L'Etat va taxer davantage les offres alliant Internet, téléphone et télévision pour répondre aux exigences de Bruxelles, a laissé entendre, mercredi 25 août, le ministre du budget, François Baroin, dans un entretien sur Europe 1."Le statut quo sur le triple play n'est pas possible. On a une injonction de Bruxelles qui nous pousse à bouger. On va bouger suffisamment pour être en ligne sur le plan économique
avec Bruxelles", a-t-il déclaré.
Mardi, Bercy avait confirmé à demi mots des informations des Echos. Mais le nouveau régime de taxation n'a pas encore été défini et l'exécutif doit décider dans les prochaines semaines s'il l'insère dans le budget pour 2011 ou s'il remet cette épineuse question à plus tard, avait-on précisé dans l'entourage de la ministre Christine Lagarde.
INJONCTION DE BRUXELLES EN MARS
Actuellement, 50 % de la facture "triple play" des abonnés français profite d'une TVA au taux réduit de 5,5 %, autorisée par les instances européennes pour les services de télévision, l'autre moitié étant soumise au taux normal de 19,6 %.
En mars, la Commission européenne avait mis en demeure la France de revoir ce dispositif, estimant notamment que la télévision représente en réalité moins de la moitié de la facture des abonnés. Et ce d'autant que certains clients n'utilisent pas l'offre de télévision, surtout dans les zones où le débit est trop faible pour pouvoir en profiter.
mercredi 25 août 2010
Le gouvernement veut davantage taxer le "triple play"
Dialogues avec mon cancer
LE BRUIT DES GLAÇONS Bertrand Blier, souvent à prendre ou à laisser, n’a jamais réalisé un film banal. Pas un seul. Une marque de fabrique en soi que cette originalité de ton, d’angle d’attaque, pour des genres cinématographiques, des histoires ou des situations qui pourraient l’être. Relations tordues entre hommes et femmes, difficulté de se faire sa place au soleil, sentiment de l’échec.
Mais depuis sans doute son premier film, Les Valseuses, le cinéaste n’avait plus à ce point trouvé une telle dynamique d’un duo d’acteurs. Ce qu’il fait ici avec une audace peu fréquente au cinéma. Alors que la mort s’incarne régulièrement (se personnifie) depuis l’invention du cinéma, la maladie, elle, n’avait pas eu droit à un tel traitement. Avec une
variation même puisque ce sont en fait deux cancers – l’un pour la France du haut, l’autre plus prolétaire (géniale Myriam Boyer) – qui prennent leurs aises dans cette belle demeure du Midi de la France (c’est arrivé près de chez nous, dans le Gard).
Soit donc Jean Dujardin, dont la seule relation profonde et visible qui le maintient vivant est celle qu’il entretient avec son seau à glace permanent et ses très éphémères bouteilles de vin blanc. Un alcoolisme farouchement assumé, dans une maison devenue trop grande pour lui et sous le regard silencieusement amoureux de sa discrète gouvernante (Anne Alvaro, juste sublime). A la dérive mais pas totalement mûr encore pour mourir ou souffrir. L’est-on jamais ?
Bertrand Blier (Le Bruit des glaçons) : son oeuvre en images
envoyé par peopleforcinema. - Les dernières bandes annonces en ligne.
Qui d’autre que Blier pouvait donner à ce drame intime, intelligemment nourri de personnages et de fantômes secondaires, le rythme de la comédie, cette saveur du dialogue, cette acidité de l’ironie, la possibilité aussi d’une introspection partageable ? Personne sans doute et on notera au passage qu’à la causticité redoutable de cet auteur s’ajoute ou se substitue parfois comme une lueur d’espoir, une tendresse nouvelle, comme un mot aussi idiot que le mot "printemps". Noir sujet donc pour un film qui est tout sauf désespéré ou désespérant.
Le Bruit des glaçons - Bertrand Blier - Clip n°3 (HQ)
envoyé par 6ne_Web. - Court métrage, documentaire et bande annonce.
Jean-François Bourgeot
TVA, taxe Google, ISF : Baroin jette les bases d'une convergence fiscale avec l'Allemagne
Le ministre du Budget, François Baroin, s'est rendu hier à Berlin pour rencontrer le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, et dégager des axes de convergence fiscale entre les deux pays.
Réduire les écarts de compétitivité en Europe, en commençant d'abord par la France et l'Allemagne : c'est le voeu exprimé par Nicolas Sarkozy le mois dernier, et qui s'est traduit hier par un premier déplacement
du ministre du Budget, François Baroin, à Berlin. Celui-ci a multiplié les rencontres, à gauche comme à droite, prouvant ainsi qu'après avoir émis des réserves sur la stratégie allemande jugée trop « égoïste », la France semble plus que jamais décidée à coller à son puissant partenaire. Un pays qui, en matière budgétaire, fait toujours office de modèle : « Quelle que soit leur sensibilité politique, tous les Allemands sont d'accord, ou presque, pour affecter les surplus de recettes [dus à la révision de la croissance à 3 % cette année, NDLR] au désendettement. En France, non », a résumé François Baroin à l'issue de son entretien avec la députée de gauche Petra Merkel (SPD), présidente de la commission budgétaire. « L'Allemagne est un modèle dont nous devons nous inspirer, a-t-il insisté à l'issue de ses entretiens, devant la presse. Le consensus politique sur la réduction des déficits dans la société allemande est assez spectaculaire. »
A plus long terme, le gouvernement espère bien obtenir le soutien de l'Allemagne sur plusieurs sujets fiscaux de première importance. Le calendrier n'a rien d'anodin : la Cour des comptes vient d'entamer un état des lieux sur les systèmes fiscaux des deux pays. Le niveau de prélèvements est certes proche, 42,8 % pour la France et 39,5 % pour l'Allemagne. « Mais ces chiffres globaux recouvrent des réalités différentes », indique Nicolas Sarkozy dans sa lettre de mission (lire ci-dessous). L'Allemagne, par exemple, ne dispose ni de l'impôt de solidarité sur la fortune… ni du bouclier fiscal ! Cela est évidemment regardé de près par l'Elysée.
Arracher un accord européen
France et Allemagne promettent aussi d'oeuvrer de concert pour avancer à Bruxelles une proposition de taxation des activités numériques (Google, eBay, etc.), imposées dans le pays où se situe leur siège social (Irlande, Luxembourg, etc.), et non là où sont générées les richesses. La France avait envisagé d'agir seule en début d'année, en vain. Elle espère que son rapprochement avec l'Allemagne lui permettra d'arracher un accord européen, et de récupérer les milliards d'euros de recettes qui lui échappent chaque année. « C'est un enjeu primordial pour la France et l'Allemagne », insiste François Baroin. A plus long terme, le gouvernement veut également réfléchir à une convergence des taux de TVA : les taux réduits (appliqués à l'hôtellerie et à l'alimentation) sont plus élevés en Allemagne qu'en France, mais le taux normal y est plus bas (19 % au lieu de 19,6 %).
François Baroin s'est également rendu en Allemagne pour chercher un soutien face au Parlement européen, qui souhaite augmenter le budget de l'Union jusqu'à 4,9 %, à contre-courant des efforts budgétaires entrepris dans chacun des pays. Un état de fait inacceptable du point de vue de la France, qui refuse de voir sa contribution augmenter (de 1,5 milliard à compter de 2013). Il se rendra à Londres à la mi-septembre dans le même objectif.
Lucie Robequain
Cohérence. Par une lettre de mission en date du 2 août, Nicolas Sarkozy charge Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes, d'un état des lieux des systèmes fiscaux français et allemand, « afin que nos gouvernements soient en mesure de prendre des décisions pour aller vers davantage de convergence fiscale tant dans le domaine de la fiscalité des entreprises que dans celui de la fiscalité des particuliers ». Un groupe de travail doit être constitué ces prochains jours, composé de membres de la Cour des comptes et de personnalités extérieures (économistes, fiscalistes). Il travaillera en parallèle de la Bundesfinanzakademie. Un rapport d'étape sera transmis dès fin septembre. Le rapport final est attendu pour la fin de l'année. L'Elysée a déjà fixé les priorités : côté entreprises, il demande à la Cour d'analyser les différences d'assiette entre les deux systèmes d'impôt sur les sociétés et leur impact sur la compétitivité. « Dans le domaine de la fiscalité des particuliers, une attention particulière sera portée à la cohérence globale de nos systèmes de prélèvements sur le revenu et le patrimoine », indique la lettre de mission.
Tous les gouvernements occidentaux sont contraints à une rentrée sous le signe de la rigueur. La France ne peut pas faire exception, quels que soient les mots employés. Partout, il faut solder les comptes publics de la crise. Il a fallu creuser des déficits profonds pour faire face à la menace d'effondrement des systèmes financiers. Aujourd'hui, ces déficits eux-mêmes menaceraient toute l'économie si l'on n'entreprenait pas de les résorber.
Rien d'étonnant, dans ces conditions, si tous les gouvernements sont à la peine dans les sondages. Merkel et Sarkozy sont au plus bas ; Obama risque de perdre les élections au Congrès, en novembre ; en Italie, la majorité se déchire entre Berlusconi et Fini ; quant aux Anglais, ils viennent de congédier le gouvernement travailliste et d'appeler une coalition (fragile) entre conservateurs et libéraux.
Partout, il faut freiner la dépense publique et relever les impôts. En France, le gouvernement joue avec les mots en parlant de « raboter » les niches fiscales. Cela revient évidemment à relever des impôts. Les mesures envisagées ne seront d'ailleurs pas suffisantes, avec une croissance économique ramenée de 2,5 % à 2 % l'an prochain, car cela réduira les rentrées fiscales.
Il faudra donc aller plus loin dans les relèvements d'impôts. Pourquoi ne pas suspendre pour trois ou quatre ans le « bouclier fiscal », adopté avant que la crise ne produise tous ses effets ? Il ne serait pas anormal qu'en période d'austérité, les détenteurs des revenus les plus élevés (principaux bénéficiaires du « bouclier ») fassent un effort exceptionnel.
Les moteurs de l'avenir
Tout cela ne suffira pas pour remettre l'économie française sur un chemin de croissance durable. À vrai dire, nous ne sortirons pas de la crise. Nous entrerons dans un monde nouveau où les moteurs de la croissance devront changer si l'on veut revenir au plein-emploi, c'est-à-dire à un taux de croissance moyen de l'ordre de 3 % l'an. Notons que, depuis vingt ans, nous sommes demeurés autour d'une croissance de 2 % seulement. Notre objectif doit être de ramener le taux de chômage autour de 4 % (il est actuellement de 9,5 %).
Quels seront les moteurs de cette nouvelle croissance ? La conquête de nouveaux marchés dans les zones du monde qui sont entrées dans l'âge du développement, singulièrement l'Asie. Les investissements dans les nouvelles technologies, non seulement l'informatique, mais aussi les nanotechnologies (nouveaux matériaux notamment), et les biotechnologies (sciences du vivant). Enfin l'écologie pour économiser la nature, notamment dans le bâtiment, l'énergie et l'agriculture.
Ce n'est qu'en avançant dans ces directions ce qui demandera plusieurs années que nous retrouverons des taux de croissance de l'ordre de 3 % et le plein-emploi. La rigueur ne sert pas à grand-chose si elle ne débouche pas sur de la vigueur.
C'est une intrigue à la Agatha Christie dans ses « Dix petits nègres ». Combien seront-ils encore autour de la table du salon Murat dans trois mois ? Qui est sur la liste ? Qui est condamné ? Qui est en sursis ? Qui sera éliminé en premier ? Qui peut survivre ? Qui se suicidera (politiquement) en programmant son effacement avant que ne lui soit porté le coup fatal ?
En annonçant longtemps à l'avance un remaniement ministériel en profondeur sans préciser qui serait sacrifié, le président de la République a utilisé un ressort de roman policier. La cruauté du procédé n'est peut-être pas aussi volontaire qu'on le fantasme, mais il est bien réel. Quoi qu'ils en disent, c'est bien la peur, ou au moins la crainte, qui étreindra les ministres ce matin quand ils se rendront à l'Élysée pour leur premier conseil de la saison.
Peuplées de tant d'incertitudes, les vacances ont été encore moins sereines qu'à l'ordinaire. Malgré les traditionnelles invitations au repos du président, chacun est resté sur ses gardes, prêt à faire preuve de sa fameuse disponibilité « 24 h sur 24 », prêt à saisir l'occasion de se racheter aux yeux du prince. Concentré. Pas de faute, pas de faute !, comme disent les sportifs.
Au palais, le rituel calme et silencieux prévaudra, comme il est d'usage, mais si les états d'âme étaient sonores, le vacarme sombre et tendu des spéculations inquiètes le submergerait. On jauge les chances de maintien de François Fillon à son allure. On scrute le sourire un peu raide de MAM, favorite pour sa succession. On tente de déchiffrer les silences de Jean-Louis Borloo en évoquant son « déjeuner secret » avec Nicolas Sarkozy...
Étrange rentrée, décidément, où se télescopent des forces contraires. La gravité du calendrier ne s'accommode pas forcément avec la précarité ministérielle. Le chef de l'État a peut être voulu galvaniser les énergies en organisant le danger mais peut-on travailler correctement et durablement sur des dossiers aussi sensibles que les retraites avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête ?
Certains ont déjà fait une croix sur leur avenir ministériel et attendent déjà la fin de l'aventure -comme Bernard Kouchner-, d'autres jouent de leur instinct de survie, sans compter ceux, perdus dans le brouillard, qui espèrent un changement de portefeuille. Quelques-uns fayotent, même, mais la plupart sont affreusement mal à l'aise avec l'affaire des Roms et la nouvelle politique sécuritaire façon Hortefeux...
C'est pourtant avec cette équipe usée et en proie au doute que le président a choisi d'aller au bout des dossiers infernaux qui l'attendent. Il va l'achever jusqu'à ce que la page soit tournée, en se disant qu'après il changera tout pour écrire un nouveau chapitre.
Olivier Picard
C’est le tube de l’été au Chili. Un très long tube de forage sur lequel les mineurs ont attaché un message d’espoir. “Nous allons bien, les 33, dans le refuge.”
Depuis, c’est toute une nation qui vit au rythme de ses miraculés, bloqués depuis 19 jours au fond d’une mine, près de Copiapo, dans le nord du pays. Les radioreporters se relaient, nuit et jour, sur le site, pour raconter l’incroyable histoire des rescapés qui ont pu se réfugier dans une cavité de la taille d’un petit appartement afin d’échapper à un éboulement.
En surface, les caméras filment en continu l’opération de sauvetage qui consiste à forer un nouveau puits afin d’extraire, un à un, les malheureux coincés 700 m plus bas. Mais pas avant trois mois, selon les prévisions les plus optimistes.
En attendant, les mineurs ont reçu leur premier ravitaillement, via une sonde. Sans oublier de nombreux messages d’encouragements.
Quant à leur patron, un célèbre magnat chilien, il n’a pas tardé à soigner sa communication. Remettant à chaque famille des mineurs, un chèque de cinq millions de pesos (environ 7600 euros).
Il ne manquait plus que les Américains dans ce “blockbuster” plus vrai que nature, eux qui ont proposé l’expertise de la NASA pour favoriser la survie des héros. De là à ce que Hollywood en fasse un film...
Ne nous berçons pas d’illusions. Les emplois partis à l’étranger seront peu nombreux à revenir. Les délocalisations ne seront pas effacées par les « relocalisations ». Cependant, on sent comme un petit changement. L’exemple des quelques entreprises qui ont rapatrié leur production en France contribue à faire réfléchir les chefs d’entreprise sur la pertinence des délocalisations. Elles assurent un bénéfice immédiat en faisant baisser les coûts de main-d’œuvre. Mais elles ont aussi de lourds inconvénients : les délais de livraison de ces productions lointaines, la difficulté à s’assurer une bonne qualité de fabrication, les risques de copie par les sous-traitants.
Il semble donc aujourd’hui plus clair à bien des industriels que les transferts de production ne sont pas aussi avantageux qu’il n’y paraît au premier abord. Ils doivent en fait être réservés à deux types de situation. D’une part lorsqu’il s’agit d’objets standards à faible valeur ajoutée (les tee-shirts par exemple). D’autre part, lorsqu’il s’agit de rapprocher la production du lieu de consommation. Une entreprise française vendant beaucoup en Inde aura intérêt à y localiser la production pour être proche des consommateurs.
Un seul facteur pourrait accélérer les phénomènes de relocalisation : l’attitude des consommateurs. S’ils adoptaient dans leurs achats une forme de patriotisme, les fabrications françaises, plus coûteuses mais de meilleure qualité, retrouveraient des atouts. Encore faudrait-il trouver le moyen de garantir à l’acheteur que l’objet acheté est bien produit localement. À cet égard, il y a actuellement des marques françaises prestigieuses qui prennent de gros risques. Elles jouent sur l’image du luxe made in France tout en sous-traitant l’essentiel de la fabrication dans des pays à faible coût de main-d’œuvre, s’assurant ainsi des marges bénéficiaires maximales. Tôt ou tard, cela finira par se savoir et leur fera perdre bien des marchés, en France mais aussi dans le reste du monde.
Guillaume Goubert
Dans la primaire à droite qu'il a engagée contre les Le Pen sur le terrain de la sécurité, Nicolas Sarkozy est entrain de perdre un des socles de son électorat. Déjà choqués par le discours du Latran et la présence dans la délégation française au Vatican de personnages auxquels ils ne s'identifient guère, les catholiques pratiquants ont exprimé leur mauvaise humeur dans les urnes, ils disent aujourd'hui haut et fort leur désaccord avec les expulsions de Roms. Le président de la République avait souhaité lors du débat sur la laïcité positive que les catholiques s'expriment, il est servi. Jusqu'au pape qui sermonne la France en quelques formules aussi châtiées que vigoureuses et la rappelle au devoir « d'accueil des légitimes diversités humaines. »
L’adresse de Benoît XVI dit bien le choc ressenti par les chrétiens heurtés dans leurs convictions profondes par les rudes évacuations des camps illégaux. Si le sentiment de la gravité des faits est aussi fort c'est que nous sommes ici dans l'oeil du stigmate d'une histoire encore très présente. Certes bien réel, le problème des Roms n'est pas du même ordre que cette sinistre référence mais tout « bien pensants » qu'ils soient les catholiques savent qu'il ne peut être réglé par quelques dizaines d'expulsions.
En venant sur le terrain de la politique, l'Église ne fait aucune concession à la facilité. Elle affirme l'intégrité et la cohérence de ses valeurs. Sur le plan théologique c'est imparable. Sur le plan politique la question se pose de savoir où iront les électeurs chrétiens déçus de voir la solidarité et la charité céder le pas au pragmatisme idéologique ? Pas au trop nationaliste FN, marginalement au PS, même si l'on se souvient que la gauche avait été rénovée en d'autres temps par l'apport des mouvements catholiques opposés à la guerre d'Algérie.
Peut-être Nicolas Sarkozy, en pensant réagir à la fuite des électeurs du Front national, favorise-t-il l'ouverture d'un espace centriste, tout aussi dangereux pour lui, dans lequel se sentiraient à l'aise un de Villepin ou un Bayrou requinqué ? Voire un Hervé Morin qui irait au bout de son envie en se déclarant en rupture avec le président et en quittant rapidement le gouvernement.
DANIEL RUIZ
A droite jusqu'où ? » C'est la question que se posent, inquiets, les plus modérés des membres de la majorité, face aux déclarations guerrières de Nicolas Sarkozy et de certains de ses lieutenants sur l'insécurité, l'immigration et la délinquance, le statut des Français de fraîche date… Pour les hiérarques du PS ou du Front national, ce prurit sécuritaire serait plutôt une aubaine dans le jeu codé de la tactique électorale. Les premiers y trouvent en effet matière à s'indigner contre les « atteintes aux principes républicains » ou la « politique d'exclusion ». Les seconds se félicitent de voir dédouanés leurs thèmes favoris, et rompu le cordon sanitaire qui leur était jusqu'ici opposé. Les uns et les autres y puisent l'espoir de voir basculer vers eux soit les « vrais républicains » du centre droit, soit les « vrais Français » de la majorité. On peut penser que le président de la République chemine ainsi sur le fil du rasoir. Certains pensent qu'il risque de tomber du mauvais côté.
Si on lui fait pourtant le crédit d'un certain sens politique, on remarquera d'abord qu'il a choisi contre les « étrangers » des punitions n'ayant que des chances d'application limitées. Et que, malgré des sondages contradictoires et également tendancieux, son discours répond au total plutôt bien à la sensibilité dominante de l'opinion. Reste, pour les uns comme pour les autres, le juge suprême de la crédibilité. A cet égard, le président s'oblige évidemment à quelques résultats d'ici à l'échéance de son mandat, ce qui n'est pas sans incertitudes. Mais les dirigeants du FN les plus lucides reconnaissent qu'il leur faut encore « démontrer leur capacité à exercer demain le pouvoir ». Et Cohn-Bendit appelle la gauche à élaborer enfin « une réponse sociale, éducative et répressive ». On se demande en définitive si ce ne sont pas les résultats escomptés de Christine Lagarde qui peuvent faire pencher du bon côté ceux espérés par Brice Hortefeux.
Fin d'été pourrie sur les marchés financiers. Les devises jouent aux montagnes russes, avec une livre sterling britannique au plus bas et un yen japonais au plus haut. Les indices boursiers replongent à Paris, où le CAC 40 est repassé sous la barre des 3.500, comme à New York, où le Dow Jones pourrait bientôt enfoncer le plancher des 10.000.
Alors même que les grandes entreprises affichent de jolis résultats, les investisseurs se focalisent à nouveau sur les mauvaises nouvelles. Il est vrai qu'elles s'accumulent jour après jour aux Etats-Unis - hier, c'était l'effondrement des ventes de logements anciens, qui confirmait que l'immobilier américain ne résiste pas à l'arrêt des dispositifs de relance mis en place par le gouvernement lors de la crise. Et la Réserve fédérale a cristallisé les craintes le 10 août dernier en annonçant le maintien d'une politique monétaire très accommodante, comme si le pire était encore à venir. Depuis, le spectre du « double dip » hante les salles de marché. L'Amérique serait menacée de cette rechute dans la récession. L'Europe, elle, en serait préservée, avec une croissance qui a été globalement tonique au printemps. Mais, aux franges du continent, les clignotants se rallument. La Grèce risque de s'enfoncer dans une spirale dépressive sans remède. L'Irlande, qui avait été encensée pour sa politique anticrise, ne sort pas de la récession ni des problèmes bancaires.
A vrai dire, le « double dip » n'est pour l'instant qu'une hypothèse. Mais, dans ce paysage d'après-crise, il y a en revanche une certitude qui émerge après avoir été longtemps occultée par les gouvernements, les investisseurs et les opinions publiques : nous ne retrouverons pas le monde d'avant. La dette ne permettra pas de sortir d'une crise de la dette, contrairement à ce qu'avait cru, notamment, le président des Etats-Unis, Barack Obama. Les Européens comme les Américains veulent d'abord assainir leurs comptes, rembourser leurs emprunts. Les banques ne sont plus en mesure de leur prêter les yeux fermés. Et les Etats doivent eux aussi se serrer la vis. Après la falaise du début 2009 et le rebond qui a suivi, les pays développés sont pour des années sur un sentier de croissance faible - au mieux. Un formidable défi pour des gouvernants affrontant partout la défiance des électeurs. Et une vraie question pour les autorités monétaires qui débattront cette fin de semaine à Jackson Hole, lors de la traditionnelle université d'été de la Réserve fédérale des Etats-Unis, d'un thème évident : « Défis macroéconomiques : la décennie à venir ».
Lettre de menaces contre la communauté juive reçue à la synagogue de Drancy
Une lettre contenant des balles et des menaces contre la communauté juive a été reçue à la synagogue de Drancy en Seine-Saint-Denis, a-t-on appris mardi de sources concordantes.
Postée le 14 août, la missive a été découverte mardi lors de la première relève du courrier après une période de vacances, a dit une source judiciaire. Le courrier contient des cartouches. Des menaces sont adressées à la communauté juive, et non contre la synagogue de Drancy en particulier, a précisé la source.
Il est fait allusion aux bateaux d'aide humanitaire pour Gaza.
Le courrier contient une croix gammée, a affirmé le président du Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA), Sammy Ghozlan. Une lettre similaire a été envoyée à la synagogue de Stains, selon M. Ghozlan, information dont l'AFP n'a pu avoir confirmation.
Le président du BNVCA a demandé "aux autorités (...) de renforcer la sécurité des lieux de culte et des dirigeants communautaires tout particulièrement" à l'occasion des fêtes du jour de l'an juif et de Yom Kippour, qui vont commencer le 9 septembre.
La brigade criminelle de la préfecture de police a été chargée de l'enquête.
mardi 24 août 2010
Fillon : l'immigration irrégulière ne doit pas être «instrumentalisée»
Son étonnant silence sur la politique sécuritaire, redevenue durant l'été le cheval de bataille de Nicolas Sarkozy, avait relancé les spéculations sur son départ lors du remaniement prévu par l'Elysée. Finalement, François Fillon est sorti de son silence mardi... par l'intermédiaire d'un communiqué. En proie aux critiques de la gauche,
mais aussi au malaise dans son propre camp au sujet de la politique sécuritaire de son gouvernement, le Premier ministre François Fillon a tenté d'apaiser les esprits.
A l'issue d'une réunion à Matignon sur le thème des Roms, le chef du gouvernement a indiqué que «la lutte contre l'immigration irrégulière ne doit pas être instrumentalisée de part et d'autre. La tradition humaniste de la France va de pair avec le respect de ses lois par tous ceux qui se trouvent sur son territoire».
Brice Hortefeux (Intérieur), Eric Besson (Immigration), Pierre Lellouche (Affaires européennes) assistaient à cette réunion ainsi que le directeur de cabinet de Michèle Alliot-Marie (Justice).
Il est «du devoir de l'Etat d'assurer le respect de la légalité républicaine», insiste encore François Fillon qui rappelle que «les actions entreprises cet été sont conformes à la législation française et européenne. La très grande majorité des reconduites dans les pays d'origine sont volontaires». Un peu plus tôt mardi, l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin avait réclamé une intervention du chef de la majorité pour corriger une «dérive droitière» du gouvernement. Raffarin a notamment appelé Fillon à «prendre la parole pour expliquer les valeurs d'équilibre d'une majorité qui doit avancer avec son cerveau droit mais aussi son cerveau gauche» !
Critiques jusqu'au Conseil de l'Europe
La déclaration du François Fillon intervient alors même que le Conseil de l'Europe a dénoncé mardi «une évolution particulièrement négative» de la France sur ce sujet. La commission européenne contre le racisme et l'intolérance (Ecri) est ainsi «profondément préoccupée» par le traitement envers les Roms migrants en France et «exprime sa déception face à cette évolution » selon un communiqué publié à Strasbourg.
La critique a provoqué une réaction rapide du chef du gouvernement. François Fillon saisira mercredi le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, sur la question des Roms, en vue d'«approfondir la coordination» avec Bucarest et Sofia et «d'accentuer les initiatives dans le cadre européen».
"Il faut retrouver notre unité dans les valeurs de la République"
Le débat sur la sécurité qui agite actuellement notre pays ne peut qu'inquiéter tous ceux qui ont un profond attachement pour la France. Aujourd'hui, plus que jamais, nous devons veiller à protéger les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité qui sont le fondement même de notre République et le ciment de notre pays.
La première valeur dont il nous faut restaurer le sens, c'est la liberté.
Dans ce nécessaire débat qui a surgi au cours de l'été, il ne faut pas perdre de vue que la sécurité doit constituer, pour tous, la première des libertés. Nous ne pouvons faire l'économie de nouvelles solutions pour faire face à l'insécurité croissante en France. Notre objectif premier doit être de restaurer sur l'ensemble du territoire la sécurité à laquelle chacun a le droit.
Sur ces questions qui sont pourtant une des premières préoccupations des Français, l'opposition socialiste, engluée dans un conservatisme et des tabous idéologiques d'un autre âge, s'exprime peu et ne propose rien… et je le regrette! Force est de constater que Daniel Cohn-Bendit, en expliquant que l'Europe doit savoir ouvrir ou fermer ses portes, a plus conscience des problèmes posés par les questions de sécurité et d'immigration que ses amis socialistes. Ces derniers feraient bien de regarder autour d'eux : ils verraient comment l'Espagne contrôle l'immigration et comment l'Allemagne et l'Angleterre ont pris des mesures drastiques en matière de sécurité et de responsabilisation des familles.
La deuxième valeur sur laquelle nous devons nous interroger à la lueur de notre actualité, c'est l'égalité. La France est un pays qui donne des chances à tous, tout au long de la vie, qui accueille tout le monde à l'école, qui ne fait pas de ségrégation, qui ne compartimente pas, qui n'attise ni la haine ni les jalousies. Je peux en témoigner : pour les enfants de l'immigration, l'égalité est le vecteur et la finalité d'une intégration réussie.
Cessons de stigmatiser tous ces "Français de la diversité" comme des "enfants de l'immigration" et de les cantonner à des fonctions ou à des quotas qui les renvoient systématiquement à des origines ou des pays qu'ils ne connaissent pas.
C'est cela l'égalité à laquelle chacun doit pouvoir prétendre. Nous partageons les mêmes valeurs et le même amour pour la France. Et c'est cela qui nous unit, c'est cela la traduction concrète de la fraternité républicaine. La fraternité, c'est refuser avec la même vigueur tous les replis communautaristes et tous les comportements qui viseraient à isoler une catégorie de la population. La France n'est jamais aussi grande et forte que lorsqu'elle se montre unie, au-delà des territoires, au-delà des religions, ou des origines. Cette unité est un bien précieux que nous devons préserver.
CESSONS DONC D'OPPOSER LES FRANÇAIS LES UNS AUX AUTRES
A ce titre, le tournant pris dans le débat qui a suivi la proposition du président de la République concernant l'extension de la déchéance de la nationalité française, est regrettable.
Cette proposition prévoit une extension très encadrée d'une situation qui existe déjà dans notre droit, en s'assurant du respect des conventions internationales. Cette proposition a la vertu, par ailleurs, de nous rappeler que devenir Français n'est pas un acte anodin, et de redonner tout leur sens aux valeurs républicaines que nous avons tous en partage.
Ce n'est donc pas cette proposition mais le débat qui s'en est suivi qui n'a pas été sain : je songe en particulier à son instrumentalisation par ceux qui, pour satisfaire leurs ambitions politiques, veulent catégoriser les Français au mépris de la fraternité. Je regrette que certains aient pu se laisser aller à un amalgame entre immigration et délinquance.
Tous les immigrés et les enfants d'immigrés ne sont pas des délinquants potentiels. Nous sommes nombreux à savoir parfaitement, du fait de nos origines, ce que signifie intégrer la nationalité française. C'est une adhésion forte qui ne nous fait oublier aucune racine, mais ces racines sont un jardin qui n'appartient qu'à nous. C'est en tant que Française et sans complexe que je dis qu'il peut y avoir de la délinquance par défaut d'intégration, et que le crime n'a pas de couleur. Cessons donc d'opposer les Français les uns aux autres, au profit d'un meilleur vivre ensemble !
Notre défi aujourd'hui, en tant que responsables politiques, c'est de contribuer à créer un nouveau climat d'apaisement pour que tous les Français soient de nouveau totalement en phase avec les valeurs fondamentales de notre République.
La République, ce n'est ni l'angélisme ni l'immobilisme, et encore moins le rejet de l'autre. Ceux qui mettent en doute, depuis des années, la nécessité de défendre notre héritage républicain, à la fois complexe et glorieux, n'ont pas rendu service à la France. Ce dénigrement a fait des dégâts qu'il sera difficile de rattraper.
Ce n'est pas un hasard si le Parti socialiste a vu partir ses plus ardents défenseurs de la République, de Max Gallo à Jean-Pierre Chevènement. Les enfants de l'immigration veulent au contraire qu'on leur montre que l'adhésion aux valeurs de la République est un honneur inestimable.
Rachida Dati, députée européenne, maire du 7e arrondissement de Paris
Quand l'environnement guide le destin de cellules souches
Des chercheurs suisses et britanniques ont produit de la peau en transformant, sans manipuler leurs gènes, des cellules souches provenant du thymus de rat. Dans un article publié mercredi 18 août dans la revue Nature, l'équipe du professeur Yann Barrandon (Ecole polytechnique fédérale et CHU de Lausanne) rapporte y être parvenue en plaçant des cellules thymiques dans un micro-environnement de cellules cutanées. Ces travaux, soutenus financièrement par la Commission européenne, ouvrent des perspectives en termes de régénération d'organes.
Le thymus joue un rôle majeur dans la construction des défenses immunitaires, à partir de ses cellules épithéliales. Ces dernières sont organisées en un réseau tridimensionnel complexe, sensiblement différent des épithéliums classiques, comme celui de la peau. L'équipe helvéto-britannique a d'abord mis en culture des cellules thymiques épithéliales de rat. Puis elle a transplanté ces cellules chez un rat dans de la peau en développement.
Les cellules thymiques se sont alors transformées de manière irréversible en cellules cutanées, sans qu'il ait été nécessaire d'introduire des gènes contrôlant le destin cellulaire. Cette dernière technique, développée par le Japonais Shinya Yamanaka, est employée pour produire des cellules souches en reprogrammant des cellules adultes (cellules à pluripotence induite dites "iPS"). Mais elle a l'inconvénient de risquer d'induire des tumeurs - un risque qu'il faudra aussi évaluer dans la méthode de l'équipe helvéto-britannique.
Dans l'étude de cette dernière, la transformation des cellules thymiques en cellules de peau résulte de la seule action de l'environnement dans lequel elles ont été placées. Cette transplantation a provoqué d'importants changements dans l'expression des gènes des cellules thymiques.
APTITUDE ÉVOLUTIVE
Les cellules cutanées ainsi obtenues ont de nouveau été mise en culture puis transplantées chez un rat où elles ont effectivement produit une peau normale, avec des cellules épidermiques, des follicules pileux et des glandes sébacées. Il est à noter que la capacité des cellules thymiques épithéliales à se transformer en cellules cutanées est présente chez des cellules aussi bien embryonnaires que chez celles que Yann Barrandon et ses collègues ont prélevées après la naissance des rats.
Selon les auteurs, cette aptitude évolutive pourrait découler d'un programme de stratification gouvernant l'organisation des cellules. La détermination de l'orientation vers un type cutané "est indépendante de l'origine de la lignée germinale primitive". De plus, les cellules épithéliales du thymus pourraient améliorer leur capacité à devenir des cellules souches de peau multipotente "après reprogrammation micro-environnementale".
L'une des questions soulevées par ce travail est de savoir si les cellules épithéliales du thymus pourraient être orientées différemment dans un environnement autre que celui de cellules de peau.
Paul Benkimoun
Coup d'arrêt à la recherche sur les cellules souches aux Etats-Unis
Un juge fédéral américain a suspendu lundi, dans une procédure en référé, le financement par des fonds fédéraux de la recherche sur les cellules souches embryonnaires, que le président Obama avait autorisé. Pour le juge Royce Lamberth, la recherche sur des cellules souches embryonnaires "est une recherche au cours de laquelle des embryons sont détruits" et les associations chrétiennes qui avaient porté plainte "ont démontré qu'elles avaient des chances de gagner sur le fond".
Le président Obama avait signé
le 9 mars 2009 un décret autorisant le financement fédéral de la recherche sur les cellules souches embryonnaires, très prometteuses pour guérir ou traiter des maladies. Par ce geste, il était revenu sur huit ans de politique de son prédécesseur, George W. Bush, qui avait interdit le financement de la recherche sur les cellules souches embryonnaires par des fonds fédéraux. Les cellules souches constituent le meilleur espoir de la médecine régénératrice pour des pathologies comme le diabète, la maladie de Parkinson ou la paralysie des blessés de la mœlle épinière.
Retraites: FO en marge
A l'issue d'une réunion organisée lundi, les syndicats français ont renouvelé leur appel à "faire du 7 septembre prochain une journée massive de grèves et de manifestations" contre le projet de réforme des retraites défendu par le gouvernement. Seule FO n'a pas signé cet appel, regrettant que le texte ne demande pas le retrait du projet.
Le 7 septembre prochain, jour du début de l'examen à l'Assemblée nationale du projet de loi sur la réforme des retraites, il y aura bien une grève générale. Réunis à Paris lundi au siège de la FSU, les syndicats ont appelé à faire de cette date "une journée de grèves et de manifestations" contre le projet de réforme, dont
le gouvernement exclut de changer les grandes lignes. La CFDT, la CFTC, la CFE-CGC, la CGT, la FSU, Solidaires et l'UNSA ont paraphé cet appel.
Seule Force ouvrière se distingue, une fois encore. Si elle appelle bien à la mobilisation générale le 7 septembre prochain - alors qu'elle ne l'avait pas fait le 24 juin dernier -, la centrale syndicale a refusé de signer le texte, arguant que n'y figurait pas la demande explicite de retrait du projet de réforme. FO "regrette que cette revendication n'ait pas été retenue par les autres organisations syndicales car elle a le mérite de la clarté", a justifié son secrétaire général Jean-Claude Mailly dans un communiqué. Les autres syndicats, eux, s'en expliquent. "On refuse de polariser la mobilisation exclusivement sur la question du retrait du projet de loi: ça ne suffira pas à trouver des solutions aux problèmes des retraites", a ainsi déclaré la responsable CGT Nadine Prigent.
Une forte mobilisation espérée
Les syndicats espèrent que la mobilisation sera au rendez-vous. "L'enjeu est d'obtenir un autre contenu pour une autre réforme des retraites (…) La CFDT fera le maximum pour que la journée du 7 septembre soit une très forte journée de mobilisation", a commenté Marcel Grignard.
Les centrales sont optimistes, eu égard aux dernières mobilisations – deux millions de personnes selon les syndicats le 24 juin dernier ; 800.000 selon le ministère de l'Intérieur. "Cette mobilisation, elle prend", a ainsi estimé Annick Coupé, du syndicat Solidaires. La responsable syndicale a souligné le caractère "inédit" de cette rentrée sociale. "Le gouvernement est englué dans des affaires, je pense que la crédibilité du gouvernement sur la justice sociale est quand même un peu mal en point", a-t-elle déclaré. Dès le lendemain des manifestations du 7 septembre, l'intersyndicale a prévu de se réunir pour analyser la situation et décider des suites à donner au mouvement de protestation.
Reconquiert-on le peuple par le populisme? C’est la question de cette rentrée après un été marqué par une surenchère dans le discours sécuritaire.
Il fallait faire oublier l’affaire Bettencourt et la désastreuse image de caste qu’elle a laissée, avant une réforme des retraites que l’opinion peine à trouver juste. Brice Hortefeux est enfin entré dans les habits du "premier flic de France".
Dans la lignée du discours présidentiel de Grenoble, il s’attaque à des zones de non-droit. Il mène le combat contre des formes de délinquance insupportables aux plus faibles. Devait-il pour autant stigmatiser la "gauche milliardaire", Saint-Germain des Prés et les "bien-pensants"? Fallait-il que ministres et parlementaires désireux de se faire bien voir disputent le concours Lépine de l’arsenal sécuritaire?
Il est dangereux de laisser déraper les discours de ses fidèles. Nicolas Sarkozy est devenu président de la République en canalisant les pulsions extrêmes sans jamais les légitimer. Mais courir après le peuple peut le couper de catégories sociales qui constituent son socle dans l’opinion, comme le montre notre baromètre Ifop. Tel le fil d’un arc, le lien avec le peuple peut se tendre. Qu’il rompe, les scénarios les plus improbables deviennent possibles.
Olivier Jay
Cette fois, c'est l'artillerie lourde, même sans divisions. Le pape ! Comme il fallait s'y attendre, le débat sur l'expulsion des Roms dérive chaque jour un peu plus vers le scandale. Voilà le gouvernement piégé, bien obligé d'écouter les remontrances à peine voilées du chef de l'Église catholique. Le voilà contraint à prendre en pleine figure la médaille du mérite d'un prêtre en colère au profil d'abbé Pierre qui souhaite que le cœur de Nicolas Sarkozy fasse boum, comme dirait Trénet, avant de se reprendre. Voilà un ministre qui invoque la loi de 1905 et la séparation des églises et de l'État pour dénier aux responsables religieux la liberté d'émettre un avis sur un fait politique au mépris même de l'esprit de la laïcité à la française. Un désastre. Et pas seulement politique : intellectuel et moral, aussi.
François Fillon, lui, a pris bien soin de se tenir à l'écart de ce dossier pourri. A-t-il pensé que l'été sécurité, c'était une mauvaise idée ? Sans doute. Lui aurait sans doute préféré que l'Élysée resta concentré sur l'essentiel : l'économie, la réduction des déficits, la réforme des retraites...
L'offensive menée par les deux porte-flingues de Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux et Christian Estrosi, a dû sembler aussi vulgaire qu'encombrante à ce gaulliste social. Depuis 2007, il en a avalé des couleuvres, et bravement, mais il a manifestement refusé de digérer celle-là. Il n'a pas dit mot, ou presque, et à aucun moment n'a repris au compte de l'action gouvernementale les initiatives musclées du ministre de l'Intérieur et du ministre-maire de Nice.
Les vacances en Italie ont eu du bon. Ah, que la barrière des Alpes fut secourable. Le Premier ministre a mis son âme à l'abri au soleil de Toscane, heureux de ne pas risquer de se salir les mains pour rien. S'il n'est pas reconduit à l'automne, il aura au moins sauvé sa réputation, et son image.
Seule inquiétude : l'hypothèse de son départ - quasiment certain fin juillet - est remis en question par les bons sondages dont il est crédité en cette fin août. Le président hésiterait désormais à se séparer de ce chef de gouvernement plus populaire que prévu pour le remplacer par une MAM à l'avenir médiatique plus incertain. Le choix de le maintenir finalement à son poste ne serait pas forcément un cadeau bienvenu. Il obligerait François Fillon à endosser une orientation dure qui est étrangère à son tempérament comme à ses convictions. Jusque-là, Matignon n'a pas été l'enfer qu'on lui promettait. Si on ne le laisse pas en partir, il pourrait bien le devenir.
« Les lumières du Nord. » C'était le titre d'une exposition, il y a quelques années, sur les chefs-d'oeuvre de la peinture scandinave. C'est peut-être également ce dont l'Europe a besoin : un modèle politique, économique et social sinon éthique, face à la compétition grandissante des nouvelles puissances.
L'avantage comparatif de l'Europe dans le monde n'est certainement pas d'ordre démographique. En 2050, nous ne serons guère plus de 6 % de la population mondiale. Nous ne pouvons pas compter non plus sur notre supériorité militaire. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, notre sécurité dépend très largement de notre allié américain. Et sur le plan économique, nous accumulons des dettes au moment où l'Asie affiche des taux de croissance impressionnants.
Le seul espoir pour l'Europe est de devenir une « niche d'excellence », un continent que l'on respecte et qui continue de séduire par son « essence » plus que par ses « performances ». Si nous pouvons encore « faire la différence », c'est dans le domaine des idées et des idéaux. Et sur ce plan, une partie de l'Europe l'emporte clairement : l'Europe du Nord.
Bien sûr, il existe des mouvements d'extrême droite xénophobe au Danemark. La Suède n'est plus aussi ouverte aux immigrants qu'elle a pu l'être... Et pourtant, il existe une « modernité » dans les pays scandinaves, qui pourrait servir d'exemple. Le pouvoir y est modeste, et généralement honnête. La rigueur et la simplicité sont communément pratiquées. Les femmes jouent un rôle majeur dans la société depuis longtemps. Le capitalisme a pris une forme plus humaine, sinon plus morale à travers des formes variées de social-démocratie. Les écarts de richesse entre les citoyens sont moins grands, et donc plus acceptables. Enfin, le respect à l'égard des immigrants est normal.
Vu du Sud, ce Nord présente une image particulière. Ce sont de petits pays, par la population sinon par la géographie ; le climat y est froid et rigoureux, les valeurs puritaines... Autrement dit, « ce n'est pas pour nous », nous pour qui la politique est un jeu et le pouvoir une drogue, et le sentiment de supériorité sur les autres, souvent un réflexe.
Mais avant de rejeter un éventuel « modèle » scandinave, il convient de jeter un regard lucide sur l'évolution du monde. Nous ne pouvons parler de démocratie, d'État de droit, de respect des droits de l'homme, d'équilibre relatif entre les classes sociales, de protection des plus pauvres, face à la brutalité des rapports sociaux en Chine et en Inde et à l'omniprésence de la corruption, que si nous pratiquons avec rigueur, chez nous, ce que nous prêchons pour les autres.
Pour réconcilier l'Europe avec ses citoyens, il faut d'abord réhabiliter la politique aux yeux des citoyens. Cela ne passe pas par des dérives populistes et démagogiques. Cela passe par la rigueur morale, plus encore qu'économique, et le respect de soi-même et de ses principes. Pour faire face au vent d'Est et à ses propres dérives, le vent d'Ouest a besoin du vent du Nord.
MAYFAIR, paradis londonien pour milliardaires
Délimité par Oxford Street, Piccadilly, Hyde Park et Regent's Street, le quartier est devenu le pied-à-terre britannique de l'élite argentée du monde. Un phénomène accentué par la multiplication des fortunes dans les pays émergents. Les « hedge funds » s'installent dans le sillage des riches riverains.
Robin Birley traverse les pièces
délabrées d'un pâté de maisons qu'il a racheté près de Shepherd Market. Nous sommes en plein Mayfair, ce quartier historique de Londres, où le passant lèche les vitrines des galeries d'art, des vendeurs de yachts ou de Ben-tley, en croisant sans le savoir milliardaires russes, saoudiens ou le gratin des « hedge funds » basés en Europe. Robin est le fils de Mark Birley, l'Anglais qui a monté à Londres en 1963 Annabel's, le seul night-club où la reine soit jamais sortie, où les Beatles furent les premiers, et pendant longtemps les seuls, autorisés à ne pas porter de cravate. Elégant, affable, un cigare à la main - « Lucy, voulez-vous amener un bon cigare à Charlie ? », demande-t-il sur son BlackBerry à l'intention de Charlie Methven, son agent tiré à quatre épingles -, il explique qu'il veut ouvrir son propre club à la fin de l'année prochaine.
Le nom n'est pas définitivement choisi. Peut-être « Rupert's », en hommage à son frère disparu dans une rivière du Togo. Ou « Loulou », en référence à sa cousine Loulou de la Falaise, qui fut une muse d'Yves Saint Laurent. « Elle est tellement glamour ! », s'enthousiasme-t-il. En 2007, les déchirements de la famille avaient conduit à la vente d'Annabel's. Aujourd'hui, Robin Birley aimerait que son clan règne à nouveau sur la vie sociale de Mayfair. En modernisant la formule de son père. « La clientèle sera 100 % internationale, sinon, ce n'est pas viable économiquement, explique-t-il. Ce sera un club anglais parce que c'est ce qu'aiment les nombreux étrangers de Londres, mais les Anglais représenteront moins de la moitié de la population. » Tout un symbole…
Les Anglais devenus minoritaires
Pour Paul Morand, dont le magnifique portrait de Londres, en 1933, fut un best-seller, Mayfair était « moins un quartier qu'une manière d'être, une façon d'envisager la vie, de savoir tenir son parapluie à la main toute l'année, de ne pas reconnaître quelqu'un qui ne vous a été présenté que quatre ou cinq fois, de garder son chapeau melon jusqu'en juillet, après le match d'Eton contre Harrow, d'avoir l'accent d'Oxford et de ne pas terminer ses phrases. » Délimité par Oxford Street, Piccadilly, Hyde Park et Regent's Street, le quartier est toujours, aujourd'hui, une façon bien particulière « d'envisager la vie ». En se vêtant de préférence des plus grandes marques internationales, en garant en double file, devant la boutique Prada, sa Lamborghini immatriculée au Qatar ou à Dubaï, et transportée par avion-cargo pour quelques jours. Ou encore en occupant quelques semaines par an sa luxueuse maison payée 20 millions de livres, gagnées à la faveur de quelques privatisations russes… Sur Bond Street, l'avenue Montaigne de Londres, Morand ne verrait plus de devantures où sont exposés « des jambons de haute époque, vieux Yorkshire ou Suffolk, noirs ou ambrés comme des stradivarius ». Même si on peut encore admirer des faisans pendus par le cou, sur Mount Street, dans la vitrine du vieux boucher Allens…
Le décor de Mayfair reste parfaitement anglais, tout comme une partie de ses moeurs. Mais les Anglais sont devenus une minorité et ce quartier est devenu le pied-à-terre britannique de l'élite argentée du monde. Comme Monaco peut l'être dans le sud de la France. Les résidents le disent : ici, tout a changé à partir des années 1980 et 1990. « Mayfair a toujours attiré les anglophiles du monde entier, explique Charlie Methven. Mais les étrangers d'aujourd'hui vivent à côté des autochtones, sans forcément chercher à les rencontrer », poursuit-il. Un phénomène qui s'est clairement accentué avec l'accélération de la mondialisation et la multiplication des fortunes dans les pays émergents. La mutation se poursuit aujourd'hui à grande vitesse. En dépit de la crise financière, les agents immobiliers rapportent tous que les fortunes du monde émergent se ruent -en payant cash -sur l'immobilier de luxe de Londres, comme sur celui de New York et d'ailleurs. « Le quartier a retenu sa respiration pendant trois mois au premier trimestre 2009, après la crise de Lehman Brothers, c'est tout », raconte un Français qui a créé son « hedge fund » et l'a basé à Mayfair. Difficile de dire si les Britanniques nourrissent du ressentiment vis-à-vis de cette haute société étrangère qui acquiert leurs plus beaux hôtels particuliers et même leurs territoires de chasse, à la campagne. « Les Anglais aiment faire affaire avec elle, mais, socialement, c'est une autre histoire… », constate Marianne Scordel, dont le bureau Bougeville conseille les « hedge funds » à Londres.
Aussi irréel que soit ce quartier, Mayfair est administré comme tous les autres « boroughs » (bourgs) de Londres. Il est rattaché à Westminster. Un de ses représentants, Jonathan Glanz, promène sur ce petit paradis pour milliardaires un regard amusé par la diversité de la population… et des problèmes à régler, de la simple fuite d'eau aux projets immobiliers pouvant atteindre plusieurs centaines de millions de livres. « Dans tout Westminster, en gros le centre de Londres, plus de 55 % des résidents sont nés à l'étranger, note Jonathan Glanz. Ici, la proportion est encore plus élevée : dès que quelqu'un fait fortune quelque part dans le monde, il veut s'offrir une résidence à Mayfair où il se sentira libre de dépenser son argent avec des gens qui lui ressemblent. » Il y a environ 2.500 inscrits sur les registres électoraux, soit une population résidente de 6.000 personnes, « en comptant les enfants et les domestiques » des Philippines ou d'ailleurs, qui ne peuvent voter. Si, dans la journée, le quartier vibre de 100.000 personnes qui viennent y travailler -dans les commerces, les « hedge funds » mais également les sièges sociaux des grandes entreprises qui étaient là avant eux, comme l'éditeur de magazines américain Condé Nast ou la multinationale de la bière SABMiller -la petite taille de la population se ressent le soir. La plupart des rues se vident, les immeubles s'éteignent en fin d'après-midi et ne brillent qu'aux vitrines qui décorent leurs rez-de-chaussée. Mayfair fait semblant de dormir…
Extravagances immobilières
L'extravagance est courante en matière immobilière, même si le quartier appartient formellement aux deux tiers à Grosvenor Estate, la société du duc de Westminster, une bizarrerie du marché immobilier anglais qui disparaît petit à petit. Il reste quelques institutions austères comme la secrète résidence Albany, un havre de célibataires qui a abrité le poète lord Byron, le très important Premier ministre William Gladstone ou, dans les années 1960, l'acteur Terence Stamp. Dans les couloirs de cette bâtisse entre Piccadilly et Saville Row qui n'accueille les femmes qu'avec réserve, on se croirait dans un lycée en France. Mais les grandes fortunes d'aujourd'hui ne résistent plus au confort moderne. « Je me suis aperçu en allant à un rendez-vous que toutes les maisons d'une rue au nord de Berkeley Square avaient chacune leur piscine en sous-sol », raconte un autre gérant de « hedge fund » français. Aucun doute possible : si un fonds du Qatar rachète comme prévu l'immeuble moderniste de l'ambassade des Etats-Unis sur Grosvenor Square pour le transformer en hôtel, le décor sera soigné. Comme devrait l'être celui du centre commercial racheté par le même émirat en face de Selfridge's, le Bon Marché londonien, sur Oxford Street.
Le plus saugrenu dans le microcosme de Mayfair est peut-être la présence de logements sociaux, dont les habitants -ironie du sort -sont bombardés de prospectus leur proposant de devenir titulaires de la carte Platinum d'American Express. Près de la résidence où le couturier Alexander McQueen vient de se suicider, Jonathan Glanz tend son bras vers deux immeubles identiques, au bord de la centrale électrique du quartier, magnifiquement masquée par une terrasse en brique. « D'un côté, un deux-pièces vaut 1 million de livres, de l'autre, ces mêmes appartements sont loués pour 80 livres par semaine », fait-il observer. Pas évident, pour ces bénéficiaires de prestations sociales, de faire leurs courses quand le moindre vendeur de vins propose des crus à 20.000 livres.
La richesse des riverains fait partie des raisons pour lesquelles les « hedge funds », ces fonds censés être plus rusés dans leurs investissements que les sicav pour simples salariés, se sont installés à Mayfair. Ce gérant ne s'en cache pas : « Entre mon bureau et le Ritz où logent mes clients, il y a Bond Street, où leurs compagnes claquent leur argent pendant que je suis en rendez-vous avec eux », explique-t-il. Pour être crédible auprès de cette clientèle, les « hedge funds » qui se lancent louent parfois le décor de leurs bureaux. Cela leur permet d'afficher des oeuvres d'art. « Cela veut dire que vous êtes assez riches et "successful" pour devoir défiscaliser », décode un financier. Les « hedge funders » se reconnaissent dans les rues, où ils se croisent lorsqu'ils marchent vers leurs rendez-vous dans les grands hôtels alentour. Ils peuvent également tomber sur les dirigeants des grandes entreprises qui enchaînent les rendez-vous dans Mayfair, après s'être rodés la veille dans la City auprès des gérants de fonds classiques, pas assez « sophisticated » pour les financiers de haut vol de Mayfair…
Un lieu idéal pour coureurs d'aventures
Mais le quartier vit aussi la nuit. Un homme, Richard Caring, symbolise à lui seul le Mayfair « by night ». Du Caprice au Ivy, en passant par Scott's et le Harry's Bar, devant lequel la mairie a installé, à son grand désarroi, une station du très récent Vélib' londonien, celui qui s'est lancé dans la haute société en 2005 en organisant un gigantesque bal costumé à Saint-Pétersbourg pour une association de charité étend son empire de semaine en semaine. C'est lui qui a acheté Annabel's aux Birley. A sa façon, Richard Caring profite à plein de l'internationalisation de Mayfair, mais en sens inverse : car tous ces restaurants typiques de Londres, il souhaite désormais en décliner les enseignes à Dubaï, à Los Angeles, à Hong Kong… Pour l'anecdote, un autre restaurant témoigne du pouvoir d'attraction de Mayfair. Il s'agit de The Square. C'est là qu'aurait atterri la cave de Vivendi, le groupe français forcé de vendre des actifs au moment de sa déconfiture.
Tout cet argent ne peut qu'attirer les coureurs d'aventures du monde entier. La prostitution n'est pas rare à Mayfair, pour utiliser un « understatement » à l'anglaise. « Il y a encore quinze bordels autour de Shepherd Market, ce recoin populaire du quartier, et pas chers ! s'amuse Robin Birley en montrant les immeubles qui entourent son futur club. Une rue plus haut, les loyers sont gigantesques : j'adore le contraste avec le côté délabré de ce coin. » Les frontières sont parfois plus floues. « Vous vous retrouvez dans un night-club très chic avec une grande fille blonde dansant à vos côtés et vous vous demandez : "Tiens, est-ce que c'est mon nouvel après-rasage ?" », plaisante un « hedge funder ». L'aventure des affaires en général en a saisi plus d'un dans ce quartier, et tout le monde ne fait pas fortune. « Cette maison, aujourd'hui en vente pour 30 millions de livres malgré son état calamiteux, était possédée par un homme d'affaires qui ne pouvait jamais se tromper dès qu'il reniflait une affaire, raconte Jonathan Glanz. Jusqu'à ce qu'il tente d'avaler plus qu'il ne pouvait mâcher et se retrouve en faillite. Cela arrive tous les jours à Mayfair. » Et on se dit, finalement, que le quartier n'a pas tant changé que cela : « Les potins de sociétés, l'envie mondaine, la beauté considérée comme monnaie d'échange, le mariage riche, les chansons à boire autour du bol de punch, l'héritage dissipé d'un oncle mort aux Indes, tout cela c'est Mayfair, écrivait Morand ; Mayfair est encore habité par tous les "messieurs Surface" ».
NICOLAS MADELAINE
Les traditionnelles universités d'été du PS vont s'ouvrir à La Rochelle. Ce seront les dernières où l'on pourra encore réfléchir à la stratégie présidentielle. Car l'an prochain à la même date, la bagarre pour l'élection de 2012 sera lancée et il sera trop tard pour faire des plans sur la comète. C'est maintenant qu'il faut choisir, non pas le candidat ou la candidate, mais le ou les terrains sur lesquels la gauche va livrer bataille.
Or le discours de Nicolas Sarkozy à Grenoble place les socialistes devant un dilemme fondamental. Il est clair, en effet, que par ce discours orageux sur l'insécurité, le président Sarkozy a choisi le terrain sur lequel le candidat Sarkozy compte se battre et l'emporter à nouveau. De son point de vue, on le comprend. La crise économique lui interdit d'espérer récolter le fruit de son slogan de 2007, « travailler plus pour gagner plus » et l'encéphalogramme plat du projet européen le bride dans son désir de jouer le d'Artagnan de l'Union comme il en eut un instant l'opportunité lors de la crise géorgienne. L'économique, le social et l'international étant sous l'éteignoir, reste le thème de l'insécurité.
Le choix des armes étant fait à droite, que peut décider la gauche ? Elle peut choisir de refuser le terrain de l'insécurité en considérant que ce thème serait culturellement de droite et que ses errements passés seraient insurmontables en dix-huit mois. Dans cette hypothèse, elle se battrait exclusivement sur le terrain économique et social, laissant Sarkozy dans un tête-à-tête risqué avec le Front national sur le terrain sécuritaire.
La seconde hypothèse pour la gauche serait d'estimer qu'il n'est pas possible de laisser son adversaire soliloquer sur un sujet auquel sa base populaire est aussi sensible. Dans ce cas, il lui faudra construire un discours fort et homogène alors que l'on n'a entendu jusqu'à présent que des propos faibles et disparates. La tâche sera donc rude. Mais avant de s'y livrer, il faut choisir l'une des deux composantes du dilemme. De la pertinence de ce choix dépendra largement l'issue de la présidentielle.
L'idée ne va pas de soi : les Français sont de mieux en mieux logés. Les logements sont plus récents. Un ménage sur neuf vit dans une maison ou un appartement de moins de dix ans. Ils sont aussi plus grands. En vingt ans, la superficie moyenne par habitant a progressé d'un tiers pour atteindre 36 mètres carrés - et la progression se retrouve aussi dans le logement social. Et ils n'ont jamais été aussi confortables. En trente ans, la proportion de Français s'estimant mal logés a diminué de moitié, pour tomber à 6 %.
Et pourtant, il y a un malaise, qui engendre régulièrement des poussées de misérabilisme. Il manque en France des centaines de milliers de logements - plus d'un million, selon certains experts. Et il y a aussi des centaines de milliers de logements vacants. Entre les deux, il n'y a pas seulement l'égoïsme de quelques propriétaires refusant de louer leur bien pour d'obscures raisons, il y a surtout une inadéquation entre l'offre et la demande. Les toits disponibles sont le plus souvent à la campagne. Et les locataires cherchent un toit en ville, là où il y a du travail et des transports. Autour de Paris, un logement sur quatre est surpeuplé.
Il est bien sûr possible d'accuser un marché qui serait incapable d'ajuster l'offre à la demande. En l'occurrence, c'est la responsabilité des pouvoirs publics qui est d'abord engagée. Car la construction de logements bute en France sur un effroyable blocage foncier. Rien, ou presque rien, n'est fait pour libérer des terrains en ville. Il est certes beaucoup plus facile de transformer d'un trait de plume des champs en terrains à bâtir en région rurale. Ou d'entretenir des niches fiscales qui poussent à construire des immeubles au petit bonheur la chance sans guère se soucier de leur utilité. Mais une vraie politique du logement consisterait à détecter les besoins à long terme, à définir les moyens de les satisfaire puis à prendre des mesures incitant collectivités locales, constructeurs, propriétaires et ménages à aller dans la bonne direction.
L'incapacité de l'Etat à jouer son rôle d'aiguillon à long terme se retrouve dans un domaine très différent où l'on peut déplorer exactement la même inadéquation entre l'offre et la demande : l'enseignement supérieur. La machine universitaire produit chaque année des dizaines de milliers de diplômés sans la moindre perspective d'emploi, tandis que des entreprises ne trouvent pas les compétences nécessaires à leur développement. Pour le logement comme pour l'université, la solution est la même : elle passe par un Etat stratège.
Eoliennes en mer : plus de 15 millards d'euros d'investissements en vue
L'Etat se prépare à lancer en septembre un appel d'offres de 3.000 mégawatts pour implanter des éoliennes au large des côtes françaises. Zones concernées : les Pays de la Loire, le nord de la Bretagne, le Languedoc-Roussillon et la Normandie. Le projet pourrait nécessiter de 15 à 20 milliards d'euros d'investissements.
En France, les acteurs de l'éolien offshore sont
sur le pied de guerre. Le gouvernement doit en effet lancer dès cette rentrée un gigantesque appel d'offres pour implanter des éoliennes au large des côtes françaises. Un appel d'offres de taille puisqu'il portera sur une puissance d'au moins 3.000 mégawatts soit l'équivalent de deux réacteurs nucléaires EPR.
Egalement hautement stratégique, cet appel d'offres doit non seulement permettre la mise en place de nouveaux équipements fournissant de l'électricité mais aussi contribuer à donner naissance à une véritable filière industrielle en France dans ce secteur. Sa réalisation nécessitera un volume d'investissements de 15 à 20 milliards d'euros, indique-t-on au ministère de l'Ecologie et de l'Energie. Elle devrait se traduire par l'installation d'au moins 600 éoliennes au large des côtes françaises ne comptant aujour-d'hui encore aucune de ces « fermes de pales ».
Pas d'installation avant 2015
Dans quelles régions les machines seront-elles mises en place ? Après avoir présenté son projet début mai, le gouvernement avait prévu de dévoiler rapidement une dizaine de zones susceptibles d'accueillir des éoliennes.
L'intérêt soudain d'un grand nombre de ports et d'agences de développement pour l'appel d'offres a forcé l'Etat à repousser cette idée au mois de septembre. Mais les grands axes sont définis. Les zones seront situées dans les Pays de la Loire, le nord de la Bretagne, le Languedoc-Roussillon et la Normandie, sur un périmètre allant de la baie de Seine à la baie de Somme. Cette approche permettra de limiter l'impact sur le paysage et la navigation. L'Etat devrait aussi découper chacune de ces zones en lots afin de mutualiser le coût des infrastructures de raccordement.
L'ensemble du processus va se dérouler sur une période longue. L'installation des premières éoliennes n'est pas attendue avant le début 2015. Surtout, l'appel d'offres comprendra un dispositif jamais utilisé jusqu'à présent par le ministère de l'Ecologie : une période de « levée des risques ». En clair, les candidats sélectionnés ne seront définitivement retenus qu'après une période d'un an et demi, à l'issue de laquelle ils auront confirmé la « faisabilité du prix proposé ». Dans le cas contraire, la procédure sera rouverte. Il s'agit d'éviter de sélectionner des projets séduisants sur le papier mais irréalisables. Lancé en 2004, le premier appel d'offres d'éolien en mer n'a eu aucun résultat concret.
Des prix aléatoires
Les professionnels sont particulièrement attentifs à cette question. « Dans le domaine des énergies renouvelables, nous avons eu de très mauvaises expériences avec les appels d'offres, explique Marion Lettry, déléguée générale adjointe au sein du Syndicat des énergies renouvelables (SER). Le critère prix annule tous les autres et on se retrouve avec les projets les moins chers mais aussi les plus fragiles. »
Dans l'éolien offshore, le risque d'échec est particulièrement élevé. L'installation d'une machine nécessite en effet une étude poussée des fonds marins. Compte tenu de leurs coûts, ces études ne sont jamais réalisées en amont. Ce qui rend les prix proposés assez aléatoires.
Le montant et la complexité des projets vont également imposer la mise en place de consortiums importants. On peut s'attendre à des regroupements entre des groupes électriciens comme GDF Suez ou Iberdrola, des fabricants de turbines comme Siemens, General Electric ou Alstom et des professionnels du génie civil. Le gouvernement français souhaite éviter les sociétés de taille moyenne, spécialisées dans l'obtention de permis.
Les projets seront jugés sur les prix proposés mais aussi sur leur capacité à utiliser les infrastructures portuaires et le savoir-faire français. Pour des spécialistes de la maintenance en mer et des grands ensembles comme les chantiers navals STX (Saint-Nazaire et Lorient), ce type de projet pourrait faire figure de bouffée d'oxygène. De quoi motiver la mise en place d'une zone offshore importante au large des Pays de la Loire.
EMMANUEL GRASLAND













