TOUT EST DIT

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ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

samedi 29 octobre 2011

Rien n’est jamais perdu

Dans une vie antérieure, j’ai été localier en Corrèze et je me souviens du discours de Chirac à Égletons, en 1976, pour le lancement du RPR. Le dégagement inopiné sur un “travaillisme à la française” avait surpris. Du temps s’est écoulé, Chirac a connu le destin que l’on sait et la Corrèze a renoué avec ses ancrages à gauche en se donnant à Hollande.

Les mannes de Queuille ne s’en plaignent pas. Henri Guaino, le conseiller de Sarkozy, a décidé de s’inviter dans la campagne présidentielle, jugeant peut-être que l’activisme des membres du gouvernement et des responsables de l’UMP manque de cohérence, de conviction et de panache. Le goût concomitant de la symbolique et de la bravade lui a suggéré de commencer sa campagne à Égletons précisément, au cœur de l’ancien fief de Chirac, dans le département où Hollande, lors des primaires socialistes, a réalisé des scores staliniens.

C’était ce samedi 22 octobre. Guaino m’ayant convié à titre amical, je l’ai rejoint d’autant plus volontiers que la rumeur ambiante promet une déroute à Sarkozy. Plus personne ou presque ne se risque à le soutenir, ce serait moche de le lâcher. Parmi les fidèles rassemblés autour du maire d’Égletons, Michel Paillassou et de rares élus “de droite”, j’ai reconnu quelques chiraquiens du temps jadis, venus sous le soleil d’automne entretenir les souvenirs d’un long printemps politique entre l’irruption sur nos arpents du jeune cow-boy pompidolien en 1967 et la prise de l’Élysée en 1995. Guaino savait bien que la Corrèze n’est guère sarkozyste, et pas très gaulliste non plus. Il n’en a eu que plus de mérite à se faire longuement acclamer, au terme d’un discours dont l’auditoire a apprécié l’altitude et la tonalité.

Pas de démago, pas de coups bas, juste un parallèle avec Guy Mollet pour camper Hollande en héritier de la SFIO de la basse époque plutôt que de Jaurès et de Blum. Exaltation des vertus “républicaines”, invocation de De Gaulle, de Malraux et de Péguy, défense du bilan de Sarkozy dont il a loué la perspicacité (crise de 2008), le courage (réforme des retraites), l’audace (Libye). Il a dénoncé l’irrespect vindicatif des médias et des politiciens, ce lynchage quotidien sans équivalent sous la Ve République. Guaino n’est pas stricto sensu un politique, et son naturel le porte à brûler ses cartouches. Il peut, il doit donner du souffle à la campagne car son lyrisme sonne juste et aucun discrédit ne le handicape. Il n’est ni usé, ni désabusé. En 1995 dans l’ombre de Chirac, en 2007 aux côtés de Sarkozy, son influence fut bénéfique. Elle le sera encore si les divers “entourages” ne lui tirent pas dans les pattes.

Le comportement de l’équipe de France face aux All Blacks en finale de la Coupe du monde devrait réconforter Sarkozy. Les joueurs et leur sélectionneur se chamaillaient à ciel ouvert comme font jour après jour les ténors de l’UMP. Contre les Tonguiens puis les Gal­lois, les tricolores ont été aussi calamiteux que l’en­semble des dirigeants de la majorité dans leurs joutes contre les socialistes. Les médias les ont vilipendés, l’opinion a pris ses distances. Les All Blacks avaient gagné tous leurs matchs depuis le début de la compétition, et réglé sèchement leur compte aux Australiens en demi-finale. Bref, la raclée semblait aussi inéluctable que la future déroute de Sarkozy face à Hollande, après ces vagues roses qui ont fini par déloger Larcher du Sénat. Or, Dusautoir et ses équipiers ont pris les Néo-Zélandais à la gorge dans leur antre d’Auckland ; ils auraient amplement mérité une victoire qui s’est refusée par pur caprice des divinités ovales. Humiliation, puis rédemption : ce scénario à la Dostoïevski trahit notre tempérament national ; nous sommes apathiques ou survoltés, misérables ou empanachés. Nos engouements ont la vie courte mais, grâce au ciel, nos désarrois aussi. Rien n’est perdu, surtout quand tout va de mal en pis.

Pendant plus de deux mois, six prétendants à la candidature présidentielle ont monopolisé la scène publique sans aborder la politique internationale, ni l’impact des flux migratoires sur l’avenir de la France. Rien sur l’Allemagne, rien sur la Grèce ; des vœux pieux sur la Chine et les pays émergents. C’était une compétition, soit, il fallait plaire en arrondissant les angles et sans afficher les détestations mutuelles. Mais alors, pourquoi ce délire unanime des commentateurs survalorisant ces “primaires citoyennes” jusqu’à les ériger en modèles de bonnes mœurs démocratiques ? Elles n’auront été qu’un jeu de la fortune télévisuel, ni plus ni moins captivant qu’un concours de beauté.

La Chine à la rescousse... sous conditions

La zone euro recherche un soutien financier des pays émergents, notamment de la Chine. Une perspective redoutée par de nombreux Européens. Côté chinois, le Global Times affirme que tout accord se fera sur la base du donnant-donnant.
Le 27 octobre, les responsables européens sont parvenus à un accord pour réduire la dette grecque. Ils attendent de pays riches en liquidités et extérieurs à l’UE qu’ils financent en partie leur plan de renflouement. La Chine, disposant de la plus grande réserve de devises étrangères, est aujourd’hui une cible prioritaire.
L’Europe développée se tourne vers la Chine en quête de liquidités. Ce qui en dérange plus d’un tant en Europe qu’en Chine. Certains Européens soutiennent que l’UE n’en est pas rendue au point de mendier auprès de Pékin. Apparemment, là-bas, beaucoup estiment que l’UE devrait réclamer des fonds à la Chine, sans pour autant lui proposer de contrepartie.

Le débat fait rage en Chine aussi

En Chine, les débats font rage. Beaucoup ne comprennent pas pourquoi la Chine devrait tendre la main à l’Europe, quand la ville de Wenzhou se trouve elle-même endettée.
Pékin et Bruxelles ne sont pas unis par des liens d’une amitié indéfectible au point de pouvoir tendre sans hésiter la main à l’autre dès qu’il traverse une crise. Les deux camps se livrent pour l’heure à des calculs. Un scénario encore compliqué par les opinions publiques – de part et d’autre, on trouve des analystes qui, au mépris du professionnalisme, préfèrent flatter les bas instincts d’un populisme hystérique.
Peut-être l’ampleur de la participation chinoise au plan de renflouement de la zone euro a-t-elle été décidée au nom de l’intérêt commun, tout en tenant compte de la méfiance mutuelle entre les deux parties.
La Chine ne peut se tenir à l’écart, puisque ses intérêts sont étroitement liés à l’Europe par la mondialisation. Mais d’un autre côté, la Chine ne va pas offrir une “grosse surprise” à l’Europe. Même les économies plus saines au sein de la zone euro répugnent à aider la Grèce. En tant qu’acteur extérieur, Pékin ne peut résoudre un problème que seuls les membres de la zone euro sont en mesure de régler.
Si l’UE tient vraiment à obtenir le financement de la Chine, elle doit envisager d’ouvrir davantage son marché aux produits chinois, tout en acceptant la position de la Chine en tant qu’économie de marché. Si Bruxelles estime qu’il ne vaut pas la peine de passer des “arrangements” de ce type, la Chine ne fera rien pour l’y contraindre.

L'Europe fait figure de pingre

Pour les Chinois, c’est faire preuve d’ignorance que d’établir un lien entre le plan de renflouement de la zone euro et la crise de la dette de Wenzhou. Le premier concerne l’usage que fait Pékin de sa réserve de devises étrangères, qui ne peut pas servir à sauver les entreprises abandonnées par des patrons en fuite à Wenzhou. En tant que puissance mondiale, la Chine devrait aider ceux qui ont été touchés par une crise ou une catastrophe. Les Chinois devraient comprendre qu’un pays qui ne se préoccupe que de ses intérêts en faisant fi de la moralité finira par être détesté.
Mais les Européens devraient, eux, s’interroger sur eux-mêmes au lieu de reprocher à la Chine de jouer les pingres. Ils rejettent le système chinois et ne veulent pas exporter de technologies en Chine. Chaque fois qu’une entreprise chinoise investit en Europe, l’opinion publique locale s’enflamme. Ils redoutent que la Chine n’en apprenne trop auprès d’eux et qu’elle n’ait ainsi encore plus de succès. Tout ce qu’ils veulent, c’est se reposer sur leurs anciens acquis tout en restant aux commandes.
Avec une telle mentalité, c’est l’Europe qui fait figure de pingre. Il ne faut pas trop politiser la participation chinoise au plan de renflouement de la zone euro. Elle devrait se dérouler dans un cadre civilisé, dont les règles tacites seraient claires pour les deux parties.

Point de vue

Une contrepartie cher payée

Une contrepartie cher payéeL'Europe "courtise le dragon" pour sauver la zone euro, titre Gazeta Wybrocza. Mais pour le quotidien polonais, cette aide ne pourra être reçue qu'au prix fort. "L'Europe met tous ses espoirs dans la Chine. Un pays qui détient le record mondial du nombre d'exécutions de peine capitale et qui envoie ses dissidents politiques dans des camps de travail. Un Etat qui persécute les Tibétains et le peuple ouïghour et qui censure l'Internet."
"Alors qu'ils comptent sur la Chine pour renforcer le FESF, les responsables européens devraient répondre à une question simple", écrit Gazeta Wybrocza. "S'ils prennent les milliards [de la Chine] pour sauver la Grèce ou l'Italie, auront-ils toujours le courage de condamner le non respect des droits de l'homme au Tibet ou dans le Xinjiang ? (...) L'Europe doit redouter que Pékin refuse de l'aider ou alors elle devra tout simplement se sentir un peu stupide car il n'est pas possible de demander de l'aide à quelqu'un tout en lui donnant des leçons de morale."

PARIS - Chine: le FESF "perte d'indépendance de l'Europe", pour Bayrou

Le président du MoDem, François Bayrou, a estimé vendredi soir au JT de TF1 que le recours à la Chine pour soutenir le Fonds européen de stabilité financière (FESF) provoquerait une "perte d'indépendance de l'Europe" et "qu'on sera moins armé" dans les relations avec Pékin.
Le leader centriste a jugé que la question était "extrêmement grave et troublante".

"Il s'agit d'une perte d'indépendance de l'Europe. Avoir été obligé de proclamer à la face du monde qu'on allait avoir recours à la Chine pour notre propre rééquilibrage, ça veut dire qu'on sera moins armé lorsqu'on aura des relations cruciales avec ce grand pays", a expliqué le député des Pyrénées-Atlantiques.
François Bayrou a notamment souligné "le jeu que la Chine fait avec sa monnaie, qu'elle sous-estime", faisant baisser les prix des produits chinois, "une concurrence qui n'est pas loyale".
Le président du MoDem a aussi déploré qu'"on (accepte) que la Grèce efface ou en tout cas que la Grèce ne rembourse pas 50% de sa dette".
Conséquence selon lui, un renforcement du "doute" et du "soupçon" à l'égard des autres pays plutôt que de la "confiance". "On est dans la défiance et il n'y a rien de plus contagieux que la défiance, et cela, ça touchera tous les pays, y compris la France", a-t-il estimé.
Le député a regretté que la France "(adhère) à la stratégie de l'Allemagne".
Concernant l'interview télévisée de Nicolas Sarkozy, avec lequel il s'est entretenu mardi à l'Elysée, M. Bayrou a déploré qu'il n'y ait pas d'"avenir" dans le discours du chef de l'Etat.
En revanche, "je veux bien lui faire crédit de ce qu'hier soir il était plus président que candidat en campagne", a déclaré le président du MoDem.
SIMPLET PREMIER A PARLÉ, J'AI UN GRAND VIDE DANS LA TÊTE.

La Grèce caricature Merkel en uniforme nazi

Alors que l'Europe se targue d'avoir trouvé une issue à la crise de la dette et d'avoir sauvé la Grèce de la faillite en réduisant de moitié sa créance, le pays semble avoir pris en grippe Angela Merkel qu'il compare à un officier nazi.

Si tout le monde s'est félicité des accords passés lors du dernier sommet européen, il semblerait que la population grecque n'ait pas apprécié les mesures d'austérité imposées à leur pays en contrepartie d'une réduction partielle de la dette. Ils n'hésitent d'ailleurs pas à comparer le gouvernement d'Angela Merkel, la chancelière allemande, au régime nazi qui occupait le pays durant la Seconde Guerre mondiale.


Angela Merkel est personnellement visée. Traitée de danger public, elle apparaît en uniforme d'officier SS, arborant un brassard dont la croix gammée est aurolée des étoiles du drapeau européen. En dépit d'une réduction de 50% du montant total de leur dette (estimée à 200 milliards d'euro) auprès des banques, les Grecs se montrent furieux des décisions prises lors du sommet européen de mercredi malgré le soulagement du Premier ministre socialiste George Papandreou estimant que les accords évitaient à la mort de la Grèce.

Les partis d'oppositions ont fustigé cet accord historique, furieux de voir leur pays condamné à "neuf années supplémentaires d'effondrement et de pauvreté". Une fureur qui dépasse désormais l'hémicycle du gouvernement et du parlement grec. Outre la photo d'Angela Merkel, de nombreuses satires croquent les représentants du gouvernement grec, que l'on voit la ceinture serrée, en train de reproduire le salut hitlérien, tandis que les touristes allemands qui visitent les monuments historiques de la ville sont accueillis par une population hostile.

L'ingérence de Berlin dans les affaires intérieures grecques a fait renaître une inimitié historique et nombreux comparent celle-ci à la destruction massive du pays par l'armée hitlérienne, il y a plus de 65 ans de cela. (LS)

vendredi 28 octobre 2011

Rigueur programmée

Avec raison, dans une dramaturgie de bon aloi en période déjà électorale, le président Sarkozy a insisté sur la « convergence » franco-allemande. Sans elle, rien n’aurait bougé à Bruxelles. Toutefois, Nicolas Sarkozy pèche par omission d’une vérité qui fera date en Europe : l’Allemagne est aujourd’hui la locomotive, la France un wagon. Le premier, certes, du train « Eurogroupe » mais un train tracté par une machine forgée au Bundestag avec Angela Merkel aux manettes. Car pour parvenir à l’accord de Bruxelles, Paris a abandonné toutes ses prétentions : le fameux FESF ne sera pas une « banque » qui puiserait dans la BCE et, malgré les réticences françaises, les établissements financiers ont dû « volontairement » accepter une décote de 50 % de la dette grecque.

Les marchés ont dans un rebond spectaculaire salué cette volonté politique marquée par la rigueur chère à nos voisins, même si des zones d’ombre subsistent puisque les intentions doivent encore être transformées en actes. Par exemple, pour l’application de la décote ou les mécanismes du « levier » qui doit démultiplier la « force » du FESF. Pour son « carburant » aussi, avec une part chinoise problématique.

Et il y a l’avenir. Le système amorcé à Bruxelles ne se maintiendra pas sans un gouvernement économique, officiel ou officieux, de la zone euro. Cette gouvernance sera à l’allemande sous une surveillance stricte des critères de Maastricht de nouveau érigés en panacée universelle. Une certaine forme de fédéralisme devient enfin évidente. Mais que d’efforts seront exigés des Français ! Le bon ordre budgétaire sous contrôle européen entraînera forcément une réduction des dépenses et quelques coupes drastiques ici ou là, peut-être plus acceptables sous une justice fiscale et sociale. On comprend que le président-candidat, tout en insistant sur les réformes déjà menées, ait été plutôt discret sur le sujet comme il l’a été sur un problème plus immédiat : la loi de finances rectificative devant tenir compte des prévisions de croissance en baisse.

Sauf reprise mondiale et redémarrage de l’activité sur chapeaux de roue, sauf changement de politique à l’échelle européenne, les temps à venir seront ceux de l’austérité, bien que le mot reste tabou : une France en état de faiblesse, « second » économique inquiet pour son triple « A », également devenue « second » politique, aura du mal à résister aux vents dominants. Quel que soit le nom du futur président de la République.

De la corde raide

La crise a fourni, hier soir, à Nicolas Sarkozy l'occasion d'une prestation aussi attendue que millimétrée. Absent des plateaux télé depuis huit mois et dépossédé par le PS de l'initiative médiatique, le chef de l'État lie, sans l'avouer, son redressement personnel à celui de l'Europe.

Pour reprendre la main et réduire son retard sur François Hollande, il s'est montré pédagogue, déterminé, responsable et rassurant. Bref, il rappelle, avec humilité et application, qu'il tient la barre dans la tempête. Suivez mon regard... Quitte à privilégier la bouteille à moitié pleine, à travers quelques affirmations clés.

On a évité une catastrophe en Grèce. C'est exact. Mais le Président insiste davantage sur les 100 milliards effacés que sur les 260 milliards qu'il reste à Athènes à rembourser. En particulier, la récession provoquée par la rigueur risque de tarir les rentrées fiscales et de reposer le problème dans quelques mois.

On a sauvé l'Europe, oui. Mais il ne commente pas l'insuffisance du fonds de garantie s'il fallait supporter une défaillance de l'Italie ou de l'Espagne.

On a préservé le contribuable français. En tout cas, un échec à Bruxelles lui aurait coûté très cher. Mais il n'est pas tout à fait épargné : les banques paieront moins d'impôt à l'État, prêteront moins d'argent et rémunéreront moins les actionnaires pour compenser les milliards perdus en Grèce. Par ailleurs, le Président, obsédé par la convergence avec l'Allemagne, admet qu'il faudra trouver des milliards de dépenses en moins et de recettes en plus pour accompagner la baisse de la croissance.

Bruxelles a été une victoire politique. Nicolas Sarkozy a parfaitement rappelé que ce sont trente années de déficits budgétaires, donc de défaillance du politique, qui ont conduit à l'impasse actuelle. Il accuse la spéculation qui joue contre le contribuable ou le salarié, mais sans en tirer toutes les conséquences, par exemple sur la séparation des activités bancaires. En même temps, il montre que le volontarisme politique peut éviter le pire. Au prix, tout de même, d'exigences allemandes ou de dépendance à la Chine.

La France est un bon élève avec son triple A. Si les salaires et les prestations n'ont pas baissé, c'est, rappelle le Président, grâce aux réformes, les retraites par exemple. Mais c'est aussi grâce à l'augmentation, moins médiatisée, des prélèvements obligatoires en hausse de 50 milliards en un an. Nicolas Sarkozy admet et déplore que la France dépense toujours 150 quand elle gagne 100. Une pratique incompréhensible pour qui paie des agios pour dix euros de découvert !

L'Europe en crise et la mondialisation offrent à Nicolas Sarkozy, même s'il se défend de penser à sa réélection, une occasion de tâter l'eau de la campagne, comme le prouvent les attaques contre les 35 heures. Rien ne prouve que l'énergie mise dans le sauvetage si compliqué de l'euro, ajoutée au rappel des affaires, suffira à y voir plus clair et à dégeler les sondages demain matin.

En revanche, il ne faudrait pas négliger l'effet politique qu'aurait une telle séquence dramatique, non plus à six mois, mais à quelques semaines du premier tour. Ceci pour dire que l'actualité a des talents - on sent bien que les racines de la crise ne sont pas éradiquées - qui peuvent réserver des surprises.

Les deux visages de Janus-Sarkozy

La crise nous l'a changé ! C'est un Nicolas Sarkozy grave, pondéré, presque force tranquille, qui a commenté le sommet de Bruxelles, à la fois soulagé et regonflé par l'accord conclu à l'arraché pour sauver l'euro. Un exercice de pédagogie à chaud dont il s'est acquitté avec maîtrise, non sans une certaine dramatisation rétrospective. On a évité « l'inimaginable » ! Sans surprise, il s'est glissé dans le costume de président-qui-tient-bon-la-barre-dans-la-tempête, multipliant des mots (devoir, courage, vérité) puisés dans la geste gaullienne, et livrant un vif plaidoyer européen, d'une tonalité moins gaulliste cette fois. Un président qui mouille le maillot. Attendu certes sur le décryptage du compromis européen, il l'était surtout sur les conséquences de la crise financière sur la vie des Français. Car ils seront touchés au portefeuille. Nicolas Sarkozy les a préparés à un nouveau plan d'austérité, n'en prononçant pas le mot mais y pensant très fort. Il laisse à François Fillon, traité aux petits oignons hier soir, la tâche d'annoncer les mauvaises nouvelles. Un président protecteur, garant du modèle social français qui ne pourra être préservé qu'au prix d'une politique de rigueur sans faiblesse. Le dogme sarkozyste reste inchangé : travailler plus, dépenser moins. Le pédagogue s'est fait plus piquant à mesure qu'on l'éloignait de l'Europe, même mordant quand avec une volupté évidente il a étrillé les 35 heures, carrément puncheur quand on lui a tendu le plat des affaires. Le naturel revenait au galop. Lisant son agacement envers le « système médiatique », on se disait alors qu'il n'avait pas tant changé que cela...
La crise nous l'a changé ! C'est un Nicolas Sarkozy grave, pondéré, presque force tranquille, qui a commenté le sommet de Bruxelles, à la fois soulagé et regonflé par l'accord conclu à l'arraché pour sauver l'euro. Un exercice de pédagogie à chaud dont il s'est acquitté avec maîtrise, non sans une certaine dramatisation rétrospective. On a évité « l'inimaginable » ! Sans surprise, il s'est glissé dans le costume de président-qui-tient-bon-la-barre-dans-la-tempête, multipliant des mots (devoir, courage, vérité) puisés dans la geste gaullienne, et livrant un vif plaidoyer européen, d'une tonalité moins gaulliste cette fois. Un président qui mouille le maillot. Attendu certes sur le décryptage du compromis européen, il l'était surtout sur les conséquences de la crise financière sur la vie des Français. Car ils seront touchés au portefeuille. Nicolas Sarkozy les a préparés à un nouveau plan d'austérité, n'en prononçant pas le mot mais y pensant très fort. Il laisse à François Fillon, traité aux petits oignons hier soir, la tâche d'annoncer les mauvaises nouvelles. Un président protecteur, garant du modèle social français qui ne pourra être préservé qu'au prix d'une politique de rigueur sans faiblesse. Le dogme sarkozyste reste inchangé : travailler plus, dépenser moins. Le pédagogue s'est fait plus piquant à mesure qu'on l'éloignait de l'Europe, même mordant quand avec une volupté évidente il a étrillé les 35 heures, carrément puncheur quand on lui a tendu le plat des affaires. Le naturel revenait au galop. Lisant son agacement envers le « système médiatique », on se disait alors qu'il n'avait pas tant changé que cela...

La Grèce va "continuer" les efforts

La Grèce va "continuer" de travailler pour devenir "un pays productif", a affirmé hier soir le premier ministre grec Georges Papandréou, s'adressant aux Grecs via la télévision publique grecque, au lendemain d'un accord crucial de désendettement avec la zone euro.

"Nous allons continuer à travailler d'une manière intensive (...), après la bataille qu'on a gagnée, qui est d'une grande importance pour le pays (...), je ne peux qu'être optimiste pour atteindre le prochain objectif, celui d'une Grèce productive", a déclaré M. Papandréou dans une allocution télévisée de quelques minutes. Prévu initialement à 17 heures, le message à la nation du Premier ministre a finalement été diffusé à 18h30.

"Besoins d'emprunt couverts pour les prochaines années"

M. Papandréou est rentré jeudi après-midi à Athènes de Bruxelles où les dirigeants de la zone euro, après d'intenses tractations, se sont mis d'accord pour réduire fortement la dette de la Grèce et pour mobiliser 1.000 milliards d'euros, afin d'empêcher la contagion de la crise, notamment à l'Espagne et l'Italie.
Avec cet accord, "nous sommes arrivés à effacer une très importante partie de notre dette" et "couvrir les besoins d'emprunt pour le pays pour les prochaines années et surtout avec des conditions favorables", a souligné M. Papandréou.

Les banques et fonds d'investissements privés qui détiennent de la dette grecque ont accepté de renoncer volontairement à 50% de leurs créances. A partir de janvier 2012, ils échangeront leurs obligations de dette grecques contre d'autres dont la valeur sera diminuée de moitié. Cela représente un effacement de 100 milliards d'euros de dette, sur un total de plus de 350 milliards d'euros.

"L'accord ouvre de nouvelles perspectives"

De son côté, le Fonds de stabilité de la zone euro (FESF) apportera à ces créanciers privés 30 milliards d'euros de garanties sur ces nouvelles créances. "Cet accord ouvre de nouvelles perspectives pour notre pays, nous donne du temps et nous éloigne de l'incertitude", a ajouté M. Papandréou. Il a appelé à l'unité le peuple grec pour la poursuite des efforts: "Nous avons encore beaucoup de travail à faire et il faut qu'on soit tous ensemble", a-t-il dit.

Jusqu'à présent, le principal parti d'opposition (Nouvelle Démocratie, droite) reste fermement opposé à tout consensus avec la majorité socialiste sur les mesures économiques à adopter pour répondre aux demandes des créanciers et assainir l'économie du pays. M. Papandréou a assuré que l'accord de la zone euro de mercredi n'aurait pas de répercussions négatives "sur le système bancaire ou des retraites". "L'accord donne de nouvelles possibilités pour le développement, (il procure) des liquidités dans l'économie réelle et contribue à l'assainissement du système bancaire", a relevé le Premier ministre.

«Un exercice réussi pour Nicolas Sarkozy»

Face à la crise, Sarkozy veut montrer qu'il est «au travail»

Le chef de l'État est très largement revenu jeudi soir sur l'accord obtenu à Bruxelles pour résoudre la crise de la dette. Il a aussi parlé politique, critiquant l'opposition et évoquant la date d'une éventuelle entrée en campagne.


jeudi 27 octobre 2011

Tous à la merci de l’Allemagne

Les dirigeants de la zone euro ont allégé la dette grecque et augmenté le montant de leur aide. Mais pour Eleftherotypia, qui considère en Une que “les tanks allemands sont dans le plan de sauvetage”, cette décision place les Grecs et tous les Européens sous la coupe de Berlin.
Encouragée par plus de 80% des députés qui lui ont donné le feu vert, Angela Merkel s’est rendue au sommet de Bruxelles pour trouver une solution au problème grec.
Or la décision prise par les dirigeants européens avait été annoncée presque point par point par la chancelière devant ses deputés ! Il semblerait qu’elle n’ait même pas tenu compte de l’échange de points de vue avec les autres dirigeants européens, comme s’il n’y avait pas d’autres joueurs en Europe.
Bien entendu, tout le monde sait que l’Allemagne est le joueur le plus fort en Europe. Tout le monde sait que son avis pèse plus lourd que les autres. Mais elle ne peut pas toujours avoir le dernier mot. Parce qu’en politique, il ne faut pas appliquer les mêmes règles qu’au football, où "à la fin, ce sont toujours les Allemands qui gagnent", comme le disait un ancien joueur anglais.
En fait, au train où vont les choses, on se retrouve dans le scénario inverse. Parce qu’en football, les Allemands perdent souvent alors qu’en Europe, ils imposent toujours leur avis. Ils ne rencontrent d’ailleurs aucune objection. Même le président français est critiqué par sa propre presse parce qu’il soutient les positions allemandes.

La chancelière fait ce qu'elle veut

D’autres dirigeants, comme le Premier ministre luxembourgeois Jean Claude Juncker, s’inquiètent de l’hégémonie allemande. Mais tout cela ne sert à rien. La chancelière Merkel fait ce qu’elle veut. Par rapport à la Grèce, elle a imposé la solution comprenant une décote de la dette de 50% et des réformes structurelles en profondeur, avec des mesures de rigueur à la clé.
Voilà en effet la contrepartie du “cadeau” de la restructuration : la rigueur. Même si Merkel à expliqué à ses députés qu’elle a du “respect” pour les sacrifices consentis par les Grecs, cela ne change rien à la réalité de l’austérité. Cela vaut pour la Grèce mais aussi pour les autres pays dans le collimateur, comme l’Italie, au-delà de la réticence de Berlusconi.
La Grèce, comme l’ensemble de la zone euro, est donc à la merci de l’Allemagne. Quand les décisions majeurs sont en discussion et qu’au final, elles sont imposées par un pays qui ne recule devant rien, les autres font forcément marche arrière. Si l’on continue sans que d’autres pays imposent leur point de vue, rien de bon ne pourra arriver en Europe, en particulier pour les petits pays, les maillons faibles de la chaîne.

La famille UE

Le gouvernement grec va devoir nationaliser ses banques

Une des conséquences paradoxales de l'accord conclu dans la nuit de mercredi à jeudi 27 octobre entre les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro est qu'Athènes va devoirnationaliser une partie de ses banques.

Jusqu'ici Bruxelles et le Fonds monétaire international (FMI) ont multiplié jusqu'ici les pressions pour que le gouvernement mette en oeuvre un programme ambitieux de privatisations, qu'il a bien du mal à faire avancer.
"Il est très probable qu'une partie importante des actions des banques passera sous le contrôle de l'Etat", a reconnu le premier ministre grec, Georges Papandréou, jeudi à Bruxelles. Il s'est toutefois voulu rassurant : "Après une restructuration, nous les remettrons sur le marché, comme d'autres pays l'ont fait. C'est une procédure normale et il n'y a aucune raison d'en avoir peur."
Dans son programme de privatisations, le gouvernement grec s'était engagé, en juin, à céder ses participations dans la Banque Postale fin 2011 et dans la Banque agricole en 2012.
Depuis plusieurs jours, les banques grecques ont tiré la sonnette d'alarme. "Ceux qui soutiennent une grande décote des obligations sont soit ceux qui n'ont rien à perdre de l'effondrement de la Grèce (...), soit ceux qui n'ont rien compris à la nature de l'opération", avait expliqué, le 14 octobre, le président de la Banque du Pirée, Michalis Sallas.
L'ancien ministre des finances, Georges Papaconstantinou avait également fait part de son inquiétude : "Une décote importante mettrait en grand danger l'économie du pays, le système bancaire, les caisses de retraites et les liquidités."
Mais Georges Papandréou et son ministre des finances, Evangélos Vénizélos, se sont rangés du côté des partisans d'un "hair cut" bien franc.
"Les banques devront avoir recours au Fonds européen de stabilité financière, qui constitue, quand même un filet de sécurité", explique Nicolas Georgikopoulos, économiste au Centre pour la planification et la recherche stratégique, à Athènes.
"Dans un pays où l'on sait que l'Etat ne fonctionne pas, on lui confie la gestion des banques. C'est absurde", s'étonne Stéphane Manos, député libéral et ancien ministre des finances.
L'autorité bancaire européenne a estimé à 30 milliards d'euros les besoins en recapitalisation des banques grecques. Celles-ci détiennent 44 milliards d'euros d'obligations grecques. Elles souffrent également d'un manque de liquidités et ne peuvent désormais se financer qu'auprès de la Banque centrale européenne (BCE).
Inquiétudes
La récession a eu pour conséquence une chute des dépôts, qui ont fondu de près de 50 milliards d'euros en deux ans. Le groupe américain Black Rock réalise en ce moment un audit des banques grecques, qui suscite des inquiétudes.
Le gouvernement grec vient déjà d'intervenir pour sauver la banque Proton, dont les problèmes viennent davantage des malversations de son principal actionnaire, que de la crise.
Le ministre des finances, Evangélos Vénizélos, s'est, de son côté, voulu rassurant, mercredi 26 octobre, à propos des caisses de retraites, qui détiennent 8 milliards d'euros de dette grecque. Il a expliqué que "le gouvernement prévoit de prendre toute mesure adéquate pour la sécurité sociale (et) pour garantir les caisses de retraite et améliorer leurs fonds."

L'Europe au bout de la nuit dans la douleur

Crise de l'Europe, de l'euro, de l'endettement. Crise de la gouvernance, de méfiance des marchés et de défiance des opinions. Sans parler de la crise de nerfs qui sans doute a failli jaillir des crânes des dirigeants réunis au chevet de la zone euro. Hier soir, ils avaient toujours un pied dans le vide, un autre à Bruxelles, en quête du sursaut permettant d'éviter le précipice. Si des progrès étaient accomplis sur le Fonds de stabilisation financière, si la recapitalisation des banques faisait l'objet d'un accord, le niveau de l'effacement de la dette grecque demeurait l'écueil majeur devant la résistance des banques créancières. Surtout, la solution globale espérée, condition pour enrayer la contagion de la crise aux maillons faibles, peinait à se dessiner. Or, sans geste fort, comment rassurer les opérateurs financiers ? Le scénario catastrophe semblait évité, mais les ambitions étaient revues à la baisse. Cependant, personne n'a droit à l'échec, à commencer par le couple franco-allemand, qui vit ses heures les plus tourmentées de son histoire. Ni Angela Merkel, laquelle n'entend pas débourser plus que prévu. Ni Nicolas Sarkozy, lequel cherche à empêcher à tout prix que la France ne soit attaquée par les marchés. Ce sont deux visions différentes de la solidarité européenne qui en réalité s'affrontent, la chancelière parvenant à imposer sa ligne et à se poser en chef d'orchestre. Quelle que soit l'issue finale des négociations, la monnaie commune ne pourra longtemps survivre avec un orchestre aussi désaccordé et dix-sept instrumentistes jouant chacun sa propre partition économique.

Encore un tour ?

Catastrophisme ambiant

Hier à Bruxelles, la chevauchée des Walkyries s’était substituée à l’hymne à la joie. On nous promettait Apocalypse now et un scénario comme seul Hollywood sait en produire pour l’avenir de l’euro. Roulements de tambour avant chaque inspiration d’Angela Merkel par qui passe le salut de l’Eurogroupe. Faute d’accord, le continent dériverait en territoires inconnus.

Pourtant, au café du commerce, lassé ou dépassé par cette dramaturgie qui se trame depuis deux ans, l’ambiance était plus à radio Nostalgie qu’à radio Londres. Même pas peur ? Une décennie que l’Occident va de psychose en psychose. De quoi se blaser. Quand ce n’est pas la dette ou la bulle spéculative, c’est le climat et la menace que notre civilisation s’autodétruise. Nous sommes 7 milliards et avec la nature aussi on vit à crédit.

De verts messagers de la fin du monde tendent à culpabiliser l’homme, l’exhortant à réduire son train de vie, voire la vie. Sans parler de ces pandémies ou du terrorisme qui entretiennent l’incertitude de notre sort. “Aujourd’hui, l’anxiété est élevée au rang de vertu politique”, écrit Bruckner dans son dernier livre, “le fanatisme de l’Apocalypse, sauver la Terre, punir l’Homme”. Cette récurrence dans le catastrophisme banalise et brouille notre perception de la gravité. Ce soir, Nicolas Sarkozy s’exprime à la télé. Peut-être, citant son vieux mentor, nous appellera-t-il “à faire des sacrifices”. Ainsi parlait, déjà, Balladur en 1994. Ô temps béni de l’allégresse insouciante.

Le diable est dans les détails

Ce n’est pas en une nuit de négociations et dans des sommets à répétition que les chefs d’État et de gouvernement arrêteront miraculeusement le double plan de sauvetage de la Grèce et de l’euro. Le croire relève de la pantomime politicienne ! Car il y a les « détails »… et le « diable est dans les détails ». Or seuls ces « détails » comptent en expliquant noir sur blanc les décisions. Dès ce matin, marchés financiers en tête, le monde va les étudier à la loupe, ou les interpréter en spéculant sur leur manque, pour rendre un premier verdict positif ou négatif.

Certes, il sera de bon ton de saluer la volonté politique d’Angela Merkel dûment légitimée par le Bundestag pour négocier, toutefois dans l’étroit cadre d’une limite à ne pas franchir. Une limite qui porte sur le rôle de Banque centrale européenne que nos voisins veulent à tout prix « indépendante », en lui interdisant d’acheter des obligations compromises, ce qu’a pourtant fait Jean-Claude Trichet à hauteur de 170 milliards, sauvant sans doute l’euro durant les tourmentes de l’été. Or, contredisant la chancelière, Mario Draghi, futur patron de la BCE, affirme qu’il continuera, s’il le faut, cette « politique non conventionnelle ». Heureusement, d’ailleurs.

Ce n’est pas le seul « couac » constaté hier. Un autre porte sur la « décote » de la dette grecque. Nul ne sait encore comment, sans connaissance des fameux « détails », les banques exposées mettront – ou voudront mettre — en œuvre cette restructuration. Quant à l’effet levier du Fonds de stabilité FESF, là encore les précisions s’imposent. Multiplier 440 milliards par quatre ou cinq en les transformant en « assurances-crédit partielles » augmente l’efficacité de l’apport initial… quand tout va bien. En multipliant les risques d’autant. Et ce FESF recèlerait aussi, en son sein ou en marge, un « fonds fantôme » nourri de capitaux chinois, surtout destiné à faire face aux déficiences des « poids lourds » comme l’Italie. En quelque sorte, l’Europe vendrait son indépendance, son âme aussi. Voilà qui serait pourtant bien plus lourd de conséquences que sortir la BCE du dogmatisme primaire dans lequel l’enferme l’Allemagne au nom de sa puissance politique synonyme de sa relative bonne santé économique.

Tout repose sur ces « détails » si déterminants. On les connaîtra peut-être aujourd’hui. On verra aussi si une Europe politique existe encore.

L'Europe, de l'Allemagne à la... Chine

L'Europe, de l'Allemagne à la... Chine Au fil de sommets à répétition, le plus souvent sauvés in extremis, on avait fini par croire qu'une fois de plus l'Europe, le dos au mur d'une crise existentielle gravissime, allait s'en sortir à l'heure propice du journal télévisé. Comme d'habitude, au prix d'un habillage politique consensuel de façade. L'histoire retiendra peut-être que le 26 octobre 2011 aura marqué une rupture dans cette dramaturgie trop bien orchestrée, sous l'égide de l'Allemagne.

Plus que jamais maître de la partie cruciale qui se joue sur l'avenir de l'Europe, Angela Merkel ne veut plus, apparemment, se payer de mots, en rassurant au rabais avec des promesses floues et non gagées. Les marchés jugeront. Ce qui est sûr, et cela ne risque pas de leur échapper, c'est que l'Europe est de plus en plus sous la coupe peu suspecte de démagogie de l'Allemagne et de sa chancelière.

Elle impose son parler vrai : fini les déclarations lénifiantes ou artificiellement volontaristes. Elle impose son calendrier. Elle impose surtout sa politique - une potion de rigueur et de conservatisme - sur pratiquement tous les sujets vitaux : la recapitalisation des banques, le rôle autonome de la Banque centrale européenne, l'ampleur limitée du fonds européen de solidarité financière, l'effacement très contrôlé de dette grecque, la mise au pas sévère des mauvais élèves. N'en déplaise à Nicolas Sarkozy, l'Europe roule à l'heure allemande. Et tant pis pour ceux qui voulaient croire, en France, à l'alliance du volontarisme sarkozien et de la rigueur merkelienne.

Le poids de la tutelle allemande sur l'Europe ne doit pas occulter l'autre événement inédit et peut-être décisif du énième sommet de la dernière chance : l'apparition surprise de la Chine au guichet du fonds ad hoc de sauvetage collectif (FESF). Imaginer la Chine en sauveteur de la « vieille Europe », il y a seulement cinq ans, était impensable. La roue de l'histoire tourne aujourd'hui à une vitesse qui donne le tournis.

Sans préjuger du rôle précis de Pékin, cela démontre que le centre de gravité du monde est en train de basculer très vite vers l'Asie, marquant le déclin de l'Europe face aux « émergents » d'hier. Le problème, c'est que la Chine n'est pas seulement ce pays dont on condamne de plus en plus mollement la politique en matière de droits de l'homme. C'est un rouleau compresseur politique et économique qui s'embarrasse assez peu des règles du jeu de nos « vieilles » démocraties, profitant d'effets de masse et de vitesse jamais connus dans l'histoire.

Depuis qu'elle a rejoint le concert des grandes puissances, la Chine fait preuve d'un sens aigu de son intérêt national, qui n'a que peu à voir avec une philanthropie désintéressée. Personne ne peut croire qu'elle signerait un chèque en blanc à cette Europe affaiblie, cabossée de partout, écartelée entre les 17 de l'euro et les 27 de l'Union, les fédéralistes et les souverainistes, les vertueux et les laxistes, les volontaristes et les traîne-savates.

Reste la lancinante question : que penseront les marchés au terme du laborieux sommet de Bruxelles ? Ce sont eux qui ont posé le garrot de taux d'argent prohibitifs aux mauvais élèves de la zone euro. Ce sont eux qui peuvent l'appliquer, demain, à l'Italie ou le desserrer sur des critères qui ne sont pas toujours éclairés par l'intérêt général... Eux que les politiques avaient envisagé de mieux contrôler au coeur de la crise en 2009. Ils doivent amèrement le regretter. Car les marchés peuvent encore faire éclater la zone euro.

Valéry Giscard d'Estaing estime qu'"on exagère" la gravité de la crise européenne

L'ancien président de la République, Valéry Giscard d'Estaing a relativisé, mercredi 26 octobre, la portée de la crise européenne, appelant ceux qui sont en train de paniquer à "voir un peu plus loin". "On exagère", a estimé sur RTL l'ancien chef de l'Etat, fervent partisan de la construction européenne, en rappelant le sens de cette union.

"Nous avons une monnaie unique. Aujourd'hui qu'est-ce-qu'elle fait ? Elle monte. Elle n'est pas en crise. Donc, dans toute cette affaire, je suis frappé par le fait qu'elle est traitée dans l'agitation et avec un niveau de compétence relativement faible", a-t-il estimé à l'adresse des commentateurs. Quant aux politiques, "ils disent toujours que l'heure est grave parce que si cela va mal, ils l'auront annoncé et si cela tourne bien ils auront le mérite d'avoir résolu les problèmes", a-t-il fait valoir.
"TOUT LE MONDE PANIQUE MAIS LE PIB DE L'EUROPE EST 3 FOIS CELUI DE LA CHINE"
Sur la situation des banques, l'ancien président a jugé que la question de leur recapitalisation était "incompréhensible pour les citoyens". "En mai-juin dernier, on a fait subir des tests à toutes les banques européennes qui ont montré qu'il n'y avait pas de problème sérieux et qu'elles avaient de la trésorerie. Alors, trois mois après, on parle de les recapitaliser. Comment voulez-vous que les citoyens s'y retrouvent ?", a-t-il souligné. "Et, d'autre part, ce ne sont pas des sujets pour les chefs d'Etat ou de gouvernement, mais pour les banquiers centraux", a-t-il ajouté.
Pour l'ancien leader centriste, fondateur de l'UDF, "il y a un sujet intéressant : est-ce que les dix-sept États de la zone euro, qui sont les seuls à vouloir faire avancer l'Europe, vont former pour les années 2030-2040 une puissance économique et monétaire forte, de la taille des USA ou de la Chine". "Tout le monde est là à paniquer mais le PIB de l'Europe est trois fois celui de la Chine. Et l'on se conduit comme si nous n'étions rien, insignifiants, désordonnés, incapables de créer et de produire", a-t-il déploré.
"Le problème, pour l'ex-chef de l'Etat, c'est de revenir à une conception gaulliste de la stratégie politique, c'est-à-dire de voir un peu plus loin". "Est-ce-que cette crise sert à donner à l'euro le symétrique économique dont l'Europe a besoin depuis le début. Si c'est oui, c'est très bien, et il n'y a pas lieu d'en faire un drame", a-t-il conclu.

plantu voit la tunisie !

Euro: vers un FESF à plus de 1000 Mds

Le Fonds européen de stabilité financière (FESF), dont les fonds encore disponibles atteignent entre 250 et 275 milliards d'euros, sera démultiplié par un facteur au moins égal à quatre, ont indiqué mercredi deux sources participant au sommet de la zone euro à Bruxelles.

Ce recours à l'effet de levier portera la capacité totale du fonds de soutien à l'euro à 1.000 milliards d'euros au moins. "L'effet de levier sera "au minimum de 4", a dit l'une des sources, qui a précisé que les dirigeants européens ne communiqueraient toutefois aucun chiffre mercredi soir.

Le chiffre final sera connu une fois que les discussions sur le deuxième plan de sauvetage de la Grèce seront finalisées.

Une longue nuit pour sauver la zone euro

Les chefs d'État et de gouvernement étaient réunis mercredi pour venir au secours de la Grèce et de la monnaie unique.

L'Europe a engagé mercredi soir un marathon à suspense pour reprendre le contrôle de sa monnaie et de son destin. Mais aux premières heures de ce nouveau sommet de crise à Bruxelles, l'espoir d'un règlement tous azimuts de la crise de la dette butait toujours sur la Grèce, révélateur du malaise, et sur le fonds de sauvetage, censé stopper la contagion pour l'avenir.

Angela Merkel, rassérénée par un soutien très majoritaire au Bundestag, a confirmé l'existence de blocages dès le début du sommet: « Il y a encore beaucoup de problèmes à régler et de négociations à mener, donc le travail n'est pas terminé», a-t-elle fait savoir à son arrivée à Bruxelles. Du côté français, après un nouveau tête-à-tête d'une heure entre la chancelière et le président, on se voulait pourtant rassurant: «Le fossé n'est pas insurmontable.»

Contrairement à l'objectif initial du double sommet (Europe entière puis zone euro seule), les chances semblaient néanmoins s'amenuiser d'une réponse assez complète et précise pour enrayer la contagion. Dix-huit mois après la première alerte sur la Grèce, les négociations avec les banques créancières se sont à nouveau enlisées. Berlin brandit la menace d'une restructuration précipitée de la dette grecque, avec une décote d'au moins 50%, «imposée aux banques si elle n'est pas volontaire». Mais les établissements financiers refusaient de franchir ce seuil en début de soirée.

La France est en retrait sur la question, par crainte de déclencher une réaction en chaîne catastrophique aussi bien pour le système financier que pour d'autres pays endettés, telles l'Italie et l'Espagne. Les derniers milliards sont les plus difficiles à trouver, explique un haut responsable, laissant prévoir que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel pourraient faire directement valoir leurs arguments aux représentants de l'industrie bancaire, eux aussi réunis à Bruxelles.
Négociations nerveuses

Au cœur de négociations nerveuses entre banquiers et hauts fonctionnaires, la décote grecque est la variable de départ d'une série d'additions-gigognes que les dirigeants européens s'étaient donné pour mission de verrouiller la nuit dernière. De l'allégement du fardeau consenti à Athènes dépend largement le montant de la recapitalisation des banques, officieusement chiffré à 108 milliards d'euros.

Au bout de ces inconnues en cascade, c'est la force de frappe du FESF, le fonds de sauvetage européen, qui vient en question. Le chiffre, jalousement gardé secret, est celui qu'attendent les marchés pour jauger le nouvel arsenal de défense de l'euro. Pour ce trésor de guerre, des montants allant jusqu'à 2000, voire 3000 milliards d'euros ont circulé ces dernières semaines. Mercredi soir, tout portait à croire que le sommet s'entendrait sur un chiffre moins ambitieux.

Sous la pression d'Angela Merkel et malgré les réticences de Nicolas Sarkozy, la zone euro a volontairement bridé ses moyens: elle a renoncé dimanche à faire de la BCE et de ses capacités de financement théoriquement illimitées le ressort principal de la défense de l'euro. La question posée mercredi au sommet était de mieux mobiliser les ressources existantes, qu'il s'agisse des fonds encore disponibles du FESF ou de ce que des acteurs externes, comme la Chine ou le FMI, seraient disposés à investir dans des emprunts publics européens.
Force de frappe

Du côté français, on assurait mercredi soir que les Européens s'entendront sur un effet de levier «supérieur à quatre», afin de démultiplier les interventions du fonds européen. Ce qui aboutirait à une force de frappe d'un peu plus de 1000 milliards d'euros.

Il faudrait y ajouter ce que les fonds souverains chinois, japonais ou russe, bientôt directement sollicités par l'UE, pourraient apporter au dispositif. Dans tous les cas, il y avait peu de chance que le fameux chiffre soit divulgué à l'issue du sommet: «Nous n'allons surtout pas dire aux marchés à quel endroit ils doivent nous attendre», lâchait mercredi un haut responsable européen.

Les marchés, justement, feront très vite connaître leur verdict sur le résultat du sommet. Ils semblaient l'attendre mercredi dans une certaine sérénité, contrastant de façon surprenante avec la fébrilité bruxelloise: les Bourses européennes sont restées stables, les places américaines étaient en hausse à l'ouverture du sommet, et l'euro a touché un plus haut quelques heures plus tôt depuis sept semaines face au dollar.

Retour sur les problèmes financiers de la Grèce