TOUT EST DIT

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samedi 25 janvier 2014

Moscovici à Davos : "Tout le monde me pose la même question"


"Tout le monde me tombe dessus avec la même question !", avoue Pierre Moscovici à Davos. François Hollande va-t-il vraiment faire ce qu’il a promis ? Comme dans les milieux d’affaires français, le "tournant" présidentiel en faveur d’une politique économique plus orientée sur l’offre, les réformes de structure et la réduction des dépenses publiques est accueilli très positivement mais... avec une forte dose de scepticisme. "La crédibilité de la France est très faible. Hollande va vraiment devoir convaincre et surtout agir. Tout va se jouer dans les prochains mois", dit un participant français.
Et en attendant, le ministre de l’Economie doit affronter une montagne de doutes parmi les investisseurs présents dans la station suisse. "Il y a un gros travail d’explication à faire", reconnaît-il. "Mais je crois au socialisme de l’offre et notre feuille de route est claire", dit Pierre Moscovici qui ajoute : "2014 sera l’année pivot du quinquennat." Pour le ministre de l’Economie, "tout va se jouer d’ici fin mars-début avril", date à laquelle "nous aurons passé en revue l’ensemble des dépenses publiques". "Il faut mettre les entreprises en position d’investir et recréer la confiance pour retrouver de la croissance. Avant de redistribuer, il faut produire." Les éventuelles baisses d’impôt ne sont pas pour tout de suite.

mercredi 8 décembre 2010

L'échec de l'école


Le constat d'un système scolaire en échec est d'une triste banalité et y remédier devrait être une priorité nationale, l'emportant radicalement sur toutes les autres.


Que l'on cherche à se rassurer en relevant, dans un flot de statistiques savantes, que la France n'est pas si mal classée, qu'elle figure même encore - et heureusement ! -dans le premier tiers des pays développés, n'est que mauvais camouflage d'un résultat médiocre. Que l'on cherche à gommer la gravité du diagnostic, en arguant que l'école et le corps enseignant n'en sont pas les uniques responsables, ne change rien non plus à l'affaire. Nul ne peut nier que la contestation de l'autorité des enseignants, la dégradation spectaculaire de la discipline dans les salles de classe - la France, selon l'OCDE, est l'un des pays où le problème se pose de la manière la plus aiguë - ou la montée de diverses formes de violences verbales et physiques ne soient, aussi, les reflets des tourments de la société. Et ce n'est pas au système scolaire - « scholè » signifie « loisir » en grec… -de faire la guerre, seul, à tous ces maux.


Le véritable échec de l'école est ailleurs. Il se situe au coeur de sa mission première de transmission du savoir et du plaisir d'apprendre. Or la vérité est que l'école permet de moins en moins d'échapper à sa condition, pas plus qu'elle ne promeut le mérite. La France se caractérise par un nombre croissant d'élèves qui décrochent, par une progression des inégalités à rebours de l'idéal républicain et, au bout du compte, par un niveau moyen qui s'affaisse lentement, tandis que l'Asie, de Shanghai à Séoul ou Singapour, prend la tête de la compétition mondiale de l'éducation, mère de toutes les batailles pour tout pays désireux de tenir son rang.


Si, en miroir des autres pays développés, les performances de notre système éducatif ne déclinent que doucement au lieu de s'effondrer, c'est d'abord parce qu'une élite, représentant environ un élève sur dix, hisse la moyenne. En revanche, un élève sur cinq se trouve en grande difficulté à 15 ans, incapable de maîtriser convenablement la langue, et cette proportion s'accroît. Derrière l'idéal de la « réussite pour tous », notre système scolaire creuse les inégalités sociales et d'origine, à la différence d'autres pays, comme le Canada, et ne contribue pas à faciliter l'intégration. Un sursaut est nécessaire, autant pour la cohésion sociale du pays que pour préserver notre destin économique. Sur ce terrain aussi, la concurrence est redoutable et mondiale.

lundi 18 octobre 2010


Passagers clandestins

A la veille d'une nouvelle journée de mobilisation, ce mardi, contre la réforme des retraites, l'enjeu véritable, pour les organisations syndicales, réside moins dans la poursuite coûte que coûte de la contestation que dans la manière de sortir au mieux d'un conflit qui tend à s'essoufler et surtout à se radicaliser.

Plusieurs facteurs de nature différente pèsent en ce sens. Il y a d'abord le calendrier politique avec le vote de la réforme par le Sénat prévu cette semaine. Une fois le texte adopté par les deux assemblées, la poursuite de la contestation ferait basculer l'action syndicale dans un conflit de légitimité avec le Parlement. Franchir ce pas serait grave et ferait immanquablement voler en éclats un front syndical qui n'est déjà plus aussi uni que ne le disent les états-majors. Dans une démocratie représentative, le pouvoir n'est pas « dans la rue », comme le prétend le slogan révolutionnaire, mais dans les urnes. Ce sont les représentants légitimes du peuple qui font la loi, pas les manifestants.

Autre facteur, l'essoufflement prévisible du mouvement à l'approche des vacances de la Toussaint. C'était déjà le cas samedi. Assistera-t-on à un ultime sursaut demain ? Nul ne peut l'exclure. Mais on sait aussi, grâce à des décomptes indépendants qui concordent avec ceux de la police, que les manifestants ont été en fait beaucoup moins nombreux, lors de la précédente journée, que ne l'avaient prétendu les organisations syndicales. Ainsi, ces chiffres en millions, brandis ce week-end encore comme des totems victorieux, apparaissent comme des slogans à la crédibilité bien écornée.

Enfin, sur ce conflit qui s'éternise sont en train de se greffer un certain nombre de « passagers clandestins », des habitués de la contestation pas forcément concernés par la réforme mais qui, profitant d'un « climat », poussent leurs revendications catégorielles. On connaît le cas ubuesque des 36 grutiers du port de Marseille, jusqu'au-boutistes professionnels qui, depuis des années, oeuvrent avec méthode au déclin de ce qui pourrait être l'un des plus grands ports de commerce d'Europe. Ce sont aussi les salariés des raffineries, qui partent déjà à la retraite cinq ans avant l'âge légal et réclament le retour aux 37,5 ans de cotisation - autrement dit à la situation antérieure à la précédente réforme des retraites ! Ce sont bien sûr les cheminots dont le régime restera encore longtemps dérogatoire. Et peut-être demain les routiers, après les lycéens... Autant de mouvements disparates qui, de blocages en surenchères, nous éloignent du coeur du sujet, le sauvetage de notre système de retraite par répartition en péril.

Enfin, sur ce conflit qui s'éternise sont en train de se greffer un certain nombre de « passagers clandestins », des habitués de la contestation pas forcément concernés par la réforme mais qui, profitant d'un « climat », poussent leurs revendications catégorielles. On connaît le cas ubuesque des 36 grutiers du port de Marseille, jusqu'au-boutistes professionnels qui, depuis des années, oeuvrent avec méthode au déclin de ce qui pourrait être l'un des plus grands ports de commerce d'Europe. Ce sont aussi les salariés des raffineries, qui partent déjà à la retraite cinq ans avant l'âge légal et réclament le retour aux 37,5 ans de cotisation -autrement dit à la situation antérieure à la précédente réforme des retraites ! Ce sont bien sûr les cheminots dont le régime restera encore longtemps dérogatoire. Et peut-être demain les routiers après les lycéens... Autant de mouvements disparates qui, de blocages en surenchères, nous éloignent du coeur du sujet, le sauvetage d'un système de retraite par répartition en péril.

mercredi 6 octobre 2010

Un coupable, une victime

Le jugement rendu dans l'affaire Kerviel a le mérite d'être clair. Sans doute même un peu trop. Les juges ont désigné un coupable et un seul, l'ancien trader. Et une victime et une seule, la banque qui l'employait.
Une seule victime ? En condamnant Jérôme Kerviel à payer à la Société Générale la somme aussi énorme qu'absurde de 4,9 milliards d'euros - somme que la banque, il faut le rappeler, avait choisi, avant la décision, de ne pas mettre en recouvrement -les juges intronisent spectaculairement Kerviel dans son rôle préféré, celui de victime.
Il n'est qu'à voir les réactions suscitées par ce jugement hors norme : une fois de plus, entend-on partout, c'est le lampiste, le sans-grade, le misérable qui doit payer - même si, en pratique, il ne versera pas un sou à la banque. Une fois de plus, la justice écrase le « petit » et préserve le « système »…
On connaît trop ce mode de défense : ce fut le sien pendant près de trois ans. On connaît trop le relativisme sur lequel il prospère, travers d'une époque où vérité et rumeurs, faits établis et complots supposés sont facilement traités sur un pied identique. Dans cette mise en scène où tout le monde se vaut, il arrive un moment, c'est le but, où l'on ne sait plus très bien qui est qui, un moment où la victime devient coupable et le coupable victime. D'un dernier effet de manche, il est temps alors de porter l'estocade : faut-il être naïf pour ne pas voir où se cachent les « vrais coupables » !
Après trois ans de ce théâtre dans lequel Kerviel a excellé, le jugement offre naturellement un tout autre dénouement. La lecture des 70 pages de la décision, le rappel minutieux des faits, conduisent à la conclusion implacable que l'ancien trader a bel et bien commis une fraude absolument massive. Une fraude qui a fait perdre à la banque et à ses actionnaires, vraies victimes trop oubliées de l'affaire, 4,9 milliards d'euros.
Le fraudeur démasqué, sa défense de victime « cynique » mise en pièces, la peine de prison était inéluctable. En revanche, l'application stricte du droit pénal aboutit à cette aberration qui le condamne en plus à la réparation intégrale du préjudice subi par la Société Générale. Or la démesure de la sanction financière et son caractère automatique ne rendent pas compte de l'extrême complexité d'un dossier dans lequel la banque a reconnu la défaillance de ses contrôles internes et a été condamnée pour cela par le régulateur. Sans doute la condamnation du fraudeur eût-elle été plus forte si les carences graves de la banque avaient été mises en balance dans le jugement.