TOUT EST DIT

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jeudi 5 avril 2012

François Bayrou, quand la sauce béarnaise ne prend plus

Le candidat du MoDem, "troisième homme" en 2007, peine cette année à mobiliser. Son programme économique, empruntant sur sa gauche comme sur sa droite, a du mal à séduire dans une campagne très clivée. L'homme du Béarn tente de rebondir en proposant des mesures de moralisation de la vie publique.
François Bayrou semble en panne. Le troisième homme de 2007, qui avait recueilli plus de 18% des suffrages au premier tour de l'élection, est cette fois à la peine. Selon la dernière vague du baromètre Ipsos-logica Buisness Consulting pour Le Monde et Radio France et France Television, parue mardi, il recueillerait 10% des suffrages (-1,5 point), faisant de lui le "cinquième homme". L'homme du Béarn, n'est peut-être pas très à l'aise dans une campagne très clivante, où un apparent choc gauche-droite est recherché par les principaux candidats. François Bayrou pâtit certainement de son refus d'une approche aussi binaire. D'ailleurs, son programme économique et social emprunte aux deux principaux camps, selon les thèmes abordés, ce qui peut nuire à son image.

Une politique sociale marquée à droite
Ainsi, sur le terrain social, François Bayrou se situe nettement plus du côté de l'UMP, même s'il attache plus d'importance au dialogue avec les syndicats. Il est pour la remise en cause de la durée légale du travail, préférant que chaque branche négocie sa propre durée conventionnelle. Il milite pour un "contrat de travail unique", avec une "consolidation progressive des droits" qui pourrait être rompu par l'employeur sans avoir à se justifier mais qui donnerait droit à une indemnisation pouvant aller jusqu'à un mois par année d'ancienneté (au lieu du 1/5 légal actuel). Il réfute l'idée d'un retour à un droit à la retraite à 60 ans, préférant, à terme, instituer un régime par points.
Rétablir la progressivité del'impôt sur le revenu
Dans la lutte contre le surendettement de l'Etat, François Bayrou va beaucoup plus loin que Nicolas Sarkozy et François Hollande en se fixant pour objectif que la France "ne dépensera pas un euro de plus dans la sphère publique (Etat, Sécurité sociale, collectivités locales) pendant deux ans qu'elle n'aura dépensé en 2012". C'est le principe de "l'augmentation zéro en valeur". Pour y parvenir, le candidat MoDem rejoint François Hollande dans sa croisade contre les niches fiscales. Certaines devant disparaître, comme l'exonération fiscale sur les heures supplémentaires, les autres seront toutes soumises à un "coup de rabot" pour un montant total de 20 milliards d'euros.
Plutôt proche de François Hollande également, s'agissant de l'impôt sur le revenu. François Bayrou milite pour l'établissement de deux tranches supplémentaires, la tranche marginale actuelle à 41% serait portée à 45%, soit exactement la mesure préconisée par le candidat socialiste, et une tranche "de solidarité", dotée d'un taux marginal de 50%, pour les revenus supérieurs à 250.000 euros... A comparer à la tranche à 75%, pour les revenus supérieurs à 1 million d'euros, préconisée par François Hollande. En revanche, François Bayrou change de bord concernant les impôts indirects puisqu 'il milite pour une augmentation de deux points de la TVA : un point dès 2012 et un autre point au 1er janvier 2014, soit une recette attendue de 20 milliards d'euros au terme de trois années. Mais, attention, ce surplus serait affecté au budget et non à la compensation d'allègements de cotisations sociales patronales comme le préconise Nicolas Sarkozy avec la "TVA sociale".
Un referendum pour moraliser la vie publique
Un coup à droite, un coup à gauche donc, tel le roi Jean II le Bon, conseillé par son fils Philippe le Hardy. Sans doute conscient que ce n'est pas la meilleure façon de faire entendre sa différence en 2012, François Bayrou a dégainé ce mardi un "projet de loi-cadre de moralisation de la vie publique" qu'il souhaite faire, une fois élu président, adopter par référendum, parallèlement au premier tour des élections législatives, le 10 juin. Un texte destiné à faire faire des économie à l'Etat et à éviter les conflits d'intérêt...
François Bayrou propose de limiter le gouvernement à 20 membres ; de fixer le nombre des députés à 400 (au lieu des 577 actuels) dont 300 seraient élus au scrutin majoritaire et 100 au "scrutin de liste proportionnel correctif". Le nombre des sénateurs, lui, ne pourrait pas excéder 250. Pour marquer l'indépendance de la justice, la nomination du ministre de la Justice devrait être préalablement approuvée par un vote de l'Assemblée nationale, à la majorité des trois cinquièmes. Le mandat de député serait incompatible avec tout autre mandat électif.
Dans un autre domaine, pour imposer la parité, seuls les partis ayant présenté autant de femmes que d'hommes aux élections législatives pourront bénéficier du financement public.
Mettre fin aux conflits d'intérêt
Par ailleurs, le financement de la campagne présidentielle reposerait exclusivement sur des fonds publics (10 millions d'euros maximum remboursés aux candidats ayant dépassé les 5% des suffrages). Ce qui signifie que les dons des personnes physiques ou morales seront interdits. D'une façon plus générale, le montant des sommes qu'une personne physique serait autorisée à verser annuellement à un ou des partis serait plafonné à 7.500 euros globalement.
Last but not least, les personnes concourant à l'exécution d'un service public (ministres, élus, hauts fonctionnaires, membres de cabinets ministériels) ont l'obligation de veiller à ne pas se placer dans une situation qui les exposerait à un intérêt privé (par exemple une possession d'actions, directe ou indirecte, d'une entreprise relevant de leur secteur). Ces personnes concernées seront tenues d'adresser à la nouvelle "Autorité de déontologie de la vie publique" une déclaration d'intérêt préalablement à leur entrée en fonction. Cette déclaration sera renouvelée annuellement.
Indéniablement, en se plaçant sur le terrain de la moralisation de la vie publique, François Bayrou a bien joué. Il sait les Français sensibles à ce thème et il va obliger les autres candidats à se prononcer. Mais est-ce suffisant pour se relancer ?

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