TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

mercredi 3 novembre 2010

Un symbole très comptable


Un premier pas vers une défense européenne ? Non. Une défense européenne impliquerait une politique étrangère européenne et, malgré le dispendieux service diplomatique que l'UE met en place, cette dernière reste une chimère. Le Royaume-Uni la rejette avec force, et la plupart des autres États de l'UE aussi.
Les accords franco-britanniques relèvent d'abord du pragmatisme comptable. Le plan d'austérité de David Cameron taille de 8 % le budget militaire du pays, la France veut en trois ans réaliser des économies de 3,6 milliards d'euros dans la Défense. Et des deux côtés de la Manche, la réduction des effectifs se chiffrera par dizaines de milliers. Donc, autant « mutualiser » ce qui peut l'être en évitant les doubles emplois en matière de logistique, de maintenance ou d'expérimentation des systèmes d'armes, notamment nucléaires. En rognant les coûts, les deux puissances militaires traditionnelles de l'Europe d'après 1945 cherchent à maintenir leur rang. Malgré une Royal Navy qui n'est plus que l'ombre d'elle-même et une armée française dont l'équipement moderne arrive au compte-gouttes.
Une coopération de ce type, certes à un niveau moindre et sans le nucléaire, fonctionne déjà depuis longtemps entre la France et l'Allemagne. Que Berlin ne soit pas associé aux accords franco-britanniques peut d'ailleurs paraître curieux. Peut-être parce que la Bundeswehr, encore largement rivée à sa mission de la guerre froide (une armée de premier choc avec blindés et infanterie lourde) est en pleine mutation, jusqu'à l'abandon envisagé du service militaire. Peut-être aussi parce qu'au sein de l'OTAN - dont la France fait désormais pleinement partie - ces coopérations relèvent de la normalité.
Mais entre la France et la Grande-Bretagne joue aussi la symbolique, comme l'a relevé à sa manière une certaine presse britannique qui qualifie toujours notre pays d'« ennemi héréditaire ». En ce sens, l'accord de Londres est aussi un accord entre deux armées et surtout entre deux marines qui se sont toujours combattues. Même s'il manque l'essentiel : le partage des tâches dans les industries de la Défense et les chantiers navals. Chacun veut faire travailler ses arsenaux quitte à déjà endosser un premier échec : la construction commune de porte-avions, qui a coûté très cher en études, ne se fera pas.
Malgré un accord lourd en symboles, l'enthousiasme doit être tempéré. C'est vrai également pour cette future force d'intervention franco-britannique. Existera-t-elle vraiment et ,si oui, quelle sera son autonomie ? Rappelons l'expédition franco-britannique de Suez en 1956. Washington avait vite sifflé la fin de la partie...


0 commentaires: