TOUT EST DIT

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mardi 11 octobre 2011

Sarkozy sur la primaire PS : "La Ve République ne peut être l'otage des partis"

Le président de la République a critiqué, mardi, la primaire socialiste, selon plusieurs responsables de sa majorité.

Nicolas Sarkozy a critiqué la primaire PS mardi devant des responsables de sa majorité, laissant entendre qu'elle était contraire à l'esprit de la Ve République, qui prévoit une élection présidentielle "à deux tours, pas à quatre", selon l'un des responsables UMP. "La Ve République ne peut être l'otage des partis politiques et le candidat (à la présidentielle, NDLR) pris en otage par son parti, le général de Gaulle a voulu une élection à deux tours, pas à quatre tours", a dit le chef de l'État, selon ce participant au petit- déjeuner des ténors de la majorité à l'Élysée. "Les socialistes s'occupent des socialistes, nous devons nous occuper de l'ensemble des Français", a aussi dit Nicolas Sarkozy d'après cette même source.
La primaire socialiste pour désigner un candidat à l'élection présidentielle de 2012, dont le principe même a monopolisé le débat politique depuis plusieurs semaines, a été marquée d'un succès populaire au premier tour dimanche, d'où un certain embarras de l'UMP. Plusieurs ténors du parti présidentiel ont dû admettre ces derniers jours la "modernité", voire le "succès", du processus. "La primaire semble être un vrai succès", ce qui "doit nous faire réfléchir", disait l'ex-secrétaire d'État Dominique Bussereau (UMP) dimanche au vu de l'affluence dans les bureaux de vote dès la mi-journée.
"Je pense que c'est un processus moderne qui convient à droite comme à gauche, pour toutes les grandes élections", avait déclaré François Fillon, mercredi dernier, lors d'une conférence de presse. Tout en précisant qu'il s'exprimait sur l'après-2012, ne remettant pas en cause la très probable candidature de Nicolas Sarkozy à un second mandat, le Premier ministre avait aussi qualifié la primaire d'"évènement politique majeur qui concerne l'avenir de notre pays".

Le troisième homme fait durer le plaisir

N'était l'embarras d'un Jean-François Copé réduit à sortir sa calculette pour relativiser la mobilisation, la cause est entendue : cette primaire est saluée, jusqu'à Marine Le Pen, comme une respiration démocratique réussie. Elle passionne et fera école, à condition de transformer l'essai dans une compétition plus indécise encore et pas sans danger. Il ne faudrait pas que l'acte II se termine tragiquement - par un petit meurtre entre camarades -, ou que celui ou celle qui incarnera le leadership de gauche sorte abîmé de la course aux ralliements. Le premier tour a permis au PS de montrer que la participation citoyenne l'emporte sur la logique d'appareil ; le second ne doit pas annuler cet avantage. Les finalistes ont cinq jours pour se différencier sans se déchirer, pour pouvoir se rassembler ensuite. Martine Aubry pourrait être portée par le vent d'antisarkozysme qui souffle et pousse à une certaine radicalité. Elle va être tentée de jouer son va-tout, de dénoncer « l'eau tiède » du concurrent. François Hollande bénéficie de la prime du vainqueur mais le risque de se « balladuriser » le guette. A l'heure de la clarification - chacun voulant déborder l'autre sur sa gauche -, le PS vit un choix cornélien dans lequel le troisième homme se pose en arbitre. Voisins de palier dans la maison social-démocrate, au final les deux rivaux marqueront leur différence en fonction de la place qu'ils réserveront aux idées d'Arnaud Montebourg. Reste que le héraut de la démondialisation est placé devant un dilemme : comment dire, ou pas, sa préférence entre Aubry-bonnet-blanc et Hollande-blanc-bonnet ? Pour l'instant, il savoure son succès...

Un second tour à trois inconnues

Des larmes de Ségolène Royal au sourire triomphant d’Arnaud Montebourg, d’une participation inespérée au suspense du second tour : on aura eu droit, dans cette primaire citoyenne, à de multiples surprises qui témoignent toutes de la sincérité de la consultation. Et on n’a peut-être pas tout vu.

Le danger vient moins des risques inhérents au duel télévisé de mercredi soir : les protagonistes ne seront pas assez inconscients pour oublier qu’ils appartiennent au même camp, pour confondre concurrence et adversité, au point de faciliter la réélection de Nicolas Sarkozy. Tout est possible, mais pour d’autres raisons.

Première inconnue : on ignore si les 2,5 millions d’électeurs de dimanche dernier iront voter dimanche prochain. Si ce seront les mêmes. S’ils seront le double ou moitié moins.

La participation peut déjouer les pronostics. Elle peut provoquer une victoire nette qui préserverait la capacité à s’unir autour d’un vainqueur incontesté. Elle peut aussi conduire à un score serré susceptible – le pire scénario – de reproduire le psychodrame de 2008, quand Martine Aubry priva Ségolène Royal de la présidence du PS pour 102 voix.

La seconde raison d’être prudent tient aux désistements, clairs ou ambigus, dont l’effet automatique reste à démontrer. Parce que les différences entre les projets ne suivent pas des lignes nettes de démarcation.

Sur la moralisation de la vie politique, défendue par Arnaud Montebourg, on pourrait penser François Hollande plus convaincant que Martine Aubry, qui a protégé le sulfureux Jean-Noël Guérini à Marseille. Sur les licenciements boursiers, que Ségolène Royal voulait interdire, bien malin qui peut prédire les préférences de l’électorat entre la sanction financière (Hollande) ou la mise de l’entreprise sous la tutelle d’un administrateur (Aubry). En matière de dette et de déficit, l’électorat de Ségolène Royal et de Manuel Valls semble préférer la rigueur de François Hollande aux dépenses sociales de Martine Aubry qui défend ses 300 000 emplois d’avenir. À l’inverse, François Hollande redevient dépensier lorsqu’il aborde l’école ou les contrats de génération…

En matière environnementale, la maire de Lille s’est montrée plus offensive que le président de la Corrèze, plus timoré – plus réaliste ? – sur le nucléaire. Autant d’exemples montrant qu’il n’y a pas d’électorats acquis.

La troisième inconnue tient à des considérations plus subjectives sur les candidats : leur apparence, la qualité de leur expression, leur caractère, leur capacité à tenir le cap dans la tempête.

François Hollande affiche une volonté consensuelle incontestable. Mais sa recherche constante du dénominateur commun n’explique-t-elle pas son immobilisme, comme lorsqu’il dirigeait le PS ? Martine Aubry sait être rugueuse et entêtée. Mais sa persévérance n’est-elle pas une qualité pour contredire l’impuissance en politique ?

Dans un second tour, où on élimine, cette relation particulière entre l’électeur et un(e) président( e) potentiel (le), peut jouer de manière inattendue. La question de savoir qui serait le plus présidentiel, le mieux placé pour battre Nicolas Sarkozy – le fameux vote utile – peut encore corriger les choix du premier tour.

C’est dire si, avec huit points d’écart entre Martine Aubry la sociale gestionnaire et François Hollande le gestionnaire social, le jeu reste ouvert.

L'irrésistible inclinaison de Big Ben

La Tour de l'Horloge du Parlement à Londres, plus connue sous le nom de Big Ben, prend des allures de Tour de Pise. Si le symbole de la capitale britannique est encore loin de concurrencer la belle italienne, son inclinaison s'accélère et est désormais visible à vue d'œil. Dans un rapport réalisé pour le métro londonien et le département des domaines du Parlement, des experts ont constaté que la tour, construite en 1858, s'affaisse de manière inégale dans le sol londonien, ce qui la fait pencher vers le nord-ouest.

"L'inclinaison commence à être visible. Vous pouvez le voir si vous êtes place du Parlement et que vous regardez à l'est, vers le fleuve", a dit au Sunday Telegraph John Burland, professeur et directeur de recherche à l'Imperial College de Londres. "J'ai vu des touristes prendre des photos et se dire 'Je n'ai pas l'impression qu'elle soit vraiment verticale' - et ils ont plutôt raison", a-t-il reconnu.
4 000 ANS POUR RIVALISER AVEC LA TOUR DE PISE
Le rapport, achevé en 2009, révèle qu'entre novembre 2002 et août 2003, un "événement" mystérieux à fait tanguer la tour, inclinant la face de l'horloge de 33 mm à la verticale. Aucun facteur unique ne permet d'expliquer cet "événement", selon les experts. Mais, depuis 2003, l'inclinaison empire de 0,9 mm chaque année, contre un rythme annuel de 0,65 mm les années précédentes, selon le rapport. Ce rythme ne pose aucun risque en termes de sécurité, ajoute-t-on.
Big Ben est aujourd'hui inclinée en direction du nord-ouest à un angle de 0,26 degré, ce qui signifie que le sommet de la tour du Palais de Westminster penche de quelque 50 cm à la verticale, notent les experts. Un mouvement qui, s'il n'était pas corrigé, pourrait voir la Tour de l'Horloge s'effondrer un jour. Mais, note le Sunday Times, à la vitesse d'inclinaison actuelle, il faudrait 4 000 ans à Big Ben pour ressembler à la Tour de Pise, dont l'inclinaison est de quatre degrés. Et encore davantage d'années pour que l'inclinaison atteigne un point de non-retour.
"S'il y avait une accélération plus rapide, nous devrions envisager quelque chose mais je ne pense pas que ce soit le cas avant quelques années", a dit John Burland.
Les travaux successifs dans le sous-sol londonien ont contribué à l'accélération de l'inclinaison de Big Ben, dit le rapport, notant que certains murs et plafonds de la Chambre des communes commencent à se fissurer.

Le bateleur de la démondialisation

Quel numéro ! Même si les tours de ce bateleur ne surprennent plus guère les journalistes, Arnaud Montebourg n’a fait son entrée sur la piste aux étoiles politiques qu’hier soir sur le plateau de France 2. Il y avait de la jubilation, à peine dissimulée, dans ce moment de reconnaissance médiatique : le trublion du PS le tenait enfin son quart d’heure de gloire en pleine lumière !

Avec le ton triomphant du sale gosse provocateur, l’insolent a évoqué les deux finalistes des primaires du PS avec condescendance : c’est tout juste s’il ne les a pas traités en direct de vieux ringards. Hollande-Aubry ? « Les deux faces de la même pièce ». Et pas l’une pour racheter l’autre ! Tellement nuls, à l’entendre, qu’ils vont devoir se soumettre à son examen. L’épreuve leur sera consignée par lettre, écrite de la main du professeur, et mercredi soir ils devront démontrer à l’oral, celui du grand débat qui les opposera, leur faculté à intégrer les leçons du maître. Avec ses 17 %, il se paie le luxe, superbe, de renvoyer dos à dos, comme des losers, les deux candidats - qui, eux, ont fait 70 % des voix ! Cela ne l’empêchera pas de soutenir le vainqueur.

C’est donc cela la nouvelle façon de faire de la politique ? Ce culot autosatisfait qui fait penser à celui de... Nicolas Sarkozy dans ses meilleurs moments. Ce mépris sans complexe pour tout ce qui était «avant». Arnaud Montebourg fait écho à Jean-Luc Mélenchon et à son «qu’ils s’en aillent tous». Apôtre du non-cumul des mandats, le député-président du conseil général de Saône-et-Loire s’est cependant réservé le droit de s’exonérer de ses propres principes pour se hisser à la tête de son département. Pour la bonne cause sans doute... Sa promesse d’arrêter le cumul en 2012 suffira bien. Avec un bon mot, tout passe.

Car notre homme, énergique et solaire, volontiers sympathique et chaleureux en petit comité, est un formidable séducteur. Bon orateur - ils sont devenus si rares - il s’y entend pour vendre ses concepts avec l’efficacité du bonimenteur. Ainsi l’avocat est-il parvenu à faire passer sa «démondialisation» pour une idée de gauche. Elle scintille, en effet, dans les ténèbres d’un monde qui s’interroge. Et rassure les «enfants naïfs» que seraient devenus les Européens face à leurs redoutables concurrents asiatiques. Mais en grattant le vernis, on découvre surtout une forme de protectionnisme terne, assez classique, et qui ne fait pas rêver : le génialissime postulat joue, quoi qu’en dise son promoteur, sur la méfiance à l’égard d’un monde «prédateur». Son inspiration, c’est un populisme de gauche qui préfère ignorer la réalité d’un commerce extérieur européen excédentaire infirmant toute démonstration hexagonale.

Cette résignation à un enfermement anachronique sera-t-elle la monnaie d’échange imposée par Arnaud Montebourg pour arbitrer le second tour? Gali-gala, abracadabra...

Résoudre la crise de la dette, un jeu d'enfant pour les Nobel d'économie

Pour les Américains Thomas J. Sargent et Christopher A. Sims, récompensés lundi 11 octobre du prix Nobel d'économie, résoudre la crise de la dette publique de la zone euro est chose facile. D'un point de vue économique du moins. Car, reconnaissent-ils, "la difficulté, c'est la politique".

"Je pourrais dire qu'il n'y a pas de questions nouvelles pour la théorie économique avec l'Europe et l'euro", a déclaré lundi M. Sargent lors d'une conférence de presse à l'université de Princeton, dans l'Etat du New Jersey, aux Etats-Unis.
LA CRISE BUDGÉTAIRE DE 1776 POUR MODÈLE
Ce chercheur a expliqué qu'il prônait de suivre la voie choisie par les Etats-Unis pour résoudre la crise budgétaire de ses treize Etats fondateurs après l'indépendance en 1776, qui décidèrent de restaurer leur crédibilité en unissant leurs budgets avec la Constitution de 1787.
"Nous sommes nés avec une solution déterminée aux problèmes auxquels est confrontée l'Europe actuellement. Et ce fut une solution globale, mise en œuvre dans un certain ordre. Cela s'est fait de manière simultanée grâce à un processus qui ressemble à un miracle", a-t-il rappelé. "Est-ce que quelque chose de ce genre pourrait se passer en Europe ? Certainement", a-t-il indiqué.
UN FÉDÉRALISME BUDGÉTAIRE
L'adoption du fédéralisme budgétaire par l'Europe est la solution, estiment Thomas J. Sargent et Christopher A. Sims. "Mon point de vue est que si l'euro doit survivre, il faudra que la zone euro conçoive une manière de partager les fardeaux budgétaires et de relier la compétence budgétaire à la Banque centrale européenne (BCE) et son rôle de prêteur en dernier ressort", a estimé M. Sims.
Selon lui, "aujourd'hui, aucun de ces liens n'est clair et si ces liens restent aussi peu clairs et qu'ils [les Européens] essaient de revenir à un système où il n'y a de fait aucun pendant budgétaire à la BCE, les perspectives pour l'euro seront sombres".
M. Sims a rejeté l'idée que les problèmes de la zone puissent être résolus en faisant abandonner la monnaie unique aux Etats les plus faibles. "L'idée selon laquelle les choses s'arrangeront en zone euro si tout simplement quelques pays la quittent est irréaliste. Cela pourrait se produire dans le cadre de l'évolution du système, mais ce n'est d'aucune manière un remède", a-t-il prédit.

Une grève à l'imprimerie empêche "Le Monde" de paraître

Pour la deuxième édition consécutive, Le Monde n’a pas été imprimé, lundi 10 octobre, à la suite d’un mouvement social dans son imprimerie d’Ivry-sur-Seine. Cette grève fait suite à un comité d’entreprise extraordinaire, mercredi 5 octobre, au cours duquel la direction du Monde a ouvert la procédure d’examen du projet de réorganisation de l’imprimerie. Celui-ci prévoit la mise en place d’un plan de sauvegarde de l’emploi qui devrait se traduire par le départ de plus de 150 personnes sur un effectif total d’environ 230 salariés.

Une partie des salariés, entre 35 et 40, devraient être reclassés dans un centre d’impression "presse et labeur", c’est-à-dire travaillant à la fois pour les journaux et pour l’impression de magazines ou d’autres supports. Celui-ci verrait le jour en région parisienne et le groupe Riccobono en serait l’opérateur. D’autres seront pris en charge dans le cadre du plan "Imprime", signé avec la presse quotidienne nationale en 2009, qui prévoit notamment le maintien de 85 % de leur salaire pendant trois ans grâce à des aides de l’Etat.
LE SGLCE DÉNONCE UN "RECOURS À LA SOUS-TRAITANCE"
La direction du Monde souhaite ne conserver qu’une seule rotative sur trois dans l’imprimerie d’Ivry et la moderniser par l’ajout de sécheurs, qui permettent d’obtenir une meilleure qualité d’impression. Elle veut également effectuer une partie du tirage, soit environ 100 000 exemplaires (sur 380 000), en région, sur les imprimeries de la presse quotidienne régionale. L’objectif est de rendre Le Monde disponible plus tôt en kiosque dans les villes de province. Ce point suscite particulièrement l’opposition du Syndicat général du Livre et de la communication écrite (SGLCE). Celui-ci dénonce en outre un recours à la sous-traitance à l'imprimerie d'Ivry. "Les travailleurs de l’imprimerie verraient leur charge de travail confiée à d’autres tandis qu’ils iraient pointer à Pôle Emploi, ce qui est intolérable", s’indigne-t-il dans un communiqué, lundi 10 octobre.
Pour sa part, Louis Dreyfus, président du directoire du groupe Le Monde, affirme que "cette stratégie industrielle est vitale". "L’imprimerie devrait accuser en 2011 une perte d'exploitation de plus de 3 millions d'euros, hors éléments exceptionnels. Après le départ de son seul et unique client extérieur Les Echos, en novembre 2012, les pertes prévisionnelles seront supérieures à 10 millions d’euros en 2013 si rien n'est fait", indique M. Dreyfus à La Correspondance de la presse (10 octobre).

lundi 10 octobre 2011

La première étape bien franchie par le PS

Les plus optimistes évoquaient 4 millions d'électeurs. Le PS fixait, lui, l'objectif au-delà du million de votants. Avoir doublé ce score, pour un parti revendiquant 150 000 adhérents, peut être considéré comme un vrai succès. Surtout à l'issue d'une journée élective inédite sans raté notable, avec une organisation huilée (les militants ayant donc au moins encore cet intérêt…) et dans une ambiance fraternelle. « L'exercice démocratique » est donc réussi. Un succès de participation qui peut néanmoins être tempéré en le comparant aux 9,5 millions d'électeurs de Ségolène Royal au premier tour de la présidentielle 2007. Si une partie du « peuple de gauche » s'est déplacée hier dans un bel enthousiasme et si la dynamique apparaît possible pour la suite, celle-ci s'inscrit - assez logiquement — principalement dans la sphère socialisante. En conclure que les Français ont plébiscité, hier, le candidat socialiste pour 2012 serait pour le moins prématuré. Au-delà de la participation, les principaux enseignements à tirer du scrutin, tels qu'ils se dessinaient (assez nettement) hier soir sont doubles : Arnaud Montebourg, en évinçant largement Ségolène Royal de la troisième place, ancre son personnage à la gauche du PS. Dans le même temps, l'avance prise par François Hollande incarne, a contrario, la domination d'une orientation plus « réaliste » et modérée. Après avoir franchi cette première étape, il reste au PS à bien négocier la suivante, en évitant le risque, cette semaine, de voir refleurir jeux d'appareils et vieilles pratiques boutiquières qui viendraient contrecarrer l'image de renouveau d'hier soir.

Un second tour incertain et risqué


Quel étrange et beau dimanche ! D'un côté, au fil des heures monte une ambiance de présidentielle, signe que la primaire citoyenne allait être un succès supérieur à tous les pronostics. De l'autre, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel occupés à éviter que la faillite de la Grèce ne provoque un effondrement du domino bancaire, au prix d'un nouvel engagement budgétaire.

En attendant de vérifier si les rêves du peuple de gauche résisteront au mur des réalités économiques, saluons cette audacieuse innovation démocratique. Avant-hier discutée par les socialistes eux-mêmes, hier brocardée par l'UMP, aujourd'hui saluée par François Fillon, la primaire est un pari gagné qui aura des conséquences insoupçonnées.

Pour le Parti socialiste d'abord. Sorti éreinté du congrès de Reims, il a mobilisé hier quinze fois plus d'électeurs qu'il ne compte d'adhérents ! Cette mobilisation, qui traduit une volonté évidente de changement, donnera de la force et de la légitimité au gagnant. Pour la première fois depuis François Mitterrand, le PS retrouve une capacité à se choisir un chef par la mobilisation, et non plus par la triche et les accords en coulisses. Mais quel chef ?

Si les scores de François Hollande et de Martine aubry sont cohérents avec ce qu'anticipaient les sondages, la poussée d'Arnaud Montebourg et la dégringolade de Ségolène Royal modifient la donne au second tour. Arbitre s'il le souhaite, le candidat de la démondialisation peut conforter Martine Aubry, avant même que l'on sache si la présidente de Poitou-Charentes appellera à voter pour son ancien compagnon ou pour celle qui lui a ravi les commandes du PS.

Pour la droite, agacée et presque tétanisée par ces primaires très médiatiques, c'est une leçon. N'en déplaise à Jean-François Copé qui avait fait de la conquête de l'UMP la clé de sa stratégie pour 2017, le chef du parti n'est plus le candidat automatique à la présidentielle. De même que la candidature à la mairie de Paris ne se décrète pas.

Quel que soit le vainqueur dimanche prochain, le PS globalement a gagné. Il a fait la preuve qu'il savait innover, qu'il pouvait organiser une opération exigeante, que ses leaders sont capables de civiliser leur confrontation et même d'apaiser leur ego. La primaire révèle des personnalités ¯ Arnaud Montebourg et Manuel Valls ¯ qui compteront à l'avenir, parce qu'elles sont à la fois plus clivantes et plus modernes, donnant un coup de vieux aux « éléphants ». Elle modifie, enfin, la nature du parti en renforçant la personnalisation et en réduisant le rôle des seuls militants encartés.

À présent, la gauche va devoir gérer ce succès. Si la confrontation du premier tour n'a jamais tourné à l'affrontement, le départage entre François Hollande et Martine Aubry risque d'être d'autant plus tendu que le score s'annonce serré. Pour gagner dimanche, il va falloir frapper fort au risque de diviser. Mais pour gagner dans sept mois, il va falloir rassembler ! La machine à dynamiser peut encore s'enrayer.

Même si le succès de la primaire donne aux socialistes un élan inimaginable il y a quelques mois, il ne garantit pas encore, comme l'a démontré l'exemple italien, la victoire finale. Surtout, la crise complique, pour tous les candidats, la conciliation entre le souhaitable et le possible. Plus encore pour un PS déporté sur sa gauche par Arnaud Montebourg.

Grèce: l'Eglise appelée à assister l'État

Le patriarche oecuménique Mgr Bartholomée, chef spirituel des Orthodoxes, a incité dimanche l'Eglise de Grèce à coopérer avec le gouvernement grec pour que le pays surmonte la crise. La coopération entre le gouvernement grec et la communauté des monastères du mont Athos (nord-est) est nécessaire surtout dans cette période de conjoncture difficile", a indiqué Mgr Bartholomée, cité par l'Agence de presse grecque (Ana, semi-officielle). Mgr Bartholomée s'est rendu au mont Athos, une forteresse d'une vingtaine de monastères prospères à 600 km d'Athènes, pour fêter ses vingt ans à la tête du patriarcat oecuménique, qui siège à Istanbul.

L'Eglise de Grèce, non séparée de l'Etat et créditée d'une grande fortune foncière, est souvent critiquée de ne pas suffisamment contribuer aux difficultés des finances publiques. Les églises et les monastères ont récemment été exemptés d'une récente taxe sur l'immoblier ce qui a ravivé le débat sur la contribution de l'Eglise à l'effort du pays de combler ses déficits. Mgr Bartholomée a loué l'effort "dur et laborieux" du Premier ministre grec Georges Papandréou, qui lutte depuis deux ans contre une crise sans précédent. Cette période difficile nécessite "l'accord de tous les citoyens, de durs efforts et des sacrifices", a-t-il souligné.

Accompagné de plusieurs ministres, M. Papandréou a assisté à la cérémonie au mont Athos, haut lieu de l'orthodoxie mais dont l'accès est interdit aux femmes.
"Votre exemple nous donne le courage et la force dans une période difficile (...) de poursuivre nos efforts et de surmonter les difficultés pour que notre pays devienne fort et prospère", a indiqué M. Papandréou à l'issue de la cérémonie.

LA DÉGELÉE ROYALE !


Hollande et Aubry vont s'affronter au second tour


«Levez-vous vite, orages désirés»

Tant qu’ils le pourront, les hommes et femmes politiques feront tout pour retarder les décisions douloureuses et ne pas agir face aux déficits et aux déréglements des marchés. Il faut souhaiter que les évènements les y contraignent et vite.
 
Les élections aux primaires socialistes laissent présager que, cette semaine comme  les suivantes, il  sera surtout question dans les médias français et dans les débats entre dirigeants politiques, de gauche et de droite, de contentieux anciens, d’alliances nouvelles, d’emplois jeunes, de démondialisation, de contrat de génération, et autres problèmes passionnants, mais n’entretenant que des rapports tres lointains avec les principaux enjeux de la crise économique, financière et sociale qui grossit chaque jour, et dont chaque  Français ressent, et ressentira de plus en plus, les effets.  
De fait, depuis quatre ans, on n’a entendu dans ce pays comme dans beaucoup d’autres, à droite comme à gauche, ni  proposer ni mettre en œuvre aucune solution concrète aux défis immenses qu’imposent de plus en plus les contraintes de nos déficits et des dérèglements des marchés. On n’a énoncé aucun choix précis, en dehors des échappatoires de l’éloquence (quand on est dans l’opposition) et de l’endettement (quand on est au pouvoir). Et en particulier personne n’a répondu à aucune des questions fort prosaïques, qu’il faudra bien un jour traiter, sous la pression d’événements de plus en plus exigeants: Quelles économies budgétaires? Quels impôts nouveaux? Quel contrôle des banques et de la spéculation? Quelles réformes de la sécurité sociale? Quelle école? Quelle laïcité? Quelle démocratie politique et économique? Quelle lutte contre la corruption? Quel  degré de fédéralisme européen? Quelles  projets pour nos armées? Quelles réformes des institutions internationales?
Il ne faut  pourtant pas se faire d’illusion: tant qu’ils le pourront, les hommes et femmes politiques feront tout pour ne pas répondre à ces questions, pour ne pas agir. Et ils ne seront contraints de le faire que quand la pression venue de l’extérieur sera devenue écrasante. Et là, il sera trop tard. Nous ne serons plus maitres de nos choix. Nous ne pourrons plus maintenir notre niveau de vie. Comme le montrent toutes les crises passées. Comme le montre aujourd’hui celle que traverse la Grèce.
Alors, on se prend parfois à penser qu’il vaudrait mieux que la crise prenne au plus vite le tour sévère, tres sévère, qu’elle finira de toute façon par revêtir, pour que les hommes au pouvoir soient enfin obligés d’agir, et ne puissent plus se contenter d’expédients, qui ne font que faire grossir la taille des problèmes qu’ils légueront à leurs successeurs.
Parce que les solutions existent. Elles peuvent etre appliquées rapidement. L’actuel président aurait tout le temps d’agir. L’opposition aurait tout le temps de proposer des solutions précises et chiffrées. 
Alors, s’ils ne veulent pas prendre leurs responsabilités, que les événements les y contraignent au plus vite. Le pays aurait tout à y gagner.
C’est bien ce qu’écrit Chateaubriand dans René, quand en appelle, par sa formule si célèbre, à oser emprunter sans attendre le passage qui  mènera vers un autre monde, vers une autre vie, plus belle et plus forte, et quand il  nous renvoie à la plus belle de toutes les audaces humaines: l’impatience d’affronter les dangers inévitables, pour mieux se préparer à les vaincre.

La déception envahit le camp de Ségolène Royal

A 21h50 dimanche, Ségolène Royal prend "acte du résultat très décevant par rapport à la magnifique campagne conduite avec toute mon équipe à travers tout le pays".

Les sondages ne mentaient donc pas tant que cela, comme se plaisait à le répéter le camp de Ségolène Royal. Pire, ils étaient finalement optimistes pour la présidente de la région Poitou-Charentes, que les résultats partiels du dimanche 9 octobre situent autour de 7 %, autour de 23h30, talonnée par Manuel Valls (6 %).
Même dans les Deux-Sèvres, le fief de Ségolène Royal, le score pourrait être cruel : à 23 h, selon des résultats partiels portant sur la moitié des bureaux de vote, la candidate n'arrive que troisième avec 18 % des voix, très largement distancée par François Hollande (43,7 %) et de quelques voix par Martine Aubry (18 % également).
Au moment de prendre la parole face à ses militants, Ségolène Royal explique : "Tout le monde a constaté que nos idées ont fait avancer la gauche et le PS, notamment l'exigence d'une démocratie participative, la mutation écologique, la reprise en main du système bancaire et le non cumul des mandat", déclare-t-elle.
"ON NE VOTERA PAS POUR HOLLANDE"
Après l'allocution, la salle de la Maison des polytechniciens, dans le VIIe arrondissement de Paris, se vide. Ségolène Royal est retournée s'enfermer dans un bureau. Quelques militants pleurent encore sur le trottoir. La fidèle Najat Vallaud-Belkacem, ajointe au maire de Lyon, commente : "L'ironie du sort, c'est que Ségolène Royal a gagné la bataille des idées mais ne l'emporte pas dans les urnes." Elle s'en prend au "matraquage sondagier".
Une antienne reprise par de nombreux militants. "Il faut changer les électeurs, on les propagandise", lâche l'un d'entre eux, amer. Sophie Bouchet-Petersen, la conseillère de la candidate, lance à un autre : "Un petit coup de rouge serait particulièrement adapté à la situation..."
"C'est une grande déception, reconnaît Delphine Batho, députée PS des Deux-Sèvres. Je suis fière d'avoir fait sa campagne. C'est grâce à elle que les primaires ont eu lieu. Elle s'est montrée en grande dirigeante de la gauche." Jean-Louis Bianco, député des Alpes-de-Hautes-Provence, explique, lui, que "quelques soient les résultats définitifs, la gauche ne pourra pas gagner sans Ségolène Royal".
La présidente de la région Poitou-Charentes s'exprimera dans la semaine sur son choix pour le second tour, selon son entourage.
Mais pour les militants présents ce soir, c'est clair : "On ne votera pas pour Hollande." Et ce malgré le mot qu'a eu le président du conseil général de Corrèze pour son ex-compagne lors de son discours : "Je mesure la déception de Mme Royal, ; qu'elle sache que nombre de ses idées sont aujourd'hui partagées par tous."
"LES FRANÇAIS SONT DES VEAUX !"
Sur Internet, des partisans de Ségolène Royal ont dit toute leur déception face au résultat du premier tour. "Ils ont tout fait pour la détruire, la dénigrer, la moquer... L'UMP a réussi son travail de sape ! Les Français sont des veaux !", déclare, dépité, jo_bo13. "Même la meilleure ne peut pas l'impossible...", se désole fran2g.
Certains ne voient plus leur avenir militantiste au sein du parti socialiste. C'est le cas de banshees999 : "Ce sera #Mélenchon2012 car seul le FdG [Front de gauche, ndlr] porte une partie des idées novatrices que nous avons défendues !"


SEGO :
2007- 2011
IN MEMORIAM

Egypte : une manifestation de Coptes dégénère au Caire

Une manifestation de Coptes a dégénéré au Caire, dimanche 9 octobre, provoquant la mort de trois policiers selon la télévision publique. Les Coptes, qui représentent 10 % de la population égyptienne, accusent des islamistes radicaux d'avoir partiellement démoli une église dans la province d'Assouan la semaine dernière. Ils ont manifesté pour demander le renvoi du gouverneur à qui ils reprochent de n'avoir pas su protéger leur lieu de culte.


Le cortège a bloqué une rue devant le siège de la télévision officielle égyptienne et mis le feu à plusieurs véhicules militaires, selon des images de la chaîne Al-Arabiya. L'escalade a eu lieu en marge de la manifestation, quand des échanges de tirs ont eu lieu. "Un martyr et 20 blessés parmi les soldats, après avoir été visés par des tirs de manifestants coptes devant le bâtiment à Maspero", a indiqué la chaîne dans un bandeau.

Les Coptes affirment avoir été attaqués par la police militaire. "Nous défilions pacifiquement, a dit à Reuters Talaat Youssef, un chrétien de 23 ans. Quand nous sommes arrivés devant le siège de la télévision officielle, l'armée a ouvert le feu à balles réelles". Les tensions entre chrétiens et musulmans sont en augmentation depuis la chute d'Hosni Moubarak en février. Mardi dernier, une manifestation similaire avait été violemment dispersée. Les premières élections de l'après-Moubarak, des législatives, débuteront le 28 novembre.

dimanche 9 octobre 2011

PRIMAIRE LEÇON

Barroso met en garde sur les conséquences d'un défaut grec

Un défaut de la Grèce aurait des conséquences imprévisibles, avec notamment le risque de voir la crise de la dette de la zone euro gagner d'autres pays, déclare le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, cité dans le quotidien allemand Bild.
Les discussions entre Athènes et les inspecteurs de la mission Fonds monétaire international (FMI)-Union européenne (UE)-Banque centrale européenne (BCE) se poursuivent en vue d'un versement d'une nouvelle tranche dans le cadre du plan d'aide international au pays.
La Grèce pourrait être à court d'argent dès le mois de novembre sans cette tranche de huit milliards d'euros.
"Si nous abandonnons la Grèce, il y a de plus fortes chances pour la crise se propage à d'autres pays", a dit José Manuel Barroso dans un entretien que publiera Bild lundi.

Le président de la Commission européenne a souligné que personne n'avait jamais fait l'expérience d'une faillite d'un Etat membre de la zone euro.
"Nous sommes entrés dans un territoire inconnu et nous sommes en train de discuter de solutions qui n'ont jamais été testées auparavant."
Didier Reynders, ministre des Finances belge, a également tenu des propos plutôt alarmistes en disant que la Grèce devait être aidée pour éviter un contagion financière à l'échelle de ce qui s'était passé lors de l'effondrement de Lehman Brothers à la toute fin de l'été 2008.
"Si nous ne résolvons pas le problème grec, s'il y a un danger de contagion à l'Espagne et à l'Italie, alors le pire des scénarios pourrait se matérialiser", dit-il dans une interview publiée samedi par le magazine grec Proto.
Nicolas Sarkozy s'est rendu ce dimanche à Berlin pour des pourparlers de crise avec Angela Merkel, avec pour priorité de surmonter leurs divergences sur les modalités d'une recapitalisation des banques européennes.

En annonçant fin septembre son déplacement à venir dans la capitale allemande, le président français avait indiqué qu'il discuterait avec la chancelière "des voies et des moyens pour accélérer l'intégration économique de la zone euro et mettre en place le plus rapidement possible" le nouveau plan d'aide à la Grèce approuvé le 21 juillet par les Européens.
RÉDUCTION DE LA DETTE GRECQUE SOUS-ESTIMÉE, DIT SCHÄUBLE
Wolfgang Schäuble, ministre des Finances allemand, a déclaré que l'Europe avait peut-être sous-estimé le montant de la dette grecque qui devait être réduit lors du sommet du 21 juillet.
Ce sommet, qui a établi le principe d'un deuxième plan d'aide à la Grèce et celui d'un élargissement des pouvoirs du FESF, prévoit que les créanciers privés consentent à une décote de 21% sur leurs titres de dette grecs.
"Il est possible que, en juillet, nous ayons retenu un niveau de réduction de dette trop bas", déclare Wolfgang Schäuble, cité par le journal Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung.
Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe, a dit il y a quelques jours que les ministres des Finances de la zone euro passaient en revue l'ampleur de l'implication du secteur privé dans le deuxième plan de sauvetage de la Grèce.
"Il y a des risques importants pour que la crise s'aggrave et s'élargisse", souligne Wolfgang Schäuble.
La Grèce est à la croisée des chemins et devra mettre en oeuvre "des réformes structurelles beaucoup plus strictes" pour éviter le défaut, a estimé le chef de la mission du FMI en Grèce, Poul Thomsen, cité par le journal dominical allemand Welt am Sonntag.
"La Grèce est à la croisée des chemins", dit Thomsen. "Il est clair que le programme ne marchera pas si les autorités ne prennent pas une voie qui nécessite des réformes structurelles beaucoup plus dures que celles que nous avons vues jusqu'à présent". 
"La Grèce fait deux pas en avant, un en arrière", dit Thomsen. "Le gouvernement grec comprend qu'une grande partie des changements les plus difficiles sont à venir".
Au sujet des mesures d'austérité, Didier Reynders a toutefois averti qu'il ne fallait pas aller trop loin : "Nous ne voulons pas d'un remède qui tuera la Grèce".
Le Premier ministre socialiste grec George Papandreou pourrait proposer la formation d'un gouvernement d'union nationale à l'opposition afin de tenter de sortir son pays de la crise financière, rapporte un journal local samedi.
Le gouvernement a toutefois démenti les informations publiées par le quotidien financier Imerisia qui évoque la possibilité d'une démission de Papandreou afin de dégager un consensus politique et de rassembler une large majorité au parlement soutenant un gouvernement de coalition.
Harry Papachristou à Athènes, Sarah Marsh et Angelika Stricker à Berlin, Benoit Van Overstraeten pour le service français

Gisèle Bundchen censurée : quand les féministes deviennent le bras armé du puritanisme

Une campagne de publicité mettant en scène la top model brésilienne Gisèle Bundchen en lingerie a été interdite au Brésil. Le combat pour l'égalité des sexes doit-il perdre tout sens de l'humour ou de la mesure ? 

Suite à la campagne de publicité de la marque de lingerie Hope avec comme égérie l’enfant chérie du pays, Gisèle Bundchen, la censure a frappé au Brésil. Le Ministère des affaires féminines (appellation sexiste …) a interdit cette campagne publicitaire qui selon lui présente la femme comme un objet sexuel.
 De quoi s’agit-il ? Il s’agit d’une succession de scènes comiques et relativement ordinaires de la vie de couple. La belle Gisèle annonce à son mari que sa mère va habiter avec eux, une autre fois qu’elle a dépensé en shopping de manière excessive. Jusque là pas de quoi fouetter un chat, ni même une féministe effarouchée. C’est l’effet comique choisi par la marque Hope qui a provoqué l’indignation. En effet, pour se faire pardonner Gisèle préconise de se mettre en sous-vêtements pour mieux faire passer la pilule à son mari. À ce moment, il s’en suit une série de séquences où la belle montre ses jambes interminables … 

Que dire de cette publicité et du mouvement de contestation qui l’a accompagnée ? Cette campagne publicitaire n’a rien d’exceptionnellement sulfureux. Il s’agit de la énième campagne où l’on voit un top model dénudée représentant une marque de vêtements. La seule différence est que cette fois-ci, au lieu de suggérer à l’acheteur que le fait d’être belle et en sous-vêtements pouvait donner un avantage sur les hommes, on l’a dit et mis en scène avec Gisèle Bundchen. Les féministes brésiliennes et certaines autres associations dans le monde se sont émues de cette campagne qui selon elles, constitue un recul des grandes avancées que les femmes ont acquises de haute lutte.

Pour elles, le fait de voir une femme se mettre en sous-vêtements et se rendre sexy pour se faire pardonner quelques aléas de la vie quotidienne, est tout simplement inacceptable. Au-delà des analyses un peu clichées que l’on peut faire de ces diverses prises de position, ce qui doit cristalliser la réflexion, est le rapport de force entre les hommes et les femmes dans la société. Or, ce rapport de force, même dans cette publicité, que l’on présente constamment et de manière idéologique au désavantage des femmes, n’est pas si évident…

Tout le monde le sait mais personne n’ose le dire : dans le rapport homme-femme, la séduction et l’attirance physique jouent souvent en faveur des femmes. Certaines d’ailleurs l’ont compris depuis longtemps et n’hésitent pas à en jouer... Toutes les femmes ne sont pas victimes de la domination sexuelle masculine. Toutes les femmes ne sont pas sous la dépendance financière de leur mari. Heureusement, il existe de nombreuses femmes libres et indépendantes et qui aiment être belles, féminines et sexys. Dans cette campagne publicitaire on pourrait aussi dire que c’est Gisèle Bundchen qui a le pouvoir sur son homme, perchée sur ces hauts talons. Une autre lecture de cette publicité pourrait consister à dire : « Regarde chéri, maman va venir habiter à la maison, j’ai cassé la voiture, et dépensé 10.000 euros, mais je suis belle, alors tais-toi… » !

Où est donc la vérité ? La réalité de la vie et des relations homme-femme est plus complexe.

Ce que je cherche à démontrer est simple : le rapport homme-femme est ambigu et délicat. Il relève dans bien des cas de la vie privée et il est difficile d’avoir des prises de position aussi tranchées que les féministes et le gouvernement brésilien.

Pour moi, le plus grave n’est pas de savoir si les hommes dominent les femmes ou si les femmes dominent les hommes. Le plus grave, c’est la moralisation constante de la vie privée par les pouvoirs publics et le mouvement associatif féministe. Nous assistons depuis plusieurs années, notamment en France, à un retour en force de la morale…de la morale que par pudeur certains appellent « morale laïque » mais qui correspond à la bonne vielle morale chrétienne et aux bons vieux principes des pères jésuites.

Quand un gouvernement au nom de principes moraux commence à interdire la liberté d’expression et à s’immiscer dans la vie privée des citoyens et des citoyennes, pour moi, il y a un danger pour la République. Les mouvements féministes de gauche ou altermondialistes rêvent d’une société lissée, asexuée, aseptisée, à l’image d’un bon vieux confessionnal. Le message est le suivant : les hommes ne doivent pas être trop virils et les femmes ne doivent pas être trop féminines. Vive la société asexuée et androgyne !? Et pour réaliser un tel miracle, elles appellent les pouvoirs publics à intervenir dans la vie privée et dans le goût des personnes.

Bien sûr il faut corriger les inégalités homme-femme, les inégalités salariales, la question de la parité en politique, les violences faites aux femmes…Personne ne peut nier ces évidences et tout le monde doit s’engager dans ces combats, les hommes comme les femmes.

En revanche, il faut s’indigner rapidement de cette moralisation, à pas feutrés, de notre société : obligation de nier les différences de genre, contrôle du contenu des programmes scolaires, contrôle de l’humour, contrôle des pratiques sexuelles (campagne Osez le Clito…), contrôle de la répartition des tâches domestiques au sein du couple, …

En cela, les débats de la primaire socialiste ont été relativement édifiants. La moralisation de la société à laquelle ils aspirent ressemble à une croisade qui n’ose déclarer son nom. Les associations féministes qui soutiennent ces mêmes candidats sont naturellement dans le même cheminement intellectuel désastreux.

Pour moi, le lissage des différences de genre, de culture et l’émergence du fantasme d’une « World Community » est stupide et dangereux, car il masque une idéologie puissante et moralisatrice qui a pour ambition d’encadrer la liberté individuelle. Le féminisme ne doit pas être un bras armé de cette idéologie moralisatrice de la société. Il doit rester une idéologie de proposition, d’action, de construction d’une société plus juste et plus équitable.

Alors je l’avoue sans complexe, je préfère voir une France remplie de mini-jupes qu’une France remplie de soutanes ! Vive Gisèle !

Quand Mitterrand refusait les Mac de Steve Jobs... et autres symboles d'une France qui peine à innover

La scène se passe quelque part au milieu des années 1980. A l’initiative de Jean-Jacques Servan Schreiber, Steve Jobs rencontre François Mitterrand. JJSS est persuadé qu’il faut à la France valoriser la filière informatique et construire des Macintosch. Le choix est à l’opposé, la stratégie industrielle nationale consacre Thomson. Mitterand ne croque pas la pomme, la fierté industrielle française croise la trajectoire de ce qui n’était encore qu’un petit rat de l’Opéra de l’innovation et dont les intuitions géniales sont aujourd’hui unanimement saluées.
Cette scènette n’a rien de symbolique et recouvre exactement ce qui allait être le début du décrochage de l’économie française, elle préfigure largement les insuccès des choix économiques aberrants qui s’enchaîneront avec une précision technocratique. Exemple emblématique, le Minitel, la lada du web, censément l’entrée en lice en grande pompe, et finalement gros sabots, de la France dans l’ère numérique, au total pas davantage qu’une amulette opposée à Apple, un flagrant déni d’innovation, et dont d’ailleurs le même Steve Jobs avait averti François Mitterand du caractère inopérant. Rétrospectivement, c’est depuis les années 1980 que les courbes de notre investissement dans la recherche et le développement commencent à piquer du nez, ce qu’aucun gouvernement n’aura réussi à conjurer, fallait-il encore que cette situation en émût certains. Au total, il n’existe plus aujourd’hui un seul constructeur informatique sur notre territoire.

L'innovation : grand absent du discours politique français

La rencontre, l’affiche Jobs-Mitterand serait un bon point de départ de film, n’était-ce le fait que toute allusion à des personnages ayant existé serait tragiquement réaliste, correspondant à des visions du monde difficilement conciliables qui au-delà des hommes qui pensent les déterminer, expriment largement des choix de société. Le charme de l’évocation contemplative du monde face à la volonté de sa transformation organique. L’homme de l’État, sa toilette de cour, son verbe élégant, le cocon d’une culture apprise à peine reformulée, face à la créativité tous azimuts, l’imagination dans tous ses modes, la reformulation permanente d’un monde à-venir
Nous aimerions que l’anecdote rapportée ci-dessus fût un fait divers, mais notre incapacité à construire une économie réellement innovante est une tendance de fond. En témoigne, les projets présentés par les candidats de tous bords. Pas un instant, nous ne les sentons travaillés par l’urgence de rejoindre le cours d’une économie nouvelle, sous l’ impulsion de laquelle notre économie aura engranger ces siècles derniers de formidables gains de productivité et créer une croissance soutenue, riches d’emplois et d’améliorations substantielles des conditions de vie. Or, non content de rouler à contre-sens de l’histoire, on accélère. Ainsi, dans le nuage de mots bien fumeux du dit-débat public, les références à l’innovation sont d’une pauvreté saisissante, en lieu et place de quoi sont évoqués et invoqués la démondialisation et ses avatars de relocalisation. 

Apple : quand la créativité crée des emplois

Or, Apple, première capitalisation boursière au monde, est la preuve s’il en fût qu’il est possible de créer des dizaines de milliers d’emplois pour peu que l’on forme le choix de la sur-créativité. En l’espèce, Apple aura complétement reformulé la convergence des supports et des services, aura frappé de son innovation chacune des étapes de sa production, depuis la conception, le design, jusqu’au service après vente d’une redoutable efficacité. Les consommateurs consentent à payer davantage des produits dont la qualité est irréprochable. (Pour mémoire, une étude récente d’OC&C montrent qu’en France les achats en ligne ne s’orientent pas nécessairement vers les produits les moins coûteux). Plus généralement, les Français acceptent de consentir les efforts dont ils savent et conçoivent l’utilité.
Bien entendu, Apple dont on loue aujourd’hui le succès exceptionnel, ne fait pas figure d’exception. Facebook, Google, Twitter qui n’existaient pas encore il y a quelques années, sont valorisés aujourd’hui à plusieurs dizaines de milliards d’euros. Ce sont là des gisements remarquables de croissance et d’emplois. Dans le prolongement, rappelons ici qu’en France le seul poste économique qui affiche une croissance à deux chiffres est le e-commerce.

Seule issue à la crise : l'innovation

Le point est ici crucial. Tous les pays qui aujourd’hui démontre une formidable capacité de résilience à la crise sont précisément ceux qui ont fait le choix résolu de braquer leur économie vers l’innovation.
Ainsi, les pays Scandinaves figurent dans le top ten de tous les classements mondiaux de l’économie numérique. La Suède arbore une croissance à 3.5% et est attendue cette année à 4.5%, Stockholm a été la place boursière qui aura connu la plus forte croissance en 2010, le degré d’appropriation des technologies numériques par la population confère une profondeur de marché telle que le pays est en train de devenir une des places fortes mondiales pour le lancement des start-ups. En prime, la Suède ne connaît pas de déficit de la Sécurité Sociale.
De la même façon, ne nous y trompons pas, la santé de l’économie allemande ne tient pas à un climat fiscal particulièrement propice, mais à l’investissement massif dans ce qu’il est convenu d’appeler la compétitivité hors-prix au travers de la recherche d’une valeur ajoutée essentiellement technologique. Le principe en est simple, dans un contexte de concurrence fiscal et de dumping social particulièrement féroce, il s’agit de vendre de la qualité plutôt que du prix.
Il semble donc que la fracture Nord-Sud traverse aujourd’hui l’Europe.

Cette économie française vieillissante...

Cependant en France, une économie vieillissante, assise sur une base industrielle datée, est maintenue sous respiration artificielle du fait de visions politiques peu enclines à revoir leurs fondamentaux et où la subvention tient lieu d’acharnement thérapeutique. Attitude typique, la consécration du modèle de la grande entreprise souveraine et ses dépendances de petites entreprises, consiste à consolider le risque systémique, la déroute de l’une défaisant toutes les autres.
A l’inverse, l’exemple d’Apple devrait figurer dans les fournitures idéologiques de l’ensemble de ceux de nos responsables politiques qui trouvent dans la mondialisation l’ennemi commode autant qu’il témoigne du dénuement intellectuel face à un phénomène où peu font l’effort d’en deviner les formidables opportunités. Les solutions de repli identitaire ont trouvé leur exact symétrique, aujourd’hui connu sous le nom de démondialisation et sa formulation atténuée mais tout aussi menaçante, la relocalisation. La peur de l‘immigré laisse place à celle du Chinois, que l’on avait déjà crû reconnaitre dans les traits du plombier polonais. Le réflexe est ici tout à la désertion face à une transformation radicale du monde, où les révolutions technologiques se succèdent et se dépassent les unes les autres à une cadence jamais égalée.

Un repli national dangereux

Certes, le crédit impôt recherche, les investissements récents du grand emprunt, le e-G8,  témoignent d’une prise de conscience certaine,  mais l’absence total dans le débat des nouvelles technologies et plus généralement des sciences dont la crainte culmine dans le principe de précaution, devraient interpeller et tenir lieu pour une inculture intolérable. plus grave, la contre-lecture de l’extraordinaire mouvement où les économies, les cultures, les sociétés échangent est coupable. Le repli petitement national est dangereux et lorsqu’il consiste à apaiser la crainte des Français à l’endroit d’un mouvement dont ils ne sont les perdants que dans la mesure où nous n’en sommes pas. Alors le repli est violent.
Lorsque l’on prétend pouvoir asseoir des emplois sur la base de produits protégés, alors l’on ment aux Français. En effet, on soutient l’économie, mais comme la corde le pendu.

«La primaire révèle la faiblesse idéologique du PS»

Pour le directeur de la Fondapol, Dominique Reynié, le candidat qui sera désigné mènera, s'il est élu, «une politique de centre droit». 

Professeur des universités à Sciences Po, Dominique Reynié est directeur général de la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol), proche de l'UMP.
-Comment jugez-vous la situation actuelle du PS?
Dominique REYNIÉ. -Je vois quatre paradoxes: le Parti socialiste est devenu un parti d'élus dont les électeurs n'appartiennent plus aux classes populaires; ennemi historique de l'élection présidentielle, le PS est devenu, avec la primaire, le plus présidentialiste des partis; électoralement, le PS est dépendant des salariés de l'État, qui représentent pourtant, dans le monde du salariat, les catégories les moins exposées à la nouvelle économie; enfin, aujourd'hui, la gauche étant minoritaire en intentions de vote (40%), le PS ne peut gagner en 2012 sans un apport massif du centre droit.
La primaire ne montre-t-elle pas la vitalité du PS?
Elle forme une procédure d'arbitrage des ambitions personnelles dans des partis où l'autorité intellectuelle et politique a disparu. C'est une manière de trancher quand personne ne parvient à faire valoir un point de vue. Les commentaires ont exagéré leur valeur. La primaire traduit aussi bien la fragilité de nos organisations politiques que le désarroi intellectuel de leurs chefs. La primaire étant une procédure de sélection, il y aura nécessairement un candidat choisi, mais cela n'implique pas que ce candidat aura fait triompher son point de vue, ni même qu'il possédera un véritable point de vue. Le parti se ralliera au résultat de la procédure plus qu'aux idées du candidat. La primaire révèle la faiblesse idéologique du PS.
Le recours à la primaire est malgré tout une avancée démocratique.
Si vous me permettez un jeu de mots, les primaires marquent le ralliement du PS à la présidentialisation avec «âme et bagages». Leur mise en place va propager en profondeur dans le parti une culture politique de la personnalisation. Pour compter au sein de ce parti, il faudra en passer par là. Les primaires traduisent le renoncement du PS à son grand projet institutionnel, qui a toujours reposé sur l'idée d'un pouvoir collectif et non personnel.
Le PS serait-il coincé par son électorat naturel issu de la fonction publique?
Au cours des trois débats, pas une seule mesure de réduction de la dépense publique n'a été proposée ! Les candidats ne sont pas parvenus à s'émanciper de leur clientèle électorale historique que constituent les membres de la fonction publique. Au contraire, on a entendu des promesses de création de postes et de valorisation des rémunérations. Pourtant, les candidats savent bien que pour gagner en 2012, les socialistes devront montrer qu'ils sont déterminés à rétablir l'équilibre budgétaire, ce qui est impossible sans réduction de la dépense publique. Du coup, on a beaucoup entendu parler d'impôt…
La social-démocratie a-t-elle encore un avenir?
En Europe, nous vivons l'épuisement de l'État-providence pour des raisons démographiques, économiques et financières. Après l'effondrement du communisme, en 1989, on assiste depuis 2008 à la disparition de la social-démocratie. Aujourd'hui en Europe, lorsque la gauche accède au pouvoir, ce qui devient très rare, elle y parvient dans un contexte qui la prive des moyens d'appliquer son programme. Du coup, les partis de gauche qui veulent rester des partis de gouvernement organisent leur glissement vers le centre. Le PS n'y échappe pas. C'est à mon avis le projet de François Hollande, récemment conforté par le renoncement de Jean-Louis Borloo. En ce sens, il y a une «droitisation» du Parti socialiste. Hollande fait le pari que l'électorat centriste lui fournira l'apport nécessaire à la victoire. Compte tenu de la crise des finances publiques, le candidat du PS devra donc tenter de rassurer la fonction publique sans inquiéter les salariés du privé, car sans l'apport des électeurs centristes, il sera battu au second tour. Dimanche, les électeurs de gauche vont choisir un candidat qui, s'il est élu, mènera une politique de centre droit.

La France a beau célébrer Steve Jobs, elle continue de mépriser les entrepreneurs

Le Président du Parti libéral démocrate Aurélien Véron pointe l'incohérence de la France qui célèbre Steve Jobs et entretient dans le même temps "le culte du principe de précaution, de l’aversion au risque et du rejet de l’entreprise".

La disparition de Steve Jobs a donné lieu à une vague d’hommages sans précédent. Même la France n’a pu échapper à ce moment d’idolâtrie mondiale pour un patron. La veille pourtant, les six candidats à la primaire du PS n’avaient presque pas parlé de l’entreprise. Le sujet semble absent de leur campagne. La droite ne semble pas davantage concernée par le secteur privé et les entrepreneurs. Devant le mutisme de notre classe politique qui préfère consacrer ses discours à l’État et aux taxes nouvelles, cet emballement populaire pour une grande figure du capitalisme globalisé peut surprendre. Les Français seraient-ils moins anticapitalistes qu’on veut nous faire croire ?

Steve Jobs ne rentre pas dans nos schémas nationaux. C'est un élève médiocre au regard des standards de la méritocratie française. Il sèche ses cours de fac pour suivre des cours en auditeur libre, assister à des cours de calligraphie…et fonder une petite entreprise dans le garage de ses parents. Nous sommes loin du pantouflard issu sorti de l’ENA ou du jeune sorti de la très élitiste école ESCP ou HEC. En fait, Steve Jobs est un pur entrepreneur. Très vite, son génie en action contribue au déclenchement de la révolution informatique et Internet. Il fabrique le premier micro-ordinateur du marché en 1976 a prix de 666.66 $. Il lance le premier micro-ordinateur compact, le Macintosh, puis le premier mulot, etc. Il participe à tous les sauts technologiques jusqu’au smartphone en 2007, et la tablette en 2010.

La dimension marketing de ses créations est incontestable. Mais elle vient enrober des innovations sans lesquelles Google, Facebook et d’autres applications du net n’existeraient pas aujourd’hui. Steve Jobs illustre bien à quel point le capitalisme, loin de se limiter à des principes économiques abstraits, est un moteur de changement du monde. Depuis 50 ans, aucun homme politique n’aura eu autant d’influence sur notre quotidien et sur les mentalités qu’Apple. Au contraire, un certain nombre de gouvernements sont tombés grâce aux révolutions technologiques directement ou indirectement dues à Steve Jobs. Larry Page, Sergey Brin ou Mark Zuckerberg sont tous les enfants de Jobs. Les outils du net sont devenus de formidables moyens d’échanger, mais aussi dans le même temps des armes de résistance contre toutes les formes de censure, contre les menaces de gouvernements prédateurs.

Si les Français partagent un tel engouement pour ce grand patron qui a érigé son entreprise au rang des plus grosses capitalisations boursières au monde en 35 ans, pourquoi n’avons-nous pas de tels entrepreneurs dans notre pays ? Le génie est aussi présent en France qu’ailleurs. Nos ingénieurs sont remarquables, l’esprit d’entreprise n’est pas éteint. Peut-être devons-nous chercher ce retard dans notre modèle économique et social ? On peut citer pêle-mêle les multiples normes et réglementations, le poids des charges sociales, la menace que fait peser le code du travail sur des activités risquées et la paperasse comme obstacles à la création et au développement des entreprises. Mais la raison essentielle n’est sans doute pas là. Le contenu de notre enseignement, notre classe politique et une bonne part de nos médias entretiennent le culte du principe de précaution, de l’aversion au risque, du rejet de l’entreprise. Nous ne sommes d'ailleurs jamais loin de la chasse aux riches, qu'elle cible les rentiers ou les entrepreneurs.

Yannick Noah, ce tennisman richissime reconverti dans la chanson qui vit à l’étranger pour échapper au fisc, a pu rester classé personnalité favorite des Français pendant des années. Mais un entrepreneur qui crée des emplois et de la richesse est immédiatement condamné dans l’opinion s’il procède de même. Cet esprit de défiance explique la schizophrénie bien française. Entreprendre, c’est bien tant qu’on parle des petits patrons laborieux. Les entreprises offensives qui grandissent son facilement vues de travers. Le paroxysme est atteint avec les grandes entreprises suspectes de connivence avec un pouvoir politique qui n'inspire pas plus confiance. En fait, la valeur du succès est polluée par le doute qu’alimente l'omniprésence de l'Etat dans l'économie française. Comme ailleurs, nous respecterons davantage nos grands entrepreneurs le jour où l'Etat limité ne sera plus un acteur majeur du marché par ses monopoles, ses commandes et ses interventions administratives ou réglementaires. Ce jour-là, nous aurons nos Steve Jobs.

SALAUDS DE BOCHES ?

"L’Europe vue des Etats-Unis : ce nouveau Tiers Monde... ?"

C'est le livre dont tout le monde parle aux États-Unis. Grèce, Irlande, Islande... la crise européenne vue par Michael Lewis, la star du journalisme économique américain.

La crise européenne vue par un auteur américain à succès : c'est Boomerang, travels in the new third world (en français : "Boomerang : voyage dans le nouveau tiers monde"), un livre de 213 pages, signé Michael Lewis qui intéresse les médias américains. Il y parle aussi bien de l'Islande que de la Grèce, l'Irlande ou l'Allemagne et fait le récit de ses voyages dans les pays concernés, passant d'un monastère grec soupçonné de corruption à la compagnie des banquiers allemands qui étaient les derniers à acheter des produits toxiques auprès des traders de Wall Street avant que la crise de 2008 éclate.

Michael Lewis cherche les causes de la crise dans les caractères nationaux des pays concernés, entre des Grecs menteurs et peu enclins à payer des impôts, des Allemands naïfs sur les marchés car trop respectueux des règles ou des Irlandais et des Islandais qui n'étaient culturellement pas prêt à passer de sociétés rurales à des sociétés à la pointe des produits financiers. 

Le New York Times considère que Lewis -qui s'est fait connaître par ses livres sur les excès de l'univers de la finance- a le talent rare de rendre compréhensible et intéressant les problèmes les plus complexes, en s'appuyant sur sa connaissance des finances alliée à son talent d'écrivain voyageur. Les lecteurs du Vanity Fair seront toutefois moins admiratifs, puisqu'ils y retrouveront les articles que Lewis a écrit pour ce magazine. 
Il explique dans ce livre que si le monde s'inquiète tant à propos de la Grèce, c'est parce que si ce pays plonge avec ses 400 milliards de dettes, les banques européennes qui ont prêté l'argent plongeront aussi, et plusieurs pays seront au bord de la banqueroute. 
En Grèce, ce ne sont pas les banques qui ont coulé le pays, c'est le pays qui a coulé les banques, c'est ce qu'a retenu ABC News qui rappelle que lorsque George Papaconstantinou est arrivé au ministère des Finances, le déficit du budget grec n'atteignait pas 2,7% comme prévu mais 14%.
Lewis donne quelques statistiques édifiantes comme on en a déjà lues dans la presse européenne : par exemple que 600 professions ont réussi à se faire classer d'une manière ou d'une autre comme pénibles (du coiffeur au musicien en passant par le présentateur radio), ce qui leur permet de partir plus tôt à la retraite entre 50 et 55 ans. En Grèce, la masse des salaires de la fonction publique a doublé sur les 12 dernières années avec des salaires moyens dans le public désormais trois fois plus élevés que les salaires dans le privé. 
Il ne manque pas de souligner le rôle ambigu de la firme américaine Goldman Sachs, arrivée en Grèce en 2001, qui a utilisé des artifices en apparence légaux pour aider le gouvernement grec à cacher sa dette.
Concernant l'Islande, Lewis écrit que depuis que les trois plus grandes banques du pays et le système économique se sont effondrés en 2008, la dette du pays a explosé : elle aurait atteint 850% du produit national brut, ceci pour un pays qui a la taille de l'état du Kenctucky, alors qu'elle atteint 350% aux États-Unis. 
Lewis note que l'un des points communs de la crise irlandaise et de celle de Wall Street, c'est que les femmes n'y ont que très peu de responsabilités. Le monde de la pêche qui était une des richesses de l'Islande en Irlande et celui de Wall Street sont dominés par les hommes. Reste qu'aujourd'hui l'Islande a à sa tête la première femme Premier ministre de son histoire, Jóhanna Sigurðardóttir.
Concernant l'Irlande, Lewis considère que c'est la spéculation immobilière qui a provoqué la crise, avec des prix qui se sont envolés à 500 % pour une maison moyenne à Dublin, avant leur effondrement. Il remarque également que les Irlandais ont "un plus grand talent pour supporter la souffrance" que les Grecs et que si la Grèce avait imposé à sa population les mêmes efforts que ceux réalisés en Irlande, il y aurait eu des morts dans le pays méditerranéen. 
Enfin, le New York Times considère que la crise qui monte en Europe, décrite dans ce livre, menace le monde. Le journal oublie que la dette américaine contribue lourdement à la situation...