TOUT EST DIT

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mardi 7 décembre 2010

Une mère, une fille

Les dispositions de l’accord mettant fin au conflit entre Liliane Bettencourt et sa fille Françoise Bettencourt-Meyers resteront- elles « personnelles et confidentielles », comme l’affirme leur communiqué commun publié hier ? Ce secret sera très relatif. Dans les heures qui ont suivi, plusieurs informations ont été rendues publiques par les avocats des deux parties : la mise à l’écart du photographe François-Marie Banier et du gestionnaire de fortune Patrice de Maistre, la nomination du gendre et des petit-fils de Liliane Bettencourt dans la société gérant le patrimoine familial. Mais on retiendra surtout la dernière phrase du communiqué : « Mme Liliane Bettencourt et sa fille n’entendent pas faire d’autres commentaires et souhaitent désormais vivre en toute sérénité. »

Ouf, a-t-on envie de dire. Il était temps que cette affaire quitte le devant de la scène médiatique. On pouvait bien sûr en retenir la dimension romanesque : une entreprise mythique (L’Oréal), une immense fortune familiale, un dandy séducteur, un maître d’hôtel qui enregistre les conversations, une île aux Seychelles, des comptes secrets au Liechtenstein, des financements politiques occultes… Mais deux dimensions du dossier étaient largement négligées. D’une part, la douloureuse incompréhension entre une vieille dame et sa fille. D’autre part, la déstabilisation d’une grande entreprise et de ses salariés qui n’étaient pour rien dans cet imbroglio. C’est à cela que peut mettre fin l’accord annoncé hier.

Peut-on néanmoins retenir quelque chose d’utile de cet énorme déballage ? La réussite de L’Oréal, entreprise remarquablement gérée, rapporte beaucoup d’argent à ses actionnaires, tellement d’argent que la folie les guette, tout comme ceux qui gravitent autour d’eux. Il faut alors beaucoup de vertu pour agir avec dignité, avec décence, pour repousser la tentation de dilapider, de dissimuler, de corrompre. Mais c’est possible : l’amour entre une mère et sa fille le vaut bien.

lundi 6 décembre 2010

La responsabilité d'un homme


Dans la vie internationale, une telle unanimité est rare : personne ne met en doute la victoire d’ Alassane Ouattara lors du scrutin présidentiel en Côte d’Ivoire. Laurent Gbagbo a beau s’être fait proclamer chef de l’État par un Conseil constitutionnel à sa main, le représentant local des Nation unies, Barack Obama ou Nicolas Sarkozy ont refusé de temporiser : pour eux, Alassane Ouattara est bien l’élu du suffrage universel. L’Union africaine, pour sa part, n’entérine pas non plus le passage en force de Laurent Gbagbo. Elle a nommé un médiateur, en la personne de l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki.


Hier en fin d’après-midi, on ne pouvait se réjouir que d’une seule chose : le calme semblait prévaloir en Côte d’Ivoire. Tout doit être fait pour éviter que le pays n’entre dans un nouveau cycle de violence qui raviverait la coupure en deux du pays entre le Nord, acquis à Alassane Ouattara, et le Sud, fief de Laurent Gbagbo. De ce point de vue, la dignité dont a fait preuve le premier dans les heures qui ont suivi l’autoproclamation de Laurent Gbagbo mérite d’être saluée. La fermeté dont a fait montre le représentant des Nations unies doit également être relevée. Dans d’autres circonstances, par exemple dans les Balkans, ce ne fut pas toujours le cas.


Malheureusement, cela ne suffira pas à mettre fin à l’étrange situation dans laquelle se trouve la Côte d’Ivoire, avec deux chefs d’État, l’un jouant sur l’apparence de légalité, l’autre n’ayant pour lui que sa légitimité. In fine, une seule personne peut résoudre ce problème, sans violence et dans la dignité. C’est Laurent Gbagbo. Il ne serait pas scandaleux qu’avant de quitter le palais présidentiel, il négocie les conditions de son effacement, qu’il s’emploie en particulier à obtenir des garanties afin que ses partisans ne soient pas lésés par l’alternance. En dehors de cela, il se trouve seul face à sa responsabilité, historique. Il s’était solennellement engagé à respecter le verdict des urnes. C’est cette promesse qu’il doit tenir.

jeudi 30 septembre 2010

Les larmes de la cigale

Le projet de loi de finances pour 2011, examiné hier en conseil des ministres, restera dans les mémoires pour une raison simple : il prévoit une diminution du budget général de l’État. À supposer que cela soit déjà arrivé, nul ne s’en souvient. Il s’agit là d’une rupture symbolique importante. Depuis le début du quinquennat de Nicolas Sarkozy, le discours du gouvernement a beaucoup mis en avant le thème d’un strict contrôle de la dépense publique, mais sans trop insister sur un fait : il s’agissait d’un contrôle « en volume ». En clair, les dépenses continuaient à progresser au moins à hauteur du taux d’inflation.

Cette fois la page est tournée. Pas au meilleur moment. Si la France est sortie de la récession provoquée par la crise financière de l’automne 2008, la reprise est pour le moins faible et fragile. Dès lors, elle risque de souffrir du resserrement des dépenses de l’État tout comme de la hausse des prélèvements fiscaux (via la remise en cause de nombreuses niches fiscales) : ni l’un ni l’autre ne sont favorables à l’activité économique, au moins à court terme. Hélas, aujourd’hui, nous n’avons plus le choix. Le niveau d’endettement du pays ne permet plus de repousser à plus tard un effort de rigueur budgétaire. L’an prochain, l’État consacrera presque autant d’argent à couvrir le coût de la dette publique qu’à financer l’enseignement scolaire. Et, en 2012, le « service de la dette » (ainsi dit-on) deviendra la première dépense de l’État.

C’est là que l’on peut éprouver des regrets. À plusieurs reprises au cours de ces vingt dernières années, sous des gouvernements de gauche comme de droite, la croissance économique a donné de l’oxygène aux recettes de l’État. Cet argent a fort peu été utilisé pour réduire les déficits et l’endettement, mais bien davantage pour financer des dépenses courantes. Souvenons-nous de cette étonnante affaire de la « cagnotte fiscale », en 1999, Jacques Chirac poussant Lionel Jospin à des allègements d’impôts. Ce sont de telles facilités que l’on paie aujourd’hui au prix fort. La leçon est à méditer pour l’avenir.