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samedi 30 août 2014
Èloge des vieux
La jeunesse est à la mode. La France vit une crise sans précédent, crise économique, crise morale, crise politique enfin, quand le premier ministre est obligé de remanier son gouvernement en pleine rentrée pour cause de contentieux idéologique non soldé, mais ce qui frappe avant tout les commentateurs, c'est la jeunesse de la nouvelle équipe gouvernementale. À l'Économie, à la Culture, à l'Éducation, à la Ville, des ministres encore trentenaires ou tout juste quadras. Sur les écrans, l'image est belle. Et les mots qui l'accompagnent le sont plus encore: «dynamisme», «renouveau» Mais derrière l'affichage, il y a surtout l'aboutissement d'un processus idéologique qui caractérise l'époque contemporaine.
La nouvelle ministre de l'Éducation nationale n'a pas la moindre idée des problématiques qui font de ce ministère le cœur même du projet républicain. Et pourtant, l'on se souvient des paroles de Michel Rocard déclarant en 1991 que ce ministère est à ce point fondamental qu'un futur premier ministre devrait prendre en charge lui-même ce portefeuille. Mais peu importe qu'elle incarne l'air du temps dans ce qu'il a de plus convenu, Najat Vallaud-Belkacem est souriante, elle est jolie, l'image est belle. Et que dire de Fleur Pellerin, bonne technicienne sur les dossiers du numérique, mais dont les références culturelles se résument au karaoké et à quelques séries à la mode. Le patrimoine se portera bien.
Hors de question, bien sûr, de nier que «la valeur n'attend pas le nombre des années» et que l'on peut être parfaitement compétent à 40 ans (même si, en l'occurrence, ce n'est visiblement pas ce qui saute aux yeux quand on détaille le casting gouvernemental). Mais la compétence technique est une chose. Une autre est de savoir répondre à des enjeux qui sont ceux d'un pays au bord de la rupture.
Dans l'histoire politique récente, celle du XXe siècle (et les «jeunocrates» nous pardonnerons d'évoquer sous le vocable «récent» des temps qui renvoient à l'époque préhistorique d'avant leur naissance), les grandes crises ont été gérées par des vieux: Georges Clemenceau a 76 ans en 1917, Charles de Gaulle en a 50 en 1940 et 67 en 1958. Pourquoi? Parce qu'ils portaient une vision, une capacité à incarner la Nation, et que cette force est celle que donne d'abord la connaissance de l'Histoire et des Hommes.
Mais comment des esprits contemporains, pétris d'idéologie progressiste, pourraient effleurer un tel raisonnement? Par-delà même cette opposition entre compétences et vision, l'unique justification au fait de nommer des jeunes à la tête des ministères - à la tête de Radio France, à la tête de n'importe quelle autre entreprise, peu importe - repose sur le fait qu'ils sont jeunes. Sublime tautologie!
Dans un monde où le progrès est un absolu, la jeunesse est une vertu. Elle n'est pas un âge transitoire dont on sort mécaniquement, et si possible en ayant acquis ce qui confère à tout homme un peu d'épaisseur, l'expérience. Non, la jeunesse est une valeur. Elle est l'instrument du règne généralisé du Bien, c'est-à-dire du moderne. Car l'un et l'autre se confondent. Un exemple? Ce quinquennat dont tout le monde comprend aujourd'hui qu'il a tué les institutions de la Ve République, pourquoi fallait-il l'adopter? Parce que c'était «moderne». Et que dire de l'argument lancé par une «professeur des écoles» à qui l'on demandait pourquoi ne pas adopter des méthodes d'apprentissage, comme la lecture syllabique, qui on fait leurs preuves, notamment auprès des enfants défavorisés: «Vous ne voudriez pas qu'on enseigne comme il y a cinquante ans!» L'individu raisonnable, à ce stade de la conversation, sent que toute tentative de dialogue devient superflue. On ne dialogue pas avec un mystique. On s'incline devant sa croyance.
Mais l'avantage de ces jeunes biberonnés à l'idée qu'ils sont l'avenir du monde et le rouleau compresseur qui renverra le monde ancien aux oubliettes de l'histoire, c'est que leur jeunesse implique avant tout qu'on s'est gardé de polluer leur esprit conquérant avec les vieilleries que sont la culture et les références anciennes. Karaoké et Game of Thrones, c'est quand même autre chose que ces vieilles carnes qui prétendaient avoir lu Montaigne, Stendhal ou La Princesse de Clèves. Ça évite, surtout, de freiner le mouvement naturel du monde, l'ordre des choses, par un scepticisme de mauvais aloi. Le jeune aime le monde tel qu'il est, il s'y adapte. Et pour cause, il n'a rien qui lui permette de penser qu'il pourrait être autre. Des mauvaises langues rappelleront que c'est pour cette raison que les régimes totalitaires se sont toujours appuyés sur la jeunesse pour faire advenir l'Homme nouveau. Mais ce sont de méchantes langues. Vieilles, sans doute.
Alors, réjouissons-nous de cette «nouvelle génération» qui accède au pouvoir et va mener le monde, elle qui a la chance d'être dénuée de cette affreuse faculté qui fait vieillir: la mémoire. Et oublions ainsi dans la célébration du «dynamisme» que la jeunesse aussi peut parfois être un naufrage.
samedi 23 août 2014
France, royaume des imposteurs
Des promesses politiques de campagne aux publicités mensongères, Natacha Polony dénonce les impostures derrière les postures.
Cela commence par un président qui se fait élire sur la promesse d'imposer les plus riches à 75%. Disposition retoquée par le Conseil constitutionnel. Le même se fait écraser aux municipales et promet des baisses de charges salariales. À nouveau retoqué. Ce président prend aussi des airs compassés pour aligner trois mots effarants de banalité sur «le droit à la sécurité d'Israël» avant de se reprendre, quelques jours plus tard, et d'évoquer les morts palestiniens parce qu'un communicant l'a alerté sur l'effet désastreux de son assourdissant silence. Triste figure de composition qui est la même qu'à peu près tous les politiques, de droite comme de gauche, quand ils veulent montrer au citoyen français qu'ils sont impliqués, conscients, déterminés.
C'est cet air d'un ancien président interrogé par deux journalistes et qui évoque ce «sens du devoir» qui seul pourrait lui donner l'envie de mettre fin au feuilleton savamment orchestré de son retour pour annoncer qu'il répond à l'appel du peuple. C'est celui d'un ministre des affaires étrangères au visage de circonstance, voulant faire croire que la France a une quelconque position diplomatique qui serait autre que l'alignement pur et simple sur les volontés américaines.
C'est celui de ces chefs de la droite, grands ou petits, qui proclament à chaque élection leur «conviction européenne» depuis que Jacques Chirac, en 1992, a décrété qu'on ne pouvait avoir de destin présidentiel si l'on avait osé critiquer cette Europe.
C'est enfin celui de tous ces responsables qui parlent la main sur le cœur du déclassement des classes moyennes inférieures parce qu'ils ont - enfin - compris que leur abandon total les précipitait dans les bras du Front national.
Quel rapport entre ces personnages disparates? Cette petite gêne que l'on ressent devant ce qui ressemble fort à une simple posture. Le soupçon qu'il n'y a là aucune conviction, pas l'ombre d'une vision, mais undiscours calculé suivant les impératifs supposés de la popularité ou de la réussite. La posture, c'est cette façon de ne se positionner que selon les critères du moment et ce que l'on suppose être l'attente de son public.
C'est ce dommage collatéral généralisé du règne de la communication. Car le phénomène ne frappe pas seulement les politiques. Dans chaque domaine de l'activité humaine, on peut relever ces exemples, non pas d'hypocrisie - ce serait encore un hommage du vice à la vertu - mais de composition d'un argumentaire ponctuel hors sol. Et cela nous raconte un peu de notre monde moderne.
La communication dont on nous rebat les oreilles comme d'un principe d'efficacité a changé de nature sous l'effet d'une extension de la logique marchande. Elle n'a plus rien à voir avec la vieille réclame qui se contentait de vanter les qualités d'un produit, de «faire savoir». Il s'agit désormais de concevoir le produit en fonction de ce qui va séduire. La communication modifie l'essence même des choses.
Dans le domaine des idées? Plus un discours qui ne vante l'action merveilleuse des femmes, tellement «indispensables». Posture. Et que dire de ces proclamations sur la tolérance dont le but est moins de changer les choses que de montrer à ses pairs que l'on se situe du bon côté? Posture. Dans le domaine de l'art? Il y a longtemps que nous sommes habitués à ce discours verbeux qui accompagne des œuvres sans âme pour les positionner sur l'échelle de la «rébellion». Posture encore. Dans le domaine du vin? Il n'y a plus de choix qu'entre des vins passés dix-huit mois en barrique neuve, parce que certains œnologues à la mode n'aiment que le goût du chêne, ou les vins oxydés de ceux qui ont fait du vin «bio» une idéologie.
Le dénominateur commun? Le lecteur, l'électeur ou le buveur sont devenus des clients, plus des citoyens auxquels on s'adresse, des gens à qui l'on offre une émotion ou une vision en partage. Ils sont des parts de marché potentielles. En politique, le tournant date du début des années 1980, quand des publicitaires ont pris en main les campagnes électorales. Un petit village de France sur une affiche et ce slogan: «La force tranquille». Première forfaiture politique. Car malgré l'espoir sincère que soulevait dans une partie du peuple l'arrivée de cette gauche au pouvoir, on entrait dans l'ère du mensonge. Sous prétexte d'aider les politiques à formuler leurs idées et d'offrir un écho à leurs actes, les marketeurs ont peu à peu modifié le discours politique lui-même pour le faire coller aux codes.
Comme dans le vin, c'est maquillage au bois neuf du techno pinard ou vinaigre imposé par les «purs» autoproclamés. C'est un gaullisme de circonstance par des héritiers perchés sur la croix de Lorraine pour mieux s'asseoir sur les engagements et les choix de l'homme du 18 Juin. C'est une invocation ad nauseam des mânes de Jaurès par ceux-là mêmes qui ont désindustrialisé le pays et abandonné la classe ouvrière pour convenir aux sirènes de la mondialisation.
Une société de posture ne peut rien produire de durable, rien qui dépasse le simple cadre de notre existence immédiate, puisqu'elle ne cultive que le court terme et la rentabilité. Quitte, pour cela, à tromper un peu le client. Ainsi de la posture sommes-nous passés à l'imposture.
Face à la France des sans-vergogne, la France de la ferveur
Pour Natacha Polony, deux mots résument la France d'aujourd'hui : «vergogne» et «ferveur». Si l'absence de vergogne caractérise de plus en plus une partie de l'élite, la ferveur pourrait réconcilier les Français avec eux-même.
Nous avons tous au fond de nous quelques mots qui nous émeuvent, qui nous enchantent ou qui portent des pans entiers de notre imaginaire. Comme Colette rêvant sur ce «presbytère» dont elle faisait un petit escargot tigré, nous faisons des vocables les incarnations d'une vision du monde.Il en est deux qui représentent pour l'auteur de ces lignes comme un condensé de tous les maux et de tous les espoirs de cette société malade. Deux mots dont les sonorités, à la fois douces et surannées, habillent de poésie une réalité si sombre. «Vergogne» et «ferveur». Deux mots qui résument la France.
Nous avons tous au fond de nous quelques mots qui nous émeuvent, qui nous enchantent ou qui portent des pans entiers de notre imaginaire. Comme Colette rêvant sur ce «presbytère» dont elle faisait un petit escargot tigré, nous faisons des vocables les incarnations d'une vision du monde.Il en est deux qui représentent pour l'auteur de ces lignes comme un condensé de tous les maux et de tous les espoirs de cette société malade. Deux mots dont les sonorités, à la fois douces et surannées, habillent de poésie une réalité si sombre. «Vergogne» et «ferveur». Deux mots qui résument la France.
«Vergogne», ce mot si désuet qui ne s'emploie plus que dans une forme négative, «sans vergogne», traduit une notion plus désuète encore. «Verecundia», en latin, désigne à la fois la honte et la pudeur et traduit à peu près ce que les Grecs appelaient aidôs. Respect, honneur, crainte, honte, pudeur, tel était cet aidôs qui accompagnait chaque citoyen et dictait leur conduite aux grands hommes. La vergogne, l'aidôs, est ce sentiment qui nous retient, ce sentiment qui instille en nous l'idée que tout ne se fait pas. Parce que nous sommes des êtres humains, c'est-à-dire des animaux politiques, qui vivent en cité, en société. Et parce que les autres nous regardent. Nous portons en nous le regard des autres, qui nous oblige, et nous nous devons à nous-mêmes parce que nous nous devons aux autres. Il y a dans ce mot quelque chose de l'exclamation du père d'Albert Camus devant une scène de torture atroce: «Un homme, ça s'empêche.» Cri du cœur de l'homme du peuple qui exprime ce que George Orwell appelait la «décence commune». Le pronom, bien sûr, est réfléchi. L'homme choisit de se retenir, de «s'empêcher», et c'est là toute sa dignité d'homme.
D'où vient cette impression que nous sommes désormais dans une société sans vergogne? Une société dans laquelle les entreprises du CAC 40 peuvent verser à leurs actionnaires des dividendes de 30 % supérieurs à l'an dernier alors que l'État leur consent des baisses de charges majeures. Une société dans laquelle les présidents de la République font la une de la presse people parce qu'ils n'ont rien d'autre à raconter à la France et que leur bonheur intime est finalement aussi important pour eux que la charge immense que leur ont confiée les Français. Une société dans laquelle des hommes politiques de premier plan peuvent mentir, tricher, détourner, les yeux dans les yeux et la main sur le cœur. Une société dans laquelle chacun, à sa minuscule mesure, semble préoccupé seulement de grappiller ce qu'il peut, de revendiquer son droit et de comparer avec le voisin. Une société dans laquelle à quelque échelle que ce soit, le mot d'ordre principal est qu'il ne fut pas «culpabiliser». Ne pas culpabiliser le consommateur qui se gave de malbouffe. Ne pas culpabiliser le citoyen en lui rappelant que le monde, ce 20 août, a utilisé depuis le début de l'année les richesses que peut produire la planète pour un an sans entraver les réserves naturelles et qu'il vit désormais à crédit sur ses enfants jusqu'au 31 décembre. Ne pas culpabiliser l'élève qui ne travaille pas ou qui insulte son professeur… Pas de honte. Surtout pas. Pas de vergogne.
Mais face à cette France des sans-vergogne, il existe, partout, au hasard des initiatives et des individus, une France de la ferveur. Quel joli mot que la «ferveur»! Comme une rencontre amoureuse entre la foi et l'ardeur. La ferveur est la chaleur de celui qui croit. Et nulle nécessité du religieux. La ferveur est un enthousiasme, un feu sacré, nous dit l'étymologie de ce mot, mais tout entier tourné vers les autres. Car la ferveur est don. Elle est le don que l'on fait de soi dans chaque action. «Invente un empire où simplement tout soit fervent», écrivait Antoine de Saint-Exupéry dans son dernier ouvrage. Et c'est ce que font aujourd'hui tous ceux qui œuvrent quotidiennement, selon une vocation ou bien armés de leur seule conscience du devoir, ceux qui tentent de bien faire et qui se donnent à cette tâche. Ouvrier, médecin, professeur, entrepreneur, militant associatif, artisan, bénévole, ingénieur, infirmier, paysan ou seulement citoyen qui croit encore à ce qu'il lit sur le fronton
des mairies.
des mairies.
Vergogne et ferveur, tel serait le programme de quiconque voudrait réconcilier les Français avec eux-mêmes, avec leur classe politique, avec leurs élites et avec l'avenir. Vergogne face à l'indécence d'une société qui croit que les vices privés peuvent un jour faire les vertus publiques, et ferveur pour rassembler des Français qui n'attendent qu'une étincelle - événement sportif dérisoire, action plus essentielle parfois, projet politique peut-être - pour communier autour d'une même flamme. Vergogne, qui est l'autre nom de la dignité, et ferveur, comme une réponse aux cyniques et aux blasés. La langue française est décidément belle, de nourrir nos espoirs avec de si beaux mots.
samedi 9 août 2014
Cela commence par un président qui se fait élire sur la promesse d'imposer les plus riches à 75%. Disposition retoquée par le Conseil constitutionnel. Le même se fait écraser aux municipales et promet des baisses de charges salariales. À nouveau retoqué. Ce président prend aussi des airs compassés pour aligner trois mots effarants de banalité sur «le droit à la sécurité d'Israël» avant de se reprendre, quelques jours plus tard, et d'évoquer les morts palestiniens parce qu'un communicant l'a alerté sur l'effet désastreux de son assourdissant silence. Triste figure de composition qui est la même qu'à peu près tous les politiques, de droite comme de gauche, quand ils veulent montrer au citoyen français qu'ils sont impliqués, conscients, déterminés.
C'est cet air d'un ancien président interrogé par deux journalistes et qui évoque ce «sens du devoir» qui seul pourrait lui donner l'envie de mettre fin au feuilleton savamment orchestré de son retour pour annoncer qu'il répond à l'appel du peuple. C'est celui d'un ministre des affaires étrangères au visage de circonstance, voulant faire croire que la France a une quelconque position diplomatique qui serait autre que l'alignement pur et simple sur les volontés américaines.
C'est celui de ces chefs de la droite, grands ou petits, qui proclament à chaque élection leur «conviction européenne» depuis que Jacques Chirac, en 1992, a décrété qu'on ne pouvait avoir de destin présidentiel si l'on avait osé critiquer cette Europe.
C'est enfin celui de tous ces responsables qui parlent la main sur le cœur du déclassement des classes moyennes inférieures parce qu'ils ont - enfin - compris que leur abandon total les précipitait dans les bras du Front national.
Quel rapport entre ces personnages disparates? Cette petite gêne que l'on ressent devant ce qui ressemble fort à une simple posture. Le soupçon qu'il n'y a là aucune conviction, pas l'ombre d'une vision, mais undiscours calculé suivant les impératifs supposés de la popularité ou de la réussite. La posture, c'est cette façon de ne se positionner que selon les critères du moment et ce que l'on suppose être l'attente de son public.
C'est ce dommage collatéral généralisé du règne de la communication. Car le phénomène ne frappe pas seulement les politiques. Dans chaque domaine de l'activité humaine, on peut relever ces exemples, non pas d'hypocrisie - ce serait encore un hommage du vice à la vertu - mais de composition d'un argumentaire ponctuel hors sol. Et cela nous raconte un peu de notre monde moderne.
La communication dont on nous rebat les oreilles comme d'un principe d'efficacité a changé de nature sous l'effet d'une extension de la logique marchande. Elle n'a plus rien à voir avec la vieille réclame qui se contentait de vanter les qualités d'un produit, de «faire savoir». Il s'agit désormais de concevoir le produit en fonction de ce qui va séduire. La communication modifie l'essence même des choses.
Dans le domaine des idées? Plus un discours qui ne vante l'action merveilleuse des femmes, tellement «indispensables». Posture. Et que dire de ces proclamations sur la tolérance dont le but est moins de changer les choses que de montrer à ses pairs que l'on se situe du bon côté? Posture. Dans le domaine de l'art? Il y a longtemps que nous sommes habitués à ce discours verbeux qui accompagne des œuvres sans âme pour les positionner sur l'échelle de la «rébellion». Posture encore. Dans le domaine du vin? Il n'y a plus de choix qu'entre des vins passés dix-huit mois en barrique neuve, parce que certains œnologues à la mode n'aiment que le goût du chêne, ou les vins oxydés de ceux qui ont fait du vin «bio» une idéologie.
Le dénominateur commun? Le lecteur, l'électeur ou le buveur sont devenus des clients, plus des citoyens auxquels on s'adresse, des gens à qui l'on offre une émotion ou une vision en partage. Ils sont des parts de marché potentielles. En politique, le tournant date du début des années 1980, quand des publicitaires ont pris en main les campagnes électorales. Un petit village de France sur une affiche et ce slogan: «La force tranquille». Première forfaiture politique. Car malgré l'espoir sincère que soulevait dans une partie du peuple l'arrivée de cette gauche au pouvoir, on entrait dans l'ère du mensonge. Sous prétexte d'aider les politiques à formuler leurs idées et d'offrir un écho à leurs actes, les marketeurs ont peu à peu modifié le discours politique lui-même pour le faire coller aux codes.
Comme dans le vin, c'est maquillage au bois neuf du techno pinard ou vinaigre imposé par les «purs» autoproclamés. C'est un gaullisme de circonstance par des héritiers perchés sur la croix de Lorraine pour mieux s'asseoir sur les engagements et les choix de l'homme du 18 Juin. C'est une invocation ad nauseam des mannes de Jaurès par ceux-là mêmes qui ont désindustrialisé le pays et abandonné la classe ouvrière pour convenir aux sirènes de la mondialisation.
Une société de posture ne peut rien produire de durable, rien qui dépasse le simple cadre de notre existence immédiate, puisqu'elle ne cultive que le court terme et la rentabilité. Quitte, pour cela, à tromper un peu le client. Ainsi de la posture sommes-nous passés à l'imposture.
dimanche 3 août 2014
Ces paysages que l'on assassine
Le soleil écrase les sons et déploie les senteurs de verveine et d'herbe coupée. Une abeille bourdonne paresseusement. L'eau de la rivière prend des teintes turquoise. Et dans la tranquillité du jour qui passe, immanquablement, un des amis présents évoque le temps où la pêche était bonne. Le temps où les brochets et les perches mordaient aux hameçons des moins expérimentés, où les anguilles se jetaient dans les nasses, où les écrevisses se laissaient ramasser par les enfants audacieux. Un autre se souvient de ces éclosions d'éphémères qui, certains soirs d'août, empêchaient les voitures de rouler en tapissant les pare-brise. Et des dizaines de papillons qui s'égayaient quand on courait dans les herbes.
On trouvera bien sûr des progressistes pour s'agacer de ces relents nostalgiques. Ceux notamment que n'a jamais émus la fascinante pérennité d'un paysage où se marient l'époustouflante beauté de la nature et le patient travail des hommes. Mais tous les autres, s'ils ont un semblant d'honnêteté, avoueront s'être fait la remarque. Ceux qui allaient aux écrevisses dans le Jura, ceux qui pêchaient le brochet dans l'Indre et ceux qui allaient à la chasse aux papillons dans les frais bocages de Brassens. À quel moment tout cela a-t-il basculé? Il y a trente ans? Quarante ans?
L'un raconte que depuis la construction de la centrale nucléaire de Blaye, les esturgeons, les lamproies et les pibales ont disparu. Les poissons venaient se prendre dans les filtres et mouraient par dizaines. Et puis on n'en a plus vu. L'autre cite cette revendication des ouvriers qui exigeaient de ne pas manger de saumon plus de deux fois par semaine. La Loire en regorgeait et c'était le menu quotidien. La pêche en est aujourd'hui interdite, mais est-ce bien nécessaire puisqu'il n'en reste aucun? 80 % des rivières françaises sont polluées. Une étude vient de démontrer que les fruits bio contiennent sept fois moins de résidus de pesticides que les fruits de l'agriculture conventionnelle. Ô étonnement! Jusqu'à présent, les études publiées s'échinaient à prouver que les produits bio n'avaient pas de propriétés nutritionnelles supérieures. Pas de vitamines en plus. Normal, puisque ce n'est pas ce qu'on leur demande. Mais en effet, ils préservent la terre et omettent de nous empoisonner. C'est bien suffisant.
Aux États-Unis, la culture massive de plantes OGM résistantes au Roundup a permis d'inonder les terres de cet herbicide. Résultat, une mauvaise herbe est devenue à son tour résistante. Pour la combattre, les autorités viennent d'autoriser la culture d'OGM résistants à l'un des composants du fameux «agent orange», cet herbicide qui, déversé sur le Vietnam, a été responsable de handicaps monstrueux. Pas moins de 5 600 écoles se situent à proximité des zones concernées par cette autorisation.
Et les insectes ont à ce point disparu qu'en Chine, dans certaines régions, ce sont des femmes qui pollinisent à la main les arbres fruitiers. Bien sûr, on regarde d'un œil distrait les reportages qui racontent cela. On en frémit parfois. Et puis plus rien. Et si les enfants ne peuvent plus aller chasser les papillons, ça n'est pas très grave. De toute façon, ça ne les intéresse pas: ils pratiquent la chasse au monstre numérisé sur console de jeu.
Pourtant, la question se pose de savoir qui a choisi, en conscience, qu'il devait en être ainsi. Le peuple, diront certains. Le peuple qui veut des aliments bon marché, variés, donc une agriculture industrialisée génératrice de pollution. Et puis la mondialisation, qui est un fait et dans laquelle il faut bien surnager par tous les moyens. Mais les choses sont un peu plus complexes. Souvenir d'un reportage en Berry pour l'élection présidentielle de 2007. Sur le marché de Valencay, un homme exprime son désarroi: «Moi, je m'en fiche, de la politique. Tout ce que je demande, c'est de pouvoir emmener mon fils à la pêche et lui apprendre ce que je sais. Mais même ce plaisir-là, on n'y a plus droit.»
En fait, la politique, c'est aussi savoir si l'on va faire en sorte que ce père puisse emmener son fils à la pêche. La politique, c'est se demander ce qui fera le bonheur de ce père, de son fils, et de tous ces gens dont la seule richesse est de profiter d'une douceur de vivre qui ne coûte rien.
Mais les sociétés occidentales ont conçu un système dans lequel chaque petit bonheur doit coûter et rapporter. On baptise donc loisir ce petit bonheur, on le transforme en industrie susceptible de générer des profits parla mise au point d'une technique qui soit la plus performante et on l'intègre à un ensemble de mesures de rationalisation de chaque domaine de l'activité humaine. Dès 1974, le penseur protestant Jacques Ellul avait expliqué tout ce processus par ce qu'il appelait l'idéologie technicienne, le fantasme qui consistait à faire de la technique non plus un outil mais une idéologie censée nous permettre d'améliorer en tout domaine les performances.
On peut alors occuper ce père et son fils, leur offrir un loisir, tout en vidant leur rivière de ses derniers poissons. On peut laisser les gens sérieux s'occuper de cette nature que les incorrigibles nostalgiques refusent de voir changer. D'ailleurs, la loi d'avenir pour l'agriculture les définit, ces gens sérieux, puisque, à la demande de la FNSEA, ne pourront plus obtenir le statut d'agriculteur actif que ceux qui possèdent un minimum de bêtes et d'hectares. Comme le dit le président de la FNSEA, lui-même industriel des agrocarburants et de l'importation de poulet brésilien à bas coût, «celui qui a deux hectares, trois chèvres et deux moutons n'est pas agriculteur.» Il est vrai que celui-là ne doit pas avoir de quoi acheter du Roundup…
On peut continuer à déplorer la disparition des brochets et des papillons autour d'un repas estival et puis se faire croire que tout cela est le fruit de la fatalité. On peut voter une loi de transition énergétique sans rien changer au système économique qui impose de consommer toujours plus d'énergie, et voter une loi agricole qui achève de tuer les paysans en perpétuant une logique d'industrialisation qui non seulement les fait disparaître, mais somme les survivants de produire à bas coût, en remplaçant les bras par la chimie, pour supporter la concurrence de pays sans normes écologiques et sociales. On peut continuer à nourrir les enfants des écoles ou les malades des hôpitaux avec des produits pollués importés de très loin au nom du mieux-disant financier au lieu de leur offrir des produits cueillis du matin, encore vivants, et récoltés par leur voisin, leurs parents, dans un bassin d'emploi revivifié. On peut croire à la fatalité. Mais on peut aussi penser que les brochets et les saumons, les papillons et les éphémères, sont éminemment politiques.
mardi 29 juillet 2014
Lettre à un jeune compatriote musulman
Cher compatriote, cette lettre est celle d'une Française à un Français. Car tu es ce que les médias appellent un «Français musulman», et moi, je suis française athée, ou agnostique penchant vers l'athéisme… Enfin, bref, ces choses-là sont complexes, mais elles relèvent de l'intimité puisque, dans l'espace public, nous sommes seulement deux citoyens français. Alors pourquoi cette lettre? Parce que lorsque j'écris un texte pour défendre la laïcité, certains me disent à travers les réseaux sociaux: «Vous avez un problème avec l'Islam.» Lorsque je publie une tribune pour m'inquiéter d'un antisémitisme de plus en plus violent, je reçois le même commentaire: «Vous avez un problème avec l'islam.» Lorsque j'évoque les djihadistes partis en Syrie, la sentence tombe à nouveau: «Vous avez un problème avec l'islam.»
Cher compatriote, sache-le, je n'ai, comme la plupart des Français je pense, aucun «problème» avec l'islam. Bien au contraire, ce mot éveille en moi le souvenir de l'immense civilisation arabo-musulmane qui fut au XIIIe siècle le phare du monde. Une civilisation faite de liberté, d'intelligence et de sensualité. Une civilisation qui permit de transmettre les textes grecs parce qu'elle respectait le passé qui l'avait précédé et les bibliothèques qui en préservaient la trace. Sans elle, la pensée contemporaine ne serait pas ce qu'elle est. Ce mot évoque Grenade, terre d'arts, de sciences et de poésie quand l'Occident médiéval incarnait encore la barbarie. Ce mot me raconte les vers d'Ibn Arabi et la spiritualité tolérante du soufisme.
Non, je n'ai aucun «problème» avec l'Islam, mais j'en ai un avec tous ceux qui s'en réclament pour imposer leur intolérance et poursuivre un objectif politique, celui notamment de modifier l'équilibre des droits et des devoirs dans ce vieux pays qui avait à peu près réglé la question des religions. Ils ne sont pas majoritaires, bien sûr. Mais on les entend très fort, et j'aimerais entendre tous les autres. Et l'on entend beaucoup aussi les pyromanes qui expliquent qu'il faut modifier la règle commune sous prétexte que les musulmans «sont arrivés après». Il existait, avant 1989 et la première affaire de voile, une pratique qui était que l'on n'arborait pas de signe religieux dans les écoles. Cette pratique était adossée à une circulaire de 1936 publiée par le ministre Jean Zay. Il suffisait de le rappeler pour éviter un psychodrame récupéré par ceux qui veulent faire croire que seuls sont ciblés les musulmans.
J'ai un «problème» aussi quand je vois trois jeunes étudiants, dans un cours sur les grands textes littéraires, philosophiques et religieux ayant modelé la civilisation du pourtour méditerranéen, me déclarer qu'ils n'iront pas lire les mythes de la Genèse parce que «leur religion leur interdit d'ouvrir ce livre» et que «dans un établissement laïque, on n'a pas à lire ça». Qu'il me faille, à moi, expliquer à des jeunes de 20 ans intelligents et parfaitement éduqués que la laïcité n'est pas l'inculture, que lorsque j'ai annoncé que nous allions par la suite nous intéresser au Coran et à son histoire, ça n'avait pas eu l'air de les choquer et qu'enfin ces mythes sont le fondement de leur propre religion, cela me consterne.
J'ai un «problème» quand j'évoque dans un débat les nombreux Français «de culture musulmane» et que Tariq Ramadan me répond: «Cela n'existe pas. Il y a des musulmans et des non-musulmans.» Car une telle conception des religions (qu'on parle de l'islam, duchristianisme ou du judaïsme) est le début de l'intégrisme. Elle nie la possibilité des individus de vivre dans le souvenir des rites qui les ont construits tout en s'émancipant de la religion elle-même.
Pour ma part, cher compatriote, je crois que toute religion est compatible avec laRépublique, et je suis confirmée dans cette idée par les musulmans laïques qui vivent leur foi dans l'intimité. Mais je connais la sensibilité de la France, qui a évacué les religions vers la sphère privée, face à des pratiques ritualistes rendant le croyant visible dans l'espace public. Et je sais que la plus grande marque de respect est de traiter chacun selon la règle commune, justement parce que nous sommes tous citoyens à part entière.
Mais quand un fou ou un frustré endoctriné tue en se réclamant de l'islam, j'espère entendre ta voix, cher compatriote, me dire que tu récuses cette façon abjecte d'enrôler ta religion. Et ce n'est pas te demander de te justifier mais affirmer un fait. Comme moi j'affirme que la France, dans son histoire, a parfois renié ses valeurs, et qu'il y a eu desOradour-sur-Glane en Algérie, et que l'Indochine est un gâchis affreux. Et ce n'est pas de la repentance car les Français d'aujourd'hui ne sont pas comptables des fautes de leurs pères. Mais il y a des choses qui vont mieux en les disant. Car tous les morts se valent, et je veux pleurer avec toi les enfants massacrés de Gaza autant que les enfants chrétiens martyrisés de Mossoul.
Vivre en bonne entente, cher compatriote, c'est avoir confiance en l'autre, qui est un semblable. Et nous avons un destin commun dans ce pays, la France, qui a développé un compromis social et politique que nous devons préserver toi et moi.
samedi 26 juillet 2014
« Mort aux Juifs », ou la banalité de la haine à Paris
C'est désormais une habitude: dans les rues de Paris, on peut crier «mort aux Juifs». Des manifestants veulent exprimer leur colère et leur frustration: «Mort aux Juifs!». Des gens entendent protester contre les bombardements meurtriers en Palestine décidés par un gouvernement d'Israël aux mains d'une droite de plus en plus dure: «Mort aux Juifs!». Une passante prend la défense de deux jeunes filles qu'un homme menace verbalement. Il se retourne contre elle, la traitant de tous les noms, puis la regarde attentivement et s'exclame: «Mais tu es une sale Juive! Casse-toi, sale Juive ou je vais te crever.» Et c'est le déferlement. «Mort aux Juifs!»
Qui aurait imaginé que dans les rues de Paris, en 2014, on pourrait rencontrer cette expression décomplexée de l'antisémitisme le plus violent? Il y a déjà quelques années que l'on entend des politiques déplorer mollement les «importations du conflit israélo-palestinien» sans que cela n'enraye en rien une mécanique qui dépasse de beaucoup les problématiques de politique étrangère.
Bien sûr, la politique d'Israël faite de poursuite de la colonisation et de militarisation des différends est insoutenable et suicidaire. Bien sûr, on aimerait une position ferme sur la scène internationale pour interdire ce mur inique qui coupe les villages palestiniens et ne respecte pas les frontières fixées par l'ONU. Bien sûr, on voudrait entendre davantage les voix juives dénonçant la politique de l'actuel gouvernement israélien. Bien sûr, on espérerait que certains n'assimilent pas toute critique de cette politique de l'État d'Israël, ou même toute critique à l'encontre d'une personne publique se trouvant être juive, à de l'antisémitisme. Bien sûr. Mais quel rapport avec les Juifs de France et la possibilité pour eux de vivre en paix dans une nation qui est la leur?
Il y a déjà plusieurs années que des professeurs alertent sur la montée d'un antisémitisme décomplexé dans certains établissements scolaires. Cela a commencé avec des usages du mot «juif» assimilé à une insulte: «Fais pas ton Juif»… Cela a continué avec des contestations de l'enseignement de l'holocauste. Et l'on peut considérer que cet enseignement a été mal conçu, faisant le choix de l'émotion pour frapper les esprits de jeunes au détriment parfois d'un enseignement appuyé sur la raison et l'analyse, peu importe. Il ne s'agissait pas de cela mais bien de propos négationnistes tenus par des jeunes gens expliquant benoîtement qu'Hitler n'avait pas «fini le travail». Quand un rapport d'un inspecteur de l'Éducation nationale, Jean-Pierre Obin, a relaté ces faits pour s'en inquiéter, il n'a pas été rendu public par le ministère de l'Éducation nationale. Ce n'est qu'un an après sa rédaction que des professeurs et des essayistes ont choisi de le publier. Réaction de toute une partie de la presse et des associations et syndicats? «Ce rapport n'a pas de valeur scientifique car il ne parle que de quelques établissements scolaires.» Allons, ce n'est pas si grave. Fermez le ban!
Ce qui se passait dans les établissements scolaires n'était que le reflet d'un climat plus général dont il aurait fallu s'alarmer. Au lieu de cela, on a pratiqué la dénégation. Il ne fallait surtout pas analyser ce phénomène car il eût fallu admettre que cet antisémitisme n'était pas le fait de la vieille extrême droite européenne, de ce «fascisme» devenu un épouvantail à force d'être invoqué pour décrédibiliser n'importe quel adversaire.
Cet antisémitisme-là marquait la jonction entre un antisionisme d'extrême gauche assimilant avec une facilité dangereuse la haine du capitalisme et la haine d'Israël et un antisémitisme historique de populations musulmanes déracinées et en quête d'identité. L'antisémitisme des banlieues a crû parallèlement à une radicalisation religieuse savamment entretenue par certains imams salafistes gracieusement fournis par des puissances du Golfe. Le drame des populations palestiniennes n'était alors qu'un opportun catalyseur. On aurait attendu une réaction politique. Impossible puisqu'il aurait fallu admettre que les victimes du racisme et de la discrimination pouvaient, elles aussi, incarner la haine. Lancer l'alerte, c'était déjà se voir soupçonné de stigmatiser des populations à qui l'on devait, par culpabilité, une déférence extrême. Pourtant, c'est dans les manifestations contre la loi sur les signes religieux à l'école, en 2003 et 2004, qu'on entendit les premiers «mort aux Juifs» de la part de gens qui faisaient passer l'affichage d'un islam instrumentalisé et militant pour une revendication de liberté.
Peu à peu, les positions se sont radicalisées. Quand Israël lançait il y a quelques années des campagnes pour inciter les Juifs de France à faire leur alya pour fuir l'antisémitisme, c'était intolérable. Peut-on encore le dire après Mohamed Merah et Medhi Nemmouche? L'antisémitisme d'extrême droite, lors de la manifestation «Jour de colère», a rejoint l'antisémitisme d'extrême gauche. De cette jonction terrible, nul ne sait ce qui sortira.
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