchons pas ailleurs ce qui a motivé le combat de cette grande dame en faveur d’un enseignement littéraire de qualité : « Le progrès scientifique a facilité la vie matérielle, mais les valeurs ont changé et les gens manquent de repères…

L’important est de faire connaître les expériences passées, non pas comme des modèles à imiter mais comme des références pour comprendre le présent. Il faut à tout prix sauver la formation littéraire, qui non seulement apporte aux jeunes des éléments de comparaison leur permettant de juger, mais leur donne aussi une force intérieure », affirmait-elle (Les Échos, 1996).

Cette force dont elle-même donna l’exemple jusqu’au bout, malgré la fatigue, la quasi-cécité : «Avoir traversé le siècle, c’est fatigant. Aujourd’hui j’arrive au terme. Je ne redoute pas la mort, disait-elle au journaliste de la Croix  Laurent Larcher, qui l’interrogeait l’été dernier, mais l’effondrement intellectuel, le « gâtisme », la dépendance. »

Elle lui confiait surtout son cheminement vers le catholicisme et avoir été préparée par le P. Mansour Labaky, prêtre maronite libanais, à la première communion et à la confirmation : « A 95 ans, il était temps ! », concluait-elle avec humour.

(1) Jacqueline de Romilly était engagée dans deux associations qui encouragent l'étude des humanités et le renouveau des valeurs civiques : Sauvegarde des enseignements littéraires ( www.sel.asso.fr ) et L'élan nouveau des citoyens ( www.elandescitoyens.org ).

Bibliographie de Jacqueline de Romilly

Jacqueline de Romilly a écrit ou coécrit plus d’une trentaine de livres dont plusieurs constituent d’importantes références :


La Douceur dans la pensée grecque (Belles Lettres, 1995)

Sur les chemins de Sainte-Victoire (Julliard, 1987). Jacqueline de Romilly possédait une petite maison au pied de cette célèbre montagne provençale.

La Construction de la vérité chez Thucydide (Julliard, 1990). Thucydide, grand historien grec contemporain du monde antique, l’un des premiers à introduire la méthode critique dans l’Histoire, ouvrit la porte de l’Antiquité grecque à Jacqueline de Romilly.

La Modernité d’Euripide (PUF, 1986).

Hector (De Fallois Eds, 1997).

La Grèce antique contre la violence (De Fallois Eds, 2000).

Dictionnaire de littérature grecque ancienne et moderne (PUF 2001).

Sous des dehors si calmes (LGF, 2004).

Les Grands Sophistes dans l’Athènes de Périclès (LGF, 2004).

Les Roses de la solitude, (Éd. de Fallois, 2006).

Le Sourire innombrable (Éd. de Fallois, 2008).

La flamme de l'hélléniste Jacqueline de Romilly s'est éteinte

La grande helléniste Jacqueline de Romilly, décédée samedi à l'âge de 97 ans, incarnait l'enseignement des études grecques classiques en France ainsi qu'une conception exigeante et humaniste de la culture.
Académicienne, Jacqueline de Romilly a écrit une oeuvre considérable sur cette Athènes du Ve siècle (d'avant JC) d'où «tout est sorti brusquement»: la philosophie, l'histoire, la tragédie, la comédie, les sophistes.
«Emerveillée» par cette époque, elle a ainsi beaucoup travaillé sur l'historien Thucydide (un des «hommes de sa vie», disait-elle), Homère, Eschyle ou Euripide. On lui doit également un livre sur la Provence, un roman et quatre volumes de nouvelles.
«Je regrette que l'on n'oeuvre pas suffisamment pour ce qui développe la formation de l'esprit par la culture, par les textes et l'intimité avec les grands auteurs, perdant ainsi un contact précieux avec ce que les autres ont pensé avant nous», estimait-elle.
Ceux qui ont rencontré cette petite dame pétillante aux cheveux blancs constataient que le grec la rendait heureuse, tant elle se montrait habitée par une profonde tranquillité intérieure, passionnée et pleine d'humour dans ses propos, malgré une cécité des dernières années.
Jacqueline David est née le 26 mars 1913 à Chartres (Eure-et-Loir). Son père, juif, normalien, philosophe, est tué au front quand elle a un an. Sa mère, romancière, l'élève. Elle rencontre un homme «aux trois quarts juif» dont elle divorcera. Sa famille s'appelle Worms et possède «Le Petit Echo de la mode». «Au moment de la Révolution française, dira l'hélléniste, les Worms avaient acheté le château de Romilly, ajouté froidement +de Romilly+ et s'étaient appelés Worms de Romilly».
Elle est tour à tour la première lauréate au Concours général, la première normalienne intégrant la rue d'Ulm, la première femme, en 1973, professeur au Collège de France. Elle ne fut toutefois que la deuxième, en 1989, après Marguerite Yourcenar, à siéger à l'Académie française, après avoir enregistré un premier échec.
La modernité des Grecs anciens l'intéressait plus que la mythologie à proprement parler. Elle admirait cette démocratie qui a eu le mérite d'avoir été inventée là, même si elle excluait nombre de catégories, notamment les femmes et les esclaves.
Jacqueline de Romilly savait parler de la pertinence de cette période historique dans l'Europe actuelle.
«On veut que les enfants sachent ce qui se passe autour d'eux. Mais quelle merveille de découvrir un monde autre pendant une heure. Pourquoi tirerait-on davantage d'une rencontre avec n'importe qui que d'un tête-à-tête avec Andromaque ou Hector ?», demandait-elle.
Elle déplorait que l'ensemble des connaissances soit aujourd'hui miné par l'utilitarisme. Sous-entendu: une société qui néglige Homère finira par oublier Voltaire.
Pour elle, le grec ancien devrait être accessible à tous. Elle a d'ailleurs écrit la préface de la seconde édition de l'Assimil du grec ancien, qui fut un inattendu best-seller.
Grand Croix de la légion d'honneur - seule une poignée de femmes y a eu droit -, Jacqueline de Romilly disait avec malice ne pas avoir eu, «bien sûr», la vie qu'elle souhaitait: «Avoir été juive sous l'Occupation, finir seule, presque aveugle, sans enfants et sans famille, est-ce vraiment sensationnel ? Mais ma vie de professeur a été, d'un bout à l'autre, celle que je souhaitais».
Ni nostalgie pourtant, ni pessimisme chez cette grande intellectuelle qui jugeait les années 2000 «inquiétantes et pleines de périls», mais restait confiante dans la «possibilité humaine de se reprendre, de se redresser et, avec l'aide du passé, d'inventer quelque chose de mieux».
Les Grecs contemporains l'adoraient et lui avaient souvent exprimé leur gratitude. Membre correspondant étranger de l'Académie d'Athènes, Jacqueline de Romilly avait obtenu la nationalité grecque en 1995 et avait été nommée ambassadrice de l'hellénisme en 2000.

JACQUELINE DE ROMILLY, 
UNE CERTAINE IDÉE DE LA GRÈCE.


Elle a rejoint ses "chers Grecs", Thucydide, Hérodote, Eschyle, Euripide ou Sophocle. Première femme professeur au Collège de France, l'académicienne Jacqueline de Romilly avait lié sa vie à la Grèce antique, partageant ses émerveillements pour les trésors de sa littérature et la naissance d'idées majeures.


L'immense helléniste s'est éteinte samedi à l'hôpital Ambroise-Paré à Boulogne-Billancourt, selon son éditeur Bernard de Fallois. Elle avait 97 ans.


Toute sa vie, la philologue avait mené un combat en faveur de l'apprentissage des langues anciennes et de la connaissance des mots pour faire barrage à la violence de la société. A ses yeux, l'enseignement des humanités donnait la possibilité de "retrouver l'élan intérieur, la simplicité première et l'éveil".


Sa carrière est jalonnée de nombreux ouvrages sur les auteurs de l'époque classique (comme Thucydide et les tragiques) ou sur l'histoire des idées et leur analyse dans la pensée grecque, particulièrement la loi et la démocratie, la douceur, la psychologie.


En 1995, elle avait reçu la nationalité grecque avant d'être nommée six ans plus tard ambassadeur de l'hellénisme. "J'ai beaucoup plus rencontré Périclès et Eschyle que mes contemporains", confiait-elle au magazine "Lire" à 91 ans. "Ils peuplent ma vie, de mon réveil à mon coucher".


Née à Chartres le 26 mars 1913, la fille de Jeanne Malvoisin, auteur de romans et de contes, et de Maxime David, professeur de philosophie tué pendant la Première guerre mondiale, se passionne très vite pour les lettres classiques. Alors au lycée Molière, elle obtient des prix de grec et de latin au concours général en 1930, première année où les filles peuvent concourir. "Rien par la suite ne m'a jamais rendue aussi heureuse", dira-t-elle plus tard.


Ses études la conduiront à Louis-le-Grand, l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm et la Sorbonne. Et c'est un "hasard" -une lecture d'été- qui l'amènera à travailler sur Thucydide, historien du Ve siècle avant Jésus-Christ. "En phrases denses, chargées de sens, hautaines, subtiles, Thucydide pensait pour moi, en avant de moi", écrira-t-elle dans "Pourquoi la Grèce?" (1992).


Agrégée de lettres (1936), docteur ès lettres (1947), la jeune femme, qui épousera en 1940 Michel Worms de Romilly -dont elle divorcera-, enseigne quelques années durant dans des lycées, puis se voit contrainte d'arrêter, le statut des juifs d'octobre 1940 l'empêchant de dispenser des cours. La guerre finie, elle deviendra professeur de langue et de littérature grecques à l'université de Lille (1949-1957) avant de rejoindre la Sorbonne de 1957 à 1973, date à laquelle elle sera la première femme nommée professeur au Collège de France, où sa chaire s'intitulera "la Grèce et la formation de la pensée morale et politique".


En 1975, Jacqueline de Romilly sera aussi la première femme à devenir membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, qu'elle présidera en 1987. Et huit ans après Marguerite Yourcenar, elle sera la deuxième femme à rejoindre, en 1988, l'Académie française.


"C'est incontestable, j'ai été gâtée", avouait-elle en 2007 au "Point". "J'ai eu la chance d'appartenir à une génération où les femmes accédaient pour la première fois au podium, où les portes s'ouvraient enfin".


Sa connaissance de la Grèce ancienne lui vaudra des honneurs à l'étranger: elle est membre de nombre d'académies et docteur honoris causa de plusieurs universités en Europe, au Canada et aux Etats-Unis. Faite Grand-Croix de la Légion d'honneur et de l'ordre national du Mérite, elle est également commandeur des Palmes académiques, des arts et lettres. Plusieurs distinctions lui seront décernées, dont le Grand prix d'Académie française (1984) et le prix Onassis pour la culture (Athènes, 1995).


Le grand public la découvrira en 1984 à l'occasion de son passage dans l'émission télévisée "Apostrophes" pour son livre "L'enseignement en détresse". Un cri d'alarme qu'elle ne cessera de lancer, fondant Sauvegarde des enseignements littéraires et Elan nouveau des citoyens, deux associations pour "réveiller les valeurs de la démocratie" et les "remettre au coeur du débat citoyen".


En 2007, cette femme à la formidable énergie avait signé un appel lancé aux candidats à la présidentielle pour dénoncer la "catastrophe éducative". "Pas très optimiste", elle espérait un sursaut, sinon, prévenait-elle, "nous allons vers une catastrophe et nous entrons dans une ère de barbarie".


Invitée à dévoiler son secret de jouvence, Jacqueline de Romilly se disait habitée par la "conviction" et portée par la "force" que cela procure. Mais la vieillesse est un "terrible combat", "tout se dégrade, se défait, pouah, affreux!", lançait la philologue, pratiquement devenue aveugle.


L'helléniste qui "n'aimait l'histoire que dans la mesure où elle explique la littérature", se déclarait passionnée dans les textes grecs par "la rencontre avec la naissance de la pensée raisonnée" et "l'irruption de la lumière" dans "un monde encore confus et obscur".


En marge de ses ouvrages savants, Jacqueline de Romilly avait écrit des livres grand public, des nouvelles et un roman, "Ouverture à coeur", à 75 ans. Dans l'un de ses derniers livres, paru en 2008, le "Sourire innombrable" -des "mémoires pour rire"-, elle évoquait sa mère avec tendresse. Un livre loin de la Grèce Ancienne mais dont le titre même rappelait la puissance des liens qui l'unissaient à ses auteurs. A sa source, un vers d'Eschyle: "le sourire innombrable de la vague marine"...

L'ISLAM RELIGION DE PAIX ?


À l’Est, rien de nouveau…

Impossible de se tromper ! Viktor Loukachenko, président du Belarus (ou Biélorussie) au pouvoir depuis 1994, le « dernier dictateur d’Europe », sera triomphalement réélu aujourd’hui avec sans doute plus de 70 % des voix. Et une présidence à vie en perspective.

Comme les précédentes, cette élection est une mascarade. Elle a les aspects formels de la démocratie en présentant, face à Loukachenko, huit autres candidats… dans l’incapacité de s’exprimer, voire de se faire connaître en dehors des milieux intellectuels. Le KGB - au Belarus, la police secrète n’a même pas changé de nom ! - veille. D’ailleurs, selon l’agence russe Novosti, 18 % des électeurs ont déjà voté en raison d’une curiosité de la loi électorale. Pour Loukachenko, évidemment, car il s’agit surtout de salariés d’entreprises d’État menacés dans leur emploi en cas de mauvais choix, de militaires aux ordres ou d’étudiants qui pourraient être radiés de leurs facultés et résidences universitaires.

Certes, l’Union européenne, après avoir promis des milliards en cas de vraie démocratisation (sur quel budget ?) va s’indigner. Peut-être, via le Parlement de Strasbourg, va-t-elle remettre, comme en 2006 à Alexandre Milinkevitch, un nouveau « Prix Sakharov » à un défenseur de la démocratie. Quelle hypocrisie ! Elle fait rire le « Petit Père », le surnom populaire de Loukachenko : Allemagne en tête, les États européens, même les voisins les plus critiques envers Minsk, font d’excellentes affaires avec le Belarus.

Voilà un pays discipliné, ancienne manufacture de l’URSS avec de grandes compétences en sous-traitance et aux salaires très bas convertis en euros. Un rêve pour capitalistes réticents à des aventures extrême-orientales !

Mais il faut aussi reconnaître l’évidence. Le régime Loukachenko a su éviter au Belarus les errements de la Russie postcommuniste à la Boris Eltsine en gardant des structures héritées de l’ère soviétique. Avec une reconnaissance assurée dans les kolkhozes, avec l’émergence d’une classe moyenne… comme en témoignent les embouteillages à Minsk. Que l’UE l’admette ou non, Loukachenko possède une certaine assise populaire qui s’exprimera aujourd’hui. En ignorant les « suicides » de journalistes et les « disparitions » d’opposants.

Longtemps, les Européens ont espéré que Moscou allait « lâcher » le voisin biélorusse éternellement en conflit avec Gazprom. Il n’en est rien. Medvedev et Loukachenko s’embrassent de nouveau devant les caméras. Une façon de montrer qu’à 18 mois de la présidentielle russe, avec le retour prévisible de Poutine à la tête de l’État, le Kremlin garde la main sur son « étranger proche ». Sur l’Ukraine aussi, retombée dans le giron de Moscou.

Bref, rien de nouveau à l’Est de l’UE, après quelques parenthèses…



Le Louvre en état de Grâces

Quelque 5.000 particuliers ont réuni un million d'euro pour aider le musée du Louvre à acquérir Les Trois Grâces de Lucas Cranach l'Ancien, un chef-d'œuvre de la Renaissance. La souscription publique exceptionnelle s'est terminée vendredi, deux semaines avant la fin de la date-butoir. 

"C'est un magnifique cadeau de Noël!" Interrogé par la presse, Henri Loyrette, le président-directeur du Louvre, ne cache pas son enthousiasme. Il aura réussi l'impossible: trouver un million d'euros pour faire entrer dans les collections de son musée un chef d'œuvre de la Renaissance, Les Trois Grâces, un tableau peint sur bois par Lucas Cranach l'Ancien en 1531
Cette pièce, dont la valeur historique et artistique est exceptionnelle, risquait de disparaître à jamais dans les collections d'un riche inconnu. Découvert en France, le tableau a donc été classé "trésor national", un statut qui permet à l'Etat de refuser temporairement une sortie du territoire de l'œuvre. Ceci fait, le Louvre, qui regroupe l'essentiel des collections d'art publiques, avait jusqu'au 31 janvier pour acheter le tableau. Prix fixé par les experts: quatre millions d'euros (*). Le compte-à-rebours était lancé.

Un trou d'un million d'euros

Des entreprises se sont alors intéressées à cette opportunité. Très tôt, Mazars, le spécialiste français de l'audit financier, a investi dans le projet. "Une entreprise se doit d’être pleinement citoyenne. Mazars est donc heureux d’être pour la troisième fois aux côtés du Musée du Louvre pour aider à l’acquisition d’une œuvre majeure et d'un trésor national", expliquait en novembre son président, Patrick de Cambourg. Dix-sept autres entreprises, dont la fondation Gandur, l'ont imité, apportant trois millions d'euros.
Mais le Louvre avait encore besoin d'un million d'euros, que ni le musée, ni le ministère de la Culture n'arrivait à trouver auprès des entreprises. Aussi les autorités culturelles publiques ont eu l'idée de lancer une souscription publique. Cette procédure exceptionnelle permet à tout particulier qui le désire de faire un don. Au total, 5.000 donateurs ont répondu à l'appel lancé le 13 novembre par le Louvre, qui a créé un site Internet pour l'occasion sur le thème "Tous mécènes".

Une occasion unique

Les donateurs sont essentiellement français, âgés de 8 à 96 ans. Parmi eux, il y a certes des membres de la société des Amis du Louvre, mais surtout des milliers d'inconnus, dont la plupart disent avoir effectué un don pour la première fois. Les sommes vont de 1 euro à 40.000 euros - la moyenne des dons s'élève à 150 euros. Des dons qui, comme la loi le stipule, sont déductibles à hauteur de 66% de l'impôt sur le revenu.
En 1988, sous la précédente direction, le Louvre avait déjà fait appel à une souscription publique afin de pouvoir acquérir Saint Thomas à la pique du peintre lorrain Georges de La Tour. Mais la somme demandée n'était pas comparable. Les détracteurs de cette forme d'appel à la "charité publique" affirmeront sans doute que quatre millions d'euros pour un tableau peut sembler cher. Mais ce n'est pas tous les jours qu'un chef-d'œuvre risque d'échapper à la France.
Les Trois Grâces d'une grande sensualité, représente trois jeunes femmes blondes, vêtues de leurs seuls bijoux en or et, pour l'une d'elle, d'un élégant chapeau rouge à plume blanche. Lucas Cranach l'Ancien, figure du réalisme des peintres nord-européens influencé par l'Italie de la Renaissance, propose une version très personnelle, étrange et volontairement ironique, d'un thème classique. Destiné à l'origine à un collectionneur privé, cette œuvre n'a jamais été exposée au public, malgré les nombreux écrits à son sujet. Ce mal sera réparé du 2 mars au 4 avril au Louvre, où le tableau sera exposé dans une salle dédiée au côté de la longue liste de tous les donateurs. Sans doute l'un des événements culturels de l'année à venir.
(*) Il s'agit d'une estimation basse pour une œuvre aussi importante dans l'histoire de l'art de la Renaissance. A titre de comparaison, le Portrait d’une dame tenant une grappe de raisin, un tableau de Lucas Cranach dont la valeur historique est bien moins importante, s'est arraché pour 3,7 millions d'euros lors d'une vente aux enchères en février 2008.

Mort de l'académicienne Jacqueline de Romilly

Spécialiste de la civilisation et de la langue grecques, elle est l'auteur de très nombreux ouvrages sur cette période, notamment sur l'historien Thucydide, le théâtre d'Eschyle et d'Euripide et la guerre du Péloponnèse.

L'académicienne et helléniste Jacqueline de Romilly est décédée samedi à l'âge de 97 ans. Elle a été la première femme professeur au Collège de France (1973), puis la première femme élue à l'Académie des inscriptions et belles lettres (1975). Spécialiste de la civilisation et de la langue grecques, elle est l'auteur de très nombreux ouvrages sur cette période, notamment sur l'historien Thucydide, le théâtre d'Eschyle et d'Euripide et la guerre du Péloponnèse.
Née le 26 mars 1913 à Chartres (Eure-et-Loir) d'un père professeur de philosophie et d'une mère romancière, Jacqueline David a très vite été première: deux fois lauréate du Concours général, ouvert pour la première fois aux femmes en 1930, elle sera la première femme reçue à l'Ecole normale supérieure en 1933, puis à l'agrégation de lettres en 1936. Professeur de lycée à partir de 1939, elle est nommée maître de conférences (1949), puis professeur titulaire (1951) à la faculté des lettres de Lille,  avant d'être professeur de langue et littérature grecques à la faculté des lettres de Paris (1957-1973). Elle est ensuite titulaire au Collège de France de la chaire "La Grèce et la  formation de la pensée morale et politique" (1973-1984).
En 1988, elle devient la deuxième femme élue à l'Académie française, après Marguerite Yourcenar. Elle était la doyenne de l'Académie depuis la mort de Claude Lévi-Strauss en 2009. L'universitaire a défendu ardemment l'enseignement littéraire et celui des  langues dites "mortes". Après son plaidoyer "L'Enseignement en détresse" (1984), elle fonde en 1992 une association pour la sauvegarde des enseignements littéraires.
Jacqueline de Romilly a notamment publié de savants essais comme "Histoire et raison chez Thucydide" (1956), "La douceur de la pensée grecque" (1979), un Que sais-je? sur Homère (1986), une biographie d'Alcibiade (1995), mais aussi un roman, "Ouverture à coeur" (1990), et des nouvelles qui évoquent ses souvenirs: "Les Oeufs de Pâques" (1993) et "Laisse flotter les rubans" (1999). L'une des très rares femmes à être Grand Croix de la Légion d'honneur, elle est aussi Grand prix de l'Académie (1984) pour l'ensemble de son oeuvre, membre de nombreuses académies étrangères, prix Onassis pour la culture (1995). Jacqueline de Romilly avait reçu la nationalité grecque en 1995. Elle était divorcée de Michel Worms de Romilly, sans enfant.


De Romilly, "un des très grands esprits"
Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a rendu hommage aujourd'hui à l'helléniste et académicienne Jacqueline de Romilly, décédée hier, estimant que "disparaît l'un des très grands esprits de notre temps".

"Maître en ces 'humanités' qu'elle enseignait depuis si longtemps, Jacqueline de Romilly était elle-même l'humaniste par excellence", a déclaré le ministre dans un communiqué. "Sa science du passé en faisait une femme éminemment actuelle", a-t-il poursuivi.

"Jacqueline de Romilly aura gardé jusqu'au terme de son existence presque centenaire, un même enthousiasme, une même passion, une même énergie inlassable pour défendre non seulement l'enseignement du grec et du latin mais aussi celui de notre langue", a souligné Frédéric Mitterrand.

"Elle voulait que les nouvelles générations continuent à disposer d'une langue riche et diversifiée, qu'elles gardent le sens du mot juste, dont dépend la qualité et la justesse de la pensée elle-même", a-t-il ajouté.

Le ministre a rappelé que "sa connaissance, sa pénétration du monde et de la culture grecs étaient si profondes, si complètes, si intimes qu'elles lui avaient valu [...] de recevoir en 1995 la nationalité grecque et d'être, quelques années plus tard, en 2001, nommée Ambassadeur de l'hellénisme".


Jacqueline de Romilly, "phare" (Bayrou)

 Le président du MoDem François Bayrou a salué aujourd'hui la mémoire de l'helléniste et académicienne Jacqueline de Romilly, décédée hier, estimant qu'elle était "un phare" de la pensée.

"Au moment où Jacqueline de Romilly s'en va, nous sommes nombreux à avoir envie de lui dire notre affection et notre reconnaissance", a déclaré François Bayrou. Elle "était un phare, à la fois par l'immense culture, la volonté de se battre sans cesse pour défendre les bases de cette culture à laquelle elle croyait - et en particulier la langue grecque - et aussi une infatigable volonté d'être présente par l'écriture", a-t-il poursuivi.

"Jacqueline de Romilly vivait la culture grecque et aimait la langue grecque comme une langue et une culture vivantes. Pour elle, les Grecs du Vème siècle étaient des contemporains en Humanité. Elle découvrait par eux l'idée que la liberté accomplit la nature humaine et que la démocratie comme projet politique est l'accomplissement de cet épanouissement", a-t-il ajouté.

"Toute la sensibilité de cette femme exceptionnelle et son inaltérable engagement ont été et seront, pour tous ceux qui partagent sa conviction et son combat, un repère et un encouragement", a-t-il conclu.

BAYROU, PAUVRE INCULTE, PARLE-IL SEULEMENT UN PEU LE GREC ? 

Jacqueline de Romilly

JACQUELINE DE ROMILLY EST MORTE,
LA GRÈCE CLASSIQUE AUSSI

Elue à l'Académie française en 1988, Jacqueline de Romilly s'est consacrée à la civilisation et la langue de la Grèce antique, rédigeant de nombreux ouvrages à succès. Elle est décédée à l'âge de 97 ans.


SOUS LE CHOC, J'Y REVIENDRAI PLUS TARD.

samedi 18 décembre 2010

Du brouillard au sommet de l’UE

Sauver l’euro : encore une fois, le sommet européen qui se tient les 16 et 17 décembre doit décider des moyens de stopper la crise. Mais à Bruxelles, décideurs et observateurs ne semblent plus vraiment savoir où ils vont. 
 La crise a mis l’Europe dans un drôle d’état. S’il fallait un mot pour décrire l’Union aujourd’hui, ce serait "écartelée". Certains pays veulent à tout prix sauver leurs partenaires surendettés, d’autres refusent catégoriquement. Certains veulent maintenir l’euro, d’autres veulent revenir aux monnaies nationales. En un an tout a changé.
Les hauts diplomates polonais en poste à Bruxelles font honneur à leur fonction quand on leur demande, le soir autour d’une bière, si leurs compatriotes veulent toujours de la monnaie unique.
La plupart laissent échapper un soupir. "Oui, l’euro", il est en crise celui-là. N’empêche. Cela ne changerait rien à la volonté de Varsovie de troquer ses zlotys contre la monnaie européenne. Mais quand ? Cela reste une question ouverte. S’ensuit un clin d’œil diplomatique. Avant cela, il faut voir si les plans de sauvetage suffisent et si les pays arrivent à rembourser leur montagne de dette. Certes, ces dernières semaines, on a plutôt été soulagé de ne pas être membre de la zone euro, mais c’est bien compréhensible, non ?

Des propositions franco-allemandes sans saveur

Les Polonais éprouvent le même sentiment à l’égard de l’euro que bon nombre de chefs de gouvernement européens à l’égard des propositions allemandes pour sortir de la crise : ils sont partagés. Entre rejet total et soutien absolu, la plupart des Etats membres tergiversent, explique un haut diplomate d’un petit pays. Oui, les Allemands ont souvent raison en la matière. Mais on ne veut pas toujours rester collé aux basques de Berlin. Ni de Paris d’ailleurs. "Nous n’avons plus d’appétence pour les propositions franco-allemandes", confirme un haut diplomate d’un grand pays.
Les hésitations des chefs de gouvernements ne font qu’ajouter à cette ambivalence. Nicolas Sarkozy voulait encore convaincre ses partenaires d’emprunter plusieurs milliards d’euros avant la fin de l’année. Cet argent devait créer un "choc de croissance" et propulser l’Europe hors de la crise. Un peu de temps et deux paquets de sauvetage plus tard, l’entreprenant Français semble n’être que l’ombre d'Angela Merkel.
Parmi les nouveaux hésitants figure à présent le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker. Celui-ci a tenté à grand renfort d’interventions de convaincre ses partenaires de financer une partie des dettes par des emprunts communs, sans grand succès. Après le refus clair et net de Paris et de Berlin, les emprunts communs ne sont pas à l’ordre du jour du sommet européen.
Par ces déclarations, le gardien désigné de l’euro ne fait qu’augmenter le désarroi autour de la monnaie unique. Il agace en outre certains de ses camarades qui laissent entendre d’où viendrait l’idée des emprunts communs. Ces derniers expliquent que dans l’usine à concepts de Bruxelles et de la Commission européenne se trouvent des fonctionnaires et des économistes engagés qui cherchent à amener les pays européens dans une union toujours plus étroite.

Quelque chose de bizarre dans le comportement des chefs d'Etat

Bon nombre d’entre eux sont issus des pays fondateurs de l’Europe. Ils voudraient à présent définir des normes économiques et sociales communes. Le repli national que l’on observe dans de nombreux pays va toutefois à l’encontre de leur projet. C’est pourquoi les commissaires européens se gardent bien d’en parler officiellement.
Pour comprendre que les atermoiements des politiques n’aident en rien à régler cette crise, il suffit de regarder la réaction des Bourses et des décideurs financiers. Ces derniers ne s’intéressent que modérément à l’agitation de Bruxelles et continuent de miser contre l’euro. Juste avant le sommet européen, les agences de notation ont menacé de rabaisser la note d’autres pays lourdement endettés [l’Espagne et la Belgique].
Par conséquent, les chefs d’Etat et de gouvernement tentent de faire passer leurs réunions pour de simples conférences de travail. A Berlin, on parle de "sommet parfaitement normal". Il y a pourtant quelque chose de bizarre dans leur comportement. Même le patron de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, est annoncé. Voilà qui est inhabituel. Il était déjà présent au sommet extraordinaire de mai dernier à propos de la crise grecque. Deux jours après, l’Union européenne adoptait un plan de stabilisation de 750 milliards d’euros.

De vraies décisions, SVP !

Ni les plans de sauvetage ni le rachat par la Banque centrale européenne de titres de dettes souveraines n’ont permis de sortir de la crise. Les dirigeants européens doivent désormais adopter une stratégie claire et des processus de décision fiables, écrit un économiste polonais. 

Le caractère temporaire et inefficace des décisions prises il y a plusieurs mois nous apparaît clairement aujourd’hui. La question n’est pas de savoir si les fonds dégagés pour sauver les économies en difficulté étaient suffisants ou non, mais bien de comprendre que ces décisions n’ont fait que repousser les problèmes au lieu de les résoudre.
Les Etats dits périphériques de la zone euro souffrent de problèmes structurels qui les empêchent d’être compétitifs. A cela s’ajoute une dette souveraine faramineuse qu’il est, à l’heure actuelle, fort peu probable de voir un jour entièrement remboursée. Le fait de remettre les réformes à plus tard ou de ne pas reconnaître leur nécessité n’a fait qu’aggraver la situation. Toutefois, le véritable problème de la zone euro est son manque de stratégie.
Il est aujourd’hui évident que les Etats de la zone euro n’ont pas véritablement réfléchi à une stratégie de sortie de crise. Tant que cette crise des liquidités ne concerne qu’un petit pays, ses partenaires sont capables de lever relativement vite les fonds nécessaires pour couvrir ses besoins de financement pour quelques années. Toutefois, si c’était un pays important qui se trouvait en difficulté, ses voisins mêmes les plus solides pourraient avoir du mal à trouver les financements nécessaires.

Le rôle de la BCE n'est pas de venir en aide aux pays endettés

Il est clair aujourd’hui que personne n’a sérieusement analysé la situation. Si l’idée de faire reprendre les dettes des pays en difficulté par la BCE pouvait être concevable comme solution d’urgence il y a quelques mois, elle ne peut en aucun cas être considérée comme une solution définitive.
Tout d’abord parce que le rôle de la BCE n’est pas de venir en aide aux pays endettés mas de garantir la stabilité de la monnaie unique. La BCE a beau souligner qu’elle "stérilise" ses rachats d’actifs en retirant du marché le surplus de base monétaire qui en résulte, le fait que la stabilité des prix ne soit pas son objectif principal discrédite son action. Or, c’est sur ce degré de crédibilité que les consommateurs se fondent pour anticiper le niveau de l’inflation.
L’opacité des processus de décision européens est un autre problème préoccupant. Il existe trois centres décisionnels en Europe : le président de la commission, José Manuel Barroso, le président du conseil européen, Herman von Rompuy, et le "super duo" formé par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Les deux premiers, qui essaient de définir une solution cohérente pour l’ensemble des Etats membres, découvrent subitement que toutes les décisions ont déjà été prises lors de la rencontre Sarkozy-Merkel. Cela ne serait pas si dramatique si leurs propositions étaient compatibles. Hélas, elles sont un compromis entre deux approches radicales : une union des transferts / obligations et une union d’Etats autonomes. Ce genre de compromis débouche rarement sur des solutions pertinentes.

Les marchés financiers ne croient plus les responsables européens

La crainte d’un effondrement de la zone euro pourrait, au bout du compte, contribuer à l’émergence d’une solution acceptable. Les marchés financiers ne croient plus les responsables européens. Ils ne réagissent plus à l’annonce des divers plans de sauvetage. En réalité, Berlin est même opposé à toute nouvelle levée de fonds pour aider l’Espagne. Aujourd’hui, les responsables européens doivent prendre des décisions concernant l’ajournement du remboursement des dettes accumulées par leurs partenaires en difficulté.
La perspective d’une dislocation de la zone euro n’inquiète pas seulement les pays périphériques, les grandes économies se font également du souci. Ce sont en réalité ces pays qui ont le plus profité de l’arrivée de l’euro. C’est grâce à la monnaie unique que l’Allemagne est devenue le premier pays exportateur au monde en l’espace de dix ans. Plus de 40% de ses exportations sont destinées à d’autres pays de la zone euro. Si l’euro était abandonné et que les monnaies nationales étaient réintroduites, le deutsche mark enregistrerait la plus forte hausse de valeur. L’Allemagne perdrait toute sa marge de compétitivité tandis que les pays aujourd’hui frappés par la crise redeviendraient compétitifs.
C’est paradoxalement l’Allemagne qui le plus profité de l’euro et devrait faire le maximum pour sauver ce grand projet européen. Pour ce faire, l’Europe a besoin de mesures drastiques et décisives, et non de compromis ou de manœuvres dilatoires.

Captain Beefheart, musicien et peintre, est mort

Le musicien et artiste-peintre Don Van Vliet, plus connu sous le pseudonyme de Captain Beefheart, est mort en Californie à l'âge de 69 ans, a annoncé vendredi la Michael Werner Gallery de New York exposant ses tableaux. Il souffrait de sclérose en plaques.


Captain Beefheart et son groupe, le Magic Band, ont agité le monde de la musique dans les années 1960, proposant une œuvre expérimentale mêlant rock et blues. Adepte du décalage entre rythme et paroles, Captain Beefheart avait collaboré avec Frank Zappa, qu'il connaissait depuis ses années adolescentes.

Né le 15 janvier 1941 à Glendale, en Californie, Van Vliet et le Magic Band ont publié leur premier album, Safe as Milk, en 1967. Deux ans plus tard, ils enregistrent "TroutMask Replica", un disque acclamé par la critique mais qui ne rencontre pas le succès musical.
Captain Beefheart poursuit sa route, les membres du Magic Band changent. En 1982, il livre avec Ice Cream for Crow son dernier album avant de se consacrer à la peinture.
DÉJÀ ORPHELIN DE FRANK ZAPPA, JE ME RETROUVE DÉMUNI DEVANT CETTE NOUVELLE DISPARITION D'UN GÉNIE MUSICALE QUI NE SERA PAS REMPLACÉ.

Stuttgart, voie de garage pour Merkel?

La prospère capitale du Bade-Wurtemberg cristallise, autour de sa gare, les difficultés de la chancelière. 


Le collier de perles a fait la différence. En un ou deux passages sur les plateaux de télévision, Christine Oberpaur est devenue l’icône de la contestation qui s’est emparée de la paisible Stuttgart et menace à présent la chancelière Angela Merkel. Cette aimable sexagénaire le confie benoîtement: "Je suis une brave bourgeoise qui, toute sa vie, a voté pour les chrétiens-démocrates de la CDU. Mais quand on voit ce qui s’est passé ici… Un monde s’est écroulé." Quel crime a donc commis le parti d’Angela Merkel pour mériter pareil opprobre, à trois mois d’une élection régionale aux enjeux désormais nationaux? Après quinze années de tergiversations ont débuté récemment les travaux de la nouvelle gare. Baptisé Stuttgart 21, ou "S21", le projet vise à doter la sixième ville d’Allemagne (près de 600.000 habitants) d’une gare du XXIe siècle. Aujourd’hui cul-de-sac, celle-ci permettra de relier Paris à Budapest par le TGV.
Le Bade-Wurtemberg est le Land le plus riche d’Allemagne; le train a le vent en poupe dans un pays ouvert à l’écologie ; Stuttgart deviendra un nœud ferroviaire majeur: comment ne pas être séduit? "Sur le papier, le projet était parfait. L’ennui est que les autorités n’ont pas pris en compte la dimension émotionnelle de la question et ont refusé d’entendre les demandes de démocratie", analyse Henrik Uterwedde, directeur adjoint de l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg. Monument classé, aux allures de pénitencier, la gare actuelle devrait être rasée pour laisser place à un dispositif entièrement souterrain. Les travaux obligeraient à abattre près de 300 grands arbres du parc voisin. Et le coût du projet avoisine les 5 milliards d’euros, montant jugé déraisonnable par beaucoup. "Du coup, la mobilisation va bien au-delà des activistes habituels et touche cette bourgeoisie ronronnante, reprend Henrik Uterwedde. Sans compter que les manifestations pacifiques ont été violemment réprimées et qu’il y a bien longtemps que les Verts du Bade-Wurtemberg ne font plus peur."

Emmenés par un catho pratiquant, les écolos menacent la CDU

Emmenés par Winfried Kretschmann, un catholique pratiquant de 62 ans aux cheveux blancs coiffés en brosse, qui prône l’équilibre budgétaire, les écologistes des Grunen sont crédités de près de 30% des voix aux régionales du 27 mars. Pas suffisant pour l’emporter mais bien assez pour faire chuter la CDU, qui règne ici depuis cinquante-huit ans. "Nous n’avons pas su expliquer les raisons du coût des travaux, reconnaît Christine Arlt-Palmer, tête de liste CDU sur l’un des quatre secteurs de Stuttgart. Nous n’avons pas non plus su prendre en compte les inquiétudes de la population, ce que les Verts ont exploité à merveille."
Incapable d’envisager une défaite dans le bastion du Bade-Wurtemberg, Christine Arlt-Palmer admet cependant que "si nous perdons, nous risquons une grave crise au sein de toute la CDU". "Une situation explosive", estime aussi le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Car malgré des performances économiques uniques en Europe en ces temps de tourmente financière, Angela Merkel voit sa cote de popularité s’écrouler: 72% d’opinions favorables en août 2009, 41% ces jours-ci. La faute à des chamailleries publiques au sein de la coalition, à la baisse des allocations chômage et familiales, à l’implication du pays en Afghanistan…
La perte de Stuttgart en mars et peut-être de Berlin en septembre, lors d’une des cinq autres élections locales prévues en 2011, pourrait entraîner la chute prématurée de la chancelière. Mais curieusement, même ses adversaires n’osent y croire. Historien d’art et architecte de formation, spécialiste de la gare de Stuttgart, à laquelle il a consacré un ouvrage, Martin Roser a créé la section locale des Verts en 1981. Il a certes assisté à des scènes inouïes: "Dans mon quartier, tous les habitants sont des fidèles de la CDU. Et pourtant ils ont collé des vignettes “Non à S21” à l’arrière de leur Porsche!" Mais ces nantis qui, hier encore, devaient manifester par dizaines de milliers dans les rues de Stuttgart, iront-ils jusqu’à voter Verts, un choix révolutionnaire pour bon nombre d’entre eux? "J’ai peur que le naturel finisse par reprendre le dessus", confie-t-il.

Crise de la dette : le grand écart du Traité de Lisbonne

L'introduction de deux petites phrases dans le texte du traité révolutionne la philosophie de l'Union monétaire, désormais aussi bancale que la situation financière de la zone euro.

 Les vingt-sept se sont félicités, après le Conseil européen qui s'est tenu jeudi et vendredi, d'avoir procédé à une révision « light », mineure, du traité de Lisbonne. Pour preuve, il ne s'agit que de deux phrases ajoutées à l'article 136, qui ne concerne que les pays de la zone euro. Cette modification ne nécessitera d'ailleurs pas une révision en bonne et due forme du traité mais une procédure simplifiée : pas de convention préalable, pas de conférence intergouvernementale, un simple avis conforme de la Commission et du Parlement européen, la signature des chefs d'Etat et de gouvernement et une ratification nationale par chaque Etat membre. « Il n'y a pas de transfert de compétences à l'Union. C'est pourquoi les ratifications dans les Etats passeront par un simple feu vert parlementaire et n'exigeront certainement pas de référendum », soulignent les diplomates.

Pourtant, l'introduction de ces deux phrases dans le texte du traité révolutionne la philosophie de l'Union monétaire. La première, en particulier indique que « les Etats membres dont la monnaie est l'euro peuvent établir un mécanisme de solidarité qui pourra être activé s'il était indispensable de sauvegarder la stabilité de la zone euro dans son ensemble ». Cet engagement est en contradiction flagrante avec un autre article du traité, l'article 125 qui interdit tout soutien financier des institutions européennes (Banque centrale européenne y compris) et des Etats membres à un pays de la zone euro en difficulté. C'est le fameux principe du « no bail-out », fondement, jusqu'ici, de l'Union économique et monétaire. Lors de la création de la monnaie unique, il était clair en effet que si la politique monétaire devenait commune, les politiques budgétaires demeuraient, elles, aux mains des Etats membres, leur responsabilité restant entière quant à leur gestion des finances publiques.
Imposée par l'Allemagne, cette mesure devait la protéger contre toute dérive budgétaire de l'un ou l'autre de ses partenaires qui auraient cherché à se défausser de sa dette sur les plus vertueux. C'est pourtant exactement ce qui s'est passé. Aujourd'hui, sous la pression des marchés, les moins vertueux de la zone menacent tout le système, obligeant leurs voisins à les sauver de la faillite. La fragilité du traité de Maastricht est mise à nu. La solidarité s'est imposée, de force plus que de gré au point de balayer le principe de responsabilité individuelle. Pourtant, les autorités allemandes n'ont pas voulu toucher à cet article 125 qui doit rester le garde fou de leur engagement européen et le fondement d'une zone euro idéale, véritablement intégrée et sans grave déséquilibre entre ses membres. Le traité de Lisbonne dit donc désormais une chose et son contraire. Il est désormais aussi bancal que la situation financière de l'Europe.

Henri IV retrouve sa tête

Retrouvée dans l'armoire d'un retraité et authentifiée par une équipe de légistes, la tête momifiée d'Henri IV devrait rejoindre le reste de la dépouille royale à la basilique Saint-Denis, près de Paris, où sont enterrés les rois de France.

Alors que l'on célèbre le 400e anniversaire de la mort du "bon roi", assassiné de deux coups de poignard dans le coeur par Ravaillac en mai 1610, une équipe de 19 chercheurs français a annoncé avoir authentifié son crâne, dont on était sans nouvelle depuis les années 50.
Leurs conclusions ont été publiées jeudi par le British Medical Journal: la tête brunie, où l'on distingue la trace d'une barbe et d'une moustache aux poils roux et blancs mêlés, est bien celle d'Henri IV, dont le cadavre avait été exhumé et décapité à Saint-Denis par les révolutionnaires en 1793.
Les détails des recherches scientifiques devaient être présentés jeudi à Paris lors d'une conférence de presse au Grand Palais. Des légistes, des historiens, des paléopathologues (spécialistes des pathologies, symptômes et maladies d'autrefois) mais aussi des parfumeurs ont participé à l'étude.
Ils se sont fondés sur les caractéristiques connues du visage d'Henri IV, qui avait une tache sombre sur le nez, portait une boucle d'oreille à l'oreille droite et avait une cicatrice aux lèvres datant d'une tentative d'assassinat en 1594.
Le crâne correspond au moulage fait juste après la mort du "Vert galant" conservé à la bibliothèque Sainte-Geneviève, à Paris, qui porte un grand front, un gros nez et un menton carré.
TRIBULATIONS ENTRE FRANCE ET ALLEMAGNE
Même si les techniques scientifiques les plus avancées ont été utilisées, aucune analyse ADN n'a pu être réalisée, peut-on lire dans le British Medical Journal.
"Il était impossible de retrouver des traces d'ADN mitochondrial non contaminé sur les échantillons et donc aucune comparaison n'était faisable avec les autres reliques du roi ou de ses descendants", explique l'équipe, dirigée par le Pr Philippe Charlier, déjà célèbre pour avoir révélé l'empoisonnement d'Agnès Sorel, favorite du roi Charles VII.
L'étude des méthodes d'embaumement a fourni d'autres indices décisifs, souligne l'étude.
Henri IV avait demandé avant sa mort, à 57 ans, d'être embaumé "selon la mode italienne", qui consistait à ne pas ouvrir le crâne et permettait une conservation dans le meilleur état de la tête.
Cette dernière a été retrouvée en 2008 par un journaliste-documentariste, Stéphane Gabet, chez un retraité de 84 ans habitant dans l'ouest de la France.
Cette découverte a mis fin à plus d'un siècle de "tribulations, réapparitions et disparitions" de la tête, entre la France et l'Allemagne, raconte Jacques Perot, qui préside la Société Henri IV.
"C'est la fin d'une vraie enquête policière avec de nombreux rebondissements", s'enthousiasme l'ancien conservateur du château de Pau, où était né Henri IV en 1553.
FUNÉRAILLES OFFICIELLES ?
Le crâne, qui était passé entre les mains de plusieurs collectionneurs au tournant du XXe siècle, était emballé dans un linge et rangé dans un coffret en bois sur l'étagère d'une armoire, à l'insu des enfants du retraité.
Après la décapitation de 1793, on perd la trace de la tête jusqu'au milieu du XIXe siècle.
En 1919, un antiquaire de Dinard, Joseph-Emile Bourdais, l'acquiert lors d'une vente aux enchères. Il la montre dans un "petit musée de Montmartre avant de la proposer au Louvre, qui la refuse, doutant de son authenticité", raconte Jacques Perot.
Le crâne est ensuite racheté à l'héritière de Bourdais et on perd sa trace. "Qu'on l'authentifie cette année est une sorte de couronnement du 400e anniversaire, un clin d'oeil de l'Histoire", souligne l'historien, qui a vu "en face-à-face" le roi à qui il a consacré "une grande partie de sa vie".
Si l'étude publiée à Londres évoque une "cérémonie de funérailles officielles" pour réunir la tête et le corps d'Henri IV, à la basilique Saint- Denis, nécropole des rois de France, on est encore sous le coup de la surprise totale.
"Pour l'instant, rien n'est prévu", dit Patrick Monod, administrateur de la basilique, "mais il ne serait pas anormal que ce crâne revienne ici d'une manière ou d'une autre".
La maison Bourbon, héritière des rois de France, serait favorable à un retour à Saint-Denis, cinq ans après celui, en grande pompe, du coeur de Louis XVII, le fils de Louis XVI et Marie-Antoinette.
Mais cela pourrait tourner au casse-tête juridico-administratif, note Patrick Monod.
"C'est à la fois un objet archéologique, le morceau d'une histoire privée et familiale et un objet mobilier qui appartient à l'Etat au titre des collections de la basilique", fait-il valoir.

Un homme politique pour le réveillon ? Non merci

Pas question de passer le réveillon de Noël avec un homme ou une femme politique, disent six Français sur 10, selon un sondage BVA pour Canal+ diffusé vendredi.
Sept personnalités politiques ont été proposées aux personnes interrogées et 61% ont répondu qu'elles souhaitaient n'en inviter aucune.
Ceux qui consentent à partager la bûche avec une personnalité politique préfèrent Dominique Strauss-Kahn (23%). Viennent ensuite François Fillon (20%) puis Nicolas Sarkozy (14%), à peine plus souhaité que Ségolène Royal (13%) et Dominique de Villepin (12%).
Les invités les moins désirés sont Martine Aubry (10%) et Marine Le Pen (8%).
Sondage réalisé par internet du 14 au 15 décembre auprès d'un échantillon de 1.058 personnes représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus.