TOUT EST DIT

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vendredi 21 novembre 2014

Affaire Jouyet : les "fourberies" de Fillon ; Sarkozy : "zemmourisé" pour gagner ? ; Manuel Valls : départ programmé ?

Mais aussi les précisions de l'auteur de "Sarko s'est tuer" sur l'affaire Fillon-Jouyet, Sarkozy à nouveau devant Juppé chez les sympathisants UMP, la menace Jean-Noël Guérini au PS, et, et, et... le sondage-alerte sur le droit de vote des étrangers. Y'a encore du matos dans la revue de presse des hebdos !
Un petit point sur l'affaire Fillon/Jouyet, pour commencer ? Quinze jours après l'explosion de la bombe, lâchée dans les bonnes feuilles de "Sarko s'est tuer" publiées le 6 novembre dans "L'Obs" (voir la RP du même jour), "Les Inrocks" ont eu la bonne idée d'aller interviewer Fabrice Lhomme, co-auteur du livre qui a mis le feu aux poudres. Et ? Hé bé, c'est en-dessous, té !

Qui a la bonne version de l'histoire ?
"Au début de "Sarko s'est tuer", lancent "Les Inrocks", vous relatez le déjeuner entre François Fillon et Jean-Pierre Jouyet où l'ancien Premier ministre aurait demandé au secrétaire général de l'Elysée de faire pression pour accélérer les procédures judiciaires contre Nicolas Sarkozy.
Le troisième homme présent, Antoine Gosset-Grainville, a contredit cette version et accrédite le démenti de Fillon. Quelle est la bonne version ?" —"Notre version s'appuie sur trois sources, explique Fabrice Lhomme. On rencontre Jouyet en tant qu'acteur d'une possible affaire de pression politique. Il nous confirme une information que on (sic) tient de la droite, confortée par une troisième source. Les participants se sont manifestement fait l'écho de son contenu à l'extérieur. François Fillon aurait demandé une intervention. Mais sans enregistrement, on ne peut rien certifier à 100 %. En revanche, on sait avec certitude que Jouyet est allé trouver François Hollande à la suite de ce déjeuner pour lui dire que Fillon avait demandé d'accélérer les procédures visant Sarkozy. (...) L'erreur dans cette histoire est de considérer Jouyet comme une source. Il est impliqué dans une histoire, on cherche à lui demander sa version. Je passe par le conseiller communication de l'Elysée et ensuite Jouyet nous rappelle. C'est notre premier entretien avec lui, probablement le dernier". Probablement, oui... Si considérer Jouyet comme une source était nul doute une erreur, il reste que le secrétaire général de l'Elysée a, apparemment, livré une info qu'il n'aurait pas dû donner. Avait-il le choix, en même temps, dans la mesure où il était "impliqué" et était, de fait, obligé de donner sa version ? C'est assez casse-tête, cette histoire...

Quand "Sarko s'est tuer" ressuscite Sarkozy
"A propos de Nicolas Sarkozy, vous soulignez sa "faculté proprement fascinante à creuser sa propre tombe". Ne venez-vous pas, ironie de l'histoire, de le déterrer et de le ressusciter en révélant l'affaire Fillon/Jouyet ?" demandent "Les Inrocks" à Fabrice Lhomme. —"Bien sûr, cette affaire renforce son côté victime, admet le journaliste. Si les faits se sont produits tels que les a relatés Jean-Pierre Jouyet, Sarkozy est victime d'une tentative d'instrumentalisation de la justice par François Fillon. Ce n'est pas contradictoire avec le livre. Nous expliquons qu'avec ce comportement, il s'est attiré beaucoup d'ennemis. L'affaire Fillon en est un cas emblématique". Convaincus par l'argument ? Ca fait peut-être un peu pirouette-cacahuète, là, non ?

Fillon "le fourbe"
Mais si on prenait l'affaire Jouyet par l'autre bout — le bout Fillon ? "Les fourberies de Fillon", c'est le titre de l'article — croquignolet — que "L'Obs" consacre au co-directeur de l'UMP... D'après le journal, qui l'a contacté, Nicolas Sarkozy "ne croit pas un mot des dénégations de son ancien Premier ministre. Depuis des mois, l'ancien député de la Sarthe se répand dans tout Paris en expliquant que Sarkozy sera rattrapé par les affaires et ne pourra pas être candidat en 2017..." "L'Obs" nous l'apprend également : l'ancien Premier ministre serait connu pour avoir des "méthodes pas toujours franches (...). "Tiens, regarde, voilà le fourbe". Invariablement, c'est ainsi que Jean-Louis Borloo ponctuait l'arrivée du chef de gouvernement de Nicolas Sarkozy, au conseil des ministres. (...) Jean-Pierre Raffarin n'est pas en reste. En 2003, lors des négociations sur la réforme des retraites, Fillon n'avait-il pas tenté de revenir subrepticement sur un engagement que Raffarin, alors Premier ministre, avait pourtant acté avec François Chérèque ? (...) l'avertissement de Jacques Chirac — qui n'a jamais aimé Fillon — lui est alors revenu en mémoire. "Méfie-toi, Jean-Pierre, lui avait dit Chirac. Dans un troupeau, il y a toujours une mauvaise bête, celle qui marche de travers. Eh, bien, Fillon, c'est la mauvaise bête"". Rhabillé pour l'hiver, le Fillon...
Le déjeuner a eu lieu la semaine où se décidait le paiement des pénalités par l'UMP
Histoire de semer un peu plus le doute, dans un article parallèle et complémentaire du premier, intitulé "La folle semaine qui a placé Sarkozy dans le viseur", "L'Obs" souligne une étrange coïncidence...
"Certes, note le journal, le déjeuner (de François Fillon) avec Jean-Pierre Jouyet, le mardi 24 (juin 2014), n'a aucune place dans la chronologie judiciaire officielle. Mais c'est bien cette semaine-là que s'est nouée l'intrigue (sur le paiement des pénalités par l'UMP)". Aha ? Mais encore... ? La date limite de dépôt des comptes, explique "L'Obs", était fixée au 30 juin. "Dès le 20 juin, soit la semaine précédant le fameux déjeuner, une réunion rassemble le préfet Philippe Gustin, directeur général de l'UMP, les deux commissaires aux comptes, ainsi que Gilles Boyer, qui représente Alain Juppé, Nathalie Etzenbach, représentante de François Fillon, et l'avocat historique de l'UMP, Philippe Blanchetier. Décision sera bien prise d'inscrire la pénalité en "charges"". 

"Tu veux taper Sarkozy. Pas moi"
"Mais ce jour-là, poursuit "L'Obs", un autre débat resurgit : ce paiement par le parti constitue-t-il un abus de confiance ? N'était-ce pas au candidat de payer lui-même ?" Dans le papier  consacré aux "fourberies de Fillon", l'hebdo détaille les positions respectives de Fillon, Juppé et Raffarin sur la question. "Faut-il ou non demander à l'ancien président de rembourser le parti ? Fillon le réclame. Pas question pour Raffarin qui rappelle que l'UMP dirigée par Sarkozy avait donné un sacré coup de main à Chirac en remboursant la mairie de Paris. Après avoir hésité, Juppé se range à l'avis de Raffarin. Et face à François Fillon qui insiste, le maire de Bordeaux lui lance alors : "Tu veux taper Sarkozy. Pas moi". Encore ce mot "taper" ?! La phrase attribuée à Fillon lors du déjeuner avec Jouyet, c'était pas : ""Mais tapez vite, tapez vite ! Jean-Pierre, tu as bien conscience que si vous ne tapez pas vite, vous allez le laisser revenir" (voir la RP du 6 novembre) ? On a beau dire, ça en fait des coïncidences...

François Fillon a-t-il omis de déclarer certains revenus ?
Comme si cela ne suffisait pas, "L'Obs" nous livre une drôle d'info "en exclusivité". "François Fillon a-t-il omis de déclarer certains revenus à la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique ?, s'interroge l'hebdo. Dans sa déclaration d'intérêts, l'ancien Premier ministre se présente comme "conseil", profession qu'il exerce par le biais de sa société, 2F Conseil, créée le 7 juin 2012. L'étrangeté est qu'il a déclaré seulement les salaires reçus de sa société entre mi-2012 et fin 2013, soit 220 000 euros, et pas les bénéfices, soit 123 107 euros qui, selon nos informations, ont pourtant bien été virés sur son compte courant durant l'année 2014. Son entourage affirme que "bénéfices et salaires ne s'ajoutent pas, ils se recouvrent"". 1 partout, la balle au centre ?

Abrogation de la loi Taubira : Nicolas Sarkozy zemmourisé ?
Et puisqu'il était question à l'instant de l'ancien président, Matthieu Croissandeau s'insurge dans "L'Obs" contre la promesse donnée par Nicolas Sarkozy d'abroger la loi Taubira. "Après avoir tergiversé un temps, le candidat à la présidence de l'UMP a donc opté pour un grand n'importe quoi juridique et sociétal. Car on voit mal comment cohabiteraient demain des couples d'homosexuels mariés et des couples empêchés de se marier, voire des couples "démariés" — qui sait ? — par une nouvelle loi... (...) Nicolas Sarkozy, qui se targuait autrefois de vouloir débloquer la France, s'est fermement arrimé aux franges les plus conservatrices et les plus réactionnaires de son électorat. Victime consentante de la "zemmourisation" des esprits qui veut faire croire aux Français que c'était mieux avant, faute de pouvoir les convaincre que ça ira mieux demain. Abroger la loi Taubira, en voilà tout un programme ! Depuis qu'il est redescendu dans l'arène, Sarkozy n'a rien trouvé de plus innovant... C'est à se demander ce qu'il a fait pendant deux ans".

Sarkozy l'inconstant
Vous allez dire que c'est un avis "de gauche"... Dans "Le Point", qui rappelle en trois dates et trois citations des plus parlantes "les variations de Sarkozy sur le mariage gay", Franz-Olivier Giesbert n'est pas moins acide... "Nicolas Sarkozy, écrit-il, n'a pas tiré les leçons du passé, il fait toujours du Sarkozy et court en tous sens, ventre à terre, derrière l'électeur. (...) alors que l'ancien président est bien placé pour succéder à M. Copé à la tête de l'UMP, il faut encore qu'il se hausse du col, quitte à se déjuger, entre deux contorsions. Cette inconstance qui donne le tournis est sans doute la principale faiblesse de M. Sarkozy face à ses principaux adversaires pour l'élection présidentielle de 2017 (...). Le discours à géométrie variable de l'ancien président ne semble plus adapté à un pays qui croit de moins en moins, et pour cause, à ce que les politiciens lui racontent : cette foire aux annonces fait vieillot. D'où le ratage de son retour en scène".
Pourquoi Nicolas Sarkozy durcit le ton
"Pourquoi prendre le risque de durcir le ton sur l'immigration, de s'exprimer devant les militants de Sens commun, opposés au mariage pour tous ? Et, au passage, commettre l'erreur de leur concéder le mot "abroger" ? Pour trois raisons, explique "Challenges". La première est une question de plaisir. Un dirigeant de l'UMP raconte : "Cela l'éclate, le côté rock star, avec une salle qui réagit (...)". La deuxième est une question d'honneur, d'ego. Avant de se lancer dans la bataille, il avait fixé comme objectif de dépasser les 80 %. S'il fait moins, ce serait une énorme déconvenue (...). La troisième est une question d'efficacité.
L'ancien président veut avoir les mains libres pour organiser le nouveau parti, et ce sera plus difficile de rabrouer les opposants si son score est inférieur à 70 %". 

Sarkozy s'est piéger — dixit Morano et NKM
Cette promesse d'"abrogation" faite aux anti-mariage pour tous est-elle vraiment efficace ? Dans la rubrique "En toute indiscrétion" qu'il tient dans "Challenges", Nicolas Domenach livre cette information : "Dixit Nadine Morano, Nicolas Sarkozy, en se ralliant à l'abrogation de la loi Taubira sur le mariage pour tous, est "tombé dans un piège" tendu par un "sous-courant extrémiste de l'UMP". Selon elle, "cette question relève de la plateforme présidentielle, et non du programme du président du parti". Un point de vue partagé par Nathalie Kosciusko-Morizet". Et qui accrédite la thèse défendue par Fabrice Lhomme et Gérard Davet dans "Sarkozy s'est tuer"...

Sarkozy re-devant Juppé auprès des sympathisants UMP
Piégé ou pas, Nicolas Sarkozy, en appuyant sur la pédale de droite, a en tout cas repris l'avantage sur Alain Juppé auprès des sympathisants UMP... D'après le baromètre Ipsos-"Le Point", il recueille 83 % de bonnes opinions contre 76 % pour le maire de Bordeaux. Ce dernier reste la personnalité politique préférée des Français, "avec une remarquable stabilité à 54 % d'opinions favorables, note "Le Point". Si l'on s'en tient aux présidentiables, le maire de Bordeaux devance François Bayrou de 13 points, Nicolas Sarkozy de 17 points et François Fillon de 20 points". "Alain Juppé pourra-t-il tenir loin devant et au-dessus jusqu'en 2017 ?, s'interroge Franz-Olivier Giesbert dans son édito. (...) Sa popularité nouvelle est désormais le principal handicap de M. Juppé. Il y en a de pire..."

"Ce que Valls a dit à Bayrou"
Mais que traficotent donc Manuel Valls et François Bayrou ?, nous interrogions-nous la semaine dernière (voir la RP du 13 novembre). Grâce au "Point", on sait en tout cas "ce que Valls a dit à Bayrou" lors de leur mystérieuse entrevue. "François Bayrou, qui a longuement reçu Manuel Valls à Pau, le 6 novembre, estime que le Premier ministre prépare déjà son départ à Matignon, indique le mag. Pour le remplacer, le leader du MoDem parie que François Hollande nommera Martine Aubry comme chef du gouvernement."Valls pense que le PS va disparaître. Il veut incarner la social-démocratie. Il vise 2022", croit savoir le maire de Pau". En voilà du nouveau... (?!)

Valls : départ au printemps ?
Hasard ? Curieuse coïncidence, en tout cas : d'après "L'Obs", "le chef du gouvernement commence à prendre ses dispositions en prévision d'une année 2015 très éprouvante pour sa majorité. Aux élections départementales du mois de mars, qui s'annoncent comme une bérézina s'ajoute désormais la perspective d'un congrès national du Parti socialiste du 5 au 7 juin. (...) Si bien que le Premier ministre réfléchit à son départ de Matignon au lendemain des départementales... Et avant les régionales de novembre 2015, elles aussi très périlleuses. Il aurait informé François Hollande de cette hypothèse". Ah, ben, si François est prévenu...

Martine Aubry à Matignon ? Pas gagné
Quid de son remplacement ? Si François Bayrou parie sur Martine Aubry, les affaires semblent assez mal engagées, en fait, pour la maire de Lille. En découvrant les résultats du dernier baromètre Ifop-"Paris-Match", raconte Nicolas Domenach dans "Challenges", les proches du Premier ministre ont fait les "yeux ronds : "Manuel écrabouille Martine Aubry, qui prétend lui succéder à Matignon, mais avec un rapport de 65 à 34 en faveur de Valls chez les sympathisants PS, elle peut toujours s'accrocher"".

PS : le problème Guérini
Et puisque nous parlions de l'échéance des départementales de mars 2015, il semble qu'à Marseille, le PS n'en ait pas fini avec Jean-Michel Guérini... Comme le rappelle "Le Point", "le boss absolu de la gauche provençale", dont Renaud Muselier s'amuse à dire qu'"il a quand même tout le Code pénal sur la tête !", a réussi à "humilier ses anciens amis socialistes aux dernières sénatoriales. En septembre, il s'est fait élire à la Chambre haute avec deux comparses de sa liste". Pour le "contrer", indique le mag, "le PS n'a (...) qu'un moyen à court terme, présenter des candidats partout aux cantonales. "Et nous aurons un autre candidat que lui à la présidence du conseil général", nous révèle Jean-Christophe Cambadélis. Même si, pour l'heure, personne n'est désigné. "Ils finiront par soutenir Guérini parce que c'est le seul qui peut gagner", estime de son côté (le maire UMP de Marseille Jean-Claude) Gaudin". Ah oui ?

dimanche 19 août 2012

Hollande démasqué, Sarkozy : retour programmé

Scoop ! Tel "Double face" dans "Batman", François Hollande cacherait un "deuxième visage" aux antipodes de celui qu’on lui connaît. Voilà, en substance, ce qui ressort du livre de Laurent Binet dont "L’Obs" publie les bonnes feuilles. Au même moment (hasard ?), "Le Point" met en lumière un Hollande "mystificateur", capable d’endosser des habits de droite comme on enfilerait un gant. Et "VSD" (re-scoop !) annonce le retour de - devinez qui ? - Nicolas Sarkozy !
Dans le calendrier de l’été, le 15 août, c’est un peu le jour qui bascule. Avant lui, c’est les vacances, après lui, même si c’est toujours les vacances, on a beau tortiller… ça sent la rentrée. Vous êtes les pieds dans l’eau, mieux : vous venez tout juste de partir ? Désolée pour vous, dans la presse, ce jeudi, quelque chose a changé. Les rubriques estivales, leur cortège de jeux et de sagas sont toujours là. Et pourtant, septembre, insidieusement, a fait sa percée : “ Les Inrocks ” font leur “ rentrée cinéma ”, “ Le Nouvel Obs ” et “ Le Point ” leur “ rentrée littéraire ”. Bon an, mal an, exception faite de “ L’Express ” resté coincé à l’heure d’été, la mécanique retour aux affaires s’est enclenchée. Il suffit de jeter un œil à la couverture de “ L’Obs ” pour finir — gasp ! — de débronzer. Qu’y trouve-t-on ? “ Hollande côté coulisses ” raconté par l’écrivain Laurent Binet, auteur d’un livre ô combien attendu, dont le mag publie “ en exclusivité ” les bonnes feuilles. Cinq ans après Yasmina Reza et son “ L’aube, le soir, la nuit ” consacré à la campagne de Sarkozy, l’auteur de “ HHhH ” s’est en effet collé à celle du président, qu’il a suivi “ dès l’été 2011 ”, nous dit le news. Alors, crunchy ou fondant, le “ Rien ne se passe comme prévu ” de Binet (Grasset) ? Assez défrisant, mon général. Et comme on est sympa, on vous en a extrait la substantifique moëlle.

Hollande aurait préféré affronter DSK plutôt que Martine Aubry

Lors de leur premier entretien, rapporte Laurent Binet, “ François Hollande me demande comment je perçois la situation. Je lui dis que, à mon avis, s’il remporte la primaire, il sera élu, mais que, pour la primaire, j’ai l’impression que c’est du 50-50. Il me dit qu’il partage mon analyse. J’évoque l’affaire DSK en parlant de “ divine surprise ”. Il me reprend : “ Non, je ne dirais pas ça… ” Je pense d’abord qu’il s’agit d’une objection de pure forme mais il m’explique qu’il aurait largement préféré affronter DSK plutôt que Martine Aubry. En tant que directeur du FMI, DSK cristallisait beaucoup de rejets à gauche alors que “ personne n’en veut à Martine… ” Contre DSK, il m’affirme qu’il était sûr de gagner. Contre Martine Aubry ou Ségolène Royal, il peut pâtir du désavantage d’être un homme. Pour l’instant, son équipe manque de femmes, il a l’air sincèrement désolé, il me dit : “ En même temps, je ne vais pas les inventer ! ” ”

 

Boutih : “ Je vais te dire ma théorie : (Hollande) n’existe pas ”

Plus croquignolet — et passablement inattendu, le témoignage de Malek Boutih, ex-patron de SOS Racisme, laisse apparaître un Hollande en demi-teinte, assez différent de celui que l’on connaît. “ Hollande, c’est un mystère, confie-t-il à Binet. Tous les journalistes qui le suivent depuis longtemps me disent : “ C’est qui, ce mec ? ” Personne ne sait. Je vais te dire ma théorie : il n’existe pas. Il s’est déjà complètement dépersonnalisé pour incarner la fonction, ce que Sarkozy n’a jamais voulu faire. Sarkozy a cru qu’il pouvait garder sa personnalité en étant président, il avait tout faux. Quand un journaliste me demande qui est Hollande, je réponds : “ C’est l’Etat-providence ! ” C’est celui qu’on appelle “ le monsieur ” au guichet, “ le monsieur ” de la poste, “ le monsieur ” de la Sécu, “ le monsieur ” de la préfecture… c’est le mec derrière l’hygiaphone. Complètement désincarné. La seule qui l’humanise, c’est Valérie. Avec elle, il est encore humain, mais sinon c’est juste une machine. Tu imagines la volonté qu’il faut pour passer tous ses week-ends en Corrèze pendant vingt ans ! Imagine-toi en Corrèze un seul dimanche, la déprime ! Alors lui, tous les mercredis soir, se dire qu’il va prendre sa bagnole le jeudi matin pour aller EN CORREZE ! ”. Ben, c’est joli, pourtant, la Corrèze…

“ Sarkozy ? Il chie dans son ben ! ”

Mais Boutih n’a pas fini… “ “ Moi, dit-il, si on ne parle pas idéologiquement, je me sens plus proche de Sarko, humainement, j’aime bien son côté brut de décoffrage, le mec qui fonce, mais contre Hollande, ça va pas le faire. Sarkozy, moi, je peux te dire, j’en suis sûr, à l’idée d’affronter Hollande, IL CHIE DANS SON BEN ! Il sait pas par quel bout le prendre. Il le comprend pas. Débattre avec Hollande, il déteste ça. L’autre, il va lui faire “ 273 milliards, vous êtes sûr ? ”, ça va le rendre dingue. Hollande, sa chance, c’est la crise. Ca va peut-être te faire rire mais si on devait comparer Hollande à un homme politique du XXème siècle, je dirais que c’est… Churchill ”. Moi (Binet, ndlr) : “ Ah bon ? Euh, Churchill, t’es sûr ? ” Malek Boutih : “ Churchill, c’est le mec, il est nul avant la guerre, il fait rien après, mais de 1938 à 1945, il est là et il assure, et il fait la guerre. La chance de Hollande, c’est que la crise, c’est une guerre. On est en guerre ! Hollande, c’est un combattant. C’est tout sauf un hasard s’il est arrivé là. Ce mec, c’est un guerrier. Ca se voit qu’à la base c’est plutôt un jouisseur, il aime bien la vie. Eh ben, il a tout sacrifié. Et il est prêt ”. Wow ! Limite si ça file pas la chair de poule, tout ça…

Sarkozy en prison

Hollande, machine froide, Hollande, guerrier… ça change de Hollande Bisounours, hmmm ? Laurent Binet l’avoue, alors qu’il vient de rater l’occasion de s’entretenir en privé avec le futur président qui l’a invité dans sa voiture : “ A force de se présidentialiser, il m’intimide, ce con ! ” L’écrivain rapporte aussi cet épisode, survenu lors de l’enregistrement de l’émission “ Des paroles et des actes ”. “ Valls, raconte-t-il, a bataillé pour que (Hollande et Sarkozy) ne se croisent surtout pas. Quand Sarkozy prend la parole, Hollande a déjà récupéré son manteau dans sa loge. Il n’a manifestement pas l’intention de rester pour regarder la prestation de son adversaire, qui vient de commencer. Nicolas Sarkozy, à l’écran : “ Vous pouvez peut-être dire à M. Hollande de condamner Mme Aubry quand, aimablement, elle me compare à M. Madoff qui, à ma connaissance, a cent quatre-vingt trois années de prison… ” François Hollande, juste avant de partir : “ Mais… tu les auras ! ” ” Pas si mou, on dirait, notre président…

Binet : “ C’est l’inverse de l’image qu’on a eue pendant des mois ”

Et quel jugement l’écrivain porte au final sur celui qu’il a suivi pendant près d’un an ? “ Le Nouvel Obs ” lui pose la question : “ Au bout du compte, Hollande est-il une “ énigme ” ? Un ambitieux obsédé par Sarkozy ? Quelqu’un qui “ enfume tout le monde ” ? ” —“ Tout ça à la fois, répond l’auteur. C’est une formidable machine de guerre, qui était configurée de façon optimale pour atteindre son but. Sous des abords très simples, il y a sans doute une part de mégalomanie. Beaucoup pensaient : “ Il croit à son étoile ”. Lui n’employait jamais cette expression. Il disait : “ Je ne suis pas là par hasard ”… C’est l’inverse de l’image qu’on a eue pendant des mois, de celle que ses adversaires ont voulu donner de lui. On a dit que Hollande n’aimait pas faire de la peine. C’est plutôt qu’il n’aime pas le conflit. Il a montré depuis l’élection qu’il savait être ingrat, aussi. Des gens qui l’ont soutenu pendant des années, comme Faouzi Lamdaoui, ont été déçus. Ce n’est pas de la cruauté, c’est du pragmatisme. Il a toutes les qualités du politique, avec ce que ça a de déshumanisant. Il me semble enfin que mon livre donne l’image d’un bon social-démocrate, ni plus ni moins. Par les temps qui courent, ça n’est déjà pas si mal ”. C’est vrai, même si c’est un peu décevant, forcément… mais bon, on va pas jouer au Bisounours, nous aussi, hmm.

Hollande mystificateur

Hasard, coïncidence ? Au détour du dossier — assez passionnant — que “ Le Point ” consacre aux “ Mystifications de l’Histoire ” (comment Churchill a mis sur pied “ une armée de fantômes pour détourner les forces allemandes de Normandie ”, le mensonge de Katyn, etc.), on est tombé sur un papier intitulé “ Les petits bluffs de nos politiques ”. A côté de Nicolas Sarkozy, Luc Chatel et Nadine Morano, égratignés pour avoir bénéficié, lors de leurs déplacements, de “ comités d’accueil suspects ” composés “ d’ouvriers sélectionnés selon leur petite taille ” et “ de ménagères prétendument choisies au hasard mais qui émargeaient aux sections locales de l’UMP ”, il y est question de, devinez qui ? François Hollande, pardi ! “ Notre président lui-même, note en effet le mag, n’est pas, en matière de mystification, un néophyte ”. Bon sang, qu’est-ce qu’ils vont nous apprendre là ? Eux aussi, ils vont nous la jouer Hollande double face ?

Hollande derrière “ Caton ”

“ En 1983, explique l’hebdo, un ouvrage, “ De la reconquête ”, caracole en tête des ventes. Il est signé Caton et derrière ce pseudonyme se cache un homme de droite qui tape sur les divisions de “ la droite la plus bête du monde ” et reconnaît la capacité de la gauche à se réconcilier avec l’économie de marché. Qui se cache derrière Caton ? Le nom de Raymond Barre circule, mais l’auteur masqué est en réalité un journaliste de gauche, André Bercoff, qui a répondu à une commande de Jacques Attali, lui-même sollicité par François Mitterrand. A six mois des municipales de mars 1983, il s’agit de riposter aux violentes attaques de la droite. Comme le note Jacques Attali dans son “ Verbatim ” le 8 septembre 1982, “ François Hollande aidera André pour les chiffres ”. Le jeune énarque est, avec sa compagne Ségolène Royal, un des conseillers officieux de la cellule Attali, qui délivre avec célérité de brèves notes pour Mitterrand. En économie, Bercoff a besoin d’un soutien que Hollande lui apporte ”. Sacré montage, dis donc…

Hollande “ dans la peau d’un homme de droite ”

Et ce n’est pas tout. “ Le Point ” le précise : “ Le journaliste est connu et, quand il faut répondre à des interviews radio, le “ nègre du nègre ” est prié aussi de prêter sa voix à la radio. (François Hollande) répond depuis son domicile et Bercoff se souvient qu’il “ a joué sa partition avec une aisance incroyable. Il s’était mis dans la peau d’un homme de droite. Il en avait tous les réflexes ”. Confirmation avec les propos radiophoniques de Caton-Hollande : “ Et ceux qui laissent entendre que nous pouvons, c’est-à-dire, nous, la droite, revenir au pouvoir dans les mois qui viennent ou même dans les années qui viennent, se trompent et trompent les Français. Ce n’est pas parce que Pierre Mauroy est à Cayenne que nous sommes débarrassés de la gauche… ” Un seul auditeur, comme le révèle Serge Raffy dans sa biographie de Hollande, devine l’identité du Caton radiophonique, le fils de Jacques Duquesne, copain de promotion à l’Ena. Mais le secret ne sera pas éventé et François Hollande aura donc fait ses débuts médiatiques sous une fausse identité, celle d’un homme de droite ”. Rigolo, non ? En même temps, troublant, quoique, finalement, assez prévisible si l'on considère que cela fait partie du "jeu"… La concomitance de la sortie du livre de Laurent Binet et de l’article du “ Point ”, le recoupement de leurs conclusions sur la nature double, ou supposée “ duplice ”, de notre président, laissent malgré tout un tantinet rêveur… Hollande, après tout, est un politique — chevronné qui plus est, puisqu’il est parvenu à se
Sarko : le retour
Et comme si ces drôles de coïncidences ne suffisaient pas, voilà que « VSD » nous annonce en grand et en couverture que… Sarkozy revient ! « Retour dans le grand bain », titre le magazine devant une photo en gros plan de l’ex-président se baignant. Regard acéré, mâchoire en avant, « l’ex » y paraît plus requin que jamais. On en tremblerait presque, brrrr… Alors, ça y est, prêt à repartir au combat, Nico ? « L’ex-président, qui avait promis de se retirer de la scène politique, a tenu trois mois », commence le news. Mmmh, ça commence bien, dites donc… La suite ? Ben, y’en a pas ! Sans blague ? Non : rien, juste un rappel de l’intervention de Sarkozy dans le dossier syrien : « Contrairement à son prédécesseur gaulliste, qui, retiré des affaires en 2007, n’y intervint plus, note l'hebdo, Nicolas Sarkozy n’aura donc pas résisté bien longtemps à la tentation de tacler le nouveau président sur sa passivité supposée face à la crise syrienne. (…) Du coup, la sortie de Nicolas Sarkozy pose question sur ses véritables intentions » Et c’est tout ? Bé oui ! Sont pas gonflés, à « VSD »…

Sarkozy, « conseiller spécial » du roi Mohammed VI
Sont pas gonflés, en même temps, ils détiennent deux informations qui méritent d’être relevées. En encadré, le journal indique en effet que « selon le quotidien arabophone « Akhbar al-Yaoum », l’ancien président de la République aurait acheté la semaine dernière – le 9 août précisément – pour 5 millions d’euros, le palais Antarès. Dans cette luxueuse villa de 1500 mètres carrés, dotée d’un splendide parc arboré et d’une piscine à débordement, située dans le « triangle d’or » de la cité ocre, il installerait sa base arrière. Selon le journal de Casablanca, Nicolas Sarkozy aurait en effet reçu une alléchante proposition, émanant du palais royal, pour devenir « conseiller spécial du roi pour les affaires internationales ». Et sa récente prise de position sur le dossier syrien ne serait que la première traduction de ce nouveau rôle, visant ainsi à harmoniser, sous l’égide de Mohammed VI, le point de vue des pays de la Ligue arabe ». Ah, ben, c’est pas rien, ça, comme nouvelle. Z’auraient peut-être mieux fait de mettre ça en couverture, hmmm ? D’autant que si l’info est juste, elle ne corrobore pas, mais alors pas du tout, la théorie du retour. CQFD.

A lire, encore
Dans “ Le Point ” : “ Touchez pas à ma sous-préfecture ” sur la rébellion d’élus locaux face au projet de Manuel Valls de supprimer certaines sous-préfectures pour réduire les dépenses ; le portrait de Christiane Taubira “ contre les “ bavasseurs ” ” ; “ Le sale été du baron Seillière ” poursuivi par “ le fisc, l’AMF (“ Autorité des marchés publics ”) et la ministre de la culture ”, Aurélie Filipetti ; “ Les nouvelles arches de Noé ” sur les banques de semence qui luttent contre l’extinction des espèces ” ”.
Dans “ Le Nouvel Observateur ” : l’enquête “ Le réveil des vampires ” sur “ la découverte de squelettes percés de morceaux de bois ou de fer, un rituel destiné à empêcher les morts de revenir hanter les vivants, (…) dans plusieurs villages bulgares proches de la mer Noire ” ; “ Y a-t-il encore un pape au Vatican ? ” sur “ le retour en force des Italiens de la curie ” face à Benoit XVI ; “ Ruée sur l’or noir ! ” sur la transformation du Dakota du Nord “ en mini-Arabie saoudite ” ; “ Les justiciers de la Toile ” sur ces “ cyberactivistes ou réseau social (qui) espionnent les particuliers, sans hésiter à les désigner à la vindicte publique ” ; “ Du champagne “ made in England ” ” ou comment “ les Anglais misent sur le réchauffement climatique pour produire un vin pétillant. Avec le savoir-faire français ”.
Dans “ L’Express ” : la “ lettre ouverte aux candidats à la présidence de l’UMP ” publiée par dix secrétaires nationaux du parti qui lancent en même temps leur club, intitulé “ La nouvelle donne ” ; “ A quoi joue Placé ” ou comment “ le président du groupe écologiste du Sénat, (qui) n’est plus conseiller de Cécile Duflot, cultive ses propres ambitions ” ; “ La Grande Muette fait son cinéma ” sur la reconversion de l’Armée en “ loueur de sites ” et “ conseiller technique ” pour les tournages de films ; “ Ikea : l’ère du soupçon ” depuis “ la révélation de l’existence d’un système de surveillance des salariés ” au sein du groupe.
Dans “ Les Inrocks ” : “ A s’en brûler les doigts ” sur l’augmentation du nombre de “ clandestins qui, à Calais, rendent leurs empreintes illisibles ”.
Côté jeux d’été : “ Le Nouvel Observateur ” propose un quizz “ Avez-vous le niveau d’un élève de troisième ? ” et “ Le Point ” un “ Connaissez-vous le XXème siècle ? ”. Hou, que c’est détendant !
Côté dossiers — d’été, toujours : “ L’Express ”, royal, se penche sur les “ Secrets de châteaux ” et se demande, fleur bleue, si “ on peut s’aimer toute la vie ”. D’après le mag, le secret de la longévité des couples résiderait dans “ une très vieille idée : celle de la tempérance. “ Mediocritas ”, disaient les Anciens. Oubliez l’Eros passionnel, séduisant, mais à durée de conservation limitée ; misez sur “ l’agapè ” — l’ élan inconditionnel vers l’autre dans le don de soi — et sur la “ philia ”, l’amour doux qui n’entraîne pas le manque ”. Y a pas de test, dommage ! Y a plus qu’à s’entraîner, en vrai… M’est avis, perso..., que c’est pas gagné.
hisser au sommet. Il était peut-être temps de s’en apercevoir.