TOUT EST DIT

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lundi 13 septembre 2010

Même refrain à gauche contre la retraite à 62 ans

Le combat contre la réforme des retraites sera-t-il le nouveau ciment de la gauche ? « Sur la retraite à 60 ans, on peut mener une campagne unitaire en assumant des divergences de points de vue », estime en tout cas Olivier Besancenot. « L'histoire d'augmenter les annuités, je ne la partage pas mais, ceci étant, on est pragmatique et il y a des choses qu'on peut dire ensemble », relève le jeune leader du Nouveau Parti anticapitaliste.

Cette volonté d'union contre la retraite à 62 ans, adoptée vendredi par les députés, a été reprise tout au long du week-end par les différents responsables des partis de gauche sur l'estrade de la Fête de l'Humanité. Et tant pis si Jacques Dutronc et Alain Souchon ont été les têtes d'affiche de cette 80e édition malgré leurs 67 et 66 ans printemps respectifs !

Sur les retraites, « rien, nous ne lâcherons rien, nous allons vous battre M. Sarkozy » par « une mobilisation sociale phénoménale », a ainsi lancé, très applaudi, Pierre Laurent dont c'était la première fête de l'Huma en tant secrétaire national du PCF. Peu auparavant, Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste, avait comme Olivier Besancenot reconnu que les différents partis de gauche ont « des positions différentes sur des aspects de la réforme », notamment sur l'allongement de la durée des cotisations. Mais « personne ne brisera ni le front syndical (...) ni le front politique », a-t-il assuré car il y a un « accord général à gauche sur la remise en cause de cette réforme-là ».

A Mulhouse, dans le cadre de la Fête de la concorde (qui rassemble « le peuple de gauche » du département, selon ses organisateurs), Arnaud Montebourg a également réaffirmé l'engagement officiel du PS à revenir sur la réforme actuelle si les socialistes gagnent les élections en 2012. Une position déjà défendue jeudi par Ségolène Royal, présidente de Poitou-Charentes, et hier par Martine Aubry, numéro un du PS. « Aujourd'hui, c'est 95 % de l'effort pesant sur les salariés et 5 % sur les actionnaires. Ce sera 50-50. On est tous unis sur cette ligne très forte pour nous. C'est la position de l'unanimité du bureau national (du PS) », a répété le député de Saône-et-Loire. Seul, François Hollande a semblé faire entendre une petite musique dissonante sur le refrain des retraites. Le député de Corrèze et ex-premier secrétaire du PS a mis en garde ceux qui croient « au grand soir » avec une grève générale contre la réforme des retraites et il a dit que « le devoir » des socialistes était « de montrer qu'il y a non pas un contre-projet mais une autre réforme des retraites ».
« Un miroir aux alouettes », selon Woerth

La promesse socialiste de réintroduire la possibilité de partir à la retraite à 60 ans en cas de victoire en 2012 est un « miroir aux alouettes », dénonce Eric Woerth. « Jamais la gauche ne reviendra là-dessus », assure-t-il en déplorant « l'agressivité folle du Parti socialiste qui masque le manque d'idées ». Les manifestations sont la preuve que « dans le domaine des retraites, il faut beaucoup de pédagogie », relève le ministre du Travail. Interrogé lors du Grand Rendez-Vous » Europe 1/Le Parisien, Eric Woerth a, en revanche, esquivé à plusieurs reprises des questions sur une possible évolution de son projet de réforme, notamment au Sénat après la nouvelle journée de grèves et de manifestations organisée par l'ensemble des syndicats le 23 septembre. « Aucun débat parlementaire n'est totalement verrouillé, heureusement (...) mais ce que je veux dire, c'est qu'on a beaucoup pesé l'équilibre et les fondamentaux de cette réforme », a-t-il dit.

Bourgeois

Claude Chabrol connaissait bien la bourgeoisie - il en était, de naissance. Il savait qu'un bourgeois, c'est l'argent, le pouvoir, et la bonne conscience nécessaire à une jouissance discrète, sereine et convenable. C'est d'ailleurs là que commence un film de Chabrol, au moment où s'effrite la bonne conscience, où la jouissance devient scandaleuse. On enterre aujourd'hui Chabrol sous les compliments… C'est bien, mais l'on pourrait aussi se demander où sont passés les bourgeois. Car on n'en parle plus, dans notre pays. On moque les bourgeois-bohème, les bobos, mais on les devine plus ridicules que puissants. Et l'on fait comme si le bourgeois s'était fondu dans la classe moyenne qu'il convient de défendre, parce qu'elle se lève tôt. Au fait, parlant de bourgeois, savez-vous que Chabrol préparait un film sur l'affaire Woerth-Bettencourt ? Rien que pour cela, on regrette qu'il soit parti…

Un premier ministre présidentiel

On ne sait s'il faut le voir comme une récompense annonciatrice de lendemains glorieux, ou comme un cadeau de départ pour solde de tout compte. Le sondage Ifop JDD, qui consacre François Fillon comme premier ministrable préféré des Français après le remaniement de novembre, symbolise la revanche d'un second resté longtemps confiné dans un effacement frisant la disparition. Il préfigure, aussi, un problème politique qui avait échappé à ses théories minimalistes sur la fonction. Ses 55 %, loin devant une MAM disciplinée et un zélé Borloo, pourraient bien mesurer une réussite un peu trop éblouissante pour ne pas être zappée.
Voilà presque deux ans et demi que le chef du gouvernement est nettement plus populaire que le chef de l'État. Une apparente anomalie dans une Ve république où Matignon faisait traditionnellement office de rempart pour protéger l'Élysée. Mais c'était avant le bouleversement de la géographie des pouvoirs provoqué par le quinquennat et intensifié par l'hyperprésidentialisation. Désormais, le président, qui monte lui-même en ligne pour se battre sur tous les fronts, est à découvert, laissant à son premier ministre l'arrière et son relatif confort. L'intelligence de François Fillon, c'est d'avoir su donner de la consistance à cette mission d'intendance. Toujours calme, bien que ferme, il parvient à distiller un sentiment de sagesse après les passages à la hussarde de son chef. Loyal, il a réussi, avec une subtilité jésuite que les connaisseurs apprécient à sa juste valeur, à faire entendre la petite musique de sa différence. Solide et constant, il s'est discrètement mais constamment démarqué de l'agitation présidentielle.
C'est ainsi qu'il a imposé sa figure rassurante dans l'opinion. Jusqu'à l'inversion des rôles. Quand le président gesticule et tempête dans les polémiques, il expose tranquillement sa vision de la réforme des retraites. Jeudi soir, sur France 2, sa décontraction et son aisance furent presque royales. Des attributs que les Français aiment à trouver chez leur monarque républicain... et qu'ils cherchent désespérément dans le personnage enflammé d'un Nicolas Sarkozy, perpétuel candidat.
Le président fera-t-il payer à ce Premier ministre insolemment présidentiel ce renversement de hiérarchie en le congédiant avec fleurs et couronnes ? Que faire de celui qui apparaît déjà aux électeurs UMP comme un candidat de rechange bien plus prometteur que ne l'est aujourd'hui le vainqueur de 2007 ? Plébiscité par les siens, il serait sans doute encore plus dangereux en liberté que dans la cage du pouvoir. Pourvu, espère-t-on auprès du chef de l'État, qu'il ne se mette pas en tête de régner sur ses « populaires » après avoir mis dans sa poche tous leurs députés. Le roi, alors, serait nu.

Olivier Picard

Tensions religieuses aux États-Unis

Menacée, touchée, vulnérable. Au lendemain du 11 septembre 2001, c'était une évidence : l'Amérique avait beau être la première puissance militaire et économique du monde, son territoire n'était plus inviolable, ses moyens de défense imparables. C'est le propre du terrorisme, faire vaciller plus fort que soi. Les stratèges d'Al-Qaida y sont parvenus, au-delà probablement de leurs propres espérances. Le monde de l'après 11-Septembre n'est plus le même, l'Amérique non plus.

Neuf ans, deux guerres et une crise économique plus tard, il est un autre aspect qui ressort avec davantage de relief qu'en 2001. L'amalgame croissant, dans l'opinion publique, entre le terrorisme et l'islam. Comme si les attaques aériennes des commandos de Ben Laden avaient inoculé une « question musulmane » dans les veines de la démocratie américaine, pourtant viscéralement attachée à la liberté religieuse la plus large possible.

Un nombre croissant d'Américains, près d'un sur deux, pensent que l'islam encourage ses fidèles à la violence plus que les autres religions. Les épisodes de vandalisme se multiplient contre les mosquées ou de plus modestes centres de prière. La parole publique, sur Fox News mais pas seulement, s'embarrasse de moins en moins de précautions pour assimiler la religion musulmane à la pratique terroriste, voire au nazisme comme l'a fait récemment l'ancien président de la Chambre des représentants.

Plus encore qu'en 2001, on assiste ainsi à une montée d'islamophobie, exacerbée par le projet de construction d'un centre musulman près de Ground Zero, ou encore les délires d'un pasteur désireux de brûler le Coran. Ce regain d'intolérance religieuse nous en dit long sur l'état de fragilité de la société américaine, neuf ans après les attentats.

On aurait même l'impression d'y retrouver certains réflexes xénophobes si répandus actuellement en Europe. On peut aisément, il est vrai, repérer de sérieuses affinités entre les militants des Tea Party, rageusement déchaînés depuis l'arrivée d'Obama au pouvoir, et les populistes de tous poils qui, en Europe, prospèrent sur les répercussions sociales de la crise économique.

Sans faire de l'histoire des États-Unis un long fleuve tranquille de cohabitation religieuse, le Nouveau Monde s'est toujours distingué du Vieux Continent par son ouverture à toutes les églises et toutes les sectes imaginables, par un déisme amplement partagé, affiché même jusque sur le fameux billet vert. Tous les credo étaient admis autour du drapeau. Même l'islam. Pour de nombreux Américains, ce n'est plus vraiment le cas depuis un certain 11 septembre.

Il y va pourtant d'une des valeurs fondatrices de la démocratie américaine, et le président Obama a cru de son devoir, samedi, de préciser : « Ce n'est pas une religion qui nous a attaqués. » L'engagement dans ce sens de la très grande majorité des responsables religieux du pays est plutôt rassurant. Ce qui l'est beaucoup moins, c'est la propension de franges de plus en plus radicales de la droite chrétienne américaine à occuper le champ politique laissé vacant par le parti républicain, qui ne s'est toujours pas remis des années Bush.

Direction de l'UMP : les trois cartes de Nicolas Sarkozy

Le chef de l'Etat ne va pas seulement changer de gouvernement à l'automne. Il souhaite remanier la direction de l'UMP afin de refaire de la formation une machine de guerre pour la campagne présidentielle. Trois hypothèses sont actuellement envisagées.
C'est l'autre remaniement à venir. Et il est, aux yeux de Nicolas Sarkozy, tout aussi important que celui qui affectera le gouvernement. A moins de deux ans de la présidentielle, le chef de l'Etat veut donner un nouveau souffle à l'UMP. Encore lui faut-il pour cela trouver l'homme idoine. Faire confiance à Jean-François Copé, l'homme pressé, offrir l'appareil à François Fillon, le secret, ou maintenir à son poste Xavier Bertrand, le dévoué. Telles sont les hypothèses actuellement à l'étude à l'Elysée, qui observe à distance les positionnements des uns et des autres. « Dans le jeu de taquin actuel, c'est le sujet clef », confie un ministre qui insiste : « Le jour où vous donnez les clefs du parti, vous donnez les clefs de votre propre vie. »

Leurs relations ont longtemps été tendues ; pourront-ils marcher main dans la main ? Pour Nicolas Sarkozy, propulser Jean-François Copé est à la fois tentant et risqué. A la tête du groupe des députés UMP et avec son club Génération France, Jean-François Copé a fait la preuve de son dynamisme et de sa capacité à avancer des idées. « J'ai une marque de fabrique », s'enorgueillit-il. D'un autre côté, bien des sarkozystes doutent encore de sa bonne foi, trouvant un peu surjouée sa promesse de tout faire pour assurer la réélection du chef de l'Etat sortant. Le chef de file des députés UMP a en tout cas changé son fusil d'épaule et convoite ouvertement le parti, lui qui avait juré qu'il « ne bougerait pas » de son poste à l'Assemblée, puisque ses « amis députés » l'ont « élu à leur tête pour cinq ans ». La question demeure : déjà candidat pour 2017, Jean-François Copé a-t-il véritablement intérêt à une victoire de Nicolas Sarkozy en 2012 ? « Si tu lui donnes les clefs du parti, pense à faire un double », avait glissé Jean-François Copé au chef de l'Etat, lorsqu'il avait confié l'UMP à Xavier Bertrand. L'actuel porte-parole adjoint de la formation majoritaire, Dominique Paillé, a déjà prévenu : « Si Jean-François Copé prend l'UMP, inutile de garder un double : il aura déjà changé les serrures. »

L'hypothèse Fillon au secrétariat général de l'UMP, envisagée par Nicolas Sarkozy, « résout beaucoup de problèmes en même temps », souligne un ministre. Plus légitimiste que Jean-François Copé et aussi populaire que lui chez les parlementaires, François Fillon qui a été secrétaire national aux fédérations du RPR, connaît la mécanique partisane. Il n'a donné aucun signe sur ses intentions mais aurait d'entrée, dixit un proche, une « autorité » sur le mouvement. L'arrivée d'un Premier ministre sortant à la tête de l'UMP ne sonnerait pas comme un désaveu de Xavier Bertrand. Et, même si 55 % des Français souhaiteraient voir François Fillon rester Premier ministre selon un sondage Ifop pour le « JDD », lui confier l'UMP serait, pense-t-on à l'Elysée, un moyen pour Nicolas Sarkozy, de tenir dans son giron un homme qui apparaît de plus en plus comme un recours à droite. Il y a bien eu des accrochages entre le président et le chef du gouvernement, mais ce dernier a (presque) toujours fini par s'incliner. Pour l'avenir, la question est bien là : si François Fillon prend les rênes de l'UMP, acceptera-t-il d'être aussi discipliné qu'à Matignon, alors qu'il prend désormais plaisir à assumer ses « différences » avec Nicolas Sarkozy ? Et, s'attellera-t-il pour le compte d'un autre, à la tâche ingrate d'animateur d'un appareil politique ? Même parmi ses proches, les avis sont partagés.

Les risques inhérents aux options Copé et Fillon pourraient éventuellement conduire le chef de l'Etat à choisir le statu quo. Laisser le député de l'Aisne, son ex porte-parole de campagne et ex-ministre du Travail à la tête du parti présente pour Nicolas Sarkozy un avantage : Xavier Bertrand est d'une fidélité sans faille. Depuis 2007, et plus encore depuis qu'il a été propulsé à la présidence de l'UMP en 2009, l'ex-chiraquien a mis ses pas dans ceux du chef de l'Etat. Sans jamais dévier de la ligne, ni faire entendre une autre musique que celle du chef de l'Etat, quels que soient les changements de partition. Mais Xavier Bertrand est-il encore le mieux placé pour faire fonctionner la machine de guerre que doit être l'UMP dans une campagne présidentielle ? Même chez les très proches de Nicolas Sarkozy, certains en doutent. Le secrétaire général s'est sans conteste bien acquitté de la tâche ingrate qui consiste à faire le tour des fédérations pour les mobiliser. Mais il n'a pas pu enrayer la baisse du nombre d'adhérents et n'est guère parvenu à alimenter la boîte à idées. Surtout, il n'a pas réussi à contrebalancer, comme le souhaitait l'Elysée, l'influence prise par Jean-François Copé… celui-là même qui a lancé l'offensive contre son maintien à l'UMP.


ELSA FREYSSENET ET PIERRE-ALAIN FURBURY

Le « modèle social français » devenu machine infernale (1949 – 2008)


Utiliser les données chiffrées fournies par la comptabilité nationale publiée par l’INSEE, correction faite de leurs erreurs de double emploi, permet de jauger ce qui est dit être le « modèle social français ». Alors est évidente l’imposture de la promotion faite de ce « modèle » par l’appareil d’État.



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Crise belge, fractures européennes

Aujourd'hui à l'heure où Flamands et Wallons parlent d'édifier des frontières, sinon des murs entre eux, et où des groupes ciblés sont par avions entiers reconduits hors du territoire français, quelle image d'elle-même l'Europe donnet-elle au monde ?

La crise politique, identitaire et avant tout morale que traverse la Belgique est-elle une nouvelle « histoire belge », une exception tragi-comique somme toute secondaire, ou reflète-t-elle une crise européenne plus générale et plus grave, dont le royaume de Belgique est l'expression la plus extrême ?

Le statut particulier de Washington DC aux Etats-Unis a du sens dans le cadre du système fédéral américain. Mais Bruxelles peut-elle demeurer la capitale de l'Union si elle cesse d'être la capitale d'un Etat membre de l'Union ?

En Italie, on a coutume de dire que la nation italienne, en cent cinquante ans d'histoire, n'a toujours pas réussi à se doter d'un Etat digne de ce nom. En Belgique serait-ce l'Etat, créé en 1830, de par la volonté d'une élite wallonne avec le soutien de la France de Louis-Philippe, qui aurait échoué dans sa tentative de créer une nation, en dépit de la stabilité de la monarchie, de l'empire colonial… et du football ?

« Entre Flamands et Wallons, il y a autant de similarités qu'entre Esquimaux et musulmans… » Lorsque l'on écoute aujourd'hui à la télévision française certains commentaires extrêmes de Flamands et désormais de Wallons sur l'unité de la nation belge, on ne peut que se demander ce qui est advenu à l'identité européenne, et ce qui peut-être encore fait pour sauver la Belgique. Belges et Irakiens sont désormais unis dans une même incapacité à former un gouvernement d'unité nationale depuis de longs mois. La situation est certes plus désespérée en Irak, du fait de la violence, mais serait-elle au fond plus grave encore en Belgique, en termes d'identité nationale ? La nation est un référendum de chaque jour disait Ernest Renan. Si, jour après jour, le référendum est négatif, un divorce devient inéluctable.

Il n'est plus temps de revenir sur les causes bien connues de la situation présente. L'arrogance irresponsable des uns, l'humiliation des autres, l'inversion des complexes de supériorité et d'infériorité entre les deux communautés, la complexité du problème bruxellois, la « trahison » de politiques, qui, n'ayant pas suffisamment le sens de l'Etat, ne peuvent « redonner vie » à la nation… Tout a été dit. Et si ses habitants ne se définissent plus comme belges, la Belgique est morte.

Crise belge et crise européenne se renforcent l'une et l'autre dans une dialectique négative qui conduit au blocage. En réalité l'Europe a tout autant besoin de la Belgique que la Belgique de L'Europe. Est-ce la déprime européenne qui gagne la Belgique ou l'implosion de la Belgique qui menace l'Union européenne ? Sont-ce les ondes négatives de Bruxelles qui irradient l'Europe ? La création éventuelle d'une république des Flandres et d'une république de Wallonie constituerait un encouragement fort pour la Catalogne et l'Ecosse…

Un univers mental et politique se traduit sur le plan architectural. Le grand architecte français Christian de Portzamparc a été chargé de recréer autour de la rue de la Loi à Bruxelles un nouveau quartier qui exprime la confiance et l'espoir de l'Europe en son avenir et ses institutions. La mission semble être devenue impossible aujourd'hui. Chaque pays exerce des pressions pour avoir son quartier et son architecture. Ce n'est pas l'Europe qui se projette dans l'avenir avec un projet ambitieux et unitaire, ce sont les nations européennes qui célèbrent leur passé au sein d'une métropole qui se demande si elle a encore un futur. Ne risque-t-on pas de créer ainsi sur le plan architectural l'équivalent contemporain d'une tour de Babel ? En termes d'image et de réalité, le désir ou la résignation au divorce de la Belgique est désastreux pour l'Europe. L'Europe amoindrie d'aujourd'hui ne peut suffire à redonner aux Belges l'envie et le goût de vivre ensemble. Mais Flamands et Wallons, quel que soit leur destin demain, doivent demeurer des Européens, c'est-à-dire des citoyens ouverts et respectueux de l'autre. S'il existe encore des Belges, ils doivent se faire entendre et vite pour la Belgique comme pour l'Europe.



Dominique Moïsi

La retraite à 60 ans pour pénibilité, un travers français

En dédaignant les amendements apportés par l'exécutif à la réforme des retraites, les syndicats font la fine bouche. Mesurent-ils bien ce qu'ils ont obtenu ? Certes rien sur le recul des âges légaux de la retraite. Mais rien de moins que l'introduction d'un nouveau droit social : celui de pouvoir partir en retraite anticipée, dès 60 ans, pour cause de travail pénible. Un droit que l'Etat français, décidément jamais en retard d'une providence, s'apprête à consacrer alors qu'il est sans équivalent dans les pays de l'OCDE.

Le principe était affirmé dans le projet initial sous la forme d'un maintien de l'âge légal de départ à 60 ans pour les travailleurs ayant eu un métier pénible au point d'être reconnus en incapacité physique pour au moins 20 %. De cette mesure assez restreinte au départ, Nicolas Sarkozy a fait un dispositif plus large en décidant, la semaine dernière, d'abaisser à 10 % le seuil d'incapacité pris en compte, et de l'étendre aux agriculteurs. Cette seule décision a déjà triplé la cible théorique de départ, passée en une nuit de 10.000 à 30.000 personnes.

D'un point de vue financier, l'enjeu n'est pas anecdotique. Il en coûtera, en effet, plus d'un demi-milliard d'euros par an à la branche d'indemnisation des accidents du travail et maladies professionnelles de la Sécurité sociale. Une branche dont le déficit cumulé 2009-2010 devrait être compris entre 1 milliard et 1,5 milliard d'euros. Même si cela paraît peu de chose en comparaison du déficit colossal que s'apprête à connaître l'ensemble du régime général de Sécurité sociale cette année (27 milliards d'euros), la « mise de départ » est loin d'être négligeable.

Elle représente le tiers de celle du revenu de solidarité active (RSA), lancé voici tout juste deux ans. Manifestement réticent à ouvrir une nouvelle boîte de Pandore sociale, le gouvernement a pris la précaution d'encadrer ce nouveau droit de trois manières, en veillant à ce qu'il soit attribué de façon individuelle et non pas collective, conditionnelle et non pas automatique, et enfin à partir d'éléments constatés et non pas présumés - comme c'est d'ailleurs, naturellement, la règle en matière de réparation d'un dommage. La solution prisée par les organisations syndicales, soutenue par une partie de la gauche et des éléments de l'aile sociale de la droite consistait, au contraire, à arrêter des critères de pénibilité applicables à tous sans que chacun ait à devoir soumettre son cas à une commission d'experts.

Ainsi, aurait-il dû suffire d'avoir été exposé un certain temps à des conditions de travail particulières. La liste des facteurs de pénibilité est du reste assez consensuelle : travail à des horaires décalés, fractionnés ou nocturnes, exposition au bruit, aux vibrations ou au port de charges lourdes, manipulation de substances toxiques, cancérigènes, travail dans des conditions extrêmes - de froid, par exemple, comme dans les abattoirs.

Pour certains, le seul fait de justifier d'un ou plusieurs de ces éléments devrait suffire à qualifier la pénibilité, donc sa réparation sous forme de droit à la retraite anticipée. « Des dizaines d'années de marteau-piqueur ont sur l'organisme humain des incidences délétères que ne peuvent compenser ni la gratuité des soins ni le système de retraite actuel », écrit ainsi, dans « Le Figaro » du jeudi 9 septembre, l'ancien député Jean-Frédéric Poisson (UMP), auteur d'un rapport sur le sujet. L'approche gouvernementale consiste, au contraire, à objectiver l'effet de la pénibilité, par la reconnaissance d'une incapacité.

C'est cette précaution qui passe mal, y compris au sein de la majorité. Ainsi, le président du Sénat n'est-il pas loin, lui non plus, de réclamer une reconnaissance a priori de la pénibilité lorsqu'il se demande si l'on ne devrait pas, tout simplement, parvenir, à des listes de métiers pénibles. Cette approche « verticale » plutôt que « transversale » (par le biais des professions plutôt que par celui des conditions de travail) trouve cependant peu de partisans, car elle reviendrait à rebâtir des régimes spéciaux.

Préalable à l'obtention du droit à une retraite dès 60 ans, le passage de chaque demandeur devant une commission mixte, composée de médecins et de partenaires sociaux, devrait apporter enfin une protection face aux abus comme il y en a eu, et en grand nombre, dans l'attribution - parfois sur la base d'une simple attestation de travail -du droit au départ anticipé pour carrières longues. Il n'est pas certain, toutefois, que cette sage précaution suffise à empêcher ce droit social nouveau de gagner du terrain. La présence dans ces commissions de représentants syndicaux accrédite ce risque.

Et ce ne sont pas les précédents qui manquent, à commencer par celui de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA), instituée le 1 er janvier 2002 par le gouvernement Jospin. Attribuée elle aussi après examen par une commission médico-sociale, l'APA devait couvrir une population potentielle de 800.000 personnes âgées dépendantes. Elle est versée aujourd'hui à près de 1,2 million et son coût global - à la charge des départements -a doublé en sept ans.

Même si le nombre de Français théoriquement concernés par la retraite anticipée pour pénibilité est sans commune mesure, il n'est pas négligeable. Ce sont quelque 115.000 personnes de tous âges qui arrêtent de travailler, chaque année, au titre de l'inaptitude au travail. Et le montant total de rentes permanentes pour incapacité versées par la Sécurité sociale dépasse pour la première fois, depuis la fin de 2009, 4 milliards d'euros.

A nouveau, l'Etat providence s'apprête à ajouter une couche au mille-feuille social plutôt qu'à en retirer, à réparer un dommage collectif plutôt qu'à le prévenir et à payer pour en compenser le résultat -une espérance de vie réduite -plutôt que pour éviter d'en arriver là.



JFP

Nokia et le théorème du sandwich

Que l'on vende du textile, des voitures ou des téléphones mobiles ne change rien à l'affaire. Dans le nouveau monde du business le théorème du sandwich s'applique à tous. A Hermès comme à Zara, à BMW comme à Logan, mais aussi à Apple comme à Nokia, qui, incapable de se plier aux règles du jeu de cette nouvelle réalité, vient de se résoudre à changer brutalement de patron.

En ce début de XXI e siècle, l'avenir ne semble plus appartenir aux généralistes mais bien aux spécialistes. Pour dominer, voire survivre, l'industriel ne doit plus être dans un milieu de gamme qui assura longtemps la prospérité, mais dans le haut ou dans le bas de gamme, qui grâce au progrès technique n'est plus synonyme de mauvaise qualité, mais bien d'excellent rapport qualité-prix. Sur des marchés saturés tirés par une demande de renouvellement, l'important n'est plus de répondre à un besoin mais bien de contribuer à faire rêver le consommateur ou de lui permettre de faire des économies en lui fournissant un produit certes relativement banal mais robuste et abordable.

Pour n'avoir pas réussi à faire face à cette nouvelle réalité, Nokia se retrouve pris en sandwich entre les iPhone à plusieurs centaines d'euros et les mobiles à prix cassés de concurrents chinois. Le géant finlandais reste certes profitable et sa survie est loin d'être en cause mais une part croissance de la valeur est désormais captée aux deux bouts de la chaîne par Apple et des concurrents asiatiques.

Le temps où la réussite d'un groupe tenait à la performance de son outil industriel, à sa capacité à améliorer régulièrement de façon incrémentale ses produits et à son accès au capital est révolu. Aujourd'hui, les usines de sous-traitants chinois peuvent tout produire, l'innovation se fait plus par rupture que par petites touches et la finance moderne est capable de soutenir toutes les bonnes idées. Qu'elles émanent d'une start-up comme d'un acteur historique.

Le positionnement est désormais clef. Et celui de Nokia est bien flou. En dépit de ses atouts considérables (sa marque, sa taille, sa présence mondiale, sa culture...), le géant finlandais doit choisir. A-t-il les moyens technologiques de rivaliser avec Apple dans un monde des télécoms désormais plus tiré par le « soft » que le « hard » ? Ou doit-il au contraire faire le pari des volumes en devenant le Zara ou la Logan du mobile ? Le temps presse en tous les cas, s'il ne veut pas finir pris en sandwich.



PAR DAVID BARROUX

Maîtriser la volatilité

Oui, il faut stabiliser les prix des matières premières. C'est du moins cette conviction qui avait amené, il y a un demi-siècle, les pays producteurs de pétrole à créer l'Opep (l'organisation des pays exportateurs de pétrole). C'est la même conviction qui amènera la France à proposer de nouvelles mesures lors de sa présidence du G20, qui commencera en novembre prochain. Le président Nicolas Sarkozy l'a dit fin août. Son ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, a avancé ce week-end l'idée d'un encadrement des positions prises par les investisseurs sur les marchés à terme. L'un et l'autre s'inscrivent dans une longue tradition française de doute à l'égard des signaux donnés par les prix. Mais ils s'inscrivent aussi dans une interrogation nouvelle qui émerge à l'échelon mondial : les mécanismes de formation des prix sont-ils vraiment optimaux sur les marchés de matières premières ? La nouvelle flambée des cours du blé cet été, après celle de 2008 qui avait provoqué des émeutes de la faim dans nombreux pays, a relancé le débat. Il ne paraît plus raisonnable de laisser aux seules forces du marché les prix des matières premières, ces matières à la base de la nourriture des hommes - et de leur production.

Comme dans les années 1950 et 1960, quand des initiatives mondiales avaient été lancées pour maîtriser les cours du blé, du coton, du cacao ou de l'étain, parfois sous l'égide des Nations unies. Mais il serait tout aussi déraisonnable de nier ces forces du marché, comme le montrent les échecs des accords du passé.

Trois voies méritent d'être explorées. D'abord, l'amélioration de la supervision financière des marchés de matières premières. C'est là que sont nés les marchés à terme, pour limiter la volatilité les prix - une volatilité qu'ils semblent parfois aujourd'hui accroître. Et leur réputation sulfureuse ne date pas d'hier. Comme le demande Nicolas Sarkozy, ils doivent être aussi bien surveillés que les marchés d'actions. Ensuite, il est nécessaire de renforcer la liberté des échanges, du côté des exportations comme du côté des importations. Les barrières à l'export, comme celles érigées sur le blé par la Russie le mois dernier, accroissent la volatilité des prix. Enfin, il faut envisager de développer le stockage des produits essentiels pour amortir les chocs. Une idée défendue par… Keynes, dès les années 1920.



Jean Marc Vittori

De la consultation à la négociation

Les députés ont décidé vendredi de faire passer l’âge de la retraite de 60 à 62 ans d’ici à 2018, à raison de quatre mois par an. Avec ce vote, c’est le symbole de la retraite à 60 ans, une des premières mesures du premier mandat présidentiel de François Mitterrand, qui est tombé. La réforme des retraites devrait se poursuivre selon le calendrier annoncé en juin dernier par le premier ministre, François Fillon. Dans les jours qui suivent, l’Assemblée nationale devrait faire passer de 65 à 67 ans l’âge pour bénéficier d’une retraite à taux plein, quel que soit le nombre d’annuités.

L’importante mobilisation syndicale de mardi dernier n’a pas fait fléchir la détermination du gouvernement. Le chef de l’État souhaite mener à son terme la réforme, ne serait-ce que pour affirmer sa capacité de passer de la promesse à l’action et de réformer la France en profondeur. Les confédérations syndicales ont été consultées. Mais dans une lettre ouverte adressée au président de la République, aux membres du gouvernement et aux parlementaires, datée du 9 septembre, sept responsables syndicaux (CGT, CFDT, CFTC, CFE-CGC, Unsa, FSU, Union syndicale Solidaires) ont demandé « solennellement » à pouvoir faire entendre leur point de vue, notamment au sujet des carrières longues, des parcours professionnels discontinus, de la pénibilité et du chômage des travailleurs âgés. « La méthode utilisée qui a consisté pour l’essentiel à recevoir les syndicats sans jamais réellement les entendre a contribué à accroître les tensions », écrivent-ils encore.

Les syndicats savent qu’ils n’ont rien à gagner à s’engager dans un conflit social dur. Les salariés des secteurs non protégés ne s’engageront pas dans la grève tout en subissant les débrayages dans les transports. Le front syndical n’y résisterait pas. Le gouvernement aussi le sait et peut dès lors considérer comme superflu d’entrer dans une phase de négociation. Mais ce serait aussi réduire la réforme des retraites à de simples ajustements techniques. Or elle est bien plus que cela, et c’est pourquoi la demande des syndicats à être mieux associés aux négociations mérite d’être entendue.


Dominique Greiner

dimanche 12 septembre 2010

Soustraction

Elle a l’air tellement importante, cette audience papale qu’espère Nicolas Sarkozy, on nous la fait vivre des jours à l’avance, sans en connaître la date, sans même savoir si elle aura lieu!

Mais il faut communiquer sur une confession de résilience, comme si la promesse d’une absolution pouvait effacer les doutes de l’Eglise sur la politique rom de la France…

On ne remuera pas ici les souvenirs d’un discours au Vatican et du curé plus moral que l’instituteur ; on ne relancera pas la polémique sur un Président en rupture avec la laïcité: Benoît XVI n’est pas un interlocuteur indigne de la France, quand son honneur est en jeu. Cette course au pape ne choque que par contraste avec le mépris absolu qu’affiche le pouvoir envers toutes les autres critiques, et ce depuis des semaines.

Jeudi dernier, la France a fait basculer le Parlement européen, du centre droit au centre gauche, forgeant contre elle une alliance entre les gauches, les écolos, les chrétiens progressistes et les libéraux, tous unis pour lui demander l’arrêt des expulsions… Ce que la France, évidemment, ne fera pas, ignorant superbement les représentants du peuple européen. A la veille de la présidence française du G20, nous voilà cornerisés politiquement, quand nous n’avons jamais autant eu besoin de l’Europe. Nicolas Sarkozy, qui avait si bellement présidé, réveillé et entraîné l’Union dans la crise, dilapide son capital européen dans une opération de démagogie intérieure, et ne s’en préoccupe pas, juste inquiet de réparer avec un vieil homme de foi.

Le choix est politique, sans doute ; politicien, s’il s’agit de rameuter les cathos indignés sans perdre les réacs anti-Roms. Mais politique d’abord: il révèle autre chose, une soustraction que s’inflige ce pouvoir. Sait-il qu’elle lui fait perdre ce qu’il avait de rare et d’essentiel? Nicolas Sarkozy avait deux talismans, dans sa conquête et au début de son règne : la modernité et le conservatisme, l’audace et le ressourcement, l’ouverture et la conscience du passé. Il avait l’appétit des bouleversements, le pari de rendre la France au monde, tout en la rassurant dans son identité. Il avait l’Europe, et il avait le pape, et il voulait les deux, plus fort que ses adversaires, insaisissable parce que plus complexe que ses caricatures. Cette période est révolue. Nicolas Sarkozy se droitise et se banalise au rythme de son affaiblissement.

Ce que la séquence rom révèle, c’est le renoncement au monde, au profit d’un repli protestataire, un souverainisme hautain et dérisoire. La France se défend des Roms, elle se défend des eurodéputés, elle cultive
ses peurs devant une Europe consternée, elle se barricade sous les lazzis et feint de s’en moquer. Elle n’admet qu’une seule critique, ou ne recherche qu’une caution: celle d’un pape pris comme parangon des valeurs conservatrices, dont on n’est même pas sûr qu’il marchera dans la combine. Nicolas Sarkozy avait l’Europe et le pape? Seul le pape lui importe désormais, et s’il se trouve, seulement pour une photo.



Claude Askolovitch

Jeux de rôle

La retraite à 60 ans a été abolie vendredi par l’Assemblée nationale. Pour la première fois, un "acquis" est remis en cause. Et pas de manière subreptice, comme la révision des 35 heures ou les précédentes réformes des retraites.

1982-2010, une page de l’histoire sociale se referme. Cette réforme est nécessaire comme elle l’a été dans tous les pays développés. Elle passera grâce à un jeu de rôle des acteurs, la droite, la gauche et les syndicats. Nicolas Sarkozy veut avant tout établir devant l’Histoire sa capacité de réformer.

La mobilisation de mardi était presque trop faible pour la victoire dont il rêve. Afin de faire oublier, en 2012, le "président rétréci", cruellement décrit cette semaine par The Economist. La gauche, elle, sait qu’elle ne remettra pas en cause cette loi, quoi qu’en disent Martine Aubry ou Ségolène Royal. Il en ira de la crédibilité de celle-ci si elle arrive au pouvoir.

Quant aux syndicats, ils doivent tenir leurs troupes: les rapports de force de 2010 cristalliseront leur représentativité future. Sauf dérapage, le gouvernement devrait gagner la bataille des retraites. Mais il a perdu une guerre aggravée par l’affaire Woerth. Il apparaît comme injuste vis-à-vis des femmes ou des travailleurs les plus faibles.

C’est peut-être un explosif à mèche lente: les symboles sociaux s’inscrivent dans l’inconscient des peuples. Politiquement, ils se paient au prix fort.



Olivier Jay

Paradoxes européens... et turcs

L'Europe sait condamner au nom des grands principes : jeudi dernier au Parlement de Strasbourg, la France en a fait la déshonorante expérience pour sa politique d'expulsion des Roms. Moralement, les eurodéputés ont raison en donnant la priorité aux droits de l'homme et non à la froide légalité de la réglementation, même consacrée par les traités de l'UE.
Mais les grands principes peuvent aussi se transformer en arme à double tranchant, à manier avec précaution. Ainsi, l'UE salue avec force congratulations le référendum constitutionnel qui se déroule aujourd'hui en Turquie. Au nom des avancées démocratiques car la Turquie, candidate à l'Union européenne, mettrait enfin sa loi fondamentale en conformité avec les standards européens !
Dans les faits, les électeurs vont se prononcer sur la modification d'une vingtaine d'articles, la plupart sans véritable portée. Cependant, ce flot de propositions soumises à approbation populaire dissimule quelques chausse-trappes dans leur formulation. En clair : au nom du «plus de démocratie» voulu par l'UE - selon l'argument avancé par Ankara - le gouvernement turc voudrait réduire, voire porter à néant, les prérogatives des institutions garantes de la laïcité sous prétexte de redéfinir les rapports entre les pouvoirs politique et judiciaire.
Par exemple, comme pour les juges du Conseil supérieur de la magistrature, le nombre des membres de la Cour constitutionnelle serait augmenté et leur mode de sélection modifié. Or il s'agit d'instances qui jusqu'à présent ont su s'opposer au parti islamo-conservateur AKP dans ses tentatives de mettre fin à la laïcité héritée de Kemal Atatürk. Et cela va jusque dans les détails, jusqu'au port du foulard que le gouvernement veut autoriser dans les espaces publics et que les juges interdisent...
Ce référendum, loin d'être acquis d'avance puisque les sondages annoncent le « oui » et le « non » au coude à coude, aurait pour seul but d'accélérer l'« islamisation rampante » de la société turque, accusent les partis hostiles aux Premier ministre Erdogan. Avec l'aval hypocrite de l'Europe qui encouragerait la Turquie dans ces réformes tout en ne voulant pas d'elle. Avec la complicité non moins hypocrite des islamo-conservateurs AKP qui mettraient l'Europe en avant tout en refusant ses valeurs sur le fond pour les exploiter exclusivement sur la forme.
Et Bruxelles s'en contente... Finalement, les grands principes se réduisent à peu de choses quand tonne la realpolitik. A des résolutions votées à peu de frais. Comme jeudi dernier à Strasbourg...


Jean-Claude Kiefer

LA CONNE DU JOUR !

Elodie Bouchez: "Je déteste l’ennui"



AH BON, PARCE QU'IL EN A QUI AIMENT ÇA ?

samedi 11 septembre 2010

LA MODE HALAL

Éric Woerth reçoit une lettre de menaces accompagnée d'une balle de carabine

Une balle de carabine et des menaces visant Éric Woerth ont été reçues vendredi à la mairie de Chantilly (Oise), ville dont le ministre du Travail est le maire, a-t-on appris samedi auprès de la gendarmerie.

Ce sont les services du maire qui ont ouvert le pli contenant une balle de petit calibre et une lettre destinée expressément à Éric Woerth. Il s'agit de "menaces d'intimidation", a souligné un enquêteur, sans autres précisions, confirmant une information du Parisien. Le parquet de Senlis a ouvert une information judiciaire. Le ministre, retenu au Parlement pour le débat sur la réforme des retraites, ne se trouvait pas en mairie vendredi.

Des dizaines de lettres de menaces, parfois accompagnées d'une balle et postées dans le Midi, avaient été adressées entre fin 2008 et mi-2009 par une mystérieuse "cellule 34" à des ministres ou personnalités de droite, dont le président Nicolas Sarkozy, Rachida Dati, Michèle Alliot-Marie, Bernard Kouchner et Christine Albanel. Un homme de 51 ans, handicapé sans emploi et sociétaire d'un club de tir de l'Hérault, avait été interpellé en septembre et mis en examen pour "menaces de mort matérialisées par des écrits et objets" et "infraction à la législation sur les munitions" après avoir reconnu être l'auteur des menaces. Il a été remis en liberté sous contrôle judiciaire en octobre 2009.

ALLEZ, QU'ON EN FINISSE UNE BONNE FOIS POUR TOUTE, LÂCHONS LES VRAIS TUEURS À GAGES, PUISQUE LA PRESSE NE SUFFIT PLUS POUR ASSASSINER UN HOMME.

L'évêque de Créteil apporte son soutien aux Roms de Choisy-le-Roi

L'évêque de Créteil, Mgr Michel Santier, est venu samedi matin rencontrer les quelque 80 Roms hébergés dans un gymnase de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) depuis leur expulsion le 12 août du campement qu'ils occupaient sous l'A86.

"Je suis venu parce que je pense que ça fait partie des missions de l'Eglise d'être proche de ceux qui traversent des épreuves dans la vie, de ceux qui sont rejetés aux marges de la société", a-t-il confié alors que des familles se pressaient autour de lui.

"Nous ne pouvons pas choisir certains qui seraient nos frères et d'autres qui ne le seraient pas", a-t-il ajouté, expliquant être venu "dans une optique fraternelle et humanitaire de soutien".

Visitant le gymnase où vivent dans une grande précarité une quinzaine de familles originaires de Timisoara et de Bucarest, en Roumanie, le prélat a estimé qu'une telle situation "ne devrait pas exister".

"Nous sommes très contents de la position prise par l'Eglise. C'est très important", s'est réjoui Michel Fèvre, de RomEurope.

Samedi dernier, les Roms de Choisy-le-Roi avaient pris part à la manifestation contre la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy, occupant les premiers rangs du cortège parisien.

"Leur situation avance. Huit enfants iront à l'école élémentaire mardi puis sept seront scolarisés en maternelle dans un deuxième temps", a dit à l'AFP Gérard Chambron, maire-adjoint communiste de Choisy-le-Roi. La municipalité espère trouver une solution d'hébergement "dans les prochains jours".

Samedi après-midi, une délégation de Roms hébergés au gymnase, parmi lesquels des musiciens, devait se rendre à la Fête de l'Humanité.

QUE CET ABRUTI AILLE PRÊCHER LA BONNE PAROLE EN ROUMANIE, ÇA NOUS FERA DE L'AIR.
TOUT LE MONDE IL EST PAS BEAU TOUT LE MONDE IL EST PAS GENTIL, CHEZ LES ROMS COMME AILLEURS.

Brasier

Ce monde est fou... Il suffit qu'un illuminé décide au fin fond de la Floride de brûler un Coran pour que la planète s'embrase. Il y aurait bien sûr une solution : faire taire ce Terry Jones, le dépasteuriser, le mettre en prison ou à l'asile. Mais non, chacun jusqu'aux plus puissants semble prendre sa démence au sérieux, et court à son chevet le prier gravement de ne pas allumer le brasier. Et Terry Jones parlemente, menace, négocie et vitupère, la moustache en bataille. On ne sait encore comment se terminera cette tragique pantalonnade. Elle a au moins le mérite de nous faire souvenir que le progrès, la civilisation, sont de grands mots très fragiles. Que la connerie, puisqu'il faut l'appeler par son nom, est également répartie entre toutes les formes de croyance - et d'incroyance. Et qu'on la reconnaît toujours à ça : elle ose tout.

Le “buzz” infernal du pasteur Jones


Aux dernières nouvelles, l’illuminé ne mettra pas le feu. Après moult tergiversations, Terry Jones renonce à brûler des corans pour commémorer les attentats du 11-Septembre. Le livre sacré des musulmans ne finira pas au bûcher. La barbe du prophète ne sentira pas le roussi, on respire.

Pour expliquer sa volte-face, le pasteur américain explique avoir reçu “un signe divin”. À savoir l’appel téléphonique d’un imam d’Orlando, voisin de chez Mickey. Son interlocuteur lui aurait annoncé l’abandon du projet de mosquée à “Ground Zero”. Les autorités new-yorkaises démentent, mais qu’importe ! Le vrai faux pyromane, directement branché avec le ciel, peut désormais justifier sa reculade.

En fait, Jones a plutôt cédé aux pressions de son gouvernement. La Maison Blanche redoutait un séisme géopolitique, en cas d’autodafé blasphématoire. La rue se déchaîne déjà au Pakistan, en Afghanistan, en Indonésie…

C’est ici que l’histoire devient édifiante. Un sombre inconnu, dans un bled de Floride, menace l’équilibre mondial. Il lui a suffi d’étaler sa bêtise crasse sur la toile pour créer le “buzz” infernal. Et sortir, soudain, du cercle des abrutis anonymes.

L’insignifiant fanatique se transforme en vedette planétaire, il dialogue avec les chancelleries. Plutôt que de rendre grâce à dieu, il devrait remercier internet…


Gilles Debernardi

Moyen Âge

Échevin ! Ce mot, à la sonorité gouleyante, désignait en fait des notables qui participaient aux décisions de justice. C'était au temps des seigneurs, jusqu'à ce que la Révolution passe par là, les supprime et les remplace par les maires. La République ne sachant plus où donner de la tête, voilà que l'on nous fait miroiter un retour à la case carolingienne. Il est question de sortir l'échevin de la poubelle de l'histoire : des individus, magistrats non professionnels, seraient placés auprès des magistrats professionnels dans les tribunaux correctionnels. Cette vox populi pourrait ainsi les contraindre à faire preuve de plus de sévérité.

Réagissant, comme à son habitude, aux derniers faits-divers et décisions de justice qui émeuvent l'opinion, Nicolas Sarkozy estime que la justice serait mieux rendue au nom du peuple français si le peuple lui-même, déjà présent dans les jurys de cour d'assises, l'était aussi en correctionnelle. Ce serait la justice du terrain sous l'effet du soi-disant bon sens populaire, celui qui décapite plus vite que son ombre.

Le président se donne, heureusement, le temps de la réflexion. C'est déjà un progrès après tant d'annonces intempestives, de décisions et d'amendements retoqués aussi vite que présentés. C'est vrai que de temps en temps la justice paraît étrange, voire scandaleuse, au commun des mortels. Mais à glisser vers une justice plus directement populaire et expéditive, on ouvre la boite de Pandore, celle des évidents risques de dérives. Et finalement, pourquoi s'embarrasser de magistrats professionnels ?

Convaincu que l'opinion le suit, à moins que ce ne soit le contraire, dans sa manière de coller au terrain sécuritaire, Nicolas Sarkozy gardera ce cap jusqu'en 2012. Du coup, il est engagé dans une course au mieux disant avec le Front national pour récupérer son électorat, sous le prétexte républicain de barrer la route aux héritiers de Le Pen. Il risque ainsi, de mesures à l'efficacité incertaine en postures sans lendemain, de passer de la surenchère populiste à un brouillage politique peu présidentiel. Bref, de l'escalade à la glissade.

XAVIER PANON

Le jour sans fin


C'est toujours avec appréhension qu'est attendu le triste anniversaire du 11 septembre 2001. D'abord parce que des groupuscules terroristes pourraient « commémorer » cette journée par de nouveaux attentats. Ensuite, cette année surtout, en raison de comportements odieux dans un climat de peur et de haine « justifiés » par des déviances gangrenant toutes les religions, qu'il s'agisse de christianisme, d'islam ou de judaïsme. En témoigne l'opération « brûler le Coran » organisée par un obscur pasteur autoproclamé de Floride.
Que cet homme, qui se prétend « de Dieu », ait finalement (mais cela reste à voir...) renoncé à son projet n'y change rien. Les dégâts sont là. Le monde musulman est en ébullition, les manifestations sciemment attisées par les intégristes se multiplient autour de slogans amalgamant les Etats-Unis, l'Occident et le christianisme, sans oublier le « complot sioniste » de toutes les vociférations du président iranien Ahmadinejad...
Le plus incroyable -et le plus incompréhensible- dans cette affaire est la médiatisation d'un acte isolé relevant du gourou d'une secte dans une petite ville largement inconnue. Déjà quelques belles âmes y voient prétexte à dénoncer l'« islamophobie » aux Etats-Unis oubliant sans doute que la construction de mosquées - sans même parler de minarets - pose surtout des problèmes en Europe. Et que c'est en Europe que malheureusement sont régulièrement profanées les tombes juives et musulmanes.
Néanmoins, cette effervescence malsaine autour d'une date fatidique est révélatrice. Elle montre que le « 11-Septembre » empoisonne encore les relations internationales. Comment pourrait-il en être autrement ? Le conflit en Afghanistan a directement pour origine le double attentat de Manhattan. Il s'enlise, tourne au désastre politique pour les Etats-Unis et leurs alliés. Le Pakistan voisin, en proie à l'anarchie et au terrorisme, abrite sans doute l'état-major d'al-Qaïda. La « croisade » (selon George W. Bush) en Irak pour renverser Saddam Hussein, pour contrôler le pétrole et accessoirement pour instaurer la démocratie, a abouti à une sanglante impasse. Et depuis 2001, l'Iran, une théocratie appliquant la charia jusqu'à la lapidation, s'est renforcé en entrant dans le cercle des puissances nucléaires. Quant aux groupes terroristes islamistes, ils ont essaimé d'Indonésie en Afrique...
Sur un plan purement sécuritaire, les Américains et les Européens ont sans doute tiré les leçons qu'il fallait - malgré quelques failles - des attentats de New York, de Londres et de Madrid. Mais sur le plan politique ?

Jean-Claude Kiefer

Changement d'époque


Nous vivons plus longtemps que nos prédécesseurs et les maladies du grand âge sont donc plus répandues. Nous savons que, dans quelques années, en conséquence, la charge des aînés pèsera plus lourd sur les épaules des générations qui prendront la relève.

C'est une évolution qui doit être prise en compte dès aujourd'hui si nous voulons éviter les drames qui ne manqueront pas de surgir demain. Ce serait dramatique, en effet, que les futures retraites ne puissent être payées...

Pour faire face, tous les pays européens ont relevé l'âge du départ à la retraite. On voit mal pourquoi et comment la France pourrait échapper à cette règle générale. Pourtant, certains s'opposent à cette mesure alors même que le bon sens, heureusement assez largement répandu, incite une majorité de Français à accepter ce qui paraît inéluctable.

Bien évidemment, il faut procéder à ces adaptations avec une volonté d'équité en tenant compte, en particulier, de la pénibilité du travail accompli, de ces travaux qui usent prématurément les organismes ou laissent des séquelles qui rendent plus difficile l'entrée dans le grand âge.

L'abandon de la retraite à 60 ans apparaît cependant comme un recul. Sans doute, mais était-il raisonnable d'avoir avancé, d'un seul coup et de cinq ans, l'âge du départ à la retraite ? Il était prévisible que la démographie nous rattraperait. Certes, il s'agissait d'un avantage, d'un progrès aux yeux de beaucoup. En effet, se trouver libre, disposant de son temps et de ressources garanties, alors que l'on est encore en bonne forme physique et mentale, permet de redémarrer une nouvelle vie et de réaliser bien des rêves.

Courage

Mais ce genre d'avantage dont il était possible de bénéficier, ces dernières décennies, était-il acquis pour toujours ? On voit, aujourd'hui, que la réponse est négative. Dans un monde qui évolue aussi vite que celui où nous vivons, nous voyons bien que rien n'est définitif. Des concurrences soudaines émergent. De nouvelles technologies surgissent. Des comportements différents se répandent, bousculant les familles, les entreprises, les marchés, etc. Nous sommes ainsi bien obligés d'évoluer, de nous adapter, de faire de nouveaux choix.

Le monde change et nous devons, chaque jour, faire face à de nouveaux défis. Ainsi, par exemple, les connaissances scientifiques et leurs applications nous permettent de mieux nous soigner, de nous déplacer avec moins de fatigue et plus rapidement. Mais cela a un coût auquel nous devons contribuer.

L'État seul ne peut pas nous le payer complètement et nous le garantir pour toujours au même niveau. L'État-providence, pour continuer à fonctionner, exige effort et solidarité de la part des citoyens. C'est cela qui est en cause dans les difficultés que nous traversons actuellement. Seul le civisme peut permettre d'en triompher. Pour cela, il faut de la lucidité et aussi une vertu qui s'appelle le courage.
François Régis Hutin