TOUT EST DIT

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mardi 24 septembre 2013

Les Grecs disent « non » aux privatisations


Alors que la troïka est à Athènes, les privatisations sont au point mort. La population y est très hostile.
À l'aube d'une nouvelle grève de quarante-huit heures de la fonction publique, les syndicats appellent les Grecs à se soulever, pour ne pas «brader le pays aux étrangers». En plus de la lutte contre les mesures d'austérité, ils dénoncent les privatisations entreprises par leur gouvernement pour satisfaire la troïka, de retour à Athènes depuis dimanche.
Lancé depuis 2010, mais resté au point mort, le vaste programme de privatisations est l'un des sujets les plus épineux qui sera discuté avec les bailleurs de fonds internationaux de la Grèce cette semaine. Le triumvirat de la BCE, UE et FMI va multiplier les rencontres avec les autorités grecques jusqu'au 9 octobre, avant de donner son accord pour le déblocage d'une nouvelle tranche d'un milliard d'euros.

Lorsqu'elles furent réclamées par le FMI il y a trois ans, les privatisations étaient censées rapporter quelque 19 milliards d'euros au budget de l'État, un objectif revu à la baisse un an plus tard, à 15 milliards d'euros, et qui, aujourd'hui, n'est plus qu'à 1,6 milliard d'euros!
Même revu en forte baisse, ce montant semble aujourd'hui irréalisable, au grand dam du FMI. Ce manque à gagner dans les comptes publics va obliger la Grèce à demander un troisième plan d'aide début 2014, estimé à 11 milliards d'euros.

Peur des Chinois

Si les privatisations sont à ce point bloquées, c'est en raison de l'opposition farouche de la population, qui ne manque jamais une occasion de dénoncer, lorsqu'elle descend dans la rue, la vente programmée des services publics aux investisseurs étrangers.
La population grecque est favorable au maintien, dans le giron de l'État, de la compagnie des eaux, d'électricité, du secteur ferroviaire, de la plus grande industrie métallurgique Larko, mais aussi du sucre, considéré comme une denrée de base, au même titre que l'eau, et toujours propriété d'une société d'État, la Compagnie sucrière de Grèce.
Si les Grecs sont ainsi attachés à «leurs» trains ou à «leur» sucre, c'est, avant tout, parce qu'ils redoutent une hausse des prix en cas de privatisations. «Ce sont des biens publics dont le prix flambera une fois que l'une de ses sociétés sera vendue!» affirme Stamatis Lagos, chef de gare de la compagnie ferroviaire OSE.
Les Grecs ont aussi peur des Chinois, qui se sont déjà emparés du port du Pirée et manifestent leur intérêt pour la compagnie ferroviaire grecque. «Certes, nos trains ne sont pas à l'heure, certes, un tiers des gares du pays ont été fermées, mais nous ne sommes que 2300 employés pour tout le pays, ce n'est pas suffisant! Le pire, c'est que ce sont certainement des Chinois qui vont racheter le réseau ferroviaire et nous serons tous licenciés!» ajoute-t-il.
Les syndicats grecs défendent aussi leurs derniers bastions avec ferveur. C'est bien ce qui effraie nombre d'investisseurs étrangers, pourtant attirés par la position géographique et géostratégique de la Grèce.

«Les maux de l'État-providence»

Le pays compte quelque 3000  organismes d'État, que la troïka rêverait de privatiser, comme la Compagnie sucrière de Grèce. Depuis le retour de la démocratie en 1974, les gouvernements successifs ont multiplié les organismes publics ou parapublics, payés sur des deniers de l'État, qui ont fait enfler le nombre de fonctionnaires, qu'il faut aujourd'hui licencier. «Ce sont les maux de l'État-providence! Une mentalité soviétique, où tout doit être public», dénonce Andréas Drimiotis, analyste économique.
Pour réussir à vendre discrètement et le plus efficacement possible ses biens publics, le gouvernement grec songe à émettre des titres sur les marchés, par l'intermédiaire de sociétés luxembourgeoises. Une stratégie qui risque de ne pas passer auprès des syndicats.

IL VA BIEN FALLOIR QUE LES GRECS SE RENDENT COMPTE QUE L'ÉTAT
N'EST PLUS CAPABLE D'INVESTIR DANS QUOI QUE CE SOIT.

jeudi 21 juillet 2011

La grande majorité des Grecs se montrent sceptiques

Pour les Hellènes, le sommet européen n'est qu'une réunion de plus entre dirigeants européens. Et de dénoncer le plan de rigueur qui a été adopté il y a trois semaines.

Entre température caniculaire et troisième jour de grève des taxis contre la déréglementation, le sommet européen laisse la grande majorité des Grecs sceptiques quant au résultat. «C'est seulement une réunion entre dirigeants européens, une de plus », regrette l'économiste Panagiotis Bratsos. «Angela Merkel ne veut pas aller vers une solution globale, même si son refus risque de semer le chaos en Europe. Elle exerce une véritable dictature économique. Les autres pays membres devraient pouvoir la raisonner », déplore-t-il.
Alors que le gouvernement essaie tant bien que mal de contrôler la situation, les réunions de crise se succèdent autour d'Evangelos Venizelos. Le ministre grec des Finances espère, lui, aboutir à une entente, «même la pire des solutions trouvée sera une solution ». Quand au porte-parole, Ilias Mossalios, il affirme que le premier ministre Georges Papandréou se prépare à livrer une bataille «pour garantir que la Grèce restera debout sur ses deux pieds ».
Mais le pays est dans l'impasse. Les 110 milliards d'euros prêtés par l'Union européenne et le FMI, il y a 18 mois, n'ont pas suffi. La récession a freiné l'activité, la dette culmine toujours à 340 milliards d'euros, le déficit se creuse. Et Athènes sera incapable de revenir sur les marchés en 2012.
Les principaux créanciers internationaux reconnaissent tous la nécessité d'un nouveau prêt, en échange de mesures d'austérité supplémentaires parmi lesquelles un large programme de privatisations de 50 milliards d'euros.
«En fait, le gouvernement n'aurait jamais dû adopter ce nouveau plan de rigueur, il y a trois semaines. Au final, les Européens n'arriveront jamais à s'accorder pour nous sauver», prédit Makis Kasidiaris, vice-président du syndicat des chauffeurs de taxi. «Ils veulent nous détruire, en déréglementant notre profession, comme celle des avocats ou des pharmaciens. Nous ne laisserons pas cela se produire, même si malheureusement nous causons du tort aux touristes. »

5000 médecins déjà partis 

La saison bat en effet son plein. Mais les taxis ne sont pas les seuls à vouloir durcir le mouvement. Les médecins du secteur public sont en colère. Les ouvriers du port du Pirée envisagent des opérations «coup de poing» dans les prochains jours.
Les autorités et les agences de voyage arrivent tant bien que mal à acheminer les estivants vers les îles, mais la situation est précaire.
Pour l'analyste politique Babis Papadimitriou, la solution du problème de la zone euro prendra du temps alors qu'il faut aller vite. «Tout le monde parle de défaut ou de semi-défaut de la Grèce. Mais, en attendant, l'économie tourne au ralenti». Et d'ajouter : «À force, beaucoup de Grecs baissent les bras. De plus en plus de gens qualifiés fuient le pays. Près de 5 000 médecins sont déjà partis. Ils vont en Angleterre, en Allemagne, États-Unis, et même en Chine».
Mercredi soir, Georges Papandréou rencontrait à Bruxelles le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Et dimanche, quel que soit le résultat du sommet européen, Evangelos Venizelos s'envolera pour Washington pour rencontrer son homologue américain et Christine Lagarde, la directrice générale du FMI. À tous, il leur dira qu'il entend bien ne pas ralentir le rythme des réformes engagées mais au contraire l'accélérer.