TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

mardi 18 mai 2010

Le tabou d'une hausse des prélèvements commence à tomber

"Je ne suis pas socialiste, je n'ai pas été élu pour augmenter les impôts", lançait encore, le 11 mai dernier, le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, lorsqu'on lui demandait si une hausse des prélèvements était envisagée pour faire face aux déficits. Quelques jours plus tard, si l'opinion de l'UMP sur la question n'a – officiellement – pas changé, la perspective d'une augmentation de la fiscalité se fait de moins en moins inconcevable.
Au regard de la crise de confiance qui frappe la zone euro, et alors que la commission européenne envisage de plus en plus sérieusement de renforcer son contrôle sur les déficits des Etats, l'Elysée n'a guère le choix. Si le gouvernement veut tenir la promesse faite à l'UE de ramener le déficit public à moins de 3 % du PIB d'ici 2012 (il est actuellement de 8 %), il lui faut trouver de ressources nouvelles.

Pour Jérôme Cahuzac, président socialiste de la commission des finances de l'Assemblée, "les choses sont simples". "Dans le programme de stabilité transmis à Bruxelles, il y a une hausse de 40 milliards d'euros des ressources de l'Etat, d'ici à 2012. Même si on rabote les niches fiscales, il reste 35 milliards à trouver. Donc soit la croissance permet ce gain massif de recettes, soit ces sommes sont inatteignables." A moins d'augmenter les impôts.

L'hypothèse avancée par Christine Lagarde pour y parvenir est celle d'une série de coupes franches dans les dépenses, mais surtout d'un retour à une croissance plus forte et durable dès 2010 (1,4 %) puis en 2011, 2012 et 2013 (2,5 % par an). Un taux qui n'a plus été atteint trois années de suite depuis la fin des années 1990. La Commission européenne juge officiellement ce scénario "peu crédible". Dès lors, estime Jérôme Cahuzac, "une hausse des prélévements paraît inévitable".

VERS UNE HAUSSE DE LA CRDS ?

Pour le moment, le gouvernement veut se contenter de raboter les niches fiscales (soit un gain espéré de 6 milliards en trois ans) et de tailler dans les dépenses de fonctionnement de l'Etat. Mais officieusement, il travaille déjà à trouver d'autres sources de financement.

Mercredi matin, Les Echos évoquaient la possibilité de doubler le taux de la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS). Ce prélèvement, destiné à financer la Caisse d'amortissement de la dette sociale (Cades), chargée depuis 1996 d'apurer la dette de la sécurité sociale, est actuellement prélevé à la source à hauteur de 0,5 % du revenu brut.

L'augmenter à 1 % permettrait de récupérer 500 millions supplémentaires par an environ. Une somme qui, par effet de levier, suffirait à permettre de transférer à la Cades les déficits sociaux de 2009 et 2010 sans toucher à la durée d'amortissement de cette caisse, qui doit prendre fin vers 2020-2022. L'hypothèse de cette hausse avait été exclue par Eric Woerth en 2009. Cette année, le gouvernement pourrait être forcé de la mettre en place.

QUELLES AUTRES PISTES DE FINANCEMENT ?

Ce contexte fiscal pourrait en tous cas faire une victime : le bouclier fiscal. Devenu pour la gauche le symbole de l'inéquité du gouvernement, cette mesure, qui touche 16 000 contribuables pour un coût de 800 millions d'euros, a subi une première entaille : la taxe sur les hauts revenus envisagée pour financer les retraites ne sera pas couverte par le bouclier, a annoncé le gouvernement.

Dès lors que le bouclier n'est plus un dogme, l'une des pistes pour résorber les déficits pourrait être celle d'un prélèvement sur les revenus du capital. Outre une taxe sur les transactions financières, évoquée au niveau européen, le gouvernement pourrait être tenté d'alourdir la fiscalité des valeurs mobilières. Mais, rappelle Boursier.com, celle-ci a déjà augmenté au cours du mandat de Nicolas Sarkozy, passant de 27 % en 2008 à 30,1 % aujourd'hui.

Restent d'autres options : augmenter la CSG, en sachant qu'un point supplémentaire de cette taxe rapporterait environ 2 milliards d'euros. Ou encore la TVA, comme vient de le faire le Portugal. Une hausse d'un point pourrait ramener six milliards dans les caisses de l'Etat. Mais coûterait cher dans les sondages.
Samuel Laurent

LOIRE-ATLANTIQUE - Deux femmes s'écharpent pour un niqab

Il fallait s'y attendre. Après des mois de polémiques médiatiques et de discussions politiques autour du voile intégral, ce débat passionné a fini par trouver un écho dans l'espace public.

D'après Presse Océan , qui révèle l'information, une violente altercation a opposé samedi deux femmes dans un magasin de Trignac, près de Saint-Nazaire, en Loire-Atlantique. Voyant passer une femme vêtue d'un niqab, une cliente du magasin, au visage découvert, aurait fait une remarque à sa fille à voix haute, laissant entendre qu'elle souhaitait voir rapidement adoptée la loi interdisant le port du voile intégral.

La femme au visage dissimulé aurait alors vivement réagi, et le ton serait rapidement monté entre les deux clientes. À tel point que, selon la mère et sa fille, la femme au niqab aurait giflé l'une d'elles - un geste que la femme voilée dément avoir donné. La mère aurait ensuite arraché le niqab de son interlocutrice, avant que l'époux de la femme voilée et le personnel du magasin n'interviennent afin de calmer la situation.

Deux plaintes déposées

En tout état de cause, deux plaintes ont été déposées après cette violente dispute, l'une pour injure à caractère ethnique, racial ou religieux (déposée par la femme au niqab), l'autre pour violence sans incapacité totale de travail (déposée par la mère et sa fille). La mère de famille est une avocate de 60 ans. La femme voilée a 26 ans.

Le projet de loi sur l'interdiction du voile intégral prévoit une amende de 150 euros pour toute personne dissimulant son visage et crée un délit sanctionnant beaucoup plus sévèrement ceux qui l'imposeraient. Ce texte doit être présenté mercredi en conseil des ministres et débattu début juillet par les parlementaires. En attendant, l'Assemblée nationale a adopté, mardi dernier, une résolution symbolique déclarant que le port du voile intégral est une "pratique radicale contraire aux valeurs de la République".

En avril dernier, c'est aussi en Loire-Atlantique qu'une polémique était née autour du voile intégral. Une conductrice portant le niqab avait écopé d'une amende de 22 euros pour "circulation dans des conditions non aisées", après un contrôle routier à Nantes. L'affaire avait pris une tournure politique quand le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, avait accusé le mari de cette femme de polygamie et de fraude aux aides sociales. Il a depuis demandé l'examen de sa déchéance de nationalité.


Derrière les postures

Dans le langage du rugby, on appelle cela le « French Flair », une sorte de créativité typiquement française, par opposition à la rigueur du jeu britannique, réputé moins fantaisiste mais plus efficace. Cette particularité ferait la force des équipes du continent, sauf quand elle se traduit par des fautes et des maladresses. Bref, le spectacle serait plus beau, mais la victoire pas forcément assurée. Il semble que les joueurs français aient aujourd’hui appris, pour leur plus grand bénéfice, à mettre un peu de raison dans leur passion.

Le sujet est infiniment plus grave, mais osons l’analogie. Dans le domaine des relations sociales, il existe une « culture » typiquement française. Contrairement à d’autres pays européens, notre pays avance vers les réformes en ordre très dispersé. Chaque étape de l’actuelle réflexion sur les retraites illustre cette division, spectaculairement affichée dans les médias, même si dans leur for intérieur certains partagent le même diagnostic et seraient d’accord sur une partie des remèdes. L’annonce par le gouvernement des pistes qu’il souhaite soumettre aux partenaires sociaux a provoqué les réactions attendues : « insuffisant », « flou » (qu’aurait-on entendu si la proposition était arrivée, avant concertation, toute ficelée ?), idéologique… Même l’annonce – certes non chiffrée – d’une contribution des hauts revenus et des revenus du capital n’a pas réussi à convaincre d’une inflexion significative du plan gouvernemental, en association avec la solution d’un allongement de la durée de cotisation ou le changement de l’âge légal de la retraite.

On n’en est qu’au prologue et chacun reste dans son rôle, ou plutôt dans son jeu de rôle. On espère que les différents acteurs accepteront d’assouplir leur posture pour rapprocher les positions. Si l’on veut une adhésion de l’ensemble des Français, une acceptation des sacrifices demandés, une compréhension de la gravité des enjeux – la sauvegarde du système de répartition, sans érosion du montant des retraites –, il faudra bien, dans le dialogue social à la française, instiller quelques gouttes de raison et d’esprit de consensus. Sinon, au bout de la partie, on comptera beaucoup de perdants.


Dominique Quinio

Libération de Clotilde Reiss: Daniel Cohn-Bendit demande au PS d'arrêter de «jouer aux vierges»

Le leader d'Europe écologie vise Benoît Hamon, qui a réclamé des explications au gouvernement...

Dany voit rouge. L'eurodéputé Europe Ecologie s'en est pris ce mardi au PS, qui a demandé au gouvernement, par la voix de son porte-parole Benoît Hamon, de «s'expliquer» sur «les contreparties» à la libération de Clotilde Reiss, au lieu de «maquiller les choses». «Jouer aux vierges comme ça c'est quand même ridicule», a estimé Daniel Cohn-Bendit sur Canal +.
Une «manière d'opposition absolument ridicule»

«Clotilde Reiss a été libérée, c'est bien, et si le gouvernement a fait tout ce qu'il a pu pour la libérer, eh bien c'est comme ça», a déclaré le leader d'Europe Ecologie. «On ne peut pas demander à un gouvernement de libérer, de dealer, et après de mettre ça sur la place publique», a-t-il ajouté, jugeant «cette manière d'opposition absolument ridicule».

Daniel Cohn-Bendit a par ailleurs appelé «ces vierges socialistes» à «se rappeler ce qu'étaient les ministres de l'Intérieur à la (Daniel) Vaillant» sous Mitterrand car selon lui «tout ça c'était vraiment aussi pas jojo non plus».

L'euro coule, l'Eurogroupe dit sa confiance

Les ministres des finances de la zone euro se sont dits préoccupés, lundi, par la chute rapide de l'euro, et promettent de redoubler d'efforts pour réduire leurs déficits afin d'enrayer la crise de confiance qui continue d'ébranler l'Union monétaire. Malgré le gigantesque plan de soutien de 750 milliards d'euros mis sur pied il y a une semaine, les marchés restent nerveux et continuent à être préoccupés à la fois par la dette accumulée par les Etats, et par l'impact négatif de leurs plans de rigueur sur la croissance.
Le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a tenté de rassurer en affirmant que l'euro restait "une monnaie crédible". "Je ne suis pas préoccupé par le taux de change actuel [de l'euro] mais par la vitesse à laquelle le taux de change s'est détérioré", a-t-il toutefois reconnu. Le commissaire européen au marché intérieur, Michel Barnier, estime mardi que le niveau de l'euro, actuellement chahuté sur les marchés, devait être jugé "sur une certaine durée". "L'euro a regagné du terrain après être tombé lundi à son plus bas niveau depuis quatre ans contre le dollar, en raison des craintes persistantes liées aux dettes souveraines de la zone euro", a-t-il déclaré sur France-Inter. L'euro demeurait sous pression mardi face au billet vert. Vers 8 heures (heure de Paris), la monnaie européenne valait 1,2363 dollar contre 1,2394 dollar lundi soir. La monnaie européenne était tombée à 1,2235 dollar lundi matin, son plus bas niveau depuis le 18 avril 2006.

Pour ne rien arranger, le mécanisme sans précédent de 750 milliards d'euros de prêts et de garantie de prêts décidé le 10 mai, pour les pays de la zone euro qui auraient des difficultés à emprunter sur les marchés financiers, peine à être finalisé. M. Juncker a dû convoquer une nouvelle réunion des ministres des finances de la zone euro pour vendredi afin de boucler "les détails techniques". Toutefois, selon des sources diplomatiques, de longues et difficiles discussions ont eu lieu lundi soir à ce sujet à Bruxelles, notamment entre l'Allemagne et la France. Le dispositif prévoit 60 milliards de prêts européens gagés sur le budget de l'UE, 440 milliards d'euros de garanties apportées par les pays de la zone euro pour des prêts, et 250 milliards d'euros de prêts du FMI, soit 750 milliards d'euros au total.

Dans le même temps, M. Juncker a reconnu à demi-mot qu'un des points difficiles porte sur l'adoption par les Parlements nationaux du déblocage de garanties pour des prêts, si un pays de la zone euro venait à faire appel au mécanisme. La Finlande serait dans ce cas mais, selon une source diplomatique ; l'Allemagne aurait aussi longuement évoqué cet aspect, lundi soir, lors de discussions avec la France.

Les pays membres de l'Eurogroupe ont également soutenu la proposition de la Commission européenne d'organiser au premier semestre de chaque année un examen contradictoire des projets de budgets nationaux ,et ont estimé que la réduction des déficits publics ne devrait pas se faire au détriment de la croissance. "En ce qui concerne le mécanisme européen de stabilité financière, nous en avons discuté les principes et les paramètres (...) afin que les travaux techniques puissent être conclus prochainement", a déclaré le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, Olli Rehn.

Michel Barnier estime que cet examen des projets de budgets nationaux par l'Union européenne est un "progrès". "C'est un pouvoir supplémentaire pour chaque député que de voter en toute connaissance de cause", a déclaré M. Barnier sur France-Inter. "C'est une des leçons de la crise, je souhaitais depuis longtemps cette évolution vers davantage de gouvernance économique et budgétaire économique", a ajouté l'ancien ministre français. "On a la même monnaie, on est dans le même marché, on est totalement interdépendants", a-t-il fait remarquer.

Chaîne alimentaire

L'agriculture tient une place centrale dans le mode de vie français : deux repas par jour, plus le petit-déjeuner, tradition gastronomique, développement des territoires et, bien entendu, poids économique qui fait encore de notre pays, concurrencé par l'Allemagne, la première puissance agricole en Europe. L'avenir de ce secteur, au centre de la réunion à l'Élysée et de l'examen de la loi de modernisation demain, nous concerne donc tous. En particulier pour les deux maillons à chaque bout de cette chaîne.

Les consommateurs ont du mal à se nourrir correctement et à remplir leurs paniers de fruits et légumes. Entre obésité et pesticides, l'alimentation constitue désormais un enjeu majeur de santé publique. Les réponses ne peuvent se limiter aux cantines scolaires ou à quelques rayons bio et chérot ! Mais c'est le premier maillon qui souffre le plus. Les agriculteurs, dont la santé est aussi parfois affectée par l'usage de produits chimiques, sont plus que d'autres, victimes de toutes les crises, climatique, sanitaire, économique.

Sur les marchés ils ne jouent plus gagnants. Les vaches se font de plus en plus maigres. Chute terrible des revenus, retraite de base à 700 euros, et maintenant l'austérité qui pointe son nez, avant que la future PAC n'attaque, on comprend les désespoirs et inquiétudes. L'avenir à crédit ne prête pas à sourire. La loi de modernisation a l'ambition d'apporter des remèdes de fond aux différents maux qui minent depuis trop longtemps les agriculteurs, ballottés comme fétus de paille entre spéculateurs, à Chicago ou ailleurs, intermédiaires, industriels.

Pour renforcer le poids des agriculteurs, divers outils sont envisagés ici et au niveau de l'Europe. Elle doit tirer pour l'agriculture les mêmes leçons que dans la crise financière. Mais en attendant la moisson de Bruxelles et de cette quatrième loi en dix ans, les paysans risquent de trouver le temps long. Ils savent bien que la mondialisation leur impose des défis et que ce n'est pas à l'abri des talus qu'ils les relèveront. D'accord pour nourrir 9 milliards d'individus en 2050. Encore faut-il que, d'ici là, ils aient eux aussi de quoi manger.

Xavier PANON

Impressionnisme

L'essentiel serait-il dans le ressenti ?
La réforme des retraites s'annonce comme une épreuve où la psycho comptera plus que l'arithmétique. Impression de justice. Impression d'égalité devant l'effort à fournir. Impression de bâtir un système durable. Impression de respecter le modèle français. Impression de sauvegarder les grands acquis... Le succès - ou l'échec - de ce rendez-vous politique essentiel dépendront beaucoup de la capacité du gouvernement et des partenaires sociaux à donner au compromis final une enveloppe d'irrationnel qui pourra faire consensus au delà des désaccords.
Il y a une bonne base. Les Français, dans leur grande majorité, ont instinctivement compris que le statu quo était impossible. Ils sont plutôt convaincus désormais du poids de la contrainte démographique et c'est un point important pour le pouvoir face à des syndicats qui peinent à persuader l'opinion que d'autres ressources que le temps sont mobilisables. Mais le pays oppose aussi l'inertie d'un scepticisme global : pas moins de 77 % des Français ne croient pas en un avenir meilleur, et pour 85 % d'entre eux cette morosité anxieuse tient à... la perspective d'une retraite fragile et paupérisante.
Lucide sur ce moral national, historiquement bas, le gouvernement a donc choisi de leur dessiner un paysage flouté de ce qui les attend. Oui, ils devront travailler plus longtemps mais les très riches paieront plus. Donnant-donnant ! Et on tiendra compte de la pénibilité et des carrières commencées très tôt. Donnant-donnant ! La préservation du régime par répartition est une garantie qui pèse lourd dans la balance de l'inconscient collectif : l'impression d'avoir écarté le régime par capitalisation est réelle, mais elle se paiera par un report de fait - sinon sur le papier - de l'âge de la retraite. Donnant-donnant...
Respectable, cette stratégie d'adhésion ne pourra fonctionner que si elle dégage une... impression d'équilibre. Si demain la contribution au système des revenus les plus élevés, et du capital, s'avérait aussi symbolique que son esquisse, l'impression qui prévaudra sera celle d'un marché de dupes. D'un trait de crayon sans signification pour rassurer les classes moyennes en estompant légèrement le bouclier fiscal sans le gommer.
S'il veut marquer des points et avancer, comme il le souhaite, vers un consensus national, le pouvoir doit désormais offrir des gages de sa sincérité. Et sans fioritures. En encadrant aussi strictement les négociations à venir, il risque de cantonner les syndicats dans un jeu en contre. De les repousser dans une attitude traditionnelle de conservation et de résistance quand un dossier aussi complexe nécessitait sans doute une vraie nouveauté dans les relations sociales en France : la cogestion d'un grand enjeu de société.

Ah ! si Godard n'était pas là...

Eh bien tant pis, c'est comme ça, il a fallu faire sans lui. La Croisette s'en remettra mais tout de même... Attendu hier pour accompagner la sortie de son "Film socialisme" - quel titre, mes aïeux ! -, le plus turbulent des cinéastes de l'après-guerre a finalement fait faux bond en une de ces dérobades dont il a le secret, mi-sursaut de provocation, mi-aveu de lassitude. Ce devait pourtant être un des moments forts de ce 63e rendez-vous du 7e art qu'on dit un peu morose. Les caméras étaient prêtes à capter son broussailleux visage lunaire d'éternel mal luné. Et les micros déjà suspendus à l'énigmatique formule que n'allait pas manquer de balbutier le réalisateur de "Pierrot le Fou". En fait de déclaration, il y eut juste un pseudo-mot d'excuse adressé au directeur, Thierry Frémaux : "Avec le Festival, j'irai jusqu'à la mort, mais je ne ferai pas un pas de plus". Avec, en prime, cette très cabalistique formule : "Wild Bunch, Vega Film, Alain Sarde, suite à des problèmes de type grec, je ne pourrai être votre obligé à Cannes". Comprenne qui voudra. Les pessimistes en déduiront que l'ex-enfant terrible des sixties est en faillite, ce qui, soit dit en passant, n'est pas tout à fait un scoop. Les autres tenteront de se délecter de l'ambiguïté d'un propos qu'on dirait tout droit sorti de ce qui sert encore de dialogues à ce qu'on appelle toujours ses films. Reste une chose. Une fois de plus, Jean-Luc Godard - c'est de lui qu'il s'agit, faut-il le préciser - a réussi à s'affirmer sans être là. Mieux : de sa défection, il aura tiré un excédent de présence. Un paradoxe au cœur duquel réside toute la force des mythes, même lorsqu'ils n'apparaissent plus qu'en ombre "chinoise". À 80 ans, le fantôme des rives du Léman n'aura rien dit de l'âge de la retraite, ni du monde comme il va, pas plus qu'il n'aura commenté la libération de Clotilde Reiss. Mépris ou pas, il faudra se satisfaire de sa nouvelle petite vague cannoise. En se persuadant que, décidément, la rigueur est partout.


Didier Pobel

La réforme à pas mesurés


Emblématique peut-être, fondamentale sûrement pas. Les grandes orientations de la réforme des retraites dessinée par le gouvernement empruntent les chemins accessibles d'un changement modéré, sinon consensuel. Sans les risques de la radicalité. Elles laissent surtout ouverte la question centrale : les efforts concentrés sur un allongement de l'activité seront-ils suffisants ? Au vu du décalage avec les simulations du Conseil d'orientation des retraites (Cor), on peut avoir quelques doutes sur la réponse.

À l'évidence, la réforme portée par l'Élysée porte plus la marque du modéré Raymond Soubie, le discret mais efficace conseiller social du Président, que de Nicolas Sarkozy, l'homme d'une rupture apparemment plus de saison. Y compris dans le mode communication. L'annonce rompt avec les effets de manche médiatique dont raffolait outrancièrement le Président il n'y a pas si longtemps. Elle se concentre sur l'essentiel, non sur le spectaculaire. Elle privilégie enfin les relais essentiels de la concertation que sont les partenaires sociaux.

Bref, après la réforme a minima des régimes spéciaux en 2008 ¯ avec, déjà, le label Soubie ¯ la nouvelle réforme se garde bien d'annoncer le grand soir de... l'unification des multiples régimes qui font l'originalité et le problème français. Car le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle est prudente. Non seulement elle s'inscrit dans une démarche progressive, comme cela s'est passé, au demeurant, chez nos grands voisins, mais elle évite d'agiter les chiffons rouges qui auraient pu souder le consensus du refus, donner le maximum de prise frontale à la contestation.

La remise en cause directe de l'âge légal de départ à 60 ans ¯ le totem auquel se raccrochent les syndicats ¯ est éludée, même si le « travailler plus longtemps » devient la colonne vertébrale des orientations gouvernementales. Alors que l'alternative de la capitalisation, qui faisait partie intégrante des options sarkoziennes d'origine, est remisée au placard. Bien plombée, il est vrai, par la folie erratique des marchés financiers.

Mieux, en articulant des options d'efficacité (allongement de la durée d'activité) à des mesures de justice (contribution des hauts revenus et du capital), la réforme est habile. Elle prive d'emblée les contestataires d'un levier de mobilisation majeur. En puisant dans la boîte à outils des opposants et en donnant même l'impression de fendre le bouclier fiscal, elle désarme, en partie, les bazookas syndicaux et politiques. Du moins dans l'immédiat. Car il reste évidemment à prouver et vite, d'ici à l'été, que la réforme ne relève pas du pâté d'alouette, une once d'équité (sympathique) pour des kilos d'efficacité (douloureuse).

Quoi qu'il en soit, et en attendant d'afficher opportunément la couleur au plus près des congés estivaux, le gouvernement peut espérer tempérer les ardeurs contestataires... Tout particulièrement de la CFDT. Le syndicat de François Chérèque peut, moins que d'autres, trouver à redire à un texte qui s'inspire assez largement, sur le papier, de ses préoccupations revendicatives : carrières longues, emploi des seniors, polypensionnés, pénibilité, promesse d'une réforme plus fondamentale à terme. Mais il se souvient aussi d'expérience ¯ 2003 n'est pas si loin ¯ et, plus que d'autres, du lourd prix à payer à adhérer à une réforme gouvernementale. Le réformisme est peut-être plus compliqué à vivre que la radicalité.
Paul Burel

lundi 17 mai 2010


Vite ! reconstruire l'Union

C'était un moment historique. Il faut rendre hommage à Nicolas Sarkozy, décidément bon dans les crises, il faut féliciter les autres chefs d'Etat et de gouvernement d'avoir pris conscience de la gravité du moment, il faut remercier Dominique Strauss-Kahn et Barack Obama d'avoir convaincu Angela Merkel. Sans oublier Jean-Claude Trichet, qui, depuis le début de la crise des « subprimes », sait marier détermination stratégique et pragmatisme pour sauver au mieux l'euro et l'Europe. L'ampleur du dispositif de défense mis en place, 750 milliards d'euros, a arrêté la charge meurtrière des marchés : nous voilà avec un peu de temps. Pas beaucoup, un an maximum, peut-être beaucoup moins. Il urge donc de repenser la construction européenne de fond en comble.

La tâche est rude politiquement et intellectuellement. Politiquement, parce que viennent de se tenir deux élections au résultat négatif ou incertain pour l'Europe. Le retour au pouvoir au 10 Downing Street d'un parti conservateur foncièrement eurosceptique, même si le coalisé Lib Dem est d'un sentiment contraire, est une mauvaise nouvelle. La défaite de M me Merkel en Rhénanie-du-Nord-Westphalie est plus difficile à interpréter. A-t-elle perdu pour avoir « cédé aux Français » et avoir accepté d'aider la Grèce ? Les considérations locales semblent avoir été, plutôt, les raisons déterminantes. On l'espère. Sinon, si les Allemands refusent de voir qu'ils ont intérêt à l'Union, alors s'en est fini. Autant, tout démonter de suite. A M me Merkel d'en convaincre à son tour ses concitoyens. Dans ce cadre, le fait qu'elle doive changer éventuellement de coalition et revenir avec les sociaux-démocrates n'est pas forcément mauvais, au contraire.

On ajoutera la persistance d'un chômage massif qui va favoriser le populisme des extrêmes et nourrir la dénonciation si facile de l'« Europe coupable ». Bref, le climat politique n'est pas au renforcement de l'Union européenne et pourtant nous y sommes : ou l'Europe remet en marche son intégration, ou elle se désintègre.

Comment faire ? La « première nécessité » est de minorer la nuisance des Anglais en allant dans leur (bon) sens pour renforcer le marché unique. Mario Monti vient de dire comment dans un rapport sur les services, sur l'énergie.

L'autre « première nécessité » est de retenir les Allemands en instaurant une réelle discipline de rigueur, en la faisant co-voter par les Parlements des 16 partenaires de l'euro zone, comme l'a proposé Edouard Balladur, et en dotant Bruxelles d'un réel pouvoir de sanctions. Les débats en France (la rigueur est-elle contre la croissance ?) sont tranchés : vu le niveau de dette, c'est la rigueur qui est garante de l'expansion de moyen terme. Mais qui ne comprend qu'il en va aussi de l'adhérence germanique au projet européen ! Nous sommes comme en 1983 quand Mitterrand tranche pour l'austérité pour sauver l'Europe. Que le Parti socialiste ne loupe pas ce moment historique…

Voilà deux angles fondamentaux du triangle isocèle européen : le grand marché (angle britannique) ; la discipline budgétaire resserrée (angle allemand). Il est temps d'ajouter l'angle français du gouvernement économique, c'est-à-dire qu'il est temps de cesser d'en faire un slogan vide.

La fédération des Etats-Unis a une monnaie commune et l'équilibre se fait entre les Etats par la mobilité des capitaux et des hommes. Environ 15 % du budget fédéral sont des transferts. En Europe, le budget « central » n'est que de 1 % du total. Copier le modèle américain signifie demander aux Allemands de payer 15 fois plus : impossible ! Alors que faire ? D'abord, encourager la mobilité du travail, sans plus de tabou.

Ensuite, au-delà du budget, le défi porte sur l'économie réelle. Les économistes doivent nous dire quel est l'équilibre optimal d'une zone monétaire en l'absence de transferts. Peut-il y avoir des pays déficitaires et d'autres excédentaires ? Mais alors quels mécanismes éviteront la désagrégation ? Chaque pays doit-il être à l'équilibre ? Mais est-ce possible dans une zone au départ hétérogène avec des niveaux de vie inégaux ? C'est cela qu'il faut repenser. S'il vous plaît, « bitte », « per piacere », « por favor », « please »… : on a besoin d'idées. Très vite.


ÉRIC LE BOUCHER


Retraites, un pragmatisme… si français

Le gouvernement a donc publié hier ses orientations sur la réforme des retraites. Ce qui intéresse tout d’abord, c’est la méthode choisie dans cette affaire, avec des étapes scrupuleusement respectées. Le plan s’étale sur trois mois, avec une montée en charge progressive. Avril était le temps de la pédagogie sur l’urgence à agir, avec la publication des prévisions catastrophiques de déficit (mais non contestées pour l’essentiel) si on ne fait rien – qui s’expliquent par l’allongement de la durée de la vie. Début mai, il y a quelques jours, le Conseil d’orientation des retraites a chiffré l’effet d’un certain nombre de réformes (porter l’âge de la retraite à 63 ans, allonger la durée de cotisation à 45 ans etc.). Il a montré que quoi que l’on fasse, cela sera insuffisant. Et hier, le gouvernement a publié ses orientations. Leur caractère encore très général est doublement calculé. L’exécutif ne dévoilera ses vrais projets qu’en juin, après le congrès de la CFDT, et au début de l’été ; aujourd’hui, il reste assez flou pour, certes, donner du temps à la concertation ; Mais aussi pour essayer de ne pas donner de prise aux manifestations prévues le 27 mai par la CGT, la CFDT, la FSU, l’UNSA et Sud, qui ont plutôt raté leur rendez-vous du 1er mai. Voilà pour la tactique.

Sur le fond, le ministère du travail confirme en creux que la piste privilégiée est bien le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite. Cela ne fait aucun doute et relève du bon sens. Mais cet aspect des choses disparaît presque derrière l’information qui fait la Une ce matin : la confirmation d’un prélèvement spécial sur les hauts revenus et les revenus du capital. Lequel prélèvement sera exclu du bouclier fiscal. Nicolas Sarkozy retourne ainsi la polémique sur la justice fiscale. L’opinion devrait y être sensible, surtout quand on saura que ce prélèvement représentera probablement – selon les schémas étudiés - plusieurs milliards d’euros. Pour la seconde fois après le financement du RSA, les prélèvements vont donc augmenter. C’est peut-être compréhensible face aux besoins des retraites, mais le discours sur la stabilité de la pression fiscale et sociale n’est plus fondé. C’est un vrai virage. Quoi qu’on en dise, le bouclier est percé et la stabilité des règles n’aura pas tenu plus de trois ans. On parle toujours du bouclier fiscal mais la France aurait besoin d’un bouclier légal !

Le document gouvernemental contient enfin quelques messages discrets que les yeux des spécialistes ont repéré très vite ! Il y en a un pour la CFDT : l’étude d’une réforme en profondeur du système de retraite vers un système par points n’est pas exclue à long terme. Il y en a un pour la CGT, très concernée : le gouvernement laisse entendre qu’il ne touchera pas aux règles propres aux régimes spéciaux (SNCF, RATP...). Les évolutions de ces régimes devront en tous cas respecter «  le calendrier  » de la réforme de 2007 – autrement dit, celui-ci ne devrait pas être accéléré. Il y en a enfin un pour tous les syndicats : le rapprochement des règles applicables aux fonctionnaires et aux salariés du privé est évoquée mais en quelques lignes et sans grand allant.

Au total, un message convaincant ? Si on juge une réforme au fait que les mécontents sont équitablement répartis, c’est le choix du pragmatisme (ou du réalisme si on veut), mais d’un réalisme tellement français. Le gouvernement ne ralliera aucun syndicat à sa bannière ! Mais il va mécontenter aussi les plus aisés (ce qui est toujours bien vu en France) et peut-être des classes moyennes. Une certitude : la crise grecque et européenne donne à la réforme un coup de pouce qui n’était pas prévu.


Dominique Seux

L'euro au plus bas depuis 2006

L'euro a plongé, lundi, à son plus bas niveau depuis quatre ans face au dollar, entraînant les Bourses asiatiques. La monnaie unique européenne cotait 1,2234 dollar vers 4 h 30 (heure française) à Tokyo, son plancher depuis avril 2006. Elle remontait très légèrement peu après 5 heures, autour de 1,2270 dollar, mais restait nettement sous son niveau de vendredi à 23 heures, où elle valait encore 1,2365 dollar. L'euro se dépréciait aussi face à la devise japonaise, à 112,73 yens contre 114,32 yens à 23 heures vendredi.

Les Bourses asiatiques chutaient dans la foulée, inquiètes de cette dégringolade et de la panique ayant soufflé en fin de semaine sur les places financières européennes. Lundi, Tokyo a clôturé en baisse de 2,17 % à 10 235,76 points, son plus bas niveau depuis le 4 mars, et Sydney en baisse de 3,08 %. Vers 5 heures, Shanghaï abandonnait 2,60 %, Hongkong 2,47 %, Taïpeh 2,2 % et Bombay 1,57 %. "Le marché n'a pas confiance en l'euro", a résumé Daisuke Karakama, analyste de marché à la banque Mizuho, qui note que la monnaie unique européenne chute en dépit de toute nouvelle susceptible de peser sur sa valeur.

LAGARDE ET JOUYET NE SONT PAS INQUIETS

Les 750 milliards d'euros mis sur la table la semaine passée par l'Union européenne et le Fonds monétaire international ne suffisent pas à rassurer les investisseurs, inquiets du haut niveau d'endettement de plusieurs pays de la zone euro, en premier lieu la Grèce mais aussi le Portugal, l'Espagne et l'Italie. "Le marché sait que les 750 milliards d'euros constituent de 'l'argent pour la galerie', car la moitié de cette somme doit encore être approuvée par les parlements [nationaux]", a ajouté M. Karakama.

Plusieurs responsables européens tentent de rassurer malgré tout, dans des interviews, lundi matin. La ministre de l'économie française, Christine Lagarde, affirme que l'euro n'est "pas en danger", soulignant que les seize pays membres de la zone veulent "défendre leur monnaie". Le commissaire européen à l'énergie, l'Allemand Günther Oettinger, estime de son côté que "la plus grave menace qui pesait sur notre monnaie est derrière nous". Les ministres des finances de l'Eurogroupe se réunissent lundi à 17 heures (heure française) pour trouver une nouvelle parade à la dégringolade de l'euro et à l'inquiétude sur la croissance européenne.

Le président de l'Autorité des marchés financiers, Jean-Pierre Jouyet, a déclaré lundi sur France-Inter avoir "toute confiance dans l'euro et dans la volonté commune des membres de la zone euro de défendre cette monnaie". "Ce qui m'inquiète, ce n'est pas tant le niveau de l'euro, qui reste tout à fait acceptable et présente même des avantages en terme de compétitivité extérieure, mais c'est la vitesse de la décélération", a ajouté M. Jouyet.

Quand les enfants traînent leurs parents en justice

J'ai constaté que vous reprenez sur votre blog l'un de mes articles sur les enfants qui réclament une pension alimentaire à leurs parents.
Cet article est soumis à droits d'auteur.
Vous pouvez seulement reprendre le titre, le début de l'article (sans le dessin) et mettre un lien vers le site ouest-France
Merci de rectifier

Marianne Deumié
Ouest-France

JE NE METTRAI RIEN DU TOUT
MON BLOG N'EST PAS UN TORCHON, IL EST RESPECTABLE ET TOUT AUSSI INTELLIGENT QUE VOTRE CANARD DE L'OUEST TROP ATTACHÉ À SES PRÉROGATIVES. A TOUS LES JOURNALISTES CORPORATISTES, BONSOIR !

Mariage de raison à Londres


Après treize années de gouvernement travailliste, une coalition singulière entre la droite (les conservateurs) et le centre-gauche (les libéraux-démocrates) gouverne la Grande-Bretagne. Ce principe d'une coalition, résultat d'une absence de majorité claire au Parlement, s'impose pour la première fois depuis 1945.

Le nouveau Premier ministre conservateur, David Cameron, et le vice-Premier ministre libéral-démocrate, Nick Clegg, ont chacun 43 ans. « Dave and Nick », comme les appelle la presse britannique, incarnent la modernité dans un contexte alourdi par la crise économique. Ils appartiennent à une génération de politiciens qui sait communiquer et a intégré les valeurs de l'écologie ou du développement durable.

Un accord est censé guider l'activité d'un gouvernement composé de vingt-trois ministres, dont cinq libéraux-démocrates. Parmi les points d'accord, il y a la réduction du déficit du budget public, et donc la révision des dépenses de l'État, l'augmentation des impôts pour les tranches supérieures (ce qui ne fera pas plaisir à une partie de l'électorat conservateur), l'objectif de fixer la retraite à 66 ans pour les hommes d'ici à 2016 et pour les femmes d'ici à 2020, le renforcement de l'encadrement des activités bancaires, l'engagement à un programme économique réduisant les émissions de CO2.

Mais tout ne fera pas consensus. Des sujets de controverse risqueront, à tout moment, de fragiliser la coalition « Lib Con », comme on l'appelle à Londres. Le plus important est la réforme du système électoral impliquant l'introduction d'une dose de proportionnelle. Les libéraux-démocrates y sont très favorables car un tel système leur garantira davantage de sièges au Parlement. Les conservateurs y sont, au contraire, opposés. L'idée est de soumettre cette réforme à un référendum.

Le renouvellement des centrales nucléaires est un autre sujet de débat : les conservateurs y sontfavorables et les libéraux-démocrates opposés. Enfin, l'éducation sera un sujet controversé. Une partie des conservateurs (à laquelle n'appartient pas David Cameron) veut sauvegarder les écoles publiques qui sélectionnent (les grammar schools) alors que les libéraux-démocrates veulent donner plus de moyens aux élèves défavorisés (le Pupil Premium).

Pour nous Français, le programme de gouvernement est décevant sur l'Europe. Les libéraux-démocrates auraient pu en faire une condition forte, puisqu'ils constituent le parti britannique le plus pro-européen. Or il n'en est rien. On dit que la Grande-Bretagne ne rejoindra pas l'euro au cours de la législature, que tout nouveau transfert de souveraineté à Bruxelles fera l'objet d'un référendum, et que le gouvernement défendra Bruxelles (au détriment de Strasbourg) comme siège unique du Parlement européen.

Si David Cameron n'est pas un eurosceptique par idéologie, l'essentiel des députés conservateurs de base restent imprégnés par l'héritage de Margaret Thatcher. Le nouveau ministre des Affaires étrangères, William Hague, en est un bel exemple. Il est dommage que les libéraux-démocrates ne semblent pas disposés à convaincre davantage sur l'Europe, car ils aideraient David Cameron à faire de la Grande-Bretagne un acteur européen engagé, alors que la classique « relation spéciale » avec les États-Unis n'est plus une priorité à Washington.


(*)Christian Lequesne
(*) Directeur du Ceri (Centre d'études et de recherches internationales) à Sciences Po Paris.

François le Rigoureux


François Fillon a de l'avance. Il ne veut pas qu'on parle d'austérité mais son personnage public l'incarne déjà, sans forcer sa nature, et depuis longtemps. Qu'on ne compte pas sur lui pour célébrer, aujourd'hui, l'anniversaire de ses trois ans à Matignon ! Ce n'est pas le genre de ce Premier ministre réservé, prototype de l'anti-bling-bling.
Le chef du gouvernement aurait pourtant de bonnes raisons de mettre les drapeaux aux fenêtres. En quelque sorte, c'est un miraculé. Après avoir théorisé sur la disparition du poste de Premier ministre, il personnalisa, une fois en fonctions, la mise en pratique de ce principe. L'hyperprésidence de Nicolas Sarkozy ne lui laissa rien, ou presque, de la conduite de la politique de la Nation qui lui est pourtant dévolue par l'article 21 de la Constitution.
Il s'accommoda bon gré mal gré de cette relégation moins facile à vivre qu'à imaginer. Entendre le chef de l'État parler de lui comme d'un « collaborateur » ne fut pas indolore. Mais tous comptes faits, cet effacement imposé eut des avantages. Pour la première fois depuis le début de la Vème république, c'était le Premier ministre qui était à l'abri du Président de la République et non l'inverse. Sans pouvoir réel, il était aussi sans responsabilités, et cette distance avec les décisions de l'Élysée le protégea de l'impopularité croissante du pouvoir.
Il n'a pas été un fusible. Il est aujourd'hui un recours. Par petites touches, il a su en effet montrer sa différence, et son caractère. Dès septembre 2007, c'est bien lui qui, le premier, parla d'un État « en quasi faillite » et des conséquences qu'il devait en tirer, provoquant au passage la fureur de l'Élysée. Il rentra docilement dans le rang mais ne manqua plus une occasion de rappeler que la France vivait largement au-dessus de ses moyens. Pour l'opinion, ce Cassandre avait du courage, même si cette vertu ne le poussait pas jusqu'à la démission.
Aujourd'hui, en pleine crise, il est dans son élément. Après avoir avalé tant de couleuvres, pleinement restauré dans la plénitude de ses fonctions par un président décidé à prendre du recul par rapport à l'action quotidienne pour être candidat en 2012, il savoure sa revanche en silence. Son départ de Matignon, si souvent programmé, n'est plus à l'ordre du jour.
Et c'est au moment où le voilà enfin en première ligne qu'il hésite à assumer son discours en endossant jusqu'au bout des manches les habits de Père-la-Rigueur ! Le mot est tabou en effet. Assez grotesquement, le gouvernement et son chef préfèrent jouer sur les mots en parlant de politique « rigoureuse » quand une très large majorité de Français (Opinion Way/Le Figaro) identifie clairement une « politique de rigueur ». En vieux professionnel de la politique, François Fillon n'a pas élevé son goût de la transparence jusqu'à remiser cette langue de bois qu'il pratique aussi avec brio.


Z'avez pas vu l'printemps ?

Certes, ce ne sont pas les énigmes qui manquent par les temps qui courent. Et certaines sont carrément cruciales. Du genre qui aura la palme d'or à Cannes ? DSK sera-t-il président un jour ? Quand Johnny remontera-t-il sur scène ? Ou y a-t-il quelque chose à comprendre dans le nouveau Godard et, si oui, quoi ? Mais il y a plus taraudant encore. La question est sur toutes les lèvres bleuies de frimas. Si on a encore l'esprit à ça, on peut même la chanter sur un vieil air de Nino Ferrer. Z'avez pas vu l'printemps ? Aucune réponse qui tienne pour l'instant. Et nos experts en à-peu-près-tout sont restés étonnamment muets jusque-là. Nulle hypothèse de la part de Claude Allègre. Pas un mot d'Alain Minc. Rien de Finkielkraut. Peut-être le soleil est-il resté bloqué sur quelque tarmac céleste, victime du nuage de cendres islandais. À moins qu'il ne se soit dissous dans une zone euro climatique en proie à la tornade grecque. En forçant un peu le trait, on l'imaginerait volontiers au cœur d'un apéro géant, trinquant là-haut avec des nuages rencontrés sur Facebook ou Twitter, sans oublier de prendre rendez-vous pour la prochaine Fête des voisins. Pas très sympa, en tout cas, pour nous autres les Terriens. On n'ose plus sortir sans cache-nez. Les hirondelles, emblèmes s'il en fut, meurent de froid. Et même les dépenses de l'État se les gèlent. Si ça continue, il va falloir se voiler sur la plage. Bon, aux dernières nouvelles, il paraîtrait que l'astre voudrait bien daigner revenir montrer le bout de ses rayons. Ce n'est pas de refus, camarade. La seule chose qu'on puisse espérer, en attendant, c'est que ce mois de mai automnal inspire les poètes. Le manuscrit des "Feuilles mortes" de Prévert, en vente chez Drouot le 9 juin, est estimé 30 000 euros. Dix fois moins que celui de "Quai des brumes". "T'as d'beaux yeux, tu sais", comme on disait avant cette affaire de burqa. Mais, pardon, c'est une autre histoire.


Didier Pobel

L'Allemagne pour le maintien d'une Pac forte

Le Sénat défend l'agriculture. Son président, Gérard Larcher, et le sénateur de la Manche Jean Bizet cultivent pour cela la relation franco-allemande. Outre-Rhin, on plaide « pour maintenir une Pac à enveloppe constante ».

« La distance entre eux et nous est moins importante que je ne l'imaginais. » Dans le salon Air France de l'aéroport de Berlin, Gérard Larcher dresse un premier bilan de trois jours de rencontres avec des ministres, des responsables de partis, des syndicalistes agricoles, les présidents du Bundestag et du Bundesrat. Le truculent président du Sénat français ne cache pas son soulagement : « Après 2013, il y aura une autre Pac qui ne sera pas un abandon des agriculteurs. »

À Berlin, le numéro deux de l'État français ne s'est pas vraiment embarrassé de protocole. Avocat passionné des territoires et de l'agriculture, il a mouillé sa chemise, et peut-être perdu encore quelques kilos, pour rapprocher les visions française et allemande, et préparer une réforme qui s'annonce autrement que sous le seul angle de l'économie budgétaire.

À budget constant

Horst Köhler, président fédéral de l'Allemagne, situe immédiatement l'enjeu : « L'Europe et les États-Unis ne représenteront bientôt que 10 % de la population mondiale. » Traduction : nous devrons assez largement nourrir le monde. Mais cette sécurité alimentaire doit s'effectuer en respectant l'aménagement du territoire, l'environnement et le revenu des agriculteurs. Tous les dirigeants allemands le disent : « Pour cela, il faut maintenir une Pac à enveloppe constante. »

Entre les deux pays, le débat ne porte que sur la manière de lisser les cours ou de répartir l'aide entre les deux piliers, entre l'aide strictement agricole et le soutien à la diversification. Le désaccord ne concerne guère que les assurances pour aléas climatiques. « Ils ont peur, rapporte Gérard Larcher, que ça devienne un droit de tirage pour les pays du sud. »

Il faudra aussi convaincre certains pays du Nord : « Les Pays-Bas, note Hans-Michaël Goldman, le président de la commission agriculture du Bundestag, veulent supprimer le premier pilier et utiliser tout l'argent dans l'intérêt de la société. » Helmut Born, le secrétaire général du Bauernverband, la FNSEA allemande, explique pourquoi il ne faut pas lâcher : « En 2009, notre production a augmenté de 4 % en volume, mais a baissé de 20 % en valeur. »

Une Pac après la Pac, donc, mais qui ne suffira pas. À l'image de ce que propose la loi de modernisation agricole, débattue au Sénat à partir du 18 mai, il faudra développer la contractualisation producteurs-transformateurs, mutualiser le matériel pour éviter de coûteux surinvestissements, trouver des compléments de revenu dans les cultures énergétiques, la méthanisation, l'éolien ou le solaire. Bref, refonder l'agriculture : « Si les pouvoirs publics ne le font pas, explique le sénateur de la Manche Jean Bizet, président de la commission des Affaires européennes, les marchés vont le faire, et ça va être brutal. »

Malgré tout, une exploitation sur cinq va encore disparaître, spécialement dans le lait. « C'est pour cela, insiste Jean Bizet, renforcé dans sa conviction par son voyage en Allemagne, qu'il faut soutenir d'autres activités. Le Sénat a un devoir de reconquête des territoires. »

Michel URVOY.

APERO FACEBOOK – Un verre ça va, dix verres …

Malgré ses exhibitions embarrassantes, ses maux de tête, ses comas éthyliques et ses bouteilles vides jonchées dans la rue, les apéros Facebook faisaient le bonheur des internautes. Mais le premier mort dû à la fête trop arrosée est à déplorer. Les élus grognent mais que peuvent faire les pouvoirs publics ?
C'était la fête à Nantes jeudi soir. En plein centre-ville, place Royale, des milliers d'internautes s'étaient réunis pour trinquer ensemble lors de l'apéro géant organisé par un groupe Facebook. Le but ? Rassembler le plus de monde possible pour battre les records d'influence précédents dans les autres villes et boire plus que de raison. L'euphorie a pourtant été de courte durée. Brice M., 21 ans, en sérieux état d'ébriété – il aurait bu 10 à 15 verres de whisky selon ses amis - , est décédé vendredi matin des suites de ses graves blessures au crâne et au thorax. Il aurait voulu glisser sur la rampe de l’escalier d’un pont du centre-ville. Le jeune homme a fait une chute de près de 6 mètres.

Qui est responsable ?
Nantes s'est réveillée dans la brume de cette affaire. La préfecture avait en effet interdit ce rassemblement. 10.000 personnes étaient pourtant présentes au plus fort de l'apéro géant. Outre l'accident mortel, 93 personnes ont été prises en charge par les pompiers. 57 ont fini à l'hôpital. 42 internautes fêtards ont été interpellés par les forces de l'ordre. "Nous n’en resterons pas là : nous ferons tout pour identifier les organisateurs", a averti Jean Daudigny, le préfet de Loire-Atlantique. Il souhaite d'ailleurs leur faire payer la facture "à cinq zéros" pour rembourser "la collectivité" et "la Nation". Facebook, lui, n'est juridiquement pas responsable. Le réseau social met juste au service de ses internautes des moyens de communication qu'il leur convient d'utiliser à leur guise. Le site peut simplement supprimer le compte de personnes ayant enfreint les conditions d'utilisation.

Faut-il interdire les apéros géants ?
"Il faut que ce processus s'arrête : c'est un peu glauque, ce n'est pas une fête, les gens venaient pour se défoncer et parmi eux, des ados de 15 ans", a déclaré le député-maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault. Le chef de file des parlementaires socialistes a demandé au ministre de l'Intérieur que soit organisée "une table-ronde avec les associations des maires, des services de santé et tous les partenaires, les mouvements étudiants" pour trouver des réponses au phénomène. Si beaucoup d'élus locaux veulent carrément interdire ces manifestations, la secrétaire d'État au Numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet, s'est prononcée contre l'interdiction "systématique" des apéros géants et préfère que ces rencontres Facebook soient prises en charge comme les raves dans les années 1990. Elle souhaite donc que les organisateurs de ce type de rassemblements intègrent les règles de sécurité basiques qui permettent "de protéger les gens" et d'éviter les situations dangereuses. Les autorités locales et les organisateurs devraient donc travailler main dans la main.

Les pouvoirs publics interviendront-ils à temps pour que le drame de jeudi soir ne se reproduise pas ? De nouveaux apéros géants sont prévus ces prochaines semaines. 50.000 personnes sont attendues le 23 mai à Paris, des milliers d'autres à Bordeaux le 12 juin, le 21 juin à Toulouse et le 26 juin … à Nantes.

dimanche 16 mai 2010

Ceux qui ne veulent pas d'enfants envahissent Paris

"Nous ne sommes pas des monstres!" C'est pour prouver à leurs détracteurs qu'on peut être sain d'esprit et ne pas vouloir d'enfant que Théophile de Giraud et Frédérique Longrée organisent ce samedi 15 mai la seconde édition de la fête des non-parents, la première en France.

Qui sont ces non-parents, qui se disent victimes du conformisme social ambiant? "Le phénomène touche tout le monde, estime Théophile de Giraud, mais il est bien sûr plus facile de résister à la pression quand on a des connaissances et une certaine éducation. Dans mon entourage, les childfree sont des gens très ouverts, de bon niveau scolaire. Ce sont souvent des idéalistes".

Concrètement, il existe trois "types" de non-parents.

Il y a les simples childfree - appellation venue des Etats-Unis: ceux-là ne veulent pas d'enfants et entendent qu'on les laisse tranquilles. Et puis il y a les anti-natalistes et les dénatalistes, qui prônent une diminution de l'espèce humaine, notamment pour la protection de l'environnement. Les trois courants seront représentés à la fête par trois personnalités, invitées d'honneur: Noël Godin, humoriste belge anarchiste, Corinne Maier, psychanalyste et auteur du très controversé No Kid, quarante raisons de ne pas avoir d'enfants. Sera également présente Laure Nouahlat, journaliste à Libération et feu Siné-Hebdo, partisane de la décroissance économico-démographique.

A en croire l'organisateur de la fête des non-parents, le mouvement childfree est en pleine expansion et s'étend au-delà de l'Atlantique. Et de confirmer cette impression par un chiffre: "Une étude publiée par Philomag l'année dernière, révélait que 10% des Français n'ont pas d'enfants et n'en veulent pas."

Service rendu à l'humanité, protection de l'environnement, envie de jouir de sa propre existence sans entrave, tels sont les principaux arguments de ces citoyens à contre courant. Mais s'ils assument pleinement leur choix de vie, celui-ci n'est pas toujours facile à vivre: il leur vaut de fréquentes remarques, parfois des insultes. "En tant qu'homme je n'ai pas à me plaindre, d'autant que je vis dans un milieu artistique et anarchiste, précise Théophile de Giraud, auteur du pamphlet L'art de guillotiner les procréateurs. Mais les femmes subissent beaucoup de pressions".

"C'est au niveau sociétal que nous voulons agir, renchérit le militant. Partout est véhiculé le modèle d'une famille heureuse ; dans les publicités, les médias. Il faut briser ce tabou, que nous puissions être respectés dans notre choix." Tous les jours, l'anti-nataliste reçoit dans sa boîte mail - outre des injures - des témoignages de childfree victimes de cette pression, dont celui de Didier. Lui qui ne voulait pas d'enfants, au grand dam de sa femme et même de sa sœur, a fini par être envoyé chez un psy, un véritable choc pour lui. "Ce qui est le plus dommage, ce sont les gens qui ne sont pas fait pour avoir des enfants, mais cèdent à la pression. Je ne pense pas que les enfants soient forcément malheureux par la suite, mais c'est malsain de pousser à cela."

Dénoncer cette pression sociale en s'amusant, tel est le but du rassemblement. Une première édition de la fête des non-parents, organisée l'année dernière à Bruxelles, avait déjà remporté un certain succès.

Tout va beaucoup trop vite

Dans son derneir essai, Jean-Louis Servan-Schreiber instruit le procès d'une société atteinte par le "court-termisme". Une maladie qui frappe la politique, la finance, et chacun d'entre nous.

Un SMS arrive sur l’iPhone de Jean-Louis Servan-Schreiber. Le journaliste interrompt l’interview pour y répondre. "C’est l’époque. Il y a toujours quelque chose de nouveau à gérer." Textos intempestifs, coups de fil incessants, rafales d’e-mails… Dans son dernier essai, Trop Vite! Pourquoi nous sommes prisonniers du court terme (Albin Michel), l’homme de presse et fondateur de Psychologies Magazine (groupe Lagardère, propriétaire du JDD), dénonce justement les ravages du manque de temps. Ou comment le progrès technique, loin de nous libérer, nous emprisonne dans ses fers virtuels.

"La charge de ce que nous avons à vivre est tellement forte en accélération, le présent nous absorbe tellement que nous n’avons plus la capacité de réfléchir au-delà de la journée, de la semaine", explique-t-il. Le livre publié cette semaine est l’aboutissement d’un questionnement quasi obsessionnel entamé en 1983 avec L’Art du temps et poursuivi en 2000 avec Le Nouvel Art du temps. "La question du temps est pour moi la seule qui compte. C’est la matière première de la vie. Tant que l’on n’a pas commencé à traiter le temps comme ce qu’il est, fugace, précieux, irremplaçable, on est à la dérive du temps", souligne ce lecteur assidu de Montaigne. Au fil d’une série d’entretiens avec des intellectuels, des chefs d’entreprise, des hommes politiques, Jean-Louis Servan-Schreiber, 72 ans, a trouvé la confirmation que le malaise ressenti par tous entraînait une faillite collective: "Au-delà du stress, le plus grave, c’est la perte de réflexion et de perspective que l’accélération entraîne. Ceux qui décident de ce qui va affecter nos vies semblent rebondir de crise en crise."
Le passé rétrécit, le futur se raccourcit

Si le constat n’est pas neuf, la lecture de la crise actuelle sous l’angle unique du manque de temps se révèle stimulante. L’auteur montre comment cette "pandémie de court-termisme" est à l’œuvre dans l’économie et la finance, mais aussi dans la vie privée et la politique: "Notre passé semble avoir rétréci, en même temps que notre futur se raccourcit." Le chapitre consacré à la politique s’ouvre sur une collision temporelle. Mars 2009, Nicolas Sarkozy se rend en voyage en Afrique. Le journaliste moque ce Président pressé dont la frénésie fait écho à la nôtre: "Six heures à Kinshasa, six heures à Brazzaville, six heures à Niamey. Trois pays en trente-six heures chrono! Sur un continent où le temps s’appréhende plus lentement, comment ont réagi ses homologues? Se sont-ils sentis honorés ou traités par-dessus la jambe? Ce jeune Président, élu pour un mandat raccourci à cinq ans, veut imprimer sa marque à la politique par la vitesse." L’impopularité actuelle de Nicolas Sarkozy signe peut-être la faillite de cette tendance "speed politique" brocardée par JLSS: "Certains sujets peuvent se traiter vite, d’autres non. Il faut varier les temps."

L’autre intérêt de l’essai est d’offrir de nombreuses pistes au lecteur. Comme l’atteste la bibliographie fournie, l’auteur a puisé aux meilleures sources théoriques pour alimenter sa réflexion. Il a notamment lu l’ouvrage que consacre Hartmut Rosa à la société de l’accélération*. Comme le philosophe et sociologue allemand, Servan-Schreiber s’inquiète de la désynchronisation entre la folle vitesse de notre vie publique et le temps nécessaire à la décision politique. "Les véritables processus politiques permettant l’articulation et la synthèse des intérêts et de la délibération démocratique deviennent de plus en plus difficiles", écrit Hartmut Rosa. Peut-on encore ralentir? JLSS le souhaite mais ne propose aucune solution. "Je ne suis qu’un simple journaliste", conclut-il. Aux politiques d’apprendre à conjuguer le futur.

* Accélération, une critique sociale du temps, La découverte.

L'iPad, planche de salut pour Gutenberg

Ce début de février, glacial à New York, la rumeur court. Steve Jobs est en ville. On le dit reçu au New York Times, chez Time Warner, on l'a vu avec Rupert Murdoch. Il a invité à dîner certains chez Pranna, un restaurant indien bio. Dans un salon privé, forcément. Avec une réservation faite sous un autre nom. Un Steve Jobs décontracté, à en croire un des invités, immuablement vêtu de son polo noir, de son jean 501 et de ses chaussures de sport.
Contrairement aux grands patrons de la Silicon Valley qui sont toujours accompagnés d'une suite conséquente, Jobs était seul, tout juste suivi par l'ombre discrète d'un garde du corps. Steve Jobs, c'est Apple et Apple, c'est Steve Jobs.

Deux mois avant le lancement officiel de l'iPad aux Etats-Unis, l'une des rares personnes à avoir été invitée au siège d'Apple, à Cupertino, en Californie, pour une prise en main dûment encadrée cache mal son enthousiasme avant de se reprendre : "Je viole déjà l'accord de confidentialité que j'ai signé en admettant que j'ai pu m'en servir."

Quelques semaines plus tard, il signera une nouvelle brassée de documents garantissant que l'exemplaire qui lui est confié à deux semaines de la sortie, à des fins de test, reste bien dans une pièce fermée, protégée par un code, et que l'appareil est en permanence fixé à un câble.
Apple est une entreprise paranoïaque et obsessionnelle.

L'obsession est perceptible dans les moindres détails de l'iPad. Une coque en aluminium anodisé d'un côté, une plaque de verre de l'autre. La netteté et les couleurs de l'écran sont exceptionnelles. Un avantage pour la lecture mais aussi pour les photos et les vidéos en HD. Tout est fluide, rapide, précis au pixel près.

A la différence de l'iPhone lancé en 2007, le succès de l'iPad ne dépend pas de sa seule sophistication technologique. Loin s'en faut. L'iPhone portait dans sa conception même le moteur de son succès. A peine connecté au réseau, il constituait à lui seul une révolution dans l'usage du mobile, grâce à une facilité inégalée pour naviguer sur le Web qui lui a conféré deux ans d'avance.

Car, on l'oublie, les applications ne sont apparues qu'un an plus tard, après que Steve Jobs – qui avait dans un premier temps juré qu'il n'autoriserait pas les logiciels réalisés par d'autres – eut changé d'avis. Trois ans après le lancement de l'iPhone, un ensemble de 185 000 applications téléchargées 4 milliards de fois a transformé l'iPhone en ordinateur personnel, au sens premier du terme.

Aujourd'hui, deux tiers des consultations de sites Internet pour mobiles sont faites depuis le téléphone d'Apple. Chaque utilisateur d'iPhone a téléchargé en moyenne une cinquantaine d'applications qui sont consultées environ trente minutes par jour. Un média enregistrera cinq à dix fois plus de visites grâce à son "appli" que sur un site vaguement optimisé pour le mobile. Aucun doute : Steve Jobs a donné une nouvelle dimension à la communication nomade.

* GRANDS FANTASMES

Pour l'iPad, ce sera plus compliqué. "Sans les applications, ce n'est qu'un dessous-de-plat fragile et cher, au mieux un cadre numérique pour mettre ses photos", analyse l'éditeur d'un grand site américain. Certes, le jour de son lancement aux Etats-Unis, le 3 avril, l'iPad avait déjà 3 500 logiciels conçus pour lui (dont l'application du monde.fr) ; un mois (et 1 million d'exemplaires vendus) après, il en a plus de 5 000 (lire l'encadré).

Mais leurs éditeurs doivent trouver un modèle économique : l'iPhone, où le prix moyen d'une application est de seulement 3,82 dollars (2,89 euros), vit de l'abonnement télécom. L'iPad, lui, vivra ou mourra par ses contenus monétisés et par les modes d'utilisation qui s'imposeront. Mais lesquels ? Avec le baladeur iPod lancé en 2001, la fonction était tellement évidente qu'il s'en est vendu 240 millions d'exemplaires. Idem pour l'iPhone six ans plus tard.

Avec l'iPad, personne ne se hasarde à un pronostic. Cet écran de 25 cm de diagonale offre de multiples possibilités. Connecté à un réseau Wi-Fi (plus tard au réseau mobile 3G, en attendant le 4G), c'est un ordinateur catégorie "tablette", pesant 680 g, doté d'un clavier virtuel. Mais pour sophistiqué et élégant qu'il soit, un "ultraportable" à 250 euros fait presque aussi bien pour trois fois moins cher (le prix officiel de l'iPad en France, annoncé le 10 mai, s'échelonne de 499 à 799 euros).

Seconde fonction possible : la qualité de l'image fait de l'iPad un téléviseur personnel idéal pour dévorer en égoïste films ou séries. Aux Etats-Unis, un des usages les plus prometteurs est d'ailleurs la VOD, vidéo à la demande, comme la proposent là-bas le site Hulu ou le supervidéoclub en ligne Netflix.

* "NOTRE BOUÉE DE SAUVETAGE"

Mais ce sont les applications et les usages liés au texte qui éveillent les plus grands fantasmes. Car l'iPad est attendu comme un saut qualitatif dans le livre numérique pour lequel il a déjà suscité 400 applications dédiées (lire l'encadré), et surtout comme la plate-forme ultime pour la presse numérique.

D'où la tournée de Steve Jobs chez les éditeurs de journaux et magazines afin de les pousser à innover. Si possible rapidement. Partout dans le monde, les patrons de presse placent de grands espoirs dans la tablette numérique d'Apple. "C'est notre bouée de sauvetage", clamait le 24 mars devant un parterre de patrons de presse français Franz-Olivier Giesbert, le directeur du Point. Dans tous les groupes de médias, on s'échine sur de nouveaux concepts. Chez Lagardère Active, qui publie 200 magazines dans le monde, dont 40 en France, on a beaucoup hésité sur le premier titre qui servirait de cobaye.

C'est finalement Paris Match qui a été choisi. Un choix à la fois bizarre et logique. Bizarre, car ce magazine n'a jamais réussi sur Internet. Face au Nouvel Observateur par exemple, Match a une audience près de deux fois supérieure sur le papier, mais presque quatre fois inférieure sur le Web.

"Mais l'iPad est un choix logique car Match c'est le storytelling à l'état pur, note Delphine Grison, directrice de la stratégie du groupe. Or, l'Internet a ses limites pour la mise en scène de l'information – ce qui est précisément la marque de fabrique de Match. Le web et l'iPad sont à ce titre totalement différents." Après Match viendront d'autres titres de Lagardère comme Elle à table, dont le contenu éditorial sera prolongé par des services en ligne.

Tous les éditeurs de magazines jouent la même partition : au travers d'applications, ils veulent proposer leur publication, mais bien plus encore, avec de "vraies" expériences multimédias, des animations, des galeries photo, des compléments d'information, un peu à la manière des bonus d'un DVD.

Dans les semaines qui ont précédé le lancement, chacun y est allé de sa vidéo de démonstration mise en ligne sur YouTube ou DailyMotion. On fait rêver en mettant la barre toujours plus haut. Earl Wilkinson, directeur de l'International Newsmedia Marketing Association (INMA), qui regroupe des centaines de publications, met en garde : "Il faut sortir de cette obsession de la presse magazine où 'plus' signifie obligatoirement 'meilleur'. L'enjeu n'est pas d'en donner plus, mais de faire différent."

* NOUVELLE GRAMMAIRE

La mise en musique risque pourtant de ne pas être facile. C'est une chose de concevoir le design d'un journal ou d'un magazine et de le décliner chaque jour, chaque semaine ou chaque mois. C'en est une autre d'imaginer une nouvelle grammaire, une nouvelle façon de présenter l'information.

Non seulement l'effort conceptuel sera plus exigeant, mais la mise en œuvre nécessitera le déploiement de compétences techniques rares et chères. Il faudra aussi compter avec des capacités de recherche et développement variables selon les titres. La division numérique du New York Times compte environ 150 ingénieurs et techniciens, parmi lesquels quelques dizaines affectés aux applications pour l'iPad, tandis que le groupe de recherche et développement de la compagnie teste et explore, multipliant les prototypes sur tous les appareils possibles (une vingtaine de tablettes, concurrentes de l'iPad, sont attendues dans l'année à venir).

Dans la presse française, la R&D est inexistante. Tout juste commence-t-on à s'organiser collectivement autour de Media 21, un think tank à l'objectif encore flou, piloté par le ministère de la culture ; un de ses premiers ateliers portera justement sur l'iPad. Avec celui-ci, les éditeurs espèrent passer enfin de la culture de la gratuité universelle qui caractérise l'économie du Net à une culture payante.

Car, c'est le vilain secret des médias en ligne, la publicité sur le Net n'a pas répondu aux attentes ; elle se révèle incapable de financer une information en ligne de qualité. Son évolution est confrontée à une implacable tendance déflationniste. En premier lieu, les prix unitaires des modules (les bannières) se sont effondrés à la suite de la crise de 2008 ; en Europe comme en Amérique du Nord, cette chute est estimée à 30 % environ au cours des dix-huit derniers mois. Ensuite, la loi de l'offre et de la demande joue contre les producteurs d'information.

Chaque jour, le tentaculaire NYTimes.com croît d'environ un millier de pages de toute nature. Cela fait autant d'emplacements à vendre. Par conséquent, le ratio entre les espaces commercialisés et les "invendus" ne cesse de diminuer ; il n'est pas rare de voir de grands sites d'information commercialiser à un prix correct seulement 20 % ou 30 % de leur stock de pages. Le reste est confié à des soldeurs du Net, qui revendent ces espaces pour une fraction de leur valeur.

Avec, en outre, la crise économique qui plombe les investissements publicitaires, les médias se trouvent dans une situation plus dégradée que n'importe quelle industrie. Aux Etats-Unis, les chiffres sont vertigineux : non seulement les quotidiens ont perdu 57 % de leurs revenus publicitaires sur le papier depuis 2005, mais leurs espoirs de se rattraper sur le Net se sont évaporés. Depuis le record de la fin 2007, les recettes de la publicité en ligne ont fondu de 26 %. Comme le résume Clay Shirky, professeur de communication à l'université de New York : "L'ancien modèle se dégrade bien plus vite que le nouveau ne se met en place." C'est le moins qu'on puisse dire. Au cours des quatre dernières années, à chaque fois qu'un journal américain augmentait de 1 dollar ses recettes sur le Web, il en perdait 55 sur le papier.

* LE "DILEMME DE L'INNOVATEUR"

Trouver un relais économique est donc une urgence vitale. Mais selon quelles modalités ? Combien faire payer sur l'iPad par rapport au kiosque ? Les éditeurs en ligne, qu'ils soient issus de la presse traditionnelle ou de ce qu'on appelle les pure players (qui n'ont pas de support papier), se trouvent confrontés au "dilemme de l'innovateur". Ce terme est né des travaux d'un économiste de Harvard, Clayton Christensen, qui, le premier, avait posé crûment la question : comment gérer l'irruption d'une technologie susceptible de bouleverser un secteur ? Faut-il accompagner son déploiement de façon progressive ou provoquer la rupture ? En d'autres termes, doit-on accélérer le déclin naturel d'un modèle présumé en fin de vie afin de favoriser l'émergence d'un nouveau ?

L'iPad pose le problème en termes concrets. Aux éditeurs de choisir. S'ils parient sur la tablette associée à des contenus payants, ils ne peuvent maintenir en l'état un site Web gratuit (la qualité supérieure de la lecture ne sera pas une motivation suffisante). Dès lors, ils devront réduire drastiquement l'offre gratuite et mettre en place un péage. Les éditeurs interrogés pour cet article, en Europe, aux Etats-Unis et en Australie, estiment que la migration vers l'iPad et autres tablettes numériques va accélérer fortement le déploiement de zones payantes sur les sites.

"Ce n'est pas sans risque, avertit Jack Matthews de Fairfax Digital, dont le groupe exploite 289 sites Web en Australie et en Nouvelle-Zélande. L'expérience montre que réduire la voilure d'une plate-forme au profit d'une autre peut avoir des effets néfastes : cela ouvre la porte aux concurrents et affaiblit votre marque." Chez Lagardère, on estime que le réglage sera délicat. Pas question d'abandonner précipitamment l'exposition que confère le Web gratuit et les 50 millions de visiteurs mensuels qu'il génère dans le monde pour le groupe, dit-on.

Il est vrai que les prédictions incitent à la prudence. Même s'il a démarré en fanfare au point de susciter une pénurie de production, Apple devrait vendre 5 à 7 millions d'iPad cette année et 10 à 12 millions l'année prochaine. En comparaison, la marque a vendu 85 millions d'iPhone et d'iPod Touch. Mais même ces chiffres restent ridicules par rapport à la taille de l'audience du Web : 1,8 milliard de personnes connectées, dont presque 700 millions pour la zone Europe - Etats-Unis, à fort pouvoir d'achat.

* L'INCONNUE DU TEMPS DE LECTURE

Enfin, la question du prix subsiste. Pour l'heure, seulement une centaine d'applications d'information est disponible pour l'iPad, et le prix moyen (hors abonnement éventuel aux contenus) stagne à moins de 5 dollars. Le New York Times devrait attendre le basculement de toute son offre numérique en mode payant, prévu en janvier 2011, pour décider de sa tarification ; le groupe Time Warner a décidé de vendre son magazine numérique au même prix que le papier. Enfin, le Wall Street Journal espère faire payer 17 dollars par mois pour la version iPad – même à ses abonnés actuels papier ou Web. Mais Rupert Murdoch n'est pas réputé pour son sens de la mesure – et il est capable de spectaculaires volte-face.

"Mieux vaudrait parier sur la simplicité tarifaire, estime Earl Wilkinson de l'INMA. Plus un système de prix est simple, mieux il fonctionne." Comme d'autres experts, il défend une offre numérique dite "triple play" avec un journal ou un magazine accessible sur le Web au bureau, sur un téléphone mobile dans les transports et sur un iPad chez soi. A chaque moment son mode de consommation.

Malgré tout, rares sont les professionnels des médias qui se bercent d'illusions. Voir une ardoise électronique révéler soudainement au grand public les vertus de la valeur éditoriale tiendrait du miracle. En premier lieu, parce que la concurrence des médias est plus féroce que jamais, le temps des utilisateurs n'étant pas extensible. Selon les données de l'US Census Bureau (l'Insee américain), le nombre d'heures annuelles consacrées par les Américains aux médias a peu varié depuis 2002 : + 3,6 % (avec tout de même 3 500 heures par an dont 45 % de télévision).

Mais les disparités sont fortes. Les perdants du tsunami numérique sont les grands réseaux de télévision (–37 %) et les journaux (–18 %), alors que trois médias connaissent une forte croissance : les jeux vidéo (+77 %), l'Internet (+39 %) et la télévision par câble (+20 %). Quant à la consommation de livres, elle reste stable et représente 3 % du temps passé. En second lieu parce que d'après le cabinet d'étude NPD, les ménages dépensent déjà 115 dollars par mois (89 euros) en abonnements médias divers.

Quoique ce chiffre augmente trois fois plus vite que l'inflation, espérer que les consommateurs voudront lui ajouter quelques dizaines de dollars pour une information déjà gratuite depuis une décennie, même avec une tablette magique en aluminium et en verre… ce n'est pas gagné.



Frédéric Filloux

Pour Merkel, l'Europe ne fait que "gagner du temps"

La chancelière allemande Angela Merkel a estimé dimanche que la zone euro n'avait fait que "gagner du temps" avec les plans d'aide à la Grèce et celui pour éviter la contagion à d'autres pays en difficulté. Selon elle, les vrais problèmes - les disparités économiques entre les Etats membres et leur endettement - restent à régler.
"Tous ce que nous avons fait avec (ces plans), c'est gagner du temps pour que les disparités en termes de compétitivité et d'écarts de déficits entre les pays de la zone euro soient réglés", a déclaré Mme Merkel lors d'un discours à l'occasion du congrès de la confédération syndicale allemande (DFB). "Ce qui est arrivé en Grèce est complètement inadmissible : que pendant des années on puisse falsifier ses statistiques" officielles, a-t-elle dénoncé. "Mais c'est également un fait que la spéculation (qui a fait chuter l'euro) n'a été et n'est possible que parce qu'il y a d'énormes disparités dans la solidité économique et dans l'endettement respectif des états membres de la zone euro", a-t-elle ajouté.

Samedi, la chancelière avait averti, dans un entretien au quotidien Süddeutsche Zeitung, que pour redresser ses finances publiques, l'Allemagne devrait faire "des choix très difficiles". Vendredi, à l'occasion de la rencontre oecuménique annuelle entre les catholiques et les protestants allemands, Mme Merkel avait même estimé que les Allemands "ne pouvaient pas vivre indéfiniment au-dessus de leurs moyens".

L'Union européenne a dû mettre sur pied un dispositif d'aide à la Grèce de 110 milliards d'euros sur trois ans associant les Etats européens et le Fonds monétaire international. Ce plan a été suivi le week-end dernier d'un second à hauteur de 750 milliards d'euros à destination de la zone euro, afin d'éviter une contagion de la crise grecque à d'autres Etats en difficulté. En contrepartie de ce plan, un renforcement des mesures de surveillance des budgets par la Commission européenne est actuellement en négociation.


Repenser l’école

Ce n’est encore qu’un bruit de fond dans les cours de récréation. Un clapotis. Mais il suffirait que la rumeur, qui ces derniers jours a filé à l’allure de l’Internet, se propage encore un peu pour que la clameur protestataire franchisse les grilles d’une majorité de collèges et lycées. En cause ? Un projet du gouvernement qui ambitionnerait de supprimer « un mois de vacances scolaires ». En réalité, il n’en est rien. Mais… Ce qui est vrai, en revanche, c’est que le ministre de l’éducation nationale a bel et bien inscrit le sujet à l’ordre du jour de la conférence nationale sur les rythmes scolaires qui doit avoir lieu en juin, inspiré en cela par une récente étude de l’Institut Montaigne, préconisant la suppression de (seulement) 15 jours de congé.

La question n’est pas nouvelle, comme nombre de débats qui agitent régulièrement le monde éducatif. Depuis des décennies, chronobiologistes et sociologues s’accordent à dire que la longue césure estivale n’est ni scolairement favorable – la remise en route en septembre est pour certains élèves particulièrement laborieuse – ni socialement juste – faute de moyens les enfants de milieux défavorisés sont souvent livrés à eux-mêmes. Le paysage scolaire français se distingue ainsi par une année scolaire trop courte – la plus courte d’Europe même –, une semaine trop ramassée, surtout lorsqu’elle s’organise sur quatre jours, et enfin des journées trop longues : la question des rythmes n’est certes pas neuve mais vaut à l’évidence d’être posée.

Faut-il néanmoins s’emparer du dossier dans la minute ? Est-ce l’urgence du moment ? À feuilleter le rapport que vient de publier la Cour des comptes, on se dit, un peu abasourdi, qu’il conviendrait assurément de s’attaquer d’abord à la déréliction qui ronge certains établissements, ou en toute priorité à la maîtrise de la lecture qui ne progresse pas, ou encore très vite au service et à l’affectation des enseignants, ou s’atteler, sans tarder, à l’échec universitaire. Constat vertigineux, qui appelle, si l’on tient pour fiable le diagnostic de la Cour des comptes, une refonte globale de l’école à la française. Le bateau prend l’eau ; on ne peut plus se contenter de colmater les brèches.


Florence Couret