vendredi 17 mai 2013
Émeutes du Trocadéro : un aveuglement idéologique
vendredi 14 septembre 2012
Draghi et Hollande jouent aux Lego
Engagement illimité et flexi-sécurité sont des improvisations. Il faudrait repenser des solutions plus pérennes.
L’un parle d’engagement illimité, l’autre de flexi-sécurité. Draghi
et Hollande proposent un bricolage destiné à colmater les brèches. Il
est à craindre qu’il s’agisse de routes qui ne mènent nulle part. À
l’image de ces décors Potemkine que sont certaines routes grecques
financées par l’Union européenne.
La flexi-sécurité n’est pas une mauvaise idée en soit. Elle consiste à
faciliter une flexibilité sur les postes de travail en échange d’une
sécurisation des parcours professionnels. Mais, outre qu’une mesure
bénéfique en période de conjoncture favorable n’est pas toujours
bénéfique en période récessive, cette mesure n’est susceptible d’avoir
des effets bénéfiques qu’à long terme, alors que le gouvernement s’est
fixé des objectifs d’amélioration de l’emploi à brève échéance.
Le Danemark, qui l’expérimenta avec succès, offrait des conditions de
possibilité, de réceptivité, de faisabilité que la mentalité française
n’offre pas. Il est à craindre qu’ici les partenaires sociaux ne
négocient qu’un accord a minima dépourvu du volet incitatif, à savoir
l’impossibilité de refuser un emploi de substitution, préconisée par
Sarkozy durant sa campagne et rejetée par les syndicats. En somme, faute
de ce socle patriotique ou support civique tant décrié par les élites,
la flexi-sécurité à la française risque d’achopper sur des effets
d’aubaine et des possibilités de passager clandestin. Surtout si l’on ne
redessine pas le périmètre de l’État.
Le mot « irréversible » a été repris par Pierre Moscovici. En 2000, ce dernier réclamait la « nécessité d’un approfondissement permanent » de l’intégration européenne car les « bienfaits économiques du marché intérieur sont partout ». Permanent, partout… comme s’il s’agissait de l’Esprit-saint ou du marxisme-léninisme ! Il n’est pas normal de décréter l’euro « irréversible ». Le propre des constructions politiques démocratiques est d’être ré-versibles en fonction des aspirations du peuple.
Certains ont une recette miracle : urgence des Euro-bonds et impératif d’engagement illimité de la BCE. S’y ajoutent de la relance, pour ranimer la croissance, et du fédéralisme à marche forcée, pour raffermir l’Union européenne. Cela peut difficilement fonctionner, pour la bonne et simple raison que cela recycle les mêmes ingrédients que ceux qui sont à l’origine de la crise. Il est difficile de croire que l’on puisse, par une sorte de subterfuge, recycler les causes de la crise pour en faire des solutions. La crise n’est pas celle de l’euro, c’est une crise de l’endettement dans le périmètre de la zone euro.
Les euro-obligations créeraient une strate de dette supplémentaire. Ils joueraient le rôle d’une eau de mer incapable d’étancher la soif, selon la formule du président de la Bundesbank. L’engagement illimité de la BCE, même strictement conditionné, risque de dévaloriser ses titres, en mettant à nu un problème de solvabilité, alors que l’intervention de la banque centrale américaine est seulement perçue comme palliatif à des problèmes passagers de liquidité.
Certains pensent qu’il suffirait de mieux répartir la dette sur l’assiette de l’euro, pour couper court à la spéculation. En offrant sa garantie sans bourse délier, un État évite de modifier sa comptabilité nationale officielle. Mais les marchés savent que ce procédé de recapitalisation engage des fonds publics. La dissimulation par des garanties publiques pose un problème de soutenabilité de la dette et de concentration du risque anesthésiant signaux d’alerte et correctifs. À trop tirer sur la corde...
jeudi 14 juin 2012
Pourquoi la droite est dominée
Concernant le Front national, l’UMP doit continuer sur une ligne
autonome sans se la faire imposer par le microcosme de gauche et
d’extrême-gauche.
L’UMP a tenu bon. Pas de front républicain pour faire barrage à tout
prix au Front national. Même Nathalie Kosciusko-Morizet a tenu bon. Elle
qui était invitée au journal de 20 heures pour désavouer son parti.
Elle a enfin découvert que Mendès-France ne s’alliait pas avec les
communistes.
Peut-être le discours de Jean-Luc Mélenchon, au soir du premier tour
des élections législatives, a-t-il décillé quelques paires d’yeux : «
l’ennemi a de nombreux moyens pour manœuvrer et tripoter dans les
esprits » mais « la grande roue de l’histoire est en marche », a-t-il
énoncé en langage bolchevique. Interrogé ensuite sur la chaîne i-télé,
il qualifie, au nom « des démocrates et des républicains », le FN de «
ferment de division du peuple et en particulier des travailleurs ».
Des politologues d’extrême-gauche ont échafaudé l’hapax « dénationalisme » : parti politique déloyal envers la démocratie, de façade parlementariste mais de substance fasciste, le FN ne serait pas nationaliste mais anti-national. Ce mode de raisonnement délirant, qui s’en prend aux travaux de Pascal Perrineau et Michel Winock comme complices du FN, véhicule un vocabulaire conspirationniste : « révèle », « occulte », « masquer », « double jeu »… La droite ne doit plus confondre ces vessies d’extrême-gauche avec des lanternes scientifiques.
Moins la droite est à droite et plus ils lui pardonnent
« Est-ce que la droite républicaine et du centre défend la nation ? », demande Bruno Le Maire, un des cerveaux de l’UMP (le 14 mai sur la chaîne LCP). Cette formule, répétée à deux reprises, n’est pas un lapsus. A proprement parler, elle est absurde : « la droite du centre », autant dire le football du rugby, ou bien le Canada de la France…
On comprend pourquoi il s’emmêle les crayons. Terrifié à l’idée de s’être enhardi à parler de nation, le cadre de l’UMP sait qu’il peut lui en cuire. Il risque de susciter l’ire médiatique des gros bras d’extrême-gauche. Il doit à tout prix donner des gages. Montrer par des formules rituelles qu’il n’est pas d’extrême droite.
C’est ainsi qu’à l’UMP, la base électorale et militante s’affiche de droite alors que les notables se réclament du centre-droit. Ils ont intériorisé la grande inhibition sémantique dictée par la gauche. Qui ne se réclame pas du centre-droit est de droite, donc déjà un peu d’extrême-droite. Car l’extrême-droite commence à droite du centre-droit. Quiconque combat la gauche plutôt que l’extrême-droite est d’extrême-droite. Le seul fait de nommer l’extrême-gauche « l’extrême-gauche » est déjà suspect : on doit dire de préférence la « gauche de la gauche ».
Au fil d’une série de contributions, « La droite est une coupable toute trouvée », « La gauche : une belle petite famille », « La recomposition de la droite n’aura pas lieu », « Contre la prétendue droitisation des sociétés », « Extrême droitisation, ah bon ? », j’ai montré comment Jacques Chirac s’était laissé dicter un terrorisme intellectuel illibéral consistant à faire élire des communistes contre des candidats FN.
L’on n’assiste ni à une extrême-droitisation des débats, ni à une droitisation des sociétés. Il faudrait cesser de payer tribut aux sirènes antifascistes de la caste médiatique qui exigent que les hommes politiques de droite aient des « états d’âme », se « sentent mal à l’aise » ou « prennent leurs distances ». Comme le souligne Brice Couturier au sujet des commentateurs : « moins la droite est à droite et plus ils lui pardonnent ». Mais la droite ne sera jamais suffisamment « dé-droitisée ». Elle sera toujours plus à droite que la gauche et le prix à payer pour que l’extrême-gauche cesse de l’extrême-droitiser serait exorbitant.













