TOUT EST DIT

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mardi 13 août 2013

Initiative individuelle, prise de risque et responsabilité


Initiative individuelle, prise de risque et responsabilité : ces notions sont à l'opposé de ce qui, aujourd'hui, détruit la France : le collectif, la société sans risques et l'irresponsabilité.

Chaque premier week-end de juillet, le Cercle Frédéric Bastiat organise des conférences à Dax avec le concours de l'Aleps, de Contribuables associés, de Liberté chérie, de l'Institut Coppet et de l'iFRAP. Cette année, le thème était "Initiative individuelle, prise de risque et responsabilité". Ces notions sont à l'opposé de ce qui, aujourd'hui, détruit la France : le collectif, la société sans risques et l'irresponsabilité.

Damien Theillier
Liberté, responsabilité et prise de risque

En guise d'introduction, le Cercle Frédéric Bastiat a fait appel à un philosophe, Damien Theillier, qui préside aux destinées de l'Institut Coppet.Et c'est en philosophe que l'orateur a défini liberté, responsabilité et prise de risque et les relations qui existent entre elles.
Qu'est-ce que la responsabilité ?
"Être responsable c'est étymologiquement répondre de ses actes et de leurs conséquences." Suivant que les conséquences sont bonnes ou mauvaises, le responsable encourt éloge ou blâme, sanctions morales ou juridiques qu'il se doit d'anticiper. Il doit donc être lucide et vigilant et s'assurer individuellement pour en supporter éventuellement les coûts.
Dans son Éloge de la liberté (1958) Isaïah Berlin distinguait deux conceptions de la liberté, la liberté négative et la liberté positive. La liberté négative est la conception libérale de la liberté. Elle se résume à une seule question : "Quel est le champ à l'intérieur duquel un sujet devrait pouvoir faire et être ce qu'il veut, sans l'ingérence d'autrui ?" La liberté positive est la conception romantique de la liberté. Elle "découle du désir d'un individu d'être son propre maître". L'individu désire agir avec sa propre raison, s'affranchir de ses pulsions irrationnelles. La liberté négative est celle de Locke, Bentham, Mill en Angleterre, de Montesquieu, Constant, Tocqueville en France, deJefferson et Paine en Amérique. La liberté positive est celle de Rousseau, Mably, Herder, Fichte, Hegel, Marx, et des socialistes français tels que Fourrier ou Jaurès.
La liberté négative est celle énoncée par l'article 4 de la Déclaration des droits de l'homme de 1789 : "La liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui." La liberté n'est donc pas absolue et la première contrainte, c'est autrui. Si l'on admet qu'un individu est propriétaire de lui-même et n'est pas esclave d'autrui, il faut admettre qu'il est également propriétaire des fruits de son activité. Dans la tradition libérale, c'est donc le droit de propriété qui délimite la liberté. Il se fonde sur le travail et l'innovation. Liberté et droit de propriété sont indissociables.
La liberté étant délimitée, toute responsabilité ne peut qu'être limitée et ne peut donc pas être collective. Il en résulte que la responsabilité ne peut être bien définie que si les droits de propriété le sont. À partir de la liberté, de la propriété et de la responsabilité peut émerger l'ordre social, et l'autorité peut se contenter d'être juste, chacun s'occupant de son propre bonheur. Benjamin Constant disait que "les fonctions du gouvernement sont purement négatives" :  "Il doit réprimer les désordres, écarter les obstacles, empêcher en un mot que le mal n'ait lieu. On peut ensuite se fier aux individus pour trouver le bien."
Pour Karl Marx, la liberté négative n'est qu'une liberté formelle. Elle favorise l'antagonisme entre les hommes et le triomphe de l'individualisme. Pour Keynes, il n'y a pas d'harmonies économiques, pas de lois naturelles, pas d'ordre spontané. Pour l'un comme pour l'autre, il faut donc une organisation politique qui régule les intérêts particuliers pour les orienter vers l'intérêt général.
Cette autre conception de la liberté, la liberté positive, revient à dire que je ne suis libre que si j'ai un minimum de biens garantis. Il faut que je sois libéré des besoins, de ce qui m'aliène, des déterminismes, de tout ce qui diminue ma capacité à agir. Les libertés positives sont ainsi par exemple le droit au logement, à la santé ou au crédit... Dans cette conception de la liberté, la solidarité se substitue à la responsabilité individuelle. Les maux économiques et sociaux résultent des dysfonctionnements de la société. L'action publique doit donc la transformer pour y remédier. L'assurance est transférée à l’État : maladie, chômage, retraite... L'environnement économique et social est imparfait : celui qui se retrouve au chômage n'est pas responsable, c'est une victime. En résumé la main visible de l'autorité est plus efficace et plus juste que la main invisible du marché. Autrement dit les décideurs publics – ceux que Frédéric Bastiat appelle les publicistes – sont plus éclairés que nous. Le problème est qu'ils ne supportent pas les conséquences de leur choix.
La thèse de Frédéric Bastiat, dans Les harmonies économiques, est que la responsabilité individuelle permet seule par un processus de découverte, de progresser et de réduire les maux sociaux. C'est pourquoi on peut dire qu'elle est la grande éducatrice des peuples. Car, en supportant les conséquences, bonnes ou mauvaises, de ses décisions, l'homme tend à s'améliorer et à tirer les leçons de ses expériences.
Le monde social n'est pas parfait et ne le sera jamais, mais il est perfectible. La responsabilité, par la sanction naturelle, est le ressort du progrès social. La souffrance qu'engendre le mal fait comprendre ce qu'est le mal et remet celui qui le commet dans le droit chemin. Connaître le mal fait progresser vers le bien. Le libre arbitre est éclairé par la responsabilité. L'initiative et la prise de risque développent en chacun l'autodiscipline et la vertu de prévoyance.
Il y a une incontestable solidarité naturelle entre les hommes. Mais ils ont tendance à faire en sorte que les conséquences utiles de leurs actes leur reviennent et que les conséquences nuisibles retombent sur autrui. Aussi la réprobation sociale peut-elle avoir un effet correcteur de cette tendance. C'est ce que Bastiat appelle la loi de solidarité qui est une force de résistance de la masse aux actes qui lui nuisent. Le danger est cependant de faire de cette réprobation un instrument pour multiplier les interdits législatifs et amoindrir, voire détruire, la responsabilité.
Comment renforcer la responsabilité ? En dehors de la liberté, il y a deux moyens :
1) La morale religieuse et philosophique qui agit par purification et correction de l'action humaine. Elle s'adresse au cœur. C'est la plus noble.
2) La morale économique qui agit de façon indirecte en faisant connaître à l'homme les effets de ses actes. C'est la plus difficile d'accès.
Comme disait Jean-Baptiste Say, pour faire cesser le désordre introduit par l'hypocrisie dans une famille honorable, il faut "corriger Tartuffe ou déniaiser Orgon" : il y aurait moins de Tartuffe s'il y avait moins d'Orgon pour les écouter. C'est dans cet esprit que, grâce à la science économique, il faut dénoncer les sophismes économiques afin de dépouiller la classe spoliatrice de sa justification et de son pouvoir.
La morale, la religion, la science économique sont les auxiliatrices de la liberté et de la responsabilité, qui est le remède à l'imperfection humaine :
La responsabilité, mais c'est tout pour l'homme : c'est son Moteur, son professeur, son rémunérateur et son vengeur. Sans Elle, l'homme n'a plus de libre arbitre, il n'est plus perfectible, il n'est plus un être moral, il n'apprend rien, il n'est rien. Il tombe dans l'inertie et ne compte plus que comme une unité dans un troupeau." (Frédéric Bastiat, Harmonies économiques, "Services privés, services publics").

Henri Lepage
La propriété privée
Sous l'angle de l'économiste, Henri Lepage, ancien président de l'Institut Turgot aborde la complexité du concept de propriété privée. Tout part du monde de rareté dans lequel l'homme vivait et qui générait des conflits. La solution pour résoudre ce problème de rareté a été de créer les droits de propriété.
De quoi s'agit-il ? Il s'agit de régler les rapports des hommes entre eux quant à l'usage des choses et de répondre à la question de qui décide de cet usage. Il existe une infinité de systèmes juridiques qui règlent ces rapports. Le système juridique de la propriété privée est un système où les droits sont personnels et individuels. Ces droits sont exclusifs, transférables et en conséquence négociables. Mais il existe d'autres formes de propriété. L’État est le véritable propriétaire, alors les droits sont collectifs. Au Moyen-Age, le propriétaire des terres est le seigneur et les paysans les cultivent. Jusqu'au XIXe siècle les prés peuvent être communaux. Il y a encore comme autre système juridique l'autogestion.
Quoi qu'il en soit, la propriété privée s'identifie à l'Occident. Les droits subjectifs qui sont relatifs aux individus se distinguent des droits positifs qui le sont à l’État. Ce système de propriété y est devenu dominant. Il s'y est étendu et approfondi.
Les droits de propriété peuvent en effet se subdiviser en une infinité de droits élémentaires. Un terrain, par exemple, peut être loué sous forme de fermage moyennant le paiement d'un loyer ou sous forme de métayage moyennant une partie du fruit de la récolte. Mais il est également possible de céder la perception des loyers, c'est-à-dire une partie de la propriété. À propos de la propriété privée, Henri Lepage parle donc d'un "panier de droits" qu'il est possible de segmenter et de tronçonner à l'infini. C'est une innovation propre à la société occidentale. Et il y a un lien entre ce processus de marchandisation et le développement économique. La révolution industrielle est en effet liée à cette innovation juridique. Auparavant la justice s'occupait d'équité, elle s'occupe désormais de faire appliquer les contrats.
Dans le système de propriété privée, les droits de propriété sont exclusifs. L'avantage de l'exclusivité est qu'on gère bien sa propriété. Les droits sont transférables. L'avantage de la transférabilité est qu'elle permet de magnifier l'exclusivité, en agitant la carotte du profit et le bâton de la concurrence. Les droits sont négociables. L'avantage de la liberté des contrats est de démultiplier les droits. Henri Lepage donne l'exemple de la pêche et de la rareté de ses produits. Quand les zones de pêche sont mises en commun, l'épuisement s'ensuit. Une manière de l'empêcher est de créer des quotas et de les rendre négociables comme cela s'est fait en Islande. Il est évidemment possible de passer au mécanisme du marché pour différents autres usages.
Les droits de propriété permettent en conséquence de liquéfier le capital et, maintenant, grâce à Internet, de le segmenter à l'infini ou presque.


Jacques de Guenin
Les risques encourus par l'entreprise
Jacques de Guenin, fondateur du Cercle Frédéric Bastiat, parle des risques encourus par l'entreprise et des menaces qui pèsent sur elle.
Il y a trois sortes de risques : l'insuffisance ou le changement de nature de la demande des biens produits par l'entreprise ; les risques matériels ; les risques dus à l'intervention de l’État dans la vie économique. Par exemple, HP et Dell ont souffert de la concurrence japonaise. Par exemple, la catastrophe d'Icmesa à Seveso (1976) et l'explosion à l'usine d'AZF à Toulouse (2001), les naufrages de l'Exxon Valdez (1989) ou du Concordia (2012) sont des risques matériels. Les risques dus à l'intervention de l’État se traduisent par un accroissement des charges fiscales et des prélèvements sur les salaires, mais aussi, en France, par un harcèlement administratif (10 000 pages de réglementation), par un Code du Travail toujours plus gros (2700 pages en 1990, 3200 pages plus serrées en 2008). Dans l'édition du 1er juin 2013 de The Economist on peut lire que c'est la bureaucratie et non pas la gravité qui empêchent les entreprises de s'envoler...
Malgré tous ces risques, toutes ces difficultés qui les attendent, des personnes tentent de créer des entreprises. Car l'esprit d'entreprise, même s'il est rare, reste chevillé au corps et sauve l'humanité. Ces entrepreneurs ont des responsabilités à l'égard des actionnaires (qui peuvent être des caisses de pension, des personnes qui y mettent de l'argent pour leurs vieux jours, des institutions financières etc.), des prêteurs, du personnel, des fournisseurs (qui peuvent subir les défauts de paiement de leurs clients).
Contrairement aux idées reçues, l'objectif numéro un des entreprises n'est pas le profit immédiat, mais leur survie à long terme. Jacques de Guenin peut en témoigner en tant qu'ancien cadre dirigeant d'Exxon et de PSA. Alors que les politiques ne voient pas au-delà de la durée de leur mandat...
Quelles sont les armes pour se prémunir contre le risque ? La prévision, la prévention et l'adaptation. A contrario, la précaution n'est pas une arme contre le risque, mais un refus du risque. Il en est ainsi des OGM (dont on ne connaît aucune conséquence néfaste depuis 12 ans et qui ont été autorisés dans 20 pays) et des gaz de schiste.
Il faut essayer de prévoir et si un risque se produit l'analyser pour qu'il ne se reproduise pas. L'entreprise se doit d'engendrer plus de richesses qu'elle n'en consomme. Elle doit s'adapter ou mourir. Jacques de Guenin donne l'exemple de l'entreprise Radiall, fondée par Yvon Gattaz et son frère Lucien en 1952. Cette entreprise spécialisée dans les connecteurs coaxiaux pour la télévision et les radars, a commencé à connaître des difficultés en 1989, qui se sont aggravées en 1992, avec la réduction des budgets militaires. L'actuel dirigeant est Pierre Gattaz, qui vient d'être élu président du MEDEF. Ingénieur Télécom et titulaire d'un Certificate in Administrative Managementde l'Université George Washington, il travaille tout d'abord chez Dassault pendant cinq ans puis dans deux autres entreprises. Il rejoint l'entreprise familiale en 1992 et en devient le président deux ans plus tard. Pierre Gattaz repositionne l'entreprise dans les domaines de l'électronique professionnelle, du médical, du spatial et de l'aéronautique (Airbus, Eurocopter etc.). Après 3 ans de recherche et développement, Radiall met au point un connecteur rectangulaire qui est adopté par Boeing pour son 787, après 3 ans de qualification (il y en a 3 500 par appareil ...). En 2012 Radiall a retrouvé son chiffre d'affaires de l'année 2000 : l'entreprise s'est adaptée, envers et contre tout.
Tout en effet s'oppose en France au développement d'une entreprise : l'enseignement, l’État, les syndicats. Plus particulièrement, l’État freine les initiatives individuelles, accroît les risques, cultive l'irresponsabilité et freine l'adaptation. Il n'y a au fond rien d'étonnant à cela :
  • la quasi totalité des politiques n'ont jamais mis les pieds dans une entreprise ;
  • la culture économique est nulle ou biaisée : lutte des classes ou Keynes (ce dernier disait qu'il fallait dépenser pendant la crise et économiser pendant la prospérité, mais quand l'Etat commence à dépenser, il ne sait pas s'arrêter) ;
  • tout emploi créé par l’État engendre la destruction de 1,1 emploi ailleurs dans l'économie ;
  • on ignore qu'une personne ne sera embauchée que si son coût marginal (salaires + charges) est inférieur au revenu marginal qu'elle apporte à l'entreprise (en régime de plein emploi la négociation entre employeur et salarié est favorable à ce dernier).
Il ne faut pas oublier que les employeurs doivent faire des efforts pour être meilleurs et que les moins bons d'entre eux sont obligés de s'améliorer. C'est un cercle vertueux. Comme le montre l'Indice de Liberté Économique de l'Heritage Foundation, publié chaque année, les performances des entreprises sont d'autant plus élevées qu'elles se trouvent dans un pays à l'indice de liberté économique élevé. Selon cet indice, en 2013, la Suisse est au 5e rang mondial et au 1er rang européen, tandis que la France se situe au 62e rang mondial...


Jean-Philippe Delsol
Les impôts tuent l'initiative individuelle
Jean-Philippe Delsol, avocat, contributeur de l'IREF, à la création duquel il a participé, expose comment les prélèvements obligatoires tuent l'initiative individuelle et la croissance.
C'est Angela Merkel qui a mis en lumière les disproportions intenables qui caractérisent l'Europe et expliquent son déclin. Dans le monde, l'Europe représente 7% de la population, 17% de la production et... 50% des dépenses sociales. Sans parler du taux spoliateur de 75%, la France détient le record avec 57% de dépenses publiques en 2013. Alors que le taux de l'impôt sur les sociétés baisse en Slovénie, au Royaume-Uni, il augmente au Portugal et en France. En Irlande il est de 12,5% et représente 2,8% du PIB, en France il est supérieur à 34% et représente 2,9% du PIB... En France le poids des charges sociales est égal à 70 ou 80% du salaire net, alors qu'il est de l'ordre de 20% en Suisse, au Luxembourg ou au Royaume-Uni. Le coût horaire moyen du travail est de 34€ en France, de 30€ en Allemagne, de 26€ en Italie et de 20€ au Royaume-Uni. Le taux de marge brut des entreprises est en moyenne de 28% en France et de 40% en Allemagne...
À cela s'ajoute que la loi change sans cesse en France et que le poids élevé des prélèvements obligatoires est imprévisible. Les droits de cession d'actions, par exemple, ont varié entre 2011 et 2012. Les plus-values mobilières devaient être exonérées au bout de la période 2006/2011, mais une loi a supprimé l'exonération avant l'échéance des 6 ans. Les plus-values immobilières ont été successivement exonérées au bout de 15 ans, puis de 30 ans sous Nicolas Sarkozy, et devraient l'être au bout de 22 ans sous François Hollande...
En Allemagne 1/3 ne paient pas d'impôts sur le revenu et 1/4 des 2/3 restants ne paient que 7% du total. En France 50% ne paient pas d'impôts sur le revenu et 10% seulement paient 74% du total.
Officiellement les emplois publics représentent 23% de l'emploi total en France. En réalité c'est beaucoup plus. En effet il y a 5,2 millions de personnes qui travaillent dans le secteur public, 2 millions dans le secteur parapublic. Comme 60% des recettes des associations proviennent de subventions, en réalité, sur le 1,8 million d'employés des associations il faut compter 1,08 million d'emplois payés par l’État. Les bénéficiaires de contrats aidés sont au nombre de 0,5 million, les apprentis de 0,2 million, les contrats de génération de 0,05 million, les agriculteurs de 1 million, les chômeurs de 3,22 millions et les bénéficiaires du RSA "socle" de 1,3 million. Au total cela représente 14,55 millions de personnes sur une population active de 28 millions de personnes, sans compter les entreprises concessionnaires et les chômeurs de catégories B et C (environ 1,2 million). C'est pourquoi, en France, le public devient la norme des coûts et du niveau des rémunérations... et que l'esprit du public l'emporte.
Il y a toutefois des différences entre le public et le privé. Dans le public l'horaire hebdomadaire moyen est de 35 heures, dans le privé de 39,6 heures. L'absentéisme dans le public s'élève en moyenne à 23 jours par an et à 9 jours par an dans le privé. L'âge moyen de départ à la retraite est de 58 ans dans le public, de 62 ans dans le privé. Se vérifie ce que disait déjà Frédéric Bastiat il y a un siècle et demi : "L’État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde."
Pendant un an, en 1987, en Islande, à la faveur de la transition entre l'impôt déclaratif et l'impôt à la source, aucun impôt sur le revenu n'a été prélevé. La même année la croissance est passée de 3,29% du PIB à 8,55%... Plus on taxe, moins l'argent rentre dans les caisses. Un ministre du roi Henri IV, Barthélémy de Laffemas, l'avait déjà constaté : "Les hauts taux tuent les totaux." Ce qu'Arthur Laffer a illustré par sa célèbre courbe... Il ne faut pas chercher plus loin les 14 milliards d'euros qui manquent au budget de la France (TVA -4,5 ; IS -2 ; IR -1 ; droits de mutation - 2 ; recettes sociales -3 etc.). Cela prouve, s'il en était besoin, que plus de dépenses publiques se traduit par moins de croissance : "À force de taper sur la bête, elle ne bouge plus..." Grosso modo 10% d'augmentation des dépenses publiques se traduisent par une baisse de 1% de la  croissance. L'exemple de la Suède est éclairant. Sur la période 1984-1993, les dépenses publiques ont augmenté de 13% et la croissance n'a été que de 1%. Sur la période de 1995-2010 les dépenses publiques ont baissé de 19,58% et la croissance a été de 3%.
En France l'IR paie tout juste les intérêts de la dette ! En France toujours, les dépenses en faveur de l'emploi s'élèvent à 1,1% du PIB et ailleurs à moins de 0,3%. Le taux d'emploi est de 63,8% en France et supérieur à 70% ailleurs.
Tous ces chiffres et ces exemples montrent qu'en France le citoyen est déresponsabilisé par l'intrusion publique dans toutes les relations sociales et les rapports économiques. Ils montrent également la multiplication d'emplois qui ne répondent pas à la logique économique mais à des sujétions politiques et parfois syndicales. L'Etat réprime, nivelle, se substitue aux personnes. Alors que les entrepreneurs privés font des erreurs et les corrigent, l’État pérennise les siennes. Il est en conséquence impératif que les dépenses publiques baissent pour libérer l'économie. La seule solution, pour que l'austérité soit positive, est d'amaigrir l’État, de réduire la dette et le déficit.
Après sa nomination par le roi Louis XVI, dans une lettre adressée à ce dernier le 24 août 1774, Anne Jacques Robert Turgot résumait son programme en trois points : "Point de banqueroute; point d'augmentation d'impôts, point d'emprunts." Ce programme devrait être celui de tout gouvernement.
(À suivre)

mercredi 29 mai 2013

Sauve qui peut ! d’Éric Brunet

Dans son dernier ouvrage, le journaliste Éric Brunet nous explique quelles sont les bonnes raisons d'émigrer de ce pays encroûté qu'est devenu la France.

Derrière l'expression Sauve qui peut !, employée par Éric Brunet pour son livre, se cachent toutes les bonnes raisons d'émigrer d'un pays encroûté, la France, où il n'y a plus de salut pour ceux qui veulent vraiment vivre, c'est-à-dire vivre libres, et qui, de surcroît, ne s'y sentent pas aimés.
Qui peut quitter la France sans pour autant cesser de l'aimer ? Tout le monde :
Ces Français qui résistent au déclin programmé de leur pays, veulent embrasser d'autres possibles et se frotter au monde réel, à l'entreprise, aux économies dynamiques, aux enjeux du futur. Ils veulent découvrir des modèles vivants, s'imprégner d'autres ailleurs.
Cela n'est pas réservé à une élite, loin de là. Il faut seulement le vouloir et ne pas se laisser intimider par ceux qui jettent l'opprobre sur les exilés. Certes tous les exilés ne reviendront pas, mais il suffit qu'il en revienne : "Enrichis de leurs expériences dans le monde réel, ces exilés donneront une inflexion nouvelle à notre pays engourdi." C'est pourquoi n'en déplaise aux fauteurs de déclin et de servitude, socialistes et compagnie, "partir n'est pas une lâcheté, mais un acte de résistance et de courage."
Les bonnes raisons de partir ?
La fiscalité étouffante
Selon l'OCDE, la France est au troisième rang pour les recettes fiscales (44,2% du PIB), derrière le Danemark (48,1%) et la Suède (44,5%). Mais, surtout, elle est championne en matière de dépenses publiques (56,5% du PIB), derrière, il est vrai, la République démocratique du Congo, l'île de Kiribati, l'Irak, le Lesotho et le Danemark. Alors que les PME, ces poules aux œufs d'or, sont les seules vraies créatrices d'emplois (600.000 en dix ans), elles sont littéralement matraquées fiscalement : "En France, la fiscalité d'une PME représente 65,7% de son résultat commercial. En examinant le classement mondial, on constate que notre pays est un des plus gourmands du monde avec ses PME : il occupe le 169e rang sur un total de 185 États étudiés."
Ce matraquage fiscal a des répercussions sur la compétitivité de la France, qui occupe désormais la 21e place au classement du Forum économique mondial : "La pression fiscale a pour conséquence de rendre le travail cher et donc rare." Avec pour conséquence un fort chômage des jeunes et une grosse proportion de seniors inemployés. Et l'avènement de François Hollande s'est immédiatement traduit par un nouvel accroissement de cette pression fiscale, qui était déjà insupportable...
L'égalitarisme
En France, certains sont plus égaux que les autres, les fonctionnaires. Ils jouissent d'un privilège exorbitant, l'emploi à vie. Aussi l'égalitarisme revendiqué ne les vise-t-il pas :  "L'égalité prend chez nous une forme singulière : l'aversion pour celui qui réussit, qui génère de la croissance, qui fait fortune ; en d'autres termes la défiance du riche." Un pays ne serait démocratique que s'il permet non seulement l'égalité en droit mais l'égalité en revenus... Alors, pour égaliser, on taxe les riches et on s'étonne qu'ils prennent la fuite. Mais on est sélectif dans la stigmatisation des exilés fiscaux :  "Sur les milliers d'exilés fiscaux célèbres, les seuls que les médias harcèlent sont ceux dont on connaît les engagements de droite, et les chefs d'entreprise qui par nature sont des salauds."
L'exécration des patrons et l'éloge des fonctionnaires
Il ne fait pas bon être patron en France : "Le seul chef d'entreprise sympathique est celui qui ne gagne pas d'argent." Les Français ont une piètre opinion des patrons : "Selon un sondage IFOP publié dans le JDD en octobre 2012, seuls 21% ont une bonne opinion de leur patron. Cette faible proportion descend à 15% quand il s'agit de juger les dirigeants de PME en général et plonge à 5% pour les chefs de grandes entreprises." Il est même possible, en France, sans faire de vagues, d'écrire un livre intitulé Je hais les patrons (l'auteur est Gisèle Ginsberg, journaliste syndicaliste...) : "Imaginez les réactions qu'auraient suscitées ce titre si on avait remplacé le mot "patrons" par "artistes", "syndicalistes", "journalistes", "pauvres", "fonctionnaires", "chômeurs"..."
Il n'en va pas de même avec les fonctionnaires :
Les deux tiers des Français jugent les fonctionnaires honnêtes, compétents, au service du public, à l'écoute et même accessibles et disponibles, selon un sondage réalisé par TNS Sofres. La majorité des sondés pensent aussi que les fonctionnaires sont maltraités par l’État et vont jusqu'à se dire solidaires de leurs protestations contre la dégradation de leurs conditions de travail.
Une stupide guerre civile idéologique
Dans le passé, la guerre civile n'a épargné aucune nation : "Peut-être faut-il y voir là un processus anthropologique indispensable à l'émergence des nations modernes. La France n'échappe pas à cette règle. À cela près que notre spécificité à nous, c'est que la guerre civile est la  ligne éditoriale de notre pays, une sorte d'azimut national." La guerre civile permanente semble en effet consubstantielle à l'Histoire des Français (le regretté Jacques Marseille avait pu intituler un de ses livres Du bon usage de la guerre civile en France). Éric Brunet n'est pas à court d'exemples et peut conclure : "Le clivage, la faille, le fossé sont patrimoines nationaux, à telle enseigne que, pour mieux étiqueter les factions ennemies, les Français ont inventé les concepts de gauche et de droite."
Cette mentalité ne conduit évidemment pas au dialogue et à la concertation, mais à la confrontation et au rapport de force. Le mode de scrutin uninominal à deux tours, qui exclut de représentation les minorités, et l'impossibilité d'une véritable liberté d'expression en sont les illustrations insignes :
Notre hostilité à l'idée que des opinions extrémistes ou marginales puissent être publiquement exprimées est si profonde que nous avons tout simplement décidé de les interdire, en punissant leurs auteurs de peines pouvant aller jusqu'à la prison ferme.
Éric Brunet fait allusion là aux lois liberticides que sont la loi Gayssot et les lois mémorielles... Il n'est pas étonnant dans ces conditions que la France se situe au 44e rang du classement international de Reporters sans frontières en matière de liberté de la presse :
Ce climat permanent de guerre idéologique larvée, de chasse aux sorcières, de censure ou d'autocensure quotidienne et de refus de débattre concourt à faire de la France l'un des derniers pays en termes de liberté de la presse.
Fainéantise, assistanat et népotisme
Les Français n'aiment pas bosser et, d'ailleurs, ils ne bossent pas, parce qu'ils considèrent depuis des siècles que le travail est un fardeau (ils ont même eu, exception française, des rois fainéants...) :
Chez les salariés à plein temps, la France figure à l'avant-dernière place de la durée effective de travail, ne devançant que la Finlande. Les salariés français ont travaillé en moyenne 1 679 heures en 2010, soit 129 heures de moins que les Espagnols, 134 heures de moins que les Italiens, 177 heures de moins que les Britanniques, 224 heures de moins que les Allemands, sans parler des pays de l'Europe de l'Est qui occupent la tête du classement. (Étude parue en janvier 2012, réalisée par l'institut Coe-Rexecode dans les 27 pays de l'UE).
La France est peut-être la patrie des droits de l'homme mais elle n'est en tout cas pas celle des devoirs : "Les devoirs sont souvent considérés chez nous comme une contrainte réactionnaire, un archipel de règles surannées, l'ADN des régimes autoritaires..." La France est donc peuplée de citoyens ayants droit et d'assistés, ce qui n'incite pas vraiment au travail : "En France le combat contre la pauvreté ne consiste pas à favoriser la création d'emplois mais simplement à augmenter les minima sociaux, à l'instar des dames patronnesses du siècle dernier." Il est souvent intéressant de ne pas franchir un seuil social : cela permet de gagner davantage... en ne faisant plus rien du tout. Ce qui n'encourage pas non plus à travailler, c'est le népotisme généralisé : "Depuis toujours, les élites françaises ont favorisé l'ascension de leur progéniture au détriment, on le suppose, de citoyens plus méritants. Un constat démoralisant pour tous les Français qui ne sont pas des fils et des filles de..." Là encore, Éric Brunet ne tarit pas d'exemples...
L'enseignement est naufragé et la créativité au point mort
En 20 ans les apprentissages fondamentaux, lire, écrire, compter, ont régressé en France dans de fortes proportions. En matière scolaire, la France souffre mal la comparaison internationale, comme le révèlent les études sur la lecture, PIRLS, ou sur les performances des lycéens, PISA, notamment en mathématiques. La France régresse là encore fortement par rapport aux autres pays... Pourtant le coût d'un élève est passé en 30 ans de 4.400 à 8.000 euros et les élèves par classe sont nettement moins nombreux. Alors pourquoi cette baisse de niveau ? "Si le niveau baisse drastiquement chez nous, c'est surtout parce que les heures d'enseignement ne cessent de diminuer. En 1968, les écoliers français avaient 175 jours de classe par an et 1 050 heures de cours. Aujourd'hui c'est 140 jours et 840 heures, soit un cinquième de moins." Et il y a également plus de cours différents...
Le baccalauréat n'a plus aucune valeur, mais c'est le sésame pour entrer sans sélection dans les universités, qui fabriquent des chômeurs et qui ne brillent pas dans la compétition internationale: l'ENS, la première d'entre elles, ne figure qu'au 34e rang du QS World University Ranking (trois autres universités françaises seulement figurent dans le top 200) et Orsay Paris-Sud, la première université française, figure au 37e rang du fameux classement de Shangaï.
Quant au travail manuel, il est dénigré. Un chiffre éloquent le montre : il y a 600.000 apprentis en France et 1,6 million en Allemagne... On doit donc dans les métiers se tourner vers l'étranger pour recruter : "On manque en France cruellement de maçons, soudeurs, tourneurs, chauffeurs de poids-lourd, bouchers, infirmiers, médecins, chirurgiens, techniciens de maintenance, informaticiens. Or et contrairement à ce qu'on croit, du fait de la demande, la plupart de ces emplois sont très bien rémunérés." Dans les domaines de la création artistique, de la gastronomie (eh oui), la France roupille, se réfugie dans le passé ou le plagiat. Pas de quoi pavoiser là encore.
En matière d'innovation, la France occupe dans le classement mondial effectué en 2012 par l'INSEAD et l'OMPI la 24e place sur 141, tandis que la Suisse, comme en 2011, y occupe le 1er rang... En France, la législation du travail trop tâtillonne et le manque d'investissement dans la recherche et développement en sont la cause.
Conclusion
Ce bilan désastreux de la France explique peut-être pourquoi les Français, qui y résident, sont "les premiers consommateurs d'anxiolytiques et autres antidépresseurs de la planète", mais il explique certainement pourquoi tant d'entre eux, parmi les meilleurs dans leurs catégories, la quittent, faute d'y avoir des perspectives d'avenir. Ce faisant, ils emportent tout de même avec eux un peu de leur pays :
N'en doutons pas, ceux qui ont fait le choix de partir s'attachent chaque matin à faire vivre l'esprit français loin de l'apathie hexagonale. À des kilomètres de nos frontières, ces expatriés sont une multitude de petits morceaux de France. À leur façon, ils résistent en poursuivant, consciemment ou pas, leur rêve d'une France différente, conquérante, et vivante...
Cette avant-garde de résistants est pourtant systématiquement stigmatisée par les médias et les politiciens français... Éric Brunet ne fait, heureusement, pas partie de ces commentateurs myopes : "Si demain, pauvres ou riches, ces émigrés acceptaient de rentrer au pays, ils seraient notre meilleur atout pour sonner le réveil de la France." Ce n'est cependant pas demain la veille...
• Éric Brunet, Sauve qui peut !, Albin Michel, 2013, 304 pages.