TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

jeudi 3 février 2011

Rupert Murdoch a dévoilé son « Daily »

Deux mois après le lancement du magazine sur iPad de Richard Branson, Rupert Murdoch a donné le coup d'envoi à son quotidien interactif qui a vocation à être diffusé sur d'autres tablettes à terme.

La chute programmée du «dernier des Pharaons» a offert un «scoop» opportun au nouveau bébé éditorial de Rupert Murdoch. Le patron de News Corp. a présenté hier, au Guggenheim de New York, le premier quotidien numérique «sans papier» entièrement dédié à l'iPad, au côté du vice-Président des services Internet d'Apple, Eddy Cue. Grâce à un accord avec la firme de Steve Jobs, «The Daily», _qui se veut un modèle de «nouveau journalisme interactif» destiné à faire école_, sera commercialisé à travers la plate-forme d'abonnement iTunes pour un prix de 99 cents par semaine ou 39,99 dollars par an. Avec un investissement initial de 30 millions de dollars et une équipe de rédactionnelle de 120 journaliste, le nouveau quotidien numérique a vocation à être distribué sur les autres tablettes présentes sur le marché d'ici deux ans.
«Les temps modernes exigent une nouvelle forme de journalisme. Nous pensons que «The Daily» servira de modèle pour la manière dont les événements seront racontés et reçus à l'avenir», a lancé hier Rupert Murdoch en brandissant devant lui la première «édition» de «The Daily» sur tablette.
«La magie des grands journaux réside dans leur effet de surprise (...) Avec ce terminal le plus innovant de mon époque, nous pensons que nous pouvons rendre de nouveau viable le monde de l'édition d'informations», a encore insisté le patron de News Corp., sans cacher son objectif de viser les 15 millions d'Américains supposés acquérir de nouvelles tablettes cette année. Comme le milliardaire britannique Richard Branson, qui a lancé son magazine sur iPad, «The Project», le 30 novembre, le patron de News Corp. entend progressivement élargir la diffusion de «The Daily» aux autres tablettes utilisant le système d'exploitation Android de Google. «A terme, The Daily sera disponible sur les principales tablettes disponibles sur le marché, mais nous pensons que les deux prochaines années appartiennent encore à Apple», a-t-il précisé. De son côté, le patron d'iTunes, Eddy Cue, a annoncé qu'un accord serait prochainement annoncé avec d'autres éditeurs concernant la gestion des abonnements sur iPad.
Actualisé tous les matins et aussi dans le courant de la journée, le contenu éditorial de «The Daily» sera partiellement repris sur le Web. «The Daily n'est pas conçu comme une île et on pourra partager des articles sur Twitter et Facebook en appuyant sur un bouton», a souligné Jon Miller, le Pdg des activités numériques de News Corp. En revanche, l'intégralité de «The Daily» ne sera pas en accès gratuit sur le web, a précisé son Directeur, Jesse Angelo (transfuge du «New York Post»). Sur le positionnement supposé «centriste» du nouveau quotidien numérique, ce dernier est resté évasif en se contentant d'indiquer que «The Daily» sera une «une nouvelle voix patriotique».
La veille, Rupert Murdoch, qui aura 80 ans le 11 mars prochain, avait réservé la primeur de la présentation de son journal sur tablette à un petit groupe d'amis et d'«initiés» réunis dans son appartement de Manhattan. Gratuit pendant deux semaines grâce à un accord avec Verizon, «The Daily» entend offrir une nouvelle formule inédite de mise en valeur de l'information, avec de nombreux reportages vidéos en HD, des illustrations graphiques et même des vidéos 3D à terme..., une formule en partie comparable aux applications iPad les plus demandées des magazines «Wired» (Condé Nast) ou «Popular Mechanics» (Hearst), mais avec un contenu d'information quotidienne plus dense.
«Nos ambitions sont considérables et nos coûts initiaux sont très réduits», s'est félicité Rupert Murdoch en indiquant que le coût de publication de «The Daily» ne dépassera pas 500.000 dollars par semaine. Surtout, News Corp. peut se targuer d'avoir surmonté le principal obstacle de la gestion des abonnements sur iPad grâce à son accord avec Apple. Le rêve d'un journal sans papier devient réalité pour le «Citizen Kane» de l'ère numérique...

Règle d'or pour Etat sans argent


Belle accélération de l'histoire. Il y a un an, c'était une piste ouverte par quelques économistes considérés comme farfelus. En mai dernier, le président Nicolas Sarkozy l'avait inscrite à l'ordre du jour. En juin, l'ancien patron du FMI, Michel Camdessus, remettait un rapport sur la question. Demain, la règle d'or qui impose le retour à l'équilibre des finances publiques sera un projet de loi. Et, à l'automne peut-être, un article de la Constitution.


Ce projet est logique. Le paysage budgétaire européen a basculé avec les crises grecque et irlandaise. Les Etats sont descendus de leur piédestal financier. Ils deviennent des emprunteurs comme les autres. Sur les marchés, les investisseurs se protègent de leur faillite. Les agences de notation ont commencé à dire, à raison, que la dette publique pourrait ne plus être considérée comme le produit financier le plus sûr au monde. Les taux d'intérêt à long terme frémissent à la hausse. Dès lors, le gouvernement doit redoubler de vigilance. Quand son déficit continue de dépasser largement 5 % des richesses produites dans le pays, quand il emprunte 25 centimes chaque fois qu'il dépense 1 euro, quand il se garde de serrer la vis trop violemment pour préserver la flamme de la croissance, il doit en échange prouver la sincérité de ses belles intentions d'économies. Aux yeux des prêteurs, un gros déficit est acceptable aujourd'hui si, et seulement si, il est assorti d'un engagement sans faille de redressement des comptes demain.


La décision vient au bon moment. L'étau budgétaire se resserre en sortie de crise. Les instances européennes vont bientôt scruter le budget de la France, avec la nouvelle procédure du « semestre européen ». Paris et Berlin poussent les feux sur la création du gouvernement économique européen. Autant de raisons qui justifient un nouveau geste français.


Mais cette décision est aussi un pari politique. Car l'adoption de la loi est loin d'être assurée. La voie du référendum semble a priori bouchée : à moins d'un an de l'élection présidentielle, et sur un sujet d'apparence aussi technique, le risque de l'échec est trop grand. Il faudra donc obtenir une majorité de 60 % au Congrès, qui réunit députés et sénateurs. Et donc convaincre des élus socialistes, qui peuvent estimer à bon droit que le texte liera les mains du prochain gouvernement. Mais la règle d'or est le « prix de la garantie de notre indépendance », comme l'a dit Michel Camdessus. En cas d'échec, le retour de bâton sur les marchés financiers risquerait d'être violent.

Hippocrate Hypocrite

Sans confiance, pas de médecine. Sur cette évidence, tout le monde s'accorde. Car le patient remet sa vie au médecin, même pour un bobo banal. Si celui qui est supposé savoir se trompe, ou est trompé, c'en est fait. C'est bien pourquoi, depuis l'aube des temps, la formation du praticien est jugée cruciale. La question de son indépendance envers les intérêts commerciaux et financiers a toujours été soulignée. Elle prend un relief nouveau avec l'affaire du Mediator et la confusion des genres à nouveau mise en lumière. Il demeure indécent que les groupes pharmaceutiques conservent le contrôle de la formation régulière des médecins au long de leur carrière. Il serait hypocrite de s'imaginer qu'une connaissance objective et désintéressée soit dispensée par ceux qui placent leurs produits. Pas besoin d'être Hippocrate pour juger le résultat douteux.

Le dilemme, en son fond, est vieux comme la médecine. Le grand maître que fut Galien -qui vécut de 130 à 200, environ, de notre ère et fut notamment le médecin de l'empereur Marc-Aurèle -n'a cessé de dénoncer les dérives provoquées par l'appât du gain. Il y a presque deux mille ans, on préférait déjà son compte en banque à l'intérêt de ses patients. C'est pourquoi Galien écrit : « Celui qui estime la richesse plus que la vertu et qui apprend son art pour amasser de l'argent et non pour le bien de l'humanité, celui-là ne saurait tendre vers le but que propose la médecine. » Le maître souligne -c'est le titre de ce traité -que le bon médecin doit être philosophe. Pas question, on s'en doute d'un double cursus : « philosophe », en l'occurrence, signifie à la fois « pourvu d'un vrai savoir » et « transformé moralement par la connaissance ».

Vieilleries ? Pas sûr. Certes, notre époque est infiniment plus complexe, l'étendue de nos savoirs sans commune mesure, la société bien plus sophistiquée. Raison de plus, quand tout s'enchevêtre, pour être vigilant sur les séparations. Car c'est là le coeur du problème : la séparation des pouvoirs. Non pas entre législatif, exécutif et judiciaire, mais bien entre trois autres pouvoirs : celui de dispenser enseignements et formations, celui de soigner et de prescrire, celui d'élaborer et de commercialiser des médicaments. Entre ces trois pouvoirs, les relations sont normales et souhaitables, mais les interférences plus que dangereuses et les collusions dramatiques.

Il appartient donc à l'Etat, aux médecins, éventuellement aux laboratoires, de remettre à plat les règles d'un jeu où la vie des gens, en fait, se trouve misée. Dans cette tâche, il paraît légitime qu'une médecine qui s'est choisie libérale prenne en charge elle-même sa formation permanente, en toute rigueur -et donc en toute indépendance. Ce n'est pas seulement une question technique, mais une affaire d'éthique. Comme il s'agit d'une lourde charge, dans la conception et la mise en oeuvre, le soutien de l'Etat est plus que souhaitable -mais pas sa tutelle.

Finalement, pour que les patients conservent confiance, il semble utile que les médecins retrouvent quelque défiance envers la toute puissance des molécules nouvelles et prennent au sérieux, avec toute la pédagogie requise, l'existence des effets indésirables. A force de subir le marketing, de finir par se persuader qu'on pourrait, à la limite, soigner sans risques et droguer sans dommages, nombre de praticiens ont relâché leur vigilance. Attention moins vive envers les dangers de nos poisons thérapeutiques, explications insuffisantes données aux malades, voilà qui devrait, à terme, inquiéter les patients. Car la confiance est par nature fragile et paradoxale : on l'étiole en la croyant acquise. Un peu de défiance la renforce, trop l'annihile. Ce qui l'entretient, en médecine comme ailleurs, les Anciens le savaient déjà : des savoirs et de la mesure, de l'expérience et du franc-parler, de l'observation et de la raison. Toutes choses que les traités grecs ont indiquées jadis, et qui furent à juste titre reprises de siècle en siècle. Le reste, après tout, est décoratif.

Quand le monde dessine ses nouvelles frontières

La révolution tunisienne et cette immense aspiration des peuples à secouer le joug de régimes autoritaires dans le monde arabe, en Egypte, en Algérie, en Jordanie, voire au Yémen, l'auraient presque fait oublier, mais une nouvelle nation, et pas des moindres, est sur le point de naître après des années d'une sanglante guerre civile qui a fait plus de 2,5 millions de morts.

Le 9 janvier dernier par référendum, le Sud-Soudan, plutôt animiste et chrétien, s'est prononcé pour son divorce du nord du pays, à majorité musulmane. Ce qui constitue une première remise en cause des frontières laissées après l'indépendance des pays en Afrique par les colonisateurs. Mais ce n'est pas la seule tentation de séparation dans cette région du monde. Demain, la Côte d'Ivoire pourrait, elle aussi, se séparer en deux à la suite de l'élection présidentielle et la proclamation de deux présidents, l'un reconnu par la communauté internationale, Alassane Ouattara, et l'autre pas, Laurent Gbagbo. Un pays où, là aussi, il existe de complexes clivages religieux et ethniques.

Après le Soudan, on peut aussi s'interroger sur les conséquences de cette division dans ce que l'on désigne par l'Afrique des Grands Lacs - Burundi, RD Congo, Ouganda, Rwanda. Des pays divers, mais qui ont été marqués aussi par des guerres civiles sanglantes.

Et ailleurs, devant le Center of Political and Foreign Affairs à Paris, Ephraim Halevy, l'ancien patron du Mossad, les services secrets israéliens, insistait récemment sur l'importance, au-delà de l'Afrique, de la division du Soudan qui, à ses yeux, crée au Proche-Orient un « précédent ». Une région où les frontières ont été héritées de la désagrégation de l'Empire ottoman et de la fin des « mandats » des puissances « coloniales » française et britannique.

Il est certain que le premier candidat à la formation d'un Etat est la Palestine, qui a été reconnue par près de 100 pays, dont récemment par le Brésil et l'Argentine. Le plan de partage, adopté par l'Assemblée générale des Nations unies, pour l'ancienne Palestine mandataire, en deux Etats, l'un juif et l'autre arabe, ne date-t-il pas de 1947 ? Mais quelles en seraient les frontières aujourd'hui ? Car si Israël est résigné au divorce des Palestiniens, l'Etat israélien souhaite conserver une partie de ses conquêtes d'après-1967 en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Et ce n'est pas la seule interrogation pour une nation palestinienne divisée en deux parties, Gaza et la Cisjordanie, sans continuité territoriale et marquée par l'antagonisme de deux mouvements dominants, le Fatah et le Hamas, proches de la guerre civile. En dépit de ces difficultés, il n'est pas imaginable que le statu quo actuel puisse durer alors qu'une grande partie de la population palestinienne est enfermée dans la bande de Gaza et connaît toujours une forte croissance démographique.

Huit ans après l'invasion américaine et britannique, l'Irak est lui aussi toujours menacé d'un éclatement entre la province de plus en plus autonome du Kurdistan et le reste du pays. Avec toutes les conséquences que cela pourrait avoir dans le Kurdistan turc, et pour le partage des richesses pétrolières.

Au-delà, en Asie centrale, la guerre d'Afghanistan est loin d'être terminée. Et qui sait si ce conflit n'engendrera pas demain un Pachtounistan ? Ce spectre qui depuis l'établissement de la « ligne Durand » à la fin du XIX e siècle séparant l'Afghanistan de l'Empire des Indes, plane toujours entre l'Afghanistan et le Pakistan.

Certes, on n'en est pas là et la région du côté pakistanais est aujourd'hui un sanctuaire pour les talibans afghans et les fondamentalistes pakistanais. Mais qu'en sera-t-il après le départ des troupes américaines, prévu pour la fin de 2014, et qui créera un dangereux vide ?

De même, les tendances au Cachemire à la séparation de l'Inde sont fortes. Et, demain, quel serait le sort du Tibet ou d'autres régions chinoises si un pouvoir démocratique était installé à Pékin ?

Depuis l'implosion de l'Union soviétique et de la Yougoslavie, le monde a vu la multiplication des Etats ou du moins des revendications à l'autonomie, et non au regroupement, comme aurait pu le laisser présager l'unification allemande. En 1950, il y avait 82 Etats souverains. Aujourd'hui, les Nations unies comptent 192 membres. Un chiffre qui n'englobe pas les Etats autoproclamés ou pas reconnus par l'ensemble de la communauté internationale, comme le Kosovo ou les deux anciennes enclaves de Géorgie, Abkhazie et Ossétie du Sud.

Et la liste des Etats en devenir et des tentations à l'autonomie régionale est longue. Car l'Europe n'est pas épargnée par cette tendance au divorce. Comme l'Espagne, où la Catalogne a déjà obtenu une grande autonomie de Madrid et se considère comme une « nation ». Voire l'Italie, dans un registre très différent, où les tentations séparatistes des dirigeants de la « Padanie » (la plaine du Po, au Nord) s'expriment au grand jour. Les raisons de divorcer d'une autre entité sont diverses d'un pays, d'une région à l'autre : elles vont de la domination violente d'une région, comme ce fut le cas au Soudan, à la pure revendication fiscale - comme c'est le cas en Italie où les riches contribuables du Nord refusent de payer pour le Mezzogiorno -, en passant par la défense justifiée des droits d'une minorité ou des revendications communautaires sur des ressources naturelles. Mais cet émiettement, qui pousse à redessiner les frontières, contribue à créer de l'instabilité. Même si la revendication à l'indépendance est totalement justifiée comme au Sud-Soudan et que le statu quo de la seconde moitié du XX e siècle n'est plus forcément tenable, pas plus que le joug des dictateurs d'hier.

Les ravages du principe de réalité

Bernard Thibault est le dernier et remarquable symbole des ravages du principe de réalité dans la gauche française, syndicale et politique. Il aura payé pour avoir tenté de tenir compte des données concrètes dans ses combats syndicaux. En politique, le PS continue de souffrir des contradictions entre ses ailes contestataire et réformiste. Au point que François Hollande pose avec lucidité la « question de la capacité du PS à rester une force de gouvernement ». Le mythe du « grand soir » continue de planer. La conscience des réalités est le début de la trahison.

Tout cela est connu, et Jean-Luc Mélenchon excelle à en tirer parti. Mais s'y ajoute aujourd'hui une nouvelle version de cette lancinante préférence pour le virtuel, et au sein de l'aile réaliste elle-même : le mythe DSK. Contre toute vraisemblance, elle soutient le long suspense d'une candidature ainsi de plus en plus surréaliste. Et elle tient pour acquis son succès le cas échéant. Magnifié par l'absence, il fait de plus en plus figure de candidat idéal.

Or l'est-il vraiment ? On passe sur sa difficulté à mobiliser sur sa gauche. Ou sur les « dossiers » que, le moment venu, on ne manquera pas d'exploiter sur ses désordres privés. Ou encore sur l'usure née de ses longues hésitations. Il reste que, dans la réalité d'une campagne, il peut pâtir des qualités et des défauts qu'on lui connaît : une incontestable compétence économique, qui peut éloigner lorsqu'elle s'affiche ; une conscience de sa propre valeur, qui agace ; une élégance parfois désinvolte dans le ton, qui crée de la distance ; peut-être enfin quelques lacunes sur l'actualité quotidienne des Français durant sa longue présence à Washington... Le comble serait que, exerçant sur lui-même ses remarquables facultés d'analyse, le candidat virtuel décide finalement de le rester. Le principe de réalité aurait alors, une fois de plus, frappé la gauche française.

Sanglante bataille au Caire entre pro et anti-Moubarak

22h55 : La chaîne d'information France 24 annonce que trois de ses journalistes ont été interpellés en fin de journée et sont détenus par «les renseignements militaires». Par ailleurs, Thierry Thuillier, directeur général des rédactions de France-Télévisions, confirme qu'une équipe de France 2 a été prise à partie alors qu'elle revenait d'un reportage à Suez. Les trois journalistes et leur guide «se sont échappés» sous les coups. Deux journalistes souffrent de contusions et d'écorchures, le troisième a reçu un coup au crâne par un objet contondant. Thierry Thuillier n'a pu préciser s'il s'agissait de partisans d'Hosni Moubarak ou de manifestants qui lui sont hostiles, ou encore s'il s'agissait de simple brigandage.

22h42 : Un nouveau bilan officiel fait état de 3 morts, 639 blessés mercredi au Caire.
22h03 : La chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, réclame au vice-président Omar Souleimane une enquête sur les violences survenues dans les manifestations mercredi au Caire.
22h00 : Les accrochages se poursuivent place Tahrir. Des coups de feuont été entendus par un journaliste de l'AFP qui a vu une personne blessée par balle.
21h58 : Une centaine de personnes manifestent devant l'ambassade d'Egypte à Paris pour réclamer le départ du président Hosni Moubarak et dénoncer les violences survenues dans la journée au Caire.
21h55 : L'armée égyptienne est intervenue place Tahrir pour exfiltrer de la foule en colère un caméraman de la télévision publique Radio-Canada, sans quoi toute l'équipe «aurait été battue à mort», a raconté l'un des journalistes présents. Pour le reporter Jean-François Lépine «les étrangers, mais surtout les journalistes, sont des cibles absolument directes et on a l'impression qu'il y a même un ordre qui a été donné à ces manifestants violents».
21h49 : Le ministre des Affaires étrangères britannique William Hague annonce à la BBC que Gamal Moubarak, le fils cadet du président égyptien, se trouve actuellement en Egypte et non à Londres.
21h39 : Sur son compte Twitter, le journaliste Charles Enderlin assure qu'une équipe de France 2 a été attaquée au Caire. Il décompte au moins deux blessés.
21h13 : Reporters sans frontières «condamne sans appel» les violences commises par les partisans du président Moubarak, auxquels se seraient mêlés des policiers en civil, contre plusieurs journalistes de la BBC, d'Al-Jazeera, de CNN, d'Alarabiya et d'ABC News.
20h54 : Le vice-président Omar Souleimane appelle les manifestants à rentrer chez eux et à respecter l'appel des forces armées au respect du couvre-feu. Selon lui, les manifestations doivent cesser avant la mise en place de tout dialogue.
20h47 : Un nouveau bilan établi par la ministère de la Santé fait état d'un mort et de 611 blessés.





19h45 : Condamnant les violences de la journée, Barack Obama fait savoir à son homologue égyptien Hosni Moubarak que «le temps du changement est arrivé», rapporte la Maison-Blanche. Le peuple égyptien ne veut pas des nominations ou des discours, il veut de l'action, a ajouté le porte-parole du président américain. «Et maintenant, ça veut dire maintenant», a insisté Robert Gibbs.
19h30 : Michèle Alliot-Marie appelle à l'arrêt des violences «de part et d'autre». La ministre française des Affaires étrangères, interviewée sur Canal+, a souhaité qu'il y ait «un processus de transition pacifique pour écouter ce que disent les Egyptiens».
18h40 : Les violences de la journée place Tahrir auraient fait un mort, un appelé de l'armée, et 403 blessés selon la télévision publique égyptienne citant le ministère de la Santé.
17h40: Des gaz lacrymogènes d'origine inconnue ont été tirés contre les manifestants anti-Moubarak à la nuit tombée près de la place Tahrir.
17h30 : Au moins 500 personnes ont été blessées place Tahrir, affirment des sources médicales. Une mosquée, transformée en hopital de campagne, accueille une partie des victimes. Beaucoup sont touchées à la tête.
17h15 : Deux cocktails Molotov ont atterri dans la cour du Musée égyptien, qui abrite des trésors inestimables de l'Antiquité pharaonique, tout près de la place Tahrir où se déroulent les heurts. L'armée est parvenue à éteindre l'incendie limité qui s'est propagé à un arbre devant le musée.
17h05 : Les Etats-Unis «déplorent et condamnent» la violence contre les manifestants en Égypte, indique la Maison Blanche. De son côté, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a mis en garde contre le risque que le soulèvement populaire en Égypte ne débouche sur une période «d'instabilité et d'incertitude pendant de nombreuses années» dans la région.
16h40 : Des centaines de manifestants anti-Moubarak ont été blessés mercredi dans des heurts avec des partisans du chef de l'Etat place Tahrir. Ces derniers ont jeté des blocs de pierre sur leurs opposants depuis des toits d'immeubles surplombant la place Tahrir.
Les affrontements entre partisans et adversaires de Moubarak filmés par CNN:







Protesters hurt in Tahrir Square
envoyé par CNN_International. - L'actualité du moment en vidéo.


16h22 : Mohamed ElBaradei a demandé à l'armée d'intervenir «aujourd'hui et de ne pas rester neutre» pour protéger des vies après les affrontements entre partisans et adversaires du président Hosni Moubarak sur la place Tahrir.
16h17 : Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, juge «inacceptables toutes attaques contre des manifestants pacifiques» .

15h40 : Le journaliste belge Serge Dumont a été «tabassé» alors qu'il couvrait une manifestation pro-Moubarak au Caire. «J'ai reçu une volée de coups à la figure. J'ai reçu un verre d'eau, du Nil, m'ont-ils dit, pour que j'attrape la diahrrée. Je suis sous la garde de deux militaires, avec kalachnikovs et baïonnettes. Ils disent que je vais être emmené auprès des services secrets. Ils me reprochent d'être un espion», a expliqué le journaliste lors d'un bref contact téléphonique avec la rédaction du Soir. Par ailleurs, deux journalistes suédois du quotidien Aftonbladet ont été pris à partie, ainsi que le journaliste vedette de CNN, Anderson Cooper.Les Etats-Unis ont fait état de leur inquiétude suite «aux arrestations et aux attaques» contre les médias couvrant la crise égyptienne
15h29 : L'Égypte refuse les appels à une transition immédiate du pouvoir, déclare le porte-parole du ministère égyptien des Affaires étrangères, après les appels répétés en ce sens de la communauté internationale, notamment des Etats-Unis. Ces demandes «des parties étrangères visent à enflammer la situation intérieure en Égypte», dénonce le ministère de l'Intérieur égyptien.
» Moubarak ne cède pas à la pression internationale
15h23 : Selon un correspondant d'al-Jezira, l'armée égyptienne tire en l'air pour disperser des manifestants. Les manifestants ont salué cette intervention par une explosion de joie, certains montant sur les chars au côté des militaires. «Armée et peuple main dans la main», scandaient-ils. D'après la chaîne d'information, des centaines de personnes ont dû être évacuées de la place Tahrir. Un garçon de huit ans aurait été gravement blessé.
15h15 : Trois camions militaires, saisis sur les pro-Moubarak, ont été mis en travers de la route pour dresser des barricades contre leurs adversaires. L'armée n'a pas protesté.

14h54 : Le ministère égyptien de l'Intérieur réfute les allégations de manifestants anti-gouvernementaux selon lesquelles des policiers en civil seraient impliqués dans des heurts
14h38 : L'opposant Mohamed ElBaradei accuse le gouvernement d'Hosni Moubarak de recourir à «la tactique de la peur» après les heurts survenus au Caire entre des pro et anti-Moubarak. «J'ai peur que cela tourne au bain de sang», a-t-il précisé, en qualifiant de «bande de voyous» les manifestants pro-Moubarak.
De leur côté, les Frères musulmans, principale force d'opposition, refusent que le président Hosni Moubarak reste à la tête de l'État jusqu'à la fin de son mandat en septembre.
» Égypte: l'opposition éclatée face au défi de la transition
14h21 : La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton appelle le président égyptien Hosni Moubarak à agir «le plus vite possible» pour réaliser la «transition» politique demandée par les manifestants.
14h03 : Des partisans du président égyptien ont chargé des manifestants anti-Moubarak dans le centre du Caire à cheval et à dos de chameau, avant d'être encerclés et désarçonnés. Au moins six personnes ont été jetées à bas de leur monture, frappées à coups de bâtons et traînées au sol, alors que leur visage était en sang.
Certains militaires appellent au calme debout sur leur char, sans s'interposer, tandis que d'autres s'abritent des projectiles. Un véhicule militaire a par ailleurs été endommagé.
13h35 : Des dizaines de personnes ont déjà été blessées au cours des violences qui ont éclaté entre pro et anti-Moubarak place Tahrir, au Caire. Les manifestants se battent à coups de poings, de bâtons et de jets de pierres autour des chars de l'armée gardant les entrées de la place.
13h17 : Trois mouvements de la coalition anti-Moubarak affirment que des policiers en civil sont entrés en force place Tahrir, au Caire, où des heurts ont éclaté entre des partisans du président Hosni Moubarak et des manifestants qui réclament son départ.
13h07 : Le premier ministre britannique David Cameron estime que «la transition doit être rapide, crédible, et démarrer maintenant».
13h04 : La Commission européenne se dit prête «à renforcer son assistance» à l'Égypte pour l'aider à effectuer une «transition» politique pacifique et «ordonnée». «Nous demandons instamment la mise en oeuvre de réformes nécessaires, y compris que des élections libres et équitables soient organisées dans les meilleurs délais», affirme la Commission sans se prononcer sur une date précise pour des élections et sans nommer le président Moubarak.
13h01 : De violents accrochages ont éclaté place Tahrir, au Caire, entre des milliers de partisans d'Hosni Moubarak et des manifestants réclamant son départ, sans que l'armée présente sur place n'intervienne, selon des journalistes de l'Agence France Presse.
12h54 : Le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, appelle à la tenue d'«élections libres et équitables» en Égypte, assurant que «l'ère Moubarak est révolue».
» Le système Moubarak
12h10 : L'appel à manifester massivement vendredi contre le régime du président Hosni Moubarak est maintenu malgré l'ordre de l'armée intimant aux manifestants de rentrer chez eux, affirme un dirigeant du mouvement de contestation.
11h34 : Les manifestants pro-Moubarak organisent la riposte dans les rues du Caire, en haranguant des manifestants devant la place Tahrir. Des milliers d'autres font l'éloge du président égyptien dans un autre quartier de la capitale, aux cris de «Oui à Moubarak, oui à la stabilité».

11h26 : Le Parlement égyptien suspend ses séances jusqu'à la révision des résultats des dernières élections législatives, entachées par des accusations de fraude et de violences, selon l'agence de presse officielle Mena.
«Le président de l'Assemblée, Fathi Sorour, a chargé le secrétaire général du Parlement, Sami Mahrane, de contacter la haute commission électorale pour obtenir les noms des députés visés par des décisions de justice», ajoute l'agence. Avant de préciser : «Le Parlement déclarera nulle l'élection des députés visés par la cour d'appel et annoncera un nouveau scrutin dans les circonscriptions concernées».
11h16 : La ministre espagnole des Affaires étrangères souhaite que l'Égypte engage de «vraies réformes, avec des changements en profondeur». «Il doit y avoir un gouvernement, qui peut être d'union nationale», «qui dirige ce processus jusqu'à la convocation d'élections générales», souligne la ministre.

11h15 : Le couvre-feu en vigueur depuis vendredi dans la capitale égyptienne du Caire, ainsi qu'à Alexandrie et à Suez, est allégé, selon la télévision d'Etat. Il commencera à 17 heures locales (16 heures à Paris) au lieu de 15 heures actuellement et se terminera à 7 heures (6 heures à Paris) contre 8 heures jusqu'ici.
11h02 : Après plus de cinq jours de coupure, l'accès à Internet est au moins en partie rétabli en Égypte, selon des journalistes de l'Agence France Presse (AFP). Au Caire, des reporters de l'AFP ont accès au Web en utilisant un serveur égyptien. Des citoyens contactés indiquent également avoir réussi à naviguer sur la toile.
» Face à la révolte, l'Égypte muscle sa censure du web
11h01 : La première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, juge «souhaitable» que le président égyptien Hosni Moubarak quitte le pouvoir, soulignant que «c'est à l'évidence ce que le peuple lui demande». «Hosni Moubarak ne permet pas la liberté démocratique, ni les élections libres, ni la liberté de la presse», affirme-t-elle.
10h51 : Costa Croisières, leader européen du secteur, annonce l'annulation des escales prévues en Égypte et en Tunisie en raison des troubles dans les deux pays. La compagnie italienne «confirme le déroulement régulier de ses croisières aux dates prévues, les modifications apportées aux itinéraires étant dues à des cas de force majeure».
10h41 : L'armée égyptienne appelle les manifestants à rentrer chez eux, dans un communiqué lu à la télévision d'Etat.
Un manifestant réagit mercredi au discours d'Hosni Moubarak :




10h14 : Comme son homologue américain Barack Obama, le président français Nicolas Sarkozy souhaite que la transition politique s'engage «sans tarder» et «sans violence» en Égypte, au lendemain de l'annonce par le président Hosni Moubarak qu'il abandonnerait son fauteuil en septembre. Le chef de l'Etat «appelle tous les responsables égyptiens à tout faire pour que ce processus crucial se déroule sans violence».
«Liée à l'Égypte par une ancienne et profonde amitié, la France renouvelle son appui aux aspirations des Égyptiens pour une société libre, démocratique et diverse. Elle sera aux cotés de tous ceux qui entendent conserver un caractère pacifique et exemplaire à l'expression et à la satisfaction de ces attentes légitimes», conclut Nicolas Sarkozy.
» Égypte: l'opposition éclatée face au défi de la transition
» L'avenir de l'Égypte entre les mains de l'armée
10h01 : Le chef de la diplomatie allemande Guido Westerwelle se félicite qu'Hosni Moubarak «veuille ouvrir la voie à un renouveau politique». «Il va nous falloir maintenant voir quel rôle il veut et il peut jouer lui-même», a-t-il expliqué, affirmant qu'il est «crucial que les annonces soient suivies d'effet, très concrètement».
9h47: Quelque 500 partisans du président égyptien sont rassemblés dans le centre du Caire pour clamer leur allégeance à Hosni Moubarak, dont le départ est réclamé depuis plus d'une semaine. Certains manifestants pro-régime ont également exprimé leur intention de marcher sur la place Tahrir, où les opposants au régime de Moubarak sont rassemblés.
8h55 : Au Caire, des milliers de manifestants, dont beaucoup campent depuis des jours sur la place Tahrir, devenue emblématique de la colère des Égyptiens, ont repris dès leur réveil les slogans réclamant le départ du président : «Allez, allez, Hosni dehors».

8h10 : Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, estime insuffisante l'annonce d'Hosni Moubarak de rester au pouvoir jusqu'à la présidentielle de septembre, affirmant qu'un départ immédiat serait la seule option pour satisfaire les revendications de son peuple.
02h24 : La Grande-Bretagne réitère son appel aux autorités égyptiennes à procéder à un «changement réel, visible et complet», après qu'Hosni Moubarak a annoncé qu'il resterait au pouvoir jusqu'à la présidentielle de septembre.
00h47 : Dans une intervention solennelle à la Maison Blanche, le président américain, Barack Obama, indique avoir dit à son homologue égyptien, Hosni Moubarak, qu'une transition politique pacifique et calme devait débuter «maintenant» en Égypte, s'abstenant toutefois de lui demander d'écouter les appels exigeant son départ immédiat. Barack Obama s'est entretenu au téléphone pendant 30 minutes mardi soir avec Hosni Moubarak.
Le chef d'État américain félicite également l'armée égyptienne d'avoir permis que des manifestations pacifiques aient lieu, et déclare aux jeunes Egyptiens: «Nous entendons votre voix».
Mardi soir : Le président Moubarak a assure dans un discours à la télévision égyptienne qu'il ne se représentera pas à la prochaine présidentielle, qui doit avoir lieu en septembre. «Je ne voulais pas être candidat aux prochaines élections», a assuré celui qui termine son cinquième mandat.
Hosni Moubarak ne renonce toutefois pas au pouvoir dans l'immédiat. «Je tiens à finir mon travail, mon oeuvre au service de la patrie, pour que ceux qui me suivront assurent à l'Égypte sa sécurité et sa sûreté, affirme-t-il. Au cours des mois qui restent de mon présent mandat, je ferai tout pour qu'il y ait une transition du pouvoir pacifique».
Hosni Moubarak demande aux deux chambres du Parlement d'alléger les conditions de candidature à la présidentielle pour assurer la participation de toutes les forces politiques. Il appelle par ailleurs la police à «assurer la sécurité des citoyens avec loyauté, honneur et en respectant le droit et la liberté du peuple». Les forces de sécurité devront «prendre les mesures nécessaires pour poursuivre ceux qui sont à l'origine des pillages et des destructions». «C'est mon pays. C'est ici que je vis. Je me suis battu pour défendre ce territoire, sa souveraineté et ses intérêts, et je mourrai ici», conclut le chef d'Etat. Les manifestants, regroupés sur la place Tahrir, au Caire, ne sont toutefois pas convaincus par son discours et continuent de réclamer son départ sans délai.

Contrecoups de chaleur

C'est quasiment mathématique. Le sirocco qui souffle du Maghreb, le khamsin qui fait rage en Égypte, on ne peut que finir tôt ou tard par en ressentir les brûlants effets de ce côté-ci de la Méditerranée. Baptisée Levant au début du siècle dernier, cette région comprend la Syrie, le Liban et la Palestine historique, et même, par extension, la Jordanie et l'Irak : ce dernier et infortuné pays n'ayant pas attendu les bouleversements ambiants pour se consumer interminablement au feu des antagonismes sectaires.


Qu'elles soient fondées, feintes ou seulement exagérées, des appréhensions n'ont pas tardé à se manifester çà et là. Israël s'inquiète publiquement, ainsi, du sort de cette paix signée il y a trois décennies avec l'Égypte, une paix qui a survécu à toutes sortes de crises et de guerres, et qui, pourtant, est demeurée désespérément froide au niveau populaire. Plus loin, l'Arabie saoudite, qui a accordé asile au président tunisien déchu Ben Ali, ne peut que s'alarmer elle aussi des graves évènements qui secouent cet autre pilier de l'axe arabe modéré et pro-occidental qu'est son allié égyptien. Prématurés cependant pourraient être les cris de jubilation de l'Iran, qui voit dans l'effondrement graduel du régime de Hosni Moubarak la naissance d'un Moyen-Orient islamique ; pour le moins immodeste, de même, risque de s'avérer le certificat de bonne santé et d'immunité face au microbe de la sédition que vient de se décerner le président syrien Bachar el-Assad dans des déclarations à la grande presse américaine.


Si le couvercle de la marmite a bel et bien fini par sauter, tant au Caire qu'à Tunis, le contenu n'a pas fini de bouillir. Dès lors, nul ne saurait prédire, à ce stade, l'ampleur et la qualité réelles du changement dévolu aux foules descendues dans la rue pour réclamer leurs droits et qui ont osé braver de redoutables machines de répression. Pour légitimes en effet que soient les aspirations de ces peuples, c'est à d'énormes obstacles que vont sans doute se heurter ces premiers balbutiements de démocratie.


En Tunisie comme en Égypte, encore qu'à des degrés divers, c'est en effet l'armée que l'on voit s'ériger en arbitre de la situation, poussant avec plus ou moins d'énergie les présidents pestiférés vers la porte de sortie, alternant soigneusement par ailleurs marques de compréhension ou même de sympathie envers les manifestants et actes d'autorité sur le terrain. Faiseur de rois, l'establishment militaire en est aussi le défaiseur, et il est peu probable qu'il renonce de bon gré à ce formidable pouvoir : surtout si, comme en Égypte, c'est l'armée qui serait la première à faire les frais d'une suppression des très substantiels subsides américains ou, pire encore, d'un retour à l'état de guerre avec Israël.


L'alternative au règne des généraux serait-elle donc fatalement celui des extrémistes ? Ce dilemme, qui hante aussi les grandes puissances, attend depuis longtemps d'être tranché, dans une partie du monde depuis trop longtemps soumise à la loi des dictatures et où fait cruellement défaut la culture démocratique. Cette culture, on s'est même échiné à la défigurer jusqu'au massacre là où elle existait avec plus de vigueur que partout ailleurs, c'est-à-dire au Liban, là où elle pouvait ambitionner de se poser en modèle, d'essaimer, de faire tache d'huile. C'est dans ce Liban-là pourtant que l'on aura vu un fascisme théocratique - en lui-même une criante anomalie au sein de la mosaïque de communautés qu'est le pays - se prévaloir de la démocratie pour conquérir le pouvoir, l'arme au poing. Le voilà hélas, notre modèle et exemple.


Que la contagion du jasmin se répande ou qu'elle soit enrayée ; que la Syrie, où Facebook et Twitter sont tout de même mis en panne par mesure de précaution, parvienne ou non à s'affirmer, aux yeux de l'Occident, comme un irremplaçable rempart face à la montée des intégrismes ; que la Jordanie en crise ravive ou non les vieux projets israéliens visant à faire de cette monarchie une patrie de rechange pour les Palestiniens dépossédés, c'est d'abord en lui-même que le Liban devra (re)trouver un jour sa véritable raison d'être. Car ce qui compte bien davantage que la démocratie, c'est l'usage que l'on sait - ou que l'on veut - en faire.



Le foul et le reste

Il y eut dans le passé la révolution des œillets au Portugal, des roses en Géorgie, des tulipes au Kirghizistan. Depuis la révolution du jasmin en Tunisie, c'est d'un autre œil que les Arabes, peuples et gouvernements, apprennent à considérer cette petite fleur blanche qui trouve soudain vocation bien plus exaltante que de rivaliser avec la menthe pour parfumer le thé.

Loi des séries ? Théorie des dominos ? Le fait est que l'exemple des Tunisiens descendant dans la rue pour balayer une dictature vieille de trente ans n'a pu que galvaniser un peuple égyptien dont l'atavique bonhomie a longtemps passé pour une incurable léthargie. Quand un homme, dix hommes, cent hommes osent, c'est un irrésistible - encore que trompeur - sentiment d'invulnérabilité qui submerge la foule de suivants. Que vienne à couler le sang, et ce sont les dirigeants qui peuvent soudain constater, incrédules, combien s'avèrent fragiles, malgré la répression, malgré le couvre-feu et autres mesures d'exception, les remparts qu'ils ont édifiés entre eux et leurs administrés.

Des élites gouvernantes chaque jour plus scandaleusement riches et des masses populaires chaque jour plus démunies : pour décisives toutefois que soient, chez les insurgés d'Égypte comme de Tunisie, les motivations d'ordre socio-économique, il y a là bien davantage en jeu que les frustes fèves des uns, le foul, et le brik des autres. C'est de liberté d'opinion et d'expression, c'est de justice qu'ont faim aussi ces sociétés écrasées jusqu'à l'étouffement par des régimes tyranniques. Dans plus d'une capitale, de ce côté de Suez, on s'alarme déjà du risque de contagion, on prend des précautions. On va même jusqu'à prendre les devants, comme ce roi Abdallah de Jordanie qui presse son propre gouvernement de hâter un train de réformes longtemps promis et longtemps rangé au frigo.

Est-ce déjà la démocratie en marche dans cette partie sinistrée du globe, ou pour le moins un avant-goût de démocratie ? Et des années plus tard (bien des catastrophes aussi, et pas seulement en Irak, pays livré à un terrifiant chaos), l'ironie du sort voudrait-elle donc que le projet de George W. Bush d'un Moyen-Orient nouveau commence à prendre forme sous son successeur Barack Obama ? Que penser par ailleurs des largesses américaines consenties aux ONG égyptiennes œuvrant pour le respect des droits civiques, et dont l'imposante consistance était révélée hier par WikiLeaks ? En appelant avec insistance à la souplesse et à la retenue un régime égyptien littéralement momifié, sourd à toute réclamation et caressant, de surcroît, des rêves dynastiques, les États-Unis viennent-ils d'acculer à la démission, ou alors à la sanglante fuite en avant du suicidaire, un allié de poids hier encore tenu pour irremplaçable ?

À plus d'un titre, c'est avec une exceptionnelle acuité que se posent ces questions ici même. Pour commencer, la même ironie du sort veut que fleurisse le jasmin ailleurs, à l'heure où un coup de froid frappe le printemps de Beyrouth, où la révolution du Cèdre connaît un grave revers, rattrapée qu'elle aura été par les dissensions internes comme par les flagrantes ingérences extérieures. Tous les Libanais ne roulent certes pas sur l'or ; ce n'est pas pour le pain, toutefois, qu'un million d'entre eux sont descendus dans la rue en 2005, mais pour exiger sans le moindre acte de violence - et obtenir ! - la levée de la tutelle syrienne, de même que l'arrêt, sanctionné par la justice, des attentats terroristes visant le pays. Et c'est bien pour contrecarrer ces deux objectifs vitaux, pour tenter de ramener les aiguilles de la pendule en arrière, qu'a été mis en œuvre un processus qui aura conduit à la crise la plus grave jamais connue par le système démocratique libanais.

Sans cesser de claironner leur soutien à un Liban indépendant et à la juridiction internationale, les puissances occidentales observent néanmoins une prudente expectative face à l'implosion du gouvernement de Saad Hariri et l'arrivée au Sérail du candidat du Hezbollah. Devoir de pragmatisme, nécessité de s'acclimater graduellement à un contexte nouveau ? Dernière ironie, c'est bien l'épreuve qui attend aussi tous ceux, au Liban et hors du Liban, qu'effraie tant un acte d'accusation parvenu à maturité.

La crise perdure

Les restrictions imposées aux passants s’intensifient, le couvre-feu est prolongé d’un jour à l’autre et les militaires postés autour des chars vérifient les pièces d’identités de ces Egyptiens qui veulent rejoindre la place Tahrir, au centre-ville, aujourd’hui synonyme de la révolte populaire. Place de la libération, ainsi vaut  son nom en arabe, Tahrir. Depuis plus d’une semaine, des dizaines de milliers d’Egyptiens y campent appelant au départ du président Moubarak. La chronologie est désormais connue et le chef de l’Etat qui dirige le pays des Pharaons depuis environ 30 ans ressemble plus que jamais à ses ancêtres.
Il refuse d’abdiquer le siège et procède lentement à des mesures qui ne semblent pas capables d’atténuer la colère des jeunes manifestants qui ont pris de court tout le monde, régime et opposition.
Ce n’est qu’à la fin d’une importante « journée de colère » vendredi, après minuit, que Moubarak décide de faire apparition sur la télé publique. Depuis le 25 janvier, opposants et intellectuels  l’exhortent à sortir s’adresser aux Egyptiens, mais il opte pour une solution sécuritaire. Au début, c’était au ministère de l’Intérieur de tenter de contenir les manifestants. Les policiers font usage de gaz lacrymogènes, matraques et balles en caoutchouc. Avec l’exacerbation de la situation, c’est l’armée qui vient sécuriser.
Il limoge le gouvernement d’Ahmad Nazif en place depuis 7 ans. A la place, un militaire de carrière. Ahmad Chafiq, un pilote de l’air militaire à l’instar du chef de l’Etat, ministre de l’Aviation civile et l’un des meilleurs amis de Moubarak. Ce dernier renforce la solution sécuritaire et nomme, comme vice-président, le chef des renseignements Omar Soliman, alors qu’il avait toujours refusé de nommer un vice-président. C’est celui que l’on prénomme l’ombre de Moubarak depuis 1995, lorsqu’il a sauvé la vie du président, cible d’une tentative d’attentat à Addis-Abeba. Le président qui croit aux réformes qu’il a entreprises et dit dans son unique discours pour l’instant qu’il entend « les poursuivre pour le bien-être des citoyens et pour la stabilité de l’Egypte », joue sur le soutien de l’armée. Ce vendredi charnière dans l’histoire moderne du pays, et bien avant son discours, il décide en tant que « gouverneur militaire », d’imposer le couvre-feu et d’appeler les troupes de l’armée à se poster dans les rues. Pour donner une image de fermeté à son régime, Moubarak a visité le centre opérationnel des forces armées, afin de suivre l’évolution de « la maîtrise de la sécurité », les F-16 ont survolé avec leur bruit assourdissant la place Tahrir et peu auparavant, le ministre de la Défense était en visite d’inspection de ses forces dans le coin, devant le bâtiment de la télévision nationale.
En même temps, on multiplie à petits pas les mesures tendant à rassurer. Les forces de la police, disparues la nuit du vendredi meurtrier, ont commencé lundi à faire leur apparition dans les rues.
Malgré ces mesures, la révolte qui a fait au moins 140 morts s’est poursuivie.
Jusqu’à avant le bouclage du journal, le parti au pouvoir, le PND agonisant, avait décidé de dépêcher ses partisans dans des contre-manifestations en soutien au président Moubarak et l’appelant à rester en poste.
Comptant sur le bouche-à-oreille pour diffuser leur appel, Internet restant bloqué et le service de messagerie mobile perturbé, le mouvement de contestation a pourtant lancé un appel à une marche gigantesque  ce mardi pour obliger le président Moubarak à partir.
L’opposant Mohamed ElBaradei, chargé par l’opposition de former un gouvernement de coalition ou de sauvetage, a lancé un appel pareil en direction du chef de l’Etat. Il estime que les Etats-Unis « perdent leur crédibilité » en appelant à la démocratisation tout en continuant de soutenir « un dictateur ». Les Américains réticents au début et appelant à la stabilité en Egypte ou à des réformes, ont franchi un pas lundi en demandant « une transition en bon ordre », parce que selon eux, Moubarak « n’avait pas encore fait les efforts nécessaires de démocratisation ».
Les Frères alibis
Dans la presse pro-gouvernementale, on évoque un scénario monté par les Américains pour faire chuter Moubarak et à une révolte « islamiste » orchestrée par les Frères musulmans. C’est ce que font propager également les Israéliens. Le journal Haartez proche du cercle du pouvoir israélien affirme que Tel-Aviv a fait parvenir un message secret aux Etats-Unis et aux pays européens leur demandant de soutenir la stabilité du régime du président Moubarak. Dans ce message, les responsables israéliens soulignent qu’il est de « l’intérêt de l’Occident » et de « l’ensemble du Moyen-Orient de maintenir le régime en Egypte ».
L’ancien ambassadeur israélien au Caire a encore déclaré sur CNN, que l’Egypte ne doit pas connaître la démocratie car celle-ci ferait mener les Frères musulmans au pouvoir. A cela, les manifestants répondaient « Ni Frères, ni partis » dans leurs slogans. C’est d’ailleurs l’originalité de ce mouvement de contestation. Les protestataires ont dépassé toute cette opposition domptée depuis des décennies par le pouvoir, pour former une nouvelle opposition jeune et surtout « laïque » pour réclamer des réformes réelles.
Une Egypte différente
Les Egyptiens adeptes du lire dans le marc du café ne peuvent pourtant le faire aujourd’hui. Mais sur la place Tahrir et ailleurs, un constat est fait. L’Egypte d’aujourd’hui n’est en aucun cas semblable à celle d’avant le 25 janvier. Des gains sont enregistrés. Avec en tête : le scénario d’une hérédité du pouvoir au profit du fils du président, Gamal, semble désormais écarté. Hier, le nouveau vice-président Omar Soliman aurait présenté 5 propositions au chef de l’Etat pour calmer les manifestants : la clôture de dossier de Gamal Moubarak et son isolement de la scène politique et de tout poste officiel viennent en premier. La formation d’un gouvernement sans hommes d’affaires, un amendement de la Constitution qui faciliterait les candidatures à la présidentielle, une poursuite judiciaire contre les « négligeants » et une abdication de Moubarak de son poste à la tête du PND. Pour l’instant, tous les hommes d’affaires ministres ont été chassés du nouveau gouvernement. Comment Moubarak réagira au reste ? On devrait peut-être attendre encore quelques jours.

Les Etats-Unis, une attitude incertaine

« Nous souhaitons voir une transition en bon ordre. Nous demandons instamment au gouvernement Moubarak, qui est toujours au pouvoir (...), de faire ce qui est nécessaire pour faciliter ce genre de transition », a affirmé la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton pour dire qu’enfin, les Etats-Unis ont décidé d’être plus fermes et plus présents.

Auparavant, des réunions ont eu lieu sans cesse à la Maison Blanche. Objectif : discuter la crise politique en Egypte. Des meetings qui durent pour de longues périodes. Samedi dernier, durant deux heures, Hillary Clinton, le conseiller du président américain pour l’antiterrorisme John Brennan, le directeur du renseignement américain James Clapper, le patron de la CIA Leon Panetta et le conseiller à la Sécurité nationale Tom Donilon. L’ambassadrice américaine en Egypte Margaret Scobey et le vice-président américain Joe Biden ont également participé à cette réunion par liaison vidéo. Des déclarations qui montrent toujours une position confuse mais souple de l’Administration américaine. « J’appelle le gouvernement égyptien à profiter de l’occasion pour faire des réformes sur le plan social et économique (…) les USA espèrent que l’Egypte pourra récupérer rapidement sa stabilité et sa sécurité car elle représente une force équilibrée dans la région », dit le président Barak Obama. Des hésitations même dans les déclarations. La chef de la diplomatie, Hillary Clinton, a qualifié au début des manifestations le régime Moubarak de « stable ». Quatre jours après, devant les manifestations toujours violentes, elle change un peu de ton, demandant au régime de « faire tout ce qui est en son pouvoir pour réfréner les forces de l’ordre ».

Des positions qui ne sont pas suffisantes aux yeux des manifestants. En effet, il y a une grande différence entre la position américaine envers les événements qui ont eu lieu en Tunisie et ce qui se passe en Egypte. Le ton américain était très fort envers Ben Ali pour réaliser des réformes. Obama a même envoyé plusieurs délégués américains en Tunisie lors des manifestations, pour discuter de la crise. Pour l’Egypte, ces délégués ont été jusqu’à ces jours absents.

Les USA à la recherche de compromis

Pour plusieurs analystes, Obama tente un compromis. Hosni Moubarak est le principal allié des Etats-Unis dans le monde arabe. Le rôle régional de l’Egypte est toujours accusé qu’il est au service des intérêts américains dans la région. L’armée égyptienne a bénéficié l’an dernier de subventions américaines à hauteur d’1,3 milliard de dollars.

Les organisations représentant la communauté arabe aux Etats-Unis ont même critiqué cette position américaine. « Il est temps pour le gouvernement américain de se mettre du côté du peuple (...) M. Moubarak partira, c’est une question de temps ».dit l’imam Aly Lela, membre d’une organisation islamique de Detroit, où vit la plus importante communauté arabe aux Etats-Unis. Emad Hammad, le responsable du Comité arabo-américain contre la discrimination, indique : « J’espère que les Etats-Unis soit sensible aux intérêts et aux besoins du peuple égyptien, et pas seulement à ceux de son gouvernement ».

Selon Yousri Al-Ezabawy, politologue au Centre des Etudes Stratégiques et Politiques (CEPS) d’Al-Ahram, la position de Washington est très ambiguë. Il est évident que les Etats-Unis insistent à soutenir le régime jusqu’à la dernière minute.

« Il y a plusieurs déterminants qui précisent la relation entre Washington et l’Egypte ».

Le déterminant principal, selon Ezabawy, c’est la sécurité d’Israël. Le lobby israélien mène des pressions en faveur du régime actuel. Son changement représente un cauchemar pour l’Etat hébreu. Un haut responsable sécuritaire cité par la radio publique a exprimé sa préoccupation devant une « montée en force d’éléments extrémistes en Egypte », en allusion aux Frères musulmans, opposés aux accords de paix entre ce pays et Israël.

« Un tel développement obligerait Israël à réviser de fond en comble ses conceptions stratégiques militaires », en déployant des forces sur la frontière avec l’Egypte.

L’alternance c’est la confrérie. C’est la propagande avec laquelle le régime actuel a tant effrayé Washington. Il existe, selon les spécialistes, des craintes du gouvernement de l’après-Moubarak, surtout s’il comprend des figures des Frères musulmans qui refusent catégoriquement la politique américaine. Donc, l’Administration américaine ne se positionne pas complètement contre le régime de Moubarak, peut-être dans l’espoir que celui-ci puisse se rattraper.

La nomination de Omar Soliman au poste de vice-président d’Egypte les rassure un peu. C’est l’homme-clé qui a joué un rôle clé dans les contacts israélo-palestiniens et qui est hautement considéré par Israël, ce qui leur a donné du soupir.

Mais de l’autre côté, un autre camp exerce des pressions inverses sur Obama pour la part de la rue. Selon Hussein Abdel-Razeq, secrétaire général du parti du Tagammoe, le Congrès et le Parti républicain exercent des pressions continuelles sur Obama pour prendre des positions sévères contre le régime égyptien.

Alors, soutenir ces révoltes du peuple égyptien ou soutenir un allié assez important dans la région, il est actuellement difficile de décider.

Moustapha Kamel Al-Sayed, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, explique le comportement américain actuel comme étant diplomatique : « Les Etats-Unis agissent de manière assez diplomatique entre le gouvernement et les manifestants. Sans faire des déclarations directes contre Moubarak, les USA appellent à respecter les libertés, à ne pas accéder à la violence et critiquent la coupure des services de communications ».

Sans aucun doute, la chute du régime égyptien est la chute de toute la politique étrangère. Selon les spécialistes, aucun nouveau régime ne réalisera des gains pour les Américains.

Inquiétude autour des antiquités du Musée égyptien du Caire

Les musées du monde entier ont été invités, mercredi 2 février, à exercer une vigilance accrue sur l'éventuelle mise sur le marché d'antiquités pillées en Egypte. Certains archéologues ont même proposé de se rendre sur place pour aider à la protection des richesses du pays.
En marge des manifestations pour le départ du président égyptien, Hosni Moubarak, du pouvoir, des pillards se sont introduits, vendredi, dans le Musée égyptien du Caire, qui abrite quelque 150 000 pièces, dont l'incomparable trésor de Toutankhamon. Mercredi, des cocktails Molotov ont atterri dans les jardins du musée, sans faire de dégâts a priori, lors d'affrontements entre partisans et opposants à Hosni Moubarak.

"Le musée a été épargné jusqu'à présent, mais nous ne savons pas comment les choses vont évoluer, car les partisans de Moubarak échappent à tout contrôle", a dit, sous couvert de l'anonymat, un égyptologue en contact avec le Conseil suprême des antiquités en Egypte. L'armée tentait d'éteindre les flammes, a indiqué le ministère de la défense.
"LES GENS SONT TRÈS FIERS DE LEUR HÉRITAGE"
Les égyptologues gardent en mémoire le chaos survenu à Bagdad en 2003 après la chute de Saddam Hussein. Des milliers de pièces millénaires avaient alors été pillées ou détruites. "La situation survenue lors de la chute de Bagdad est le pire scénario possible, mais nous pensons qu'il ne se produira pas, car il y a un tel élan pour protéger les antiquités", a déclaré mercredi Karen Exell, présidente de la Société britannique d'exploration égyptienne et conservatrice de la collection Egypte au musée de Manchester.

Pro-Moubarak vs Anti-Moubarak
envoyé par lemondefr. - L'info video en direct.
Les égyptologues ont été rassurés par la réaction de la population égyptienne. Des centaines de personnes ont formé une chaîne autour du musée du Caire après l'intrusion, vendredi, de pillards, qui ont endommagé des statues et deux momies. "Ça fait vraiment chaud au cœur de voir les gens protéger des sites proches d'eux, ils ont conscience de leur valeur (...) Les gens sont très fiers de leur héritage", s'est réjouie Karen Exell.
Le Musée Petrie d'archéologie égyptienne, à Londres, a pour sa part publié ce communiqué: "Nous tous qui sommes des amis de l'Egypte pouvons contribuer aux efforts destinés à empêcher le pillage des sites archéologiques, des collections et des musées, en portant notre attention sur le commerce international des antiquités." Karen Exell dit qu'une alerte internationale a été lancée pour déceler d'éventuelles pièces volées. Certains archéologues, notamment une équipe espagnole, ont proposé leur aide pour recenser les objets volés.

Le Parlement européen commémore le génocide des Roms sous le nazisme

Le Parlement européen a procédé à une commémoration historique du génocide des Roms par les nazis, lors d'une session plénière mercredi à Bruxelles, quelques jours après un geste sans précédent du même type à Berlin par les députés allemands.
"Un tiers des personnes détenues à Auschwitz étaient Roms, mais la plupart des Européens l'ignorent", a remarqué le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, soulignant que seuls "quelques Etats européens ont reconnu officiellement le génocide des Roms".
"Le moment est venu" de le faire au niveau européen, a-t-il jugé.
La veille, le film "Liberté", du cinéaste français Tony Gatlif, qui évoque d'après une histoire vraie la déportation des Tsiganes durant la seconde guerre mondiale, a été projeté au Parlement. Très ému, le cinéaste fils d'un père kabyle et d'une mère gitane, s'est réjoui qu'avec son film, à défaut de "changer le monde, nous avons au moins été entendus".
De fait, l'extermination de 220.000 à 500.000 Roms en Europe selon les historiens est longtemps restée dans l'ombre de l'Holocauste des quelque six millions de juifs.
Jeudi dernier, à l'occasion de la Journée internationale de la Shoah --l'anniversaire de la libération en 1945 du camp d'Auschwitz-Birkenau par les troupes soviétiques--, le Parlement allemand avait lui aussi commémoré pour la première fois le génocide tsigane, en invitant un rescapé rom à s'exprimer.
A son tour, le Parlement européen honore la mémoire de personnes "trop longtemps oubliées de la mémoire collective", se réjouit l'eurodéputée écologiste Catherine Grèze.
C'est elle qui, avec les Hongroises Kinga Göncz (socialiste) et Lívia Járóka (conservateurs, elle-même d'origine rom), la roumaine Renate Weber (libéraux-démocrates), et l'Allemande Cornelia Ernst (Gauche radicale) est à l'origine de l'initiative.
Le génocide a été rendu possible par des politiques de discrimination mises en place dans de très nombreux pays européens dès le début du XXe siècle, comme en France avec le "régime des nomades" de 1912, selon Henriette Asséo, historienne à l'Ecole des Hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris.
Mais les discriminations se poursuivent aujourd'hui encore, soulignent les associations de Roms ou de Gens de voyage, comme en France l'Union des associations tsiganes (Ufat).
Selon son président, Eugène Daumas, le régime des nomades "existe toujours aujourd'hui" avec le "Livret spécial de circulation" (LC) auquel sont soumis les Gens du voyage en France.
"Ce fichage nous poursuit même sur nos documents d'identité", les cartes d'identité des titulaires d'un Livret de circulation commençant par les lettres +LC+", a dénoncé M. Daumas. "Nous n'avons aujourd'hui plus aucun autre recours que l'Europe pour mettre fin à ces discriminations", a-t-il affirmé.
"Si nous ne sommes pas capables de nous souvenir du passé, nous sommes condamnés à le répéter", a souligné devant les députés la ministre hongroise déléguée aux Affaires européennes, Enikö Györi, en rappelant que son pays, qui préside l'UE, s'est fixé pour objectif l'adoption d'ici juin d'une stratégie européenne d'intégration des Roms.
L'UE évalue à quelque 10 à 12 millions le nombre de Roms, Tsiganes ou Gitans, ce qui fait d'eux la plus grande minorité ethnique en Europe, victime encore aujourd'hui dans de nombreux pays de discriminations, d'une extrême pauvreté, et d'un accès inégal aux soins ou à l'éducation.
Lors de son intervention en janvier devant le Parlement européen, le Premier ministre hongrois Viktor Orban avait averti qu'en l'absence de stratégie européenne, des communautés jusqu'ici sédentarisées risquent "d'adopter un style de vie nomade et de commencer à errer à travers l'Europe".


Le gouvernement pour une hausse "juste et contrôlée" des prix alimentaires

Face à la flambée des prix des matières premières agricoles, le gouvernement français s'est prononcé, mercredi 2 février, pour une hausse "juste et contrôlée" des prix alimentaires, alors que des négociations sont en cours entre l'industrie agroalimentaire et la grande distribution.
S'exprimant devant les acteurs de la filière, le ministre de l'agriculture, Bruno Le Maire, a estimé qu'il fallait trouver "un juste équilibre" entre la rémunération des producteurs et la défense du pouvoir d'achat des consommateurs. Il a souligné que la flambée des prix posait des difficultés majeures aux PME, que beaucoup d'emplois étaient en jeu, mais qu'elle posait aussi des problèmes "très importants" aux consommateurs.
La hausse des matières premières agricoles est due en partie à des aléas climatiques et, selon Paris, à la spéculation, un argument qui lui a valu un différend avec Bruxelles. Sous la pression de Paris, la Commission européenne a d'ailleurs reconnu mercredi un lien entre certaines activités financières et l'envolée des prix des matières premières, notamment agricoles, mais refuse néanmoins d'expliquer cette dernière par la seule spéculation financière.
LA VIANDE EN LIGNE DE MIRE
Mais les prix augmenteront bien, en particulier pour la volaille et la viande porcine et bovine, a confirmé Bruno Le Maire, soulignant que les produits issus de l'alimentation animale avaient augmenté de près de 40 % en un an et représentaient de 60 à 70 % du coût de production dans l'élevage. "L'enjeu de cette répercussion des prix sur les produits de l'élevage, c'est la survie des producteurs agricoles en France, c'est la survie de milliers d'éleveurs dans notre pays", a-t-il dit.

"On ne peut accepter tout type de hausse", a rétorqué Frédéric Lefebvre, secrétaire d'Etat chargé de la consommation, soulignant que la partie des matières premières était infime dans un certain nombre de produits comme la baguette de pain. Les deux ministres ont indiqué qu'ils réuniraient à nouveau en février l'ensemble de la filière "pour vérifier que les négociations ont bien abouti sur les autres produits transformés".

Une proposition de loi pour imposer plus de transparence dans les sondages

La commission des lois du Sénat a adopté, mercredi 2 février, à l'unanimité une proposition de loi de Hugues Portelli (UMP) avec pour rapporteur Jean-Pierre Sueur (PS) comportant une série de mesures pour rendre plus transparents et rigoureux les sondages politiques.  Si le texte est adoptée par le Sénat, le 14 février,  puis par l'Assemblée nationale, il modifierait les obligations des sondeurs et des médias.

Les 23 amendements au texte, tous déposés par M. Sueur, ont également été adoptés à l'unanimité, quasiment sans changement. Inspiré du rapport d'information des deux sénateurs, rendu public en octobre, cette proposition intervient après l'affaire des "sondages de l'Elysée", dans laquelle la présidence de la République s'est vu reprocher des abus dans ses dépenses d'études d'opinion.
Etendre les obligations liées aux "sondages politiques". Cette appellation "sondages politiques" serait définie et appliquée, pour ne pas induire en erreur la population. En effet, actuellement, certaines études échappent aux obligations appliquées par exemple aux sondages d'intentions de vote : échantillon représentatif, publication d'une notice méthodologique... Ces obligations s'appliqueraient désormais à tous les "sondages politiques", y compris ceux sur le bien-fondé de réformes, beaucoup utilisés dans la presse. Le rapport des deux sénateurs citait l'exemple d'une étude Ipsos de juin 2009 sur la future réforme des collectivités territoriales. Mais aussi sur le vaccin contre la grippe ou sur l'ouverture à la concurrence du marché de l'énergie. Les études qui ne correspondraient pas aux critères – des simples "consultations" du type "question du jour" ou "votre avis nous intéresse" ne pourraient s'appeler "sondages" indûment. "C'est la sincérité du débat politique dans son ensemble qu'il convient ainsi de préserver", estiment les rapporteurs.
Préciser l'acheteur et le commanditaire d'un sondage. Les rapporteurs prévoyaient la publication d'une mention obligatoire "dans l'éventualité – assez rare il est vrai – où l'acheteur du sondage est différent du commanditaire". Il semble que cette mesure soit en une réponse à l'affaire des sondages de l'Elysée : la Cour des comptes s'était étonnée que la présidence ait commandé des études alors que leurs résultats étaient également publiés dans la presse. La société des rédacteurs du Figaro avait estimé qu'il existait une forme de "coproduction" des sondages, dangereuse ; accusation démentie à l'époque par le directeur, Etienne Mougeotte.
En se gardant de citer l'affaire des sondages de l'Elysée, les rapporteurs écrivaient : "Il a pu arriver que la personne qui achète le sondage ne soit pas celui qui l'a commandé, cette dernière souhaitant rester discrète et s'abriter, par exemple, derrière une association." Et préconisaient que "toute la chaîne" soit désormais connue du public, notamment dans le cas des études "omnibus", dont les questions sont payées par des donneurs d'ordre différents, pour réduire les coûts.
Publier les données non "redressées". C'est un point très polémique. Il s'intéresse aux méthodes de redressement, un sujet sensible depuis des années. Ces techniques permettent aux sondeurs de corriger les "données brutes" des réponses des sondés, pour prendre en compte notamment leur propension à ne pas dire la vérité dans certains cas. Le plus emblématique étant le score du Front national, toujours revu à la hausse a posteriori. Pour ce faire, les sondeurs expliquent qu'ils utilisent les scores des vrais scrutins, comparés aux données brutes, et qu'ils arrivent à de bons résultats.
Les rapporteurs veulent obliger les instituts à publier leurs méthodes de redressement, voire leurs données brutes. Une proposition déjà vivement combattue par certains sondeurs et politologues, dont Pascal Perrineau, directeur du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). "Il peut y avoir des débats sur la manière de redresser, mais pourquoi publier des chiffres bruts dont on sait de manière absolue qu'ils sont faux", fait valoir Jean-François Doridot, directeur général de Ipsos Public Affairs, interrogé par Slate.fr. Pour certains sondeurs, il est illusoire de chercher des biais cachés dans les chiffres des études, et beaucoup d'erreurs viennent des interprétations faites, notamment dans la presse.

Mais les méthodes de redressement sont réellement un point sensible, qui touchent aux "recettes" de chaque institut, gardées jalousement sur un marché concurrentiel. Elles ont parfois fait l'objet de vrais débats, notamment lors de la présidentielle 2007, lorsque l'institut CSA donnait des intentions de vote pour Jean-Marie Le Pen supérieures aux autres instituts.
Interdire la "gratification" des sondés. C'est un autre point polémique. Le rapport préconise d'interdire "aux personnes interrogées de recevoir une gratification de quelque nature que ce soit". Il arrive parfois, notamment lorsque l'enquête est effectuée par Internet, que les sondés reçoivent des bons d'achats pour leur participation. L'idée des rapporteurs serait de partir du principe que répondre à un sondage est un geste "citoyen". Cette proposition est jugée "idiote" par Pascal Perrineau, cité par le JDD.fr : "Nous leur demandons un vrai travail, c'est normal qu'il y ait une rémunération, même légère, mais une rémunération, qui est un instrument de fidélisation."
"Dans les enquêtes sur Internet notamment, il est important de réguler cette pratique, estime la députée socialiste Delphine Batho. Des gens m'ont raconté qu'ils vivaient presque grâce aux rémunérations des études, ce qui en fait des professionnels du sondage plus que des personnes représentatives de la population."
Réglementer les sondages de second tour. C'est un point également sensible depuis longtemps, mais probablement moins difficile à faire adopter. Un cas récent a été commenté : un sondage donnait Martine Aubry battant Dominique Strauss-Kahn au second tour de la primaire socialiste, mais elle n'aurait pourtant pas été qualifiée au premier tour, arrivant troisième, selon ce même sondage. "C'est trompeur", estime Delphine Batho. Les partisans de Ségolène Royal, mais ils ne sont pas les seuls, se rappellent aussi les sondages de second tour qui, lors de la campagne présidentielle de 2007, testaient François Bayrou, alors que celui-ci restait troisième au premier tour.
Les rapporteurs proposent de ne plus faire des sondages de second tour sur des hypothèses qui ne correspondent pas aux résultats du premier tour.
Renforcement des contrôles des sondages a priori. Il est également proposé de ne plus contrôler les sondages seulement a posteriori, dans la période sensible du dernier mois avant le premier tour. Les instituts devraient donc envoyer, avant publication dans la presse, les données de leurs études à la Commission des sondages. Celle-ci pourrait émettre des avis que les médias seraient obligées de publier en même temps que le sondage.
Etendre les pouvoirs et l'indépendance de la Commission des sondages. Les parlementaires Sueur et Portelli préconisent une modification de la composition de cette institution, dont l'action est jugée trop timide : six magistrats – au lieu de neuf aujourd'hui – et cinq personnalités qualifiées (contre deux). Delphine Batho salue également l'interdiction faite aux membres d'avoir travaillé pour l'industrie des sondages dans les trois années précédentes, pour éviter que le contrôle soit une "autorégulation".
Le texte demande également que les mises au point soient largement diffusées, et envisagent un délit d'entrave à son action. Ils veulent également établir son autonomie budgétaire, garant de son "indépendance".