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lundi 7 juillet 2014
Ce ballet d'hypocrites qui cherche à étouffer Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy est devenu indéfendable. On ne peut plus prononcer son nom sans déclencher immédiatement la réprobation générale. Il est coupable, ça se voit, tout le monde le sait, et si pour l'instant il n'a été condamné à rien, c'est parce qu'il est malin et qu'il a du pouvoir, et qu'en conséquence il s'est bien défendu. On lui reproche de trop bien se défendre. Comment fonctionne un procès stalinien ? On vous accuse d'une chose absolument infamante que vous n'avez pas commise, mais dont le soupçon vous salit, attente à votre honneur, à votre réputation, à votre dignité. Vous répliquez avec véhémence, vous vous énervez. Et là on vous dit : "Ah, mais vous voyez que vous êtes de mauvaise volonté !" Et on vous condamne non pour l'accusation mensongère initiale, mais pour l'énergie que vous avez mise à vous défendre. C'est, en l'état actuel des choses, ce qui arrive à Nicolas Sarkozy.
On l'a accusé d'avoir profité de la sénilité d'une vieille dame pour la voler. L'accusation était lourde, la menace du pénal planait. Le prévenu s'est défendu autant qu'il le pouvait. Son avocat a cherché à savoir auprès d'un juge qu'il connaissait où en était le dossier. Et là on dit : "Ah, mais vous voyez que vous êtes coupable de quelque chose, puisque vous cherchez à savoir où en est la procédure !" Pour finir, Nicolas Sarkozy a été intégralement blanchi de l'accusation d'abus de faiblesse sur Liliane Bettencourt qui pesait sur lui. Cette accusation infamante, qui a laissé des traces (calomniez, calomniez...), était donc fausse, mais peu importe : il a fait preuve de mauvaise volonté dans sa défense. Et voilà les grands mots : trafic d'influence, corruption active, dix ans de prison en épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Et on ne veut pas entendre ses explications. Il est forcément coupable, ça se voit, tout le monde le sait, et cette fois il n'y échappera pas.
Quand on a accusé Nicolas Sarkozy d'avoir été chercher de l'argent chez Mme Bettencourt, on a fait, avant qu'il ne soit mis hors de cause, comme si cette dame n'avait pas financé l'intégralité des courants politiques français depuis cinquante ans. Les juges, les adversaires et les faux amis politiques, les journalistes - bref, tous ceux qui espéraient la perte de M. Sarkozy - ont couvert leurs visages de masques hypocrites. Quand on l'a accusé d'avoir violé le secret de l'instruction, on a fait comme si ce secret n'était pas violé matin, midi et soir par la magistrature et la presse depuis des lustres. Masques hypocrites encore. Parce que c'est lui et que l'opinion croira qu'il est le seul à faire ça. Quand on l'a accusé d'avoir un ami à la Cour de cassation, on a fait comme si juges et avocats, dans tous les tribunaux de France, ne se connaissaient pas, ne se parlaient jamais, vivaient dans des mondes hermétiques. Personne n'a songé à préciser aux non-avertis qu'il était absolument courant, pour un avocat, de s'enquérir auprès des juges qu'il connaît de l'avancée des dossiers dont il a la charge. Et personne n'a relevé, d'une part, que son pourvoi en cassation avait été rejeté par la Cour soi-disant manipulée, et, d'autre part, que le magistrat soi-disant activement corrompu n'avait rien obtenu en échange de ses manoeuvres qui n'ont abouti à rien. Masques hypocrites toujours.
Ce que personne ne dit, enfin, c'est que le délit de trafic d'influence est flou : mettez n'importe quel homme de pouvoir sur écoutes pendant six mois, vous lui trouverez un trafic d'influence si vous en cherchez un. Il rend un service, il aide untel qui l'a aidé par le passé, et hop, délit pénal, 10 ans de prison encourus, opprobre. Sauf qu'on ne met pas n'importe quel homme de pouvoir sur écoutes pendant six mois : on met Nicolas Sarkozy et nul ne s'en émeut. Car personne, à part ses plus fidèles, n'a intérêt à ce qu'il s'en sorte : la gauche veut évidemment sa perte, parce qu'il est un de ses plus farouches opposants idéologiques et parce qu'il a montré sa capacité à conquérir le pouvoir, ce qui n'est pas le cas de ses concurrents à droite. Ceux-ci prient chaque nuit pour que la justice ne fasse qu'une bouchée de ce type qui les écrase dans les sondages. La magistrature, il l'a martyrisée pendant tout son mandat : elle se venge. Idem pour les journalistes qu'il a méprisés allègrement cinq années durant, et plus si affinités. Ni juges ni journalistes ne se remettent en question une seconde. Quand on est méprisé, il faut pourtant parfois se demander si l'on n'est pas méprisable...
Je ne dis certes pas que Nicolas Sarkozy est un moine. Après sa victoire de 2007, alors qu'il avait songé à se retirer quelques jours dans une abbaye pour prendre la mesure de son nouveau statut d'héritier de Saint Louis, c'est finalement à bord d'un yacht qu'il a choisi d'accomplir cette retraite, dont les effets lui ont à l'évidence été moins profitables que s'il s'en était tenu à sa première idée. Je dis qu'on lui fait un procès stalinien qui devrait scandaliser les citoyens de bonne foi. Qui ne s'est jamais énervé contre un policier, recevant en retour les grands mots d'outrage à agent dépositaire de l'autorité publique et la violence de quelques heures au poste dans des conditions dégradantes ? On nous accuse de quelque chose qu'on n'a pas commis, on s'énerve, on nous accuse alors de cet énervement.
Nicolas Sarkozy est invité contre son gré à participer à un bal d'hypocrites qui tourne autour de lui dans une valse de haine, de mensonges et de postures. On peut considérer qu'on l'a assez vu, que ses foucades embêtent tout le monde, qu'il faut passer à autre chose. Mais qu'on le combatte sur le terrain politique. Et qu'on veuille bien ouvrir les yeux sur la réalité, qui est que c'est ce gouvernement que l'on a assez vu, que son inaction embête tout le monde, qu'il faut passer à autre chose. C'est la paresse qu'on a assez vue en France, la lenteur, le corporatisme, la médiocrité, la moitié du pays abrutie par l'inefficacité dispendieuse de l'administration socialisée, les petits marquis de l'État qui se gavent sur la bête en prenant de grands airs. Nicolas Sarkozy n'a pas vendu son âme au mensonge généralisé qui a dépouillé notre pays et éteint la flamme de son peuple au nom de quelques concepts creux qu'on agite parce qu'il n'y a plus rien. Ce président tant décrié porte et incarne une alternative à cette gangrène qui profite à quelques nantis petits et grands, et c'est pour ça qu'on use de tous les moyens possibles pour l'étouffer et étouffer avec lui cette alternative. Bas les masques !
mercredi 2 avril 2014
Les socialistes doivent-ils renoncer au socialisme ?
Les socialistes doivent-ils renoncer au socialisme ?
Paul Ricoeur, dont l'un des principaux conseillers de François Hollande, Emmanuel Macron, fut l'assistant, écrit ceci dans Le Juste: "La sagesse du jugement consiste à élaborer des compromis fragiles où il s'agit de trancher moins entre le bien et le mal, entre le blanc et le noir qu'entre le gris et le gris, ou, cas hautement tragique, entre le mal et le pire." La liberté du président de la République dans le choix de son Premier ministre était une liberté contrainte. Il aurait pu continuer son délire et satisfaire les dingues de l'aile gauche de la majorité, il a préféré tenter de se reconnecter au réel et a nommé pour cela Manuel Valls, qui passe pour être l'un des seuls, à gauche, à admettre que la politique doit être adaptée à l'époque au cours de laquelle elle est mise en oeuvre.
Tactiquement, il y a une habileté connue, qui consiste à remanier juste après la défaite électorale, pour que l'on parle des chaises musicales plutôt que de la sanction des urnes. Ce Waterloo municipal ne doit tout de même pas être oublié : il est la démonstration que, depuis 2012, le socialisme s'est écrasé sur le mur de la réalité. Il prouve que les Français rejettent ce modèle de société qui aboutit à l'égale répartition de la misère. Il est la sanction de la spoliation fiscale orchestrée depuis deux ans par des gens pour qui il n'est d'argent sain que celui qui a transité par les caisses publiques. Il est le rejet du clientélisme local que la gauche avait sans vergogne installé à tous les étages de la démocratie décentralisée, recrutant des milliers d'agents ici pour s'assurer le suffrage de leurs familles, arrosant là toutes sortes d'associations servant uniquement les intérêts des élus PS.
Le pays de l'impossible
Il faudra tout de même arrêter, un jour, avec cette politique du mensonge, du blocage et de l'entre-soi. Il faudra cesser de s'étonner que tant de gens s'abstiennent de participer à une vie démocratique dans laquelle il est si difficile d'entrer, et dont les responsables rendent si peu de comptes, où tout est si opaque. La France est le pays où il est presque impossible de se présenter à une élection si l'on n'est pas né dans une mairie, où l'on a sciemment créé un faux référendum d'initiative populaire impossible à mettre en oeuvre, où l'on a à dessein rendu impossible de poursuivre par une "class action", enfin existante en droit français, ceux contre qui cette procédure aurait été utile1 : l'impossible, la France est devenue, en dépit du dicton, le pays de l'impossible. Il faut changer les règles du jeu : si la France n'est pas un pays où l'on a le sentiment que tout est possible, elle n'est rien.
Dans son allocution de lundi, François Hollande a reconnu qu'il y avait "trop d'impôts" en France, découvert que "ce sont les entreprises qui créent des emplois" (il faudrait faire passer cette information rue de Solférino), exprimé la volonté de "transformer notre État". Chiche ! Il devra, pour cela, aller à rebours de quarante ans de carrière, faire le contraire de ce que ses camarades et lui ont toujours préconisé et décidé quand ils étaient au pouvoir aussi bien nationalement que localement, démentir la littérature de la fondation Jean-Jaurès ou de la revue Esprit, reconnaître qu'on ne peut pas être d'accord avec Thomas Piketty quand on gouverne, et qu'il a toujours considéré Marie-Noëlle Lienemann, Jérôme Guedj ou Emmanuel Maurel comme de simples bouffons destinés à calmer les ardeurs des assoiffés de l'égalitarisme.
Il devra admettre que la puissance publique n'a pas vocation à prendre en charge tous les aspects de la vie des citoyens, à moins d'être dans le totalitarisme. Il devra renoncer à laisser Najat Vallaud-Belkacem et à travers elle tous les lobbys les plus fous, faire des lois dont l'objectif avoué, sans que cela ne choque personne, est de "changer les mentalités". Cela signifie qu'il lui faudra, sans doute, changer lui-même de mentalité, mais après tout, impossible n'est pas français.
1. Circonscrite au contentieux de consommation, l'action ne couvre pas les domaines de la santé, des finances et de l'environnement.
jeudi 10 octobre 2013
"Voter FN n'est pas français !"
Voter pour Marine Le Pen est une erreur, voire une faute. Mais l'incompétence et le conservatisme de nos politiques font le lit du Front national.
Comme d'habitude, les sphères politique et médiatique s'agitentdevant les scores du Front national dans les sondages et dans les urnes. Dès qu'est démontrée, par une étude ou une élection, la progression constante de ce parti, chacun semble surpris, inquiet, et cherche à trouver des arguments pour retenir ceux qui seraient tentés par le vote extrême. Pour cela, certains, comme Harlem Désir, font ce qui n'a jamais marché et qui est sans doute contre-productif, de l'antiracisme. D'autres font ce que faisait Nicolas Sarkozy, aller sur le terrain du FN pour canaliser l'exaspération, c'est à ça que sert Manuel Valls. D'autres enfin ont une réponse creuse parce qu'ils sont creux, c'est le cas de la plupart des futurs candidats à la primaire UMP.
François Fillon a ouvert une étrange et dangereuse brèche en mettant sur le même plan les candidats socialistes et frontistes. Il n'a de toute façon en tête que l'élection de 2017, ce qui est regrettable compte tenu de l'actualité d'autres enjeux. Bruno Le Maire passe pour un type sérieux et raisonnable, mais on ne retient rien de ses interventions, ce qui est le cas aussi de François Baroin, lequel a au moins le mérite de rappeler l'imperméabilité de la frontière qui existe entre droite et extrême droite. Alain Juppé semble hésiter à se lancer dans la course, son état d'esprit depuis une trentaine d'années. Jean-François Copé ne parvient pas à mettre les sus-cités sous son autorité de président du parti, et pour cause, l'ombre de Nicolas Sarkozy continue de planer. Ce dernier, pour l'instant, ne fait rien. Il est d'ailleurs assez décourageant de constater que celui qui se voulait le président des entrepreneurs, du mérite, des risques, etc. n'ait strictement rien accompli de substantiel, de créatif, de réel depuis qu'il n'est plus chef de l'État, quelques conférences mises à part.
Comment peut-on à la fois réclamer des Français qu'ils se lèvent plus tôt, pour travailler plus longtemps, probablement avec des salaires plus faibles et moins de droits sociaux, dénoncer les avantages dont bénéficient les fonctionnaires et le niveau des impôts qui s'abattent sur les salariés du privé et s'exonérer soi-même de ce discours en profitant des largesses d'un État ruiné ? La République ne peut plus se payer le luxe d'entretenir des enfants gâtés et son ancien président devrait en prendre conscience.
Attention, les Français sont des gens qui coupent des têtes
Il faut bien avoir en tête qu'une des raisons déterminantes de la tentation Marine Le Pen, c'est le sentiment diffus et fondé que l'administration, au lieu d'être efficace, juste et scrupuleuse, comme le justifierait son coût exorbitant pour des millions de Français obligés à mille renoncements pour s'acquitter de leurs impôts, est en fait gangrenée de bas en haut par un essaim de petits et grands abus. Les contribuables ont l'impression, souvent à raison, que la puissance publique jette leur argent par les fenêtres, l'emploie à mauvais escient, se laisse guider et aveugler par l'idéologie ou la corruption sous toutes ses formes, et de cela, constatant que la gauche comme la droite laissent perdurer le système, voire l'aggravent, ils sont exaspérés et se tournent plus ou moins timidement vers celle qui semble la plus déterminée à trancher dans le vif.
Comment la classe politique fait-elle pour ne pas réagir ? N'a-t-elle pas conscience qu'elle creuse sa tombe ? Que les Français sont des gens qui coupent des têtes ? Qu'ils ont du courage, de l'indépendance d'esprit, savent faire la guerre et forcer les portes des palais ? Si chaque jour depuis le 6 mai davantage de gens annoncent qu'ils voteront à l'extrême droite, ça n'est pas parce qu'ils sont racistes, stupides ou frustrés. C'est parce qu'ils sentent qu'une partie des élites les méprise, parce qu'ils savent qu'une partie du pays profite d'un système exsangue que l'autre partie se crève à faire subsister, et parce qu'il y a trop de gens, beaucoup trop de gens, qui bénéficient de passe-droits, de petites subsistances du passé, de privilèges illégitimes, de salaires indus et de fonctions fantômes. Bien entendu, je noircis le trait, mais le trait est noir.
Il faut tout changer, sinon Mme Le Pen sera élue
Bien sûr, la majorité des fonctionnaires et des élus agissent avec le sens de l'État et la volonté de faire que la France reste la France. C'est sans doute pour cette raison qu'ils peinent à répondre aux invectives lancées avec vigueur par cette dame à la voix rauque qui est en train de gagner le coeur des Français. Mais peut-on pour autant ne pas réagir ? Il faut tout changer, sinon Mme Le Pen sera élue, gouvernera avec son sinistre entourage et isolera un pays qui a besoin de l'Europe pour se battre dans la mondialisation. Les efforts qui sont faits dans la réduction des déficits ou la moralisation de la sphère publique doivent être loués, mais pointés pour leur insuffisance. Les exemples abondent, marronniers des hebdomadaires qui consacrent au moins deux unes par an à la fuite en avant des finances des collectivités locales ou à l'argent caché de telle ou telle institution
Un exemple, un seul parmi mille : peut-on encore accepter que les élèves de l'École normale supérieure soient rémunérés par l'État pendant leurs études, au nom d'un travail de recherche qu'ils se gardent bien d'accomplir et alors que ce sont pour la plupart des enfants de bourgeois ? Combien coûte cette farce ? Pourquoi ne pas au moins soumettre le versement de ces salaires à des conditions de ressources familiales ? On peut dire que c'est mineur, que le dénoncer est populiste, que c'est une goutte d'eau... ; on peut dire ça à chaque fois et c'est parce qu'on dit ça à chaque fois que rien ne change, et c'est parce que rien ne change que l'envie d'un grand coup de balai monte dans le pays.
Un exemple, un seul parmi mille : peut-on encore accepter que les élèves de l'École normale supérieure soient rémunérés par l'État pendant leurs études, au nom d'un travail de recherche qu'ils se gardent bien d'accomplir et alors que ce sont pour la plupart des enfants de bourgeois ? Combien coûte cette farce ? Pourquoi ne pas au moins soumettre le versement de ces salaires à des conditions de ressources familiales ? On peut dire que c'est mineur, que le dénoncer est populiste, que c'est une goutte d'eau... ; on peut dire ça à chaque fois et c'est parce qu'on dit ça à chaque fois que rien ne change, et c'est parce que rien ne change que l'envie d'un grand coup de balai monte dans le pays.
Voter pour des candidats du Front national est un abaissement, une erreur, une légèreté coupable. Mais il incombe au pouvoir en place de désigner un objectif et d'indiquer la voie pour l'atteindre. "Réussir la transition énergétique" ou "être en pointe sur le numérique", comme semblent le souhaiter les ministres, n'est pas à la hauteur d'un pays comme la France, terre de nuit, de violence et de sang. Il lui faut autre chose. Notre rôle dans le monde, c'est de le réenchanter. Notre force, c'est l'art, c'est l'écriture, c'est l'élégance mélancolique, c'est le charme. Marine Le Pen n'a rien de tout ça
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