TOUT EST DIT

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mercredi 16 février 2011

Bredouillements

Une fois de plus la diplomatie française s'est disqualifiée. La réponse en forme de bras vengeur adressée par le Mexique aux emportements de Nicolas Sarkozy et de Michèle Alliot-Marie causera tort à Florence Cassez et prend la France au piège de ses trop bruyantes irritations. Mal engagé par le chef de l'État qui avait failli à sa promesse de discrétion lors de sa visite à Mexico, ce dossier déjà compliqué, et manipulé par Calderon, risque désormais de desservir les intérêts de la jeune française. D'autant que contrairement à ce que l'on entend ici ou là, l'opinion publique mexicaine ne souhaite pas le transférement de Florence Cassez. Et le distingo de lundi entre le bon peuple et les mauvais dirigeants finira de braquer ceux qui avaient encore quelques doutes sur la culpabilité de la prisonnière de Tepepan.

Décidément les tenants de notre politique extérieure n'en finissent plus de se prendre les pieds dans le tapis. On pensait pourtant que l'Élysée et le Quai d'Orsay feraient profil bas pour potentialiser au mieux « nos » G8 et G20 et ainsi retrouver l'état de grâce de la présidence européenne de Nicolas Sarkozy. Au contraire, cette affaire du Mexique dans laquelle, une fois encore, la France a réagi à l'émotion, ne fait qu'enchaîner avec nos bredouillements dans les révolutions arabes, notre brouille avec les Chinois, ou la vente ratée du Rafale à notre ami Lula.

La recherche de cohérences entre la fermeté affichée du ministre de l'Intérieur sur la « vocation » des immigrés tunisiens à être reconduits à la frontière et l'accueil des soutiens de Ben Ali admis par Éric Besson, ne fait qu'ajouter à la trop longue liste des hésitations françaises. Aune sans pitié qui nous fait mieux mesurer comment notre diplomatie est entrain de perdre la place à part que lui conféraient sa culture, sa langue et son assimilation aux droits de l'homme.

Déjà l'intégration à l'OTAN nous avait enlevé nos spécificités. Et voilà qu'en Tunisie et en Égypte notre passivité et nos silences ne nous permettent même pas d'emboîter le réalisme d'Obama. Il est vrai que s'engager aux côtés des forces du changement n'est guère aisé quand notre politique arabe se résume à passer des vacances chez les dictateurs et les rois.

La première alerte

Le monde politique n’en est qu’à la phase préparatoire à la mise en place de la précampagne pour l’élection présidentielle de 2012, mais il vient de connaître une première alerte quant à la qualité du débat. Un soupçon d’antisémitisme a été émis contre un protagoniste important, le président du groupe parlementaire UMP de l’Assemblée nationale, Christian Jacob. Avant que la vraie campagne ne s’enclenche, dans plusieurs mois, avec les risques de dérapage que comportera la montée des tensions à l’approche du premier tour, il est encore temps de se pencher sur cet incident. Dans le propos controversé de M. Jacob, à propos de Dominique Strauss-Kahn — « Ce n’est pas l’image de la France, l’image de la France rurale, l’image de la France des terroirs et des territoires, celle qu’on aime bien, celle à laquelle je suis attaché » — le président de l’Association des fils et filles de déportés juifs de France, Serge Klarsfeld, a pensé reconnaître un autre discours — « Pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain sera gouverné par un juif » -, tenu par en 1936 par le député Xavier Vallat, plus tard commissaire aux questions juives, à l’adresse de Léon Blum. Amalgamer ces deux phrases paraît abusif. Si analogie il y a, c’est au sens du Petit Robert : « ressemblance établie par l’imagination. » En émettant — en substance — l’opinion que DSK serait coupé du peuple et plus familier des milieux huppés, Christian Jacob a renvoyé aux socialistes les jugements que ceux-ci ont portés sur Nicolas Sarkozy. Sa phrase pourrait d’ailleurs s’appliquer au chef de l’État. Les remous et les exagérations provoqués par cet épisode ont néanmoins valeur d’avertissement. Des préjugés peuvent s’exprimer de façon bonasse ; ils n’en sont pas moins déplacés. Il est aussi un péché mignon, en France, de comparer des adversaires aux nazis ; il n’est pas utile de le cultiver.

Reste le fait politique pur, qui explique bien des choses : après avoir goûté l’éloignement de M. Strauss-Kahn au Fonds monétaire international, la majorité est obligée d’envisager l’hypothèse de la présence de l’ancien ministre au grand rendez-vous électoral. Elle se serait passée de cette éventualité. Les nerfs les moins aguerris pourraient donner des signes de surmenage.

L’humanitaire d’abord

Doit-on mêler culture, justice et pressions politiques ? Ce cocktail inédit est à l’origine de la brouille franco-mexicaine qui a failli devenir « affaire d’État », tant en France qu’au Mexique. Avec fierté nationale bafouée des deux côtés, avec de forts relents de politique intérieure aussi, toujours des deux côtés. Et dans cet embrouillamini, Florence Cassez paraît doublement otage…

Résumons. Pour son comité de soutien, la jeune Française condamnée à 60 ans de prison est l’innocente victime d’une machination policière. Son grand tort est d’avoir été la compagne d’un gangster notoire, spécialisé dans l’ « industrie du kidnapping », une plaie au Mexique. Florence Cassez dit avoir ignoré les activités criminelles de son ami, ce que ce dernier a confirmé. Par ailleurs, que de bizarreries lors de son arrestation (avec le gang des kidnappeurs) « reconstituée » pour les besoins de la télévision (?), des bizarreries poursuivies au long des divers procès ! Pour la grande majorité de l’opinion publique mexicaine relayée par la presse, la jeune femme est coupable, puisque formellement identifiée par deux victimes du gang de son compagnon. Malgré elle, Florence Cassez est devenue l’exemple - l’otage - de la lutte « victorieuse » que mènerait la police mexicaine contre le crime organisé. En réalité, une sanglante guerre ouverte contre les milices de narcotrafiquants, les kidnappeurs et les bandes armées de proxénètes. Le tout sur un fond de corruption qui gangrène des États entiers de la Fédération…

Mais la Française n’est-elle pas aussi devenue un autre symbole, celui de la politique volontariste que mène Nicolas Sarkozy jamais insensible au sort des otages, quels qu’ils soient ? Et une « otage » très médiatisée retient forcément plus l’attention, car dans le monde, d’autres Français croupissent en prison, purgeant des peines à vie pour trafic de drogue…

Le chef de l’État a longtemps cru pouvoir régler l’ « affaire » avec son homologue Felipe Calderon, tout en ne pouvant que laisser tourner les différents rouages de la justice mexicaine. Elle ne s’est pas « déjugée »… Une « spécialité » exclusivement mexicaine ?

Selon les plus hauts magistrats mexicains, il n’y a plus d’issue juridique. La Convention de Strasbourg ratifiée par le Mexique – qui est observateur auprès du Conseil de l’Europe – n’autoriserait (Mexico n’ayant pas signé un protocole additionnel plus souple) le « transfèrement » dans le pays d’origine du condamné que s’il y purge toute sa peine. Or 60 ans de prison sont impensables en France. Refaire sur le sol français le procès bâclé de Florence Cassez est tout aussi impensable.

Peut-être y a-t-il eu trop d’intervention politique dans cette malheureuse affaire. Jusqu’à l’exaspération, jusqu’à réveiller au Mexique le souvenir de la calamiteuse expédition militaire de Napoléon III…

Qu’après les poussées de fièvre, l’« année du Mexique » se déroule normalement. Pour qu’ensuite, le cas Florence Cassez soit examiné sous l’aspect qui, pour l’instant, convient le plus : l’aspect « humanitaire ». C’est aussi le vœu de Nicolas Sarkozy.

L'Afrique à l'épreuve de la démocratie

La Somalie et la Côte d'Ivoire hier, la Tunisie et l'Égypte aujourd'hui : des situations très différentes, mais qui illustrent les difficultés rencontrées par nombre de sociétés africaines.

L'exemple de la Somalie est le plus désespérant. Il n'y a plus, aujourd'hui, d'État, mais trois entités rivales : l'une qui est issue de l'ancien régime, l'autre qui a instauré une micro-république islamique, la troisième qui sert de base arrière à des actes de piraterie. La Somalie, qualifiée pudiquement par l'Onu d'« État déstructuré », nous rappelle que l'État, surtout dans un pays pauvre, est une construction fragile qui peut, à tout moment, imploser. Dans ce pays, l'objectif n'est pas de bâtir une démocratie, mais de reconstruire un État : il est aujourd'hui hors d'atteinte.

La Côte d'Ivoire n'est pas à l'abri d'un scénario somalien. Depuis la mort d'Houphouët-Boigny, son leader historique, elle n'a jamais connu de stabilité, devenant la proie de conflits qui accentuent des oppositions ethniques et religieuses. Elle dispose, cependant, d'atouts bien supérieurs à ceux de la Somalie : des richesses agricoles et minières importantes, des institutions administratives anciennes, des élites entreprenantes. Le problème est de rétablir un État de droit sans lequel la « nation ivoirienne » risque de se décomposer à nouveau, et ses « citoyens » de refluer vers leurs groupes d'appartenance ethnico-religieux.

La Tunisie et l'Égypte présentent un autre cas de figure. Dans les années 1970, un sociologue américain, Samuel Eisenstadt, avait forgé la notion de « tyrannie néopatrimoniale » pour désigner nombre de pays de la région. Chaque terme a ici son importance. « Tyrannie » : ces régimes refusaient au peuple toute parcelle d'autonomie et réprimaient par la force toute opposition. « Patrimoniale » : la classe politiquement dirigeante était aussi la classe économiquement dominante et, à l'image de la famille Trabelsi, en Tunisie, en était venue à s'approprier les richesses du pays. « Néopatrimoniale » cependant : une part, minime, des ressources accumulées avait aussi permis de maintenir une structure étatique et de soutenir une relative modernisation de la société et de l'économie.

Là, le problème est moins de reconstruire un État que de couper le lien entre pouvoir civil, pouvoir policier et pouvoir économique. C'est la raison pour laquelle, tant en Tunisie qu'en Égypte, une transition vers la démocratie est, aujourd'hui, plausible.

Dans chacun de ces pays, en effet, il existe un État, une administration et une armée. Il y a des ressources économiques qui, mieux utilisées, peuvent à nouveau stimuler la croissance et, surtout, réduire les énormes inégalités sociales. Il s'agit de nations homogènes qui n'ont donc pas à gérer les inévitables conflits que provoque, en Côte d'Ivoire, mais aussi au Liban ou en Irak, la fragmentation de la société. Il y a, surtout, parmi leurs peuples, une véritable aspiration à la liberté, même si, en Égypte, le risque ne peut être écarté de voir se développer, à terme, un islamisme plus radical.

Enfin, à ceux qui pourraient désespérer de la lenteur de la démocratisation en Afrique, on rappellera qu'il a fallu de nombreux siècles pour que la France émerge du féodalisme et bâtisse un État moderne. Et pas moins de deux siècles pour qu'elle parvienne à stabiliser des institutions démocratiques.

À Florence Cassez,
le pavé de l’ours

On dirait l’histoire du “pavé de l’ours”, à la sauce chili con carne. Pour chasser une mouche importune, posée sur le nez d’un homme endormi, l’aimable plantigrade lui jeta un parpaing. Il ne réussit, évidemment, qu’à écraser la tête du dormeur ! La Fontaine, de sa fable, retenait cette morale : “Rien de si dangereux qu’un ignorant ami.”

Nul doute que Nicolas Sarkozy a cru bien faire, tirant à boulets rouges en direction du Rio Grande. Pour un peu, tel jadis Napoléon III, il y envoyait un corps expéditionnaire… Mais le sort de Florence Cassez, condamnée là-bas à soixante ans de prison, ne s’en trouve guère amélioré. Le litige privé devient une affaire d’État.

Mexico s’exaspère qu’on ose ainsi, de l’étranger, bafouer sa souveraineté. Jouant sur la corde patriotique, le gouvernement Calderon durcit le ton. Aujourd’hui moins qu’hier, il n’acceptera de libérer une “gringa criminelle” jugée coupable d’enlèvements sordides. Certes, son procès fut marqué d’anomalies grossières. Au lieu d’une attaque frontale, l’Élysée aurait quand même pu réagir par les voies diplomatiques. La finesse et l’humilité ne nuisent pas, parfois.

Avec ça, l’année du Mexique en France - dont les festivités s’ouvrent bientôt - risque de tourner au vinaigre. L’avenir de Florence aussi.

Mardi après-midi, revenu de ses martiales déclarations, M. Sarkozy indiquait la nouvelle ligne : “Garder son sang-froid et obtenir des résultats.” Ne nous énervons pas, donc.

Serge Papin

Le PDG de Système U se déclare avec fierté polyglotte, puisqu'il parle le français et le vendéen. De fait, cet enfant de Saint-Gilles-Croix-de-Vie devenu résident de Saint-Germain-des-Prés a démontré que l'on peut intégrer les sphères de l'influence économique sans renier ses racines provinciales. L'élève indiscipliné renvoyé du collège des jésuites a fait ses classes comme manutentionnaire dans un Intermarché, avant de gravir les marches chez Unico, l'ancêtre de Système U. Devenu propriétaire d'une supérette à Chantonnay, il n'a pas voulu se contenter, comme ses parents, tenanciers d'un petit supermarché, de la gestion des comptes et des rayons. Sous la houlette de Jean-Claude Jaunait, emblématique patron de Super U pendant trois décennies, il a pris des responsabilités au sein du groupement jusqu'à en devenir le numéro un il y a six ans. Depuis, il a transféré le siège de la Vendée à Rungis, adopté un look plus branché, divorcé et appris les techniques de communication au point de jouer plus souvent qu'à son tour les représentants de la grande distribution devant les caméras de télévision. Le quinquagénaire au physique à la Gérard Lanvin fréquente aujourd'hui Drouant et le Flore, et s'est découvert une passion pour Saint-Augustin. Mais il a conservé son magasin en Vendée et vient même d'en acquérir un second. Adepte du bio, il s'impose chaque année, pour rester en forme, une semaine de cure de raisin, comme quoi le patron des « nouveaux commerçants » ne dédaigne pas les vieilles recettes.

S'adapter à la croissance lente


La France se traîne. L'an dernier, sa production n'a progressé que de 1,5 %, selon le chiffre publié hier par l'Insee. Les révisions inévitables de cette première estimation ne devraient pas changer en profondeur l'image de l'année 2010, qui peut se résumer en deux mots : petit rebond. Rebond, parce que l'activité est repartie après une chute de 2,5 % en 2009, la plus mauvaise année depuis 1944. Petit, parce que la croissance a été faible. Après la récession de 1993, la croissance avait atteint 2,2 % en 1994. Après celle de 1975, l'activité avait gagné plus de 4 %. Et, en 1945, elle avait grimpé de plus de 8 %. Aujourd'hui, la machine paraît bridée. Elle ne parvient pas à accélérer au-delà de 0,5 % par trimestre, son rythme de progression depuis la fin 2009. En ce début 2011, l'investissement des entreprises et la reconstitution de leurs stocks pourraient stimuler l'activité, un effet positif compensé par l'affaiblissement prévisible de la consommation.


Au fond, cette langueur ne devrait pas nous surprendre. Car l'économie française ne cesse de ralentir. Dans la décennie 1960, son rythme de croissance approchait 6 % l'an. Il est passé à 2,5 % dans les années 1980, 2 % dans les années 1990 et à peine... 1,2 % dans la décennie 2000. Une moyenne qui englobe certes la grande récession, mais aussi les années qui l'ont précédée, où un endettement galopant à plus de 10 % l'an avait dopé l'activité et nourri la crise. Une moyenne qui s'explique surtout par des gains de productivité de plus en plus faibles, alors qu'ils constituent le seul ressort de la croissance durable.


Nos gouvernants n'ont pas pris la mesure du problème. Dans leurs lois de Finances, ils prévoient systématiquement une croissance entre 2 % et 2,5 % (sauf pour les années 2009 et 2010, marquées par la crise). Sur la décennie 2000, ils l'ont surestimée de pratiquement 1 % par an. Et ça continue. Le programme triennal transmis à Bruxelles prévoit 2 % en 2011... et 2,5 % en 2012 et 2013. Nous sommes dans le rêve. Il est temps de revenir à la réalité. La croissance sera moins forte dans les années à venir et ses recettes ne suffiront pas à résorber le déficit. Les Britanniques ont adapté brutalement leur budget à la croissance lente cette année, les Espagnols l'an dernier. Les Allemands l'ont fait au cours de la décennie écoulée. L'Italie s'en sort au ralenti. Pas la France. Cette adaptation devrait constituer la toile de fond de la campagne présidentielle. Si la croissance accélère, si un président parvient à la chercher avec les dents, ça ne sera que du bonheur en plus.

Consommateurs made in China


La mondialisation a deux visages. Celui cruel des délocalisations, des usines françaises qui ferment et du made in China dont rien ne semble pouvoir freiner l'inexorable essor. Mais il y a aussi, il ne faut pas l'oublier, le visage de la reprise de nos exportations de vins et de spiritueux, des performances historiques d'un Airbus tiré par l'explosion du nombre de voyageurs en Asie et enfin de la progression continue des ventes du luxe tricolore. Au-delà même des produits à forte valeur ajoutée et du luxe, qui est un peu notre high-tech à nous, la présence française à l'international est aussi le fait d'entreprises comme Danone ou L'Oréal : des spécialistes des biens de consommation qui réalisent déjà ou réaliseront à terme plus de 50 % de leur chiffre d'affaires dans des pays dits émergents qui ont de fait déjà largement émergé. Ne boudons pas notre plaisir face aux succès réels de ces groupes qui séduisent directement le consommateur chinois, russe, brésilien ou africain et qui ont su prendre place sur des segments de marché certes parfois jugés non stratégiques par les planificateurs chinois, mais qui n'en restent pas moins hautement concurrentiels.


A l'heure des tensions politiques au Maghreb, des inquiétudes sur l'inflation en Chine ou du déclin démographique en Russie, certains mettent en garde contre le rêve d'un eldorado sur ces nouveaux marchés. La réalité démographique est cependant sans appel. Comme l'explique Virginie Raisson dans son « Atlas des futurs du monde » (1), l'Occident va vivre au rythme du « baby krach » et du papy-boom. Nos populations vont vieillir alors que la vitalité démographique va continuer de tirer le reste de la planète. En 1950, l'Europe et les Etats-Unis représentaient près d'un quart de la population mondiale et pratiquement l'essentiel de la richesse terrestre. D'ici à 2050, l'Occident ne pèsera plus que 10 % de la population mondiale et les premières puissances économiques seront chinoise et indienne. Nul ne prétendra qu'ils auront réglé tous leurs problèmes de pauvreté, d'inégalité des revenus ou de tensions politiques, mais le vent de la démographie et de la croissance les pousse. Et si, derrière chaque Chinois, il y a bien sûr souvent un ouvrier, il ne faut pas oublier qu'il y a aussi un consommateur.

(1) Virginie Raisson, « Atlas des futurs du monde », Robert Laffont.

Faiblesses de présidents

La polémique fait rage, cette fois aux frais de l'infortunée Michèle Alliot-Marie. Il faut dire qu'elle a accumulé les bévues et malchances, avant de présenter une défense maladroite qui aura fait encore plus de dégâts. Les socialistes s'en donnent à coeur joie, avec des excès qui cherchent à distraire de leurs déficits. Le président de la République s'en trouve affecté. Au fond, il n'aurait pas dû la nommer au Quai d'Orsay, dont elle n'a pas le profil. Ce fut sa première faiblesse, dans le « casting ». On en susurre une autre : « Il ne sait pas virer. »

On l'avait déjà dit quand il avait soutenu et maintenu Eric Woerth, avant de lui rendre discrètement sa liberté à la faveur d'un remaniement. Les deux secrétaires d'Etat poussés au départ pour indélicatesses mineures ne modifient pas le diagnostic de base. Face aux déchaînements systématiques d'indignations « ad hominem », la propension du président est de ne pas céder. Dans cette résistance on voit une faiblesse.

Ce ne serait pas le premier des présidents à en avoir eu, de diverses formes. On pense à Mitterrand et à sa faiblesse pour son double ménage, ou à sa déshonorante fidélité pour le douteux Bousquet. On peut, dans un registre plus véniel, penser à Giscard et son immaturité avec les femmes, ou ses défaillances dans son jugement sur les hommes. Ou encore à Chirac, peu regardant sur les méthodes de ses intendants, mais très pointilleux sur le moindre projet de réforme risquant de « faire des vagues », selon son expression familière.

Pour les antisarkozystes d'Etat, les faiblesses de l'actuel président ne font que s'ajouter à leur inventaire interminable de ses défauts. On peut suggérer à sa décharge que « ne pas savoir virer » peut être une forme de savoir-vivre. Et qu'au reste, diront les pragmatiques, les faiblesses qui n'en font pas un très bon président ne l'empêchent pas d'être un excellent candidat.

Bouazizi et Ghonim, ces héros !


Inconnus hier, ce sont aujourd'hui des héros. Mohamed Bouazizi et Wael Ghonim, premiers visages de la révolution arabe, incarnent sa nouveauté. Le jeune Tunisien de Sidi Bouzid, diplômé et sans emploi, vendeur de légumes à la sauvette, en s'immolant par le feu le 17 décembre dernier, a déclenché le processus. Le blogueur égyptien, enlevé par la police et remis en liberté, a joué un rôle important dans la mobilisation électronique. C'est en comparant et en reliant ces deux visages, déjà devenus icônes, qu'on comprend mieux la métamorphose en cours.


L'un comme l'autre appartiennent à cette nouvelle génération indifférente aux appareils politiques comme aux intégrismes religieux. Etudes supérieures, sentiment d'impasse, refus d'un avenir sans horizon - voilà ce qui rapproche ces trentenaires sans dogme ni parti ni programme. Il faut y ajouter l'émotion. Peut-être faudrait-il même lui donner la première place. Car leur révolte n'est pas théoricienne. Elle ne s'inscrit dans aucun discours préétabli. Elle est d'abord émotionnelle, passionnée. Ce qui les fait agir, ce ne sont pas des concepts mais des affects - sentiment de l'intolérable, lassitude des brimades, désir de dignité.


Bouazizi était pauvre, Ghonim vivait à Dubaï au bord de sa piscine. Le premier survivait dans l'économie parallèle, l'autre dirigeait chez Google le secteur du Moyen-Orient. Pourtant, ce qui les distingue est moins le niveau de vie et de revenus que le mode d'action. L'un s'est tué, l'autre non. Le suicide de Mohamed Bouazizi est une communication du désespoir, une mise en lumière de l'impossibilité de vivre dans de pareilles conditions, un appel ultime au bouleversement d'un ordre injuste. Suscité par le présent, son mode d'action est cependant immémorial - sacrifice solitaire, immolation muette. Son geste, que d'autres continuent de réitérer, aurait pu aussi bien trouver place en d'autres temps que le nôtre.


Au contraire, l'action de Wael Ghonim n'appartient qu'à notre temps. Sans Google, Facebook et Twitter, rien n'aurait été possible de ses appels à la résistance, au courage et à la liberté, rien n'aurait exister des réponses, des interactions, des prises de conscience des dizaines de milliers de connectés, créant des occasions infinies de déjouer la répression policière. Ce qu'incarne l'Egyptien de chez Google, c'est évidemment l'impact neuf de la société numérique sur l'action politique. Mais il serait faux d'opposer sa modernité à l'archaïsme du Tunisien sans ressources. En fait, ils sont complémentaires. Et c'est même leur étroite relation qui dessine le paysage nouveau.


En effet, sans les réseaux digitaux, le sacrifice de Mohamed Bouazizi n'aurait rien déclenché. Quand les médias sont aux ordres, que l'information descend d'en haut, à sens unique, aucun geste jamais n'a de répercussion, si radical soit-il. A l'inverse, une fois que la parole circule sans que personne ne puisse la contrôler, la face du monde peut commencer à changer. Dans la longue histoire du pouvoir, voilà un point d'inflexion capital. Ce qui l'accompagne est sans doute plus essentiel encore : la fin de la peur.


En se sacrifiant par le feu, en défiant la police, en osant dire ce qu'ils pensent, ce qu'ils refusent et ce qu'ils espèrent, Bouazizi et Ghonim, et les foules anonymes qu'ils représentent, marquent un moment clef dans l'histoire contemporaine de leurs pays : celui où l'on cesse de consentir, de baisser les yeux, de subir. Ce qui l'emporte, avec le sentiment de n'avoir plus rien à perdre, c'est cette volonté d'en finir avec la soumission. Avec véhémence, avec quelque confusion parfois, soudain le désir de dignité se révèle plus puissant que la terreur.


Difficile de savoir comment s'enclenche pareil sursaut. Qu'il ne se comprenne pas encore lui-même, qu'il se cherche et tâtonne, c'est l'évidence. Mais une chose est sûre : parce qu'ils conjuguent émotions, communication libre et fin de la peur, les événements en cours dans plusieurs pays arabes ne peuvent plus se lire avec les anciennes cartes mentales.

Les cyberactivistes égyptiens s'organisent

Avec l'armée, ils engagent le dialogue pour faire entendre leurs revendications et préserver leur «révolution». 

Lundi soir, au troisième jour l'après-Moubarak. À la veille du Mouled el-Nabi, la fête de la naissance du Prophète, c'est l'ébullition au siège du parti libéral al-Gada, le Front démocratique d'Oussama Ghazaly Harb, figure de la vie politique égyptienne. Dans les couloirs de la villa nichée dans une rue calme du quartier de Mohandessine, loin des clameurs révolutionnaires de la place Tahrir, il faut jouer des coudes pour se faire une place. «Foulée au pied» à l'époque de Hosni Moubarak, l'opposition égyptienne ne veut pas laisser passer sa chance de se faire entendre de son nouvel interlocuteur: l'armée.
On croise des chevilles ouvrières de la gauche marxiste et nassérienne, des islamistes comme Mohamed el-Beltaguy, ancien député des Frères musulmans, ou des figures de la contestation, tel Georges Ishak, vétéran de Kefaya («Ça suffit»), le premier mouvement à avoir demandé, dès 2004, le départ du tout-puissant raïs. On voit, surtout, de jeunes activistes et des blogueurs, inspirateurs de la «révolution du 25 janvier», dont ils se sentent aujourd'hui le devoir de protéger l'héritage et les acquis.

Difficile cohabitation en perspective

Le visage encadré d'un voile rose, Israa Abdel Fatah écoute avec attention les intervenants. «Il faut qu'on se mette d'accord sur nos demandes pour présenter un programme et un calendrier précis à l'armée», souffle-t-elle. Il y a trois mois, la jeune femme était de l'autre côté de la table pour coordonner le contrôle de l'indépendance d'élections parlementaires qui allaient tourner au massacre pour l'opposition. Mais les cyberactivistes savaient que le vent finirait par tourner. Israa la première: le 6 avril 2008, c'est elle qui avait lancé sur Facebook, déjà, un appel à la grève générale, coup de semonce ignoré par un raïs enfermé sans sa tour d'ivoire. Passés maîtres dans l'art de la guérilla virtuelle, les «Jeunes de la révolution» savent que, pour peser sur l'avenir, ils doivent maintenant trouver leur place sur l'échiquier politique réel, et en comprendre les règles du jeu. «C'est pour ça qu'on a sollicité des personnalités comme Mohamed ElBaradei ou Ahmed Zoweil (Prix Nobel de chimie, NDLR), pour qu'ils nous fassent profiter de leur expérience», souligne Israa. Assis dans un coin de la salle, le romancier Alaa el-Aswany, auteur du best-seller L'Immeuble Yacoubian, et critique de longue date du régime Moubarak, fait partie de ces figures tutélaires. «Il était dangereux d'avoir une tête qui dépasse tant que la révolution n'avait pas abouti, car il aurait été facile pour le pouvoir de la couper ou de la manipuler, estime-t-il. Mais maintenant il faut des représentants crédibles. Il n'y a pas de temps à perdre, car la contre-révolution est en marche. Les partisans du régime œuvrent en coulisse pour dévoyer la révolution, ou la voler.»
Dimanche, un premier groupe de huit jeunes a été mandaté pour rencontrer les militaires. À sa tête, Ahmed Maher, fondateur du Mouvement du 6 avril, et Waël Ghonim, le blogueur dont les larmes versées sur les victimes de la répression, qu'il découvrait après onze jours de prison, ont donné un second souffle décisif au soulèvement.

La refonte prendra du temps

«Chacun a formulé son point de vue , raconte Abdelrahman Samir, un membre de la délégation. On a plaidé pour une accélération des réformes, un gouvernement transitoire et la levée de l'état d'urgence; l'armée a demandé la fin des manifestations et le soutien à la reprise de l'économie et du tourisme. On ne peut pas encore parler de négociations. C'était plutôt une façon d'engager le dialogue.» Veste en velours marron et petit bouc soigneusement taillé, le jeune homme joue nerveusement avec ses trois téléphones portables. Représentant de la Coalition nationale pour le changement de Mohamed ElBaradei, il sait qu'il sera difficile de faire cohabiter dans une même structure des gens aux idées si différentes. Difficile, aussi, de dépasser jalousies et questions de préséance entre vieux opposants et jeunes révolutionnaires, au sein des «comités» qui seront chargés de proposer des réformes et de négocier avec l'armée.
Les activistes sont plus généralement conscients que la refonte du paysage politique prendra du temps, et que les militaires pourraient en profiter pour asseoir leur emprise. «L'armée est très respectable et loyale, mais le fait d'être au pouvoir peut entraîner des ambitions, souligne Abdelrahman Samir. Il faut donc qu'on maintienne la pression pour que les réformes promises soient appliquées.» «On sera de nouveau dans la rue vendredi, pour “fêter la victoire”, précise Farah Kamal, membre du Mouvement du 25 janvier. On recommencera s'il le faut tous les vendredis, pour ne pas trop perturber la circulation. On reste plus que jamais mobilisés!»

Lagarde craindrait-elle DSK ?

La ministre de l'Économie a déclaré mardi qu'elle souhaitait voir Dominique Strauss-Kahn rester au FMI. Et ne pas revenir en France .
 Il est désormais un temps où Dominique Strauss-Kahn fait plus parler la droite que la gauche. Le président du FMI n'est toujours pas candidat aux primaires socialistes - le sera-t-il un jour ? - et sa popularité ne cesse de chuter. Selon le baromètre Ipsos pour Le Point , DSK perd 7 points et pointe désormais à 51% d'opinions favorables. Dans les coulisses socialistes, certains se réjouissent et d'autres s'inquiètent. De l'autre côté de l'échiquier politique, d'aucuns s'impatientent et beaucoup attaquent. 
Christine Lagarde a apporté mardi sa pierre à l'édifice anti-DSK. La ministre de l'Économie n'a pas choisi la manière forte comme Christian Jacob dimanche mais a préféré la subtlité. Le président du groupe UMP à l 'Assemblée nationale avait présenté Dominique Strauss-Kahn comme un « bobo » qui ne correspondrait pas à « l'image de la France, l'image de la France rurale, l'image de la France des terroirs et des territoires, celle qu'on aime bien ». Depuis, la gauche gronde et accuse Christian Jacob de tous les maux.

« Choix intime »

Posée, la ministre de l'Économie a salué le « très bon travail » de DSK à la tête du Fonds Monétaire International. « Tout le monde s'accorde, et j'en fais partie, pour dire qu'il fait un très bon travail au Fonds monétaire international, a-t-elle reconnu sur France 2. Il soutient les thèses françaises pour ce G20, donc nous avons besoin de lui là où il est. » Un joli compliment qui se veut aussi un formidable baiser de Judas. Ou comment Christine Lagarde sous-entend que Dominique Strauss-Khan est très bien là où il, à Washington, États-Unis, loin de la France ? 
Ces mots font écho à ceux de François Baroin. Sur BFM TV, le ministre du Budget a jugé « très bien qu'un Français soit à la tête d'une grande institution internationale. C'est mieux pour l'image de la France que ce Français conserve son mandat jusqu'au bout. Puisqu'il a pris un engagement, qu'il le respecte ».
Directement, pourtant, Christine Lagarde a refusé de se prononcer sur une éventuelle candidature de DSK aux primaires socialistes. Assurant ne pas vouloir « rentrer dans une polémique de personnes », elle a indiqué qu'une candidature à l'élection présidentielle relevait « du choix intime de chacun des individus concernés ».

mardi 15 février 2011

Le somptueux palais de Poutine




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Iran : "La surveillance des opposants en Iran est renforcée"




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Wikipédia au château de Versailles

"La querelle des Anciens et des Modernes n'a plus lieu d'être", s'enthousiasme WikiMédia France. L' association qui promeut l'encyclopédie collaborative et le château ont signé un partenariat, mardi 15 février, afin d'alimenter et d'améliorer les contenus de l'information en ligne. "L'objectif est d'établir des ponts entre les équipes du château et les contributeurs de Wikipédia", résume Adrienne Alix, présidente de l'association Wikimédia France, au Monde.fr.

En résidence pendant six mois, un spécialiste de Wikimédia sera chargé de coordonner le transfert d'informations scientifiques, historiques et de toute nature existant à Versailles vers Wikipédia. Il sera aussi chargé d'enrichir, avec le concours des conservateurs et des scientifiques du château de Versailles, celles qui existent déjà sur l'encyclopédie collaborative. "Plusieurs tableaux et objets dans le musée sont suffisamment anciens pour être dans le domaine public. L'idée est d'établir, avec les responsables du château, quelles sont les meilleures modalités pour les présenter au mieux dans l'encyclopédie en ligne", détaille également Mme Alix.
"Wikipédia est une source d'information majeure sur le château de Versailles, diffusée dans le monde entier. Certains conservateurs et scientifiques de l'établissement y contribuent déjà de façon spontanée pour enrichir certaines notices", note Jean-Jacques Aillagon, président de l'établissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles, cité sur le site Wikimédia.fr.
PLUSIEURS MILLIONS DE VISITEURS PAR AN SUR LES PAGES DÉDIÉES
Pour les institutions, l'encyclopédie contributive constitue aussi une source de trafic de plus en plus importante : la galaxie de pages se référant au château de Versailles compte plusieurs millions de visiteurs par an. Au total, Wikipédia, qui vient de fêter ses dix ans, revendique 17 millions d'articles publiés en 250 langues et 400 millions de visiteurs mensuels. Versailles participe également au Google Art Project, qui permet des visites virtuelles dans dix-sept musées du monde entier.
Avant le château de Versailles, Wikimédia France a déjà signé deux partenariats avec des institutions, l'un avec la Bibliothèque nationale de France, l'autre avec la mairie, le Muséum d'histoire naturelle et les Archives de Toulouse. "Après le succès de l'expérience toulousaine, nous avons reçu de nombreuses sollicitations d'autres institutions", souligne Adrienne Alix.
Documents écrits, photographiques, multimédia : le British Museum a lancé pendant cinq semaines une initiative similaire à Londres, tout comme le Brooklyn Museum, à New York, plusieurs musées néerlandais, les archives fédérales allemandes, une bibliothèque de l'Etat australien du Queensland.

L'autre leçon d'Egypte

Pharaon régna 3.000 ans sur l’Egypte en gouvernant un peuple qui divisait l’année en trois saisons: inondation (akhet), germination (peret), et chaleur (shemou).
Autrement dit, un peuple organisé autour du Nil et de l’agriculture. Un peuple qui cultivait bien sûr, mais savait aussi stocker, compter, gérer, répartir. Le grand Râ, dieu du Soleil, aurait pu être comptable. Aujourd’hui, qui mesure la nourriture des hommes? Qui anticipe les aléas du climat, les stratégies des spéculateurs? Nous faisons terre commune, mais où sont Pharaon et ses scribes? Où est ce vieux savoir de la régulation dans un monde où il y a des prix mondiaux de l’alimentation, des cours du blé qui fluctuent à la Bourse de Chicago en fonction des crises climatiques et des spéculations? Pharaon savait que l’arme alimentaire était la première arme des guerres et que nourrir son peuple est le premier devoir du politique. N’oublions pas que la Révolution française a commencé une année de mauvaise récolte.

Aujourd’hui encore, le déclencheur premier des révoltes arabes est la hausse des prix alimentaires dans des sociétés de maigres salaires, de chômage et de dictatures militaires. Mais en Israël aussi, la centrale syndicale Histadrut annonce des grèves contre la hausse des prix de l’eau, du pain et de l’essence. Quand les ventres sont vides, naissent de nouvelles solidarités.

Alors nous devons gérer la mondialisation comme Pharaon l’Egypte, avec des investissements dans l’agriculture, des stocks et des régulations. Notre système actuel est insupportable: les paysans sont souvent pauvres; 90% des produits agricoles sont consommés dans la proximité mais ce sont les 10% qui voyagent qui font les prix mondiaux; les investissements sont totalement insuffisants, tout particulièrement en Afrique. Chaque Européen mangera dans sa vie 9 vaches, 32 cochons et 1.412 poulets. Que se passerait-il si les autres peuples voulaient nous imiter? La vie des hommes n’est décidément pas une marchandise comme les autres.

Alger: "Ce n’est qu’un début!"

Plusieurs milliers de personnes ont manifesté samedi à Alger face à 25.000 policiers. "Nous avons brisé le mur de la peur", assurent les opposants à Bouteflika. 
 Des laïques et des islamistes. Le chef du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Saïd Sadi, un laïque. Et l’un des fondateurs du Front islamique du salut, Ali Belhadj. Des étudiants, des travailleurs et des chômeurs. Des femmes et des hommes, de simples quidams et des intellectuels… Tous ont bravé les forces de l’ordre pour défier hier le pouvoir dans le centre d’Alger. Place de la Concorde, les manifestants ne cachaient par leur fierté. Alger a connu samedi une journée de contestation peut-être historique. Interdite par les autorités, la manifestation, organisée à la suite de l’appel lancé par la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD), née dans la foulée des émeutes contre la cherté de la vie qui ont fait cinq morts et 1.000 blessés début janvier, a réuni près de 5.000 personnes, selon le président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme, Mostepha Bouchachi. Un chiffre modeste, comparé aux centaines de milliers de manifestants du Caire, mais impressionnant quand on sait la difficulté de manifester en Algérie. La preuve : face à ces quelques milliers de manifestants (estimés à 250 par le ministère de l’Intérieur), les autorités ont déployé plus de 25.000 policiers.

De nombreuses références à la révolution égyptienne

Au départ, leur idée était, comme à Tunis ou au Caire, de marcher à travers les rues de la capitale pour crier leur colère. Mais très rapidement, les manifestants ont été bloqués par le très important dispositif de sécurité, qui a procédé à des interpellations musclées. Bloqués en plein centre de la capitale sur la place du "1er-Mai", rebaptisée symboliquement place "Tahrir du Caire", les marcheurs ont scandé des slogans hostiles au régime du président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999. Au lendemain de l’éviction du pouvoir d’Hosni Moubarak en Egypte, les manifestants ont lancé en arabe des "Algérie libre", "Le régime dehors!", "Système, dégage!". Certains ont aussi exigé le départ du chef de l’Etat et des changements politiques rapides. Des groupes de jeunes ont tenté de percer le cordon de sécurité, sans succès. Les organisateurs de la marche ont alors demandé aux manifestants d’éviter l’affrontement. De fait, le rassemblement s’est dispersé vers 15 heures sans débordements, ce qui n’a pas empêché la police de procéder à de très nombreuses arrestations. La Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme en a dénombré "plus de 300", contre 14 pour les autorités.
Pas de quoi décourager les contestataires algériens qui comptent suivre l’exemple des révolutions tunisienne et égyptienne. "Nous allons décider dans les prochains jours de la suite à donner à notre mouvement, mais cette manifestation n’est que le début", a déclaré samedi Mostepha Bouchachi. Des marches et des rassemblements devraient de nouveau se dérouler dans tout le pays. En attendant, Bouchachi a salué la mobilisation de samedi: "Si on avait pu marcher, il y aurait eu des dizaines de milliers de personnes avec nous", déplorait-il, avant d’accuser le pouvoir de se "donner en spectacle et de dépenser beaucoup d’argent pour empêcher les Algériens de s’exprimer". Les prochaines manifestations seront déterminantes. La colère sourde de la société algérienne ne demande qu’à s’exprimer dans des villes comme Oran, Annaba, Constantine et Boumerdès où des rassemblements, prévus également samedi, ont été soit interdits, soit durement réprimés; à Oran, une marche réunissant 400 personnes place du 1er-Novembre s’est achevée par une trentaine d’interpellations. Le chef local de la CNCD, l’universitaire Kaddour Chouicha, son fils et deux journalistes ont été emmenés dans un fourgon de police puis relâchés.

Bouteflika lâche du lest

Inquiet des exemples venus de Tunis et du Caire, le président Bouteflika a annoncé au début du mois la levée prochaine de l’état d’urgence (en vigueur depuis 1992), l’ouverture de la télévision et des radios publiques à l’opposition ainsi qu’un nouveau plan d’action contre le chômage et la crise du logement. Mais ces mesures n’ont pas convaincu les Algériens. Comme en Tunisie, les tentatives d’immolation par le feu n’ont pas cessé. Jeudi, un jeune a tenté de se suicider de cette façon à Ghardaïda, dans le sud du pays. A travers tout le pays, les opposants au régime de Bouteflika commencent à y croire: "Nous avons brisé le mur de la peur, assure Fodil Boumala, l’un des fondateurs de la CNCD. Samedi, les Algériens ont récupéré leur capitale."

Zone euro: la croissance reste modérée au 4e trimestre 2010

La croissance dans la zone euro a un peu déçu en restant stable à 0,3% au quatrième trimestre 2010, portant le total sur l'année à 1,7%, selon une première estimation mardi de l'office européen des statistiques Eurostat.

C'est légèrement au-dessous des attentes des analystes, qui espéraient en moyenne une augmentation du Produit intérieur brut de 0,4% au quatrième trimestre, après 0,3% les trois mois précédents dans les pays partageant la monnaie européenne.

La croissance a notamment continué à ralentir dans la première économie de la zone euro, l'Allemagne: son PIB a augmenté de seulement 0,4% au quatrième trimestre après 0,7% au troisième et même 2,2% au deuxième.

Les économistes relèvent aussi la performance décevante affichée par la France au quatrième trimestre: seulement 0,3%, comme sur les trois mois précédents, mais moitié moins qu'espéré par la Banque de France.

Dans l'ensemble de l'Union européenne, la croissance a ralenti au quatrième trimestre, à 0,2% après 0,5% au troisième trimestre. Sur l'ensemble de l'année 2010, l'UE enregistre elle aussi une croissance de 1,7%.

En 2009, le recul du PIB avait atteint pour la zone euro un niveau historique de 4,1%, et pour l'UE 4,2%. Depuis la sortie de récession, la croissance européenne reste plutôt molle, seul le deuxième trimestre 2010 faisant figure d'exception avec un bond de 1%.

Eurostat n'a pas fourni à ce stade d'explications sur l'évolution du PIB européen au quatrième trimestre.

Mais "le mauvais temps en décembre pourrait avoir affecté l'activité dans certains pays", souligne Jonathan Loynes, économiste chez Capital Economics.

Pour lui, vu la confiance affichée par les entreprises, "la croissance pourrait de nouveau accélérer au premier trimestre 2011".

La reprise des exportations dans les membres historiques du "coeur" de la zone euro risque toutefois de "perdre au moins un peu de vigueur", tandis que la croissance restera très faible dans les économies plus fragiles, dites de la "périphérie", prévient toutefois l'économiste, qui table donc sur une croissance assez faible de seulement 1% environ en 2011.

Les Européens sous pression pour geler les avoirs de responsables égyptiens

Les autorités égyptiennes ont demandé à plusieurs pays européens de geler les avoirs d'ex-hauts responsables du régime de Hosni Moubarak, mais pas du président déchu lui-même, et la question sera abordée par toute l'UE mardi lors d'une réunion à Bruxelles.
Paris a été saisi par les autorités égyptiennes "d'une requête de gel des avoirs d'anciens responsables égyptiens", a déclaré lundi à l'AFP le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, M. Bernard Valero.
"Nous examinons cette demande et nous coopérerons bien entendu avec les autorités égyptiennes", a ajouté le porte-parole en précisant qu'elle "ne concernait ni l'ancien président Hosni Moubarak ni des membres de sa famille".
A Londres, le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague a indiqué également avoir "reçu une demande de la part du gouvernement égyptien de geler les avoir de plusieurs anciens responsables égyptiens".
"Nous allons évidemment coopérer" avec les autorités égyptiennes "en travaillant avec l'Union européenne et les partenaires internationaux comme nous l'avons fait dans le cas de la Tunisie", a ajouté M. Hague, en référence avec le gel par l'Union européenne des avoirs de l'ancien président tunisien Zine El Abidine Ben Ali et de sa famille. "S'il y a la preuve d'un détournement ou d'une utilisation illégale de fonds publics, nous prendrons des mesures fermes et rapides", a encore assuré le chef de la diplomatie britannique.
La même demande de gel des avoirs d'ex-responsables a été faite par le gouvernement égyptien aux Etats-Unis, a indiqué un haut responsable du département d'Etat à Washington qui a également précisé qu'elle ne concernait pas M. Moubarak.
A la demande de la Grande-Bretagne en particulier, les ministres européens des Finances ont décidé de mettre la question d'un gel éventuel des avoirs de sept anciens responsables égyptiens au menu d'une rencontre qu'ils doivent avoir mardi à Bruxelles, a indiqué à l'AFP une source diplomatique.
"Il y a six ou sept Egyptiens sur la liste, mais elle n'inclut définitivement pas Moubarak", a-t-elle dit.
L'UE discutera aussi de l'aide aux pays de la rive sud de la Méditerranée.
"J'ai demandé à ce qu'on évoque ensemble, et je sais que ça le sera demain, la situation dans les pays tels que la Tunisie, l'Egypte en particulier, pour en examiner les aspects financiers et économiques, c'est-à-dire à la fois, les perspectives d'investissement et de soutien, notamment par la Banque européenne d'investissement, par les différentes agences de développement de chacun de nos pays", a souligné la ministre française de l'Economie, Christine Lagarde.
Il faut "voir comment on peut ensemble soutenir ce mouvement démocratique qui est en train de s'installer dans ces pays", a-t-elle ajouté.
L'Allemagne a aussi annoncé avoir été approchée par l'Egypte avec une requête de gel d'avoirs.
"Une demande d'entraide judiciaire des autorités égyptiennes concernant le gel d'avoirs d'anciens membres du gouvernement et du parlement égyptiens nous est parvenue", a déclaré à l'AFP un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères. "Nous examinons actuellement cette demande", a-t-il ajouté.
Aucune des trois capitales n'a détaillé dans l'immédiat le montant des avoirs concernés ni les personnalités visées.
Le nom de Hosni Moubarak, qui a quitté la présidence de l'Egypte vendredi après 30 ans au pouvoir n'a pas été évoqué non plus à Londres et Berlin. Selon la presse britannique, M. Moubarak posséderait des millions d'euros d'avoirs en Grande-Bretagne. La Suisse a, elle, décidé dès vendredi de geler "avec effet immédiat" les avoirs que pourraient y détenir M. Moubarak et son entourage.

CES BANQUES EUROPÉENNES VONT-ELLES REMBOURSER LES PLUS-VALUES FAITES AVEC L'ARGENT DE MOUBARAK ? 
ÇA, C'EST UNE AUTRE HISTOIRE....

DSK confronté à une nouvelle salve de l'UMP

Après la polémique du week-end sur les propos de Christian Jacob critiquant DSK, Christine Lagarde et Brice Hortefeux sont revenus à leur tour sur les "qualités" du directeur général du FMI. 

Dans la majorité, chacun y va de sa petite phrase sur Dominique Strauss-Kahn, actuel directeur du FMI et possible candidat à la présidentielle de 2012. "Tout le monde s'accorde, et j'en fais partie, pour dire qu'il (DSK) fait un très bon travail au Fonds monétaire international", a déclaré Christine Lagarde sur France 2 ce mardi matin. "Il soutient les thèses françaises pour ce G20, donc nous avons besoin de lui là où il est." Interrogée sur l'opportunité d'une candidature de l'ancien ministre socialiste de l'Economie à la présidentielle, Christine Lagarde a précisé : "cela relève du choix intime de chacun des individus concernés. Moi, je constate simplement que c'est un partenaire de qualité comme directeur général du Fonds monétaire international."

De son côté, Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, a estimé sur LCI que "Dominique Strauss-Kahn, qui est aujourd'hui loin de la France", n'était "pas forcément le mieux placé pour connaître les problèmes des Français au plus près". La France, selon le ministre, "il la connaît aujourd'hui moins bien du fait de ses responsabilités qui l'éloigne de notre pays".
Des déclarations qui interviennent après d'autres ce week-end, qui ont fait réagir vivement les socialistes. Le secrétaire d'Etat au Commerce extérieur, Pierre Lellouche, avait jugé dimanche que le directeur général du FMI incarnait la "gauche ultra-caviar", et Christian Jacob, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, estimé qu'il représentait "plutôt bien" les bobos, les électeurs "bourgeois-bohème". "Ce n'est pas l'image de la France, de la France rurale, de la France des terroirs et des territoires, de la France qu'on aime bien", avait déclaré l'ancien ministre de l'Agriculture.
"Gauche caviar ? Non, plutôt gauche couscous"
Ces propos ont déclenché la colère des proches de Dominique Strauss-Kahn, relayés lundi par une mise au point du porte-parole du Parti socialiste, Benoît Hamon, pour montrer "ce que nous accepterons et ce que nous n'accepterons pas" pendant la campagne présidentielle de 2012. Lors du point de presse hebdomadaire du PS, il a dénoncé "les relents très moisis" de la polémique, laissant entendre, à l'instar des partisans de Dominique Strauss-Kahn, que celle-ci avait une connotation antisémite.
De son côté, Jean-Christophe Cambadélis, secrétaire national du PS et proche de DSK, a jugé mardi que les sondages d'opinion actuels donnant le patron du FMI tantôt ultra favori, tantôt en baisse, étaient "irréels". "Vous savez, Dominique Strauss-Kahn, c'est pas la gauche caviar, ce serait plutôt la gauche couscous. On mange plus de couscous à Sarcelles qu'à Neuilly (...) On ne peut pas dire que des hommes et des femmes qui gagnent de l'argent, qui ont des responsabilités à l'échelle internationale sont incapables de comprendre la situation française et la situation des Français. C'est pas très compliqué, cela n'a pas beaucoup changé depuis cinq ans, cela s'est aggravé", a poursuivi le député de Paris.

L'UMP SE RIDICULISE EN VIDANT SON CHARGEUR AVANT QUE LA CIBLE SOIT RÉELLE. 
MAIS ÇA, C'EST UNE AUTRE HISTOIRE.

L'opposition iranienne défie à nouveau le régime

Des manifestations ont été durement réprimées lundi par le pouvoir, qui craint la contagion égyptienne. Une personne a été tuée.
Pari tenu. Après plus d'un an de silence, les insoumis de Téhéran ont osé reprendre, lundi, le chemin de la contestation. Rassemblés par grappes éparses -pour tenter de contourner les cordons sécuritaires déployés à travers la capitale -, ils sont plusieurs milliers à s'être déplacés, à pied ou en voiture, de la place Imam Hossein à la place Azadi (Liberté), dans l'ouest de la capitale. Dans les contre-allées, à l'abri du regard des officiers de police, les plus enhardis se sont même risqués à crier quelques slogans. «Mort au dictateur !» ou encore «Libérez les prisonniers politiques !», peut-on entendre sur quelques vidéos d'amateurs transmises au Figaro . Une jeune femme, présente sur les lieux, raconte avoir également noté de nouveaux slogans, inspirés des révoltes du monde arabe, comme «Moubarak ! Ben Ali ! Nobaté Seyed Ali !» («Moubarak ! Ben Ali ! Au tour de Seyed Ali» - en référence à Ali Khamenei, le guide suprême).
Sur d'autres images, en provenance de villes de province - Ispahan, Tabriz, Kermanchah -, on peut voir les manifestants faire le v de la victoire, les doigts tendus vers le ciel. Une victoire qui reste néanmoins relative. En fin d'après-midi, les rassemblements pacifiques ont viré, dans plusieurs endroits, en accrochages entre manifestants et forces de l'ordre. Ces dernières ont chargé la foule avec du gaz lacrymogène. Les contestataires, eux, ont brûlé des bennes à ordures renversées sur la chaussée. Un mort par balle et plusieurs blessés ont été signalés des deux côtés. «On s'attend à des clashs pendant la nuit», prévenait, en fin de journée, Arash, un manifestant joint par téléphone.
Officiellement, la manifestation, lancée à l'initiative des deux principaux leaders de l'opposition, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, avait pour objectif de «soutenir la lutte des peuples égyptien et tunisien» contre la «dictature», en saisissant au pied de la lettre les discours anti-Moubarak du pouvoir iranien. Officieusement, il s'agissait d'une journée «test» pour la dissidence iranienne, largement fragilisée par une répression sans merci. Depuis plusieurs mois, la «vague verte» née de la contestation postélectorale de juin 2009 - et dont l'activisme, à travers Facebook, Twitter et YouTube inspira les résistants tunisiens et égyptiens - peine à se ressaisir. L'expulsion de nombreux étudiants de l'université, l'arrestation de milliers de manifestants, la condamnation de journalistes et dissidents à de lourdes peines de prison - voire à la pendaison pour certains - ont rendu quasi impossible toute nouvelle forme de mobilisation.

«Un nouveau départ»

En fin de semaine dernière, l'étau s'était resserré d'un cran avec l'interpellation d'une vingtaine de personnes proches des ténors de l'opposition et le brouillage stratégique des programmes en persan de la chaîne britannique BBC - très regardés par les jeunes. Lundi, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi ont même été empêchés de sortir de chez eux par des agents en civil. Craignant une contagion venant d'Égypte, les autorités avaient fait couper leurs lignes téléphoniques. Contactés sur place, plusieurs manifestants ont également fait part de leurs craintes d'être convoqués par les services de renseignements dans les jours à venir. «Mais ça valait quand même le coup d'aller manifester», précise l'un d'entre eux, qui y voit «un nouveau départ». Pourtant, il sait que les obstacles au changement sont encore très nombreux. Selon lui, on ne peut pas comparer l'Iran à l'Égypte ou à la Tunisie. «Les Tunisiens ont eu la chance d'avoir l'armée de leur côté. Ici, ce n'est pas le cas. Et puis, en Tunisie comme en Égypte, les couches défavorisées ont joué un grand rôle dans les manifestations. En Iran, le mouvement vert, encore très citadin, devrait en tirer des leçons pour l'avenir», dit-il.

Le commentaire politique de Christophe Barbier


Une initiative élégante

Pressé de divers côtés, politiques ou associatifs, d’annuler l’« Année du Mexique », qui est marquée en France, le président Nicolas Sarkozy a pris, hier, une décision qui devrait recueillir l’assentiment général. Le chef de l’État avait, au préalable, reçu à l’Élysée la famille de Florence Cassez, détenue au Mexique, où elle est condamnée à 60 ans de prison pour « complicité d’enlèvements ». Les proches de la détenue, dont la Cour suprême du Mexique a rejeté un pourvoi, la semaine dernière, ont eu la primeur de la décision présidentielle. Celle-ci est conforme à la demande que la jeune Française avait elle-même exprimée, depuis sa cellule : il faut maintenir les manifestations dédiées au Mexique dans l’Hexagone, non pour oublier, pour faire diversion, mais en rappelant à chaque occasion la situation de cette femme de 36 ans, originaire du Nord de la France. Il faudra trouver la manière et le ton justes. La provocation ou l’insulte ne contribueront pas à améliorer le sort de la prisonnière, vis-à-vis d’un pays démocratique, qui argue de sa souveraineté et exige de l’étranger le respect de ses lois. Et dont on doit comprendre aussi que l’opinion publique est révoltée par l’industrie du rapt, qui commet le nombre pharamineux de quelque huit mille enlèvements par an ! Florence Cassez a eu, pour le moins, la malchance ou le mauvais goût d’être liée à un monsieur dont personne, apparemment, ne conteste qu’il a trempé dans cette activité repoussante. L’année du Mexique peut être l’occasion de mieux connaître la richesse humaine, patrimoniale, économique et artistique de cette nation. Elle doit permettre de suggérer — poliment — à ses gouvernants que l’image de leur pays ne sera vraiment flatteuse que s’ils font, aujourd’hui, un effort d’humanité digne de la civilisation dont le Mexique se dit porteur.