TOUT EST DIT

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samedi 30 mars 2013

Game over ? 56% des Français estiment que la présidence de François Hollande est d’ores et déjà vouée à l’échec


Le grand oral de François Hollande est loin d'avoir réussi à redonner confiance aux Français puisque selon un sondage Mediaprism pour Atlantico, 60% des téléspectateurs n'ont pas trouvé le président convaincant. 65% des Français estiment par ailleurs que François Hollande n'a pas la compétence pour faire face à la situation.
Le président de la République est intervenu jeudi soir lors d’une émission spéciale de plus d’une heure à la télévision, interviewé par David Pujadas. Dès la fin de l’émission, Mediaprism a interrogé un échantillon national représentatif de Français pour recueillir leur avis sur la prestation et les messages délivrés par François Hollande.
Pas pov'con, mais vraiment pov'type...vraiment !!!!
L’émission abordé les bons sujets (63%), mais n’a pas apporté de réponses précises (66% des avis recueillis).
Un manque de leadership et de force de conviction :
-         Le Président n’a pas été convaincant pour 60% des téléspectateurs.
-         75% des Français sont méfiants lorsque le Président évoque l’action du Gouvernement.
-         Le Président n’a pour les Français ni la compétence (65% des avis exprimés), ni la personnalité (71%) pour faire face à la situation.
-         Pour 66% des Français, depuis le début de son mandat, François Hollande est un « mauvais » Président.
Un discours volontariste qui ne suscite pas l’adhésion :
-         70% des Français ne font pas confiance au Président de la République pour redresser la France.
-         56% estiment que la présidence de François Hollande est d’ores et déjà vouée à l’échec.
Jean-Marc Ayrault n’est pas remis en cause :
-         pour 64% des Français, nommer un nouveau Premier Ministre ne permettrait pas d’améliorer la situation (69% des électeurs de Nicolas Sarkozy partagent cette opinion, 61% des électeurs de François Hollande)
Une forte inquiétude sociale :
-         78% des Français estiment que le risque d’une crise politique majeure est important, 60% la redoutent.
Dans la conjoncture difficile que l’on connaît, à la fois du point de vue de la cote de popularité du Président auprès de l’opinion publique (autour de 30% d’opinions favorables), et du point de vue économique et social bien sur, 57% des Français interrogés ont regardé l’émission, dont un tiers en totalité. Cette audience n’est certes pas une grande audience (à l’égard d’un programme annoncé récemment, et souvent présenté à l’avance comme potentiellement déceptif), mais traduit donc le fort niveau d’attente des Français, pour être rassurés peut-être, informés surement.
Cette émission n’a pas inversée la courbe de défiance à l’égard du Président de la République, qui n’a pas été convaincant pour 60% des téléspectateurs, et même « pas du tout convaincant » pour 46% d’entre eux. Inversement, 38% l’ont trouvé convaincant, ce qui est comparativement moins bon que le score obtenu par Jean-Marc Ayrault lors de l’émission « des paroles et des actes » du 27 septembre 2012 (44%), et moins bon que le score obtenu par le candidat socialiste lors du duel à distance avec Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle (émission du 27 avril 2012), où François Hollande était convaincant à hauteur de 47%. Le Président actuel est donc aujourd’hui moins convaincant que le candidat socialiste qu’il était, un autre indicateur de la perte de confiance mesurée par ailleurs à l’égard de la tête de l’exécutif.
Si la performance du locataire de l’Elysée n’a pas été au rendez-vous et a été jugée sévèrement, c’est aussi bien entendu parce que les enjeux sont là, les attentes fortes. 57% des téléspectateurs interrogés ont jugé l’émission intéressante, et 63% estiment qu’elle a bien abordé les sujets qui les préoccupent … mais, de façon quasi symétrique, 66% estiment ne pas avoir obtenu des réponses précises à leurs interrogations, et 66% n’ont pas été rassurés sur l’action du Gouvernement. Ils sont même 75% à se dire « méfiants » lorsque le Président s’exprime sur l’action du Gouvernement: une émission qui posent les bonnes questions, mais un Président qui ne convainc pas et n’apporte pas les réponses attendues, ce qui conforte l’opinion dans sa frustration et sa déception.
Une frustration d’autant plus grande que les Français restent majoritairement convaincus, pour 66% d’entre eux, que l’action politique peut influencer l’état de la France. Il ne sont donc pas désabusés à l’égard de la politique en général, mais toujours en quête du leadership capable de mettre en place une politique efficace. Un élément important dans un contexte général de remise en cause des élites, car si la défiance s’exprime à l’égarddes politiques, l’opinion publique reste en attente de capacité de la politique à agir sur le cours des choses.
Les Français se montrent radicaux à l’égard du Président, estimant qu’il n’a ni les compétences (65%) ni la personnalité (71%) pour faire face à la situation. Et ce jugement est très lié à la personne de François Hollande, il ne s’agit pas d’une remise en cause du Gouvernement ou du chef du Gouvernement : pour 64% des Français interrogés, la nomination du nouveau Premier Ministre ne changerait pas les choses. Jean-Marc Ayrault n’est pas le problème de François Hollande, l’enjeu est véritablement celui de la capacité à agir sur la conjoncture, à l’inverser comme s’invite à le faire le Président à propos de la courbe du chômage. Lorsque le propos est incantatoire (la courbe du chômage s’inversera, je veux créer la croissance …) et personnifié (large utilisation de la première personne hier soir), le Président de la République cherche à mettre en avant son autorité et son leadership, mais simultanément concentre sur sa personne l’ensemble des attentes et des critiques.
Surtout, l’opinion des Français sur François Hollande, homme politique qu’ils connaissent depuis longtemps, semble s’être figée : pour 61% des téléspectateurs, cette émission n’a pas changé leur opinion sur le Président de la République. Ce score d’inertie était identique lors de l’émission d’avril 2012. Mais là aussi, la lente dégradation suit son cours. En effet, lorsque l’émission a modifié l’opinion de l’interviewé, c’est en négatif : 16% ont une meilleure image de François Hollande à l’issue de l’émission, 23% une moins bonne, soit un solde négatif de 7 points.
Lorsque la conjoncture continue à se dégrader, et à toucher chacun (chômage, perte de pouvoir d’achat, insécurité, débats de société clivants …), lorsque la présidence de la république n’est pas ressentie en capacité à influer, le contexte devient non seulement morose mais anxiogène : 78% des Français estiment comme important le risque d’une crise politique majeure (manifestations, émeutes …), et 60% la redoutent.
Méthodologie :
Enquête réalisée on line dans la soirée du 28 mars à l'issue de l'intervention du président de la République.
Echantillon de 895 répondants, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas (genre, âge, catégorie socioprofessionnelle, taille d’agglomération et région)

mercredi 5 décembre 2012

Que les autres investissent en France, c’est bien, que la France investisse, c’est encore mieux

Si le protectionnisme et l’interventionnisme étatique ambiants peuvent bousculer l’attractivité du territoire français, il n’en demeure pas moins que la France reste une terre d’investissements étrangers, même si la tendance n’est pas positive, et pourrait même se dégrader lorsque sera fait le bilan 2012.
Pour l’instant, sur la dernière année complète 2011 (rapport de l’Agence française pour les investissements internationaux), l’Europe accueillait 29% de l’investissement étranger créateur d’emplois, et la France, en accueillant 40 milliards d’investissements directs étrangers, se plaçait en seconde position derrière le Royaume-Uniavant de céder cette place à l’Allemagne dans le courant 2012 selon l’étude Ernst&Young.
Les investissements, qui restent élevés en valeur absolue, peuvent certes être réconfortants et nous encourager à ne pas nous livrer outre mesure à une habitude masochiste envers notre propre pays, mais ils ne doivent pas masquer la tendance négative et inquiétante qui se dessine au fil des années. Le risque est alors que la France ne soit tout simplement pas perçue comme une valeur montante, en bonne adéquation avec la nouvelle donne économique, capable de valoriser des atouts sûrement trop considérés comme des acquis immuables.
La difficulté à se réformer, à s’ouvrir sur le monde, et à bâtir une vision et une stratégie de long terme plutôt qu’une série de réactions coups de poings, risque de devenir un handicap structurel.
Ceci est d’autant plus paradoxal que la France est d’ores et déjà un pays largement ouvert, sans doute davantage qu’on ne le croit, ou, surement pour certains, qu’on le voudrait : le stock des investissements étrangers rapportés au PIB s’élève à près de 40% en France, c’est moins qu’au Royaume-Uni (près de 50%), mais c’est deux fois plus qu’aux Etats-Unis ou qu’en Allemagne. Les investissements « non-résidents » détenaient 43% du CAC 40 fin 2011. Ces entreprises « étrangères » implantées en France assurent 31% des exportations françaises, emploient près de 2 millions de personnes, soit 13% de l’effectif salarié, et même 25% des salariés du secteur de l’industrie (31% du chiffre d’affaire de l’industrie française). Les exemples sont légions d’actifs français détenus par des étrangers. On peut légitimement s’en émouvoir, on peut aussi se féliciter de l’attractivité de ces patrimoines économiques et culturels. On peut aussi rappeler, comme le faisait fort justement François Chérèque en mars 2011 à propos de la prise de contrôle de Yoplait par General Mills que "l’important n’est pas la nationalité du fonds qui rachète Yoplait mais son comportement !". Oui, ce n’est pas la nationalité du propriétaire qui définit sa politique sociale.
En outre, tout ne doit pas être focalisé sur l’industrie, la tendance est ailleurs, y compris en terme d’investissements étrangers. Selon l’agence française Invest-in-France, ce sont les activités à forte technologie et valeur ajoutée qui attirent de plus en plus les investissements étrangers sur le territoire. Dans ces domaines, la tendance est positive. D’ailleurs, même en terme d’industrie, tout ne doit pas être focalisé sur des sites industriels comme Florange ou Gandrange, ils ne résument, ni ne sont, l’avenir (ou même le rêve) industriel français (cf édito du mardi 3 avril 2012).
Tout ne doit pas non plus être focalisé sur les investissements étrangers en France : les investissements français à l’étranger sont tout aussi importants : si plus de 20 000 entreprises étrangères sont présentes en France, 30 000 entreprises françaises ont une implantation à l’étranger. Ces implantations françaises à l’étranger sont systématiquement vues comme des délocalisations, mais c’est aussi la capacité des entreprises françaises à conquérir des marchés étrangers. La marque France ne se résume pas au made in France (qui n’est d’ailleurs pas toujours fait par des entreprises françaises comme je le rappelais plus haut), c’est aussi le made by France qui s’implante sur des marchés étrangers. Il y a comme un paradoxe à vouloir à tout prix défendre le territoire France comme une terre d’investissements et d’avenir, et simultanément à vouloir s’en protéger et à voir d’un bien mauvais œil la performance de « nos » marques sur certains marchés mondiaux. La France ne peut pas être forte sur notre sol domestique si elle n’est pas forte dans le monde.
La réciprocité et l’équilibre, c’est considérer que l’avenir de la France passe, aussi, par l’étranger, et donc, l’affreux mot, par la mondialisation. Le renouveau du secteur automobile français passera sans doute à la fois par l’innovation (et le design s’il vous plait) via de nouvelles technologies rupturistes économes en énergie, par des offres aux positionnements prix attractifs, et par la capacité à s’exporter vers un marché européen, et surtout français, atone.
La plupart des pays s’enorgueillissent de voir leur économie conquérir le monde, nous nous lamentons de les voir conquérir notre économie.

mardi 23 octobre 2012

La France libérée de ses carcans et tabous serait une puissance économique irrésistible

Nous souffrons de surtaxation généralisée, tant pour les ménages que pour les entreprises ; nous avons peut-être la classe politique la plus distante, pour ne pas dire hostile, disons relativement étrangère, au monde de l’entreprise (et objectivement nos grands partis se défendent assez bien sur ce point) ; préférant les matières « nobles » comme l’histoire, la littérature ou les mathématiques, nous délaissons les sciences économiques et disposons d’une inculture assez prononcée dans ce domaine (même si je pense que le bon sens économique de l’opinion est bien plus important que veulent le croire les « sachant »), mais, il faut le reconnaître, les débats économiques sont plus souvent des débats dogmatiques et religieux que rationnels ; d’ailleurs être rationnel et pragmatique est d’un ennui profond, assez peu élégant voire vulgaire ; le syndicalisme qui ailleurs est paraît-il constructif est par chez nous plus souvent autiste et caricatural de lui-même ; le patronat lui rend souvent la monnaie de sa pièce (même si la dynamique d’écoute et de concertation est sans doute positive) ; nos entreprises ne sont pas aimées (les marques oui, les petites oui, l’entrepreneur de proximité oui, mais devenu patron, et a fortiori de grande entreprise, non) ; nous jalousons la réussite que nous nous réjouissons de voir échouer ; nous entretenons depuis sans doute une prédominante éducation judéo-chrétienne une certaine distance vis à vis de l’argent, sale même lorsqu’il est honnêtement gagné (d’ailleurs est-ce possible ? car les riches sont soit d’affreux rentiers fainéants, soit de sales « cons » comme dirait une certaine presse, soit de « nouveaux » riches donc sans éducation) ; nous avons un Etat omniprésent qui en devient omnipotent, et qui, en déni de la réalité, se rêve encore en Etat providence ou en super-Etat lorsque le Président ne veut pas être super-Président ; nous avons également la population la plus pessimiste de la planète ; nous sommes les champions du monde de l’analyse, des audits, des constats, des commissions, des débats et des points de vue lorsque d’autres se contentent de décider et de réformer ; nous préférons chercher que trouver, et lorsque nous trouvons et inventons, nous laissons le soin aux autres de commercialiser nos géniales trouvailles ; nous sommes encore et toujours davantage séduits par l’idée des Lumières qui consiste à être généraliste et présent partout, dans tous les domaines, plutôt que spécialiste de certains domaines, etc.

… et pourtant … nous sommes - encore - la 5ème puissance économique mondiale ; Paris est la 4ème ville la plus attractive au monde (source PwC) ; nous sommes d’ailleurs la première puissance touristique mondiale ; nous souffrons bien sur d’une balance commerciale déficitaire, mais certains domaines comme le luxe, la gastronomie ou certaines hautes technologies sont non seulement exportateurs mais enviés ; nous n’avons pas assez de grosses PME mais disposons d’une armada exceptionnelle de grands groupes mondiaux ; la jeunesse souffre de solitude mais croit encore en la politique et dans sa capacité à refaire le monde ; les entrepreneurs sont maltraitées mais les Français créent encore de nouvelles boites, sans doute autour de 600 000 en 2012, peut-être un peu moins qu’en 2011 ; nous sommes râleurs, avons une fiscalité changeante et un coût du travail pas assez compétitif, mais nous restons une terre d’investissements étrangers (longtemps première destination européenne) ; notre système de santé nous coûte trop cher et doit être réformé, mais il soigne tout le monde, et est encore considéré comme le meilleur au monde au point de générer du tourisme médical ; nous avons, plus au moins sans le savoir, un esprit extrêmement créatif (certains l’expliquent davantage par notre fibre critique et révolutionnaire davantage que par notre système éducatif) ; nous avons un « art de vivre » et une « french touch » uniques au monde ; des secteurs et des entreprises recrutent, innovent et proposent des perspectives, mais nous connaissons mal ces secteurs porteurs, par défaut d’exposition médiatique ; etc.

Bien sur, la situation est difficile, alarmante, socialement dramatique pour beaucoup, mais cette France si lourdement entravée, qui a du mal à faire sa propre révolution culturelle pour s’adapter et « profiter » de ce nouveau monde, est évidemment toujours là. Cette France entravée est surtout profitable à nos concurrents. Mais lorsque l’on voit ce qu’elle est capable d’offrir sur la piste avec ses chaines aux pieds, on rêve de lâcher le frein à main. Si la charge augmente encore, la course se ralentira, inévitablement, et nous finirons comme Tuttle (Robert de Niro) dans Brazil, disparaissant sous la paperasserie !

Pour une France décomplexée, libérée de ses propres contraintes, censures et tabous. Une France qui ne serait plus une France aux semelles de plomb mais telle que Verlaine surnommait Rimbaud, une France aux semelles de vent, conquérante, irrésistible.

mercredi 19 septembre 2012

Taisez-vous, nous débattons


Aujourd'hui tout le monde veut communiquer, donner son avis sans écouter celui de son interlocuteur parfois dans la cacophonie. L'époque est à la radicalisation et à l’opposition. Les préjugés ont le vent en poupe et les débats, trop chronophages, se font rares.
Jamais il n’a été si facile de se faire entendre, mais il est dans certains cas bien difficile d’être entendu. Qu’il s’agisse de l’islam, du mariage homosexuel, du gaz de schiste, des syndicats, des patrons, des médias… il y a des opinions de bon ton, et d’autres d’emblée bannies, censurées, caricaturées. Il y a des pensées impensables, inaudibles.
L’époque est à la radicalisation et à l’opposition, de plus en plus dogmatique. On respecte l’avis d’autrui… surtout lorsqu’il est d’accord. Dans le cas contraire, au mieux il a tort, le plus souvent il le fait exprès, « il ment », ou il est incompétent, fait preuve d’obscurantisme lorsqu’il ne s’agit pas de révisionnisme, ou tout simplement est agent de propagande, manipulateur d’informations, qui instrumentalise l’opinion. Etre accusé de démagogue paraît finalement bien doux aujourd’hui.
Les patrons sont forcément des exploitants voyous, les islamistes des extrémistes (pour ne pas dire autre chose), ou, mieux, des « présumés islamistes », les catholiques de rigides réactionnaires, les écolos des gauchistes, les syndicats des communistes qui s’interdisent d’être d’accord, les banquiers des voleurs, les politiques… des politiciens, etc. La liste est longue, je vous laisse compléter ce catalogue des stéréotypes et des idées reçues… pas totalement infondées pour certaines ! (je plaisante, quoique…)
Le temps est à la caricature, au bashing, à l’expression rapide. Les insultes et les dénigrements l’emportent sur les argumentations et les démonstrations. Il suffit pour cela de regarder sur des sites d’informations les commentaires à des articles un peu clivants, ils tournent assez vite à des échanges d’insultes, avec la violence que semble faciliter l’échange à distance, et souvent anonyme.
Les propos se concentrent, se compriment, comme le temps, que nous n’avons plus, que nous ne nous donnons plus, pour approfondir, discuter, débattre, vraiment. Débattre sur des enjeux devenus tellement complexes et interconnectés que tout résumer est réducteur.
Pourtant la pensée contraire, opposée, est un stimulateur d’arguments, de raisonnements, de démonstrations. Elle pousse à raisonner parfois l’intuition, à convaincre, et donc à faire adhérer. C’est toute la vertu du débat contradictoire, plus intéressant que le dialogue participatif où on laisse tout le monde s’exprimer sans que personne ne s’écoute ou avec des conclusions prédéfinies.
Mais ce débat contradictoire est un processus qui aujourd’hui rencontre une autre limite, celle de s’autoriser à être d’accord avec son opposant, à changer d’avis sans perdre la face, à revoir ses arguments voire des convictions, à apprendre de l’autre. C’est là tout le paradoxe, tout le monde s’exprime, cherche à faire valoir son point de vue en s’interdisant d’en changer. Tout le monde cherche à parler et à émettre davantage qu’il n’écoute et ne reçoit.
Nous dialoguons en silos, en communautés d’accord, sur des autoroutes d’informations certes, mais qui circulent à sens uniques, ne se croisant que de part et d’autre du parapet de l’ignorance et du dédain.

mercredi 27 juin 2012

Sortie de crise : les dirigeants politiques comprennent-ils que les solutions ne se jouent plus au niveau des Etats ?

Le pouvoir politique noyé dans un système mondialisé, a du mal à trouver les moyens d’agir et d’influer sur le cours des choses, tout en restant persuadé qu’il en a l’autorité.
L’Europe se plaint du diktat de la finance, et ne parle que de dettes, d’argent et de sauvetage des banques depuis des années. On voudrait partager les dettes, autrement dit mutualiser le passé alors que nous devrions surtout être solidaires de l’avenir.  Quid des grands programmes de développement ? De la politique européenne des affaires étrangères (face à la Syrie par exemple) ? Du droit du travail pour éviter le dumping social ? De la politique énergétique (le sommet de Copenhague avait été considéré comme un échec, celui de Rio n’a même pas eu droit à cette qualification, il est tout simplement passé inaperçu) ?
Les Etats sont en faillite, le pouvoir politique aussi, en faillite de solutions, et donc de crédibilité et de légitimité, non pas démocratique mais de compétence. On parle de « tous les pouvoirs », mais lesquels ? Celui par décret d’ordonner au vent de la mondialisation de souffler moins fort ? Celui d’augmenter le Smic de 22 euros pour redonner du pouvoir d’achat ? On n’a pas le pouvoir de créer le marché du seul fait d’être nommé au comité de direction. Les pouvoirs sont partagés, le pouvoir politique doit surtout les faire converger, il doit diriger au sens de la direction à indiquer davantage que diriger au sens illusoire de tout vouloir diligenter.
Jamais comme aujourd’hui nos destins n’ont été aussi liés, interdépendants. Et pourtant, qu’il est difficile de sortir de son pré carré, de l’aire définie par son périmètre démocratique national. Lorsqu’il s’agit d’influencer les gestions et politiques publiques et budgétaires d’autres Etats, vous êtes rapidement critiqué pour ingérence, lorsqu’il est raisonnable de se résoudre à suivre des règles communes, vous êtes accusé de subordination fédéraliste mettant en cause la sacro sainte souveraineté nationale.
Mais lorsque les contribuables européens doivent financer les errements budgétaires d’Etats qui ne sont pas les leurs, lorsque l’intervention armée d’un Etat ou d’un groupe d’Etats engendre des représailles terroristes aveugles ici où là, lorsque nous mourrons ici de ce qui est pollué là-bas, lorsque des emplois sont perdus chez nous du fait d’un dumping social et fiscal ailleurs, nous comprenons bien qu’on ne peut pas à la fois revendiquer une souveraineté nationale et interpeller les autres en cas de difficulté, que celles-ci viennent de son propre territoire ou qu’elles soient importées.
Nos représentants politiques sont des élus nationaux, légitimes sur leurs territoires démocratiques respectifs. Mais ils ont également un mandat international, celui-ci est non démocratiquement acquis, il est implicite, il relève de la responsabilité qu’ils ont à participer à une gouvernance mondiale profitable à tous. Nous souffrons aujourd’hui d’anarchie politique, au niveau mondial, et bien sur particulièrement au niveau européen. L’anarchie est souvent considérée socialement, pour évoquer désordre, absence de règle, d’autorité reconnue et en capacité d’agir, individualisme forcené. L’anarchie est alors souvent une force d’antichambre de la rébellion et de la guerre civile.
Nous vivons aujourd’hui, et nous en souffrons, une situation d’anarchie politique mondiale et européenne, une anarchie mondaine et courtoise, dissimulée derrière les vitrines des sommets internationaux. En l’absence de cette gouvernance politique, cette anarchie, dont nous avons conscience, est considérée comme du seul fait des marchés, et notamment de ces fameux marchés financiers. Mais charité bien ordonnée commence par soi-même, l’anarchie politique est la mère de toutes les anarchies.
Nous dépendons les uns des autres, et au lieu continuellement de voir cela comme une contrainte, une faiblesse ou une blessure d’orgueil, nous avons tout intérêt à en faire une force, un levier. Cette interdépendance est valable à tous les niveaux, à commencer par les niveaux de proximité, à l’échelle d’un territoire ou d’un pays. Entre les entreprises et les pouvoirs publics, entre l’enseignement et le monde du travail, entre le privé et le public, il faut cesser l’opposition systématique et dogmatique qui fait que chacun se considère comme garant du bien commun et détenteur de la solution. Nous sommes liés, c’est la nouvelle donne du siècle, c’est ce qui créera notre perte ou notre renouveau. C’est une nouvelle donne économique (c’est une évidence mais nous souhaiterions nous en abstraire), écologique (nous le savons mais nous l’ignorons), mais également politique (nous le refusons, et simultanément en critiquons l’absence).
Le monde s’est construit autour de territoires, de peuples et de nations, il doit se poursuivre en tant qu’humanité, en tant que communauté de civilisations, collectivement. Inutile de dire qu’il y a du chemin à parcourir, pourvu que ce chemin ne soit pas celui de l’exode fuyant les terres brulées.