TOUT EST DIT

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lundi 2 août 2010

Les troupes néerlandaises quittent l'Afghanistan

Ce sont les premiers à quitter le pays. Quatre ans après leur arrivée, les soldats néerlandais ont passé dimanche le relais aux forces américaines et australiennes pour le contrôle de la province de l'Uruzgan, lançant le début du retrait d'Afghanistan des gros pays pourvoyeurs de troupes.

Les Néerlandais ont transmis le commandement au cours d'une cérémonie à Kamp Holland, dans l'Uruzgan, leur principale base en Afghanistan. "La communauté internationale et l'OTAN aident l'Afghanistan à tenir sur ses propres jambes (...). Les Pays-Bas ont pris leur responsabilité et se sont battus pour la sécurisation et la reconstruction de l'Afghanistan", s'est félicité le ministre néerlandais des affaires étrangères Maxime Verhagen, cité dans un communiqué.
1 950 SOLDATS NÉERLANDAIS

"Les forces néerlandaises se sont distinguées dans l'Uruzgan, et nous rendons hommage à leur sacrifice ainsi qu'à celui de leurs homologues afghans", a déclaré pour sa part le commandant Joel Harper, un porte-parole de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf). Les Néerlandais seront remplacés par des soldats américains, australiens, slovaques et singapouriens. Après le départ du contingent néerlandais, l'OTAN "maintiendra ses capacités actuelles, notamment concernant les unités de combat, la formation, la reconstruction", selon le commandant Harper.

dimanche 1 août 2010

Pourquoi le mariage de Chelsea Clinton fascine-t-il l'Amérique ?

lle est d'un naturel discret, n'est pas d'ascendance royale, son père a quitté la Maison Blanche voilà bientôt une décennie et elle n'a pas le profil princier de Diana (comme le confirme ce portfolio, "Chelsea à travers les âges"). Rarement, pourtant, un mariage aura suscité autant de passion outre-Atlantique que celui de Chelsea, fille de Bill et Hilary Clinton.
Qui se souvient du mariage de Jenna Bush, la fille de W, en mai 2008 ? Les médias américains n'y avaient prêter qu'une attention polie. Les épousailles de Chelsea, elles, ont déjà inspiré pas moins de quatre articles au vénérable New York Times (1, 2, 3 et 4). La jeune fille a même eu droit à un portfolio de ses "ex" réalisé par le magazine en ligne Daily Beast. La chaîne de télévision ABC a divulgué des "fuites" sur les plans du mariage, tandis que le site people TMZ s'est targué de dévoiler la playlist qui devait être jouée à la cérémonie.

UNE JEUNE FILLE TRÈS DISCRÈTE

La frénésie médiatique qui a entouré le mariage ce week-end de Chelsea est d'autant plus surprenante que les mariés sont peu connus du grand public. Bill et Hillary ont jusqu'ici tout fait pour tenir leur fille à l'écart des projecteurs, et elle-même ne semble guère attirée par la lumière. Tout juste sait-on que Chelsea Clinton, 30 ans, et Marc Mezvinsky, 32 ans, se sont connus lorsqu'ils étaient adolescents dans un camp de vacances organisé par le parti démocrate. De l'époux, banquier, on sait seulement qu'il est le fils d'un ancien député démocrate condamné et emprisonné pour escroqueries.

Les noces, préparées dans le plus grand secret, se sont déroulées dans la luxueuse et ultra-sécurisée propriété d'Astor Courts, aux environs de Rhinebeck, petite localité rurale du nord de l'Etat de New York (voir le portfolio du Washington Post). Afin d'écarter la nuée de paparazzi qui s'annonçaient, une interdiction de survol de la propriété a été décrétée et l'accès aux routes qui y mènent fortement restreint. Selon plusieurs estimations, la facture totale de la noce oscille entre trois et cinq millions de dollars, rapporte le Daily News.

QUELLE ROBE ?

Désireux de se construire une mythologie glamour, les Américains n'ont pas la chance d'avoir une famille royale aussi "bankable" que celle qui sévit en Angleterre. Ils se sont donc jetés sur ces noces comme des fourmis sur le gateau de la mariée. En témoignent ces scènes rapportées par le New York Times : "Une équipe de baseball a envoyé sa mascotte, déguisée en raton laveur, qui a défilé dans la ville avec une pancarte demandant Mlle Clinton en mariage. Des adolescents ont poursuivi l'ancienne secrétaire d'Etat Madeleine Albright pour lui demander un autographe. Et des jeunes femmes ont distribué des parts de pizza sur lesquelles on pouvait lire 'OUI' en lettres de pepperoni".

La réponse de la mariée ne prêtant pas à conjecture, c'est sur le choix de la robe que s'est portée l'attention des médias, au point que ce détail vestimentaire a fait l'objet d'un véritable feuilleton à suspense. Le magazine Stylelist s'est fait l'écho de la question qui taraudait l'Amérique : Chelsea portera-t-elle une robe Vera Wang ou Oscar de la Renta ? On a aujourd'hui la réponse : c'est Vera Wang, une amie de la famille, qui habillait la mariée, et c'est Hillary qui portait du Oscar de la Renta.

GÉNÉRATION CLINTON

Rare fausse note dans cette couverture médiatique enchantée, la journaliste Rebecca Traister s'est offusquée dans les colonnes de Salon de la regression "sexiste" que symbolise à ses yeux cet événement. "La fétichisation enfiévrée de ce jour de noces n'est pas seulement agaçante, elle est destructrice. Elle véhicule une vision de la réalisation de l'individu - et particulièrement des femmes - qui a depuis longtemps dépassé sa date de péremption. Cette idée selon laquelle le mariage serait le but ultime que chacun d'entre nous doit s'efforcer d'atteindre, que nos mariages seraient l'expression ultime de nos réussites et de nous-même. Qu'ils sont la preuve, la validation, quelque signe rassurant du fait que nous ayons bien tourné".

Sur Slate.com, la journaliste Anna Rosin lui répond. Elle réfute l'idée selon laquelle les mariages de femmes seraient davantage commentés que ceux des hommes, argument au coeur de la démonstration de sa collègue. Si elle reconnaît que l'hystérie qui entoure ces noces est inattendue au regard du caractère pour le moins discret de la mariée, elle avance une explication : "Ce qui suscite notre intérêt, c'est l'idée d'un mariage dans la seconde génération des Clinton". La première démocratie mondiale se rêverait-elle une seconde dynastie capable de prendre la suite de la saga Kennedy ? La journaliste rappelle que les dernières noces à avoir eu autant d'écho outre-Atlantique sont celle d'un Kennedy, JFK Jr, en 1996.

Attention aux avions poubelles


"L'avion sur lequel j'embarque pour trois heures de voyage pendant ces vacances est-il fiable et bien entretenu ?" ; "La compagnie aérienne suit-elle les règles de l'art ?" : "Les pilotes sont-ils à jour de leur formation ?" Autant de questions légitimes que se posent des millions de passagers avant de prendre l'avion. Plusieurs incidents aériens récents ont mis en exergue le déficit d'informations fiables et faciles d'accès sur la sécurité en vol. Décontenancés, certains passagers se fient à des impressions diffusées sur des forums ou des blogs.

Voyageurs, sachez déjà que la réglementation européenne est claire. Les compagnies aériennes battant pavillon des 27 pays membres ne peuvent se permettre aucune dérive en matière de sécurité. Les rappels à l'ordre sont immédiats et sévères, pouvant entraîner un arrêt de l'activité par suspension du certificat de transporteur aérien. La vigilance des autorités de tutelle (Direction générale de l'aviation civile en France, European aviation Safety Agency au niveau européen) est encore renforcée dès qu'un opérateur connaît des soucis financiers. Ainsi, en 2004, les vols d'Air Littoral avaient été suspendus alors que le dépôt de bilan n'était pas prononcé. La réglementation est aussi stricte que précise. Tout avion doit être entretenu conformément aux directives du constructeur. Il doit subir des visites quotidiennes, hebdomadaires, de 500 heures ou annuelles. Certaines pièces, même en bon état apparent, sont systématiquement remplacées, etc. La formation et le niveau des licences que doivent posséder les pilotes pour être aux commandes de tel ou tel type d'avion sont très contraignants et sans cesse révisés. Sont ainsi prévus, entre autres, trois entraînements au simulateur et un contrôle en vol par an.

Liste noire européenne

En France, la Direction générale de l'aviation civile publie différentes listes blanches dont celle des transporteurs aériens étrangers pouvant être affrétés par une compagnie française. C'est une garantie pour le passager. Une proposition de loi socialiste, qui devrait être discutée cet automne à l'Assemblée nationale, vise à "punir ceux qui commercialiseront des billets de compagnies aériennes inscrites sur les listes noires", pour mise en danger de la vie d'autrui.

Les autres transporteurs, ceux des avions non européens, sont contrôlés par les administrations des pays d'origine. Aujourd'hui, les autorités françaises peuvent toutefois procéder à un examen visuel et administratif de l'avion lors d'une escale (contrôles dits Safa) à Roissy, Orly, en province ou ailleurs en Europe. Même succincte, cette surveillance est efficace : régulièrement, des compagnies sont rappelées à l'ordre ; parfois des avions sont immobilisés tant que les défauts apparents ne sont pas éliminés. Cela permet aussi d'alimenter une banque de données européenne utile à la Commission quand il faut mettre à jour les listes noires. Cette liste est publiée depuis 2005 par la Commission européenne. Elle n'est pas du tout exhaustive et ignore, par exemple, les transporteurs latino-américains à soucis. Parmi les 152 compagnies interdites de tarmac européen, la majorité d'entre elles n'ont jamais eu l'intention ou la possibilité de voler en dehors de leurs pays (République du Congo, Angola, Sierra Leone, etc.).

Moins connu pour ses avis sur le transport aérien, le site du ministère des Affaires étrangères, dans les pages "conseils aux voyageurs", donne des informations pertinentes et complémentaires à celles diffusées par Bruxelles. Autre source fiable pour voler en bonne compagnie, la Federal Aviation Administration américaine publie la liste des pays qui ne respectent pas les normes minimales de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI). On y trouve, entre autres, ceux d'Amérique latine, un peu oubliés par les fonctionnaires européens.

Loterie en bout de ligne

Les compagnies les plus problématiques sont en fait celles dites "de bout de ligne". Au vol international, effectué avec une compagnie de bonne réputation, fait suite la correspondance pour une ville de l'intérieur, assurée par un coucou délabré frappé d'un logo inconnu... Lorsque c'est possible, mieux vaut opter pour une compagnie filiale de celle qui a effectué le vol international. Hélas, certaines ne sont pas référencées par l'OACI car elles limitent leur réseau seulement à des liaisons intérieures. Seul le sérieux de l'autorité locale de tutelle peut garantir sa fiabilité.

Pour se faire une idée, consulter le classement des pays corrompus publié par Transparency International. Mais un vol à bord d'un avion à la fiabilité non garantie reste malheureusement parfois la moins mauvaise solution de voyage pour ceux qui veulent éviter les routes de certains pays d'Afrique ou encore les traversées à risques des ferries indonésiens.

La Cité épiscopale d'Albi au patrimoine mondial de l'Unesco

La Cité épiscopale d'Albi (sud-ouest de la France) a été ajoutée samedi à la liste du Patrimoine Mondial de l'UNESCO. C'est ce qu'a annoncé le ministère de la culture du Brésil, qui préside la 34e session annuelle du Comité du Patrimoine Mondial dans la capitale brésilienne. «La Cité épiscopale fait son entrée dans la liste du Patrimoine Mondial», a déclaré le ministère sur un site Twitter spécialement créé pour la session de l'UNESCO.

La Cité épiscopale d'Albi est un ensemble urbain de 63 hectares, construit en terre cuite autour de la cathédrale Sainte-Cécile, qui a valu au chef-lieu du Tarn son surnom de «ville rouge». La Cité épiscopale forme «un ensemble urbain de brique, unique par sa couleur ocre, sa puissance et son harmonie», explique la municipalité d'Albi dans son dossier de présentation.

Présentée comme l'un des plus grands ensembles de brique cuite au monde, la Cité épiscopale abrite en son coeur la cathédrale Sainte-Cécile. Cette église fortifiée a été construite entre 1282 et 1480 avec pour objectif de proclamer l'autorité des évêques après la croisade menée contre l'hérésie des Albigeois (1208-1249). Modèle exceptionnel de gothique «méridional», la cathédrale est aussi réputée pour sa voûte peinte, la plus grande du monde, son porche gothique flamboyant et ses fresques des XVe-XVIe siècles, inspirées de l'art flamand et de la Renaissance italienne.

A côté se trouvent le palais-forteresse de l'évêque, la Berbie, avec son donjon massif, puissant et austère, ainsi que le Pont-vieux qui enjambe la rivière du Tarn et l'église collégiale Saint-Salvi. Le palais de la Berbie abrite depuis 1922 un musée consacré au peintre Henri de Toulouse-Lautrec, né à Albi.

33 sites français déjà classés

Le périmètre retenu pour le classement au patrimoine mondial s'étend sur près de 20 hectares et quatre quartiers d'origine médiévale aux ruelles étroites bordées de maisons à colombages : Castelviel, Castelnau, le bourg Saint-Salvi et les Combes et berges du Tarn.

La mairie d'Albi a exprimé son «bonheur» après l'inscription samedi par l'Unesco de la Cité épiscopale de la préfecture du Tarn au patrimoine mondial de l'Humanité. «Le bonheur de cette annonce est d'ores et déjà partagé par tous les Albigeois», a déclaré la mairie dans un communiqué. «L'inscription de la Cité épiscopale est le fruit d'un travail de fond de plusieurs années qui s'inscrit dans une démarche de gestion à long terme et qui se veut porteuse des valeurs universelles exceptionnelles de l'Unesco», a ajouté la municipalité dirigée par Philippe Bonnecarrère (DVD).

La Cité épiscopale d'Albi est le 34e site français inscrit au patrimoine mondial. Dans le Sud-Ouest, l'Unesco a déjà distingué la cité de Carcassonne, les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, le canal du Midi et le Mont Perdu (avec le cirque de Gavarnie). Demain, l'Unesco donnera sa réponse pour le classement des cirques de l'île de la Réunion.

Découvrez la visite virtuelle de la Cité épiscopale (Mairie d'Albi) en cliquant ici

La chaussure ne fait pas le pèlerin

Toutes les religions connaissent le pèlerinage. Les hindous aux sources du Gange, les shintoïstes au mont Fuji, les musulmans à La Mecque, les juifs au mur de Jérusalem, les protestants dans les Cévennes, les catholiques à Czestochowa (Pologne) ou à Thierenbach (Haut-Rhin) ont pareillement le sens du sacré, ce sentiment que récusent les tenants de l'athéisme.
C'est le sanctuaire qui fait le pèlerinage. Sa réputation se transmet de siècle en siècle comme si une seule et même foule s'y succédait en continu. La ferveur qui pousse les pèlerins d'aujourd'hui à Sainte-Anne d'Auray (Morbihan) a sans doute bien des points communs avec celle qui existait en ce même lieu sous Louis XV. Un pèlerinage se nourrit de sa propre mémoire.
Cela n'exclut pas la mode. Le pèlerinage de Compostelle, qui remonte au Moyen - Age, est bien plus couru aujourd'hui qu'il y a trente ans. On ne comptait que quelques milliers de participants au début des années 1980, alors qu'ils étaient près de 200 000 l'an dernier. Deux faits expliquent ce renouveau : d'une part le statut de grand itinéraire culturel européen attribué en 1987 par le Conseil de l'Europe, d'autre part la visite à Compostelle de Jean Paul II aux "Journées mondiales de la Jeunesse" en 1989. La religion n'est pas forcément insensible aux effets de la publicité.
Ce qui est singulier sur le chemin de Saint-Jacques, c'est l'hétérogénéité des participants.
Compostelle n'est pas une espérance collective comme le sont les réunions de malades à Lourdes. Ce n'est pas non plus un cérémonial communautaire comme les rassemblements de La Mecque d'où le non-musulman est exclu. Des marcheurs pas spécialement pieux choisissent d'aller vers Compostelle plutôt que d'arpenter le non moins superbe GR 20. Leur effort est valorisé par la destination, ou plus exactement par le balisage très précis de l'itinéraire, qui en fait un chemin spirituel. Le pèlerinage devient procession et communion ; il tire sa force de la conscience qu'a le marcheur de mettre ses pas dans ceux de ses innombrables prédécesseurs. Le pèlerin a le sens du rite.
Pour autant l'affluence sur le chemin de Saint-Jacques ne dit rien d'un renouveau de la religion catholique.
Les pèlerinages et les "Journées mondiales de la jeunesse" font le plein mais ces foules sont sans effet sur les désertions paroissiales ou sur le vide des séminaires. C'est d'ailleurs le paradoxe de l'Eglise de Rome par rapport à l'islam ou par rapport à l'orthodoxie russe que de devoir contempler dimanche après dimanche l'immense fossé entre des désirs intermittents de spiritualité et l'adhésion permanente aux formes canoniques du dogme.

Dominique Jung

Des forfaits pas si "illimités"

L'ARCEP, l'autorité de régulation des communications et des postes, dénonce, dans un communiqué publié lundi, les abus de certains opérateurs téléphoniques. Ces derniers proposent des forfaits dits "illimités", mais excluent de leurs offres certains numéros qu'ils facturent hors-forfait. Les opérateurs concernés, dont l'autorité a refusé de dévoiler les noms, ont jusqu'à l'automne pour modifier cette pratique.

Les offres de forfaits téléphoniques illimités ne sont souvent pas aussi illimités que l'on croit. C'est le constat que fait l'Arcep, l'Autorité de régulations des communications et des postes, dans un communiqué publié lundi. Après une enquête lancée en décembre 2009, l'autorité dénonce des abus. En effet, des opérateurs téléphoniques proposent des offres dites "d'abondance" qui promettent d'appeler en illimité à certains horaires tous les numéros. Cependant, certains numéros fixes (géographiques en 01 à 05 ou non géographiques en 09), sont exclus du périmètre de ces offres et facturés hors forfait. L'autorité estime que ces pratiques ne sont "ni homogènes ni généralisées", même si "certains opérateurs se livrent à des exclusions massives et systématiques, tant en termes de quantité de numéros exclus que de méthodes".
" Des pratiques disproportionnées, arbitraires et discriminatoires"

L'Arcep ne souhaite pas communiquer le nom des opérateurs, qui pratiquent ces méthodes. Cependant Bouygues, SFR et Orange pourraient être concernés, dans la mesure où les trois grands opérateurs proposent ce type de forfait téléphonique. L'Arcep laisse une chance aux opérateurs de régler ces pratiques qu'elle juge "disproportionnées, arbitraires et discriminatoires" et "dommageables aux utilisateurs appelants, ainsi qu’aux utilisateurs appelés". L'Autorité indique qu'elle réalisera un nouvel audit en automne. Si ces pratiques restent inchangées, elle menace d'en "tirer les conséquences". L'Arcep n'a toujours pas décidé quelle sanction elle appliquerait le cas échéant. L'autorité souhaite aussi améliorer la transparence et la lisibilité des offres "d’abondance". Les opérateurs concernés sont priés a minima "de publier ex ante la liste des numéros exclus, ainsi qu’une information sur la tarification indiquée automatiquement, avant la mise en relation, pour tout numéro exclu".

Réalité augmentée: quand la technologie ressuscite un patrimoine disparu


Visualiser sur un écran plat, pointé en direction des ruines, l'abbaye de Cluny détruite pendant la Révolution ou se promener dans Bordeaux en voyant la ville au Moyen-Age à travers un smart phone : de plus en plus, la technologie permet de recréer virtuellement un patrimoine disparu ou modifié.

Au Moyen-Age, l'abbatiale de Cluny, en Saône-et-Loire, était la plus grande église de la chrétienté, avec sa nef de 187 mètres de long et son double transept. L'édifice religieux fut ensuite quasi-totalement détruit après la Révolution française. Aujourd'hui, ne subsistent qu'une petite partie des bâtiments et la ville s'est reconstruite autour.

"Les gens qui viennent à Cluny cherchent une église et, ne la voyant pas, sont souvent déçus. Ici, le virtuel prend tout son sens pour comprendre ce qu'était Cluny", explique à l'AFP François-Xavier Verger, administrateur du site qui fête cette année le onzième centenaire de sa fondation.

Depuis cet été, un écran plat orientable verticalement et horizontalement, situé au pied des ruines, permet aux 100.000 visiteurs annuels de se plonger dans l'édifice tel qu'il était au XVe siècle, en superposant éléments virtuels disparues et parties existantes filmées en temps réel.

Le réalisme, les détails et le rendu sont saisissants. La luminosité ambiante est prise en compte par des capteurs et retranscrite sur l'écran. Le va-et-vient entre le virtuel et le réel est permanent.

Deux autres écrans situés plus en retrait permettent de visualiser l'abbatiale dans sa totalité et intégrée à la ville actuelle, avec voitures et piétons, comme si elle n'avait jamais bougé. Un quatrième écran devrait voir le jour avant la fin de l'année.

Baptisé ray-on, le dispositif a été développé par la société on-situ, basée à Chalon-sur-Saône, en collaboration avec l'Ecole nationale supérieure d'arts et métiers (ENSAM) de Cluny et a été soumis à un comité scientifique. On-situ développe actuellement le programme multimédia du Louvre Lens, qui doit ouvrir en 2012.

Dès cet automne à Paris, les touristes pourront voir, depuis le sommet de l'Arc du Triomphe et à travers un télescope de réalité augmentée, l'ancien Palais des Tuileries, détruit à la fin du XIXe, dans un environnement actuel.

"On pourra également voir Paris à l'époque du plan Turgot (début XVIIIe), donc au milieu des champs, ou bien dans le futur, avec de hautes tours tout autour de la capitale", déclare Maurice Benayoun, à la tête du projet, porté par le CITU, un laboratoire dépendant des universités Paris 1 et Paris 8.

"Dans les lieux de patrimoine, soit on raconte une histoire, soit on la donne à voir. Ce que nous proposons est d'un haut niveau émotionnel et toujours bien accompagné scientifiquement", analyse M. Benayoun.

Pour Jean-Luc Rumeau, porteur du projet B3D, qui permettra fin 2011 de se promener dans Bordeaux en voyant la ville au Moyen-Age, ou à d'autres époques, via un smart phone, le tournant de "la muséographie à ciel ouvert" a été pris par les sites de patrimoine.

"En plus de la visite virtuelle +classique+, nous avons également opté pour une expérience immersive plus ludique, de type jeu ou quête. Le visiteur, explique M. Rumeau, pourra ainsi se mettre dans la peau d'un moine ou d'un armateur et le scénario proposé dans la ville s'adaptera en fonction de ses choix".

Un Américain en Egypte

Récit. Au-delà des pyramides, de Douglas Kennedy. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Bernard Cohen.

En 1985, alors inconnu, Douglas Kennedy prend la route avec pour seuls bagages quelques carnets de notes. Direction l'Egypte. Non pas celle, historique et figée, des guides touristiques, mais celle, bien plus contrastée, qui, depuis le coup d'Etat de 1952, tente de trouver son identité entre Orient et Occident. Une Egypte où la population se débat entre plusieurs héritages idéologiques, où le XXe siècle cohabite avec le passé, l'opulence avec la misère crasse. Et la montée d'un fondamentalisme qui explosera une décennie plus tard avec la multiplication des attentats. Mais, au milieu des années 80, c'est avec drôlerie que le jeune Douglas Kennedy brosse les contradictions et incohérences de l'Egypte post-Sadate.

Dans la pure tradition des récits de voyage - sans le romantisme caractéristique de la grande vague du genre au XIXe siècle -, l'écrivain rend parfaitement compte de l'atmosphère du pays au travers d'un périple ponctué d'incidents et d'une galerie de personnages auxquels le sens du détail de Kennedy donne toute leur force. Publié pour la première fois en France vingt-cinq ans plus tard, le récit répond sans conteste à la promesse du titre et donne à voir bien "au-delà des pyramides".

Au-delà des pyramides, de Douglas Kennedy. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Bernard Cohen (Belfond, 320 p., 19.50 euros ).

Cornée artificielle : la greffe prend


Le FMI prévoit une reprise fragile en France


Le Fonds monétaire international prévoit une croissance de 1,4% en France cette année, comme le gouvernement, mais il est plus prudent pour la suite et doute que le déficit public revienne sous les 3% du PIB avant 2015.
Dans son rapport annuel sur la France publié vendredi, le FMI se félicite de "l'ambitieux programme de réforme" mis en oeuvre par les autorités, salue la "grande réforme" des retraites et note que les banques françaises sont solides, comme l'ont montré les récents tests de résistance organisés dans l'Union européenne.
Mais il souligne des risques pour la croissance future, même si la France a mieux résisté que ses voisins à la récession, et recommande de donner la priorité à un "rééquilibrage sensible et crédible" des finances publiques.
Après une contraction de 2,5% en 2009, l'institution voit le produit intérieur brut de la France progresser de 1,4% cette année - la même prévision que le gouvernement - puis de 1,6% en 2011, 1,8% en 2012 et 2,0% en 2013.
Ces prévisions sont semblables à celles publiées en avril dans les Perspectives économiques mondiales du FMI alors que celles sur le déficit public sont plus optimistes.
Après 7,5% en 2009 et 8,0% en 2010 (là aussi la prévision gouvernementale), le déficit décroîtrait à 6,1% du PIB en 2011. En avril le FMI le situait autour de 7%.
"C'est le résultat de la conférence sur les déficits publics en juillet et de la réforme des retraites en juin", observe-t-on à Bercy où l'on juge le FMI et Paris "sur la même longueur d'ondes".
"C'est un satisfectit du FMI pour la politique économique du gouvernement", ajoute-t-on.
LE FMI VEUT DES HYPOTHÈSES "RÉALISTES"
Pour autant, le FMI situe le déficit à 3,9% du PIB en 2013 et, selon son scénario, ce n'est qu'en 2015 qu'il reviendrait sous la barre des 3%, limite fixée par le traité de Maastricht.
Le programme de stabilité de la France prévoit d'atteindre l'objectif de 3% de déficit en 2013, sous réserve d'une croissance de 2,5% à partir de l'année prochaine.
"Pour rendre l'effort d'assainissement plus crédible, il importe de fonder le cadre de programmation budgétaire sur des hypothèses macroéconomiques réalistes", écrit le FMI dans sa notice d'information, se faisant l'écho de critiques émises par la Commission européenne en mars quand lui avait été transmis le programme de stabilité.
Lors d'une conférence téléphonique, l'un des responsables de l'étude, Erik de Vrijer, a cependant relativisé ce message en indiquant que l'objectif d'un déficit ramené à 3% en 2013 pourrait être atteint si la réforme des retraites est menée à bien.
"En incluant la réforme des retraites, il y a une bonne chance de parvenir à 3% de déficit d'ici 2013", a-t-il dit.
Publiée chaque année après la visite d'une mission, la note du FMI est plutôt élogieuse pour la politique économique du gouvernement mais demande des efforts accrus en matière de réformes et d'assainissement budgétaire.
"Une reprise fragile est amorcée en France", dit le texte.
Sa moindre exposition au commerce international, l'existence d'un secteur financier assez résistant, l'importance des dispositifs de protection sociale et des mesures de relance "bien conçues" ont permis à la France de mieux résister à la crise mondiale que la plupart des pays comparables, constate le FMI.
Mais, ajoute-t-il, "les caractéristiques de l'économie française qui l'ont protégée en partie pendant la récession sont aussi celles qui, vraisemblablement, ralentiront la reprise".
"INITIATIVES PLUS POUSSÉES"
Le taux de chômage, de 9,5% en 2009, devrait atteindre 10,0% en moyenne cette année puis culminer à 10,1% en 2011 avant de redescendre à 9,7% en 2012 et 9,2% en 2013, selon le FMI.
Dans le même temps, la dette publique atteindrait 84,3% du PIB en 2010 contre 78,1% en 2009 et continuerait de se détériorer jusqu'en 2013, quand ce ratio atteindrait 90,3%.
"Le rééquilibrage imminent des finances publiques en France et dans la plupart des pays européens pèsera sur la demande, et les préoccupations que continuent de susciter les risques souverains imposent de rester vigilant", estime le Fonds en demandant aux autorités de "mettre en oeuvre avec énergie leur programme de réformes pour soutenir la reprise".
Sur la politique d'assainissement budgétaire, le FMI juge que les mesures déjà annoncées sur les recettes et les dépenses sont "de grande envergure" mais indique que "des initiatives plus poussées s'imposent à tous les niveaux de l'administration pour parvenir au rééquilibrage budgétaire vise à moyen terme".
L'institution délivre aussi un satisfecit sur la réforme de la réglementation bancaire, en saluant notamment la création de l'Autorité de contrôle prudentiel qui regroupe depuis le mois de mars l'ensemble des autorités de supervision et d'agrément de la banque et de l'assurance en France.

Maladie grave sans remède miracle

La santé est fragile. Craignant cette émotion populaire qui peut surgir à tout instant s'agissant de notre bien le plus précieux, la ministre Roselyne Bachelot marche sur des oeufs lorsqu'elle s'aventure à mettre un peu d'ordre dans la si onéreuse prise en charge des maladies graves, dont les soins sont indemnisés à 100 % par la Sécurité sociale. Cancer, hypertension, maladies cardio-vasculaires… : ces pathologies lourdes sont appelées « affections de longue durée » (ALD), manière pudique de dire qu'elles coûtent affreusement cher et que l'on n'en réchappe pas toujours.

L'an dernier, le gouvernement avait fait voter une disposition audacieuse destinée à faciliter l'interruption de cette couverture maladie intégrale dès lors que le patient est considéré comme guéri. Prudemment, le décret n'est encore pas paru. Cette année, le ministère de la Santé envisage de suivre l'avis de la Caisse nationale d'assurance-maladie, qui lui recommande d'éliminer de la liste des 30 ALD, en commençant par l'hypertension légère, celles que les progrès de la médecine ont rendues, sinon plus guérissables, bien plus supportables.

Reposant sur des recommandations médicales, concertée avec les associations de malades, cette approche au cas par cas offre l'immense mérite d'être une méthode douce. C'est également son inconvénient. A ce rythme, quelques dizaines de milliers de patients vont sortir du périmètre, quand des centaines de milliers y entrent chaque année. Plus de la moitié y sont toujours cinq ans après. D'exception, le régime des ALD est devenu de droit commun. Il concerne maintenant 15 % des assurés sociaux, dont les soins concentrent les deux tiers des dépenses maladie et expliquent 80 % de leur progression annuelle.

C'est inquiétant mais en rien choquant. Car ce n'est jamais que le reflet d'une société dans laquelle les malades vivent plus longtemps avec des pathologies graves devenant chroniques, dont les traitements coûtent plus cher - parfois plusieurs millions d'euros par an. Aussi est-il vain de placer dans une révision régulière, quoique nécessaire, des ALD l'espoir d'économies rapides et massives. Cela s'apparente à l'épreuve de Sisyphe. Ce n'est d'ailleurs pas la stratégie des pouvoirs publics.

Pour l'essentiel, la maîtrise de ces dépenses particulières ne peut venir que de ce qui concourt à la maîtrise des dépenses de santé en général. D'abord, la prévention, même si elle entraîne aussi plus de dépistages donc plus de frais de soins. Ensuite, une meilleure organisation dans la prise en charge des malades, à l'hôpital notamment. Enfin, grâce aux médicaments génériques, la baisse des coûts facturés à l'assurance-maladie, pour une qualité de service médical au moins équivalente.

Du point de vue de l'assureur-maladie qu'est la Sécurité sociale, cette politique a un double effet : rendre la couverture du gros risque moins insoutenable et celle du petit risque presque rentable. Face au coût exponentiel des longues maladies, il n'y a pas de remède miracle, mais des traitements à large spectre.

samedi 31 juillet 2010

Bernard Kouchner : « Je ne suis pas encore viré »

Les rumeurs le donnent partant lors du prochain remaniement gouvernemental prévu en octobre. Certains parient sur son remplacement par le maire de Bordeaux, Alain Juppé, déjà passé par le Quai d’Orsay dans le gouvernement Balladur de 1993 à 1995. En délicatesse avec Jean-David Lévitte, le Monsieur Diplomatie de l’Elysée, Bernard Kouchner se veut détendu : « Cela fait trois ans et demi qu’on m’annonce sur le départ et je suis encore là.
Je ne vais pas me rouler par terre de désespoir en lisant ceci ou cela dans la presse. Je ne suis pas propriétaire de mon poste, ce n’est pas un siège qui m’appartient. Je suis à la disposition du président de la République et du Premier ministre. Je note cependant que la politique étrangère de la France est écoutée, que beaucoup de réformes ont été entreprises, beaucoup de travail accompli. De nombreux pays nous consulte sans arrêt. Parfois, je me dis que ça me ferait du bien de souffler, c’est un poste passionnant mais éprouvant. Quoi qu’il en soit, si l’on fait la moyenne de la longévité de mes prédécesseurs au Quai d’Orsay, je me situe déjà dans une fourchette haute. Cela dit, je ne suis pas encore viré et, si je reste, j’en serai ravi, on verra bien (rires). »

BERNARD KOUCHNER

Les micro-algues, essence du futur ?


Le silence du grenier vide

Les pluies insuffisantes suscitent de mauvaises récoltes. Les mauvaises récoltes ne remplissent pas assez les greniers. Et les greniers vidés trop vite et trop longtemps avant la récolte suivante provoquent la disette... Ce cycle brutal s'est hélas reproduit au Mali, au Tchad, en Mauritanie et tout particulièrement au Niger. Des centaines de milliers de familles souffrent de malnutrition.
Si l'on en parle en ce moment, c'est parce que notre été (qui à Bamako correspond à la saison des pluies) coïncide avec la période de soudure entre deux récoltes de mil ou de sorgho, deux céréales qui, là bas, sont au cœur de l'alimentation rurale. Quand elles manquent ou sont vendues trop cher, le Sahel est à la peine.
La crise ne se résume pas à de mauvaises conditions climatiques. Il peut y avoir crise alimentaire alors que des stocks existent. La spéculation orchestrée par les usuriers, les carences dans les réseaux de distribution, la gestion calamiteuse des réserves sont aussi ravageuses qu'une mauvaise saison des pluies.
Les États jouent insuffisamment leur rôle régulateur, ce qui accélère l'exode rural, renforce le poids des importations et accroît les dépendances.
Le cynisme serait de se rassurer en se disant que l'on n'en est heureusement pas au niveau catastrophique de la grande sécheresse des années 1970-75. C'est exact, mais cette comparaison ne doit pas mener à l'inaction. La malnutrition est moins spectaculaire, moins tragique que la famine, mais ses conséquences à long terme ne sont pas moindres. Un bébé mal nourri sera entravé dans sa croissance physique et mentale, avec un risque d'altération de sa scolarité et donc de sa capacité à s'insérer efficacement dans le monde du travail. Les malnutritions à grande échelle d'aujourd'hui peuvent être les crises sociales ou les carences de demain.
Cette crise est par essence une crise de la pauvreté. Dépourvues de revenus, privées des mécanismes compensateurs semblables à ceux que nous connaissons en France grâce aux allocations sociales, les familles modestes du Sahel sont en première ligne de la précarité mondiale. L'amortisseur politique n'est pas une spécialité africaine. Raison de plus pour que la solidarité se mette en marche. La solidarité nord-sud, bien entendu, mais également, là où elle est possible, la solidarité sud-sud. Car à côté de la très grande pauvreté apparaît une Afrique émergente qui ne doit pas s'exonérer du devoir d'entraide.

Dominique Jung

La lucrative vie posthume des stars Le business des chanteurs disparus se porte bien. Gérer leurs droits est une affaire de pros.

Faire du neuf avec du vieux. Le Billboard américain a annoncé en novembre que son hit-parade intégrerait désormais tous les disques, quelle que soit leur année de sortie. Motif ? «Les événements de 2009.» En clair, la mort de Michael Jackson le 25 juin. En France, les ventes du King of Pop ont représenté à elles seules 7% du souffreteux marché du CD au troisième trimestre.
«Des chiffres aussi élevés sont liés à de fortes ventes en grandes surfaces alimentaires, qui ne commercialisent presque plus de musique en temps normal», précise André Nicolas, responsable de l'Observatoire de la musique.
L'autre événement de 2009, l'opération de remastérisation des Beatles, en septembre, a permis d'écouler sur trois mois en France 200 000 albums et 25 000 coffrets, un chiffre d'affaires supérieur à 8 millions d'euros. Sur la décennie, leur compilation One a été l'album le plus vendu aux Etats-Unis. Un jackpot pour EMI et... les héritiers Jackson, qui détiennent avec Sony les droits d'édition des Fab Four.
En 2009, Michael Jackson et John Lennon figuraient d'ailleurs dans le classement Forbes des célébrités disparues générant le plus de revenus avec respectivement 90 et 15 millions de dollars, aux côtés d'Elvis (55 millions) et Jimi Hendrix (8 millions). Le florissant business des chanteurs morts s'est diversifié, des box Beatles sans inédits ni live aux produits pour des fans absolus, comme les coffrets Alain Bashung (27 CD) ou Miles Davis (70 CD). Le dernier cri des «Pléiades» musicales est la numérisation : la start-up française Record Memory a mis en vente 30 000 intégrales Beatles dans une grosse clé USB en forme de pomme. Un «objet de collection», vendu 240 euros, plus cher que le coffret classique. Pour les ayants droit, l'héritage ne se limite pas aux pourcentages sur ces sorties. «Les albums ont longtemps été la source de revenus principale d'icônes comme Lennon ou Jackson, mais on constate une montée des revenus liés à l'interprétation», décrypte le consultant américain Barry Massarsky. Même si un allongement est à l'étude, les albums perdent leur copyright cinquante ans après leur sortie en Europe. Alors que les droits d'auteur et d'édition des chansons durent plus longtemps. Résultat : une floraison d'initiatives, de la scène (spectacle Joe Dassin fin 2010) aux lieux de culte (projets de mémorial Jackson ou d'un «Clocloland» dans l'Essonne), en passant par le grand écran, qui stimule les ventes : après Ray, La Môme ou Gainsbourg (vie héroïque), sorti le 20 janvier, on annonce des films sur Sinatra, Montand et la Callas. Sans oublier les pubs et le merchandising. «La multiplication des exploitations ne doit pas salir l'image ou abîmer le répertoire, avertit néanmoins le producteur Thierry Saïd, qui gère la carrière posthume de Joe Dassin. On a refusé de faire des housses de couettes ou des CD offerts avec des surgelés.» Le mieux est encore de posséder les droits d'édition. Fin novembre, Jeune Musique, qui assure la coédition d'une trentaine de titres de Claude François, a été rachetée par iWay, un holding associant le label Because au patron de Free, Xavier Niel, qui a pris 15% du capital. A la clé, une pépite : les droits de Comme d'habitude, chanson française la plus exportée grâce à l'adaptation américaine, My Way. «Ce genre de catalogue est un evergreen : il génère le même niveau de revenus chaque année et peut connaître de bonnes surprises», analyse Fabrice Nataf, le PDG d'EMI Publishing, qui détient un autre lot de tubes de Cloclo. Alors que le business Claude François génère une dizaine de millions d'euros les grandes années, Jeune Musique a réalisé sur son dernier exercice un chiffre d'affaires de 570 000 euros.
Ses nouveaux propriétaires sont confiants : un film sur le chanteur est en projet ainsi que des reprises de haut vol, notamment par Prince. Une stratégie sécurisée à long terme : Comme d'habitude attendra soixante-dix ans après le décès de son cocompositeur Jacques Revaux, encore en vie, pour tomber dans le domaine public.




Ils hantent encore le haut de l'affiche

(Total des ventes en France à fin 2008, en millions d'albums et singles) SOURCE : INFODISC

Claude François
20,8 millions
Des quatre majors, seul EMI n'a pas l'auteur d'Alexandrie, Alexandra à son catalogue.

Joe Dassin
15,4 millions
Disques, spectacles, émissions de télé sont prévus pour 2010 à l'occasion des 30 ans de sa disparition

Dalida
13 millions
La chanteuse a connu son dernier pic de vente en 2007, année des 20 ans de sa mort.

Tino Rossi
10 millions
Tombé dans le domaine public, l'enregistrement de Petit Papa Noël est reproduit sur des dizaines de compilations.

Mike Brant
9,9 millions
Comme les quatre artistes qui le précèdent, l'interprète de Laisse-moi t'aimer a vendu plus de singles que d'albums.

Pierre Bachelet
9,2 millions
Ses héritiers partagent les droits de son plus grand tube, Les Corons, avec le parolier Jean-Pierre Lang.

Georges Brassens
8,7 millions
Universal détient les masters, mais plusieurs éditeurs commercialisent les albums libres de droits.

Jacques Brel
8,4 millions
Barclay (Universal) a vendu 56 000 intégrales en France depuis le 25e anniversaire de sa mort, en 2003.

Daniel Balavoine
6,5 millions
Son dernier album, Sauver l'amour, sorti trois mois avant son décès, en 1986, reste le plus vendu à ce jour.

Serge Gainsbourg
5,9 millions
Le film Gainsbourg (vie héroïque), de Joann Sfar, pourrait stimuler ses chiffres de vente.

Jean-Marie Pottier

Introduction. L'âge et les nouveaux parcours de vie

Débat sur les retraites, polémique autour du care, hésitations sur la prise en charge de la dépendance du grand âge : le vieillissement se trouve à plusieurs titres au centre de l'actualité politique et sociale. Les chiffres sont connus : les plus de 75 ans représentaient 3,8 % de la population française en 1950, contre 8,8 % en 2010 et probablement 10,5 % en 2025. L'espérance de vie à la naissance était de 64 ans pour les hommes (69 ans pour les femmes) en 1945, elle est, pour une fille née en 2009, de 84,5 ans (contre 77,8 ans pour un garçon). L'espérance de vie pour les personnes de 60 ans est de 22 ans pour les hommes et de 27 ans pour les femmes1. Ce vieillissement s'effectue aussi pour une large part en meilleure santé, puisque la durée de vie sans difficulté majeure de santé s'allonge elle aussi : en 2003, l'espérance de vie (à 65 ans) sans incapacité représente 79 % de l'espérance de vie totale pour les femmes et de 75 % pour les hommes, chiffre qui augmente plus vite que l'espérance de vie elle-même (en 1981, elle ne représentait que 63 % pour les femmes et 53 % pour les hommes2). C'est donc bien du temps libre en bonne santé qui est gagné collectivement.

Cette bonne nouvelle décline ses effets dans plusieurs dimensions : elle signifie un changement du rapport de chacun à son propre parcours de vie, elle induit une transformation des relations entre les générations, elle impose une adaptation de nos mécanismes de solidarité.


Les injustices de la réforme des retraites


Si les chiffres aident à objectiver un mouvement continu et insensible, ils sont aussi trompeurs. Ils peuvent en effet donner l'impression que l'approche par les âges permet de saisir au mieux nos parcours de vie. Or, le débat sur les retraites l'a montré une fois de plus, se focaliser sur les âges, c'est retenir un critère largement insuffisant pour déterminer la situation de vie d'une personne. En faisant du paramètre de la limite d'âge pour partir à la retraite (qui devrait progressivement passer de 60 à 62 ans en 2012 selon les souhaits du gouvernement) l'enjeu d'un affrontement avec les syndicats et l'opposition, le gouvernement (qui s'est bien gardé de toucher aux régimes spéciaux) a escamoté les sujets les plus importants pour l'équité de la réforme.

En effet, concentrer la réforme sur le changement de la limite d'âge, c'est tout d'abord esquiver la question du nombre d'annuités de cotisation. De nombreuses situations inéquitables en résultent (d'où l'accent mis par la Cfdt par exemple sur la question de la pénibilité). Tout d'abord, certains salariés, qui ont commencé jeunes, auront déjà cotisé tous les trimestres qu'ils doivent (164 trimestres, c'est-à-dire 41 annuités en 2012 puis 41,5 annuités en 2020) avant de parvenir à l'âge légal auquel ils pourront demander à partir en retraite. Ils surcotisent donc, alors même qu'ils ont sans doute occupé, ayant commencé jeunes, c'est-à-dire sans faire d'études longues, un poste d'ouvrier ou d'employé, peu valorisé et mal payé3. Autre cas de figure, une majorité, par lassitude ou par manque de perspective, choisira de partir dès 62 ans, sans avoir cotisé suffisamment, en subissant une décote proportionnelle au nombre d'annuités manquantes. D'autres enfin seront obligés de travailler jusqu'à 67 ans s'ils veulent éviter une décote tout en restant pénalisés par leur carrière incomplète qui se traduit, quoi qu'il arrive, par une retraite partielle. Ce sera le cas surtout des personnes dont la carrière professionnelle aura été discontinue.

Or, pour les jeunes actifs, les carrières sont de plus en plus discontinues : la carrière stable chez un employeur unique n'est plus la norme. Les situations de salariés ayant connu des hauts et des bas, des pério­des d'inactivités forcées, des parcours instables, morcelés et précaires (avec des temps partiels subis, de l'intérim...) se multiplient. Elles touchent bien sûr avant tout les personnes faiblement qualifiées et les femmes qui occupent des emplois à temps partiel et connaissent des parcours plus hachés que les hommes en raison des congés maternité (même si, dans le projet actuel, l'indemnité journalière de maternité sera intégrée dans le salaire de référence pour le calcul de la retraite) et de la garde des enfants. Caler tous les parcours sur un même âge, c'est feindre qu'on se situe encore dans la continuité d'une économie d'après-guerre dans laquelle la montée du salariat avait permis de normaliser une grande part des parcours professionnels. Pour les générations montantes, la norme de parcours s'est défaite, les trajectoires sont plus personnelles et l'effet d'inégalité lié à un mauvais calibrage des droits est plus fort.

Mais surtout, « travailler plus longtemps » n'est qu'un slogan sans contenu dans la situation actuelle du marché du travail. Celui-ci, en effet, est particulièrement défavorable aux seniors en France, le consensus implicite choisi depuis le lancement des préretraites depuis le milieu des années 1970 étant qu'il valait mieux faire sortir du marché du travail les plus âgés pour favoriser l'entrée des plus jeunes. Le résultat, paradoxal, en est que la France parvient à cumuler l'un des plus faibles taux d'activité des 15-24 ans (32,2 % en 2008) en Europe (la moyenne européenne est cinq points au-dessus) avec un taux d'activité des 55-64 ans (38,3 % en 2008) inférieur à la moyenne européenne (celle-ci étant de 45,6 %4) ! On exclut les salariés aux deux bouts de l'échelle des âges. Les salariés quittent aujourd'hui en moyenne le marché du travail à 58,5 ans, passent trois années de galère dans des dispositifs de transition (chômage avec dispense de recherche d'emploi, handicap, préretraites, maladies de longue durée...) et ne commencent à toucher leur retraite qu'à partir de 61,6 ans. À quoi rime, dès lors, de demander aux salariés de travailler deux ans de plus, entre 60 et 62 ans, alors même qu'il est si difficile pour les salariés de se maintenir sur le marché du travail au-delà de 60 ans ? Et que dire de la limite de 67 ans, qui apparaît bien théorique, puisque les efforts consentis pour encourager les entreprises à maintenir les seniors dans l'emploi ne sont pas à la hauteur ? En réalité, on se prépare à ce qu'un nombre croissant de salariés prenne leur retraite sans bénéficier d'un taux plein parce que leur parcours aura été discontinu, qu'ils seront découragés par le marché du travail, considérés comme trop chers par leurs employeurs ou insuffisamment performants5.

Ce découragement est amplifié par les incertitudes entourant la solidité de notre système de retraites : comme les précédentes, la réforme actuelle est surtout consacrée à assurer le financement à court terme et le prochain rendez-vous est déjà fixé à 2018 car, dans les projections liées à la réforme, l'équilibre n'est garanti que jusqu'en 2020 (dans le meilleur des cas, puisque le gouvernement établit ses projections à partir d'hypothèses macroéconomiques pour 2014-2020 pour le moins optimistes : taux de chômage à 6,7 %, taux de croissance à 2,2 %). Quelles règles seront applicables au-delà de 2018 ? L'angoisse entretenue par le manque de consensus sur notre système des retraites amplifie la fuite anticipée du marché du travail, les salariés saisissant toutes les occasions de départ précoce, de peur d'avoir à payer plus cher les ajustements qui restent toujours à venir... On continue ainsi à réduire la participation des seniors au marché du travail, tout en affichant l'objectif inverse ! Mais il induit aussi un scepticisme croissant chez les jeunes salariés sur les avantages d'un système par répartition et fait progresser la représentation favorable à la prévoyance individuelle.

Bref, une autre logique aurait pu prévaloir, faisant des annuités la seule référence, indépendamment de tout critère d'âge, ce qui aurait évité la trompeuse simplicité d'un âge couperet unique. Prendre en compte les parcours, ce serait aussi avoir une meilleure garantie des droits pour des salariés qui, ayant changé plusieurs fois de travail, relèvent de plusieurs régimes différents (on les appelle les « polypensionnés ») dont le nombre ne saurait manquer d'augmenter dans une économie qui célèbre la mobilité. Cela signifierait aussi se redonner une vue d'ensemble du salariat et des parcours professionnels, au lieu de traiter séparément la question de l'entrée difficile dans le monde du travail pour les jeunes, les inégalités de parcours entre homme et femme, l'aménagement des fins de carrières... car tout cela ne forme que des points de cristallisation d'une même question générale qui est la dislocation des normes du travail, l'individualisation des parcours sociaux et la déstabilisation croissante d'un système de protections pensé pour des ensembles homogènes et stables. À l'inverse, toutes les propositions de reconstruction d'un projet de solidarité durable soulignent l'importance de l'articulation, à tous les temps de la vie, du temps de formation, du temps de travail et du temps de repos6.


L'ingratitude des aînés ?


Cet exemple des retraites montre que nous n'avons pas encore pris la mesure des transformations, pour l'ensemble du cycle de vie, de l'allongement de la durée de vie : il ne s'agit pas seulement de faire glisser des trimestres, mais prendre en compte la manière dont notre rapport aux temps de la vie se transforme, dès lors que l'existence se prolonge au-delà de quelques années de retraite, dans un temps qui ne doit pas cependant apparaître vide, dénué de sens social et de relations.

Une autre limite de la focalisation sur l'âge est de réduire l'équilibre financier des retraites à un ratio entre actifs et inactifs (il était de 2,2 actifs pour un inactif en 2005, il pourrait être de 1,4 en 20507). Le sujet est beaucoup plus large et touche aux solidarités entre les générations. L'âge donne en effet une position abstraite de l'individu, dont la situation sociale dépend aussi de son appartenance à une génération. Celle-ci peut être plus ou moins favorisée en fonction des opportunités qui étaient ouvertes au moment où elle est née, puis entrée dans la vie active : les classes d'âge qui entrent sur le marché du travail dans une période déprimée en ressentent les conséquences sur l'ensemble de leur parcours. À l'inverse, ceux qui sont portés par la conjoncture bénéficient de cet élan favorable de manière durable8. Mais cet effet ne prend véritablement sens pour les générations que les unes vis-à-vis des autres.

Il faut donc s'interroger sur les relations entre les générations d'actifs aujourd'hui et celle des inactifs : quelles sont les solidarités qui s'exercent de l'une à l'autre ? Il faut distinguer celles qui relèvent de mécanismes publics de solidarité (indemnisation du chômage, santé, retraites...) et celles qui relèvent de transferts privés intrafamiliaux. Les transferts publics sont ascendants, c'est-à-dire qu'ils passent des jeunes et des actifs aux retraités et au grand âge. Ils sont en volume beaucoup plus importants que les transferts privés qui sont descendants, c'est-à-dire qu'ils vont des parents et grands-parents vers les enfants et petits-enfants. Les tranferts publics ascendants sont en outre en partie redistributifs tandis que les transferts privés descendants prolongent les inégalités familiales9. En un mot, les mécanismes de solidarité sont aujourd'hui beaucoup plus favorables aux vieux qu'aux jeunes. Cela est largement dû à notre incapacité collective à faire évoluer nos systèmes de solidarité en fonction des nouvelles difficultés sociales apparues pour les nouvelles générations : « La jeunesse est la variable d'ajustement des réformes ratées de la droite et la gauche10. » L'actuelle réforme des retraites le montre bien puisqu'elle ne garantit pas le système à long terme et qu'elle dilapide les ressources du fonds de réserve des retraites qui devait garantir la solidarité intergénérationnelle. Une réforme équitable aurait pu mettre à contribution les retraités dans le sauvetage des retraites, en alignant par exemple la fiscalité des retraités sur celle des actifs11. Un nouvel arbitrage défavorable à mettre au crédit de la « génération dorée » des trente glorieuses ? On peut en effet faire une lecture de ces choix collectifs en termes de rapports de force, montrant la facilité avec laquelle la génération la plus nombreuse, celle du baby-boom, peut imposer ses choix aux autres :

À elle, la croissance, les contrats à durée indéterminée, l'optimisme politique, la révolution des mœurs et, désormais, les vieux jours à l'abri du besoin. Aux générations suivantes, le chômage, la précarité, la dette publique et, pour tout horizon, une pension écornée12.

Ce mouvement n'a d'ailleurs rien de proprement français et concerne tous les pays qui ont vécu de manière proche la croissance d'après-guerre :

La « génération 1 000 € » en Espagne et en Italie, ou encore la « génération 700 € » en Grèce racontent la même histoire. D'un bout à l'autre du monde développé, du Japon aux États-Unis en passant par le Royaume-Uni, des voix se font entendre pour attirer l'attention sur de nouvelles « générations sacrifiées » ou pour dénoncer l'emprise croissante du grey power (le « pouvoir grisonnant »13).

Mais cette approche, si elle a le mérite de pointer des inégalités qui restent souvent invisibles, reste incomplète car les solidarités entre générations ne sont pas synchrones. On ne peut en effet simplement comptabiliser les transferts entre actifs et inactifs pour tenter d'établir une équation juste.

L'échange entre générations se fait en réalité toujours à trois puisque chaque génération est prise entre celle qui précède (les ascendants) et celle qui suit (les descendants). Pour raisonner en termes de transferts justes, il faudrait dès lors pouvoir faire le bilan de tout ce qu'une génération reçoit des deux générations qui l'entourent et de tout ce qu'elle leur transmet (on peut recevoir aussi bien de ses parents que de ses enfants, la solidarité familiale s'exerçant dans les deux sens). L'équité complexe qui se met en place dans ce jeu à trois consiste non pas à donner autant à une génération qu'on a reçu d'elle mais plutôt à donner à la génération suivante ce qu'on a reçu de la précédente. Si, selon le proverbe, on ne fait qu'emprunter le monde à ses enfants, il n'en reste pas moins qu'on l'a aussi hérité de ses parents. C'est en transmettant quelque chose à ses enfants qu'on rend ce qu'on a reçu de ses parents. La solidarité intergénérationnelle ne fonctionne donc pas selon la logique d'un contrat à deux mais d'un échange à trois où la dette qu'on a contractée vis-à-vis de ses ascendants (qui ont œuvré directement à l'éducation, au soin... mais aussi à enrichir une vie collective par des institutions pérennes, un patrimoine durable, l'acquisition des connaissances, l'aménagement de l'espace, etc.) est remboursée aux descendants. Cette conception de la solidarité a formé la doctrine sociale de la République dès le solidarisme de Léon Bourgeois et Célestin Bouglé au tournant du xixe siècle14. Chacun participe à un système de solidarité collectif non en fonction d'un contrat ou d'un pacte fondateur (comme dans la fiction libérale) ni au terme d'une lutte des classes (comme pour les socialistes) mais parce qu'il est, dès sa naissance, débiteur de ses prédécesseurs, qui ont aménagé le monde pour lui. Il ne pourra se libérer de sa dette qu'en faisant un don à son tour aux générations qui le suivent.

À la différence des situations familiales qui existaient au xixe siècle, où les trois générations n'avaient guère le temps de se côtoyer, celles-ci sont maintenant contemporaines les unes des autres plus longtemps, au point que la solidarité intergénérationnelle peut maintenant s'exprimer directement des grands-parents aux petits-enfants (pour les successions par exemple ou les gardes). La génération intermédiaire se trouve dès lors dans une situation différente : son rôle n'est plus de transmettre de ceux qui ont disparu vers ceux qui ne sont pas encore là. Elle supporte concrètement parfois la charge des aînés qui commencent à subir la dépendance et des jeunes qui n'ont pas encore pris leur indépendance : on l'appelle la génération « pivot ». Avec l'allongement de la durée de vie, il faudra même, de plus en plus fréquemment, apprendre à organiser une solidarité entre quatre générations vivant de manière contemporaine, c'est-à-dire qui ont traversé les unes et les autres dans des situations différentes les aléas de près d'un siècle de vie collective : comment imaginer de départager les effets d'aubaine et les malchances des uns et des autres (en prenant en compte des facteurs aussi différents que les conflits, les crises, la dégradation de l'environnement, les progrès de la médecine, etc.), tout en maintenant une solidarité entre tous ?

Le concept d'équité intergénérationnelle reste d'un usage délicat dans la mesure où le changement historique empêche de définir une situation égalitaire de référence par rapport à laquelle on pourrait juger des écarts de revenus, de patrimoine ou de bien-être. En même temps, cette incommensurabilité ne doit pas servir de prétexte pour ne rien faire15.


Les reculs de l'autonomie


Le grand âge n'est donc pas seulement une expérience individuelle, même si elle est trop souvent vécue dans la solitude. La manière dont il se déroule dépend aussi des choix collectifs, en particulier le partage que nous faisons entre temps libre et temps de travail, solidarité publique et aides privées, protections liées au statut et protections accompagnant la mobilité... Le projet du présent dossier est bien de montrer la variété des questions attachées au vieillissement, au-delà des froides statistiques de la démographie, tout en mettant l'accent sur le temps de vie qu'il constitue et qui reste à imaginer. Il touche donc à l'expérience de l'âge, au changement des relations médicales, aux transformations des parcours individuels, à la mutation de la vie familiale, aux formes de la solidarité entre les générations. Après des dossiers sur la relation médicale, la fin de vie, l'hôpital, le lien familial, il nous a semblé indispensable de traiter pour lui-même ce sujet de société qui reste le plus souvent refoulé parce qu'il met mal à l'aise.

Nous abordons donc tout d'abord les choix collectifs qui nous attendent. Avant tout, que dit la médecine sur l'évolution du vieillissement ? À l'encontre des déclarations fracassantes à destination des médias prédisant une poursuite de l'allongement de l'espérance de vie, il apparaît, selon la présentation de Jean-François Toussaint et de Bernard Swynghedauw, que nous atteignons un plafond : les courbes antérieures ne vont pas se prolonger, nous touchons bien à des limites des possibilités humaines. Autre idée reçue qu'un examen plus précis remet frontalement en cause : la conviction selon laquelle le vieillissement met en péril l'équilibre de nos comptes sociaux en imposant une croissance démesurée de nos dépenses de santé. En réalité, ce n'est pas le vieillissement de la population qui contribue le plus à l'augmentation continue des frais médicaux. Brigitte Dormont montre ainsi que le débat sur le financement est beaucoup plus ouvert qu'on ne le dit habituellement, qu'il ne relève en tout cas d'aucune fatalité et qu'il invite à des choix collectifs qui restent à expliciter.

Si l'objectif de l'autonomie des individus doit rester prioritaire, le choix du lieu de vie (institution/domicile), soulignent Alain Franco et Vincent Rialle, va en partie déterminer les coûts et les types de prise en charge (professionnelle/familiale) qui vont se développer dans un avenir proche. Il aura aussi un impact, souligne Bruno Arbouet, sur les emplois de service liés aux soins apportés aux personnes âgées. Une comparaison européenne, avec le regard de Dominique Gaudron et Renaud George, met en perspective nos propres difficultés et souligne l'importance des villes, à la fois comme lieux de vie et comme espace de solidarité de proximité, dans la prise en charge du grand âge. Mais tous ces sujets ont aussi une répercussion sur les liens familiaux et, au-delà, sur la manière dont les solidarités intergénérationnelles s'organisent à mesure que l'espérance de vie augmente. Que signifie le projet d'autonomie quand les dépendances familiales, à tous les âges, s'affirment dans beaucoup de domaines ?

Mais ces sujets collectifs ne doivent pas faire oublier que la vieillesse est aussi un moment à vivre. Ce qu'ont oublié un peu vite ceux qui fustigent le débat sur le soin, lancé par Martine Aubry, considérant qu'il manifeste une incapacité à penser les sujets importants de la période : le vieillissement appelle en effet, notamment parce qu'il peut signifier des situations de dépendance, une autre conception de nos choix de solidarité. C'est pourquoi il s'agit bien d'un débat fondamental - qui n'est certes pas clos en ce qui concerne les choix qu'il appelle à faire - qui nous contraint à regarder en face des situations que les politiques sociales classiques ne prennent pas bien en charge et même les limites de la logique de prestation qui domine l'État-providence. Il nous impose aussi de revoir la relation médicale, quand elle n'a plus affaire à l'autonomie du patient mais à la perte de soi dans la démence sénile (Benoît Pain). Bref, c'est un défi d'ensemble pour nos conceptions, un défi de culture, souligne Robert William Higgins qui montre à quel point ce sujet traverse, parfois à notre insu, nos représentations les plus diverses et ne doit pas être enfermé dans une spécialité technique ou une sous-catégorie de la prise en charge médicale. Mais il ne suffit pas que nous apprenions à mieux prendre soin de la vieillesse, nous pouvons aussi apprendre quelque chose d'elle, poursuit Corine Pelluchon, notamment une autre perception de notre rapport au monde et au temps. D'ailleurs, pour Guy Samama, l'expérience du vieillir n'est pas le propre d'un âge, il se fait à tout âge car nous vieillissons dès notre premier jour et l'épreuve du temps est une sensation de tous les âges. Et, aussi amère que soit cette vérité, elle est l'expérience même de la vie, qui passe, s'enfuit et s'échappe.

Marc-Olivier Padis

Je remercie Nathanaël Dupré la Tour et Guillaume le Blanc pour l'aide qu'ils m'ont apportée à la préparation de ce dossier.





1. « Espérance de vie à divers âges », Insee, 2010, www.insee.fr

2. E. Cambois, A. Clavel et J. M. Robine, Dossier solidarité et santé, 2006, Drees, no 2.
3. Le gouvernement a prévu de maintenir le dispositif « carrières longues » négocié par la Cfdt en 2003, qui permet aux salariés ayant commencé à travailler avant 18 ans de partir entre 58 et 60 ans, à condition d'avoir comptabilisé tous leurs trimestres plus deux ans.
4. Chiffres de l'Insee, taux d'emploi par âge dans l'Union européenne.
5. Pour la génération née en 1970, 93 % des assurés ne pourront pas liquider leur retraite à taux plein à 60 ans, soulignent Olivier Ferrand et Fabrice Lenseigne, « Réformer les retraites : quelles solutions progressistes ? », www.tnova.fr, 28 mai 2010.
6. On passe aujourd'hui 21 années en études, 40 ans au travail, 20 ans en retraite.
7. « Projections 2005-2050 », Insee première, juillet 2006.
8. Louis Chauvel, le Destin des générations, Paris, Puf, 1998.
9. Claudine Attias-Donfut, « Rapports de générations. Transferts intrafamiliaux et dynamique macrosociale », Revue française de sociologie, no 41-4, 2000 ; Luc Arrondel et André Masson, « Solidarités publiques et familiales », dans Daniel Cohen (sous la dir. de), Une jeunesse difficile. Portrait économique et social de la jeunesse française, Paris, Éd. rue d'Ulm, 2006.
10. L. Chauvel, « L'année de naissance idéale est 1948 », entretien dans Libération, 15 juin 2010.
11. O. Ferrand et F. Lenseigne, « Réformer les retraites : quelles solutions progressistes ? », art. cité.
12. Éric Aeschimann, « Au bonheur des baby-boomers », Libération, 15 juin 2010.
13. Thierry Pech, « Les générations à la peine », hors-série, Alternatives économiques, no 85, 3e trimestre 2010, p. 4.
14. Voir notamment la réédition, présentée par Marie-Claude Blais, de Léon Bourgeois, Solidarité. L'idée de solidarité et ses conséquences sociales, éd. Le Bord de l'eau, coll. « Bibliothèque républicaine », 2008 et Serge Audier, Léon Bourgeois. Fonder la solidarité, Paris, Michalon, coll. « Le bien commun », 2007.
15. Luc Arrondel et André Masson, « Solidarités publiques et familiales », dans D. Cohen (sous la dir. de), Une jeunesse difficile..., op. cit., p. 110.



Le paradoxe de la folie, entre absence et omniprésence

L'acteur législatif s'est récemment prononcé sur les conditions d'exercice du métier de psychothérapeute. Désormais, un temps de formation et des garanties juridiques seront exigés de la part de ceux qui prétendent recevoir des patients en psychothérapie à l'exception des seuls médecins psychiatres.

Certains en ont conclu, non sans rappeler les travaux de Michel Foucault sur le pouvoir médical, que cette faveur traduisait une recrudescence de la volonté de médicaliser la folie. Ce qui est discutable dans la mesure où le plus frappant est l'absence quasi totale d'un débat sur la folie dans notre société. Comme si celle-ci, au-delà des droits et de l'approche disciplinaire, était absente, hors présence, hors jeu, refoulée...

Les années de l'antipsychiatrie, les années Laing, les pratiques de rue dans les villes italiennes, le rôle de La Borde ou d'autres institutions légendaires sont oubliés et passés littéralement à la trappe. La folie ne donne plus guère à penser et les lits pour malades mentaux sont démesurément réduits alors même que les sciences cognitives ont pris le dessus au sein des facultés de médecine en charge de la formation des rares psychiatres. Rien ne vaut une bonne connaissance du cerveau et des médicaments ad hoc, parler de la douleur, celle qui rend fou parce que insupportable, fait perdre du temps et de l'argent. On aurait bien du mal à refaire aujourd'hui le numéro ­d'Esprit publié en 1952, porté entre autres par le psychiatre Henri Ey, intitulé Misère de la psychiatrie. On peinerait à promouvoir encore les expériences de psychiatrie de secteur valorisées dans cette revue par Jacques Hochman dans les années 1970.

Pourtant, un paradoxe n'est pas suffisamment pris en compte. La folie est évacuée des institutions et des discours mais elle est omniprésente autour de nous. Il n'est pas indispensable d'être un psychothérapeute averti pour observer que la maladie mentale se promène désormais dans les rues. En ce sens, nous vivons involontairement l'expérience italienne des années 1970 qui avait mis les malades mentaux dans les rues. Si le président Sarkozy s'en prend d'abord aux récidivistes sexuels et craint les passages à l'acte, il ne se préoccupe guère de ces fous errants qui traînent leur misère corporelle et psychique dans les rues, il ne s'y intéresse que s'ils « pètent les plombs » et deviennent violents.

Les économies à opérer dans le service public médical justifient-elles de mettre tous les maux sur le même plan ? Les médicaments sont-ils une contrepartie suffisante à l'absence d'écoute et de paroles ? Mais que représente donc cette société qui jette dehors ceux qui ne se sentent pas bien et ne leur offrent comme espaces d'accueil provisoires, comme aux toxicomanes, que des prisons devenues des jungles humaines ?

Telle est la situation : on vit dans un monde apparemment sans folie alors même que fous et malades mentaux font peur car ils sont partout et nulle part. Il y a là quelque chose de déroutant dans cette époque qui se veut sans folie, précautionneuse alors qu'elle fonctionne pourtant « à la folie ».

Luc Moullet, un cinéaste iconoclaste, a réalisé récemment La terre de la folie, un film inattendu sur ce qu'il appelle le triangle de la folie (un triangle géographique autour de la ville de Digne dans les Alpes-de-Haute-Provence). Mais on peut lui signaler que la folie est contagieuse et atteint des zones qui ne sont ni rurales, ni montagnardes, ni en déshérence. Les plus hautes solitudes et les souffrances extrêmes ne sont pas le propre des mondes retirés. La folie est là et bien là, elle est le fait d'un monde où il n'y a plus de valeur que l'argent pour se mesurer les uns aux autres puisque « je ne vaux que ce que je coûte ». Dans ce monde de folie qui vit au rythme boursier du Cac 40 et des crises à répétition, le fou est cependant absent puisqu'il ne vaut rien et ne doit donc rien coûter.

Alors qu'on n'en finit plus d'attendre le passage à l'acte du trader fou, les « pétages de plomb » de la finance, il y a une folie globale à l'origine de la chape de plomb qui pèse sur la folie elle-même car on sent bien que cette société disjoncte. Bien des comportements sont qualifiés de fous, à commencer par ceux des pyromanes en tous gen­res, à la Bourse ou ailleurs, qui ne savent pas que l'argent rend fou.

Une société qui ne sait pas parler de sa folie est un monde qui se croit surhumain et a oublié que la part de folie de chacun d'entre nous, ces zones border-line où l'humain est bancal, est l'affaire de tous. Pour ne pas voir notre propre folie partagée, on met les fous à la rue pour surtout ne pas en parler.

Droit humain à l'alimentation

Après une mauvaise campagne agricole en 2009, le Sahel s’enfonce dans la crise alimentaire. Dans cette bande désertique, 10 millions d’Africains sont menacés, principalement au Niger, au Tchad et au Mali. Selon l’Unicef, dans les prochains mois, 860 000 enfants de moins de cinq ans pourraient avoir besoin de « traitements contre la malnutrition », la première cause de mortalité infantile dans cette région.

Cette crise intervient alors que les stocks de la dernière récolte sont arrivés à épuisement et qu’il faut encore attendre l’automne pour la prochaine. Les conditions climatiques défavorables expliquent pour partie cette soudure difficile. Mais c’est loin d’être le seul facteur. Le prix Nobel d’économie, Amartya Sen, qui a commencé sa carrière de chercheur en étudiant les causes des famines en Inde, a depuis longtemps montré que si la malnutrition indique que certains ne mangent pas à leur faim, elle n’est pas nécessairement le signe d’un manque de vivres.

La situation actuelle d’insécurité alimentaire, connue depuis plusieurs mois, a donc des causes structurelles. Elle est révélatrice de problèmes de distribution mais aussi de gestion des ressources disponibles dans le temps et dans l’espace. Mais pour les résoudre, les mesures d’urgence (aide alimentaire, distribution de kits de survie) bien que nécessaires seront toujours en deçà des enjeux.

Dans son encyclique Caritas in veritate, Benoît XVI écrivait : « Le problème de l’insécurité alimentaire doit être affronté dans une perspective à long terme, en éliminant les causes structurelles qui en sont à l’origine et en promouvant le développement agricole des pays les plus pauvres à travers des investissements en infrastructures rurales, en système d’irrigation, de transports, d’organisation des marchés, en formation et en diffusion des techniques agricoles appropriées. » Ces lignes, rédigées un an après les émeutes de la faim de 2008, sont toujours actuelles. Elles en appellent à la responsabilité de tous pour que soit respecté le droit humain de base à une alimentation suffisante et régulière.


Dominique Greiner

YouTube rallonge la durée de ses vidéos

Le site de publication de vidéos YouTube a décidé d'allonger la durée maximale des enregistrements postés par les internautes, de 10 à 15 minutes, rapporte vendredi le site pcinpact.com . L'initiative a été rendue possible grâce à l'amélioration des techniques de filtrage des contenus protégés par le droit d'auteur, explique le site spécialisé. Pour médiatiser ce changement, YouTube a lancé une opération "15 minutes de gloire", permettant aux utilisateurs du site de diffuser une vidéo personnalisée avant le 4 août.

COMMENT SE FAIT-IL ALORS, QUE SUR DAILYMOTION LES INTERNAUTES PEUVENT DIFFUSER DES VIDÉOS DE VINGT MINUTES ?

Woerth est-il tiré d'affaire?


Apple : Pourquoi Steve Jobs a toujours un coup d’avance

A peine lancé, l’iPad est déjà un succès mondial. Et un nouveau jackpot pour la firme californienne. Ses secrets ? Il faut les chercher dans le cerveau du patron, un génie tyrannique.

Le 7 juin dernier, sur les coups de 18 h 30, une vingtaine d’adeptes se sont rassemblés dans un bar du centre-ville de Nantes, le Flesselles, afin d’assister à une retransmission un peu particulière : la présentation par Steve Jobs de la quatrième version de l’iPhone. Pendant près de deux heures, ils ont suivi religieusement l’exposé de leur gourou à San Francisco. Le pire, c’est qu’ils n’avaient que quelques fils d’infos et des photos du show à se mettre sous la dent.

Quel autre P-DG au monde peut ainsi remplir les cafés comme lors des matchs du Mondial ? Pour l’iPad, six mois plus tôt, ce fut le même cirque. A chacune de ses sorties, Steve Jobs jouit d’une couverture médiatique gratuite que Microsoft, Google et Facebook réunis ne pourraient pas même se payer.

Mais comment ne pas faire la ola à chaque nouveau lancement ? En 2001, l’iPod a révolutionné l’industrie musicale. En 2007, l’iPhone a quasiment créé l’Internet mobile. Et l’iPad, en vente depuis avril 2010, bouleverse déjà le monde de l’édition. Autant de best-sellers qui se transforment en cash. En 2009, le chiffre d’affaires d’Apple a atteint 30 milliards d’euros. Soit 108% de plus qu’en 2006. Et, fin mai, Steve Jobs s’est offert la victoire suprême : dépasser en Bourse Microsoft, l’ennemi de toujours. Quel est son secret ? Dans les pages qui suivent, Capital décrypte les multiples facettes du meilleur patron du monde, tour à tour inventeur de génie, manager impitoyable et négociateur redoutable.

A Cupertino, le siège californien d’Apple, le succès n’est pourtant pas monté à la tête du cofondateur. «Je l’ai trouvé détendu, très sympa», témoigne Stéphane Richard, le directeur général d’Orange, qui s’est entretenu plus d’une heure avec lui le 17 mai. «Magic Steve» continue d’avaler des sushis au milieu de ses troupes à la cafète, toujours vêtu d’un Levi’s 501 et d’un sous-pull noir. Sa vie privée n’a pas non plus basculé.

A Palo Alto, la petite cité chic où il réside avec son épouse, Laurene, et leurs trois enfants, il continue d’aller parfois sans garde du corps sur Emerson Street déguster les yaourts macrobiotiques de Patama, la jolie patronne de la boutique Fraiche. Même le vigile en 4 x 4 que nous avions croisé devant sa maison, il y a un an, a disparu.

Le numéro 1 d’Apple n’est d’ailleurs pas le nabab que l’on imagine. Entendons-nous bien, Steve n’est pas pauvre comme Job. Mais sa fortune – 3,8 milliards d’euros, selon «Forbes» en 2009 – ne le classe qu’au 136e rang mondial, loin des 37 milliards de Bill Gates, le fondateur de Microsoft, qui s’est lancé à la même époque que lui, et des 12 milliards amassés par Sergey Brin, le père de Google, de dix-huit ans son cadet.

L’explication est simple : son conseil d’administration a beau le gaver de stock-options depuis son retour chez Apple en 1997, Jobs ne possède que 0,61% de la société qu’il a cofondée avec Steve Wozniak, sa participation s’étant diluée au fil de l’histoire mouvementée de la compagnie. Avec les 5% du capital qu’il s’est offerts il y a treize ans, le prince Al Walid en a largement plus profité que lui . Rageant ? «Ce qui m’intéresse, ce n’est pas d’être l’homme le plus riche du cimetière, mais d’aller au lit en me disant que j’ai fait quelque chose de merveilleux aujourd’hui», avait philosophé Jobs dans un entretien au «Wall Street Journal».
Ces derniers temps, il doit dormir comme un bébé. Début juin, l’iPad avait déjà séduit 2 millions de clients en deux mois de commercialisation. Et le succès de l’iPhone ne se dément pas : au premier trimestre, Apple en a vendu 8,7 millions, deux fois plus qu’un an plus tôt. Son secret ? «Quand les autres se focalisent sur le matériel, eux se concentrent sur l’ergonomie», explique Marc Oiknine, du fonds Alpha Capital Partners.

«Jobs a le facteur “waouh !”», ajoute Randy Komisar, ancien directeur juridique de la firme à la pomme et aujourd’hui capital-risqueur dans la Silicon Valley. Ses produits procurent du plaisir.» Apple est la meilleure illustration qui soit de la fameuse théorie de l’économiste libéral français Jean-¬Baptiste Say – «l’offre crée la demande» – qu’il faudrait presque rebaptiser «loi de Jobs».

Ceux qui assurent aujourd’hui que l’iPad ne répond à aucun besoin ont peut-être raison. Mais ils affirmaient aussi, lors du lancement de l’iPhone, que personne n’irait naviguer sur Internet avec son téléphone portable. Selon un sondage SFR-GroupM réalisé en mars, 4 millions de Français le font désormais tous les jours.

Grâce à la «Jobs touch», Apple se permet de pratiquer des tarifs extravagants. En France, l’iPad 3G, avec un disque dur de 64 gigaoctets, est ainsi vendu 799 euros, contre 498 euros pour la tablette équivalente d’Archos. L’iPhone 3GS était vendu, hors abonnement, 659 euros à sa sortie en juin 2009, alors que le Samsung Wave, qui le surpasse techniquement, sort ces jours-ci à 349 euros.

Et ne parlons pas des ordinateurs. Le MacBook Pro se monnaie près de 2 200 euros, contre 1 600 pour des PC comparables. Ajoutez des dépenses de recherche bien moindres que celles des petits copains – 3% du chiffre d’affaires contre 15% chez Microsoft – et vous avez la recette des profits colossaux qu’engrange la firme à la pomme. Selon les calculs du cabinet iSuppli, Apple réalise par exemple une marge brute de 50% sur l’iPhone quand ses rivaux doivent se contenter de 20 à 40%.

Ses pommiers vont-ils monter jusqu’au ciel ? Steve Jobs voit poindre les soucis. De cannibalisation, d’abord. Une récente étude de Morgan Stanley montre qu’un quart des acheteurs de l’iPad renonceraient à l’achat d’un MacBook, et quatre sur dix à celui d’un iPod touch. Déjà, les ventes du baladeur MP3, boulotté par l’iPhone, ont chuté de 5,5% au dernier semestre. Un sérieux avertissement. Apple vit aussi sous la menace de plusieurs enquêtes antitrust aux Etats-Unis. On le soupçonne, pêle-mêle, de tuer la concurrence dans la musique en ligne ou d’abuser de sa position dominante en refusant que l’iPad lise les vidéos issues de la technologie Flash d’Adobe.

Plus préoccupant, l’image du groupe se dégrade. Quand il verrouille le Web, en interdisant aux plates-formes concurrentes, comme Cydia, de vendre leurs applications sur l’iPhone ou l’iPad. Quand Jobs censure des contenus qu’il juge trop érotiques. Aurait-il changé de camp ? En 1984, il s’était offert une pub pendant le Superbowl dans laquelle il comparait IBM (sans le nommer) à Big Brother. Aujourd’hui, une parodie de cette réclame fait fureur sur le Web. Steve Jobs y est associé au héros de George Orwell. Pour l’instant, elle est encore disponible sur l’iPhone…

De notre envoyé spécial en Californie, Gilles Tanguy

Les bonnes fortunes d’Apple…

Prince Al-Walid
En 1997, le neveu du roi Abdallah avait acquis 5% d’Apple pour 115 millions de dollars. Ils valent cent fois plus.

Bertrand Serlet
Ce Français, vice-président d’Apple, a empoché près de 10 millions d’euros en vendant ses stock-options au printemps.

Steve Wozniak
Essoré par deux divorces et des investissements désastreux, le cofondateur cachetonne dans des conférences.

Ronald Wayne
Présent aux débuts de l’aventure, il regrettera toute sa vie d’avoir vendu ses 10% d’Apple en 1976 pour… 800 dollars.

Lire aussi :Les 50 plus grands patrons de l'histoire


Le blog de Gilles Tanguy : Tech Biz