TOUT EST DIT

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mardi 19 avril 2011

Lentement, le pays s’effiloche

Nouvelles mesures d'austérité annoncées d'un côté, rumeurs persistantes de restructuration de la dette - et donc de faillite du pays – de l'autre : le choix qui s'offre aux Grecs accompagne une sorte de déliquescence de l'Etat, s'inquiète un éditorialiste. 

Pour le citoyen moyen, le pullover a commencé à s'effilocher. Les signes sont partout. A Corinthe, où 20 chauffards ont investi sans aucune difficulté un commissariat pour faire sauter leurs amendes. A Pérama, où des syndicalistes ont retourné une voiture de police avec des policiers à l’intérieur. A Kératéa où, depuis des mois, se tient une guérilla contre la police, où l’Etat se montre incapable de réagir [les habitants s'opposent à la construction d'une décharge d'enfouissement des déchets].
Aux péages et sur la place de la Constitution [au cœur d’Athènes], où le collectif "Je ne paie pas" agit en toute impunité et prend en otage ceux qui ne veulent pas violer la loi. A Patras, où des encagoulés s’en prennent à un prix Nobel de 80 ans [James D. Watson, prix Nobel de médecine en 1962].
Mais il ne s’agit pas là seulement de violence et d’anarchie. A DEI, [la compagnie nationale d'électricité], la découverte de dons de millions d’euros à une filiale a révolté les syndicats. Dans l’enseignement supérieur, la notification par un "comité des sages" nous indiquant que nous dépensons plus pour un étudiant que le reste de l’Europe, a été accueillie avec des menaces de fermetures d’universités par les professeurs.

Un climat de confusion incroyable

Et dans la santé, où nous dépensons autant que les Etats-Unis, les médecins ferment les hôpitaux aux patients en prétextant un manque de lit et de matériel pour les soigner. Heureusement, dans ce cas-ci, le ministre a immédiatement engagé une procédure disciplinaire. Quant au secteur public, les salariés les mieux payés font des grèves perlées.
Le résultat est que la troïka [FMI-BCE-UE] réalise que le mécanisme de perception d’impôt est pire que celui qui était en place avec les élections de 2009 ! Et tout ceci dans un climat de confusion incroyable dont la plupart du temps les acteurs sont les ministres.
Par exemple, le ministre de la Protection du citoyen qui, après quelques succès comme l’arrestation de membres d’organisation terroristes, a décidé de suivre la méthode de son prédécesseur et refuse de prendre ses responsabilité. De même pour la ministre de l’Environnement qui, jusqu’à présent, n’a rien trouvé à nous dire sur ce que signifie pour l'absence de décharge publique à Kératéa.

Les hôpitaux pourraient bel et bien fermer

Cette même confusion existe dans l’économie, avec des cadres du PASOK [le Parti socialiste au pouvoir] qui flirtent avec la restructuration de la dette, et montrent ainsi qu’ils ne comprennent pas la non concordance de notre problème et de la réalité face à laquelle nous sommes confrontés en Europe et aux marchés.
Parce que, bien évidement, les technocrates de la troïka nous menacent de livrer un avis négatif sur le versement de la quatrième tranche du prêt de 110 milliards d’euros – et si cela ce produisait, la question de la restructuration n’aurait plus aucun sens. Ce dilemme, le Premier ministre George Papandréou l’a encore posé dans son discours en Conseil des ministres [le 15 avril, quand il a annoncé de nouvelles mesures d'austérité].
Ces derniers jours, nous entendons donc les scénarios évoquant l’avenir proche si nous acceptions la restructuration pour le bien du peuple : les administrations n’auraient pas d’argent pour payer les salaires, les hôpitaux fermeraient bel et bien par manque de médecins et de matériel.
Le sondage de To Vima d'aujourd'hui montre qu’une grande partie de l’opinion publique, malgré les problèmes, malgré la déception envers gouvernement, continue de partager ces préoccupations. Il est donc temps que le PASOK, les ministres et les députés comprennent. Il n’y a pas de retour en arrière possible, seulement en avant…




Rumeurs

Démentie, la restructuration de la dette se prépare

Démentie, la restructuration de la dette se prépare Le gouvernement grec a "demandé au FMI et à l’UE la restructuration de l’ensemble de la dette publique grecque", assure Eleftherotypia. Selon le quotidien athénien, "la procédure devrait être discutée en juin pour être appliquée en 2012". La demande aurait été formulée par le ministre des Finances Georges Papaconstantinou lors de la réunion informelle des ministres des Finances de l'UE début avril, et lors de la visite des experts de la troïka FMI-BCE-UE, début avril. "Les démentis autour de la restructuration de la dette sont justifiés, explique le quotidien, car ce genre d’information ne s’annonce pas en amont. Un haut représentant du FMI, se confiant à Eleftherotypia, a affirmé que les démentis continueront jusqu’au dernier moment", précise le journal.

dimanche 13 mars 2011

La grande colère du peuple

Après un an de rigueur, le gouvernement de Georges Papandréou est toujours confronté au risque de faillite, à la méfiance des marchés et au manque de solidarité de certains pays européens. Quant aux citoyens, ils manifestent de plus en plus leur défiance en la politique, s'inquiète un éditorialiste. 

La plupart des Grecs sont en colère. Colère contre les reponsables politiques "qui se sont foutus de nous" et ont plongé le pays dans la situation actuelle uniquement parce qu'ils ont protégé leurs intérêts par la corruption, le népotisme et la gabegie des deniers publics. Colère contre les responsables politiques qui, depuis tant d'années, voient les scandales éclater un a un sans rien faire, sans que personne ne soit condamné, comme s'ils appartenaient à un club garantissant leur immunité. Colère contre les responsables politiques, qui sans y participer, encouragent la grande arnaque d'une économie qui fait payer ceux qui produisent et préfèrent encourager les profiteurs qui vivent avec l'argent de l'Etat ou brassent du vent. 
Colère contre le gouvernement et le PASOK (le Parti socialiste au pouvoir) qui, même en cette période de crise, ne sont pas à la hauteur des attentes des gens et ne sont pas capables d'expliquer la véritable ampleur du problème. Ils se bouffent entre eux et la plupart du temps sont paralysés face aux problèmes qu'ils ont a gérer.
Colère contre l'opposition conservatrice qui, alors qu'on est au bord du gouffre, continue de vendre des promesses mensongères et s'écroule dans un crescendo d'irresponsabilité. Colère peut-être contre la gauche qui a choisit la voix facile du "non à tout" sans proposer de solution.
On pourrait se demander pourquoi, puisque nous sommes tellement en colère, nous ne changeons pas de responsables politiques. Mais la réalité ne fonctionne pas ainsi. Ce qui reste stable, en revanche, ces dernières années, c'est l'impossibilité de nous changer, de moderniser notre système politique, la répétition des mêmes problèmes, du même comportement encore et toujours. La colère demeure donc mais devient l'une des pires conseillères.
Beaucoup comprennent que les sacrifices sont inévitables. Mais encore plus nombreux sont ceux qui, tout en étant d'accord avec les mesures de rigueur, espèrent également que justice sera faite, que les responsables paieront, du moins ceux qui sont pointés du doigt [principalement l'ancien Premier ministre Costas Karamanlis]. Qu'on le veuille ou non, le besoin de rigueur et celui de justice coexistent et il faut reconnaître que l'un ne peut  être le prétexte pour oublier l'autre.