TOUT EST DIT

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ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

vendredi 2 août 2013

EMPRUNTÉ A VICTOR HUGO


Voyez-les se jeter sur les talons d'Hollande ! 
Voyez-les vénérer le crétin éphémère,

Le zéro solennel qui, pour l'instant, prévaut -
Chez-la gent gauchisante ou dans le clan dévot! 
Un idiot étant-l'étui d'un personnage,
Il suffit qu'un grimaud soit plus vieux que son âge 
Et qu'il se taise 'avec' l'air d'un niais profond
Pour qu'on l'estime; et ceux qui font et qui défont 
Tous -les noms de hasard mêlés à nos orages, 
L'acclament de leur voix enrouée aux outrages, 
Sachant qu'on ne peut mieux compléter les assauts 
Aux grands hommes raillés qu'en admirant les sots. 

MAIS C'EST TELLEMENT JUSTE !

SANS ÊTRE RÉAC, ÇA N'EXISTE PLUS ET C'EST DOMMAGE

Les banquiers affirment financer l'économie... tout en prêtant de moins en moins


Alors qu' en Europe les prêts bancaires sont atones, les banques assurent financer pleinement l'économie. Certains dirigeants, tel le PDG de Société Générale, Frédéric Oudéa, assument cette situation, qui devrait s'accentuer: un métier qui s'oriente de plus en plus vers la désintermédiation, les banques se consacrant surtout à aider les entreprises à se financer sur les marchés.
Olivier Klein, PDG de la BRED. Banque qui ne fait pas crédit.
« Nous finançons l'économie, c'est notre rôle, nous l'assurons pleinement ». Cette affirmation, les dirigeants des banques la répètent à satiété. Mais les chiffres tendent à prouver le contraire. Et certains banquiers, non des moindres, n'hésitant à verser dans la contradiction, assument en fait cette évolution, assurant que l'avenir est à la « désintermédiation ».

On l'a vu ce jeudi avec la présentation des résultats de la Société Générale pour le deuxième trimestre. Ceux-ci, en hausse, ont été applaudis par les marchés. Mais s'ils tiennent à différents facteurs (fin des pertes liées à la crise financière, pression sur les coûts, conseil au financement des entreprises, à travers la banque de financement et d'investissement), ils ne sont absolument pas liés à un financement direct de l'économie, via une augmentation des prêts. Le volume de ceux-ci baisse. Notamment en France : au deuxième trimestre, l'encours moyen des crédits était de 175,9 milliards d'euros. Contre 176,6 milliards au deuxième trimestre 2012. Si l'on tient compte de la hausse des prix, la baisse réelle atteint 2,4%.
"En France, dans la résilience"
Bien sûr, cette situation peut être imputée à la faiblesse de la demande. Les entreprises investissent peu, le marché immobilier est plus qu'incertain, les consommateurs achètent moins. Une situation qui devrait changer rapidement, avec la reprise qui pourrait se dessiner ? Le PDG de Société Générale, Frederic Oudea, ne le croit pas. « En France, nous sommes dans la résilience adaptative, nous n'entrevoyons pas de croissance dans les deux ou trois ans à venir », a-t-il déclaré à l'occasion de la présentation des résultats du groupe.

Et même après cette échéance, dans l'hypothèse d'une économie en croissance, il se pourrait que les banques ne prennent pas tant que ça le chemin du crédit. « Nous devrons nous orienter vers plus de désintermédiation, aller vers un modèle plus anglo-saxon », affirme Frédéric Oudéa. Autrement dit, ce serait de moins en moins les banques qui prêteraient aux entreprises : ces dernières trouveraient leur financement auprès des marchés, avec l'aide des établissements financiers.
Déjà, le résultat brut d'exploitation de l'activité banque de financement et d'investissement de Société Générale a crû de 7,9% au premier semestre (par rapport à la même période de 2012), alors que le métier de banque de réseaux voyait se profits bruts stagner. Ce segment se développe rapidement, souligne-t-on aussi à la BNP.  La réglementation bancaire, qui contraint les banques à augmenter le ratio entre leurs fonds propres et leur total de bilan, explique largement cette évolution. 
Mais quand les banquiers reconnaîtront-ils 
qu'ils financent de moins en moins l'économie ?

Pourquoi vous avez tout à gagner à apprendre à dire non


Dans nos sociétés où tout est présenté comme porteur d'un intérêt important, nous ne parvenons pas à hiérarchiser, et donc à dire non. Ceci se vérifie quotidiennement au travail, mais également au sein de la cellule familiale avec ses enfants. Pourtant, savoir dire non est la clé de l'épanouissement personnel, à condition de ne pas en abuser.

Quelles réticences avons-nous à dire non ?

France Brécard : Parmi les différentes réticences pouvant exister, il y a celle relative à la crainte de ne pas faire plaisir à l’autre, mais également la peur de ne pas renvoyer l’image que nous souhaitons donner de nous-même, et celle aussi liée au conflit. Ces raisons relèvent davantage de la psychologie propre à chacun, en lien avec les messages de type éducatif que nous avons pu recevoir dans notre enfance. Nos parents nous ont éduqué selon un certain nombre de messages constituant des normes, parmi lesquelles celle de faire plaisir aux autres et d’être gentil. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’il s’agit là d’un message que l’on inculquait davantage aux petites filles, avec ce souci de les élever pour qu’elles puissent s’occuper des autres.

Qu'a-t-on à gagner sur le plan personnel et professionnel à savoir dire non ?

Sur le plan personnel, il s’agit d’être plus proche de ce que nous sommes, sans pour autant dire non à tout bout de champ et sans raison valable. Dire non, c’est se rapprocher de ses désirs propres.
Sur le plan professionnel, il s’agit d’une façon de se faire respecter, d’éviter de réaliser des tâches et missions qui ne nous conviendraient pas ou qui ne seraient pas en adéquation avec nos valeurs. D’un point de vue éthique, il peut donc être important dans le travail de savoir dire non.

A lire sur le même sujet : Petit guide anti-manipulateurs Partie 2 : apprendre à leur dire nonde Jacques Legard. 

Savoir dire non n'est-il pas la manifestation de notre assurance quant à nos envies et à nos objectifs ?

Très certainement, bien que plusieurs interprétations sont possibles. Par exemple, il y a des gens qui ne savent pas dire non car ils ne savent pas ce qu’ils veulent, ce qui les placent dans une situation telle qu’ils sont obligés de s’adapter à l’envie de l’autre. Ils n’ont donc effectivement aucune assurance quant à leurs propres envies et désirs.
A l’inverse, il y a des gens qui savent ce qu’ils veulent mais qui sont incapables de l’exprimer. Dans ce cas, le travail à accomplir pour pouvoir dire non est différent, même si l’objectif reste le même : affirmer ce que nous sommes.

Qu'est-ce qui doit motiver nos refus : notre absence d'envie de faire telle ou telle chose, ou bien le fait qu'il ne s'agisse pas d'une nécessité/priorité ?

Tout dépend bien évidemment à quoi nous disons non. Ne pas vouloir aller au cinéma, par exemple, peut relever du simple fait que nous n’en avons pas envie, tandis que l’acte de refuser d’accomplir telle ou telle tâche au travail peut signifier simplement un désir de hiérarchisation parmi toutes les choses à accomplir. 
L’identité de la personne à qui nous disons non joue aussi un rôle important. Savoir dire non à ses enfants notamment est important d’un point de vue éducatif. Beaucoup de parents aujourd’hui disent oui simplement pour être aimés de leurs enfants, ce qui n’a rien d’éducatif. Les parents doivent apprendre à leurs enfants la frustration, à leur fixer des limites : ne pas manger trop de bonbons, trop de glaces… Apprendre à savoir dire non, dès l’enfance, permet par la suite, dans notre vie d’adulte, à savoir dire non à des choses qui ne sont pas bonnes pour nous.

Quels risques court-on à ne pas dire non ?

On prend le risque principal de s’adapter, et avec lui, celui de s’oublier. C’est ce que beaucoup de patients me confient dans le cadre de mes consultations en tant que psychothérapeute.

Travail, vie de famille, vie sociale, loisirs que l'on fait pour soi...nos vies sont de plus en plus en chargées, avec un risque de burn out, phénomène de plus en plus caractéristique de notre société du XXIème siècle. Plutôt que de ne pas savoir dire non, n'avons-nous pas un problème avec le fait de ne pas savoir prioriser ?

Tout nous est présenté comme important. Du coup, nous ne savons pas comment prioriser. Néanmoins, nous devons absolument apprendre à dire non : non à travailler le week-end, non à travailler tard le soir…Savoir ce qui est prioritaire ou non est indispensable afin de pouvoir notamment se concilier une vie de famille.

L'une des principales craintes relatives au fait de dire non réside dans la peur de paraître impoli/de décevoir les gens. Quels types de formulation pourraient permettre de maintenir notre refus tout en évitant cet effet socialement "indésirable" ?

Il convient surtout de rester poli dans la formulation de son refus. Dans le cas du patron qui souhaite que nous restons plus tard au travail par exemple, il est requis, dans la notification du refus, d’éviter les situations conflictuelles le plus possible. Préférez les formulations du type : " Je comprends bien que vous ayez besoin de moi, mais j’ai déjà des impératifs à remplir ", ou bien " Ce n’est malheureusement pas possible maintenant, mais une prochaine fois, sans aucun souci ". Le plus important est de pouvoir avancer des explications, en évitant donc une simple affirmation de refus qui pourrait être trop dure. Attention à ne pas tomber dans l’excès inverse : celui de dire non tout le temps.

Vacances sous surveillance pour le gouvernement

Profil bas ! Ils en rêvaient depuis des mois, mais pas question de trop pavoiser : la trêve estivale des ministres sera courte, studieuse et pas trop loin de Paris.


Cette fois, ils vont pouvoir souffler, même s’il convient de ne pas le dire trop fort. A l’issue du Conseil des ministres, ce matin à l’Elysée, les membres du  partent pour des vacances courtes — deux semaines — susceptibles d’être interrompues et, de toute façon, studieuses. Certes, rien n’est plus pareil depuis l’épisode de la canicule de 2003, symbole de la vacance du pouvoir. 

Mais  garde aussi en  la façon dont l’an dernier il avait été stigmatisé par la droite pour ses vacances au fort de Brégançon, installant l’idée d’un exécutif en goguette alors que la crise, elle, ne faisait pas relâche.

Un an plus tard, alors que la popularité du chef de l’Etat reste au plus bas, l’objectif est de montrer que le gouvernement est sur le pont (en tout cas mobilisable, en étant à moins de deux heures de Paris, à l’exception des ministres ultramarins). Le sujet est visiblement sensible. Aurélie Filippetti (Culture), qui avait été épinglée pour avoir passé ses vacances de Noël à l’île Maurice, refuse aujourd’hui de dévoiler sa destination! Et les autres prennent des gants, n’oubliant jamais de mentionner les devoirs de vacances qu’ils ont dû mettre dans leurs valises. Tous savent néanmoins qu’il leur faudra récupérer des forces après une année épuisante et avant une rentrée qui s’annonce très rude.

Pinel « rattrapera le temps perdu ». C’est comme cela qu’au cabinet de la ministre de l’Artisanat et du Tourisme on résume son programme des vacances consacrées « à ses amis et à sa famille ». Des proches parfois victimes collatérales de leurs agendas chargés. Yamina Benguigui (Francophonie) compte elle aussi profiter à plein de ses deux filles du côté du bassin d’Arcachon. Du temps passé avec ses proches, c’est aussi ce qu’a prévu François Lamy (Ville), qui a loué une maison en Provence avec des amis.

Hamon fera de la randonnée. Le ministre de l’Economie sociale a choisi les Pyrénées-Orientales avec comme objectif affiché de garder la forme. Pour ceux qui n’iront pas sur la côte, la marche est à la mode. Ainsi, Geneviève Fioraso (Enseignement supérieur) s’est réservé une semaine pour sillonner les Alpes du Nord. Elle y croisera peut-être son collègue Alain Vidalies (Relations avec le Parlement). Bernard Cazeneuve (Budget) fera du vélo et du jardinage à Senlis (Oise) et en profitera pour se replonger dans la lecture de… Tocqueville et Montesquieu.

Valls restera sur le terrain. Le ministre de l’Intérieur, qui passera ses vacances en Provence, continuera à avoir la bougeotte. Il effectuera (au moins) un déplacement par semaine. Les ministres ont d’ailleurs parfaitement saisi le message présidentiel : les congés oui, mais pas de farniente affiché! Frédéric Cuvillier (Transports) a d’ores et déjà prévu de rencontrer des routiers au cours de ses quinze jours de « vacances ». De son côté, Marie-Arlette Carlotti (Personnes handicapées et Lutte contre l’exclusion), en campagne pour la primaire qui doit désigner le candidat PS aux municipales à Marseille, devrait être très visible dans la cité phocéenne… Elle a déjà programmé une opération sur les plages le 9 août et une conférence de presse le 20.

Montebourg terminera son nouveau livre. Retiré dans sa maison de Montret (Saône-et-Loire), le ministre du Redressement productif va en profiter pour achever « le Retour de l’Etat », un essai dont la sortie est prévue pour la rentrée. Pour tous, les vacances seront studieuses avec la préparation du séminaire gouvernemental de rentrée, le 19 août. Et ceux qui seront chargés des projets chauds de septembre ont fait savoir qu’ils potasseraient leurs dossiers pendant leurs congés. Dans le sac de vacances de Marisol Touraine (Santé et Affaires sociales), le texte de la réforme des retraites devrait remplacer les tongs.

LA FRANCE QUI GAGNE : Pôle Emploi apprend à un informaticien comment allumer son ordinateur

Arnaud, 30 ans, est informaticien. Lorsqu'il se retrouve au chômage, Pôle emploi lui propose une formation. Au programme : comment allumer son ordinateur, naviguer sur le site de Pôle emploi, etc. Mais par peur d'être radié, il accepte.

Cela faisait un an qu'Arnaud était au chômage, rapporte la Charente Libre quand Pôle Emploi lui propose une formation. Cet informaticien de 30 ans avait exercé pendant quatre ans comme autoentrepreneur avant d'être contraint à mettre la clé sous la porte. Au menu de la formation ? Comment allumer son ordinateur ou encore, comment naviguer sur le site de Pôle emploi.
Mais par peur d'être radié des listes, il a quand même accepté le stage. "Pour prouver ma motivation et éviter la radiation", explique-t-il au quotidien charentais. Etonnamment, "ça ne m'a strictement rien apporté", confie Arnaud. Du côté de Pôle emploi, on explique que l'atelier n'était pas obligatoire, mais fortement conseillé. "Ces stages informatique accroissent les chances de trouver un emploi, même pour les informaticiens", explique un responsable départemental.

AVEC CES FORMATIONS ON EST 
CERTAIN DE TROUVER RAPIDEMENT 
UN JOB STABLE ET BIEN PAYÉ.

François Hollande et Valérie Trierweiller investissent la Lanterne

Pour ses vacances studieuses, François Hollande a décidé de poser ses valises à la Lanterne. Deux semaines de repos dans un lieu chargé d’histoire.

C’est Matignon qui régale. Peu de gens le savent mais le domaine de la Lanterne à Versailles est normalement réservé au Premier ministre qui en assure l'entretien à hauteur de 200 000 euros par an. Mais du temps de Nicolas Sarkozy la propriété fut réquisitionnée par le chef de l’État et François Hollande compte bien conserver cette habitude. Ainsi, dès la fin de semaine, le Président de la République et Valérie Trierweiler s’installeront là-bas pour quinze jours de repos.
Les Ceaucescou Français 

Il se murmure à l’Elysée que la journaliste qui partage la vie de François Hollande est tombée sous le charme de la Lanterne. Comme Cécilia Sarkozy et Carla Bruni, Valérie Trierweiler aurait tenu à passer son été sur place. Cette ancienne dépendance du château de Versailles bénéficie de tout le confort moderne et se tient à l’abri des regards indiscrets. La zone est interdite de survol et un service de sécurité s’occupe de disperser les éventuels paparazzis récalcitrants. Petit incident ou coup de communication maîtrisé, c’est en tout cas là-basque Carla et Nicolas Sarkozy s’étaient affiché pour la première fois ensemble après la naissance de Giulia, avec la mine de jeunes parents fatigués.
Patrice Machuret, auteur du livre Un long dimanche à Versailles: la République à la Lanterne (Seuil), s’étonne sur France Info que François Hollande ait décidé de garder sous sa coupe ce «symbole de l’hyper-présidence de Nicolas Sarkozy». Le président normal s’est laissé séduire par cette résidence au détriment d’un Jean-Marc Ayrault à qui la Lanterne revient normalement de droit. Mais les lieux qui ne ressemblent pas à une destination paradisiaque conviennent bien à François Hollande qui souhaite s'imposer des vacances studieuses, comme il le fait avec son gouvernement.

MAIS, CE N'EST PAS DE L'ANTI-SARKOZYSME ÇA !!

jeudi 1 août 2013

Doit-on vraiment rembourser la dette publique ?


Comment sortir de la crise de la dette ? Par la dévaluation monétaire, la mutualisation des dettes entre États-membres de l'UE ou la suppression pure et simple de la dette ?
La crise économique qui étouffe la croissance européenne a un nom : c’est une crise de la dette souveraine. Afin de stimuler ou relancer l’économie, les États européens ont mis en œuvre les politiques keynésiennes et dépensé de l’argent public pour aider les secteurs économiques en difficulté. N’ayant pas retenu la leçon tirée de la faillite des économies socialistes à l’Est, les États ont oublié que leur rôle n’était pas d’intervenir dans l’économie mais d’assurer le cadre légal et institutionnel pour faciliter les échanges économiques entre les acteurs privés.
Depuis quelque temps, un certain nombre d’ouvrages consacrés à la dette publique a été publié par nos intellectuels et nous avons jugé nécessaire de clarifier certains points pour exposer quelques idées reçues. Prenons l’exemple de l’ouvrage Dette indigne ! de Gérard Filoche et Jean-Jacques Chavigné [1], qui propose des solutions fantaisistes pour régler le problème.

Pour commencer, les auteurs estiment que la dette publique est essentiellement le résultat de la spéculation financière. Mais quelle est la définition de la spéculation ? C’est tout simplement la prévision de l’évolution des marchés afin d’effectuer les transactions en fonction de ces prévisions. Elle n’est pas différente des prévisions des actuaires sur la durée de vie moyenne des assurés, ou des prévisions météorologiques pour sécuriser le transport aérien, ou encore des prévisions de croissance utilisées par nos politiques pour justifier les dépenses de notre argent.
Cette « spéculation financière » a des origines très anciennes. Aristote raconte, dans sa Politique I, que le philosophe Thalès de Milet aimait observer les astres et qu’il a pu prévoir les conditions météorologiques favorables à une abondante récolte des olives. Ainsi, il est allé visiter les presseurs d’olives de sa région pour acheter à moindres frais une garantie d’utilisation prioritaire de leurs pressoirs. À l’automne, lorsque la récolte s’est effectivement avérée abondante, il a revendu ses droits d’utilisation à des prix beaucoup plus élevés, juste pour montrer à ses détracteurs que même les philosophes pouvaient devenir riches [2]. Thalès a simplement utilisé ses savoirs pour négocier un contrat librement consenti par les commerçants des pressoirs ; aujourd’hui, tout le monde peut bénéficier de ces savoirs puisque toutes les fiches techniques des produits financiers complexes sont disponibles sur les sites internet des autorités des marchés financiers de chaque pays.
Lorsque les responsables politiques dépensent davantage que le montant des recettes fiscales et empruntent sur les marchés financiers pour faire fonctionner l’État, en prévoyant qu’une croissance future permettra le remboursement de cette dette, c’est de la spéculation – il n’existe aucun autre terme pour qualifier le phénomène.
La première solution qui est proposée par les auteurs de la Dette indigne ! est la dévaluation monétaire. Rappelons que l’argent a été inventé comme moyen d’échange permettant d’éviter le troc des biens et des services. Sa valeur est déterminée par la confiance que ses utilisateurs lui accordent ; si un État fait de l’émission monétaire, cette confiance sera écornée. Si un magasin installé dans un petit village propose un trop grand nombre de produits, il sera obligé de baisser les prix si ses produits ne trouvent pas preneur ; de même, une trop grande quantité d’argent en circulation crée de l’inflation, un phénomène purement monétaire. Certains économistes préfèrent la démagogie et disent que l’inflation est en réalité l’augmentation générale des prix, mais cette augmentation n’est que le résultat de la dévaluation monétaire, comme l’a si bien démontré le prix Nobel de l’économie et l’auteur de la théorie monétariste, Milton Friedman.
Lorsqu’un gouvernement décide de faire de l’émission monétaire, ce qui entraîne nécessairement l’inflation, les perdants seront toujours les couches sociales modestes. L’augmentation de la masse monétaire de 20% entraîne une inflation d’un même montant et signifie que votre salaire de 1000€ ne vaudra plus que 800€. Les contribuables aisés, qui possèdent des biens immobiliers, des comptes titres, des bijoux précieux, des objets d’art ou des chevaux de course, seront à l’abri car ils peuvent revendre ces actifs à leur prix du marché, pendant que les contribuables modestes qui ne possèdent rien d’autre à part leur salaire ou quelques maigres économies, seront durement pénalisés par cette dévaluation monétaire. La dévaluation monétaire, c’est la taxe sur les pauvres.
Pour le professeur d’économie Augustino Ballvé, la dévaluation monétaire est un impôt déguisé. « L’ensemble du processus est très semblable à la dilution du vin avec de l’eau. Le gouvernement verse de l’eau dans le vin de ses citoyens et s’approprie alors une part du vin dilué. Avec cela, il paie ses dépenses : les salaires des fonctionnaires plus ou moins inutiles, le coût des machines et du matériel pour les travaux publics plus ou moins inutiles, et souvent le coût des guerres qu’il n’a pas réussi à éviter. Tous ces paiements sont effectués en réalité avec la part du bon vin que le gouvernement a pris de son citoyen par le processus de dilution, en laissant à chaque citoyen la même quantité de ‘vin’, mais de moindre consistance, tout en gardant l’excédent pour lui-même ». [3]
Récemment, lorsque l’Islande s’est retrouvée dans une situation de quasi faillite, ses banques ont été nationalisées et sa monnaie nationale, la couronne, dévaluée. Le résultat a été le retour de la croissance, mais tous les prix ont augmenté et le niveau de vie des Islandais a baissé de manière effroyable. Désormais, ses citoyens réclament une adhésion à l’UE et à la zone euro pour se protéger de la crise.
Que la création de la monnaie ex nihilo soit faite par les gouvernements des États membres ou par la Banque centrale européenne, les résultats seront les mêmes. Pour toutes ces raisons, l’introduction de la monnaie unique n’a jamais fait baisser le pouvoir d’achat des Européens. Au contraire, en empêchant les États membres de dévaluer la monnaie, la BCE a réussi à maîtriser l’inflation et maintenir les taux d’intérêt à un niveau très bas, permettant aux classes modestes d’emprunter pour acheter leur logement.
La deuxième solution proposée par les auteurs de la Dette indigne ! est la mutualisation de la dette entre les États européens, pour que tous puissent bénéficier des taux accordés aux Allemands. Mais un taux d’intérêt est déterminé en fonction de la capacité de remboursement de l’emprunteur. Quelqu’un qui épargne chaque mois, qui n’a jamais été à découvert et qui a déjà un appartement comme garantie de remboursement obtiendra un meilleur taux d’emprunt que celui qui est trop dépensier et qui a déjà été en situation d’interdit bancaire. Si je prête à l’Allemagne, c’est parce que je lui fais confiance en termes de sa capacité de remboursement, ce qui n’est pas le cas de la Grèce.
Si les dettes des pays européens sont mutualisées, les pays qui épargnent pour investir paieront les dettes générées par ceux qui n’épargnent pas et préfèrent consommer, ou les dettes des aveugles grecs de l’île de Zakynthos qui ne sont pas réellement aveugles mais pratiquent la fraude aux allocations [4].
Dans la zone euro, seulement quatre pays sont notés AAA par les agences de notation, ce qui leur permet d’emprunter sur les marchés financiers à un taux très avantageux : l’Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande et le Luxembourg. Mais le Fonds européen de stabilité financière (FESF) – créé pour secourir les pays en difficulté – a été dégradé par l’agence Standard & Poor’s en janvier 2012, suite à la dégradation de la note de la France et de l’Autriche [5]. La création des eurobonds n’apportera pas nécessairement les taux d’intérêt allemands car les marchés financiers fonctionnent selon la vérité biblique la plus évidente : « ce qu’un homme aura semé, il le moissonnera aussi ».
La suppression pure et simple de la dette a été proposée comme troisième solution.  Les auteurs de la Dette indigne ! écrivent cette phrase invraisemblable : « Il ne faut pas croire le vieux dicton : ‘Qui paie ses dettes s’enrichit.’ En réalité, qui honore ses dettes enrichit surtout le rentier qui lui a prêté. Il faut avant de rembourser analyser la légitimité de la dette » (p. 159).

Pourquoi la France cherche-t-elle à emprunter sur les marchés financiers ? Personne ne lui force la main ; elle peut aussi vivre sans ces moyens. Mais après avoir emprunté de l’argent appartenant à autrui, il convient de rembourser son créancier. Les marchés financiers, c’est nous – les simples citoyens – qui épargnons de l’argent par le biais de notre assurance-vie ou de notre livret A. Les marchés financiers, ce sont les retraités du monde entier qui ne bénéficient pas de la retraite par répartition mais investissent une partie de leur salaire dans des fonds de pension. Ce sont les autres États ou leurs fonds souverains, les collectivités locales, les universités, les institutions, les particuliers fortunés ou modestes. Lorsqu’une partie la dette grecque a été restructurée début 2012, la Société Générale a été contrainte de supprimer 880 emplois. En termes de dette, il y a toujours quelqu’un qui paie l’addition.
Mais il y a un autre principe qu’il faut retenir, cette fois-ci consacré par la Déclaration universelle des droits de l’homme (art. 17) : « Toute personne, aussi bien seule qu’en collectivité, a droit à la propriété. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa propriété. » On ne peut donc pas refuser de rembourser la dette à un créancier et le spolier de son droit ; si nous ne respectons pas les contrats, nous ne vivrons plus dans un État de droit. Refuser de rembourser la dette – on pourra le faire une seule fois, avant d’être mis au ban du monde développé.
À la fin du premier trimestre 2013, la dette publique française a atteint 1.870,3 milliards d’euros [6]
Un gouvernement a trois moyens de se financer : par les recettes fiscales, par les emprunts sur les marchés financiers et par la dévaluation de sa monnaie. La France cherche à utiliser ces trois options, toutes calamiteuses : elle veut augmenter les impôts, déjà confiscatoires et nuisibles pour la croissance ; elle veut continuer à vivre à crédit encore un peu de temps, jusqu’à ce que les marchés se rendent compte de son insolvabilité ; elle réclame la création des eurobonds pour pouvoir dévaluer la monnaie unique, puisqu’elle ne peut pas sortir de la zone euro pour revenir au franc qu’elle pourra dévaluer. Le projet des partis de gauche en France fait penser aux versets d’Ecclesiaste : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons ! » (Esaïe 22:13) Toutes ces options ne sont qu’une tentative désespérée à éloigner l’inévitable : la réduction des dépenses publiques, au plus vite, avant la faillite annoncée et la mise à mort de l’État providence.
La croissance ne s’achète pas à crédit et elle ne se décrète pas ; elle est le résultat d’une activité entrepreneuriale intense facilitée par le laissez-faire. Puissent nos dirigeants en avoir la conscience.
Notes :
  1. Gérard Filoche et Jean-Jacques Chavigné, Dette indigne ! Qui sont les coupables ? Quelles sont les solutions ?, éditions Jean-Claude Gawsewitch, Paris, 2011. ↩
  2. Bertrand Jacquillat, Les 100 mots de la finance, collections « Que sais-je ? », Presses universitaires de France, Paris, 2006, p. 84-85. ↩
  3. Faustino Ballvé, Essentials of Economics, Ayn Rand Institute, 1996. ↩
  4. Euronews : “L‘île aux aveugles”, illustration de la fraude en Grèce, http://fr.euronews.com/2012/05/09/l-ile-aux-aveugles-illustration-de-la-fraude-en-grece/ ↩
  5. European Financial Stability Facility (EFSF). ↩
  6. INSEE, Dette trimestrielle de Maastricht des administrations publiques – 1er trimestre 2013. ↩

Retraites : les mauvaises solutions de François Hollande

Les pistes évoquées par François Hollande pour réformer le système de retraite par répartition français sont inquiétantes. Elles seront insuffisantes pour le sauver et ignorent toujours la capitalisation, qui reste un sujet tabou.

Le système français : déresponsabilisant et générateur de déficit
Dans un système par répartition à prestations définies, le déficit est comblé par l’État. La multiplicité des régimes crée donc une grande incitation à ne pas avoir d’équilibre puisque des prestations bénéficiant à une minorité vont être payées par l’ensemble de la population. Le système de retraite français illustre ainsi parfaitement la fameuse citation de Frédéric Bastiat, « l'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde ».
Pourtant, les déficits sont abyssaux et ne rien faire n’est donc plus une option. Le déficit global du système est assez difficile à calculer, notamment à cause de la difficulté d’estimer un déficit pour la fonction publique d’État. En effet, les déséquilibres des retraites des agents de l’État peuvent être compensés par une augmentation de la cotisation employeur, ce dernier étant… l’État. Ces cotisations sont appelées ‘cotisations fictives’ ou ‘cotisations d’équilibre’ et permettent d’estimer le déficit du régime (en comparant à des taux ‘normaux’) ou son évolution (en regardant la variation de ces taux). On peut lire p.23 du 12ème rapport du Conseil d'orientation des retraites (COR) que le taux de cotisation d’équilibre de l’État employeur pour les fonctionnaires civils s’élevait au 1er janvier 2013 à pas moins de 74,28%. Ce taux est en progression constante : à 48,2% en 2000, il progressait à 58,5% en 2009 puis à 65,4% en 2011. De plus, les déficits communiqués bénéficient de remises à zéro régulières. Ainsi, le rapport Moreau, qui évoque pour l’horizon 2020 8 milliards d’euros de déficit pour les régimes publics (sur un total de 20 milliards) part de l’hypothèse de régimes équilibrés aujourd’hui. Les chiffres avancés ne correspondent donc pas à un niveau mais à une aggravation de déficit par rapport à la situation actuelle. Malgré ces difficultés méthodologiques, le 8ème rapport du COR avait estimé (p. 51) le déficit 2010 à 32 milliards d’euros.

Une réforme nécessaire


Les déficits publics français sont de plus en plus importants et le délai de deux ans accordé par la Commission européenne pour respecter la règle des 3% de déficit est subordonné à l’adoption de mesures fortes. Le commissaire aux Affaires économiques, Olli Rehn, attend ainsi du gouvernement français des réformes ambitieuses sur « le marché du travail, le système de retraites et l'ouverture à la concurrence de certaines professions ou de certains marchés ». Par ailleurs, 83% des Français se déclarent « inquiets » au sujet des retraites, et parmi eux 35% sont même « très inquiets ».
La réforme des retraites qui va avoir lieu en France est donc particulièrement suivie. Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a reçu le 14 juin le rapport de la commission présidée par Yannick Moreau sur l’avenir des retraites. Deux jours plus tard, François Hollande a tracé la ligne directrice de la réforme. Si ses caractéristiques ne sont pas encore totalement définies, la ligne est (pour une fois) claire, et (comme souvent) assez peu encourageante.

Un périmètre limité
Tout d’abord, le périmètre de la réforme est assez décevant. Malgré leurs importants déficits et lesrecommandations de la Commission européenne, les régimes spéciaux ainsi que les ‘catégories actives’ [1] seront exclus de cette réforme. François Hollande estime en effet que « pour les régimes spéciaux, la réforme a déjà eu lieu, c’était en 2008 ». L’âge légal de la retraite a certes déjà été repoussé, mais il reste à un niveau significativement inférieur au régime commun (52 ans ou 57 ans), et s’applique à un horizon plus lointain (2017).
De plus, le relèvement de l’âge d’obtention du taux plein automatique ne s’est pas effectué au même rythme dans le public que dans le privé. Pour les salariés du privé, cet âge passe de 65 à 67 ans. Par contre, pour un fonctionnaire sédentaire (c’est-à-dire n’appartenant pas à une ‘catégorie active’), l’âge d’obtention du taux plein automatique est, à titre provisoire, différent de l’âge limite d’activité. Ainsi, l’égalité sur ce critère ne sera réalisée que pour les générations nées en 1955 ou après. C’est d’ailleurs explicité p.20 du rapport du COR : « pendant la période transitoire, l’âge a partir duquel la décote ne s’applique pas est toutefois plus faible que l’âge d’annulation de la décote pour les salariés du secteur privé et augmente progressivement pour rejoindre, en 2020, la limite d’âge (67 ans pour les catégories sédentaires).

Trois leviers pour résorber les déficits
L’équilibrage du système peut se réaliser en jouant sur trois leviers qui ont pour effet d’augmenter les cotisations ou de diminuer les prestations.
— Premier levier : allonger la vie active
Le premier levier consiste à maintenir les individus plus longtemps dans la vie active (et donc moins longtemps à la retraite). Cela peut s’obtenir par un relèvement de l’âge légal ou une augmentation du nombre d’annuités nécessaires à une pension à taux plein. Cette solution a l’avantage de jouer sur les deux tableaux : elle permet à la fois d’augmenter le volume de cotisations et de diminuer la masse des pensions.
Mais François Hollande a confirmé sa promesse de campagne en déclarant que « l’âge légal ne bougera pas », et a même obtenu de la Commission européenne qu’elle ne mentionne plus le relèvement de l’âge légal dans ses recommandations pour la réforme des retraites. Le document se contente désormais de mentionner « l’âge effectif » de la retraite. Par contre, la réforme de Nicolas Sarkozy ne sera pas remise en cause et l’âge légal continuera à progresser jusqu’à 62 ans pour les assurés nés en 1955 et après, avec 41 ans et demi nécessaires pour toucher une pension à taux plein :
En dépit de l’opposition de la CGT et de FO, le chef de l’État a prévenu que le gouvernement allait « continuer à augmenter la durée de cotisation » et que seul le rythme de cette progression serait discuté avec les partenaires sociaux.
Le rapport Moreau a étudié différents scénarios dont la poursuite au rythme actuel :
Le Medef propose de jouer à la fois sur l’âge et sur la durée de cotisations, avec pour cibles en 2020 63 ans d’âge légal et 43 annuités de cotisation (contre 62 ans et 41 annuités et demi sans réforme). En cas de stabilité du premier paramètre, ce qui semble acquis, il réclame un passage à 44 annuités en 2020.
— Second levier : augmenter les cotisations
Le second levier, qui est la solution de facilité, consiste à augmenter les cotisations. C’est évidemment un levier qui va être utilisé par le Président : « il faudra bien trouver des recettes. Le patronat sait très bien qu’il faut financer les retraites ». Les organisations patronales (tout comme la Commission européenne d’ailleurs) sont en effet très hostiles à cette solution. Pour Pierre Gattaz, nouvellement élu à la tête du Medef, « relever les cotisations […] est absolument inenvisageable dans la crise actuelle, où les marges des entreprises sont à des niveaux historiquement bas. Augmenter le coût du travail, c’est détruire des emplois : 0,1% de cotisation supplémentaire, c’est 10 000 chômeurs en plus ». Le précédent de la récente négociation pour les régimes de retraite complémentaire Agirc et Arrco n’a pas vocation à se reproduire : « c’est la dernière négociation où nous accepterons une hausse des cotisations. Il n’est en tout cas pas question de faire de même pour les régimes de base. ». Les cotisations salariales et patronales pour la retraite devraient pourtant être augmentées sur plusieurs années, pénalisant d’autant le pouvoir d’achat des travailleurs ou augmentant le coût du travail.
— Troisième levier : baisser les pensions
Le troisième levier, peut-être le plus sensible, consiste à s’attaquer aux pensions des retraités. François Hollande a été très prudent : « je veux dire aux retraités qu’on ne touchera pas à leurs retraites ». Néanmoins, plusieurs pistes pouvant mettre à mal leur pouvoir d’achat ont été évoquées.
Tout d’abord, le gouvernement pourrait limiter ou geler les revalorisations des retraites. C’est une piste qui avait été retenue lors de la négociation Agirc-Arrco : « au 1er avril 2013, les pensions Arrco progresseront ainsi de 0,8% et celles de l’Agirc de 0,5%. Les deux années suivantes, la revalorisation se fera sur la base d’une inflation minorée de 1,0% (la valeur du point ne pourra pas diminuer en valeur absolue). ». Cette mesure aurait l’avantage d’avoir un impact financier immédiat et a les faveurs du Medef, pour peu qu’elle soit temporaire et ne dépasse pas trois ans.
Elle pourrait se compléter d’une réforme des modes de calcul des pensions. En effet, alors que le calcul des pensions pour les salariés du privé s'effectue sur les 25 meilleures années, seuls les six derniers mois sont pris en compte pour les fonctionnaires. Le rapport Moreau sur les retraites suggère un rapprochement en utilisant une période allant de 3 à 10 ans (avec une intégration partielle des primes). Cette proposition avait aussitôt été violemment rejetée par plusieurs syndicats. Message reçu cinq sur cinq par le gouvernement qui, par la voix de Marisol Touraine (ministre des Affaires sociales), a estimé que ce n'était pas « une bonne façon d'engager une réforme que d'opposer les uns aux autres ».
Une autre mesure technique, assez similaire, pourrait consister en une augmentation du taux d’appel. Le taux de cotisation est calculé ainsi :
Taux de cotisation = Taux d’acquisition d’un point x Taux d’appel
Le principe est le suivant : quand le taux d’appel augmente, le salarié cotise plus mais cela n’ouvre pas de nouveaux droits pour la retraite. Cette option, préconisée par le Medef lors de la négociation Agirc-Arrco, n’avait finalement pas été retenue. Cette fois, elle fait l’unanimité contre elle et est repoussée tant par le patronat que par les syndicats. Pour Philippe Pihet (FO), « ce serait un très mauvais signal envoyé aux salariés pour le niveau futur de leur retraite », alors que pour Pascale Coton (CFTC) « une telle décision serait ensuite impossible à rattraper » et « le niveau des pensions baisserait durablement ». Cette option ne devrait donc pas être retenue.
Par contre, le taux de CSG pour les pensions de retraites devrait augmenter. Alors que le taux de CSG qui pèse sur les revenus du travail est de 7,5%, les pensions de retraite sont soumises à un régime qui est fonction des revenus :
  • taux de 0% pour les retraités dont le revenu fiscal de référence est inférieur à 10 000 euros (29% d'entre eux)
  • taux de 3,8% pour ceux qui ont payé moins de 61 euros d'impôt en (15%)
  • taux de 6,6% pour les autres (56%).
Ce barème est « contesté » par la commission Moreau, qui trouve anormal qu’ « un retraité touchant une pension élevée [ait] un taux de prélèvement inférieur à celui d'un salarié rémunéré au SMIC ». Il préconise donc d’aligner le taux à 7,5%, ce qui rapporterait 2,1 milliards d'euros par an. Cette mesure aurait l’avantage, pour François Hollande et le gouvernement, de toucher majoritairement la clientèle politique de la droite.
Les retraités bénéficient, à l’instar des salariés, d'un abattement de 10% lorsqu'ils déclarent leurs revenus. La suppression de cet abattement rapporterait 3,3 milliards d’euros par an. La commission Moreau propose des scénarios intermédiaires :
  • réduction du taux d'abattement
  • abaissement du plafond de cet avantage fiscal, aujourd'hui à 3 660 euros
Cette deuxième option aurait l’avantage, là aussi, d’épargner la clientèle électorale de la gauche.
Les retraités peuvent avoir une majoration de pension de 10% s’ils ont eu au moins trois enfants. Pour les retraités de la fonction publique et des régimes spéciaux, il y a même un bonus de 5% par enfant à partir du quatrième enfant. Toutefois, le montant des majorations est plafonné [2] et ne peut dépasser le traitement ayant servi de base au calcul de la pension dans les régimes de fonctionnaires. La majoration maximale est fixée à 24% à l’Agirc et à 30% à l’Ircantec. Une fiscalisation de ces majorations, actuellement exonérées d'impôt, rapporterait 900 millions d'euros par an.
Le Medef est favorable à l’ensemble de ces mesures impactant les retraités et ne touchant pas directement les entreprises. Par ailleurs, il est favorable à un régime de base unique. L’ensemble des régimes fusionneraient en un seul système de retraite par points à horizon 2020. En outre, le Medef juge indispensable le développement de la retraite par capitalisation, qui a en effet fait ses preuves, comme l’exemple chilien le démontre. Enfin, il souhaiterait favoriser les actuels plans d’épargne-retraite dans les entreprises.

Un calendrier serré pour la réforme
Les partenaires sociaux demandent en tout cas au gouvernement de clarifier ses intentions et même les syndicats les moins virulents commencent à s’impatienter. Ainsi, pour la CGC, « si on n’a rien de concret, cela risque de tourner à la mascarade », et pour la CFTC « il est temps que le gouvernement nous expose clairement les pistes sur lesquelles il va travailler s’il veut vraiment que nous ayons le temps de formuler des propositions ». Quoiqu’il en soit, les minces pistes mises sur la table sont déjà de trop pour la CGT, qui a déjà annoncé qu’elle allait lancer une journée de mobilisation le 10 septembre contre « une énième réforme des retraites ». Elle a été rejointe par FO, Jean-Claude Mailly estimantque « les pistes du rapport Moreau sont lourdes, écrasantes » et qu’ « elles ne sont pas acceptables ». Le calendrier semble en effet assez serré. Après de nouvelles réunions entre le Premier ministre et les partenaires sociaux les 26 et 28 août, François Hollande et Jean-Marc Ayrault devraient trancher. Le projet de loi doit être transmis pour avis aux caisses de la Sécurité sociale et au Conseil d'État au plus tard 11 jours avant sa présentation en conseil des ministres (18 septembre). Il sera ensuite présenté au Parlement au début de la session ordinaire, qui débutera le 1er octobre. S’il est voté, l’impact financier pourrait être estimé pour les projets de loi de finances et de financement de la Sécurité sociale (PLF et PLFSS) dont l'examen commencera les 15 et 22 octobre.

Conclusion
Le système de retraite par répartition français, à bout de souffle, va donc subir une nouvelle réforme a minima. Les pistes évoquées ne sont que des rustines qui, sans même permettre d’équilibrer le régime, vont tenter de ralentir la vitesse d’aggravation de son déficit. Malheureusement, elles vont aussi peser sur le pouvoir d’achat des Français et augmenter le coût du travail (et donc le chômage). Cette réforme, qui devrait se constituer d’un panachage des différentes pistes évoquées dans cet article, ne sera donc pas pérenne, malgré les incantations de François Hollande qui voulait une « réforme durable », et ne pas « faire comme [ses] prédécesseurs et laisser des ardoises aux autres ». Enfin, le tabou de la retraite individuelle par capitalisation, à laquelle les Français sont de plus en plus favorables, n’a pas encore sauté alors qu’elle devrait être introduite dès que possible.