TOUT EST DIT

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lundi 16 septembre 2013

L’enfer fiscal

L’enfer fiscal


Il y a tellement longtemps que l’ampleur des problèmes posés par l’existence de paradis fiscaux est sur la table, que les tolérances coupables qui leur ont permis de prospérer ont été dénoncées, que le coût social, à travers le monde, de l’optimisation fiscale ou de la fraude fiscale a été pointé du doigt, qu’il faudrait aujourd’hui savoir garder la tête froide devant les avancées envisagées.
Mais rendons hommage aux ministres des finances du G7 et les gouverneurs de banques centrales réunis en fin de semaine à Aylesbury (Grande Bretagne) en fin de semaine dernière, d’avoir su ajouter aux paroles rituelles des actes très concrets ? Le plus significatif a été l’annonce, vendredi, de l’ouverture d’une enquête engagée par les agents du fisc américains, britanniques et australiens. Elle s’appuie sur des milliers de fichiers informatiques que ces administrations se sont procurés. Des listes et des listes de comptes secrets ouverts à Singapour, dans les îles Vierges britanniques, dans les îles Caïmans, notamment. Ces renseignements pourraient bénéficier très vite à d’autres pays du G20 dont la France qui n’attendent que cela.
L’ampleur de ces informations marque un changement d’échelle dans la lutte contre l’évasion fiscale. La volonté de poursuivre les fraudeurs mais aussi ceux qui font profession de les aider introduit une rupture significative. Surtout si le mouvement s’amplifiait, il enterrerait le secret bancaire. Ce serait la porte ouverte à l’échange automatique d’informations entre les banques et les administrations fiscales : les pays seraient ainsi automatiquement informés quand l’un de leurs ressortissants dépose de l’argent à l’étranger. Les États qui pratiquaient le dumping fiscal à tour de bras, accroissant ainsi artificiellement leur prospérité en attirant les capitaux, vont devoir coopérer. Dans le reste du monde comme en Europe, les lieux d’accueil pour les fraudeurs vont se faire plus rares.
Commentant quelques autres progrès en la matière au G20 de Washington, Daniel Lebègue, président de la section française de Transparency International., notait dans les Échos au début du mois de mai : « En une semaine, on vient de faire plus de chemin qu’en vingt ans ». Lui-même semblait s’étonner de cette impressionnante accélération. Elle a déjà contraint les banques et les entreprises à revoir leurs pratiques. Il reste bien sûr encore de nombreux obstacles techniques et même politiques avant de voir la cause entendue. Certains pays, dont la Chine, regardent d’un très mauvais œil cette évolution. Cette dynamique engagée, la vigilance continuera à s’imposer.

dimanche 31 mars 2013

François Hollande persiste


François Hollande connaissait les enjeux pour lui et pour son mandat de cette intervention télévisée. Sur France 2, le 28 mars, le chef de l’Etat n’avait donc pas le droit à l’erreur : il lui fallait absolument rassurer les Français, face à la montée du chômage et à l’affaiblissement des protections sociales.
Au terme de plus d’une heure d’entretien télévisé (pour 45 minutes annoncées), et une tentative prudente d’appel au rassemblement, en invoquant une « République apaisée », François Hollande, en « chef de la bataille », n’a qu’imparfaitement honoré cette feuille de route.
Le pouvait-il vraiment ? Les formules ciselées «  un engagement pour l’emploi», le catalogue des mesures imaginées en 10 mois par son gouvernement, la fameuse boite aux outils faite de plans divers, et les promesses -«  à la fin de l’année, nous serons dans une baisse du nombre de chômeurs » - devraient fatalement rencontrer le scepticisme face à l’augmentation continue du nombre des sans-emploi (on approche en France le record absolu de 1997). Mais surtout ces propos n’ont pas annoncé de rupture dans l’exercice du pouvoir depuis mai dernier : François Hollande a d’abord confirmé la logique mise en œuvre pour tenter de contenir les effets de la crise.
Le président de la République, modeste et pédagogue, n’a pas trouvé les mots de nature à répondre énergiquement au sentiment d’insécurité économique et sociale aujourd’hui dominant. Et il n’a pas répondu au rejet dans une part significative de l‘opinion de réformes de société, comme le « mariage pour tous », mesurable par une hostilité manifestée par plusieurs milliers de personnes devant le siège de France Télévisions avant son intervention.
La prudence dans les choix (le refus de l’austérité, la stabilité fiscale ) soulignée dans une formule «  le redressement, pas une maison de redressement », lui évite de donner le sentiment d’une trop grande fébrilité et témoigne d’une certaine constance. Mais elle donne, dans le même temps, l’impression que la France attend que passe l’orage sans engager de profondes réformes à l’instar de ses voisins européens.
Gardant le cap, François Hollande n’a pas fait naître un nouvel élan pour combattre la crise.

mardi 8 février 2011

Ce qu'attendent les Français

Le baromètre TNS Sofres-La Croix fait un point annuel de la perception par les Français des grands moyens d’information et des journalistes. Cette mesure de confiance existe depuis plus de vingt ans. On trouvera dans cette dernière livraison bien des constantes : l’appétit jamais démenti pour l’information, le poids écrasant de la télévision comme vecteur, la grande fiabilité de la radio et la pratique toujours régulière de la presse écrite chez ceux qui s’intéressent particulièrement à l’actualité. Le baromètre permet aussi de mesurer la place croissante d’Internet en matière d’information.

Des constantes, donc, mais aussi quelques messages clairs envoyés aux journalistes par les Français. Le plus inquiétant est, bien entendu, une confiance en baisse, comparée à l’an dernier. Mais, surtout, une majorité des personnes interrogées estime que la qualité des médias s’est détériorée depuis dix ans.

La critique principale ne porte pas sur le caractère partisan de la télévision, de la radio, de la presse écrite ou même d’Internet. Une majorité de Français pense qu’ils ne sont favorables ni à la droite ni à la gauche. Mais, au-delà des alternances et des crises, un grand doute demeure sur la capacité des journalistes à résister aux pressions politiques ou financières.

Ces remarques sont évidemment un encouragement adressé aux médias à faire mieux dans leurs pratiques quotidiennes. Les personnes interrogées n’attendent pas forcément des « coups » journalistiques. Malgré la place accordée aux documents confidentiels de la diplomatie américaine par de nombreux titres, la réception faite au traitement des révélations de WikiLeaks a été tiède.

Il n’y a évidemment pas de conclusions générales à tirer de ce constat, mais une indication : l’exigence d’une information plus proche des préoccupations des Français. Le jugement porté sur la couverture des événements de l’année écoulée est, à ce titre, éclairant. Les personnes interrogées pensent que les sujets portant sur leur avenir ont souvent été mal traités. Le goût du « croustillant » en matière d’information était peut-être un mythe : une certaine distance critique semble de nature à séduire les Français.

samedi 29 janvier 2011

Stabiliser

Les crises sont aussi vieilles que le monde. Inutile, bien sûr, de céder à la fièvre ou aux emportements. Mais les changements amorcés en Tunisie ou réclamés en Égypte, au Yémen, au Liban ou en Algérie… sans compter celui qui devra être respecté en Côte d’Ivoire, imposent à la diplomatie des pays européens des réponses rapides. Dans ces parties du monde, toutes ces nations nous sont proches, histoire et géographie mêlées.

Les pièges sont pourtant nombreux. En théorie, dans une large palette d’attitudes, du soutien aux dictateurs (option cynique souvent retenue au nom d’une stabilité illusoire) à la manie de l’intervention au nom de la démocratie (option naïve qui, si elle est mal conduite, peut laisser plus de ruines que de progrès), le choix était apparemment large. En fait, aujourd’hui, il s’est beaucoup réduit. Dans les pays concernés par les troubles récents, les régimes autoritaires, quasi dynastiques, corrompus, ont sans doute vécu. L’odeur de jasmin tunisien s’est répandue, portée par les vents dominants, bien au-delà des frontières. La question est désormais celle de la nature et de l’ampleur des changements qui ne manqueront pas de se produire.

La diplomatie européenne, nouvellement installée, aurait pu accompagner cette mutation. Nicolas Sarkozy l’avait à juste titre expliqué lors de sa récente conférence de presse : les anciens colonisateurs ne sont pas vraiment les plus légitimes pour définir le cours nouveau. C’est bien l’Europe, puissance facilitatrice, qui aurait dû aider, accompagner les évolutions. Elle ne l’a pas fait. Les États membres ont gardé la main. Pendant que, de l’avis général, les Américains marquaient et continuent de marquer des points.

Il n’est pourtant pas trop tard pour que les Vingt-Sept envoient un message clair. Sans ingérence, il est possible de dire à tous, gouvernants et manifestants confondus, que des mesures économiques et sociales s’imposent effectivement, que la réforme est le plus sûr moyen d’éviter le chaos. Qu’elle est toujours, avec le respect des libertés, la garantie de la paix.

mardi 25 janvier 2011

Convaincre

Face à un monde complexe, où « les équilibres ne sont plus les mêmes », Nicolas Sarkozy avance pour sa présidence des G20 et G8 avec de grandes ambitions, dont une réforme du système monétaire international et la mise en place d’un socle de protection sociale universel.
Hier, lors de sa conférence de presse qui a réuni 300 journalistes et plus d’une centaine d’ambassadeurs, il a pourtant aussi montré une modestie assumée quant aux résultats possibles. Au fond, le choix de la méthode pour asseoir « la légitimité du G20 » s’appuie sur l’implication forte et le soutien déterminé de ses partenaires. Il a habilement convoqué Angela Merkel, Hu Jintao, Dmitri Medvedev ou David Cameron dans les divers « chantiers de fond » que la présidence française du G20 prétend ouvrir.
Ce pragmatisme pourrait servir ses ambitions de réformes sur des dossiers aussi difficiles que les monnaies, le cours des matières premières ou l’aide aux pays en développement. « Nouveau monde, nouvelles idées », comme le proclame le logo de cette présidence française ? Peut-être pas. Mais la nécessité de la régulation a gagné beaucoup d’esprits depuis la crise économique et financière, il n’est pas exclu que les ambitions les plus réalistes affichées par le président de la République puissent faire l’objet d’un début de consensus. À l’évidence moins assuré dans son rôle de président du G20 que dans celui de président de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy va en tout cas tenter de faire avancer ces grands dossiers. D’autres continueront la tâche amorcée.
Lors de cette conférence de presse, le président de la République n’a par ailleurs annoncé aucune rupture sur la scène internationale. Bien sûr, pour la première fois publiquement, il a reconnu « une sous-estimation » de la « désespérance » des Tunisiens au moment où la protestation contre le régime de Ben Ali montait. Mais il l’a expliquée en partie par la réserve à laquelle la diplomatie française était « tenue » dans ce pays, plus encore en Algérie ou en Côte d’Ivoire, d’anciennes colonies. Le propos s’est fait plus net sur le terrorisme. « Fermeté et courage » sont les mots d’ordre. Sans doute la seule manière possible de répondre aux menaces adressées à la France.

dimanche 23 janvier 2011

Génération oubliée

Jadis, tout était politique. Pour la génération du baby-boom, l’engagement de la jeunesse semblait aller de soi. Quelques décennies plus tard, retour de balancier : les jeunes semblent tenir, sinon l’implication dans les débats de société, au moins les formes classiques de militantisme, à très grande distance. Sont-ils d’ailleurs si différents de la moyenne des Français ou de leurs semblables dans d’autres pays européens ? Sans doute pas.

Être jeune aujourd’hui en faisant le choix de s’engager dans un parti politique semble même à contre-courant, d’autant que ces mêmes partis travaillent essentiellement à conserver l’ordre existant. En France, mais aussi ailleurs dans l’Union européenne, l’organisation économique et sociale s’est essentiellement construite, décennies après décennies, avec et au bénéfice des seniors d’aujourd’hui, nés dans les années 1940-1950. Et rien n’indique une inversion de la tendance. Les jeunes seront donc, pour longtemps encore, touchés au premier chef par la précarité, la bulle immobilière, les déficits budgétaires… Quelles voix s’élèvent pour protester ? Où les entend-on ? Seule, la jeunesse elle-même, en entrant dans le débat, d’abord en votant plus, peut espérer combattre la dérive des réponses à court terme. Mais le fera-t-elle ? La laissera-t-on faire ?

Le monde politique reflète assez bien l’état de la société. Notre Assemblée nationale (ne parlons même pas du Sénat) est un refuge de beaucoup d’hommes et de quelques femmes d’expérience, souvent élus et réélus. Conséquence mécanique : une nette majorité de ses membres a plus de 55 ans. Ces parlementaires portent ainsi, au moins collectivement, et avec l’assentiment de leurs électeurs, une vision du monde où la compréhension des générations à venir n’est pas centrale. Qui d’autres que des jeunes, investis en politique, réclamant tout leur espace, – dans le débat et le partage des places – pourraient inverser la tendance ? Des indices existent d’une implication plus forte et c’est bon signe.

Au moment où, en Europe, on s’inquiète à juste titre du sort fait à la jeunesse du Maghreb, où l’on célèbre à grand bruit la révolution de jasmin en Tunisie où elle a joué un si grand rôle, rien n’interdit d’élargir le débat. Comparaison n’est pas raison. Mais quel rôle pour les jeunes en France ?

samedi 15 janvier 2011

Symptôme

L’extrême droite française va changer de visage. Jean-Marie Le Pen quitte la présidence du Front national et se prépare, en cette fin de semaine, à faire élire sa fille, Marine. Cette stratégie dynastique, qui sera sans doute couronnée de succès, ressemble à une promesse : la continuité. Quelques indices de « modernisation » du discours – l’antisémitisme et le négationnisme du père cédant la place aux discours anti-musulmans de la fille – ne changeront rien au fond. Même si Marine Le Pen se préoccupe davantage que le président sortant de la conquête du pouvoir dans les institutions, le Front national va continuer à occuper autour de 10 % de l’espace politique en France, avec quelques hauts comme à la présidentielle de 2002, où il avait pu se maintenir au second tour, mais aussi des bas comme en 2007, où il avait obtenu moins de 5 % aux législatives.

Les bons scores de l’extrême droite, quand ils arrivent, ne marquent pas toujours une adhésion profonde au fourre-tout idéologique du Front national. Hors la préférence nationale, sa constante, la doctrine va, flottante, du libéralisme le plus échevelé à des propositions qui relèvent de l’économie administrée. Comment s’y retrouver ?

Les scores des partis protestataires se nourrissent d’abord de frustrations, alimentées par les promesses non tenues et les échecs des partis de gouvernement. La crise économique et financière a durci le jugement : les responsables politiques, économiques ou des médias, bref les « élites », n’ont rien vu venir. Et surtout on n’en attend rien de bon. La confiance se délite. Un peu partout en Europe, la vague populiste, demandant tout à la fois une baisse de la pression fiscale et une hausse des protections sociales, se répand. L’inquiétude pousse à surréagir devant les incertitudes. La sécurité à tout prix est un thème porteur.

À ce titre, concéder que les démagogues, qu’ils soient de droite ou de gauche, posent de bonnes questions revient à leur céder une partie du terrain. L’enjeu de la présidentielle de 2012, où le Front national espère évidemment jouer le même rôle qu’en 2002, consistera à bâtir des projets crédibles pour vaincre les difficultés actuelles. Sans sacrifier la raison critique, l’éthique démocratique et le respect de l’autre.

lundi 29 novembre 2010

La fausse logique de la crise

Commencer à discuter en soulignant qu’il n’y a pas de « fatalité de l’échec » pourrait donner une tonalité un peu inquiétante aux débats de la conférence sur le climat qui s’ouvre au Mexique. Il est vrai qu’il n’y a pour l’instant aucune raison d’être euphorique. Les mêmes causes ayant tendance à produire les mêmes effets, ce qui s’est passé à Copenhague pourrait se répéter à Cancun : accord minimum, calendrier incertain, moyens flous… Ce serait bien sûr très dommage.

Les 190 pays réunis dans cette station balnéaire ont en main l’avenir, sinon de la planète, au moins de l’effort engagé à Rio en 1992 pour tenter de la préserver. Qui pourrait douter qu’il faut encore l’amplifier ?

La question est bien sûr d’abord celle de la disponibilité des nations, de la bonne volonté des gouvernements. Chacun plaide évidemment qu’il a mieux à faire : en Occident, la crise économique ; dans les pays émergents, la question sociale ; dans les pays pauvres, ces crises cumulées. En refusant de voir la faille logique de ce type d’arguments. L’impasse écologique est née d’ambitions prédatrices dont les secousses économiques de ces deux dernières années ont été la magistrale illustration. Elle s’est déployée en crise sociale notamment à travers les migrations qu’elle provoque et amplifie. Aujourd’hui, elle éloigne encore la perspective d’une amélioration de la situation pour ceux qui sont restés à l’écart du développement.

À ce titre, les crises économique ou sociale ne constituent jamais un argument fort pour relâcher l’effort. Cet engagement écologique est au contraire un élément de réponse possible à toutes les crises. C’est parce que nous nous sommes arrogé le droit d’utiliser les ressources de la Terre que nous avons le devoir d’en assurer la pérennité pour les générations futures ; c’est parce les ressources de la Terre appartiennent à tous que l’accaparement par certains est intolérable.

Qu’attendre alors de Cancun ? Cessons de rêver. Compte tenu du contexte, du jeu même des négociations internationales à l’ONU, il n’y aura pas d’accord définitif ni de réponse globale. Mais même derrière de petits compromis, la pédagogie des enjeux peut trouver sa place.

mercredi 20 octobre 2010

Tous perdants

Les syndicats continuent à rassembler à un haut niveau. Le gouvernement réaffirme son intention de ne rien céder sur le fond. Hier, au terme de la sixième journée de mobilisation contre la réforme des retraites, le paysage social français semblait figé. Une note inquiétante est pourtant venue s’ajouter à la partition connue de ces défilés : une montée sensible de l’exaspération. Elle était lisible à la fois dans les déclarations des organisateurs de manifestations et dans la fermeté exprimée dès dimanche soir par le premier ministre pour empêcher les paralysies annoncées.

Quelle peut être alors l’issue au moment où les mouvements de lycéens et d’étudiants, le blocage de certaines raffineries et de dépôts de carburant, voire l’entrée en lice des routiers ajoutent encore à la confusion ? À vrai dire, il n’y a plus grand-chose à lâcher sur la réforme elle-même après les gestes déjà faits sur la pénibilité, les carrières longues ou pour les mères de famille. Toute nouvelle concession sur le texte serait interprétée comme un renoncement. Elle serait le signe d’une faiblesse politique, impossible à assumer.

Reste donc, du point de vue du gouvernement, à jouer la montre. Le scénario a déjà été écrit avec, dans l’ordre, l’arrivée des vacances de la Toussaint, l’adoption rapide de la réforme par le Parlement et l’espoir que le soutien largement manifeste par l’opinion à la contestation fléchisse. Ce pari qui comporte une part de risque n’est pas si absurde : l’unité syndicale est lézardée, les syndicats réformistes n’envisagent pas de grand soir et l’opinion, versatile, pourrait donc changer très vite d’avis si le climat venait encore à s’alourdir.

À un niveau rarement atteint chez nos voisins européens pourtant confrontés aux mêmes défis, la France continue ainsi à vivre un nouveau psychodrame autour des changements nécessaires. Il n’y aura bien entendu que des perdants. Certes, cette nouvelle adaptation du régime des retraites va sans doute s’appliquer. Mais ce sera sans véritable adhésion. Les prochaines discussions sociales s’ouvriront dans les pires conditions puisque les partenaires sociaux auront le sentiment d’avoir été méprisés. Une preuve de plus que la réforme ne se décrète pas. Mais qu’elle a besoin d’être sérieusement préparée.