Son étonnant silence sur la politique sécuritaire, redevenue durant l'été le cheval de bataille de Nicolas Sarkozy, avait relancé les spéculations sur son départ lors du remaniement prévu par l'Elysée. Finalement, François Fillon est sorti de son silence mardi... par l'intermédiaire d'un communiqué. En proie aux critiques de la gauche,
mais aussi au malaise dans son propre camp au sujet de la politique sécuritaire de son gouvernement, le Premier ministre François Fillon a tenté d'apaiser les esprits.
A l'issue d'une réunion à Matignon sur le thème des Roms, le chef du gouvernement a indiqué que «la lutte contre l'immigration irrégulière ne doit pas être instrumentalisée de part et d'autre. La tradition humaniste de la France va de pair avec le respect de ses lois par tous ceux qui se trouvent sur son territoire».
Brice Hortefeux (Intérieur), Eric Besson (Immigration), Pierre Lellouche (Affaires européennes) assistaient à cette réunion ainsi que le directeur de cabinet de Michèle Alliot-Marie (Justice).
Il est «du devoir de l'Etat d'assurer le respect de la légalité républicaine», insiste encore François Fillon qui rappelle que «les actions entreprises cet été sont conformes à la législation française et européenne. La très grande majorité des reconduites dans les pays d'origine sont volontaires». Un peu plus tôt mardi, l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin avait réclamé une intervention du chef de la majorité pour corriger une «dérive droitière» du gouvernement. Raffarin a notamment appelé Fillon à «prendre la parole pour expliquer les valeurs d'équilibre d'une majorité qui doit avancer avec son cerveau droit mais aussi son cerveau gauche» !
Critiques jusqu'au Conseil de l'Europe
La déclaration du François Fillon intervient alors même que le Conseil de l'Europe a dénoncé mardi «une évolution particulièrement négative» de la France sur ce sujet. La commission européenne contre le racisme et l'intolérance (Ecri) est ainsi «profondément préoccupée» par le traitement envers les Roms migrants en France et «exprime sa déception face à cette évolution » selon un communiqué publié à Strasbourg.
La critique a provoqué une réaction rapide du chef du gouvernement. François Fillon saisira mercredi le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, sur la question des Roms, en vue d'«approfondir la coordination» avec Bucarest et Sofia et «d'accentuer les initiatives dans le cadre européen».
mardi 24 août 2010
Fillon : l'immigration irrégulière ne doit pas être «instrumentalisée»
"Il faut retrouver notre unité dans les valeurs de la République"
Le débat sur la sécurité qui agite actuellement notre pays ne peut qu'inquiéter tous ceux qui ont un profond attachement pour la France. Aujourd'hui, plus que jamais, nous devons veiller à protéger les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité qui sont le fondement même de notre République et le ciment de notre pays.
La première valeur dont il nous faut restaurer le sens, c'est la liberté.
Dans ce nécessaire débat qui a surgi au cours de l'été, il ne faut pas perdre de vue que la sécurité doit constituer, pour tous, la première des libertés. Nous ne pouvons faire l'économie de nouvelles solutions pour faire face à l'insécurité croissante en France. Notre objectif premier doit être de restaurer sur l'ensemble du territoire la sécurité à laquelle chacun a le droit.
Sur ces questions qui sont pourtant une des premières préoccupations des Français, l'opposition socialiste, engluée dans un conservatisme et des tabous idéologiques d'un autre âge, s'exprime peu et ne propose rien… et je le regrette! Force est de constater que Daniel Cohn-Bendit, en expliquant que l'Europe doit savoir ouvrir ou fermer ses portes, a plus conscience des problèmes posés par les questions de sécurité et d'immigration que ses amis socialistes. Ces derniers feraient bien de regarder autour d'eux : ils verraient comment l'Espagne contrôle l'immigration et comment l'Allemagne et l'Angleterre ont pris des mesures drastiques en matière de sécurité et de responsabilisation des familles.
La deuxième valeur sur laquelle nous devons nous interroger à la lueur de notre actualité, c'est l'égalité. La France est un pays qui donne des chances à tous, tout au long de la vie, qui accueille tout le monde à l'école, qui ne fait pas de ségrégation, qui ne compartimente pas, qui n'attise ni la haine ni les jalousies. Je peux en témoigner : pour les enfants de l'immigration, l'égalité est le vecteur et la finalité d'une intégration réussie.
Cessons de stigmatiser tous ces "Français de la diversité" comme des "enfants de l'immigration" et de les cantonner à des fonctions ou à des quotas qui les renvoient systématiquement à des origines ou des pays qu'ils ne connaissent pas.
C'est cela l'égalité à laquelle chacun doit pouvoir prétendre. Nous partageons les mêmes valeurs et le même amour pour la France. Et c'est cela qui nous unit, c'est cela la traduction concrète de la fraternité républicaine. La fraternité, c'est refuser avec la même vigueur tous les replis communautaristes et tous les comportements qui viseraient à isoler une catégorie de la population. La France n'est jamais aussi grande et forte que lorsqu'elle se montre unie, au-delà des territoires, au-delà des religions, ou des origines. Cette unité est un bien précieux que nous devons préserver.
CESSONS DONC D'OPPOSER LES FRANÇAIS LES UNS AUX AUTRES
A ce titre, le tournant pris dans le débat qui a suivi la proposition du président de la République concernant l'extension de la déchéance de la nationalité française, est regrettable.
Cette proposition prévoit une extension très encadrée d'une situation qui existe déjà dans notre droit, en s'assurant du respect des conventions internationales. Cette proposition a la vertu, par ailleurs, de nous rappeler que devenir Français n'est pas un acte anodin, et de redonner tout leur sens aux valeurs républicaines que nous avons tous en partage.
Ce n'est donc pas cette proposition mais le débat qui s'en est suivi qui n'a pas été sain : je songe en particulier à son instrumentalisation par ceux qui, pour satisfaire leurs ambitions politiques, veulent catégoriser les Français au mépris de la fraternité. Je regrette que certains aient pu se laisser aller à un amalgame entre immigration et délinquance.
Tous les immigrés et les enfants d'immigrés ne sont pas des délinquants potentiels. Nous sommes nombreux à savoir parfaitement, du fait de nos origines, ce que signifie intégrer la nationalité française. C'est une adhésion forte qui ne nous fait oublier aucune racine, mais ces racines sont un jardin qui n'appartient qu'à nous. C'est en tant que Française et sans complexe que je dis qu'il peut y avoir de la délinquance par défaut d'intégration, et que le crime n'a pas de couleur. Cessons donc d'opposer les Français les uns aux autres, au profit d'un meilleur vivre ensemble !
Notre défi aujourd'hui, en tant que responsables politiques, c'est de contribuer à créer un nouveau climat d'apaisement pour que tous les Français soient de nouveau totalement en phase avec les valeurs fondamentales de notre République.
La République, ce n'est ni l'angélisme ni l'immobilisme, et encore moins le rejet de l'autre. Ceux qui mettent en doute, depuis des années, la nécessité de défendre notre héritage républicain, à la fois complexe et glorieux, n'ont pas rendu service à la France. Ce dénigrement a fait des dégâts qu'il sera difficile de rattraper.
Ce n'est pas un hasard si le Parti socialiste a vu partir ses plus ardents défenseurs de la République, de Max Gallo à Jean-Pierre Chevènement. Les enfants de l'immigration veulent au contraire qu'on leur montre que l'adhésion aux valeurs de la République est un honneur inestimable.
Rachida Dati, députée européenne, maire du 7e arrondissement de Paris
Quand l'environnement guide le destin de cellules souches
Des chercheurs suisses et britanniques ont produit de la peau en transformant, sans manipuler leurs gènes, des cellules souches provenant du thymus de rat. Dans un article publié mercredi 18 août dans la revue Nature, l'équipe du professeur Yann Barrandon (Ecole polytechnique fédérale et CHU de Lausanne) rapporte y être parvenue en plaçant des cellules thymiques dans un micro-environnement de cellules cutanées. Ces travaux, soutenus financièrement par la Commission européenne, ouvrent des perspectives en termes de régénération d'organes.
Le thymus joue un rôle majeur dans la construction des défenses immunitaires, à partir de ses cellules épithéliales. Ces dernières sont organisées en un réseau tridimensionnel complexe, sensiblement différent des épithéliums classiques, comme celui de la peau. L'équipe helvéto-britannique a d'abord mis en culture des cellules thymiques épithéliales de rat. Puis elle a transplanté ces cellules chez un rat dans de la peau en développement.
Les cellules thymiques se sont alors transformées de manière irréversible en cellules cutanées, sans qu'il ait été nécessaire d'introduire des gènes contrôlant le destin cellulaire. Cette dernière technique, développée par le Japonais Shinya Yamanaka, est employée pour produire des cellules souches en reprogrammant des cellules adultes (cellules à pluripotence induite dites "iPS"). Mais elle a l'inconvénient de risquer d'induire des tumeurs - un risque qu'il faudra aussi évaluer dans la méthode de l'équipe helvéto-britannique.
Dans l'étude de cette dernière, la transformation des cellules thymiques en cellules de peau résulte de la seule action de l'environnement dans lequel elles ont été placées. Cette transplantation a provoqué d'importants changements dans l'expression des gènes des cellules thymiques.
APTITUDE ÉVOLUTIVE
Les cellules cutanées ainsi obtenues ont de nouveau été mise en culture puis transplantées chez un rat où elles ont effectivement produit une peau normale, avec des cellules épidermiques, des follicules pileux et des glandes sébacées. Il est à noter que la capacité des cellules thymiques épithéliales à se transformer en cellules cutanées est présente chez des cellules aussi bien embryonnaires que chez celles que Yann Barrandon et ses collègues ont prélevées après la naissance des rats.
Selon les auteurs, cette aptitude évolutive pourrait découler d'un programme de stratification gouvernant l'organisation des cellules. La détermination de l'orientation vers un type cutané "est indépendante de l'origine de la lignée germinale primitive". De plus, les cellules épithéliales du thymus pourraient améliorer leur capacité à devenir des cellules souches de peau multipotente "après reprogrammation micro-environnementale".
L'une des questions soulevées par ce travail est de savoir si les cellules épithéliales du thymus pourraient être orientées différemment dans un environnement autre que celui de cellules de peau.
Paul Benkimoun
Coup d'arrêt à la recherche sur les cellules souches aux Etats-Unis
Un juge fédéral américain a suspendu lundi, dans une procédure en référé, le financement par des fonds fédéraux de la recherche sur les cellules souches embryonnaires, que le président Obama avait autorisé. Pour le juge Royce Lamberth, la recherche sur des cellules souches embryonnaires "est une recherche au cours de laquelle des embryons sont détruits" et les associations chrétiennes qui avaient porté plainte "ont démontré qu'elles avaient des chances de gagner sur le fond".
Le président Obama avait signé
le 9 mars 2009 un décret autorisant le financement fédéral de la recherche sur les cellules souches embryonnaires, très prometteuses pour guérir ou traiter des maladies. Par ce geste, il était revenu sur huit ans de politique de son prédécesseur, George W. Bush, qui avait interdit le financement de la recherche sur les cellules souches embryonnaires par des fonds fédéraux. Les cellules souches constituent le meilleur espoir de la médecine régénératrice pour des pathologies comme le diabète, la maladie de Parkinson ou la paralysie des blessés de la mœlle épinière.
Retraites: FO en marge
A l'issue d'une réunion organisée lundi, les syndicats français ont renouvelé leur appel à "faire du 7 septembre prochain une journée massive de grèves et de manifestations" contre le projet de réforme des retraites défendu par le gouvernement. Seule FO n'a pas signé cet appel, regrettant que le texte ne demande pas le retrait du projet.
Le 7 septembre prochain, jour du début de l'examen à l'Assemblée nationale du projet de loi sur la réforme des retraites, il y aura bien une grève générale. Réunis à Paris lundi au siège de la FSU, les syndicats ont appelé à faire de cette date "une journée de grèves et de manifestations" contre le projet de réforme, dont
le gouvernement exclut de changer les grandes lignes. La CFDT, la CFTC, la CFE-CGC, la CGT, la FSU, Solidaires et l'UNSA ont paraphé cet appel.
Seule Force ouvrière se distingue, une fois encore. Si elle appelle bien à la mobilisation générale le 7 septembre prochain - alors qu'elle ne l'avait pas fait le 24 juin dernier -, la centrale syndicale a refusé de signer le texte, arguant que n'y figurait pas la demande explicite de retrait du projet de réforme. FO "regrette que cette revendication n'ait pas été retenue par les autres organisations syndicales car elle a le mérite de la clarté", a justifié son secrétaire général Jean-Claude Mailly dans un communiqué. Les autres syndicats, eux, s'en expliquent. "On refuse de polariser la mobilisation exclusivement sur la question du retrait du projet de loi: ça ne suffira pas à trouver des solutions aux problèmes des retraites", a ainsi déclaré la responsable CGT Nadine Prigent.
Une forte mobilisation espérée
Les syndicats espèrent que la mobilisation sera au rendez-vous. "L'enjeu est d'obtenir un autre contenu pour une autre réforme des retraites (…) La CFDT fera le maximum pour que la journée du 7 septembre soit une très forte journée de mobilisation", a commenté Marcel Grignard.
Les centrales sont optimistes, eu égard aux dernières mobilisations – deux millions de personnes selon les syndicats le 24 juin dernier ; 800.000 selon le ministère de l'Intérieur. "Cette mobilisation, elle prend", a ainsi estimé Annick Coupé, du syndicat Solidaires. La responsable syndicale a souligné le caractère "inédit" de cette rentrée sociale. "Le gouvernement est englué dans des affaires, je pense que la crédibilité du gouvernement sur la justice sociale est quand même un peu mal en point", a-t-elle déclaré. Dès le lendemain des manifestations du 7 septembre, l'intersyndicale a prévu de se réunir pour analyser la situation et décider des suites à donner au mouvement de protestation.
Reconquiert-on le peuple par le populisme? C’est la question de cette rentrée après un été marqué par une surenchère dans le discours sécuritaire.
Il fallait faire oublier l’affaire Bettencourt et la désastreuse image de caste qu’elle a laissée, avant une réforme des retraites que l’opinion peine à trouver juste. Brice Hortefeux est enfin entré dans les habits du "premier flic de France".
Dans la lignée du discours présidentiel de Grenoble, il s’attaque à des zones de non-droit. Il mène le combat contre des formes de délinquance insupportables aux plus faibles. Devait-il pour autant stigmatiser la "gauche milliardaire", Saint-Germain des Prés et les "bien-pensants"? Fallait-il que ministres et parlementaires désireux de se faire bien voir disputent le concours Lépine de l’arsenal sécuritaire?
Il est dangereux de laisser déraper les discours de ses fidèles. Nicolas Sarkozy est devenu président de la République en canalisant les pulsions extrêmes sans jamais les légitimer. Mais courir après le peuple peut le couper de catégories sociales qui constituent son socle dans l’opinion, comme le montre notre baromètre Ifop. Tel le fil d’un arc, le lien avec le peuple peut se tendre. Qu’il rompe, les scénarios les plus improbables deviennent possibles.
Olivier Jay
Cette fois, c'est l'artillerie lourde, même sans divisions. Le pape ! Comme il fallait s'y attendre, le débat sur l'expulsion des Roms dérive chaque jour un peu plus vers le scandale. Voilà le gouvernement piégé, bien obligé d'écouter les remontrances à peine voilées du chef de l'Église catholique. Le voilà contraint à prendre en pleine figure la médaille du mérite d'un prêtre en colère au profil d'abbé Pierre qui souhaite que le cœur de Nicolas Sarkozy fasse boum, comme dirait Trénet, avant de se reprendre. Voilà un ministre qui invoque la loi de 1905 et la séparation des églises et de l'État pour dénier aux responsables religieux la liberté d'émettre un avis sur un fait politique au mépris même de l'esprit de la laïcité à la française. Un désastre. Et pas seulement politique : intellectuel et moral, aussi.
François Fillon, lui, a pris bien soin de se tenir à l'écart de ce dossier pourri. A-t-il pensé que l'été sécurité, c'était une mauvaise idée ? Sans doute. Lui aurait sans doute préféré que l'Élysée resta concentré sur l'essentiel : l'économie, la réduction des déficits, la réforme des retraites...
L'offensive menée par les deux porte-flingues de Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux et Christian Estrosi, a dû sembler aussi vulgaire qu'encombrante à ce gaulliste social. Depuis 2007, il en a avalé des couleuvres, et bravement, mais il a manifestement refusé de digérer celle-là. Il n'a pas dit mot, ou presque, et à aucun moment n'a repris au compte de l'action gouvernementale les initiatives musclées du ministre de l'Intérieur et du ministre-maire de Nice.
Les vacances en Italie ont eu du bon. Ah, que la barrière des Alpes fut secourable. Le Premier ministre a mis son âme à l'abri au soleil de Toscane, heureux de ne pas risquer de se salir les mains pour rien. S'il n'est pas reconduit à l'automne, il aura au moins sauvé sa réputation, et son image.
Seule inquiétude : l'hypothèse de son départ - quasiment certain fin juillet - est remis en question par les bons sondages dont il est crédité en cette fin août. Le président hésiterait désormais à se séparer de ce chef de gouvernement plus populaire que prévu pour le remplacer par une MAM à l'avenir médiatique plus incertain. Le choix de le maintenir finalement à son poste ne serait pas forcément un cadeau bienvenu. Il obligerait François Fillon à endosser une orientation dure qui est étrangère à son tempérament comme à ses convictions. Jusque-là, Matignon n'a pas été l'enfer qu'on lui promettait. Si on ne le laisse pas en partir, il pourrait bien le devenir.
« Les lumières du Nord. » C'était le titre d'une exposition, il y a quelques années, sur les chefs-d'oeuvre de la peinture scandinave. C'est peut-être également ce dont l'Europe a besoin : un modèle politique, économique et social sinon éthique, face à la compétition grandissante des nouvelles puissances.
L'avantage comparatif de l'Europe dans le monde n'est certainement pas d'ordre démographique. En 2050, nous ne serons guère plus de 6 % de la population mondiale. Nous ne pouvons pas compter non plus sur notre supériorité militaire. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, notre sécurité dépend très largement de notre allié américain. Et sur le plan économique, nous accumulons des dettes au moment où l'Asie affiche des taux de croissance impressionnants.
Le seul espoir pour l'Europe est de devenir une « niche d'excellence », un continent que l'on respecte et qui continue de séduire par son « essence » plus que par ses « performances ». Si nous pouvons encore « faire la différence », c'est dans le domaine des idées et des idéaux. Et sur ce plan, une partie de l'Europe l'emporte clairement : l'Europe du Nord.
Bien sûr, il existe des mouvements d'extrême droite xénophobe au Danemark. La Suède n'est plus aussi ouverte aux immigrants qu'elle a pu l'être... Et pourtant, il existe une « modernité » dans les pays scandinaves, qui pourrait servir d'exemple. Le pouvoir y est modeste, et généralement honnête. La rigueur et la simplicité sont communément pratiquées. Les femmes jouent un rôle majeur dans la société depuis longtemps. Le capitalisme a pris une forme plus humaine, sinon plus morale à travers des formes variées de social-démocratie. Les écarts de richesse entre les citoyens sont moins grands, et donc plus acceptables. Enfin, le respect à l'égard des immigrants est normal.
Vu du Sud, ce Nord présente une image particulière. Ce sont de petits pays, par la population sinon par la géographie ; le climat y est froid et rigoureux, les valeurs puritaines... Autrement dit, « ce n'est pas pour nous », nous pour qui la politique est un jeu et le pouvoir une drogue, et le sentiment de supériorité sur les autres, souvent un réflexe.
Mais avant de rejeter un éventuel « modèle » scandinave, il convient de jeter un regard lucide sur l'évolution du monde. Nous ne pouvons parler de démocratie, d'État de droit, de respect des droits de l'homme, d'équilibre relatif entre les classes sociales, de protection des plus pauvres, face à la brutalité des rapports sociaux en Chine et en Inde et à l'omniprésence de la corruption, que si nous pratiquons avec rigueur, chez nous, ce que nous prêchons pour les autres.
Pour réconcilier l'Europe avec ses citoyens, il faut d'abord réhabiliter la politique aux yeux des citoyens. Cela ne passe pas par des dérives populistes et démagogiques. Cela passe par la rigueur morale, plus encore qu'économique, et le respect de soi-même et de ses principes. Pour faire face au vent d'Est et à ses propres dérives, le vent d'Ouest a besoin du vent du Nord.
MAYFAIR, paradis londonien pour milliardaires
Délimité par Oxford Street, Piccadilly, Hyde Park et Regent's Street, le quartier est devenu le pied-à-terre britannique de l'élite argentée du monde. Un phénomène accentué par la multiplication des fortunes dans les pays émergents. Les « hedge funds » s'installent dans le sillage des riches riverains.
Robin Birley traverse les pièces
délabrées d'un pâté de maisons qu'il a racheté près de Shepherd Market. Nous sommes en plein Mayfair, ce quartier historique de Londres, où le passant lèche les vitrines des galeries d'art, des vendeurs de yachts ou de Ben-tley, en croisant sans le savoir milliardaires russes, saoudiens ou le gratin des « hedge funds » basés en Europe. Robin est le fils de Mark Birley, l'Anglais qui a monté à Londres en 1963 Annabel's, le seul night-club où la reine soit jamais sortie, où les Beatles furent les premiers, et pendant longtemps les seuls, autorisés à ne pas porter de cravate. Elégant, affable, un cigare à la main - « Lucy, voulez-vous amener un bon cigare à Charlie ? », demande-t-il sur son BlackBerry à l'intention de Charlie Methven, son agent tiré à quatre épingles -, il explique qu'il veut ouvrir son propre club à la fin de l'année prochaine.
Le nom n'est pas définitivement choisi. Peut-être « Rupert's », en hommage à son frère disparu dans une rivière du Togo. Ou « Loulou », en référence à sa cousine Loulou de la Falaise, qui fut une muse d'Yves Saint Laurent. « Elle est tellement glamour ! », s'enthousiasme-t-il. En 2007, les déchirements de la famille avaient conduit à la vente d'Annabel's. Aujourd'hui, Robin Birley aimerait que son clan règne à nouveau sur la vie sociale de Mayfair. En modernisant la formule de son père. « La clientèle sera 100 % internationale, sinon, ce n'est pas viable économiquement, explique-t-il. Ce sera un club anglais parce que c'est ce qu'aiment les nombreux étrangers de Londres, mais les Anglais représenteront moins de la moitié de la population. » Tout un symbole…
Les Anglais devenus minoritaires
Pour Paul Morand, dont le magnifique portrait de Londres, en 1933, fut un best-seller, Mayfair était « moins un quartier qu'une manière d'être, une façon d'envisager la vie, de savoir tenir son parapluie à la main toute l'année, de ne pas reconnaître quelqu'un qui ne vous a été présenté que quatre ou cinq fois, de garder son chapeau melon jusqu'en juillet, après le match d'Eton contre Harrow, d'avoir l'accent d'Oxford et de ne pas terminer ses phrases. » Délimité par Oxford Street, Piccadilly, Hyde Park et Regent's Street, le quartier est toujours, aujourd'hui, une façon bien particulière « d'envisager la vie ». En se vêtant de préférence des plus grandes marques internationales, en garant en double file, devant la boutique Prada, sa Lamborghini immatriculée au Qatar ou à Dubaï, et transportée par avion-cargo pour quelques jours. Ou encore en occupant quelques semaines par an sa luxueuse maison payée 20 millions de livres, gagnées à la faveur de quelques privatisations russes… Sur Bond Street, l'avenue Montaigne de Londres, Morand ne verrait plus de devantures où sont exposés « des jambons de haute époque, vieux Yorkshire ou Suffolk, noirs ou ambrés comme des stradivarius ». Même si on peut encore admirer des faisans pendus par le cou, sur Mount Street, dans la vitrine du vieux boucher Allens…
Le décor de Mayfair reste parfaitement anglais, tout comme une partie de ses moeurs. Mais les Anglais sont devenus une minorité et ce quartier est devenu le pied-à-terre britannique de l'élite argentée du monde. Comme Monaco peut l'être dans le sud de la France. Les résidents le disent : ici, tout a changé à partir des années 1980 et 1990. « Mayfair a toujours attiré les anglophiles du monde entier, explique Charlie Methven. Mais les étrangers d'aujourd'hui vivent à côté des autochtones, sans forcément chercher à les rencontrer », poursuit-il. Un phénomène qui s'est clairement accentué avec l'accélération de la mondialisation et la multiplication des fortunes dans les pays émergents. La mutation se poursuit aujourd'hui à grande vitesse. En dépit de la crise financière, les agents immobiliers rapportent tous que les fortunes du monde émergent se ruent -en payant cash -sur l'immobilier de luxe de Londres, comme sur celui de New York et d'ailleurs. « Le quartier a retenu sa respiration pendant trois mois au premier trimestre 2009, après la crise de Lehman Brothers, c'est tout », raconte un Français qui a créé son « hedge fund » et l'a basé à Mayfair. Difficile de dire si les Britanniques nourrissent du ressentiment vis-à-vis de cette haute société étrangère qui acquiert leurs plus beaux hôtels particuliers et même leurs territoires de chasse, à la campagne. « Les Anglais aiment faire affaire avec elle, mais, socialement, c'est une autre histoire… », constate Marianne Scordel, dont le bureau Bougeville conseille les « hedge funds » à Londres.
Aussi irréel que soit ce quartier, Mayfair est administré comme tous les autres « boroughs » (bourgs) de Londres. Il est rattaché à Westminster. Un de ses représentants, Jonathan Glanz, promène sur ce petit paradis pour milliardaires un regard amusé par la diversité de la population… et des problèmes à régler, de la simple fuite d'eau aux projets immobiliers pouvant atteindre plusieurs centaines de millions de livres. « Dans tout Westminster, en gros le centre de Londres, plus de 55 % des résidents sont nés à l'étranger, note Jonathan Glanz. Ici, la proportion est encore plus élevée : dès que quelqu'un fait fortune quelque part dans le monde, il veut s'offrir une résidence à Mayfair où il se sentira libre de dépenser son argent avec des gens qui lui ressemblent. » Il y a environ 2.500 inscrits sur les registres électoraux, soit une population résidente de 6.000 personnes, « en comptant les enfants et les domestiques » des Philippines ou d'ailleurs, qui ne peuvent voter. Si, dans la journée, le quartier vibre de 100.000 personnes qui viennent y travailler -dans les commerces, les « hedge funds » mais également les sièges sociaux des grandes entreprises qui étaient là avant eux, comme l'éditeur de magazines américain Condé Nast ou la multinationale de la bière SABMiller -la petite taille de la population se ressent le soir. La plupart des rues se vident, les immeubles s'éteignent en fin d'après-midi et ne brillent qu'aux vitrines qui décorent leurs rez-de-chaussée. Mayfair fait semblant de dormir…
Extravagances immobilières
L'extravagance est courante en matière immobilière, même si le quartier appartient formellement aux deux tiers à Grosvenor Estate, la société du duc de Westminster, une bizarrerie du marché immobilier anglais qui disparaît petit à petit. Il reste quelques institutions austères comme la secrète résidence Albany, un havre de célibataires qui a abrité le poète lord Byron, le très important Premier ministre William Gladstone ou, dans les années 1960, l'acteur Terence Stamp. Dans les couloirs de cette bâtisse entre Piccadilly et Saville Row qui n'accueille les femmes qu'avec réserve, on se croirait dans un lycée en France. Mais les grandes fortunes d'aujourd'hui ne résistent plus au confort moderne. « Je me suis aperçu en allant à un rendez-vous que toutes les maisons d'une rue au nord de Berkeley Square avaient chacune leur piscine en sous-sol », raconte un autre gérant de « hedge fund » français. Aucun doute possible : si un fonds du Qatar rachète comme prévu l'immeuble moderniste de l'ambassade des Etats-Unis sur Grosvenor Square pour le transformer en hôtel, le décor sera soigné. Comme devrait l'être celui du centre commercial racheté par le même émirat en face de Selfridge's, le Bon Marché londonien, sur Oxford Street.
Le plus saugrenu dans le microcosme de Mayfair est peut-être la présence de logements sociaux, dont les habitants -ironie du sort -sont bombardés de prospectus leur proposant de devenir titulaires de la carte Platinum d'American Express. Près de la résidence où le couturier Alexander McQueen vient de se suicider, Jonathan Glanz tend son bras vers deux immeubles identiques, au bord de la centrale électrique du quartier, magnifiquement masquée par une terrasse en brique. « D'un côté, un deux-pièces vaut 1 million de livres, de l'autre, ces mêmes appartements sont loués pour 80 livres par semaine », fait-il observer. Pas évident, pour ces bénéficiaires de prestations sociales, de faire leurs courses quand le moindre vendeur de vins propose des crus à 20.000 livres.
La richesse des riverains fait partie des raisons pour lesquelles les « hedge funds », ces fonds censés être plus rusés dans leurs investissements que les sicav pour simples salariés, se sont installés à Mayfair. Ce gérant ne s'en cache pas : « Entre mon bureau et le Ritz où logent mes clients, il y a Bond Street, où leurs compagnes claquent leur argent pendant que je suis en rendez-vous avec eux », explique-t-il. Pour être crédible auprès de cette clientèle, les « hedge funds » qui se lancent louent parfois le décor de leurs bureaux. Cela leur permet d'afficher des oeuvres d'art. « Cela veut dire que vous êtes assez riches et "successful" pour devoir défiscaliser », décode un financier. Les « hedge funders » se reconnaissent dans les rues, où ils se croisent lorsqu'ils marchent vers leurs rendez-vous dans les grands hôtels alentour. Ils peuvent également tomber sur les dirigeants des grandes entreprises qui enchaînent les rendez-vous dans Mayfair, après s'être rodés la veille dans la City auprès des gérants de fonds classiques, pas assez « sophisticated » pour les financiers de haut vol de Mayfair…
Un lieu idéal pour coureurs d'aventures
Mais le quartier vit aussi la nuit. Un homme, Richard Caring, symbolise à lui seul le Mayfair « by night ». Du Caprice au Ivy, en passant par Scott's et le Harry's Bar, devant lequel la mairie a installé, à son grand désarroi, une station du très récent Vélib' londonien, celui qui s'est lancé dans la haute société en 2005 en organisant un gigantesque bal costumé à Saint-Pétersbourg pour une association de charité étend son empire de semaine en semaine. C'est lui qui a acheté Annabel's aux Birley. A sa façon, Richard Caring profite à plein de l'internationalisation de Mayfair, mais en sens inverse : car tous ces restaurants typiques de Londres, il souhaite désormais en décliner les enseignes à Dubaï, à Los Angeles, à Hong Kong… Pour l'anecdote, un autre restaurant témoigne du pouvoir d'attraction de Mayfair. Il s'agit de The Square. C'est là qu'aurait atterri la cave de Vivendi, le groupe français forcé de vendre des actifs au moment de sa déconfiture.
Tout cet argent ne peut qu'attirer les coureurs d'aventures du monde entier. La prostitution n'est pas rare à Mayfair, pour utiliser un « understatement » à l'anglaise. « Il y a encore quinze bordels autour de Shepherd Market, ce recoin populaire du quartier, et pas chers ! s'amuse Robin Birley en montrant les immeubles qui entourent son futur club. Une rue plus haut, les loyers sont gigantesques : j'adore le contraste avec le côté délabré de ce coin. » Les frontières sont parfois plus floues. « Vous vous retrouvez dans un night-club très chic avec une grande fille blonde dansant à vos côtés et vous vous demandez : "Tiens, est-ce que c'est mon nouvel après-rasage ?" », plaisante un « hedge funder ». L'aventure des affaires en général en a saisi plus d'un dans ce quartier, et tout le monde ne fait pas fortune. « Cette maison, aujourd'hui en vente pour 30 millions de livres malgré son état calamiteux, était possédée par un homme d'affaires qui ne pouvait jamais se tromper dès qu'il reniflait une affaire, raconte Jonathan Glanz. Jusqu'à ce qu'il tente d'avaler plus qu'il ne pouvait mâcher et se retrouve en faillite. Cela arrive tous les jours à Mayfair. » Et on se dit, finalement, que le quartier n'a pas tant changé que cela : « Les potins de sociétés, l'envie mondaine, la beauté considérée comme monnaie d'échange, le mariage riche, les chansons à boire autour du bol de punch, l'héritage dissipé d'un oncle mort aux Indes, tout cela c'est Mayfair, écrivait Morand ; Mayfair est encore habité par tous les "messieurs Surface" ».
NICOLAS MADELAINE
Les traditionnelles universités d'été du PS vont s'ouvrir à La Rochelle. Ce seront les dernières où l'on pourra encore réfléchir à la stratégie présidentielle. Car l'an prochain à la même date, la bagarre pour l'élection de 2012 sera lancée et il sera trop tard pour faire des plans sur la comète. C'est maintenant qu'il faut choisir, non pas le candidat ou la candidate, mais le ou les terrains sur lesquels la gauche va livrer bataille.
Or le discours de Nicolas Sarkozy à Grenoble place les socialistes devant un dilemme fondamental. Il est clair, en effet, que par ce discours orageux sur l'insécurité, le président Sarkozy a choisi le terrain sur lequel le candidat Sarkozy compte se battre et l'emporter à nouveau. De son point de vue, on le comprend. La crise économique lui interdit d'espérer récolter le fruit de son slogan de 2007, « travailler plus pour gagner plus » et l'encéphalogramme plat du projet européen le bride dans son désir de jouer le d'Artagnan de l'Union comme il en eut un instant l'opportunité lors de la crise géorgienne. L'économique, le social et l'international étant sous l'éteignoir, reste le thème de l'insécurité.
Le choix des armes étant fait à droite, que peut décider la gauche ? Elle peut choisir de refuser le terrain de l'insécurité en considérant que ce thème serait culturellement de droite et que ses errements passés seraient insurmontables en dix-huit mois. Dans cette hypothèse, elle se battrait exclusivement sur le terrain économique et social, laissant Sarkozy dans un tête-à-tête risqué avec le Front national sur le terrain sécuritaire.
La seconde hypothèse pour la gauche serait d'estimer qu'il n'est pas possible de laisser son adversaire soliloquer sur un sujet auquel sa base populaire est aussi sensible. Dans ce cas, il lui faudra construire un discours fort et homogène alors que l'on n'a entendu jusqu'à présent que des propos faibles et disparates. La tâche sera donc rude. Mais avant de s'y livrer, il faut choisir l'une des deux composantes du dilemme. De la pertinence de ce choix dépendra largement l'issue de la présidentielle.
L'idée ne va pas de soi : les Français sont de mieux en mieux logés. Les logements sont plus récents. Un ménage sur neuf vit dans une maison ou un appartement de moins de dix ans. Ils sont aussi plus grands. En vingt ans, la superficie moyenne par habitant a progressé d'un tiers pour atteindre 36 mètres carrés - et la progression se retrouve aussi dans le logement social. Et ils n'ont jamais été aussi confortables. En trente ans, la proportion de Français s'estimant mal logés a diminué de moitié, pour tomber à 6 %.
Et pourtant, il y a un malaise, qui engendre régulièrement des poussées de misérabilisme. Il manque en France des centaines de milliers de logements - plus d'un million, selon certains experts. Et il y a aussi des centaines de milliers de logements vacants. Entre les deux, il n'y a pas seulement l'égoïsme de quelques propriétaires refusant de louer leur bien pour d'obscures raisons, il y a surtout une inadéquation entre l'offre et la demande. Les toits disponibles sont le plus souvent à la campagne. Et les locataires cherchent un toit en ville, là où il y a du travail et des transports. Autour de Paris, un logement sur quatre est surpeuplé.
Il est bien sûr possible d'accuser un marché qui serait incapable d'ajuster l'offre à la demande. En l'occurrence, c'est la responsabilité des pouvoirs publics qui est d'abord engagée. Car la construction de logements bute en France sur un effroyable blocage foncier. Rien, ou presque rien, n'est fait pour libérer des terrains en ville. Il est certes beaucoup plus facile de transformer d'un trait de plume des champs en terrains à bâtir en région rurale. Ou d'entretenir des niches fiscales qui poussent à construire des immeubles au petit bonheur la chance sans guère se soucier de leur utilité. Mais une vraie politique du logement consisterait à détecter les besoins à long terme, à définir les moyens de les satisfaire puis à prendre des mesures incitant collectivités locales, constructeurs, propriétaires et ménages à aller dans la bonne direction.
L'incapacité de l'Etat à jouer son rôle d'aiguillon à long terme se retrouve dans un domaine très différent où l'on peut déplorer exactement la même inadéquation entre l'offre et la demande : l'enseignement supérieur. La machine universitaire produit chaque année des dizaines de milliers de diplômés sans la moindre perspective d'emploi, tandis que des entreprises ne trouvent pas les compétences nécessaires à leur développement. Pour le logement comme pour l'université, la solution est la même : elle passe par un Etat stratège.
Eoliennes en mer : plus de 15 millards d'euros d'investissements en vue
L'Etat se prépare à lancer en septembre un appel d'offres de 3.000 mégawatts pour implanter des éoliennes au large des côtes françaises. Zones concernées : les Pays de la Loire, le nord de la Bretagne, le Languedoc-Roussillon et la Normandie. Le projet pourrait nécessiter de 15 à 20 milliards d'euros d'investissements.
En France, les acteurs de l'éolien offshore sont
sur le pied de guerre. Le gouvernement doit en effet lancer dès cette rentrée un gigantesque appel d'offres pour implanter des éoliennes au large des côtes françaises. Un appel d'offres de taille puisqu'il portera sur une puissance d'au moins 3.000 mégawatts soit l'équivalent de deux réacteurs nucléaires EPR.
Egalement hautement stratégique, cet appel d'offres doit non seulement permettre la mise en place de nouveaux équipements fournissant de l'électricité mais aussi contribuer à donner naissance à une véritable filière industrielle en France dans ce secteur. Sa réalisation nécessitera un volume d'investissements de 15 à 20 milliards d'euros, indique-t-on au ministère de l'Ecologie et de l'Energie. Elle devrait se traduire par l'installation d'au moins 600 éoliennes au large des côtes françaises ne comptant aujour-d'hui encore aucune de ces « fermes de pales ».
Pas d'installation avant 2015
Dans quelles régions les machines seront-elles mises en place ? Après avoir présenté son projet début mai, le gouvernement avait prévu de dévoiler rapidement une dizaine de zones susceptibles d'accueillir des éoliennes.
L'intérêt soudain d'un grand nombre de ports et d'agences de développement pour l'appel d'offres a forcé l'Etat à repousser cette idée au mois de septembre. Mais les grands axes sont définis. Les zones seront situées dans les Pays de la Loire, le nord de la Bretagne, le Languedoc-Roussillon et la Normandie, sur un périmètre allant de la baie de Seine à la baie de Somme. Cette approche permettra de limiter l'impact sur le paysage et la navigation. L'Etat devrait aussi découper chacune de ces zones en lots afin de mutualiser le coût des infrastructures de raccordement.
L'ensemble du processus va se dérouler sur une période longue. L'installation des premières éoliennes n'est pas attendue avant le début 2015. Surtout, l'appel d'offres comprendra un dispositif jamais utilisé jusqu'à présent par le ministère de l'Ecologie : une période de « levée des risques ». En clair, les candidats sélectionnés ne seront définitivement retenus qu'après une période d'un an et demi, à l'issue de laquelle ils auront confirmé la « faisabilité du prix proposé ». Dans le cas contraire, la procédure sera rouverte. Il s'agit d'éviter de sélectionner des projets séduisants sur le papier mais irréalisables. Lancé en 2004, le premier appel d'offres d'éolien en mer n'a eu aucun résultat concret.
Des prix aléatoires
Les professionnels sont particulièrement attentifs à cette question. « Dans le domaine des énergies renouvelables, nous avons eu de très mauvaises expériences avec les appels d'offres, explique Marion Lettry, déléguée générale adjointe au sein du Syndicat des énergies renouvelables (SER). Le critère prix annule tous les autres et on se retrouve avec les projets les moins chers mais aussi les plus fragiles. »
Dans l'éolien offshore, le risque d'échec est particulièrement élevé. L'installation d'une machine nécessite en effet une étude poussée des fonds marins. Compte tenu de leurs coûts, ces études ne sont jamais réalisées en amont. Ce qui rend les prix proposés assez aléatoires.
Le montant et la complexité des projets vont également imposer la mise en place de consortiums importants. On peut s'attendre à des regroupements entre des groupes électriciens comme GDF Suez ou Iberdrola, des fabricants de turbines comme Siemens, General Electric ou Alstom et des professionnels du génie civil. Le gouvernement français souhaite éviter les sociétés de taille moyenne, spécialisées dans l'obtention de permis.
Les projets seront jugés sur les prix proposés mais aussi sur leur capacité à utiliser les infrastructures portuaires et le savoir-faire français. Pour des spécialistes de la maintenance en mer et des grands ensembles comme les chantiers navals STX (Saint-Nazaire et Lorient), ce type de projet pourrait faire figure de bouffée d'oxygène. De quoi motiver la mise en place d'une zone offshore importante au large des Pays de la Loire.
EMMANUEL GRASLAND
lundi 23 août 2010
Déremboursement des médicaments : ce que les mutuelles comptent gagner
La Mutualité française a précisé à "La Tribune" en quoi consistaient les expérimentations en cours sur le déremboursement des médicaments inefficaces.
Les esprits s'échauffent un peu trop au goût de la Mutualité française, après qu'elle ait annoncé qu'elle menait des expérimentations en vue d'un déremboursement ciblé de certains médicaments. "Il ne s'agit, pour
l'instant, que de simulations statistiques sur des déremboursements de certains médicaments jugés inefficaces ", tient à nuancer Agnès Bocognano, directrice santé de la Mutualité française.
D'ailleurs, selon la fédération, la récente autorisation qu'elle a reçue de la Cnil n'est qu'un simple renouvellement triennal. Avant 2007, en effet, une mutuelle ne savait pas quels médicaments achetaient ses propres adhérents (les pharmaciens envoyaient un montant global à rembourser). Depuis cette date, la Mutualité française dispose de données plus détaillées, pour six pharmacies en France. Il lui est possible de connaître le nom et le nombre de médicaments correspondant à la facture que leur envoient les pharmaciens, pour chaque adhérent.
Grâce à ces données, la fédération de mutuelles peut réaliser des simulations concernant un nouveau système de remboursement qui mettrait fin à une situation paradoxale où moins un médicament est jugé efficace, plus il est remboursé à un taux élevé par les mutuelles. "Comme les mutuelles viennent compléter le remboursement de la sécurité sociale et que cette dernière rembourse généralement à un taux peu élevé les médicaments avec un Service médical rendu faible, nous nous retrouvons à rembourser à un taux élevé des médicaments peu efficaces. On concentre beaucoup nos dépenses sur des produits dont le service médical rendu est faible" explique Agnès Bocognano.
100 millions d'euros à la clé
Si les études sont concluantes et si les 700 mutuelles adhèrent à ce projet, "l'économie annuelle pourrait atteindre 100 millions d'euros... qui profiteront bien entendu à l'adhérent", rassure Agnès Bocognano. "Soit par un gel, voire une baisse des cotisations, soit en remboursant mieux certaines dépenses, telles que les appareils auditifs ".
Berlin adoptera mercredi son projet controversé de taxe bancaire
La taxe servira à prévenir les conséquences de crises financières et ne sera pas déductible du résultat.
En Allemagne, le projet controversé de taxe bancaire entre cette semaine dans une phase décisive. Le gouvernement d'Angela Merkel doit adopter mercredi le principe d'un nouveau prélèvement frappant l'ensemble des banques ayant leur siège en Allemagne et supervisées par l'autorité du secteur, la Bafin. Le projet a été critiqué par les différents piliers du secteur bancaire, car ils
disposent déjà de dispositifs propres de soutien pour leurs membres en difficultés. Berlin veut de son côté empêcher à l'avenir d'être pris en otage par des banques indélicates, dont le sauvetage est financé avec l'argent du contribuable. L'Allemagne fait cavalier seul en agissant ainsi et voudrait que son modèle fasse école ailleurs dans le monde.
Les recettes engrangées par la future taxe iront alimenter un « fonds de restructuration » bancaire destiné à secourir les établissement en difficultés. Le montant annuel de ce futur prélèvement sera déterminé par le volume d'affaires de même que l'interconnexion de la banque aux marchés financiers. Le ministère ne donne pas d'ordre de grandeur en ce qui concerne le produit que rapportera la taxe. Elle doit être prélevée sur les établissements profitables, avec une limite de 15% du bénéfice annuel réalisé. Les banques en pertes devront acquitter un montant minimal. Les assureurs et fonds spéculatifs ne sont pas concernés par le texte. Les banques étrangères ayant simplement une succursale en Allemagne, comme BNP Paribas, sont en principe exclus, du moins une double imposition avec l'étranger devra être évitée.
Avant l'été, le ministre des Finances Wolfgang Schäuble avait évoqué un ordre de grandeur indicatif de 1,2 milliard d'euros de recettes annuelles. En se basant sur les bénéfices réalisés en 2006 (exercice d'avant crise), on parvient à 1,3 milliard d'euros. La part du lion aurait alors été supportée selon ce scénario par les banques privées, avec 690 millions d'euros, contre 319 millions pour les banques régionales publiques, 60 millions pour les caisses d'épargne et 27 millions à se partager entre plus de 1000 banques mutualistes. Un prélèvement exceptionnel pourrait intervenir en cas de besoin urgent.
Si cela ne suffit pas, l'Etat fédéral pourrait accorder un prêt allant jusqu'à 20 milliards d'euros au fonds de restructuration, remboursable par les banques, et lui apporter jusqu'à 100 milliards d'euros de garanties. Les banques ne pourront pas déduire la taxe de leur bénéfice imposable.
Le projet examiné mercredi portera aussi sur la mise en place d'une procédure de «faillite ordonnée» des banques: l'Etat allemand pourra à l'avenir démanteler une banque en difficulté, prendre sous son contrôle les actifs jugés stratégiques, qui seront assainis avec l'aide du fonds, et liquider le reste. Est aussi prévu un mécanisme de sortie simplifiée de l'actuel fonds de stabilisation Soffin. L'Etat fédéral est notamment investi pour quelque 18 milliards d'euros dans la Commerzbank et souhaite pouvoir se désengager le plus vite possible.
JEAN-PHILIPPE LACOUR
Amine, "l'Auvergnat" d'Hortefeux : "Je rejoins le parti de Villepin"
Le jeune militant UMP raillé en 2009 par le ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux, qui avait été condamné pour injure raciale à la suite de ces propos, a annoncé, lundi 23 août, sa décision de quitter le parti majoritaire.
Amine Benalia-Brouch, qui annonce sa décision sur son profil Facebook, confie ses motivations au Monde.fr : "Je ne suis plus d'accord avec la politique menée par Nicolas Sarkozy." "Cette orientation totale sur la sécurité fait qu'aujourd'hui on mélange tout et on s'en prend par exemple à une origine, comme celle Il affirme avoir décidé de rejoindre le parti créé par Dominique de Villepin. Mais assure que ce n'est pas l'ancien premier ministre "qui est venu le chercher" : "C'est un choix personnel."
"CAS TOTALEMENT ISOLÉ"
Interrogé par Le Monde.fr, le porte-parole de l'UMP Dominique Paillé relativise : "C'est un cas totalement isolé", citant comme "étalon" le nombre d'adhérents du parti. "Même Dominique de Villepin a renouvelé sa carte", ironise-t-il.
Le divorce avec l'UMP a été progressif, dit encore Amine Benalia-Brouch, jusqu'aux annonces sécuritaires récentes : "C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase." "Je m'étais déjà opposé farouchement au débat sur l'identité nationale. Je me sentais déjà aussi mal quand j'ai su que Philippe de Villiers rejoignait la majorité", ajoute-t-il.
"L'Auvergnat" de Brice Hortefeux tient à faire une précision : "Je suis dans l'attente d'un procès, actuellement, concernant les insultes racistes et les menaces de mort contre lesquelles j'ai porté plainte [dans des commentaires sur Internet, notamment]. A Paris, ils ont déjà statué sur l'affaire concernant Brice Hortefeux mais dans mon cas, la justice ne semble pas vouloir faire comparaître les gens."
Evoquant la fameuse phrase prononcée à son encontre par Brice Hortefeux, l'ex-militant réfute un lien direct avec son départ : "Je ne vais pas revenir là-dessus. C'est une accumulation de choses qui me donne un ras-le-bol total. Donc je ne peux plus soutenir Nicolas Sarkozy. Mais je ne quitte pas la politique."
Dans une vidéo filmée en septembre 2009 et visionnée plus de 1,3 million de fois sur Internet, on peut voir une participante de l'université d'été de l'UMP déclarer en parlant d'Amine Benalia-Brouch : "Il est catholique, il mange du cochon et il boit de la bière…" Brice Hortefeux avait alors répondu : "Ah, mais ça ne va pas du tout, alors, il ne correspond pas du tout au prototype, alors. C'est pas du tout ça." L'enregistrement laisse ensuite entendre une militante ajouter : "C'est notre petit Arabe…", puis le ministre dire : "Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes."
Brice Hortefeux a été condamné le 4 juin 2010 à 750 euros d'amende et 2 000 euros de dommages et intérêts pour injure à caractère racial pour ces propos. Le ministre de l'intérieur, qui s'était dans un premier défendu en expliquant qu'il parlait des Auvergnats, a fait appel de cette décision.
Alexandre Piquard
L'activité en France au plus bas depuis cinq mois, selon Markit
L'indice PMI de l'activité globale en France s'est établi à 59,9 points en août, selon le cabinet Markit. La bonne tenue des prises de commandes et des livres d'ordres laissent espérer que la reprise reste en bonne voie. Pour la zone euro aussi, le rythme de la progression de l'activité se ralentit.
L'activité en France est tombée au plus bas depuis cinq mois en France en août, l'indice PMI de l'activité globale en France établissant à 59,9 points, contre 59,7 points en juillet, a indiqué lundi le cabinet Markit. Mais « le renforcement des hausses des commandes nouvelles et des carnets de commandes rassurent sur le fait que la reprise en France demeure robuste », a commenté Jack Kennedy, l'économiste de Markit qui compile cet indicateur. « La poursuite de la croissance de l'emploi est aussi un signe positif, même si elle reste confinée au secteur des services, dans la mesure où les industriels continuent à supprimer des emplois », a-t-il ajouté.
Selon Markit, l'emploi dans le secteur privé s'est accru pour le quatrième mois consécutif en août. Dans les services, l'indice PMI est tombé à 59,9 points, au plus bas depuis quatre mois, contre 61,1 en juillet. L'indice de l'activité manufacturière s'est en revanche redressé à 54,7 points, contre 53,9 points. La production industrielle a également progressé à 57,1 points, contre 56,7.
Dans la zone euro, 13e mois au-dessus des 50 points
Par ailleurs, la croissance de l'activité privée dans la zone euro a ralenti légèrement en août, selon une autre première estimation de l'indice des directeurs d'achats (PMI) publiée lundi par la société Markit. L'indice PMI composite, qui synthétise l'activité dans l'industrie et les services, a reculé à 56,1 points contre 56,7 points en juillet, où il avait recommencé à augmenter pour la première fois depuis trois mois. L'indice reste pour le treizième mois consécutif au-dessus de la barre des 50 points, qui signale une progression de l'activité. Mais son repli en août montre que le rythme de cette progression ralentit à nouveau.
Dans le secteur manufacturier, l'indice a nettement baissé à 55 points après 56,7 points en juillet. C'est son plus bas niveau depuis six mois. Dans les services, il a également fléchi, quoique légèrement, à 55,6 points contre 55,8 points en juillet. « La reprise ne ralentit que légèrement par rapport à la croissance exceptionnelle observée au second trimestre », a observé Chris Williamson, chef économiste chez Markit. Cependant, l'indice « dissimule des situations inquiétantes », a-t-il estimé, soulignant que la reprise « repose toujours entièrement sur la France et l'Allemagne ». « Dans le reste de la zone euro, la croissance ralentit et atteint un niveau proche de la stagnation, tandis que le secteur des services connaît une nouvelle contraction », a-t-il ajouté. Les exportations du secteur manufacturier, elles, « présentent la plus faible progression depuis janvier, annonçant la fin de l'impulsion donnée par les échanges mondiaux à la reprise », a-t-il également expliqué.
Une tache de honte sur notre drapeau
Dominique de Villepin, ancien premier ministre, président de République solidaire
Il aura suffi d’un discours à Grenoble et d’un été, d’un seul été, pour que tout bascule, de la lutte contre l’insécurité à l’indignité nationale. Je dis bien "nationale" car le président de la République nous engage tous. Et si on en doutait, il suffirait alors de lire la presse étrangère, des Etats-Unis à l’Inde en passant par les journaux européens, pour mesurer l’effarement devant le visage méconnaissable de la patrie des droits de l’homme. Il suffirait d’écouter les voix qui s’élèvent du Comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination raciale pour condamner la recrudescence raciste et xénophobe.
Et pourtant me direz-vous, rien n’a changé. Nous savons pertinemment, les uns et les autres, que ces projets d’élargissement de la déchéance de nationalité française ne pourraient déboucher sur rien de concret, rien d’efficace. Nous savons notre arsenal juridique suffisant, à l’instar de l’article 25 du code civil.
Nous savons surtout que de tels projets, même mis en œuvre, ne changeraient rien aux difficultés quotidiennes de nos compatriotes. C’est d’ailleurs la preuve que la surenchère sécuritaire n’a d’autre but que la provocation et la division pour assurer la conservation du pouvoir au service d’intérêts personnels. Des solutions existent pourtant.
Cela exige de rassembler tous les acteurs, notamment les maires et les associations, de mobiliser avec raison et détermination tous les instruments de la prévention et de la répression en reconnaissant l’ampleur de la question sociale, économique, éducative.
Rien n’a changé, et pourtant tout a changé. Changé, le regard sur les autres – Roms, gens du voyage, immigrés, musulmans… Changé, le regard sur la France, pays qui jadis avait des repères, des principes. Changé, notre regard sur nous-mêmes, entre citoyens français et "citoyens d’origine étrangère" quand l’article premier de notre Constitution "assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion".
Il ne s’agit pas là de simples détails, car nous ne pouvons oublier, au-delà de l’indigne, jusqu’où peuvent conduire ces jeux-là. Erreur, dit le philosophe… Non! Faute. Faute morale, faute collective commise en notre nom à tous, contre la République et contre la France. Il y a aujourd’hui sur notre drapeau une tache de honte.
RÉAGIR EN CONSCIENCE
Se taire, c’est déjà être complice. Il appartient à chaque Française, à chaque Français, de réagir en conscience, quels que soient son âge et sa condition et où qu’il se trouve, à Paris ou en province, pour marquer à sa façon son refus de cette dérive inacceptable. Le défi pour les responsables politiques est sans doute le plus difficile, comme en témoignent le malaise à droite, le flottement à gauche et les incertitudes au centre. Il implique de se hisser au-delà des arrière-pensées électorales et des clivages partisans.
Une fois de plus, il serait tentant de jouer tactique, habileté contre habileté, calcul contre calcul, ruse contre ruse, mais ce serait se tromper de combat. Le moment vient où les yeux des plus naïfs, des plus incrédules vont enfin s’ouvrir. La rupture entre le sommet de l’Etat et la nation est en marche, quoi qu’on veuille faire dire aux sondages d’opinion.
Il y a aujourd’hui un devoir à remplir pour tous les républicains de France, face à l’hydre qu’un président et ses courtisans voudraient réveiller au fond de chacun de nous, face à la tache qui menace de flétrir l’idée même que nous nous faisons de la France. Un devoir de refus. Un devoir de rassemblement.
Un devoir de courage politique pour préparer l’alternative républicaine qui s’impose. Un devoir que nous devons assumer tous ensemble, aussi longtemps qu’il faudra, avec toute l’énergie qu’il faudra.
MAIS QUELLE POLITIQUE MENAIT-IL, CE SOMBRE CRÉTIN, SOUS CHIRAC LE FAINÉANT ? LA MÊME MAIS AVEC LÂCHETÉ.
L'Etat à l'écoute de l'Eglise
Brice Hortefeux et Eric Besson ont répondu lundi matin aux critiques, de plus en plus sévères, émises par le clergé. Le ministre de l'Intérieur s'est notamment dit prêt à rencontrer le cardinal André Vingt-Trois. Celui qui se trouve à la tête de la hiérarchie catholique française a accepté l'invitation.
"La réalité, c'est que l'action engagée sous l'autorité du président de la République rassemble les Français", affirmait avec assurance Brice Hortefeux dans Le Monde daté de dimanche-lundi. Raté. Dimanche, plus
ieurs prêtres ont critiqué ouvertement la politique sécuritaire du gouvernement, l'un d'entre eux allant même jusqu'à souhaiter une crise cardiaque du président de la République avant de nuancer son propos, plus tard dans la journée. Même le pape a lancé une pique lors de son angélus dominical, exceptionnellement dit en français: il a exhorté les pèlerins français "à accueillir les hommes de toutes origines".
Nicolas Sarkozy, le chef d'Etat qui envoyait des SMS alors qu'il assistait à une messe de Benoit XVI, n'a jamais plu aux dignitaires catholiques. Cette fois, les religieux l'accusent de stigmatiser les gens du voyage et de remettre en cause "la paix entre les hommes". Mais se fâcher avec l'Eglise revient à se couper d'une partie de l'électorat traditionnel de droite. Aussi, l'exécutif a tenté de calmer le jeu lundi matin.
Une rencontre entre Hortefeux et André Vingt-Trois
A commencer par Brice Hortefeux, qui concentre pourtant de nombreuses critiques du fait de sa fonction de ministre de l'Intérieur: "J'ai entendu avec attention ce qu'exprimaient le pape", a-t-il assuré sur Europe1, avant de justifier sa démarche politique: "Nous sommes respectueux des droits individuels puisque, s'agissant des Roms, nous les reconduisons dans leur pays sur la base du volontariat." Le ministre a également souhaité rencontrer le cardinal André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France. Ce dernier, qui avait interpellé les fidèles le 15 août sur la situation des Roms, s'est dit "tout disposé à rencontrer" le ministre.
Autre responsable visé indirectement par l'Eglise, Eric Besson a, lui aussi, utilisé l'argument du "respect": "Ce sont des retours volontaires avec une aide humanitaire. Il n'y a pas de policiers pour les accompagner", a-t-il indiqué sur France Inter, ajoutant que la France avait "le droit le plus respectueux pour les étrangers en situation irrégulière". Le ministre de l'Immigration a toutefois semblé surpris par la polémique: "Il y a des reconduites dans des pays pauvres qui m'ont causé plus de doutes que les Roms", a-t-il dit, avant de lancer, avec une pointe d'ironie: "Quelles que soient les discriminations dont sont victimes les gens du voyage, je ne crois pas que la misère du monde soit concentrée en Roumanie."
Signe que l'on est en campagne présidentielle, la politique, cet été, n'a pas pris de vacances. Candidat non déclaré, Nicolas Sarkozy a déjà lancé l'opération reconquête en durcissant le ton sur la sécurité. À l'Élysée, il n'a pas échappé qu'en un an, le paysage a beaucoup changé.
Grisée par les affaires et par son lyrisme antisarkozyste, l'opposition aurait tort d'enterrer trop vite la majorité. Il reste que le gouvernement aborde la rentrée en situation fragile.
Il va devoir voter, dans une urgence inutile, une réforme des retraites qui aurait exigé d'être plus anticipée, plus progressive et plus inventive.
Pris à contre-pied par une crise sans fin et une croissance 2011 déjà revue à la baisse, il est condamné à tailler, plus que prévu, dans le vif des dépenses publiques et à produire autant de mécontents qu'il existe de bénéficiaires des « niches » fiscales menacées.
Il va affronter les réactions grandissantes, y compris en son sein, à une gouvernance qui stigmatise plus qu'elle ne résout, qui divise plus qu'elle ne rassemble. L'insécurité en est un exemple.
En répétant, après trente textes votés et huit ans d'action, qu'il prend le taureau par les cornes, Nicolas Sarkozy répand l'idée que les résultats déçoivent. En proposant, dans le dossier des Roms, une réponse brutale et nationale, il oublie, s'agissant de citoyens de l'Union, que la solution est d'abord européenne. En menaçant de déchoir certains Français de leur nationalité, il risque d'enfreindre le principe constitutionnel de l'égalité devant la loi.
Pendant ce temps-là, et ceci explique en partie cela, les oppositions se renforcent.
Martine Aubry, comme le confirmait, hier, le sondage Ifop pour dimanche Ouest-France, a ressuscité un Parti socialiste qui va donner de la voix, dès vendredi, à La Rochelle. En se réenracinant chez les jeunes et dans les classes populaires, elle s'affirme comme opposante en chef, à défaut d'être une « proposante » crédible.
À Nantes, ce week-end, les écologistes, eux-mêmes surpris par leur inhabituel accord, ont su dépasser leurs querelles de courants et d'ego pour adopter le principe d'un grand parti unifié et pour porter, à l'applaudimètre, la respectable Eva Joly, révélation des européennes, sur l'estrade de la présidentielle.
Le Front national, alimenté par une actualité qui se porte sur ses thèmes de prédilection et servi par le lepénisme malin de Marine, remonte. Une partie au moins de son électorat ne reviendra pas vers Nicolas Sarkozy.
Dominique de Villepin, à la tête de son jeune parti République solidaire, affiche une motivation carnassière pour combattre le président de la République sur le terrain des valeurs gaullistes, du respect des institutions et de la grandeur de la France. Même Hervé Morin, pourtant allié de l'UMP, pourrait lui compliquer la vie, au premier tour, en prétendant compter les voix centristes.
Devant autant de difficultés et de concurrences, et alors que la gauche, pour la première fois depuis dix-sept ans, commence à croire en sa bonne étoile présidentielle, il faut s'attendre, bien sûr, au remaniement annoncé en octobre, mais surtout à vingt et un mois d'affrontements très durs.
Le fait mérite d’être noté. S’adressant hier aux pèlerins de langue française, après la prière de l’Angélus à Castel Gandolfo, Benoît XVI a formulé une « invitation à savoir accueillir les légitimes diversités humaines à la suite de Jésus venu rassembler les hommes de toute nation et de toute langue », affirmant aussi : « Chers parents, puissiez-vous éduquer vos enfants à la fraternité universelle. » Or, le pape n’a pas tenu de tels propos dans les saluts exprimés en italien, en anglais, en espagnol ou en polonais. On peut donc se demander s’il ne s’agissait pas d’une allusion aux débats suscités en France par le durcissement de la politique gouvernementale à l’égard des étrangers et des gens du voyage.
Benoît XVI n’ayant pas fait de lien explicite, gardons-nous de trancher. En revanche, on peut souligner que son appel se joint à celui de plusieurs personnalités de l’Église de France. Ainsi, lors des célébrations de l’Assomption au Puy-en-Velay, le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, président de la Conférence des évêques de France, et Mgr Hippolyte Simon, archevêque de Clermont (lire La Croix du 16 août). Ou Mgr Christophe Dufour, archevêque d’Aix-en-Provence, témoin jeudi de l’expulsion de Roms de leur campement : « Les discours sécuritaires qui peuvent laisser entendre qu’il y a des populations inférieures sont inacceptables. »
Il sera intéressant d’observer comment on réagira, du côté de la majorité, à de telles prises de position. Récemment, Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP, s’en prenait aux « bien-pensants ». De son côté, dans un entretien publié ce samedi par Le Monde, le ministre de l’intérieur, Brice Hortefeux, stigmatisait – sans autre précision – « certaines voix de la gauche milliardaire ». Quels seront les jugements disqualifiants adressés aux hommes d’Église ? Ces derniers, selon toute vraisemblance, s’en soucient assez peu. Ils ont simplement à cœur de faire entendre une parole d’humanité. Et d’être une voix pour ceux qui n’ont pas de porte-parole.
Guillaume Goubert
Quelle équipe pour rempiler en 2012 ?
Avec quel gouvernement, Nicolas Sarkozy va-t-il achever son quinquennat ? La question reste sans réponse depuis que le 7 juillet, le Président a annoncé un remaniement ministériel après la réforme des retraites. « Au plus tôt, début novembre », a précisé lundi dernier Claude Guéant.
Le secrétaire général de l'Elysée a déjà évoqué le principe d'une équipe « resserrée » autour de quinze ministres (contre 21) et quinze secrétaires d'Etat (contre 18) sans plus de détail sur les neuf sortants, les entrants et le jeu de chaises musicales. Quel sort sera réservé à Eric Woerth, fragilisé par le volet fiscal de l'affaire Bettencourt ? Brice Hortefeux est, lui, sous le coup d'une condamnation pour injures raciales. Mais le destin du ministre de l'Intérieur ne semble pas menacé. Rien n'a filtré non plus sur un éventuel remplacement de François Fillon à Matignon même si le nom de Michèle Alliot-Marie, ministre de la Justice, est cité avec insistance dans la presse avec Jean-Louis Borloo (Ecologie) en joker. Au-delà du casting, le calendrier imposé par l'Elysée ne fait pas l'unanimité au sein de la majorité présidentielle, certains UMP prônant un remaniement dès fin août. Des questions sur lesquelles le Président aura le dernier mot car c'est aussi et surtout son deuxième mandat qui est en jeu.
Un célèbre tableau volé en plein jour dans un musée du Caire, ça interpelle forcément. Si on précise que les malfrats ont pu découper, tranquillement, la toile de son cadre sans être le moins du monde importuné pour la simple et bonne raison que les caméras de surveillance et le système d’alarme étaient en panne, ça laisse dubitatif. Et si on ajoute, pour finir, que ce dysfonctionnement courait depuis des semaines car les responsables du musée étaient incapables de trouver la moindre pièce de rechange, ça frise le ridicule.
C’est pourtant ce qui est arrivé au tableau de Van Gogh, intitulé “Coquelicots” dont la valeur est estimée à près de 43 millions d’euros. Excusez du peu !
Mais là où l’affaire devient ubuesque, c’est que ce tableau avait déjà fait l’objet d’un vol en 1977, avant d’être retrouvé l’année d’après. Depuis, la rumeur affirme que c’est un faux qui trônait fièrement au musée Khalil, aux côtés d’œuvres prestigieuses de Monet, Renoir ou Degas.
De là à imaginer que nos chapardeurs aient réalisé ce larcin dans l’unique but de mettre à jour la supercherie, il y a un pas qu’on ne franchira pas.
Il y a parfois des tableaux singuliers au destin étonnant qui captent notre attention. Et des histoires à dormir debout qui nourrissent la légende des artistes maudits.
Stéphane Pulze












