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jeudi 10 février 2011
Epilogue boursier
C'est l'épilogue d'un feuilleton commencé il y a plus de cinq ans qui est en train de s'écrire. Sauf coup de théâtre de dernière minute, les Bourses allemande et française feront bientôt partie du même groupe. Enfin ! Pour ceux qui se souviennent de l'espoir et de l'effervescence qu'avait suscités ce projet finalement avorté en 2006, c'est un événement.
Difficile de s'en réjouir, toutefois. Car, entre-temps Euronext, la fédération de Bourses continentales cornaquée par Paris, a fusionné avec le Nyse. Du coup, si l'opération annoncée hier marque bien une étape décisive dans la construction d'une Europe boursière, elle se fait sous tutelle américaine. Même s'il ne fait guère de doute que des rôles opérationnels importants seront réservés à Paris et Francfort dans la nouvelle organisation, au moins dans un premier temps, il n'empêche. L'ensemble sera dirigé de New York et son principal dirigeant sera Duncan Niederauer, le patron de Nyse Euronext. En clair, ce sont les Américains qui piloteront.
On peut estimer que c'est un moindre mal. Puisque, faute d'avoir pu s'entendre, Français et Allemands seront tout de même membres de la première Bourse mondiale. Mais lorsqu'un pilier asiatique viendra s'ajouter à l'ensemble, ce qui ne saurait tarder, l'un et l'autre se retrouveront à coup sûr relégués sur le siège arrière du nouveau véhicule.
Une telle perspective ne peut évidemment pas laisser indifférente la Place de Paris et, au-delà, l'Europe de la finance. Il ne faut toutefois pas en relativiser l'importance. Car, en cinq ans, la situation a beaucoup changé sur les places boursières. Les grands opérateurs historiques ne sont plus les maîtres incontestés des marchés, ni des rouages essentiels de la Place. Loin de là. La directive MIF et ses équivalents un peu partout dans le monde sont passés par là, cassant leur monopole et favorisant l'émergence de plates-formes électroniques capables d'offrir des prestations équivalentes à des coûts bien inférieurs. Résultat, les Nyse Euronext, Deutsche Börse, LSE sont désormais des acteurs en perte de vitesse et en quête de relais de croissance, qui n'ont pour survivre d'autre choix que de se rapprocher.
Dans le grand jeu de go boursier qui s'annonce, l'Europe a déjà rendu les armes. Il est trop tard pour le regretter.
lundi 7 février 2011
Bourse :
vive l'inflation !
Et si le retour des craintes inflationnistes était la chance des marchés boursiers occidentaux ? Après un début d'année en fanfare, les grands indices du Vieux Continent et du Nouveau Monde butent sur leurs plus hauts depuis 2008. Ils cherchent un second souffle que ni l'apaisement actuel des craintes sur la dette souveraine en Europe ni la très bonne tenue des résultats des entreprises ne leur apportent. Résultat, Wall Street, Paris ou encore Londres se traitent avec des décotes par rapport à leurs moyennes historiques.
Dans ces conditions, les tensions inflationnistes provoquées par la hausse des prix des matières premières pourraient bien fournir aux marchés actions occidentaux le propulseur qui leur a fait durablement défaut. Pour des raisons purement financières, d'abord. Traditionnellement, ces tensions pèsent en effet davantage sur les produits de taux que sur les actions. Pour des raisons économiques, surtout. La Fed et la BCE ont été très claires sur la question la semaine dernière. Pas de brutal resserrement monétaire visant à casser la formation d'une spirale inflationniste en vue dans les pays développés. On ne peut pas en dire autant des émergents. Leurs économies sont en effet plus sensibles aux variations des cours des ressources naturelles. Pour éviter la surchauffe, les plus dynamiques d'entre elles ne pourront sans doute pas échapper à une hausse des taux d'intérêt. Ce qui se traduira inévitablement par une inflexion de leur croissance et, au passage, l'explosion de quelques bulles locales. Tandis que les émergents plus fragiles mesurent déjà les conséquences sociales et politiques des hausses de prix. Tunisie et Egypte en tête.
C'est, d'une certaine manière, la résurrection du risque-pays. Un concept que les investisseurs croyaient réservé aux seules contrées les plus reculées depuis l'irruption de la thématique de la croissance miraculeuse et sans risque des émergents courant 2009. On comprend mieux pourquoi l'engouement des opérateurs de marché pour les Bourses des émergents connaît des ratés ces derniers temps. Après avoir attiré près de 100 milliards de dollars l'an dernier, ces marchés ont rendu 7 milliards sur la seule semaine dernière. Une rotation dont commencent à profiter les Bourses des pays occidentaux, dans un mouvement de balancier. Il ne s'agit évidemment pas d'un sauve-qui-peut, mais une chose est sûre, la dynamique a clairement changé de camp.
vive l'inflation !
Et si le retour des craintes inflationnistes était la chance des marchés boursiers occidentaux ? Après un début d'année en fanfare, les grands indices du Vieux Continent et du Nouveau Monde butent sur leurs plus hauts depuis 2008. Ils cherchent un second souffle que ni l'apaisement actuel des craintes sur la dette souveraine en Europe ni la très bonne tenue des résultats des entreprises ne leur apportent. Résultat, Wall Street, Paris ou encore Londres se traitent avec des décotes par rapport à leurs moyennes historiques.
Dans ces conditions, les tensions inflationnistes provoquées par la hausse des prix des matières premières pourraient bien fournir aux marchés actions occidentaux le propulseur qui leur a fait durablement défaut. Pour des raisons purement financières, d'abord. Traditionnellement, ces tensions pèsent en effet davantage sur les produits de taux que sur les actions. Pour des raisons économiques, surtout. La Fed et la BCE ont été très claires sur la question la semaine dernière. Pas de brutal resserrement monétaire visant à casser la formation d'une spirale inflationniste en vue dans les pays développés. On ne peut pas en dire autant des émergents. Leurs économies sont en effet plus sensibles aux variations des cours des ressources naturelles. Pour éviter la surchauffe, les plus dynamiques d'entre elles ne pourront sans doute pas échapper à une hausse des taux d'intérêt. Ce qui se traduira inévitablement par une inflexion de leur croissance et, au passage, l'explosion de quelques bulles locales. Tandis que les émergents plus fragiles mesurent déjà les conséquences sociales et politiques des hausses de prix. Tunisie et Egypte en tête.
C'est, d'une certaine manière, la résurrection du risque-pays. Un concept que les investisseurs croyaient réservé aux seules contrées les plus reculées depuis l'irruption de la thématique de la croissance miraculeuse et sans risque des émergents courant 2009. On comprend mieux pourquoi l'engouement des opérateurs de marché pour les Bourses des émergents connaît des ratés ces derniers temps. Après avoir attiré près de 100 milliards de dollars l'an dernier, ces marchés ont rendu 7 milliards sur la seule semaine dernière. Une rotation dont commencent à profiter les Bourses des pays occidentaux, dans un mouvement de balancier. Il ne s'agit évidemment pas d'un sauve-qui-peut, mais une chose est sûre, la dynamique a clairement changé de camp.
vendredi 21 janvier 2011
Un marché à dépolluer
Le marché européen du CO2 est décidément ouvert à tous les vents. Après avoir été le siège d'une fraude à la TVA de plusieurs milliards d'euros, il vient de faire l'objet d'une cyberattaque visant à dérober des certificats d'émission. Pour la deuxième fois en un an ! D'ampleur certes limité, ce nouveau sinistre s'est tout de même soldé par la fermeture du marché au comptant pour une durée encore indéterminée pour certains de ses pans. La preuve de l'incapacité de ce marché de six ans à peine à gérer sa formidable croissance.
Il faut dire que c'est un peu l'âge de pierre de la Bourse. Il ne s'agit pas en effet d'un marché organisé à proprement parler, mais de 27 marchés nationaux branchés sur un même système. Or toutes les places locales sont loin d'avoir le même niveau d'exigence. De quoi permettre aux fraudeurs de profiter du laxisme de certaines d'entre elles.
Le problème c'est que ce marché particulièrement complexe et volatil est appelé à jouer un rôle de plus en plus important. Aujourd'hui déjà, c'est le seul instrument économique à la disposition de l'Europe pour remplir ses engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2020. Son bon fonctionnement est donc fondamental pour atteindre l'objectif promis à Kyoto. Et, la montée en puissance des mesures visant à lutter contre le réchauffement climatique aidant, son rôle va aller croissant. Il est donc urgent qu'il donne des gages de solidité. Au vu de ces failles actuelles, on voit mal comment cela sera possible.
A moins, bien sûr, que Bruxelles ne se saisisse de ce nouvel avatar pour taper du poing sur la table et imposer des règles communes. Comme par exemple la création d'un véritable marché paneuropéen reposant sur une plate-forme de cotation unique ou la mise en place d'une supervision à l'échelle européenne. Au moment où l'on s'interroge sur la régulation des marchés financiers dans leur ensemble, un tel projet n'aurait rien de choquant. Bien au contraire. Mais cela supposerait que la Commission remette en cause le compromis obtenu de haute lutte en 2010 sur les règles de fonctionnement du futur marché d'enchères de quotas de CO2, qui s'ouvrira début 2013. On peut toujours rêver.
mercredi 12 janvier 2011
Assurance-vie : la fin d'une rente
L'assurance-vie est tombée de son piédestal. Certes, les ménages continuent à y investir une part non négligeable de leurs économies, mais les nuages ne cessent de s'amonceler audessus du produit vedette de l'épargne financière, annonçant la fin de l'âge d'or de ce placement sans équivalent.
Il faut dire que la crise financière a porté deux coups de boutoir au dispositif. La tempête boursière de 2008 a d'abord balayé son segment le plus prometteur, les contrats investis en actions (dits en unités de compte), qui sont tout à coup apparus pour ce qu'il étaient, c'est-à-dire risqués. Les ménages s'en sont alors massivement détournés au profit des contrats en euros, investis en obligations d'Etat, jugés plus sûrs. Aujourd'hui, c'est au tour de ces contrats de voir leur étoile pâlir, victimes de la baisse durable des taux d'intérêt. Le produit-phare de l'assurance-vie est en effet contraint de rogner année après année le rendement promis aux épargnants. A tel point que, si d'aventure le taux du Livret A devait continuer à progresser, la question pourrait rapidement se poser d'un arbitrage au profit du plus liquide des deux produits.
On n'en est certes pas encore là, mais difficile de peindre l'avenir en rose. Car, si les assureurs disposent encore des moyens d'amortir la chute des rendements, ce n'est plus pour longtemps. Les restrictions qu'imposent les futures règles prudentielles du secteur (Solvabilité II) les obligeront en effet à réduire significativement leur exposition aux actifs à risque. Une fois épuisées les poches de profit accumulées dans ces portefeuilles, ils ne pourront plus doper les performances des contrats en euros et les assurés seront condamnés au régime sec.
Si l'on ajoute à ce tableau, déjà sombre, la perspective d'une réforme de la fiscalité du patrimoine aux contours encore flous, un constat s'impose en ce début d'année. L'assurance-vie n'est plus le produit miracle offrant un rendement significatif et défiscalisé sans risque pour le capital. En cela, elle n'échappe pas à la règle commune à tous les investisseurs, qui veut qu'il soit désormais impossible de dégager du rendement sans prendre de risque.
Mais tous les épargnants n'en ont pas forcément conscience. Et le réveil pourrait bien être brutal pour nombre d'entre eux. C'est aux assureurs qu'il revient de les éclairer sur le sujet. Un véritable défi pour la profession. D'autant qu'il passera forcément par la réhabilitation des contrats en unités de compte, seuls à même d'offrir à l'avenir des rendements attractifs. Mais, s'ils ne veulent pas voir s'éroder leurs marges et un stock d'épargne sous gestion de plus de 1.300 milliards d'euros, les assureurs-vie n'ont guère d'autre choix.
mardi 28 septembre 2010
Mission impossible
Le comité chargé de réfléchir à l'opportunité de créer un fichier positif en France va se réunir aujourd'hui pour la première fois. Ses travaux s'étaleront jusqu'à la fin juin 2011. On souhaite bien du plaisir à ses 16 membres, tant le sujet est loin de faire l'unanimité. Qu'il s'agisse de la Banque de France, des banquiers, de la CNIL ou encore - ce qui est plus surprenant -des associations de consommateurs, chacun des protagonistes met en garde contre les limites du dispositif et pousse sa propre solution.
A se demander si cela vaut le coup de créer ce que certains appellent déjà une usine à gaz regroupant entre 15 et 20 millions d'emprunteurs pour mieux pister quelques milliers d'acheteurs compulsifs. D'autant que les résultats espérés ne sont pas toujours au rendez-vous. En Belgique, par exemple, le nombre des surendettés a progressé de 70 % entre 2003 et 2008, malgré la création de cet outil. Et, que l'on sache, l'existence d'une véritable notation de crédit pour les ménages aux Etats-Unis n'y a pas empêché la crise des « subprimes ». Difficile, dans ces conditions, de nier que le fichier positif n'est pas la panacée. Qu'il ne résoudra pas à lui seul la question du surendettement, lié aussi, on le sait, à ce qu'on appelle pudiquement les accidents de la vie (chômage, maladie, divorce…).
Cela ne veut pas dire pour autant qu'il faut y renoncer. D'abord, parce que la progression constante du nombre de surendettés justifie d'élargir la palette des moyens d'y remédier. En 2009, le nombre de dossiers de surendettement a encore bondi de 15 %, pour dépasser la barre des 200.000 nouveaux cas. Ensuite, parce qu'il est le prolongement logique de la loi Lagarde. Voté au printemps, ce texte visait non seulement à mieux protéger les emprunteurs (encadrement de la publicité, du crédit renouvelable…), mais aussi à davantage responsabiliser les prêteurs. Dès lors, imposer à ces derniers de vérifier a priori la solvabilité des emprunteurs serait la moindre des choses. Après tout, pourquoi le moindre retrait à un distributeur de billet ferait-il l'objet d'une vérification préalable et pas l'obtention d'un crédit conso. Cela éviterait sans doute des déboires aux ménages les plus fragiles économiquement et psychologiquement.
Reste maintenant aux membres du comité à définir les contours d'un registre à la fois fiable, pratique et respectueux des libertés individuelles. Le défi est de taille.
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