TOUT EST DIT

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mercredi 25 juillet 2012

Pourquoi je ne vous embaucherai pas

Il y a quelques mois, Contrepoints avait proposé à ses lecteurs une traduction de l'article du blogueur hongrois Andor Jakab, qui avait atteint une certaine notoriété sur la toile et dans lequel il relatait les difficultés d'un entrepreneur à embaucher un salarié. Georges Kaplan nous propose aujourd'hui une analyse comparable dans le contexte français.
En tant que patron et actionnaire unique, je n’embaucherai un salarié que si j’ai des raisons objectives de penser que sa contribution aux résultats de ma petite entreprise sera supérieure ou au moins égale à son salaire. Je sais bien que les marxistes appelleront ça de l’exploitation mais je me permets de vous rappeler que, dans cette opération, celui qui prend tous les risques, c’est moi. C’est le principe du capitalisme : celui qui investit ses économies et s’endette même parfois lourdement pour créer son entreprise, c’est le patron. Celui qui devra faire la variable d’ajustement si son salarié est malade, en vacances ou en congé-maternité, c’est le patron. Celui qui devra réduire ses émoluments, ne rien gagner du tout ou même perdre de l’argent si ses affaires périclitent, c’est le patron. Si les bolchéviques veulent éviter d’être exploités, je les invite à créer leurs propres boîtes ; on en reparlera. En attendant, celui qui risque la faillite, celui qui travaillera 60 heures par semaine sans même être sûr de pouvoir se payer, c’est moi. Alors oui, je vous le confirme, je n’embaucherai quelqu’un que si j’ai de bonnes raisons de penser que j’ai quelque chose à y gagner.
Mais je suis un garçon optimiste et, à vrai dire, le simple fait d’avoir quelqu’un avec qui discuter durant mes journées de travail est une perspective qui m’est agréable. Aussi, suis-je prêt à embaucher un salarié pour peu que sa contribution au résultat de mon entreprise rembourse son salaire ; c'est-à-dire que je ne gagnerai rien et, qu’au sens marxiste du terme, je ne l’exploiterai pas. Par exemple, si je rencontre un candidat qui, selon mes estimations, est capable de générer 4 215 euros de bénéfices pour mon entreprise, je suis prêt à le payer 4 215 euros [1].
Un salaire de 4 215 euros, ça peut vous sembler beaucoup mais n’oubliez pas que sur cette somme, je devrai payer 689 euros de charges sociales dites « salariales » et 1 400 euros de charges sociales dites « patronales » : après ces prélèvements obligatoires, la somme que je verserai effectivement sur le compte de mon employé – son salaire net – ne sera plus que de 2 126 euros. Et ce n’est pas fini : sur son salaire net, il devra vraisemblablement s’acquitter de 168 euros d’impôt sur le revenu et d’au moins 125 euros de TVA ce qui fait qu’au total, sur les 4 215 euros que je débourserai chaque mois, il disposera d’un salaire disponible après impôts de 1 833 euros ; le solde, 2 382 euros, 56,5% de son salaire réel, étant ponctionné par l’État. C’est, selon une étude récente de l’Institut Économique Molinari réalisée sur la base de données fournies par Ernst & Young [2], le deuxième taux de fiscalisation le plus élevé de l’Union européenne après la Belgique (59,2%). Avec ces 1 833 euros il devra se loger, s’habiller, se nourrir, payer ses factures et, s’il en reste un peu, il pourra s’offrir quelques loisirs.
Et ça, voyez-vous, c’est déjà un gros problème. C’est un gros problème parce que j’ai beau accepter de ne pas gagner un centime grâce au travail de cet hypothétique salarié, j’ai tout de même besoin d’un type compétent et motivé. Si c’est pour me coltiner un incompétent notoire ou un bonhomme qui n’en fiche pas une et va finir par couler ma boîte, pardon, mais je préfère faire sans. Seulement voilà : à 2 126 euros nets par mois, même pas deux fois le Smic, ça commence à être très juste pour motiver des gens du calibre dont j’ai besoin et ce, d’autant plus que si l’un de mes concurrents anglais avait la même idée que moi, le salaire disponible après impôts de mon employé serait 47% plus élevé outre-manche qu’à Marseille. Autant vous dire que pour un employeur français, la concurrence est rude. Oh ! Bien sûr, me direz-vous, il y a bien des gens qui sont prêts à gagner moins pour le simple plaisir de vivre au bord de la Méditerranée ; je ne vais pas vous dire le contraire : c’est mon cas. Mais il n’en reste pas moins que 2 126 euros nets par mois, dans ma branche, ce n’est pas grand-chose et que ce pas grand-chose peu vite devenir un problème.
Tenez par exemple : imaginez que j’embauche une jeune femme. Naturellement, au sens le plus humain que ce terme puisse avoir, il arrivera fatalement un moment où, aillant rencontré son prince charmant, elle sera titillée par l’envie d’avoir un bébé. Elle sera donc placée devant un choix extrêmement clair : privilégier son métier et continuer à toucher son salaire dont elle sait qu’il n’est pas à la hauteur de ce à quoi elle pourrait prétendre et faire un bébé et continuer à toucher le même salaire avec l’assurance, la loi l’imposant, de retrouver son poste à la fin de son congé-maternité. Que croyez-vous qu’elle fera ? Eh bien, voyez-vous, pour moi ça signifie que, pendant toute la durée de sa grossesse, non seulement elle ne rapportera pas un centime à l’entreprise mais elle coûtera 4 215 euros par mois qui viendront en déduction de ma rémunération ; c'est-à-dire des vacances que je peux offrir à mes enfants, des cadeaux que j’aimerais faire à ma femme et si ça se trouve de ma capacité à payer mon loyer. Voilà pourquoi je n’embaucherai certainement pas une jeune femme. Croyez bien que le regrette mais je ne suis pas riche à ce point.
Soyons optimistes et imaginons que je décide, finalement, d’embaucher un homme ou une femme d’âge mûr qui partage mon amour immodéré pour la citée phocéenne. Même dans ce cas, mes problèmes sont loin d’être réglés puisque ma capacité à payer un salaire de 4 215 euros par mois est intimement liée au chiffre d’affaires que réalise ma société. Je dois à ce stade vous préciser que mon métier, l’activité de ma petite entreprise, consiste à gérer un portefeuille d’actions. Vous en conviendrez, il y a, de nos jours, des métiers qui bénéficient d’une meilleure publicité que le mien et c’est justement là que se niche la difficulté dont je veux vous entretenir maintenant. Je vous expliquais plus haut pourquoi être le patron de sa petite entreprise est un métier risqué : une des principales sources de risque tient au fait que vos revenus ne sont pas garantis, ils fluctuent en fonction de la marche de vos affaires et peuvent même, en période de vaches maigres, se transformer en pertes. De toute évidence, lorsque vous êtes de surcroît un employeur, c'est-à-dire que vous devez dans mon exemple payer vos 4 215 euros chaque mois, le risque n’en est que plus grand.
Or voilà, mon métier consistant à gérer l’argent des autres, la bonne marche de mes affaires est naturellement conditionnée par l’existence de clients potentiels ; c'est-à-dire de gens qui disposent d’un patrimoine financier ; c'est-à-dire – pour reprendre la terminologie officielle – de riches. C’est aussi simple que cela : sans riches, mon entreprise n’existe plus et du coup, elle ne risque pas d’embaucher. Je vais donc faire appel à votre intelligence et à votre bon sens : si vous étiez à ma place, lorsque le président de votre pays décrète que vous êtes son ennemi, qu’il va taxer les riches au bazooka et poursuivre ceux qui tentent de fuir à l’étranger, qu’il va taxer les marchés financiers, en remettre une couche sur les entreprises en général et sur celles qui payent des dividendes en particuliers, qu’il se pique de donner des leçons de stratégie industrielle alors que lui-même n’a jamais rien réussi d’autre que de ruiner le département dont il avait la charge… [3] Vous embaucheriez, vous ? Eh bien laissez-moi vous le dire, à moins que vous ne soyez un des très riches amis dudit président ou totalement fou : il n’y a pas la moindre chance. Voilà pourquoi, et croyez bien que j’en suis sincèrement désolé, je n’embaucherai pas.
De toute manière et pour être parfaitement honnête, j’ai un aveu à vous faire : ma petite entreprise n’existe pas. Ce n’est pas que je n’ai pas envie ni que je doute de mes capacités mais plutôt que les coûts règlementaires qui pèsent sur la création d’une entreprise dans mon secteur ne me permettent tout simplement pas de le faire. Nous pourrions passer encore quelques heures ensemble – le temps que je vous décrive par le menu ce à quoi ressemble vraiment cette soi-disant « dérégulation de la finance » – mais je me contenterai d’un seul exemple qui, je le crois, fixera bien les idées. Figurez-vous que, pour exercer mon métier en France, je dois au préalable obtenir un agrément, une autorisation administrative. Comme toute autorisation administrative, son obtention nécessite de longues et laborieuses négociations avec l’autorité de tutelle présumée compétente mais surtout, avant même d’entamer ce long chemin de croix, la règlementation m’impose d’avoir embauché non pas un mais deux salariés. C'est-à-dire que pendant environ six mois, sans même savoir si j’obtiendrai le droit de travailler, je dois être en mesure de financer deux emplois au tarif évoqué plus haut. Je vous fais un dessin ?
Voilà où nous en sommes les amis. Si vous faites partie de celles et ceux qui pensent que notre salut passera par plus de dépense publique, plus d’impôts et plus de réglementations sachez au moins qu’au rythme où vont les choses, il faudra bientôt prévoir un peu de la première pour que ma famille subsiste, ne pas trop compter sur moi pour les seconds et ne pas perdre de temps sur les dernières : il n’y aura plus grand-chose à réguler. Lorsque vous-même ou l’un de vos enfants chercherez du travail dans le champ de ruines que nous préparent nos bons politiciens, vous aurez peut-être une petite pensée pour moi et pour ce job à 4 215 euros par mois que j’aurais pu vous offrir. D’ici là, bonne chance à toutes et à tous.

NOTES:

  1. Je vous fais grâce des mètres-carrés, du bureau, du matériel informatique, des frais téléphoniques, de l’éventuel surcoût que représente une embauche auprès de mon comptable etc. ↩
  2. Cécile Philippe, Nicolas Marques et James Rogers, Fardeau social et fiscal de l'employé lambda au sein de l'UE ‐ 2012 ‐ 3ème édition (juillet 2012). ↩
  3. Quelques données de la gestion Hollandaise de la Corrèze selon les chiffres publiés par Bercy : un résultat comptable nettement positif en 2007 et nettement négatif en 2010, une croissance de 55% des charges de personnel et une dette qui progresse de près de 34%. ↩

jeudi 17 mai 2012

La rigueur tue !

Les démagogues et les manipulateurs, non contents de se livrer là à une odieuse récupération des malheurs des gens, ont certainement réussi à convaincre nombre d’entre nous que la rigueur tue, que c’est une stratégie criminelle de choisir cette option.


Imaginons un instant que vous soyez keynésien et que, comme tout bon keynésien, vous souteniez l’idée selon laquelle, en cette période de crise, nous devrions nous en tenir au bon vieux policy mix qui consiste à (i) faire tourner la planche à billet et (ii) augmenter la dépense publique quitte à accroître le déficit budgétaire. Bref, à poursuivre le genre le politiques que nous appliquons depuis – au bas mot – 40 ans.
Évidemment, les temps ne sont pas faciles. D’une part, l’expérience récente – notamment aux États-Unis – n’est pas particulièrement probante. D’autre part, le principe selon lequel « si ça ne fonctionne pas, c’est qu’on n’en a pas assez fait » a de plus en plus de mal à convaincre. Enfin, un certain nombre de pays européens, il est vrai au pied du mur, ont décidé de changer leur fusil d’épaule et préfèrent désormais des politiques de réduction de la dépense publique – la fameuse « rigueur ». Il vous faut donc, plus que jamais, un argument massue, une « idée-obus » de calibre Montebourgueste pour gagner, une fois encore, les faveurs de l’opinion publique ou, au moins, de l’opinion publiée.
Petite leçon de militantisme illustrée.
Article #1. Quand la raison et le bon sens s’obstinent à vous donner tort, il faut faire appel aux sentiments. Et là, il est peu de sujet qui véhicule autant de charge émotionnelle que la description de ceux de nos contemporains qui, victimes sacrificielles de l’ignoble rigueur, décident de mettre fin à leurs jours – les « vagues de suicides » chez France Télécom ou chez Foxconn en étant deux illustrations récentes. Dans le même esprit, cet article du New York Times 1 daté du 14 avril 2012, nous apprend qu’« en Grèce, le taux de suicide des hommes a augmenté de plus de 24% entre 2007 et 2009 d’après les statistiques du gouvernement. En Irlande, durant la même période, les suicides des hommes ont augmenté de plus de 16%. En Italie, les suicides motivés par des difficultés économiques ont augmenté de 52 pourcent, à 187 en 2010 – l’année la plus récente pour laquelle les statistiques sont disponibles – contre 123 en 2005. » Bien entendu, c’est une conséquence de la crise mais surtout, nous assure-t-on, c’est à cause de la rigueur.
Article #2. Les chiffres c’est froid et à trop les utiliser, on risque non seulement de tendre le bâton pour se faire battre (on y revient) mais surtout de donner le sentiment au lecteur qu’on se fiche comme d’une guigne du malheureux sort de ces pauvres gens. Il faut donc illustrer le fait par quelques exemples bien choisis comme celui d’Antonio ou de Giovanni et ne pas oublier, comme le fait si bien l’inénarrable Paul Krugman 2 dès le lendemain, de rappeler que c’est votre cœur qui parle alors que les tenants de la rigueur, de toute évidence, sont déterminés à pousser le continent entier au suicide.
Article #3. Mais revenons tout de même aux chiffres. Il est une règle efficace qui permet, sans effort, de transformer une petite variation de taux en une véritable catastrophe : elle consiste simplement à l’exprimer en pourcentage de croissance. Par exemple, pour la Grèce, si je vous dis que le taux de suicide des hommes a augmenté de « plus de 24% » entre 2007 et 2009, voilà un chiffre qui marque l’imagination ! Avec un peu de chance, certains d’entre nous penseront même que le taux est passé de – mettons – 5% à 25,9%… un malentendu est si vite arrivé. En revanche, si je vous dis que le taux de suicide des mâles grecs est passé de 4,3 pour 100 000 en 2007 à 5,2 pcm en 2009 (i.e. 0,0052%) 3, c’est tout de suite moins impressionnant. Si j’ajoute, que ce taux se trouve être – et de loin – le plus faible de l’Union Européenne et que, la même année, il atteignait plus de 23 pcm en France, il y a fort à parier que l’argument porte moins bien.
Article #4. Le choix du point de départ est très important. Dans l’exemple grec, 2007 présente un double avantage : c’est effectivement le début de la crise des subprimes mais c’est aussi, après 2002, l’année où le taux de suicide des hommes grecs a été le plus faible dans la décennie 1999-2009. Les auteurs de l’article auraient choisi 2006 et son taux de 5,1 suicides pour 100 000 hommes, que l’explosion n’aurait été que de 2%. La même conclusion s’impose pour l’Irlande où le taux passe de 17 pcm en 2006 à 16,1 pcm en 2007 avant de remonter à 18,6 pcm en 2009. Ainsi, si l’on se donne la peine d’y regarder de plus près, on conclura que le taux de suicide des Irlandais comme des Grecs est globalement stable sur la décennie et que le pic que l’on observe ces deux dernières années n’a, malheureusement, pas grand-chose d’étonnant en période de crise. Mais évidemment, c’est moins vendeur.
Article #5. Il faut aussi savoir adapter l’instrument de mesures en fonction des circonstances. Par exemple, dans le papier qui nous intéresse, le cas italien : vous avez sans doute observé qu’il n’est plus question du taux de suicide au sein de la population mâle mais du nombre de suicides réputés être « motivés par des difficultés économiques » sur l’ensemble de la population. En l’espèce, il semble que ce chiffre ait explosé de 52% en passant de 123 cas en 2005 à 187 cas en 2010 – ce qui, rapporté à la population italienne, représente un taux de 0,2 pour 100 000 habitants en 2005 et de 0,3 pcm en 2010. Mais, me direz-vous, pourquoi ne pas tout simplement utiliser la même mesure que pour les Grecs et les Irlandais ? Eh bien c’est fort simple : parce que le taux de suicide des Italiens passe de 8,4 pcm en 2007 à 8,8 pcm en 2009 ; soit une augmentation de 4,8%.
Article #6. Il est essentiel de sélectionner habilement ces exemples. Lorsqu’on vous parle de la crise souveraine et des horribles politiques de rigueur que nous imposent nos « élites mondialisées inféodées au capital apatride », vous pensez non seulement à la Grèce, à l’Irlande et à l’Italie mais aussi au Portugal et à l’Espagne n’est-ce pas ? Vous me voyez venir ! Eh oui, de 2007 à 2009, le taux de suicide des hommes portugais et espagnol augmente de 8,1% et 7,3% respectivement – c’est-à-dire moins qu’en Suède (+8,6%) sachant que les taux de 2009 sont de 10,3 pour 100 000 en Espagne, de 13,4 pcm au Portugal et de – attention les yeux – 17,7 pcm en Suède.
Article #7. Enfin, et c’est peut être le plus important, il convient d’opérer discrètement à quelques discrets sophismes pour transformer une évidence – la récente hausse du nombre de passage à l’acte est lié à la crise – en une affirmation fallacieuse – c’est la rigueur qui pousse les gens au suicide. Il suffit, pour ce faire, de l’affirmer sans le démontrer et d’éviter soigneusement de parler des contre-exemples les plus évidents : typiquement, le cas des champions toute catégorie de la dépense publique qui ne comptent manifestement pas s’en arrêter là – j’ai nommé les Danois – qui, malgré leur État-providence que l’univers entier leur envie, se sont suicidé 16,2% fois plus en 2009 qu’en 2007.
Et voilà comment, en une petite phrase et trois chiffres, celui qui parle d’autorité va réussir à faire croire au monde entier que les politiques de « rigueur » mises en œuvres chez certains de nos voisins sont en train de déclencher une énorme vague de suicides. Ces quelques mots, il faudra des heures d’explication et des bataillons de chiffres pour tenter de démontrer qu’ils ne relèvent de rien d’autre que de la propagande ; il faudra expliquer que ce drame humain qu’est le suicide est infiniment plus complexe qu’une simple réponse à la politique budgétaire d’un État ; qu’on se suicide plus au nord que dans le sud ; qu’on est plus pressé d’en finir quand on est vieux et malade que quand on est jeune et en bonne santé ; que bien au-delà des difficultés financières et de la charge de travail, c’est souvent la perte de sens et le sentiment de n’être qu’un rouage négligeable d’un appareil inhumain qui poussent nos semblables à commettre l’irréparable 4.
Le mal est fait. Les démagogues et les manipulateurs, non contents de se livrer là à une odieuse récupération des malheurs des gens, malheurs dont ils sont pour l’essentiel responsables, ont certainement réussi à convaincre nombre d’entre nous que la rigueur tue, que c’est une stratégie criminelle et même – si ça ce trouve – que c’est précisément l’intention des quelques gouvernements qui ont eu le courage de choisir cette option. Je gage que nos candidats aux présidentielles vont rapidement récupérer l’information et s’en servir sans modération pour nous vendre encore un peu plus de ce qui n’a jamais marché ; « en politique, disait Talleyrand, ce qui est cru devient plus important que ce qui est vrai. »

En attendant, les gens souffrent et, pire encore, ils ne savent pas pourquoi