TOUT EST DIT

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samedi 14 janvier 2012

Enterrement de 1 re classe pour le triple A

La fin du triple A de la France est finalement plus un symbole qu'un réel séisme politique et économique. La dégradation par l'agence de notation financière Standard & Poor's était attendue depuis début décembre, et même des mois. La décision évoquée ne fait qu'entériner une situation de fait où la France empruntait déjà plus cher sur les marchés financiers que les pays classés AAA. La Bourse n'a d'ailleurs guère bougé hier. Moody's devrait bientôt revoir aussi sa notation, alors que Fitch indiquait pourtant dès mardi ne pas vouloir abaisser la sienne pour 2012. Cette disparition illustre la défiance envers la politique française, en retrait en matière d'austérité sur l'Italie ou l'Espagne, et en retard sur les réformes menées depuis dix ans en Allemagne ou aux Pays-Bas. C'est justement cet entre-deux et l'absence de réforme forte avant l'échéance qui ne convainquent pas les agences ou les marchés, comme pour la crise de la zone euro. Gouvernement en tête, chaque camp préférait hier encore commenter bruyamment les faits et pas les causes ni les remèdes. Tous affichaient les postures habituelles, dramatisant ou banalisant l'information. Ils évitaient surtout d'évoquer les décisions lourdes que symbolise cet abaissement de la note. Elles n'interviendront évidemment qu'après le scrutin présidentiel. Pourtant, avant de se prononcer, les électeurs aimeraient savoir très concrètement à quelle sauce se proposent de les manger les candidats, et donc le futur élu. L'enterrement du triple A , inconnu des Français il y a un an, va en effet laisser longtemps son empreinte dans les portefeuilles des contribuables et des emprunteurs.

lundi 26 décembre 2011

Quand la Russie se réveille

Après le printemps arabe de 2011, l'hiver russe 2012 pourrait amplifier la recomposition actuelle des équilibres politiques dans le monde nouveau. La perte d'influence des pays occidentaux, vieillissants et endettés, incapables de réformer le système qui les mène au bord du gouffre, fait face à la montée en puissance économique et diplomatique des nouveaux pays industrialisés et aux changements dans les pays arabes. La Russie vacille à son tour sur son assise. Fragilisée depuis la fin du système soviétique avant d'être reprise en main par Poutine et ses amis, la Russie vit la deuxième phase de sa révolution : celle où le pouvoir issu de l'ancienne dictature communiste arrive à son tour à bout de souffle. En 20 ans de liberté de pensée et de voyager, les Russes ont appris la démocratie. Beaucoup ne supportent plus de voir leur pays dévalisé et monopolisé par l'oligarchie. Face à la fronde naissante, le pouvoir ne peut plus se contenter d'emprisonner les opposants ou de brandir la menace terroriste et doit accepter d'évoluer. Le lent processus qui mène à un état de droit se réenclenche ainsi, grâce à une société civile, même divisée, qui se bat et croit au changement. C'est aussi un message envoyé aux acteurs des récentes révolutions. La naissance d'une démocratie et la construction d'une conscience citoyenne, avec l'accès d'une partie de la population à une certaine aisance, demandent des années d'obstination et de combat, non sans périodes de retours en arrière ou de repli sur soi nationaliste. Même le conservatisme le plus rétrograde ou brutal finit toujours par céder devant l'envie des peuples de s'émanciper et de vivre libre ….

lundi 5 décembre 2011

L'attelage franco-allemand prêt à s'élancer

La crise de la dette des États européens va de nouveau animer la semaine avec un énième sommet annoncé à Bruxelles. Cette nouvelle réunion devrait permettre au couple franco-allemand de présenter ses nouvelles propositions pour améliorer le fonctionnement de l'Europe des 27, ou au moins des 17 pays de la zone euro. En proposant la modification des traités et en se dirigeant vers des règles budgétaires renforcées, le duo Merkel-Sarkozy passe un test important pour l'avenir. Inséparables depuis quelques mois, crise oblige, les deux dirigeants vont donc tester la force réelle de leur attelage vis-à-vis des autres dirigeants. Surtout ceux de pays parfois vexés à force d'avoir été ignorés ou malmenés par le tandem. Si sa capacité d'entraînement est suffisante, le nouveau projet permettra de commencer lentement à sortir du gué. Même sans donner assez de vitesse avant quelques mois, sa traction peut être décisive pour s'extraire de la boue où s'enfonce l'euro. Reste à coordonner une impulsion équilibrée. Les différences entre Sarkozy et Merkel, entre la France et l'Allemagne, entre la volonté et la force, entre l'énergie et la rigueur, la vitesse et la prudence, sont peut-être les atouts qui font une bonne paire de tête, capable de donner l'élan puis le bon rythme. À la France d'impulser son envie, à l'Allemagne d'apporter sa puissance. L'un ne fonctionne plus sans l'autre. Dès lors, les comparaisons historiques sur les liens franco-allemands, osées par certains, paraissent bien vaines face à une situation et une crise qui sont bien du XXIe siècle et non du millénaire passé.

dimanche 4 décembre 2011

Déraillage incontrôlé

La menace de grève d'un syndicat de conducteurs de trains pour les week-ends de décembre à propos du « cadencement » est un symptôme de l'immobilisme à la française. Elle démontre comment aucune des parties du dialogue social n'a encore vraiment pris en compte l'urgence de faire évoluer les pratiques habituelles. Sur la forme, il s'agit d'une négociation où le rapport de forces finit trop souvent par l'emporter sur la concertation, avant de parvenir à un accord. Et quel meilleur levier que l'usager, toujours prêt à payer, en impôts ou en temps perdu ! Sur le fond, on retrouve toujours la même inaptitude au compromis. Un État et des gouvernants dont le goût des travaux de prestige, comme les lignes de TGV, finit par saigner à blanc la société nationale chargée de les exploiter, tant elles sont chères et souvent peu rentables, au détriment du reste du réseau. Une direction trop dépendante et soumise aux pouvoirs publics et politiques, écartelée entre exigences de la performance économique et du service public. Des syndicats surenchérissant pour défendre des acquis et obtenir des garanties. Une médiatrice contestée. Et des associations d'usagers, dont le poids réel doit être évalué, qui s'insurgent. L'intérêt à court terme l'emporte ainsi sur une vision d'avenir au profit du plus grand nombre, l'affrontement primant sans culture du dialogue constructif, comme dans un jeu de rôles trop bien rodé. Une vraie politique de rigueur au sein des services d'État devrait pourtant commencer par l'exigence générale et collective d'un plus grand souci de moindre coût, d'efficacité et de service au profit de la collectivité.

lundi 7 novembre 2011

La rigueur sans la vigueur

Dénicher 6 à 8 milliards d'euros supplémentaires, après les 12 milliards du mois d'août : le gouvernement s'y attelle afin de pouvoir annoncer un deuxième plan de rigueur ce midi et proposer un budget 2012 des plus rigoureux. Comme d'habitude, des fuites sont organisées à l'avance, comme sur la deuxième journée de solidarité, pour tester les réactions syndicales et politiques et faire évoluer l'opinion publique. Ces tests doivent permettre de proposer les mesures les plus acceptables, sans forcément être les plus efficaces. La priorité du Premier ministre François Fillon est clairement de séduire les agences de notation afin de conserver le fameux triple A et donc des taux d'emprunt attractifs. L'objectif est louable, surtout en affirmant la volonté d'arriver à un budget à l'équilibre, mais seulement à court terme. Il révèle surtout la frilosité du gouvernement à l'approche de l'élection présidentielle. Avec un taux de prélèvements obligatoires et un niveau de dépenses publiques parmi les plus élevés au monde, face à un endettement public tout aussi imposant, la France ne dispose plus de marge de manœuvre lorsque la croissance est au ralenti. Surtout lorsque les chiffres de 60 à 100 milliards d'économies nécessaires sont évoqués. C'est donc bien plutôt une refonte générale et profonde de la dépense publique et de la fiscalité qu'il faut envisager, plutôt que des mesures d'ajustement ponctuelles, plan après plan. Et que les contribuables, citoyens et entreprises, comprennent les choix de l'État et non subissent sans cesse de nouvelles coupes budgétaires dans tous les sens, rendant l'austérité encore plus incompréhensible et injuste.