TOUT EST DIT

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jeudi 25 novembre 2010

Oh my Goodness !! Oh my Guinness !!


En septembre 2009, nous posions la question suivante : après une crise financière, quels sont les risques de crise bancaire ?… et surtout, quels sont les risques de crise obligataire ?


La BCE fait plus qu’elle ne peut pour empêcher une crise obligataire de se propager en Europe et les Bunds allemands sont redevenus le “safe haven” habituel. Le bon du Trésor américain à 30 ans est retombé à 4,18 % de rendement (par rapport à 4,40 % le 15 novembre, mais il était à 3,55 % le 1er septembre). Enfin, sur ce front là, on devrait pouvoir « passer Noël au chaud ».


Quant aux risques de crise bancaire… Honnêtement, aujourd’hui nous n’en savons guère plus qu’il y a 14 mois. Alors que Bank of Ireland et Allied Irish Banks avaient passé sans encombre les tests de résistance européens en juillet dernier, cela n’a semble-t-il pas suffi, malgré les satisfecits, alors, des ministres des Finances de l’EMU. On le sait, les stress tests se sont concentrés sur les exigences en capital. Ensuite, ils n’ont porté que sur la dette souveraine figurant dans les portefeuilles de trading et non dans les portefeuilles bancaires. Selon Barclays, en appliquant à la dette souveraine du « banking book » les mêmes décotes qu’à celle du « trading book », 22 établissements, dont Allied Irish, sur 91 auraient échoué au test des 6 % de ratio tier one.


L’Irlande évoque ce matin une augmentation de la prise de participation de l’Etat dans Bank of Ireland. Cette montée de l’Etat dans le capital de la banque est évoquée dans le cadre du plan de sauvetage de 85 milliards d’euros de l’Union européenne et du FMI selon la répartition suivante : 48 milliards pour financer le déficit public durant les trois prochaines années et 15 à 20 milliards pour recapitaliser le système bancaire. En marge, 20 milliards supplémentaires seront déposés dans un fonds d’urgence. L’Etat irlandais détient actuellement 36 % de Bank of Ireland et la participation au capital pourrait être portée à 50 %... Oh my Goodness !! Oh my Guinness !!


On le voit sur les marchés ces jours-ci, le fard que représentaient ces stress tests est en train de tomber et les investisseurs - principalement non-européens - vendent autant qu’ils le peuvent tous les papiers bancaires (obligations et convertibles en action, seniors et subordonnés) des établissements de la zone périphérique.


Certaines obligations peuvent commencent à être attractives. BBVA par exemple, après son augmentation de capital de 5 milliards d’euros a désormais une structure de capital robuste (ratio de Core Tier -1 à 9 %) et n’a aucun retard dans son programme de refinancement (i.e. aucun problème de liquidité). Sa dépendance vis-à-vis de la BCE se serait même réduite ces dernières semaines (grâce, en partie, à une croissance en absolu de ses dépôts aux dépends de banques réputées plus faibles). Le risque souverain doit néanmoins freiner toute ardeur d’investissement sur les niveaux actuels (papier senior à 5,25 % de rendement, mid-swaps à plus de 300 points de base ; les papiers subordonnés T1 traitent à 9,8 %). Le flux de ventes risque d’être encore plus massif dans les semaines et mois à venir.


La crise bancaire, c’est un petit peu comme la grippe aviaire : on dépense beaucoup d’argent pour un vaccin, les autorités se veulent tantôt alarmistes, tantôt rassurantes. Mais ça revient et ça migre constamment. Avant que l’Espagne ne connaisse, hélas, des difficultés plus profondes, et avant de se jeter sur des opportunités qui optiquement seraient attractives, écoutons Don Quichotte parler à Sancho Panza : « Tel va chercher la laine qui revient tondu ».

vendredi 19 novembre 2010

Comme Mick Jagger, Monsieur Trichet n’est pas satisfait !

En 1972, Mick Jagger, déclarait « je ne compte pas chanter Satisfaction jusqu’à 45 ans ». Il en a près de 70 aujourd’hui. Le tube mythique de 1965 figure toujours au répertoire des concerts des Rolling Stones pour le plus grand bonheur des fans.

Au printemps 2010, Jean-Claude Trichet déclarait que le mandat de la Banque centrale européenne (BCE) n’était pas de soutenir les obligations gouvernementales des pays de la zone euro en difficulté. La semaine d’après, contre son gré, commençait un programme d’achat d’obligations des pays de la zone périphérique. Comme Mick, Monsieur Trichet n’est pas satisfait !

On a tort de se souvenir des interviews de Mick Jagger parce que c’est une rock star et de ne pas faire attention aux discours du gouverneur de la BCE, sous prétexte qu’ils sont moins amusants (combien d’incitations… voire d’incantations à la mise en oeuvre des réformes structurelles dans les pays de l’EMU entre 2003 et 2007 ??). Il est vrai que les contradictions des Rolling Stones portent moins à conséquence, et ont le mérite de faire sourire.

La BCE le répète depuis six mois : elle est très nerveuse quant à l’exposition de son bilan aux souverains périphériques (repo + achats = 450 milliards d’euros, soit environ 5,75 x Capital et Réserves). Elle va, semble-t-il, essayer de forcer la Commission et les instances européennes à trouver une solution (« ♫ …and I try, and I try, and I try…♫ »). Seule l’Allemagne se dit ouvertement en phase avec Jean-Claude Trichet et clame haut et fort que la BCE doit sortir de la situation actuelle car ce n’est pas son job.

Une fois que l’Irlande et le Portugal auront déclenché l’EFSF, restera à résoudre le cas de l’Espagne, qui selon de nombreux économistes (et pas uniquement des Anglo-Saxons), représente un test bien plus sévère pour les rouages européens.

Dans ce contexte, les marchés de crédit font face à deux problèmes pour l’instant distincts :

1. Le stress souverain vient brouiller les fondamentaux de crédit qui se sont en général améliorés cette année sur les corporates (paramètres backward-looking). Les spreads (écarts de taux avec les obligations sans risque) se sont légèrement écartés depuis une semaine (+9 % du spread sur l’indice Xover qui traite à 470 points de base), mais la matérialisation des craintes s’est surtout concentrée sur l’ensemble du secteur bancaire européen et sur les émetteurs non financiers des pays périphériques. D’un coté, la résurgence des craintes souveraines n’a pas anéanti l’intérêt des investisseurs pour la classe d’actif (records d’émissions de titres biens notés et de titres spéculatifs ces derniers mois) ;

2. De l’autre, les ventes de papiers bancaires (pas uniquement d’établissements sous stress et pas uniquement de Tier 1) montrent que l’ensemble des acteurs de marchés sont surexposés sur ce secteur qui sera le premier à pâtir d’une aggravation éventuelle de la crise. Les investisseurs américains ont été les premiers à réduire massivement leur exposition ces derniers jours.

On ne peut imaginer une réévaluation du risque sur le secteur financier qui n’impacterait pas les spreads corporate (au moins autant qu’au mois de mai ?). Dans ce contexte, le marché de crédit ne semble pas offrir de protection suffisante en cas d’envenimement de la situation et d’une hausse intempestive de la volatilité des indices actions (et a fortiori sur les Single Stocks).
MAX DETHOMAS