Rachida Dati se défend d'avoir une quelconque implication dans les rumeurs qui ont trait au couple présidentiel. Alors que la presse publie mercredi 7 avril les déclarations de
proches du président mettant en cause l'ex-garde des sceaux, elle a fermement récusé leurs attaques sur RTL.
"Les éléments matériels ou tout ce qui peut être mentionné dans la presse, que ce soient des enquêtes ou que ce soient des écoutes téléphoniques, c'est absolument impossible, donc je n'y crois absolument pas", a-t-elle dit. Cité mercredi matin par Le Parisien, un conseiller aurait dit d'elle : "Elle est complètement carbonisée, le président ne veut plus jamais lui parler." Mais répondant à Jean-Michel Aphatie, elle a dit avoir encore toute la confiance du président. "Nicolas Sarkozy ne peut pas cautionner les propos de Pierre Charon", estime-t-elle. Selon Le Parisien, le conseiller en communication de l'Elysée aurait évoqué des "éléments matériels" de son implication au cours d'un déjeuner avec des élus parisiens.
"Moi, je fais la différence entre l'entourage du président de la République et le président de la République lui-même", a-t-elle ajouté. A la question de savoir si elle était au courant d'une enquête des renseignements généraux, Rachida Dati a répondu : "On est dans un Etat de droit, cela ne peut pas exister." "Les rumeurs, les calomnies, les ragots sur la vie personnelle et en général sont absolument inadmissibles et scandaleux. Je suis mise en cause indirectement et donc je trouve ça extrêmement scandaleux", a déclaré Mme Dati.
"DE LA LOYAUTÉ ET DE LA CONFIANCE"
"Je connais assez bien le président de la République (...), il a toujours combattu ce genre de pratique et donc ça ne peut pas exister." "Je n'ai peur de rien", a-elle lancé mais "il faut que ça cesse et il faut que ça s'arrête". Elle a souligné qu'on avait dit "des choses atroces" sur elle, qu'elle n'avait "jamais réagi" mais que "maintenant ça suffit". La maire du 7e arrondissement de Paris a indiqué qu'elle n'avait "pas vu récemment" le chef de l'Etat mais espérait "le voir très bientôt". Selon elle, avec Nicolas Sarkozy, "il y a de la loyauté et de la confiance". "La confiance, elle persiste et elle durera."
Rachida Dati a engagé l'avocat Georges Kiejman pour menacer de poursuites ceux qui la désignent comme la responsable de la diffusion des rumeurs sur le couple présidentiel. Selon plusieurs organes de presse, dont Le Canard enchaîné, un rapport des services de renseignements a conclu à sa responsabilité dans l'affaire, et c'est ce qui aurait conduit au retrait, le 14 mars, d'une escorte de quatre policiers dont elle bénéficiait comme ex-ministre. Me Kiejman conteste qu'elle ait eu un rôle dans la rumeur. "C'est impensable que Mme Dati ait pu participer à une entreprise de déstabilisation d'un président auquel elle sait devoir beaucoup, voire tout", a dit Me Kiejman sur RTL. "Si on continue à imputer à Mme Dati un rôle dans la diffusion de cette rumeur, on porte atteinte à son honneur. Si on porte atteinte à son honneur, on fait un délit de diffamation qui peut être poursuivi comme tel", a-t-il ajouté.
La police judiciaire a été saisie par le parquet de Paris d'une enquête préliminaire visant à déterminer l'origine des rumeurs visant le couple présidentiel publiées le 10 mars sur le site Internet du Journal du dimanche. Plusieurs proches du président de la République soutiennent qu'il est possible que l'opération ait été montée de toutes pièces pour lui nuire. Le ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux, a avancé une explication dans des déclarations à des journalistes rapportées mercredi par Le Canard enchaîné. "Le fait que ces rumeurs aient été relayées dans la presse en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Suisse peut faire penser à un complot alors que la France s'apprête en 2011, à prendre la présidence du G20", a-t-il dit selon l'hebdomadaire.
mercredi 7 avril 2010
"Nicolas Sarkozy ne peut pas cautionner les propos de Pierre Charon", selon Rachida Dati
Si le journalisme est un très beau métier, c'est qu'il s'impose des exigences sans lesquelles il perdrait de son intérêt et de sa crédibilité. L'aimer, c'est connaître ses frontières et les assumer. Le respecter, c'est accepter sans états d'âme de le désacraliser, de le démythifier pour le débarrasser des fantasmes qu'il suscite bien au-delà des limites du raisonnable.
Ni James Bond, ni Rambo, ni chevalier blanc de la justice : le journaliste n'a pas à se prendre pour ce qu'il n'est pas. Informer - en toute liberté et les yeux grands ouverts- est un engagement suffisamment lourd et suffisamment exaltant pour ne pas le surcharger de missions impossibles.
Au diable la religion du scoop, du coup, de l'audience, cette perversion de la profession. Mieux vaut ne pas franchir certaines frontières quand on sait que l'investigation obligera à transgresser de précieuses limites éthiques. La charte des devoirs du journaliste, presque centenaire, est sans ambiguïté : il « s'interdit d'invoquer un titre ou une qualité imaginaire, d'user de moyens déloyaux pour obtenir une information ou surprendre la bonne foi de quiconque (...) ; il ne confond pas son rôle avec celui du policier ».
Les règles sont donc claires - et contraignantes. Elles signifient : pas de caméra cachée, pas de fausse identité, pas de dissimulation... Cette transparence a un prix. Elle privera le journaliste, et sa rédaction, d'une révélation ou d'une vérité qu'il ne pourrait atteindre que par des moyens biaisés. Et alors ?
Gare à la prétention ! L'enquête est un genre noble ; elle a écrit les plus belles pages de l'histoire de la presse des pays libres. Mais les journalistes doivent prendre soin de ne pas mélanger les genres en se prenant pour des justiciers, comme l'ont fait les équipes du magazine « Les Infiltrés », sur France 2. Elles ont voulu faire concurrence aux gendarmes et aux policiers en traquant des pédophiles, mais contraintes par la loi, pour protéger des enfants en danger, à dénoncer ceux qui s'étaient livrés à elles.
Orgueil fatal. Il a mis en péril le respect absolu du secret des sources d'information, condition fondamentale et valeur non négociable de la confiance qu'on accorde aux journalistes. Mieux vaut, pour ces derniers, rester observateurs méticuleux de certaines affaires que d'en devenir des acteurs imprudents, piégés par leur vanité au point d'y noyer leur âme.
La tablette mobile d’Apple renvoie nos ordis vieux d’à peine quelques années à l’âge où, gamins, nous nous parlions dans des téléphones fabriqués avec des boîtes de petits pois reliées par de la ficelle à saucisson. Familiarisés à son ergonomie par le smartphone de la même marque, les millions d’adeptes de ce nouvel ordinateur, communicant et divertissant, seront au rendez-vous du succès entrevu ces derniers jours aux États-Unis. Ils confirmeront ainsi que la révolution du multimodal poursuit sa chevauchée numérique. Au déchaînement consumériste qui marque la sortie de la tablette tactile, s’ajoute l’irrationnelle fascination des moments de jonction entre la science, la technique et le rêve. Celle du temps des premières images de la lanterne magique, avant le cinématographe.
La bibliothèque d’Alexandrie, les tablettes de Confucius… Les lieux ont toujours existé où l’on gardait et ordonnait les savoirs et la sagesse. Dans l’Antiquité, dans les sociétés traditionnelles africaines et jusque dans nos villages, c’était le sage, l’ancien, qui était la bibliothèque portable. Il possédait le savoir, on le consultait, il était la mémoire. Le savoir, en devenant marchandise, s’est dissocié de la sagesse et aujourd’hui c’est l’internet que l’on consulte. Exit le virtuel, notre réalité quotidienne est numérique. Le voisinage est mort, vivent les liaisons !
Ne soyons pas rabat-joie, tous ces phénomènes révèlent une véritable soif de connaissance et une rassurante confiance dans l’autre. Bien sûr, cela n’occulte pas les questions d’éthique et de rigueur que pose l’internet et qui font que, plus que jamais, il est nécessaire de travailler l’information et de repérer dans ce magma ce qui est essentiel pour le transmettre en lui ajoutant du sens.
Le vrai savoir est celui de l’humanité, il est dans chacun des hommes de l’univers. Rassembler les idées éparses et les expériences profitables, c’est faciliter la quête de la relation à l’autre, à cet inconnu dont nous n’avons plus peur puisque nous avons en commun avec lui la haute technologie. En faisant partager tous ces savoirs, l’internet permet de relier les individus et de les faire communiquer entre eux à travers le monde. Reste à produire à nouveau de la sagesse.
Les conseils généraux déclarent la guerre à l'Etat
Dépenses sociales en hausse, financements en baisse: les départements veulent alerter sur leur situation...
Dans la guerre des conseils
généraux contre l’Etat, Claude Bartolone sonne la charge. Le président PS du conseil général de Seine-Saint-Denis a annoncé ce week-end qu’il voulait présenter jeudi un budget en déséquilibre pour protester contre les charges transférées aux collectivités territoriales sans compensation assurée.
Une décision provocatrice, puisque prohibée par la loi, qui attire les foudres. Le secrétaire d'Etat aux collectivités territoriales, Alain Marleix, a averti lundi que le département de la Seine-Saint-Denis serait placé sous tutelle du préfet s'il présentait un budget en déséquilibre alors que le groupe UMP-Nouveau Centre au conseil général demandé tout simplement ce mardi la démission de son président.
Le principe de libre administration des collectivités territoriales invoqué
Mais Claude Bartolone n’est pas seul. Coincés entre la hausse de leurs charges sociales et la baisse de leurs recettes, plusieurs départements multiplient les contentieux avec l'Etat. En s’appuyant sur les travaux d'un constitutionnaliste, les présidents de sept conseils généraux -dont deux de droite- envisagent également de soulever la question prioritaire de constitutionnalité.
Car le principe de libre administration des collectivités territoriales, posé par la Constitution, exige «des moyens suffisants et garantis» pour que les collectivités puissent agir de façon autonome. Ce que le manque de garanties financières met en péril.
Un déficit de 3,5 milliards d’euros en 2008
En effet, pour financer le revenu de solidarité active (RSA), l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) et la prestation compensatoire du handicap (PCH), les départements ont du dépenser en 2008 plus de 11 milliards d’euros, selon Le Parisien. L’Etat n’a compensé qu’à hauteur de 7,5 milliards, soit un déficit de 3,5 milliards. Conséquence: des coupes dans les dépenses non obligatoires comme les subventions aux associations, et des hausses d’impôt.
En tout, une vingtaine de départements ont eu de grandes difficultés à boucler leurs budgets 2010 et d’ici la fin de l’année, 25 départements pourraient ne plus pouvoir verser les allocations de solidarité. Pire, en 2011, ils pourraient être 62 départements, alors que la taxe professionnelle -qui constituait 50% des recettes des départements - a été supprimée le 1e janvier et que la taxe carbone, censée un temps la compenser, est aux oubliettes.
La bataille s’annonce difficile mais l’enjeu est de taille alors que le gouvernement -qui a mandaté un expert pour étudier la situation des départements en difficulté- entend continuer sa réforme des collectivités locales.
Maud Noyon
Rumeur sur son couple: la stratégie de com du président en deux étapes
Nicolas Sarkozy prouve encore une fois qu'il est excellent en communication de crise...
«Je ne peux pas exclure que ce soit une
machination.» La phrase est de Thierry Herzog, l'avocat de Nicolas Sarkozy. Après avoir refusé de communiquer sur la rumeur qui circulait sur Internet concernant le couple présidentiel au mois de mars, l’Elysée semble avoir changé de stratégie. Mais il n’en est rien, selon Thierry Libaert, directeur scientifique de l'Observatoire international des crises (OIC). Le chef de l’Etat fonctionne avec cohérence: il a dans un premier temps désamorcé la rumeur, et tente désormais de s’assurer une protection pour qu’une telle crise ne se reproduise plus à l’avenir.
«Le problème avec les rumeurs, c’est qu’elles ne reposent sur rien, explique Thierry Libaert. Elles sont intangibles et ne sont donc pas vérifiables. Le fait de les démentir n’est donc pas très efficace, et peut même avoir l’effet inverse et leur donner de l’ampleur, dès lors qu’on ne peut apporter des preuves de ce qu’on avance.»
Première étape: ne pas répondre pour couper court à la rumeur
Ne rien dire pour temporiser, ou intervenir et risquer d’amplifier la rumeur. Nicolas Sarkozy a choisi son camp. A Londres, le 12 mars dernier, il indique d’un air dédaigneux aux journalistes qu’il n’a «pas une seconde, même une demi-seconde, à perdre avec ces élucubrations». Le fait de ne pas répondre est une stratégie de dévalorisation, qui coupe court à la rumeur: l’Elysée tente de changer la perception qu'a le public de cette rumeur en en dévalorisant le porteur et l’instigateur.
Le fait que le conseiller en communication de Nicolas Sarkozy, Pierre Charon, s’est publiquement félicité de la plainte contre X déposée par la société éditrice du Journal du dimanche (groupe Lagardère) pour «introduction frauduleuse de données dans un système informatique», est un des indices de cette stratégie. Cette plainte permet au plus haut sommet de l’Etat de dire que celui ou ceux qui ont propagé cette rumeur étaient mal intentionnés. Dimanche, Pierre Charon affirmait ainsi que l’Elysée enquêtait pour «voir s'il n'y a pas une espèce de complot organisé» dans le but de déstabiliser le président.
Deuxième étape: mettre en garde pour l’avenir
Et, en même temps, la communication présidentielle est passée ce week-end à la deuxième phase. Pierre Charon qui déclare au Nouvel Obs: «Nous faisons de cette ignominie un casus belli. Nous voulons aller jusqu’au bout pour que cela ne se reproduise plus jamais», c’est une «mise en garde contre les ennemis potentiels du président», explique Thierry Libaert.
«Nicolas Sarkozy en est désormais à la stratégie de balisage, du "plus jamais ça ". Il prévient "ne vous amusez plus à ça, car nous ne ferons pas de cadeau à l’avenir, et les châtiments seront exemplaires".» Une façon pour le chef de l’Etat d’anticiper une nouvelle crise de ce type, et de ne plus se retrouver en position défensive en matière de communication.
Bérénice Dubuc
En vingt ans, dix plans ! La violence à l'école devrait être, depuis longtemps, réduite à rien. Les plans se succèdent au rythme des faits divers les plus graves. À celui de Jospin succède celui de Bayrou, qui lance l'idée de « l'école sanctuaire ». Plans Allègre, Lang, Ferry, Darcos, on en oublie, et, aujourd'hui, Luc Chatel. Il convoque à Paris, ce matin, des états généraux. On sonne le tocsin face à l'insupportable litanie des bagarres entre élèves, viols, rackets, coups de couteau, règlements de comptes entre bandes, professeurs violentés.
Collèges et lycées ne sont pourtant pas, chaque matin, à feu et à sang. Les historiens de la chose observent avec une certaine philosophie que la violence scolaire est aussi vieille que l'école elle-même. Que, sous le célèbre Jules Ferry, on assistait à des révoltes massives contre le lycée caserne napoléonien et ses châtiments corporels. Il fallait que la maréchaussée s'en mêle. Simplement, cette violence, au gré des époques, change de registre et de nature.
Tenues pour simples faits divers, passées sous silence afin de préserver la réputation des établissements concernés, les « castagnes » scolaires sévères sont analysées comme des faits de société symbolisant tous les malaises de l'Éducation nationale. Les politiques se sentent sommés d'y répondre, face à l'inquiétude exacerbée des parents et des enseignants. C'est la règle désormais. Un fait divers médiatiquement retentissant engendre des déclarations martiales et tonitruantes, avec promesses miraculeuses. Portiques, fouilles, patrouilles, caméras... La violence ne passera pas, foi de ministre, même si, par ailleurs, par souci de gestion des finances publiques, le même ministre supprime postes de surveillants et d'enseignants. Et si le ministre n'y suffit pas, on lui adjoint un « Monsieur sécurité ».
Les plans se succèdent ainsi en vain, puisqu'à une question particulièrement complexe on offre des solutions de court terme, difficilement applicables. La première de toutes est la tentation du sanctuaire, façon Bayrou, ou plutôt de la ligne Maginot. La violence est extérieure à l'école : empêchons-la de passer. Barricadons-nous derrière nos grilles. L'établissement se métamorphose en bunker, ce qui a pour effet premier d'accroître l'autre violence, la violence interne, engendrée par un système très sélectif, qui trie les élèves et en oriente vers des filières professionnelles malheureusement dévalorisées. On observe ainsi la masse montante des jeunes décrocheurs, psychologiquement en souffrance, pour qui la violence, disent les spécialistes, est une réponse à leur propre angoisse.
L'autre illusion est de croire que cette question ne concerne, après tout, que les établissements des quartiers dits sensibles. Les statistiques affirment que la moitié des incidents les concernent. Mais on passe sous silence le fait majeur qui n'est pas la violence physique, mais toutes ces incivilités qui gâchent la vie scolaire et dépriment les enseignants.
Ce dont on parle le moins dans ce débat permanent sur les violences à l'école, c'est de l'essentiel, de l'affaiblissement de l'institution elle-même, de la dévalorisation des savoirs, des pertes d'autorité et de respect. Cet affaiblissement est accentué dans les établissements les plus fragiles, en banlieue, là où les enseignants, jeunes, souvent mal formés, ne restent pas. L'élève y est chez lui. Le professeur est de passage.
BOUCLIER FISCAL – Faut-il le supprimer ?
Le bouclier fiscal, l'une des contestations politiques favorites de la gauche, engendre aussi des discussions à droite. Alors que le PS demandait sa suppression,
treize députés UMP ont indiqué qu'ils souhaitaient eux aussi élaborer une proposition de loi pour faire suspendre ce dispositif. Seul Nicolas Sarkozy s'accroche encore à sa réforme qui vise à favoriser le retour des capitaux expatriés et à dissuader le départ de nouveaux contribuables à l'étranger. Et vous, qu'en pensez-vous ?
Qu'est-ce que c'est ?
Mis en place en 2008, le bouclier fiscal était une des promesses de campagne électorale de Nicolas Sarkozy. Ce dispositif limite à 50% des revenus annuels l'impôt maximal payé par un contribuable, qui doit ensuite lui-même se préoccuper de son remboursement. Les impôts concernés par le plafonnement sont notamment l'impôt sur le revenu, l'impôt sur la fortune, la contribution sociale généralisée (CSG) et la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS).
Les arguments ''contre''
Beaucoup estiment qu'il s'agirait d'un amplificateur d'inégalités. En effet, le revenu pris en compte dans le calcul du bouclier est un revenu net déduit de divers allégements. Ces exonérations correspondant à des ''niches fiscales'', les contribuables les plus riches ne seraient, par conséquent, pas concernés par le CSG. Il n'existerait d'ailleurs que 16.350 bénéficiaires du bouclier fiscal. 47% d'entre eux sont redevables de l'ISF et bénéficient tout de même de 99% des sommes restituées par le procédé. Le coût du dispositif, avancé récemment par Christine Lagarde, ministre de l'Economie, dénote d'une importante disproportion par rapport au manque à gagner estimé de l'évasion fiscale. Le nombre de contribuables profitant du bouclier fiscal ayant augmenté, la mesure aurait coûté environ 586 millions d'euros à l'Etat en 2009. Une somme astronomique et des inégalités qui provoquent aussi la réaction de la Commission des Finances qui soumettra ses questions à François Baroin, ministre du Budget : ''Il devra nous expliquer comment il est possible que 14 foyers fiscaux aient un revenu fiscal de référence compris entre 3.000 et 3.500 euros par an, alors qu'ils disposent d'un patrimoine supérieur à 16 millions d'euros !''
Les arguments ''pour''
Nicolas Sarkozy a bien précisé qu'il était hors de question qu'il revienne sur la question du bouclier fiscal : "Nous ne changerons pas de politique économique" a t-il martelé. Pour le Président, ce dispositif est le meilleur moyen d'empêcher la superposition de différents impôts, qui absorberait une proportion excessive des revenus, Ainsi, l'adoption de cette limitation de l'impôt aurait considérablement diminué l'exode fiscal des plus riches, et incité au retour des expatriés fiscaux. Conséquence logique, les entreprises sont encouragées à investir sur le territoire et donc à participer à sa croissance économique. Et, selon Stéphane Jacquin (Lazard Frères Gestion), il serait de toute façon néfaste, à l'Etat comme au contribuable, de remettre en cause cette mesure de défiscalisation alors que les conditions qui ont conduit à sa mise en place n'ont pas entièrement disparu.
Qu'en pensez-vous ?
D'après un sondage du CSA, 67 % des Français contestent ce dispositif, 39 % réclament sa suppression définitive, et 28 % sa suspension. Et vous, que pensez-vous de ce dispositif ? Considérez-vous le bouclier fiscal comme une mesure inégalitaire, ou trop coûteuse ? Ou pensez-vous que ce soit le meilleur moyen de régler le problème des évadés fiscaux ?
LE B.F N'A PAS ÉTÉ EXPLIQUÉ, LES GENS CROIENT ENCORE QU'ILS DONNENT 50% DE CE QU'ILS GAGNENT EN IMPÔTS, ALORS QUE C'EST LE PLAFOND QUI SE SITUE À 50%....MAIS ALLEZ LEUR FAIRE COMPRENDRE !!!
Sarkozy défendra les revenus agricoles dans le cadre du G20
Le chef de l'Etat veut davantage trouver les moyens de réduire les sources d'accident que garantir des aides.
En se rendant dans une exploitation céréalière de l'Essonne à Buno-Bonnevaux, Nicolas Sarkozy a aujourd'hui répondu à l'invitation des jeunes agriculteurs d'Ile-de-France, céréaliers pour la plupart, qui avaient mené en décembre des actions spectaculaires sous la neige pour attirer l'attention sur leur situation. Il n'a toutefois pas répondu à leur principale revendication : l'annulation du redéploiement d'une partie (1 milliard d'euros) des aides européennes dont ils pouvaient auparavant bénéficier en tant que céréaliers -au profit des éleveurs et des agriculteurs de montagne.
Le chef de l'Etat a été clair sur la question : il n'est pas question de revenir sur le dispositif, une telle initiative risquant d'introduire une nouvelle source de désaccord entre les pays membres de l'Union européenne, si difficiles à mobiliser en faveur de la protection de la politique agricole commune. Mais s'il apparaît, lors du comité de suivi du bilan de santé de la PAC, qui se réunira en décembre, que la situation est devenue trop défavorable aux céréaliers, des mesures pourront être envisagées, a voulu rassurer Nicolas Sarkozy.
Dans ce contexte, deux propositions du chef de l'Etat doivent aujourd'hui particulièrement retenir l'attention. D'abord, Nicolas Sarkozy a indiqué que la France serait prête à accepter une baisse des aides agricoles à l'horizon 2013 en échange du maintien de la préférence communautaire et d'une garantie de prix équivalent aux prix de revient des producteurs. Une question à laquelle il faudra rallier ses partenaires européens, dont certains comme le Royaume-Uni sont allergiques à la notion de garantie, qui va avec celle de dépenses budgétaires.
Ensuite, le Président de la République a dit souhaiter profiter de la présidence française du G20 à compter de novembre 2010 jusqu'au mois de novembre 2011 pour réunir un sommet sur les problèmes de volatilité des cours des matières premières, dont les matières premières agricoles. Il montre là une nouvelle fois l'attention qu'il porte à la question des «prix agricoles» et l'importance qu'il souhaite donner aux moyens qui permettraient de réduire les sources d'accident. Après les élections régionales très défavorables à la droite le mois dernier, il avait déclaré «être prêt à aller à une crise en Europe plutôt que d'accepter le démantèlement de la Politique agricole commune et plutôt que de laisser la spéculation fixer de façon erratique des prix agricoles, qui ne permettraient pas aux agriculteurs de vivre décemment du fruit de leur travail».
Qui sont les "créationnistes" ? par Dominique Lecourt
L'article publié par Le Monde daté du vendredi 26 mars sous le titre "Les climato-sceptiques américains à l'assaut des
écoles" laisse rêveur un lecteur non prévenu. Les "climato-sceptiques" y apparaissent comme des émules des créationnistes hostiles à la théorie darwinienne de l'évolution. Une expression suffit à faire le lien : "traitement équilibré". De fait, les "créationnistes scientifiques" américains font pression depuis plus de vingt ans pour que l'enseignement de la biologie fasse place à une version du récit biblique de la Création comme à une hypothèse scientifique concurrente de la théorie de la sélection naturelle. Nombreux sont les Etats où les militants ont réussi, appuyés sur des associations de parents d'élèves, à faire adopter des dispositions en faveur de "ce traitement équilibré", arguant de ce que l'évolution n'est qu'"une théorie" et non pas un fait.
Les auteurs de l'article font état d'une offensive qui, disent-ils, "rappelle celle des créationnistes". Pourtant, les deux controverses (évolutionniste et climatique) n'ont rien à voir. Dans le cas de la théorie de l'évolution, c'est le socle intellectuel de la biologie contemporaine qui est visé au bénéfice d'une version du dogme de la Création. La campagne en faveur de l'enseignement de l'Intelligent Design dans les écoles, plus subtile que le créationnisme des années 80, se donne le même objectif. Ce que les auteurs de l'article appellent la "question climatique" n'a pas une telle portée épistémologique. La climatologie est une science récente et composite. Les bases des sciences physiques contemporaines ne sont pas menacées. L'essentiel de la controverse ne porte au demeurant même pas sur la réalité du réchauffement de la planète. Il s'agit d'une hypothèse scientifique largement admise fondée sur un faisceau d'observations et de calculs même si elle mérite visiblement discussion. Et ce n'est pas le nombre des chercheurs favorables à cette hypothèse qui est de nature à la transmuer en "fait avéré" (le fameux consensus du GIEC) ; pas plus que le nombre de ceux qui la rejettent ne saurait l'invalider.
La question autour de laquelle se développe la "guerre du climat" est celle de la part que prennent les activités humaines à ce réchauffement, supposant qu'il soit effectif. Accessoirement, elle est celle d'estimer l'ampleur et la vitesse prévisible d'un processus qui, dit-on, mènerait l'humanité à la catastrophe de par sa propre faute. On ne saurait que donner raison à ce professeur de SVT qui souligne la difficulté qu'il y a à enseigner dans les classes un sujet aussi "complexe, politique et médiatisé". Les auteurs de l'article ne se satisfont pourtant visiblement pas de sa prudence et de ses scrupules. Ils trouvent "un peu lisse" la démarche des enseignants français. Ils leur demandent de "s'engager". Cet engagement n'est pas exactement "l'engagement rationaliste" que Gaston Bachelard appelait autrefois de ses vœux, mais celui de militants qui rejoindraient la position des "réchauffistes" défendue par l'American Association for the Advancement of Science et la revue Science. Serait-ce "discréditer la science" que de refuser un tel enrôlement, de récuser l'argument d'autorité et de faire valoir les droits du doute ? On commence à savoir aujourd'hui ce que valait le consensus du GIEC. Les ruses, les tricheries et les pressions au prix desquelles il a été obtenu et maintenu. Pourquoi vouloir à tout prix que l'apocalypse soit pour demain ? Quelle outrecuidance d'accorder à l'homme le pouvoir absolu de modifier la nature à sa guise, transmuant le rêve généreux et naïf des Lumières en cauchemar catastrophiste ! Appuyer sur l'autorité d'une science de la nature, une thèse métaphysique et idéologique qui se traduit bientôt par des mesures pratiques concrètes, économiques, fiscales, morales et politiques, visant à modifier le comportement des êtres humains par une saine épouvante, telle est la démarche des "réchauffistes" ! Défendez cette thèse sur l'avenir du climat, vous serez dans le vrai, et vous prendrez de surcroît rang parmi les sauveurs de l'humanité. L'intolérance réchauffiste ne va pas sans messianisme. On peut vraiment se demander qui, des sceptiques ou des réchauffistes, sont les "créationnistes" ?
Dominique Lecourt est secrétaire général de l'Institut Diderot, fonds de dotation pour le développement de l'économie sociale.
Un étonnant effet collatéral du changement climatique, par Jean-Louis Fellous, Jean-Charles Hourcade...
On savait que le changement climatique se traduirait par des modifications du cycle hydrologique. On n'avait pas prévu qu'en plus des inondations, sécheresses et autres phénomènes extrêmes, on assisterait à des épisodes de brouillard intense dans les médias et à une pluie de désinformation climato-sceptique. La publication d'articles de presse sur la science du climat, sous la plume de personnages réputés dans leurs disciplines respectives, tels le philosophe François Ewald ou le biologiste Henri Atlan pour n'en citer que quelques-uns, ne laisse pas d'interroger. On attend avec impatience l'avis d'autres éminents non-spécialistes. Pourtant, un bon maître-nageur ne fait pas forcément un bon guide de haute montagne. Dans tous ces articles, on retrouve certains procédés et constantes qui ont fait le succès des interventions médiatiques d'un Claude Allègre : amalgame, confusion volontaire ou non, vocabulaire dépréciatif, démagogie flatteuse. Au fond, de quoi est-il question ?
Amalgame : climatologues et écologistes politiques sont supposés avoir partie liée. L'écologie politique est née, notamment en France, du constat des "dégâts du progrès" et d'un combat contre le nucléaire militaire et civil. La prise de conscience du changement climatique est venue des scientifiques, qui ont mesuré la modification de la composition de l'atmosphère due aux activités humaines et déterminé qu'en résulteraient un accroissement de l'effet de serre naturel et une altération du climat global. Pour limiter les émissions, d'autres sources d'énergie doivent remplacer progressivement les énergies fossiles. L'énergie nucléaire peut faire partie de ces solutions. Nombre d'écologistes politiques ont été rétifs à reconnaître les risques climatiques, de peur d'être otages des "pro-nucléaires". L'amalgame entre climatologues et écologistes, entre scientifiques et militants idéologiques est insupportable.
SCIENCE DU CLIMAT ET VULGATE
Confusionnisme : on mélange allègrement météorologie et climat, et surtout on confond la science du climat et sa vulgate répandue par les ONG, les médias ou les politiques. Les scientifiques ont fait beaucoup d'efforts pour rendre accessible leur science auprès du grand public, sans en voiler la complexité. Ce faisant, ils ont donné prise à la banalisation d'un ensemble de disciplines qui ne sont pas moins dignes de respect que la biologie, la génétique ou la géophysique interne. Chacun se croit suffisamment compétent pour avoir son opinion. Assimiler la science du climat à sa représentation dans les médias est un procédé inédit dans le débat scientifique. Les spécialistes du climat n'ont pas attendu monsieur Atlan pour apprendre à cerner les limites de leurs modèles qui, on l'oublie très souvent et très étonnamment, s'appuient sur une physique solide. Que penserait-il si l'un d'entre eux s'avisait de lui apprendre à tenir son crayon ? Et s'il a des remarques pertinentes à soulever, que ne le fait-il dans les journaux scientifiques, en s'adressant à ses pairs, plutôt qu'en prenant à témoin un public désarmé ? Lorsque Henri Atlan écrit : "Des changements [climatiques] du même ordre se sont produits dans le passé", cette formule vague rejoint l'idée naïve ambiante que "le climat a toujours changé". Or rien ne permet de comparer les cycles climatiques passés étendus sur des dizaines de milliers d'années ni les changements rapides localisés du passé au changement global rapide actuel. Joue-t-il à dessein de cette confusion ou en est-il lui-même victime ? Est-il conforme à l'éthique scientifique de mobiliser un savoir très approximatif pour disqualifier, en jouant de son autorité, un pan de la science afin de mieux caresser dans le sens du poil des citoyens inquiets pour leur avenir économique ?
CATASTROPHISME ET PRINCIPE DE PRÉCAUTION
Vocabulaire dépréciatif : les qualificatifs employés pour décrire la communauté scientifique du climat ont de quoi faire frémir. Prophètes de malheur, mafia, camarilla, religion de la catastrophe, dogme, etc. sont parmi les mots rencontrés le plus souvent. Messieurs Atlan ou Allègre ont-ils, ne serait-ce qu'une fois, assisté à la réunion du Comité scientifique du programme mondial de recherche sur le climat, à un congrès scientifique de cette communauté ? Pensent-ils qu'il s'agit de messes noires ? Ont-ils lu les milliers de pages de publications des revues à comité de lecture qui paraissent sur ces sujets, analysé l'une quelconque des séries de données de plusieurs téraoctets que les satellites déversent quotidiennement et qui alimentent les travaux des chercheurs ? Quant au principe de précaution, assimilé à un catastrophisme vulgaire, le brandir comme un épouvantail en toute occasion est un procédé rhétorique douteux pour disqualifier des éléments d'appréciation fondés scientifiquement. En dépit des travestissements, il consiste à rechercher une position raisonnable entre panique et indifférence dans des situations marquées par l'incertitude scientifique et de façon proportionnée à la plausibilité des hypothèses considérées. Ni dictature du futur sur le présent au nom des menaces de catastrophes futures, ni insouciance qui préempte l'avenir et produit des dévastations, comme celle de la Nouvelle-Orléans par Katrina.
CLIMAT ET SOCIÉTÉ
Démagogie flatteuse : si changement climatique il y a, ce n'est pas le problème le plus grave ni le plus urgent, voyez la faim dans le monde, la pauvreté, le chômage, la peste et le choléra. Avec ce genre de propos, les climato-sceptiques font d'une pierre deux coups. Un, on rassure le public qui ne voit plus de raison d'envisager de modifier ses comportements. Deux, on le flatte en le faisant se sentir généreux, à moindre coût puisque rien n'assure que les sommes qui ne seront pas investies dans la lutte contre le changement climatique le seront vraiment pour faire reculer la pauvreté et les maladies. Pourquoi mettre en balance la prise au sérieux de la question climatique et l'accès à l'eau ou aux soins et pas, par exemple, les dépenses d'armement ou les milliards dépensés en jeux vidéo ou en alimentation pour chiens et chats ? De plus, l'argument escamote l'interconnexion entre le changement climatique et tous les problèmes mis en avant, qu'il s'agisse de l'accès à l'eau, à l'énergie et aux soins, ou de la pauvreté, et de la vulnérabilité, qu'il risque fort d'aggraver et dont il compliquera les solutions. Depuis 1992, la Convention climat s'inscrit "dans la perspective du développement soutenable", jargon diplomatique certes mais qui rejette clairement la "décroissance" et souligne l'attention à porter au contenu même du développement. Monsieur Atlan s'instruirait certainement en lisant les rapports du groupe III du GIEC et l'importante littérature sur les politiques climatiques. Il y verrait comment des politiques dites "sans regrets" visent la recherche de complémentarités entre baisse des émissions de CO2, réduction de la pollution atmosphérique locale, recherche d'alternatives énergétiques, gestion des ressources non-renouvelables et créations d'emplois. Il y verrait comment des réformes fiscales peuvent présenter un "double dividende" en combinant baisse des émissions et allègement des charges directes sur le travail, tout en améliorant la couverture des besoins des plus démunis et en préservant les dispositifs de sécurité sociale.
POURQUOI MAINTENANT ?
Le débat aujourd'hui lancé dans les médias en France et dans d'autres pays n'est pas un débat scientifique, même s'il en emprunte la forme, mais une bataille qui a pour enjeu la fabrique de l'opinion publique. Il s'agit de délégitimer les politiques du climat au moment où elles commencent péniblement à se mettre en place et où la communauté des Etats est encore dans une phase d'hésitation devant l'engagement. Le quatrième rapport du GIEC paru en 2007 n'a fait que renforcer le diagnostic posé dès le premier rapport de 1990, diagnostic que l'évolution en vingt ans du climat et des connaissances a confirmé et précisé. Que des intérêts immenses se sentent menacés n'est guère surprenant. Mais il faut bien situer la controverse sur son vrai terrain : en dépit de ses incertitudes et de ses imperfections, la science du climat, y compris dans ses aspects socio-économiques, n'est pas en cause. Elle ne règle pas par elle-même la question du "que faire ?" Il revient à la société de décider si elle veut ou non tenir compte de la meilleure connaissance disponible à un moment donné pour orienter son développement et veiller aux intérêts des générations futures. C'est d'un débat honnête et sérieux sur l'orientation collective de l'humanité que l'épidémie climato-sceptique cherche à détourner les citoyens.
Signataires : Jean-Louis Fellous, ancien responsable des programmes d'observation de la Terre du CNES et ancien directeur des recherches océaniques de l'Ifremer ; Jean-Charles Hourcade, économiste, directeur de recherche au CNRS, directeur d'études à l'EHESS ; Sylvie Joussaume, climatologue, directeur de recherche au CNRS ; Olivier Godard, économiste, directeur de recherche au CNRS, école Polytechnique ; Catherine Gautier, géographe, professeur à l'Université de Californie à Santa Barbara ; Stéphane Hallegatte, chercheur, Météo-France
ISF : le nombre d'exilés fiscaux s'est accru en 2008
821 redevables à l'ISF ont quitté la France en 2008, contre 719 en 2007. Et ce malgré le bouclier fiscal.
Le bouclier fiscal empêche t-il vraiment l'exil fiscal ? En 2008, où le bouclier fiscal a été abaissé à 50% des revenus, 821 redevables à l'ISF ont quitté la France, d'après les chiffres du ministère du Budget que le Figaro s'est procuré.
En 2007 où le bouclier était pourtant de 60% - seuls 719 contribuables avaient quitté la France et son ISF ! Néanmoins, le flux des exils était plus important avant l'instauration du bouclier. Ainsi en 2006, 846 redevables à l'ISF se sont exilés.
Par ailleurs, 312 expatriés fiscaux sont revenus en France en 2008. C'est mieux qu'en 2007 où ils étaient 246.
Les paris en ligne désormais légaux en France
L'Assemblée a voté mardi l'ouverture à la concurrence des paris sportifs et hippiques et des jeux de poker en ligne. L'État compte récupérer 100 millions d'euros d'impôts par an qui lui échappaient jusqu'à présent.
La Coupe du monde de football en Afrique du Sud, qui démarrera dans deux mois, a donné un coup d'accélérateur à la libéralisation des jeux en ligne dans l'Hexagone.
Les casinotiers et les nouveaux acteurs des jeux d'argent sur Internet militaient depuis des années pour être autorisés à ouvrir aux internautes français leurs sites de paris sportifs et de jeux de poker. Mardi, le Parlement leur a donné son feu vert définitif. À l'Assemblée, le projet de loi ouvrant à la concurrence les jeux de paris en ligne a été voté à 299 voix contre 223.
Les agréments accordés début juin
Jusqu'à présent, les joueurs français ne se privaient pas de miser sur la Toile. Ils pouvaient soit parier en toute légalité sur les sites de La Française des jeux ou du PMU, soit se rendre sur les sites de grands groupes européens de manière illicite. La plupart des opérateurs de jeux en ligne leur donnaient la possibilité de jouer depuis la France tout en affichant un avertissement sur le caractère illicite de ce type de paris. Mais cette menace n'a guère freiné leurs ardeurs : on estime à 3,5 milliards d'euros le marché des paris en ligne en France, dont un tiers seulement est réalisé par les opérateurs légaux. Le reste est engrangé par des sociétés souvent cotées en Bourse (bwin, Unibet), enregistrées à Malte ou Gibraltar et sur lesquelles le fisc français n'a pas de prise. L'État estime à 100 millions d'euros par an les recettes qui rejoindront ses caisses du Trésor grâce à à la légalisation de certains jeux.
Dans les semaines qui viennent, les opérateurs et les membres de l'Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel), la nouvelle autorité constituée pour examiner les demandes des prétendants, n'auront pas de temps à perdre. Les décrets devraient paraître d'ici à la fin du mois et les demandes d'agrément seront examinées en mai par l'Arjel. Leurs délivrances seront accordées début juin à quelques jours seulement du lancement de la Coupe du monde.
Pour les gros acteurs du jeu nés sur la Toile tels que l'autrichien Bwin, le suédois Unibet ou le français Mangas Gaming - dans lequel Stéphane Courbit et Louis Dreyfus SAS ont investi -, cette ouverture à la concurrence est un premier pas. Mais ils attendent avec impatience que les jeux de casino en ligne (roulette, black-jack…) soient à leur tour légalisés. Ils fustigent toutefois le niveau de fiscalité qui sera supérieur à celui pratiqué outre-Manche ou en Italie.
L'État français prélèvera 7,5% des mises des joueurs pour les paris hippiques et sportifs et 2% des mises pour le poker.
De leur côté, les casinotiers (Partouche, Barrière et Tranchant) qui ont récemment assisté à une chute régulière de l'activité de leurs établissements «en dur» espèrent que la Toileleur apportera un relais de croissance.
mardi 6 avril 2010
Sarkozy affronte ce matin la colère des jeunes agriculteurs céréaliers d'Ile-de-France
Les céréaliers, les plus jeunes en tête, attendent de pied ferme Nicolas Sarkozy, qui visitera mardi une exploitation en Ile-de-France, s'estimant doublement pénalisés par la crise et la diminution des aides européennes.
Le président de la République est attendu à 10h00 à Buno-Bonnevaux (Essonne) dans l'exploitation
céréalière de Samuel Herblot. Ce dernier est adhérent au syndicat des Jeunes Agriculteurs (JA) dont la section Ile-de-France (IDF) a mené ces derniers mois plusieurs actions spectaculaires.
Cet automne, une cinquantaine d'agriculteurs franciliens ont bloqué pendant deux heures le trafic sur les Champs-Elysées avant de déverser en décembre de la paille devant le palais présidentiel.
Au salon de l'agriculture, ils avaient menacé de perturber la visite du chef de l'Etat avant de renoncer après avoir obtenu un rendez-vous avec ce dernier. Nicolas Sarkozy les a reçus à la mi-mars et leur a promis cette visite dans l'Essonne.
"Nous sommes totalement exsangues financièrement", affirme Christophe Hillairet, 39 ans, céréalier et président de la chambre d'agriculture d'Ile-de-France, une structure qui mène le combat aux côtés des JA sans le soutien du réseau des chambres d'agriculture.
Selon lui, "si aucune mesure n'est prise "un tiers du secteur des grandes cultures (céréales, colza,...) aura disparu en 2011". Son exploitation de 170 hectares est dans le rouge et c'est son "épouse qui (le) fait vivre".
Les jeunes céréaliers demandent des annonces. "C'est une question de survie. Il faut des mesures", martèle Damien Greffin, 34 ans, président des JA IDF, qui se dit prêt à en découdre à nouveau.
L'an dernier la filière a vu ses revenus baisser de 51% dans la foulée de la chute des cours des céréales (-24%) qui avaient été au plus haut en 2006 et 2007.
La baisse de la rémunération des céréaliers est similaire à celle des producteurs laitiers alors qu'en moyenne le monde agricole a enregistré une diminution de 34% de ses revenus en 2009.
"Pour les agriculteurs qui sont en vitesse de croisière c'est déjà difficile mais pour les jeunes qui sont en phase d'installation avec un endettement lourd sur 10 à 12 ans c'est encore plus compliqué", explique M. Greffin.
En toile de fond de cette exaspération, il y a surtout la décision en 2009 de l'ancien ministre de l'Agriculture Michel Barnier de rééquilibrer les aides européennes pour une politique agricole commune (PAC) "plus juste".
Cette décision prévoit qu'à partir de cette année, plus d'un milliard d'euros vont être réorientés vers des secteurs à soutenir (agriculture bio, élevage,...), aux dépens des céréaliers, jusqu'ici les plus favorisés.
Un choix mal accepté par ces derniers et qui a suscité d'importantes dissensions au sein du monde agricole. Une délégation de jeunes céréaliers est même venue l'an dernier manifester son mécontentement lors du congrès de la FNSEA à Poitiers, en prenant à partie son président, Jean-Michel Lemétayer, qui avait entériné la décision du ministre.
"Cette redistribution des aides a été décidée lorsque les prix étaient hauts, sauf qu'aujourd'hui les prix n'ont jamais été aussi bas depuis 20 ans et qu'on va nous enlever 100 euros de soutien à l'hectare", martelle Damien Greffin.
Ce dernier ne veut pas entendre parler de nouveaux programmes d'aides avec des prêts à taux bonifiés comme ceux annoncés ces dernières semaines pour venir en aide aux agriculteurs. "L'idée c'est d'obtenir une compensation à l'euro près, soit 1,2 milliard d'euros", prévient-il.
Allons-y, prenons le risque de choquer : la violence n'est pas un problème majeur de l'école française. Il faut le rappeler très tranquillement quand seulement 5% à 10% des établissements sont concernés. 5 à 10% c'est encore trop, beaucoup trop, évidemment. Un pourcentage inacceptable de gâchis pour des centaines de jeunes collégiens et lycéens, victimes d'un handicap qui mérite la mobilisation de la Nation. Mais cette addition de tragédies scolaires reste suffisamment limitée pour qu'elle ne déclenche un tour de vis généralisé.
La tentation de sanctuariser l'école part de l'intention louable d'assurer aux élèves un cadre serein pour étudier et s'épanouir. Mais opter pour cette option sécuritaire créerait un danger sans doute bien plus réel que celui qu'il prétend conjurer. Rien ne serait pire que de porter un regard de méfiance et de crainte sur les jeunes, a fortiori dans les quartiers difficiles. Le recours à la manière musclée risquerait de provoquer une incompréhension, voire un rejet de tout ce qui symbolise l'ordre. Imposé à des élèves incrédules, il alimenterait inévitablement une culture d'opposition à toute forme d'autorité venue de l'extérieur. Et il dévaloriserait du même coup celle de la communauté éducative ! Quel aveu d'échec en perspective.
En mettant en garde d'entrée de jeu contre une « dramatisation excessive » de la situation, l'organisateur des « états généraux » contre la violence scolaire, lance plus qu'un avertissement contre les analyses trop rapides. Une mise en garde contre les simplismes qui ne régleront rien. Ni les élèves, ni leurs professeurs, ni même l'immense majorité des principaux et proviseurs, n'ont envie de travailler à l'abri de portails de sécurité à l'entrée, ou de patrouilles de policiers et de gendarmes à l'extérieur. Toutes les enquêtes, les unes après les autres, montrent que l'école-forteresse, inévitablement isolée de la vie réelle, ne serait la solution. Il serait ridicule de vouloir la mettre sous cloche quand plus de huit parents sur dix pensent que leurs enfants sont en sécurité dans leur établissement...
Le succès de La journée de la jupe - où Isabelle Adjani, en prof de lycée au bord de la crise de nerfs, se révolte contre l'irruption d'une violence brute dans sa propre classe - suffirait à démontrer à quel point l'école est traumatisée par ce fléau, pourtant... Mais au fond, elle reste persuadée qu'elle ne parviendra à le vaincre qu'en s'engageant elle-même pour se faire respecter.
Même si Luc Chatel s'en défend, le gouvernement - qui voudrait apporter une réponse immédiate, et surtout visible, à un problème sensible aux yeux d'une partie de son électorat - hésite encore à se prêter à une réflexion de plus. Elle seule, pourtant, pourrait prendre la vraie dimension d'un phénomène qui dépasse largement du cadre scolaire. Et y répondre avec les yeux du XXIe siècle.
Le bouclier fiscal piège Nicolas Sarkozy dans une nasse dont il aura du mal à s'extraire. Remettre en cause sa réforme étendard serait un aveu d'échec qui fragiliserait la situation de la France et, sans un assainissement rapide de la dette, l'exposerait à la spéculation internationale. Les pays qui, comme la Chine, profitent de la faiblesse de leur monnaie pour pratiquer le terrorisme financier et itinérant sur les États, nous regarderaient bientôt comme la Grèce, le Portugal ou l'Espagne. Le président de la République sait qu'il doit combler en partie les déficits pour corriger cette fragilité. Il sait aussi qu'à très court terme, il va avoir besoin de disponibilités pour rétablir l'équilibre des caisses de retraites et engager la réforme dans de bonnes conditions. Une belle occasion pour lui de « bricoler » en douceur le bouclier, tout en expliquant qu'il prend l'argent là où il est pour sauver la retraite par répartition.
L'impact du sauvetage des banques et les coups de boutoirs de la gauche, comme d'une partie de sa propre majorité, contre le bouclier empêchent désormais Nicolas Sarkozy de parler de la justesse de sa politique fiscale.
Car les élus UMP ont entendu le rejet du bouclier par leur électorat populaire en allant à sa rencontre sur les marchés pendant la campagne des régionales. On leur a beaucoup répété que ces mesures protègent les revenus du capital et n'apportent rien aux chômeurs quand les profits eux sont repartis à la hausse. Même les citoyens les moins familiers des mécanismes financiers ont aujourd'hui compris que taxer les revenus financiers, c'est taxer l'argent produit par l'argent. Et cet argent-là n'a rien à voir avec celui produit par le travail. S'il ne veut pas traîner ce boulet jusqu'en 2012, Nicolas Sarkozy doit le désamorcer.
La solution serait peut-être pour le chef de l'État de renoncer à sa politique initiale en l'assumant et en lui substituant une politique de régulation inscrite dans la durée plus que dans les coups ponctuels. Les 1.500 milliards de déficits de l'État sont là qui vont lui imposer la méthode de Churchill n'hésitant pas à promettre à son pays du « sang et des larmes ». Et cela, on ne peut pas le demander à ceux qui n'ont que les yeux pour pleurer.
Rachida Dati nie avoir répandu des rumeurs sur Sarkozy
La députée européenne serait en disgrâce auprès de l'Elysée, qui la soupçonnerait d'avoir colporté des rumeurs sur le couple présidentiel. Elle a reçu le soutien de certains élus de la majorité.
C'est le Canard Enchaîné qui avait mis le
feu aux poudres, mercredi, en annonçant que Rachida Dati avait été forcée, au soir du premier tour des régionales, de rendre les clés de sa 607 de fonction et de se séparer de son escorte de trois policiers, restés à sa disposition depuis son départ du gouvernement. Selon l'hebdomadaire satirique, généralement bien informé, c'est sur ordre direct de l'Elysée que Frédéric Péchenard, directeur général de la police nationale, avait prié ses fonctionnaires de cesser sur-le-champ la protection de l'ancienne garde des Sceaux.
«Rien de personnel», avait alors répondu le ministère de l'Intérieur, qui prétendait que Rachida Dati avait simplement fait les frais d'une réorganisation globale des équipes de protection. «La protection d'autres personnalités politiques a été réduite pour obéir aux observations de la Cour des comptes», détaillait dans Le Monde Brice Hortefeux. Avec preuve à l'appui : Christian Poncelet, Michel Charasse, Bruno Le Maire, ont aussi été privé de leur escorte.
C'était sans compter sur les révélations du Journal Du Dimanche, qui expliquait ce week-end que la députée européenne s'était aussi vue confisquer en urgence le chauffeur qui avait été mis à sa disposition par la Chancellerie. Là encore sur intervention directe du président de la République. De là à parler d'acharnement de Nicolas Sarkozy à l'encontre de Rachida Dati, il n'y a qu'un pas que le JDD a eu vite fait de franchir.
Selon le journal, la maire du VIIe arrondissement de Paris est en pleine «disgrâce» à l'Elysée, où elle est soupçonnée d'avoir colporté des rumeurs sur le couple présidentiel. Le JDD prétend même qu'une enquête des services de renseignement français ciblant «Rachida Dati dans la diffusion d'informations jugées malveillantes à l'Elysée» a été remise au chef de l'Etat avant le premier tour des régionales.
La garde rapprochée de Dati contre-attaque
Une mise en cause que la députée européenne n'a pas franchement apprécié. Dans un communiqué publié dimanche soir, elle nie fermement être à l'origine des rumeurs. Elle «proteste avec indignation contre les allégations de certains organes de presse lui prêtant une quelconque responsabilité dans la propagation de rumeurs absurdes et inadmissibles sur la vie privée du couple présidentiel». Elle «se réserve le droit d'agir en diffamation contre ceux qui reprendraient cette allégation dénuée de tout fondement et la reliant de surcroît à la suppression naturelle de sa protection policière, présentée comme une sanction», ajoute le communiqué.
Immédiatement, plusieurs parlementaires UMP ont volé au secours de l'ancienne ministre de la Justice. A l'image de Christian Jacob, président de la commission du Développement durable de l'Assemblée nationale, qui dénonce la «campagne calomnieuse» dont serait victime Rachida Dati. «Je me fais l'écho de beaucoup de parlementaires qui se disent offusqués par ces attaques complètement folles», assure l'ancien ministre de Jacques Chirac, aujourd'hui bras droit du patron des députés UMP Jean-François Copé.
Le sénateur UMP de Paris, Philippe Dominati, a également apporté son soutien à la maire du VIIe arrondissement, expliquant que «ces attaques sont la manifestation d'une prise d'importance de Mme Dati de par ses déclarations télévisées au soir du premier tour des régionales et de par son positionnement de plus en plus dense sur la scène parisienne». Selon lui, Rachida Dati, qui n'a jamais fait mystère de ses visées sur la mairie de la capitale, «gêne manifestement de plus en plus à Paris».
Dimanche soir, Dominique Sopo, président de SOS Racisme, s'est dit également «étonné que le nom de Rachida Dati se trouve lancé en pâture sur des sites internet et auprès de journalistes comme étant à l'origine des rumeurs sur le couple Sarkozy-Bruni». «Je ne peux pas m'empêcher de me rappeler qu'à son entrée au gouvernement, Mme Dati avait fait l'objet d'une virulente campagne manifestement initiée par des individus qui n'avaient pas digéré qu'une personne s'appelant ‘Rachida' puisse devenir garde des Sceaux.», a-t-il expliqué. Avant d'ajouter : «Il est à espérer que nous ne soyons pas aujourd'hui confronté à un même type de motivations».
Nicolas Sarkozy avait donné à son début de mandat la marque d'un volontarisme puissant. Très vite, se réservant l'essentiel des décisions, il est devenu ce dont il rêvait : hyperprésident, supermanager de l'entreprise France. Il affirmait aux Français qu'il savait ce dont la France était malade, ce dont il fallait la sauver, et les remèdes qu'il fallait lui administrer. Cette posture conduit à promettre beaucoup et à s'exposer sur tous les fronts. Elle y contraint même, parce que le moindre retrait risque d'apparaître - y compris aux yeux du chef de l'État - comme un aveu de faiblesse.
Mais, en démocratie, la charge du règne - car c'est de cela qu'il s'agit - est impossible à tenir. Dans la monarchie traditionnelle, le règne s'appuie sur une puissance symbolique, celle de la transcendance dont le monarque est le représentant. En démocratie, le centre du pouvoir est vide. Le gouvernant n'est que le représentant de la volonté du peuple, volonté qui reste toujours en débat. Il n'est donc pas institué pour décider de lui-même, par l'effet du lien qui l'unit à la divinité, mais pour rechercher et exprimer la volonté du peuple assemblé, et non la sienne. Il ne règne pas, il préside. Cette distinction est fondamentale. L'élection a remplacé le sacre pour célébrer le pouvoir, et l'élu n'est jamais que le représentant du peuple qui exerce son autorité par le vote.
Voilà pourquoi Nicolas Sarkozy se trouve en porte-à-faux avec le pays, à mi-mandat. Se mettant en scène comme s'il pouvait tout, il s'est exposé à deux dangers.
Le premier est de se tromper sur la réalité, illusionné par le fantasme de toute-puissance qui hante toujours celui qui exerce le pouvoir. C'est ainsi, pour ne donner que deux exemples, qu'il a engagé une politique économique qui s'est vite retrouvée à contre-courant de la situation mondiale, dès le début 2008. De même, n'a-t-il pas anticipé les réactions que susciterait l'idée de placer son fils à la tête de l'Établissement public d'aménagement de la Défense.
Le second risque est de devoir se dédire régulièrement de promesses trop hâtives et de ruiner la crédibilité de la parole politique. On l'a vu plusieurs fois, de l'emploi à Gandrange jusqu'à l'abandon de la taxe carbone, en passant par le surprenant dirigisme économique qu'il a revendiqué, en vain, à l'égard de Renault, notamment, alors qu'il s'était affiché comme le champion du libéralisme en matière d'économie.
Le discours qui a suivi l'échec des régionales ne semble pas montrer que Nicolas Sarkozy ait changé : que ce soit sur la burqa, sur la Politique agricole commune ou sur la sécurité, c'est toujours la même posture qui prévaut. Celle du « régnant » qui décrète, alors que, sur ces problèmes, il importe d'abord de présider, c'est-à-dire de commencer par établir un vrai diagnostic, indispensable pour proposer des politiques appropriées qui permettent à la population de s'engager dans la construction d'un destin commun.
L'abstention ne provient pas du seul désintérêt des citoyens pour l'échelon régional, elle traduit plus fondamentalement le rejet d'une telle conception de la politique, dont Nicolas Sarkozy n'a pas le monopole, mais dont les effets peuvent être aussi démobilisants qu'illusoires.
(*) Éditeur et écrivain.
Jean-François Bouthors (*)
Les centristes se cherchent une nouvelle famille
Après l'échec électoral du MoDem de François Bayrou, Hervé Morin (Nouveau Centre) et Jean Arthuis (Alliance centriste) ont jeté les bases d'un nouveau parti politique indépendant.
Que comptez-vous faire pour relancer le centre ?
L'Alliance centriste et
le Nouveau Centre ont lancé un appel, le 25 mars, pour refonder la famille centriste. Nous étudions ensemble les statuts du parti politique que nous voulons recréer. La porte est ouverte à tous ceux qui partagent nos valeurs humanistes, sociales, libérales et européennes. En rassemblant tous les centristes, nous entendons clore la période d'effacement ouverte au lendemain de la présidentielle de 2007.
Resterez-vous partenaires de la majorité ?
Nous voulons créer un parti indépendant. L'indépendance permet de nouer des alliances pour agir tant au plan local que national. Mais, être indépendant, ça veut dire faire entendre notre propre tonalité, nos convictions. Nous rencontrons le Premier ministre aujourd'hui pour lui rappeler nos priorités.
Iriez-vous, le cas échéant, jusqu'à vous désolidariser de ce gouvernement ?
Oui, bien sûr. Mais je reste confiant. Et je pense que nous pouvons tenter de travailler en écho avec des parlementaires UMP issus du centre. À défaut de rejoindre dès maintenant leur famille d'origine, ils pourront, s'ils le souhaitent, prendre part à notre communauté d'idées et peut-être de votes.
Sur quels points voulez-vous faire entendre votre propre musique ?
Il faut éviter d'ouvrir des débats sur des questions accessoires. Cesser de faire voter des lois de circonstances qui ne répondent qu'à des préoccupations médiatiques. L'urgence est de rétablir la compétitivité pour arrêter les délocalisations et vaincre le chômage. Il faut simultanément réduire les déficits publics. Cela suppose de poursuivre les réformes pour mieux maîtriser les dépenses.
Nous vivons une crise lourde et profonde qui appelle tout le monde à des efforts. Mais ces efforts doivent être équitablement répartis. Certaines des mesures qui paraissaient judicieuses en 2007 ne sont plus d'actualité. Il faut abattre les tabous, ceux du bouclier fiscal et de l'ISF, et imposer plus lourdement (45 %) les plus hauts revenus.
Les centristes présenteront-ils un candidat à l'élection présidentielle de 2012 ? Hervé Morin sera-t-il ce candidat ?
Dès que nous aurons bouclé nos propositions, nous devrons choisir un candidat apte à porter notre projet devant les Français. Il sera désigné à l'occasion de primaires. Il n'est pas imaginable que notre candidat soit membre du gouvernement.
Votre démarche ne risque-t-elle pas d'affaiblir Nicolas Sarkozy et la droite dans son ensemble ?
Notre mission est de redresser la France et de redonner confiance à tous les Français. Notre engagement et notre démarche doivent renforcer le crédit de l'action politique. Toute majorité doit savoir organiser la diversité de ses membres. Le rassemblement de clones n'a aucune valeur ajoutée. Je me méfie de ce que Raymond Barre appelait la « tarte à l'union ».
Recueilli parThierry RICHARD.
RUMEURS – Qui en veut aux Sarkozy ?
Elle court, elle court, la rumeur sur le couple Sarkozy. Plus qu'une mauvaise blague, l'Elysée parle de "complot" à l'encontre du président et de son épouse. Relayée à son insu par le JDD, l'information calomnieuse fait aujourd'hui l'objet d'une plainte. Qui pourrait en vouloir à Nicolas et Carla ?
Cela fait plusieurs semaines que
des rumeurs circulent sur le couple présidentiel (AFP). On les dit en pleine tempête, on parle de leurs infidélités et même de leurs nouvelles conquêtes célèbres. Ces bruits de couloir alimentent la Toile, Facebook et Twitter notamment. Le 8 mars dernier, c'est le Journal du Dimanche, via l'un de ses blogs affiliés, qui relaie la calomnie. Si le texte a été retiré du site quelques heures après sa publication, le mal était déjà fait. La presse internationale (britannique, suisse, néerlandaise, … et même indienne) reprend l'info et l'estampille "lu dans le Journal du Dimanche".
Nicolas et Carla voient rouge
Le couple super médiatique n'a pas apprécié d'être relégué, sans son consentement, aux pages people des magazines. L'Elysée fait donc pression sur le JDD pour qu'il trouve et pende les responsables. Le directeur de la rédaction, Olivier Jay, envoie ses plus plates excuses et fait de son mieux pour découvrir l'auteur de ce post. Après plusieurs semaines de déni, le directeur des opérations de Newsweb, filiale de Lagardère Active, qui gère les plateformes internet du groupe (JDD, Paris Match ou Europe 1), avoue finalement que tout est parti de chez lui. Un jeune homme de 23 ans embauché pour faire du buzz s'était chargé de colporter la rumeur. Le bloggeur Miklo7 est enfin démasqué, les deux hommes démissionnent.
Le JDD porte plainte
Cela n'est cependant pas suffisant pour l'Elysée. "Nous faisons de cette ignominie un casus belli. Nous voulons aller jusqu’au bout pour que cela ne se reproduise plus jamais. Comme on dit, la peur doit changer de camp.", souligne Pierre Charon, conseiller en communication de Nicolas Sarkozy. Le Journal du Dimanche décide alors de porter plainte contre X pour"introduction frauduleuse de données dans un système informatique", une peine passible de cinq ans d'emprisonnement et de 75.000 euros d'amende. La nouvelle réjouit le palais présidentiel qui cherche toujours le commanditaire de cette rumeur, qualifiée même de "complot" anti-Sarkozy. "Il y a encore des choses à découvrir. Cette plainte permettra de reconstituer l’environnement des fautifs. De voir qui a parlé à qui", prévient l’Elysée.
Qui est le coupable ?
"Maintenant, on va voir s'il n'y a pas une espèce de complot organisé, avec des mouvements financiers, pourquoi pas.", anticipe Pierre Charon. Avant de pouvoir confirmer une deuxième affaire Clearstream, les rumeurs vont bon train sur qui profiterait de cet étalage public de linge sale. Des internautes anonymes voulant railler le pouvoir ? Dominique de Villepin, le Monte Cristo de la droite ? Les proches du président regarderaient plutôt du côté de Strasbourg et de Rachida Dati. Certains pensent même que c'est à cause de ces soupçons que l'ancienne Garde des Sceaux aurait été soulagée de ses privilèges, après qu'une enquête des services de renseignement français ciblant "Rachida Dati dans la diffusion d'informations jugées malveillantes à l'Elysée" a été remise au chef de l'Etat. L'euro-députée, qui se déplace à pieds, a tout nié dans un communiqué. Dans ce cluedo de la calomnie, tout semble possible. Se pourrait-il alors que Nicolas Sarkozy ait lui-même lancé cette rumeur ? Cela avait en effet étonnamment bien servi la cote de popularité de Dominique de Villepin après le procès des faux-listings.
Si les enquêteurs de l'Elysée sont sur le coup, il y a pourtant peu de chance que le coupable soit un jour connu et condamné. Quant aux rumeurs, elles ne sont pas prêtes de s'arrêter. En politique, c'est tous les jours le 1er avril.
lundi 5 avril 2010
Le site de la féria d'Arles piraté par des anti-corrida
Le site officiel de la féria de Pâques à Arles
(Bouches-du-Rhône), qui doit s'achever lundi soir, a été piraté par des militants anti-corrida, qui ont affiché sur la page d'accueil le message "la fête est finie".
Le contenu du site a été remplacé par des photos d'un torero se faisant encorner et des images de taureaux morts. La page d'accueil présente également une phrase de Gandhi : "On reconnaît le degré de civilisation d'un peuple à la manière dont il traite ses animaux."
Le ou les pirates ont également publié un message annonçant la fermeture définitive prochaine du comité de la féria.
L'Eglise catholique, éclaboussée par les scandales de pédophilie, a resserré les rangs, hier, autour du pape. Benoît XVI a prononcé une bénédiction de Pâques centrée sur les conflits en cours, notamment au Moyen-Orient, mais sans aborder ces affaires.
« L'Eglise est avec vous ! », a assuré au pape le doyen des cardinaux, Mgr Angelo Sodano, dans un message de voeu pascal tout à fait exceptionnel, lancé juste avant la messe présidée par Benoît XVI. « Avec vous les cardinaux, vos collaborateurs de la Curie romaine. Avec vous les confrères évêques éparpillés de par le monde. Particulièrement avec vous en ces jours, les 400 000 prêtres qui servent généreusement le peuple de Dieu », a affirmé le cardinal.
Accusé d'avoir couvert
des prêtres pédophiles
à Munich
Depuis plusieurs mois, l'Eglise catholique est touchée par une cascade de scandales révélés en Europe, particulièrement en Irlande. Son chef lui-même a été accusé dans la presse d'Allemagne, son pays natal, et des Etats-Unis d'avoir couvert des prêtres pédophiles quand il était archevêque à Munich, puis lorsqu'il était à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi avant de devenir pape en 2005.
En prononçant sa bénédiction « urbi et orbi » (« à la ville et au monde ») depuis le balcon de la basilique, le pape a affirmé que face à une crise « profonde », l'humanité a « besoin » d'une « conversion spirituelle et morale » et de « changements profonds, à commencer par celui de la conscience ». Mais Benoît XVI n'a pas fait d'allusion aux scandales en cours, devant la foule de fidèles massés sous la pluie place Saint-Pierre, qui l'ont acclamé avec ferveur. Interrogés, ceux-ci ont pour la plupart pris la défense de l'Eglise face aux scandales. « Les journalistes en font quelque chose de plus important que cela ne l'est en réalité », a estimé Edgar Meier, un catholique venu d'Allemagne.
Avant de souhaiter « Joyeuses Pâques » en 65 langues, Benoît XVI a appelé à la paix au Moyen-Orient, en Terre Sainte et en Irak, ainsi qu'en Afrique, particulièrement en République démocratique du Congo, en Guinée et au Nigeria. Il a également évoqué l'Amérique latine et les Caraïbes « touchés par une dangereuse recrudescence des crimes liés au trafic de la drogue », ainsi que Haïti et le Chili dévastés par des séismes. Il s'est aussi inquiété du sort des « chrétiens qui à cause de leur foi souffrent la persécution et même la mort », citant particulièrement le Pakistan.
L'une des périodes les
plus difficiles de l'histoire
de l'Eglise catholique
La semaine pascale qui commémore pour les catholiques le martyre, la mort et la résurrection du Christ, a coïncidé avec l'une des périodes des plus difficiles de l'histoire de l'Eglise catholique. Déjà ternie par les scandales de pédophilie, elle a été marquée par une polémique supplémentaire, vendredi soir, lorsque le prédicateur du Vatican a dressé indirectement un parallèle entre l'antisémitisme et les accusations contre l'Eglise et Benoît XVI. Le Vatican a immédiatement pris ses distances, soulignant qu'il ne s'agissait pas de sa position officielle. Mais devant le tollé suscité par ses propos, le père Raniero Cantalamessa a présenté ses excuses, regrettant d'avoir « contre sa volonté heurté la sensibilité des juifs et des victimes de la pédophilie ».
Toute la semaine, les médias du Saint-Siège, l'Osservatore Romano et Radio Vatican ont publié des messages de soutien au pape et à l'Eglise face à « une propagande grossière » voire « une machination ». Hier, au moins trois journaux italiens publiaient des interviews de prélats défendant Benoît XVI, assurant qu'il fut le premier à initier la lutte contre la pédophilie dans l'Eglise.
« Un silence coupable »
« Il y a une campagne de dénigrement et de calomnies qui vise à salir le pape », s'est insurgé hier dans Le Parisien le chef de l'épiscopat français, Mgr André Vingt-Trois. Dans une interview à La Stampa, un autre important cardinal français, Roger Etchegaray, a appelé l'Eglise à « remplir sa mission sans se laisser intimider et sans craindre les ennemis ».
Le primat de Belgique, Mgr André Léonard, a qualifié « d'exemplaire » la récente lettre de Benoît XVI aux catholiques d'Irlande pour affronter la question de la pédophilie dans le clergé, même si cet archevêque a reconnu que l'Eglise a « pendant des décennies mal géré le problème ». « Par un silence coupable, on a souvent préféré la réputation de certains hommes d'Eglise à l'honneur de ces enfants abusés », a-t-il admis.
La vérité, ce diamant fragile, par Christophe Deloire
Cette bonne vieille vérité que l'on croyait venue à bout des mythologies, des chimères, des idéologies, vaut désormais moins qu'une incantation de chanteur ou un boniment d'actrice.
La France est un pays étrange, sécularisé, dans lequel la vieille morale bourgeoise a été quasi éradiquée, mais où il semble régner plus que jamais la distinction entre les observations qui ont le droit de cité et celles qui en sont bannies. Comme dans les vieilles familles, "toutes les vérités n'y sont pas bonnes à dire". Ne parlons pas de la Vérité, notion définitivement absurde, mais de ces petites vérités reposant sur des faits établis, sans doute partielles, mais toujours préférables au doigt mouillé ou à la profession de foi.
Dans la France de 2010, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) sanctionne une chaîne, Canal Plus, pour avoir retransmis les propos du journaliste polémiste Eric Zemmour. Ce dernier a prétendu dans l'émission "Salut les Terriens" : "Les Français issus de l'immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c'est un fait." La deuxième partie de la phrase est aussitôt critiquée. Aussitôt, l'employeur principal de l'impétrant le convie à un entretien préalable au licenciement. Un avocat général célèbre, Philippe Bilger, qui le soutient sur son blog, est aussitôt convoqué par le procureur général. Le monde médiatique s'en émeut, s'en offusque.
Au contraire, une grande partie du public s'offusque que l'on s'offusque. Sur les blogs qui traitent de l'"affaire", nombre d'internautes dénoncent ce qu'ils estiment être une atteinte à la liberté d'expression. Devant l'afflux des commentaires, et parfois leurs excès, les blogs décident les uns après les autres de fermer le robinet à paroles. Devant l'abondance du courrier des lecteurs, la convocation de Zemmour est annulée.
ÉLITE ÉCLAIRÉE FACE À UN POLÉMISTE ET UN PEUPLE VULGAIRES ?
Pour peu que l'on se renseigne sans a priori, il n'est pourtant pas absurde de penser que le propos sur "la plupart des trafiquants" est fondé. En 2007, journaliste au Point, j'avais tenté de révéler "ces statistiques qui dérangent". Après avoir compulsé des liasses de notes de synthèse de la direction centrale de la sécurité publique et de la direction centrale de la police judiciaire, j'avais estimé que 60 à 70 % des crimes et délits en France sont commis par des enfants de l'immigration africaine ou nord-africaine. Comme la délinquance est, au moins en partie, corrélée avec la relégation sociale ou culturelle, la statistique n'épuise pas la réalité, et surtout ne justifie pas l'excès de contrôles policiers. Mais le chiffre correspond (de manière plus ou moins pertinente) à un fait.
Toutes proportions gardées, un fait journalistique se reconnaît à la manière dont Karl Popper reconnaît une vérité scientifique. C'est une proposition réfutable sur le principe, qui n'a pas encore été réfutée. Des indices (la perception directe, les témoignages, les documents) permettent d'établir une vérité, qui sera récusée si d'autres indices me font changer de vérité. La croyance, religieuse ou politique, n'est en revanche pas réfutable. Elle est un choix, qui dépend de ma volonté plus que des indices.
Que préfère le monde médiatique ? Il est très intéressant de constater que les faits bruts avancés par Zemmour ont plus choqué dans le Landerneau que des opinions pour le coup très contestables. Ainsi le polémiste avait-il clamé que les entreprises avaient le "droit" de discriminer les Noirs et les Arabes. Que par "le droit" il ait entendu que la discrimination était "légitime" ou "légale", c'était soit scandaleux soit faux. A l'aune des réactions, ces assertions sans fondement étaient semble-t-il moins dérangeantes qu'une réalité toute crue.
Bien entendu la vérité est multiple, lointaine, profonde, même avec une "subjectivité désintéressée" comme la prônait Hubert Beuve-Méry. Mais avec l'occultation d'une réalité, d'un chiffre, d'un fait, même parcellaire, et l'interdiction d'en débattre, commence l'abolition de l'honnêteté et de l'idée même de vrai et de faux. Le plus étrange, en France, c'est qu'une vérité dérange plus que bien des inepties (ou les mensonges caractérisés qui prolifèrent impunément dans la vie politique).
Qui s'attache aujourd'hui à distinguer simplement le vrai du faux ? La vérité est sans doute une construction du réel, puisqu'elle repose sur un choix immanquablement subjectif de faits, mais elle ne souffre pas la négation du réel, ni la récusation des faits gênants. Ce devrait être le rôle premier des journalistes, de collecter tous les indices possibles pour comprendre le monde et la société, plutôt que de s'instituer en clercs proférant un prêchi-prêcha "responsable" et "moral". Si les journalistes s'avisaient seulement de lever le voile sur la réalité, peut-être seraient-ils plus populaires.
Autant que la crise économique, la défaite de la vérité, et son corollaire, la crise de la liberté d'expression, exaspèrent les Français. Sur certains sujets, le peuple (lecteurs et électeurs) ne supporte plus les leçons administrées par nos clercs autoproclamés. Sur l'immigration, la délinquance, la mondialisation, l'Europe, les communautarismes, les conflits d'intérêt, etc., les Français demandent que les médias leur disent la vérité (c'est-à-dire des vérités qui peuvent être différentes en fonction des lignes éditoriales), au lieu de s'évertuer à empêcher la révélation de faits bruts.
Il est absurde de s'étonner de la "dépression" française. Sans tomber dans la psychologie de bazar, tout corps social dont l'expression est retenue, auquel le déni de réalité est imposé, finit rongé de l'intérieur.
Une fois les éléments sur la place publique, les Français sont assez intelligents pour réfléchir. Quiconque pense le contraire doit proposer aussitôt l'établissement d'un despotisme éclairé à la place de la démocratie.
Etonnant paradoxe. L'humoriste de France Inter Stéphane Guillon peut raconter n'importe quoi, décrire untel en nazi et telle autre en "petit pot à tabac", il peut user d'une rhétorique déshumanisante, animalière, tracer des portraits diffamatoires sans se renseigner un instant sur la réalité de ce qu'il prétend "caricaturer", il passe pour un parangon de la liberté d'expression.
Tout est autorisé au divertissement, même les pires insinuations. L'air du temps spectaculaire préfère la méchanceté infondée au souci de l'exactitude.
Sur son blog, Brice Couturier, l'animateur de l'émission "Du grain à moudre", sur France culture, écrit à raison que la gauche bobo est désormais "bimi" : bien intentionnée, mal informée. On pourrait ajouter que la droite l'est autant. Il n'est point besoin d'avoir lu La Fabrique du consentement, de Noam Chomsky et Edward Herman, sur "la propagande médiatique en démocratie", pour savoir qu'en adeptes du "deux poids deux mesures", les médias peuvent colporter des intérêts particuliers, qu'ils soient nationaux, particuliers, ou de classe, sous couvert d'une doctrine de bonnes intentions.
QUE FAIRE ?
Mettre fin, immédiatement, à la traque du "dérapage" dans nos journaux. Vous avez remarqué ? Pour peu que l'on s'écarte de la pensée en ligne droite, c'est le "dérapage". Ceux qui sortent de la route doivent recevoir une leçon, pour l'exemple. Qu'ils votent "non" sur un traité constitutionnel européen, qu'ils soient favorables à une réflexion sur le protectionnisme, que le métissage général ne soit pas leur seul horizon politique, qu'ils dénoncent des conflits d'intérêt dans la société, ils doivent être remis dans le droit chemin. Ou éliminés dans le bas fossé du débat.
Dommage, car comme disait Gandhi, la vérité est "dure comme le diamant et fragile comme la fleur de pêcher". Plutôt que de nous aiguiller tels des magistrats du bien et du mal, les journalistes devraient nous aider à comprendre simplement ce que nous sommes, dans quel monde nous vivons.
L'on se demande parfois qui, de George Orwell, l'auteur de 1984, ou d'Aldous Huxley, celui du Meilleur des mondes, avait le mieux imaginé le monde futur. En tout cas, dans la France de 2010, pas besoin de Big Brother, le divertissement semble pris infiniment plus au sérieux que l'établissement laborieux des faits. Les journalistes devraient choisir leur camp tant qu'il en est encore temps.
Les sunlights du spectacle ou la recherche dans les laboratoires du réel.
Christophe Deloire est le directeur du Centre de formation des journalistes (CFJ)
La croissance mondiale pourrait dépasser les 4 % en 2010
La croissance de l'économie mondiale pourrait atteindre 4,1 % en 2010 au lieu de 3,9 %, estime le Fonds monétaire international (FMI) dans un document que l'agence de presse italienne ANSA a pu consulter. La croissance des Etats-Unis
atteindrait 3,0 % cette année, au lieu des 2,7 % que le FMI prévoyait en janvier, écrit ANSA.
Selon le quotidien des affaires Il Sole 24 Ore, le FMI devrait rendre ses prévisions publiques le 21 avril. La prévision de croissance de la zone euro a été revue à la baisse à 0,8 %, alors que le FMI tablait sur 0,9 % en janvier. L'estimation de croissance pour 2011 a elle aussi été abaissée de 0,1 point à 1,5 %. L'Europe "sort de la récession plus lentement que d'autres régions", juge le FMI, qui souligne que certains éléments freinent la reprise, notamment la crise budgétaire grecque. La première économie du Vieux Continent, l'Allemagne, devrait quant à elle bénéficier d'une croissance de 1,2 % de son PIB en 2010 et de 1,7 % en 2011. En France, la croissance devrait être de 1,5 %.
Hier, en marge d'une visite en Jordanie, Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du FMI, a rappelé que l'économie mondiale n'est "pas sortie d'affaire". Pour Dominique Strauss-Kahn, si la reprise mondiale a été plus rapide qu'attendu, la demande privée n'est pas suffisamment forte pour marquer le début de la fin de la récession prolongée que subit l'économie. DSK a toutefois refusé de commenter les chiffres évoqués par le quotidien italien des affaires.











