TOUT EST DIT

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vendredi 10 septembre 2010

Haro sur Drouot

Un choc salutaire. C'est peut-être ce qu'aura été pour le marché de l'art français la découverte à Drouot du vol d'un Courbet par des manutentionnaires indélicats l'an dernier. Il faut l'espérer en tout cas. Car les conclusions du rapport commandé à l'époque par la garde des Sceaux et dont « Les Echos » dévoilent l'essentiel, sont accablantes pour la vénérable salle des ventes. Elles mettent au jour l'archaïsme de tout un système qui, face au dynamisme des grandes maisons internationales, semble d'un autre âge.

Alors, bien sûr, Drouot n'est pas sur le point de s'effondrer. 5.000 visiteurs s'y pressent encore chaque jour et le site reste l'un des premiers lieux de vente au monde. Mais, sauf rare exception, ce n'est plus là que les grandes oeuvres se vendent, un certain nombre d'enchères portant sur des marchandises de faible valeur, la « drouille » dans le jargon maison. Résultat, faute d'une locomotive digne de ce nom, la France ne cesse de rétrograder sur un marché de l'art qui n'a pourtant jamais été aussi dynamique. En 2009, sa part s'est limitée à 7 % !

Il faut donc savoir ce que l'on veut. On peut estimer qu'il est important de ne pas bousculer les habitudes des 400 commissaires-priseurs du pays, et tout particulièrement celles des 70 qui se partagent le gâteau Drouot. On peut aussi juger qu'il est temps d'inverser la tendance. Que la France peut légitimement prétendre capter une partie plus importante du marché de l'art. Dans ce cas, les moyens de réveiller la belle endormie sont connus. D'abord un toilettage des statuts de la profession, ensuite une révision de la fiscalité, enfin une modification radicale de la gouvernance de Drouot, c'est-à-dire la suppression du verrou qui empêche un actionnaire de détenir plus de 5 % du capital de la salle des ventes, afin d'ouvrir la voie à l'arrivée d'un actionnaire de référence. Le véhicule de cette réforme aussi est identifié. Il s'agit du texte de transposition de la directive Bolkenstein, qui doit venir devant l'Assemblée nationale prochainement.

Mais pour imposer ces changements, il faudra sans doute plus que la méthode douce prônée par la garde des Sceaux. L'échec criant de la demi-réforme de juillet 2000 montre que la capacité de résistance de la frange la plus conservatrice de la profession est très grande.



Francois Vidal

jeudi 9 septembre 2010

Retraites: les impasses du PS


Le commentaire politique de Christophe Barbier

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Autodafé

Un petit groupe fondamentaliste installé en Floride envisage de brûler publiquement des exemplaires du Coran à l’occasion du 9e anniversaire des attentats du 11-Septembre. Cette initiative provoque des réactions venant du monde entier. Les mises en garde de dignitaires musulmans ne se sont pas fait attendre. L’Iran a prévenu que la réalisation de ce projet provoquerait des réactions « incontrôlables ». Refusant d’entrer dans le jeu des surenchères, le secrétaire général de la Ligue arabe a dénoncé le projet d’un « fanatique ». De son côté, la Maison-Blanche a exprimé son « inquiétude » pour un geste qui ne peut que nourrir le sentiment antiaméricain dans le monde musulman et faire peser des menaces supplémentaires sur les militaires engagés en Afghanistan. Dans le même sens, le secrétaire général de l’Otan a condamné un geste qui « risque d’avoir des conséquences néfastes sur la sécurité de nos troupes.

Il n’est pas sûr que ces arguments feront entendre raison à la cinquantaine de membres du si mal nommé « Dove World Outreach Center » (« Centre colombe pour aider le monde »). Pourtant, même s’il ne mettait en péril la vie d’aucun soldat, l’autodafé d’un Coran serait tout aussi insupportable. C’est pourquoi au Vatican, le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux a exprimé sa « préoccupation » au nom de la liberté religieuse. Hillary Clinton, chef de la diplomatie américaine, et Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne, ont chacune condamné l’intention en se situant dans un registre proche : celui du respect dû aux croyances religieuses. Ce n’est pas sans raison. Les démocraties occidentales sont fondées sur la liberté de conscience – et de toutes les consciences : le manque de respect à l’égard de toute confession religieuse ou croyance est déjà une remise en question de ce droit fondamental. Respecter et faire respecter les textes et les symboles religieux, s’opposer à la destruction d’un Coran comme d’une Bible, c’est refuser de voir les fanatiques, qui sont parfois proches de nous, voire parmi nous, fouler au pied la liberté fondamentale de croire et de pratiquer son culte, liberté qui fonde toutes les autres.



Dominique Greiner

Magot

Il ne nous dit pas tout, notre Président. Il nous vend ses dernières mesures sur les retraites comme un geste en faveur des plus modestes… C'est faux, ou incomplet, car le premier bénéficiaire de la réforme se nomme Bernard Tapie. La preuve ? Il est le champion des polypensionnés, avec une carrière partagée entre business, politique, théâtre et télévision. Il peut également prétendre au bénéfice des carrières longues, lui qui devait déjà vendre le sable du bac à ses copains de maternelle. Et la pénibilité ? Évidente, si l'on prend en compte les mois de prison. Il y a enfin ce dont n'ose pas nous parler notre Président : la volonté d'encourager la retraite par capitalisation, qui se traduit par les 210 millions d'euros versés à Bernard Tapie. Et si c'était ça, la réforme des retraites : Bernard Tapie, 67 ans, retraité sans décote et avec magot ?

Course de vitesse

Coutumier des déplacements sur le terrain, à la moindre occasion, l'hyperprésident hyperréactif s'est quasiment jeté en queue de cortège syndical avec son plateau de mesures présentées comme des concessions nouvelles alors qu'il les avait sous le coude depuis le début. Il cherchait à convaincre l'opinion qu'il l'écoute et lui répond, et les syndicats qu'il leur offrait du grain à moudre. On ne mange pas de ce pain-là, lui ont-ils répondu aussitôt avec une nouvelle journée d'actions, dans la désunion et sans aller jusqu'à une grève générale. Le président mise aussi là dessus.

Au passage, il prend une fois de plus, la main sur François Fillon, histoire de garder sa marge de manoeuvre pour le prochain remaniement. Il espère désamorcer la contestation, boucler au plus vite ce dossier et lancer, en jouant d'une image de réformateur courageux, la dernière phase du quinquennat pour sa réélection. Lui qui se réfère sans cesse aux voisins européens pour justifier le recul de l'âge de la retraite, fait l'impasse sur les années de dialogue social qui ont permis un consensus dans ces pays où il y a moins de chômeurs et où les salariés sont moins dégoûtés du travail.

Cette stratégie de reconquête, dans l'urgence de son calendrier et des marchés, ne garantit pas contre toute mauvaise surprise. La réforme elle-même n'est pas à l'abri de quelques couacs, moins à l'Assemblée, malgré la bataille projet contre projet que livre le PS en quête de crédibilité, qu'au Sénat. Le rejet hier d'amendements sur la loi sécurité montre qu'il peut jouer les frondeurs. Les syndicats qui comptent sur lui pour enrayer la logique inégalitaire de cette réforme n'ont pas d'autre choix que de maintenir la pression dans la rue.

Le sentiment d'injustice constitue le principal défi pour Nicolas Sarkozy empêtré dans l'emblématique affaire Woerth-Bettencourt. Au moment où les Français sentent que le compte ne va pas y être et sont donc inquiets pour l'avenir, le président passe pour celui des privilégiés et fait grincer des dents, y compris dans son camp. Dans la dernière ligne droite et à droite, il y aura de la friture.

XAVIER PANON

Mi-temps

A chacun sa mi-temps. Mardi, les syndicats ont largement dominé la première. Mercredi, le gouvernement s'en est plutôt bien tiré dans la seconde. Si le chef de l'Etat a poliment pris acte du message de la rue, il n'a pas reculé d'un pouce sur le cœur de sa réforme : les mesures d'âge. Ce sera 62 ans et 67 pour une pension sans décote.
Nicolas Sarkozy use donc de la carte de la fermeté en jouant avec les limites de sa propre élasticité. Si les concessions qu'il a annoncées ne sont pas négligeables, elles ne constituent pas non plus des « avancées substantielles » qui changent la donne. Les propositions sur la pénibilité se contentent de mettre un peu d'huile dans les rouages compliqués de l'usine à gaz des taux d'incapacité. Quant aux aménagements pour les longues carrières, ils ne sont pas secondaires puisqu'ils multiplient par deux ou par trois le nombre de bénéficiaires, mais la reconnaissance d'un statut particulier pour les salariés ayant commencé à travailler très jeunes n'est pas clairement à l'ordre du jour.
En définitive, la grande journée d'hier n'a obtenu que des assouplissements, pas la remodélisation complète que réclamaient les cortèges. Le président de la République bétonne, donc. Il n'a pas d'autre système de jeu possible, et il ne veut pas prendre le risque de lancer une offensive originale qui l'éloignerait trop de ses buts : rien donc, sur les femmes, premières victimes de la réforme. Rien non plus sur le départ sans décote, où un petit geste commercial aurait eu une portée symbolique importante.
Logiquement, les syndicats ne sont pas contents. Et continuent leur pressing. Mais avec des doutes : les Français sont-ils suffisamment attachés à l'emblème de la retraite à 60 ans pour résister aux arguments efficaces de la promotion de la politique gouvernementale ? La journée du 23, c'est dans deux semaines... C'est loin. Peut être trop loin pour espérer capitaliser sur la grève du 7.
Il y aura donc prolongation avant d'entamer la discussion au Sénat. Nul ne sait si, cette fois, elle profitera aux attaquants. Il y a bien les précédents conflits qui donnent une prime à l'usure, mais rien ne dit qu'elle fonctionnera. Les règles non écrites du jeu social changent tellement vite. 2003, la précédente réforme ? C'était il y a mille ans. L'éternel duel sur le terrain, désormais décalé, n'a plus le pouvoir d'exaspérer les antagonismes. Ni de dénouer le match dans le temps additionnel. Il est tout simplement dépassé.

Olivier Picard

Un pari osé

Pour la majorité, les annonces d'hier confirment la réactivité d'un Président qui écoute l'opinion. Pour l'opposition, la rue, pour la première fois du quinquennat, l'aura contraint à faire quelques concessions. En réalité, l'Élysée pressentait une forte mobilisation et avait anticipé qu'il faudrait réserver du grain à moudre.

Cet épisode des retraites souligne les forces et les faiblesses du pouvoir en cet automne à hauts risques où se joue la fin du quinquennat. Nicolas Sarkozy accumule les handicaps. Au plus bas dans les sondages, il donne parfois l'impression de cultiver son impopularité. Et de jouer avec le feu en attendant un remaniement gouvernemental dont la date est sans cesse repoussée.

Sur le dossier hyperdélicat des retraites, le Président est le seul à concentrer les mécontentements. Outre qu'il est dans sa nature de s'exposer, il ne peut plus en être autrement, à partir du moment où il maintient en poste un ministre du Travail très affaibli. À partir du moment où il se dispense des services d'un François Fillon, pourtant de plus en plus offensif. À partir du moment où il travaille avec un gouvernement en fin de CDD.

Il cultive les oppositions en se comportant, hier encore devant les députés UMP invités à l'Élysée, en chef de la majorité, ce qui a le don de braquer des parlementaires. Et de rendre la vie impossible à ceux qui ont la charge d'animer un parti présidentiel, souvent réduit à répéter le discours d'en haut.

Il maintient des dispositions, supportables avant la crise ¯ bouclier fiscal, TVA réduite, droits de succession... ¯ mais jugées inopportunes jusqu'au sein de sa propre famille, en période de rigueur. L'incompréhension monte d'autant plus que le débat budgétaire de l'automne va valoir ses milliards de sacrifices.

Il poursuit sa politique d'annonces instantanées et hétéroclites qui en brouillent la lisibilité, au moment où la peur de l'avenir nécessite plus de repères quejamais. Les surenchères sécuritaires de l'été, parfaite illustration de cette gouvernance, n'ontpas suffi à ressouder la majorité. Elles ont plutôt donné des arguments à Dominique de Villepin, Christine Boutin, Hervé Morin et à nombre de parlementaires de droite de prendre leurs distances.

Instruit par les ravages de l'affaire Bettencourt, il devra pourtant trouver des signaux annonciateurs d'équité lorsqu'il s'agira de raboter les niches fiscales, de ramener la Sécu vers l'équilibre, ou de financer la dépendance. Sans argent dans les caisses.

Pour autant, Nicolas Sarkozy, qui aime l'adversité, n'a pas posé le genou à terre. L'opposition, plus forte des faiblesses de la majorité que de ses propres propositions, lui a, pour l'instant, rendu service. Pour l'instant. Mais parce que le vent semble tourner, l'Élysée veut prendre la contestation de vitesse. Craignant la réaction d'une jeunesse très opposée au projet, il a décidé de réformer les retraites avant la rentrée universitaire. Le maintien du cumul entre l'aide au logement étudiant et la demi-part fiscale n'était pas innocent pour éviter un remake du CPE (Contrat première embauche) de 2006.

Nicolas Sarkozy prend ainsi le pari osé qu'il sortira renforcé s'il réussit à faire voter cette réforme emblématique sans mettre la France dans la rue.

La mort de l'euro n'aura pas lieu

Le printemps 2010 s'est achevé en Europe sous le poids des lourdes menaces auxquelles faisait face l'euro, dont l'avenir était sérieusement mis en doute par beaucoup. Certes, le pessimisme entretenu par la presse financière et sur les marchés a eu quelques justifications tant le processus ayant abouti à un accord a été chaotique et la communication calamiteuse. Mais ces réactions ont été disproportionnées, elles ont abouti à une sorte d'aveuglement sur la portée des décisions qui ont été finalement prises et dont on verra les effets ce trimestre.

Cette crise a obligé les gouvernements à reconnaître les défauts de conception de la gouvernance de l'union monétaire et ils ont répondu à ce défi. Oui, une nouvelle architecture est en train de se mettre en place pour la zone euro. Elle reposera sur une application plus stricte des disciplines budgétaires surveillées de plus près par les marchés et par des dispositifs européens de prévention et de gestion de crise.

Le premier point sur lequel progresser, c'est la qualité de l'information statistique et du « reporting » financier. Si la Grèce a pu cheminer jusqu'à une situation financière aussi dégradée, c'est d'abord dû à l'opacité et au mensonge. Il faut savoir que les pouvoirs de contrôle d'Eurostat en matière de comptes nationaux des administrations publiques ont été atrophiés parce que les grands pays, notamment la France, ont refusé d'augmenter ces pouvoirs, de crainte de renforcer ainsi celui des institutions européennes. Le nouveau règlement améliore les choses en accroissant sensiblement le pouvoir d'investigation d'Eurostat, c'est la crise qui a permis d'avancer dans cette direction et il faudra veiller à ne pas s'arrêter en chemin.

En matière de « reporting », la Commission a pour le moins fait preuve de négligence. Il pourrait être utile de créer un organe indépendant de surveillance multilatérale. On peut penser dans cet esprit à un Comité des sages, comme en Allemagne, ou à un Parliamentary Budget Office bi-partisan prenant modèle sur le CBO américain avec un mandat plus fort. Cette dernière solution aurait pour mérite d'inclure le Parlement dans ces débats de politique économique. C'est en tout cas un thème sur lequel il est important que la Commission Van Rompuy fasse des propositions au Conseil.

Fondée sur une information financière sûre, l'application des règles et procédures aura de meilleures chances de tester de manière crédible les trajectoires budgétaires et de corriger le tir par anticipation. Les perspectives budgétaires pourraient, comme cela a été proposé, faire face à des feux tricolores, vert, orange ou rouge. Correctement informés par une convergence d'avis et de notations publiques et privées, les marchés financiers feront leur travail. Les « spreads » observés à chaque émission - qui ont été beaucoup trop inertes dans le passé -peuvent, comme on le sait maintenant, atteindre des niveaux décourageant les politiques budgétaires par trop aventureuses. Ce sera le moyen d'internaliser, par chaque parlement national, les engagements financiers auxquels le pays souscrit vis-à-vis de ses partenaires.

Allant très au-delà, plusieurs responsables allemands ont fait circuler l'idée de « sanction » pour les contrevenants mais c'est une impasse politique. Le mot n'appartient même pas au vocabulaire du FMI pourtant expert en matière de discipline budgétaire. Dans un pays démocratique, un citoyen en faillite ne perd pas ses droits politiques. Ce serait s'égarer que d'aller dans cette voie. En revanche, on peut imaginer, à l'instar des programmes du FMI, une sorte de conditionnalité qui restreigne le déboursement de fonds de l'Union pour les pays gravement défaillants.

La crise n'est pas finie et les autorités européennes doivent simultanément créer cette architecture financière plus stable et consolider la reprise. Les décisions déjà prises et celles que la commission Van Rompuy présentera au Conseil sont un pas en avant très positif pour la zone euro, dont on pourrait bien découvrir dans quelques mois, contrairement aux jérémiades du printemps, que c'est la zone « la mieux gérée au monde ».


Jacques Mistral

Utile sacrifice

A voir l'accueil dédaigneux réservé par les syndicats et les partis de gauche aux concessions apportées hier par Nicolas Sarkozy à sa réforme des retraites, il est permis de s'interroger sur l'impérieuse nécessité qu'il y avait à répondre si vite et si fort aux expressions formulées, la veille, par un gros million de Français. Plus rapide, le chef de l'Etat pouvait difficilement l'être. A faire mouvement avant même que les adversaires de la réforme n'aient fixé la date de la prochaine bataille, le risque était de transformer ce seul choix du 23 septembre en fin de non-recevoir. C'est bien ce qui s'est produit. L'urgence, cependant, n'a pas été un choix, mais une contrainte : il fallait aller vite car l'examen parlementaire du projet est déjà très engagé.

L'ampleur des correctifs apportés à la réforme peut surprendre, aussi, puisque celle-ci est loin de couvrir l'intégralité des besoins de financement à venir. A raison d'un demi-milliard d'euros de dépenses annuelles de retraites supplémentaires, la facture des concessions présidentielles est élevée. A fortiori pour des mesures aussi techniques, donc peu lisibles par le grand public, que l'est l'abaissement, de 20 % à 10 %, du taux d'incapacité pour la prise en compte de la pénibilité du travail. Au moins, ces amendements préservent-ils le coeur symbolique et financier de la réforme : le recul des âges de la retraite, celui du droit légal au départ - de 60 à 62 ans -et celui du droit à une retraite sans décote - de 65 à 67 ans.

Le sacrifice opéré par Nicolas Sarkozy n'est pas inutile cependant. Car il ne s'adresse pas aux syndicats, dont l'exécutif n'attend, sur ce dossier, rien d'autre qu'une opposition responsable. Devant une contestation qui, bien plus qu'une simple angoisse face aux années de la vie après soixante ans ou que le douloureux et lancinant refus d'une société vieillissante et sous contrainte, exprime aussi le rejet d'un mode de gouvernance, le chef de l'Etat se devait d'envoyer un signal d'attention, d'écoute et de considération. C'est un message politique adressé à une partie de l'opinion, avec l'espoir qu'elle s'en contentera.

Il le faudra bien car, désormais, toute autre retouche apportée à cette réforme des retraites risquerait, au lieu de les éteindre, de raviver les revendications des opposants, nourrissant, de fil en aiguille, l'espoir d'un détricotage. En 2006, le contrat première embauche avait connu pareil sort. Mais le CPE et Dominique de Villepin qui le portait n'étaient alors guère soutenus par la majorité. Il en va cette fois très différemment.
Raison de plus pour ne plus rien céder.


JFP

mercredi 8 septembre 2010

Rhétorique

Le mot d’ordre de grève a été entendu et les cortèges contre la réforme des retraites ont rassemblé du monde. Ce succès de la mobilisation ne modifiera pas en profondeur la logique du projet. Dès mardi matin, François Fillon exhortait les députés UMP à « tenir la ligne » sur le report à 62 ans de l’âge légal de départ et à 67 ans pour obtenir une pension sans décote. Et rien n’indique que ces points seraient soudain devenus négociables.

Hier pourtant, la rue a installé un nouveau rapport de force sur ce dossier : on peut d’ores et déjà prévoir des évolutions sur les questions sensibles de la pénibilité, des polypensionnés et des carrières longues. À vrai dire, ces points amendés – dans le sens souhaité par les syndicats – introduiraient une touche sociale à une réforme qui en manquait un peu. Restera alors la question controversée, notamment pour les femmes, du report du départ de 65 à 67 ans pour pouvoir bénéficier d’une retraite à taux plein.

Quel sera le calendrier des annonces ? Sur ce terrain, gouvernement et partenaires sociaux ont désormais partie liée : il faut faire vite. Ni les uns ni les autres n’ont intérêt à faire traîner un mouvement qui pourrait se radicaliser. C’est donc dès maintenant que le gouvernement devra faire les ouvertures déjà annoncées. En laissant aux syndicats le plaisir d’annoncer ce qu’ils ont « arraché ».

Ce compromis serait une conclusion acceptable pour une réforme que de nombreux manifestants d’hier savaient à la fois nécessaire et inéluctable. Une fois encore, la France a mimé l’affrontement, tout en préférant, selon toute vraisemblance, en sortir par l’apaisement.

Sans cesse répétée, cette rhétorique est bien sûr lassante. Mais, élément de la culture nationale, elle est un point de passage imposé à de nombreuses réformes : le pouvoir doit montrer – jusqu’à la caricature – qu’il est déterminé, les syndicats doivent prouver qu’ils sont mobilisés.

Depuis hier, c’est chose faite. Les discussions peuvent donc commencer.



François Ernenwein

Réactions à la journée d'actions du 7 septembre

Au lendemain de la très forte mobilisation contre le projet du gouvernement, la première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, estime, mercredi 8 septembre, sur France 2, qu'il faut "reprendre à zéro" la réforme des retraites, selon elle "injuste et inefficace". Selon la maire de Lille, il faut aussi "arrêter le débat parlementaire" qui a débuté mardi à l'Assemblée nationale. "Si ce n'était pas le cas, nous continuerions à faire (...) nos propres propositions pour montrer aux Français que bien sûr il faut une réforme, bien sûr il faut prendre en compte l'allongement de la durée de vie, mais il faut le faire de manière juste".
Jean-Claude Mailly, le secrétaire général du syndicat Force ouvrière déclare sur France Info que les "avancées" qui sont prévues sont insuffisantes compte tenu de l'ampleur du mécontentement. "Nous, ce qu'on demande, c'est que le gouvernement abandonne son projet pour qu'on discute sérieusement d'un autre projet en termes de financement et qui prenne en compte le maintien des droits et la question de la pénibilité", a-t-il dit. "Encore un effort, M. le président, bougez plus. Il faut réécrire complètement le texte", a-t-il ajouté. Les responsables des syndicats devaient se rencontrer dans la journée pour décider probablement d'une nouvelle journée de grève et de manifestations avant la fin du mois, voire plusieurs.

Le président du Mouvement démocrate (MoDem), François Bayrou, juge sur Canal+ que l'ampleur de la mobilisation la veille contre la réforme des retraites a "changé l'ambiance" et qu'il sera "impossible d'arrêter ce mouvement" sans "des corrections fortes" du projet. "La discussion" sur ce projet "n'a pas eu l'ampleur qu'elle aurait dû avoir" et "c'est l'Elysée qui décide oui ou non ce que va voter ou non le Parlement", a-t-il dénoncé.

Georges Tron, le secrétaire d'Etat à la fonction publique, estime sur RMC que la rue "exprime une inquiétude qu'il faut entendre". "On a entendu les manifestants, mais on entend également les organisations syndicales dans le cadre d'une concertation qu'Eric Woerth et moi-même avons menée, et nous entendons les parlementaires qui s'expriment de façon tout à fait légitime dans l'hémicycle", a ajouté M. Tron. "Le vrai sujet c'est celui-là : quand le Conseil d'orientation des retraites nous dit qu'il manque à l'horizon 2020 40 milliards d'euros pour payer les retraites, ça veut dire que si on ne prend pas les mesures tout de suite, les retraites s'effondreront", a mis en garde le secrétaire d'Etat.

"Le gouvernement n'est pas sourd, il entend les interrogations", a déclaré Luc Chatel, mercredi sur Europe 1 après les fortes mobilisations contre la réforme des retraites. "Nous sommes attachés à l'aspect 'juste' de cette réforme", a indiqué le porte-parole du gouvernement, qui a toutefois averti : "Nous ne bougerons pas sur l'âge" légal de départ à la retraite. Sur RTL, Xavier Bertrand, le secrétaire national de l'UMP estime à propos des retraites qu'"il y a de la place pour le dialogue".

LA TRUIE SOCIALISTE NE CHANGE PAS DE DISCOURS, EST-CE ÉTONNANT ? QUANT À XAVIER BERTRAND, IL PERD PIEDS DANS CETTE SITUATION, SES PLAIDOIRIES SONT USÉES ET CONVENUES.

Mesquin

Imaginez un instant que Madame Bettencourt ne se soit pas fâchée avec sa fille. Imaginez que cette banale querelle de gros sous, comme il en existe dans toutes les familles, même les plus modestes, n'ait pas emporté dans sa tourmente un ministre justement en train de gérer le dossier le plus sensible du moment… On n'aurait alors jamais rien su de la Légion d'honneur de Monsieur de Maistre, dont on aurait d'ailleurs continué d'ignorer jusqu'à l'existence, et nous n'aurions parlé ce matin que des retraites. Cela tient donc à vraiment peu de chose, la politique. On passe des mois à concocter une réforme définitive, à verrouiller un plan de bataille - et tout dérape pour un gigolo trop gourmand, une vieille femme trop généreuse ou une héritière trop exclusive. C'est la loi de la politique, un grain de sable suffit parfois à contrarier un grand dessein. C'est mesquin, mais c'est ainsi.

Fleuves

Notre Hyperprésident a dû rêver hier, devant le flot montant des manifestants, de pouvoir inverser le cours des fleuves, comme prétend le faire son collègue Président du Kazakhstan. Il a dû imaginer un instant que le flot reflue de la Nation à la République, et cette fois en soutien de sa réforme des retraites… Reste que, sans être kazakh, notre Président n'est pas sans ressources. Les opposants à la réforme ont mobilisé, et fortement, mais la rue n'est pas l'opinion. Son pari est qu'une majorité de Français s'est résignée à travailler plus longtemps, à condition d'avoir l'impression que l'effort est justement réparti. Et il veut croire que la répétition des manifestations et des grèves, avec les tracas qu'elles charrient, finira par lasser. En clair, notre Président ne prétend pas inverser le fleuve des mécontents - il espère seulement l'assécher peu à peu, à l'usure.

Un succès et un échec

Peu importe la bataille des chiffres : hier, la rue a gagné. Même les statistiques du ministère de l'Intérieur qui, traditionnellement, minimisent le nombre de manifestants - c'est de bonne guerre - l'ont implicitement reconnu. Le scepticisme à l'égard de la réforme gouvernementale l'emporte peu à peu sur le réalisme qui avait fait une croix sur la retraite à 60 ans. Mais après ? Que peuvent faire les syndicats de cette victoire qui parachève le retournement de l'opinion ?
Ce matin, nous sommes revenus à la case départ. Pas vraiment surpris, l'Élysée tend le dos. Par son silence, tout à fait prévisible lui aussi, Nicolas Sarkozy fait clairement comprendre qu'il ne bougera pas d'un millimètre sur le socle essentiel du texte, l'âge de départ. Son plan se déroule comme il l'a envisagé. Aujourd'hui, il va promettre des « avancées » sur la pénibilité, les longues carrières et les polypensionnés, espérant ainsi apporter la démonstration de sa sensibilité sociale.
C'est précisément l'efficacité de cette condescendance programmée qui fera, ou non, la différence. Pèsera-t-elle suffisamment pour contrer l'effet psychologique des images de ce mardi protestataire ? La seule inconnue de la grève d'hier est bien là. Parce que la mobilisation du 7 septembre est bien plus importante que celle du 24 juin, elle légitime d'éventuelles prolongations et valide l'hypothèse d'une nouvelle journée d'action, peut-être dès la mi-septembre prochain. Sera-ce l'ultime rendez-vous ? Le chant du cygne d'une contestation érodée par les concessions du pouvoir, une simple carte dans le jeu social, ou un stimulant pour aller encore plus loin ?
Les syndicats, eux, qui ne croyaient plus pouvoir infléchir significativement la politique gouvernementale, ne partent plus battus d'avance. De son côté, le président de la République ne dispose plus que d'une marge de manœuvre réduite : impossible de renoncer, impensable de passer en force.
Classique, ce scénario dans lequel le rapport de forces s'équilibre révèle aussi... un échec pour toute la société française. L'urgent dossier des retraites est une nouvelle fois confisqué par les tabous, les postures et la démagogie. En jurant de revenir à la retraite à 60 ans si la gauche l'emporte en 2012, le PS de Martine Aubry y cède lui aussi, et se lie les mains pour le futur. Quant au spectacle des premiers échanges à l'Assemblée, il a laissé l'impression d'un étrange décalage avec le réel.
Bâclé, le grand débat est piégé par un dialogue social étriqué, trop contraint par le temps. Pour avoir une chance d'être consensuel, il aurait dû être programmé en début de quinquennat. Il est instrumentalisé pour relancer un président en fin de mandat. Cette frilosité de calendrier sera lourde de conséquences.

Olivier Picard

Un calendrier resserré

À l'évidence, la vague syndicale contre la réforme des retraites est d'une amplitude qui rejoint les grands mouvements sociaux de ces vingt dernières années. Elle ne saurait donc être évacuée sans autre forme de procès. Elle va nécessairement contraindre l'Élysée à lâcher du lest sur le versant le plus controversé de la réforme, son traitement inéquitable.

Les syndicats ont engrangé un gros succès. Soit. Peuvent-ils pour autant pousser leur avantage ? Trois obstacles risquent d'entraver cet objectif. La butée du temps est la plus immédiate. Le calendrier est délibérément resserré, incompatible avec le mûrissement nécessaire aux grands mouvements sociaux.

Une manifestation hétérogène réunissant autour de deux millions de participants n'est pas reconductible toutes les semaines. Ensuite, au révélateur des nouvelles propositions gouvernementales, les arrière-pensées syndicales et les différences de stratégie peuvent ressurgir et lézarder le front commun. On peut faire confiance à l'Élysée pour enfoncer un coin dans un mur syndical qui ne tient, somme toute, que par le ciment assez lâche du refus pur et simple de la réforme projetée. Pas celui d'une proposition alternative partagée.

Enfin, les sondages maintiennent, contre vents et marées protestatrices, une opinion majoritaire en faveur de la mesure phare de la réforme : la retraite légale repoussée à 62 ans à l'horizon 2018. De fait, les Français ont intégré, bon gré mal gré, avec fatalisme ou irritation, qu'ils ne pouvaient s'installer dans un déni démographique un peu suicidaire. Dont acte, cela vaut aussi pour les syndicats.

Il reste que l'obstacle principal au train de la mobilisation se trouve à l'Élysée. Le Président a certes de bonnes raisons de lâcher du lest, ne serait-ce que pour ne pas injurier l'avenir. Au-delà des retraites, il aura bien besoin des syndicats pour gérer aussi sereinement que possible les lourds dossiers qui suivent - dépendance, assurance maladie - comme il a eu besoin d'eux pour gérer la crise.

Il n'empêche. Nicolas Sarkozy a encore de bien meilleures raisons de ne pas céder sur l'essentiel : le recul de l'âge légal. D'abord des raisons de contraintes extérieures. Bruxelles et les marchés tout puissants réclament avec impatience que la France remette ses comptes publics d'aplomb. Faute de quoi elle se mettra(it) bientôt à portée de tir (meurtrier) des agences de notation.

Des raisons de pure politique aussi. Après les avatars de l'été - immigration, Roms, sécurité... - le dossier des retraites est une superbe opportunité pour Nicolas Sarkozy de se refaire une santé en ressoudant sa majorité autour de sa fermeté. De décrocher le brevet de bravoure dont il rêve pour entamer la prochaine campagne présidentielle. Passer le pont de la réforme sous la mitraille syndicale, avec plus de deux millions de manifestants, ce n'est d'ailleurs plus un fantasme, c'est déjà une réalité.

Le Président a aussi un argument bien plus fondamental, à l'aune de l'intérêt général, de ne pas céder à la rue. C'est que le statu quo et l'immobilisme qui se cachent parfois derrière les postures progressistes affichées, est intenable. Si Nicolas Sarkozy rompait avec l'ardente obligation d'une réforme, il ne saperait pas seulement son avenir politique immédiat. Il serait coupable de non-assistance à système de retraite par répartition en danger de mort.
Paul Burel

LE COMMENTAIRE DE CHRISTOPHE BARBIER


Zone euro: "la croissance va ralentir"

La croissance économique dans la zone euro devrait ralentir au second semestre de cette année comme dans d'autres régions du monde, a déclaré mardi Jürgen Stark, l'un des membres du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), qui a souligné les risques perceptibles pour l'après-2010.

"Nous sommes satisfaits de l'évolution récente de la situation économique mais nous avons aussi déclaré que nous percevions certains risques pour les perspectives économiques au-delà de cette année", a-t-il dit dans un discours. La BCE a laissé la semaine dernière ses taux d'intérêt inchangés et elle a prolongé ses opérations de refinancement illimité à une semaine et à trois mois jusqu'à la mi-janvier 2011 au moins.

Jürgen Stark, réputé pour être l'un des plus farouches partisans de la lutte contre l'inflation au sein de la banque centrale, a ajouté ne percevoir ni signe d'inflation, ni signe de déflation dans la zone euro. "Les anticipations d'inflation sont pleinement ancrées, en ligne avec la stabilité des prix", a-t-il dit, ajoutant que la politique monétaire et les mesures de soutien au crédit de la BCE étaient "accommodantes mais appropriées".

Il a souligné que la BCE était bien consciente des risques liés au maintien prolongé de taux bas. "Une période trop longue de taux d'intérêt aurait des conséquences défavorables et nous procéderons très attentivement pour assurer que cela ne se produise pas", a-t-il dit. Il a assuré que la banque centrale ne retirerait que progressivement ses mesures de soutien, en évoquant une amélioration inégale de la situation des banques de la zone euro.

"Nous assistons à une reprise du marché monétaire, la confiance entre les banques a augmenté mais cela n'est pas valable pour l'ensemble du système bancaire" de la zone euro, a-t-il dit. "Nous prenons des décisions mois après mois et nous sommes bien avisés de procéder ainsi."

A propos des finances publiques, Jürgen Stark a averti que certains pays restaient dans une situation précaire et il a plaidé pour des efforts de consolidation accrus. Il a jugé "réaliste" le plan d'assainissement budgétaire de la Grèce et il a apporté son soutien à l'Irlande, confrontée à l'envolée du coût du soutien à son secteur bancaire. "Je suis tout à fait convaincu que le gouvernement irlandais maîtrise le problème et qu'il continuera de le faire", a-t-il dit.

Un sursis de deux ans pour la pub sur France Télévisions

Quasi acquis. En cadeau d'arrivée, Rémy Pflimlin, le nouveau président de France Télévisions, devrait garder sa publicité en journée deux années de plus que ce qui est prévu par la loi.

Cette disposition serait acquise pour le gouvernement. Le texte prévoyait qu'à l'issue du basculement total dans l'ère numérique, qui devrait se faire en novembre 2011, les antennes publiques renoncent complètement à la publicité.

Il n'en sera rien. Le ministère de l'Économie et des Finances s'apprête à prolonger de deux ans l'activité de la régie de France Télévisions qui, en 2010, pourrait rapporter à l'entreprise 400 millions d'euros, soit 80 millions de plus que ce qui était prévu au départ.

Mais cette «faveur» serait cependant assortie de contreparties. France Télévisions devrait ainsi accepter que soit encadré le parrainage, via une limitation en durée des écrans qui lui sont consacrés.

Par ailleurs, le groupe public ne pourrait pas garder la totalité des recettes réalisées par la régie.

Si le gouvernement a bien conscience que France Télévisions doit éponger son déficit (prévu à 44 millions d'euros) et doit investir une vingtaine d'autres millions dans le développement de la TNT en outre-mer (lancement d'un premier puis d'un second multiplexe mais aussi approvisionnement des télé-pays en productions fraîches), il souhaite cependant qu'une partie des recettes de France Télévisions retourne dans le budget de l'État.

Il reste maintenant à en négocier le montant.

Syndicats : pari réussi !


L'effet quinquennat

De nombreuses formations politiques ont effectué leur rentrée ces derniers jours. Toutes se sont placées dans la perspective de la présidentielle de 2012, notamment les Verts en propulsant Eva Joly, le Nouveau Centre, en donnant des ailes à Hervé Morin, et les socialistes qui, bien que n'ayant pas encore choisi leur candidat, ne pensent qu'à ça. Sans oublier, bien sûr, le président Sarkozy, qui a lancé à Grenoble, par son fameux discours sur la sécurité, sa propre campagne en vue d'un second mandat.

Les esprits conciliants diront qu'il n'y a là rien que de très normal. Dans une démocratie, les partis sont conçus pour « candidater » au pouvoir et se doivent donc de préparer les élections. Mais on objectera que pour qu'une démocratie fonctionne avec la confiance des citoyens, il faut aussi que le pouvoir exécutif dispose du temps nécessaire à la mise en oeuvre des réformes pour lesquelles il a été élu. Ajoutons que ce temps de la réforme est d'autant plus indispensable que notre pays, à l'instar de tout le monde occidental, traverse une des plus graves crises de son histoire et que celle-ci appelle des mesures énergiques.

Or il est clair que l'instauration du quinquennat a réduit le temps disponible. L'exemple américain où le mandat présidentiel n'est que de quatre ans et où la majorité parlementaire est susceptible de basculer tous les deux ans, comme on le voit en ce moment même, montre que cet effet de calendrier peut être pire ailleurs. Ce n'est pas une raison pour le subir passivement. Il est de l'intérêt supérieur du pays, changement de Premier ministre ou pas, que le gouvernement poursuive pendant un an au moins sa tâche de redressement économique et financier. Il sera toujours temps, à la rentrée 2011, de se mettre en ordre de bataille pour l'élection du printemps 2012. Faute de quoi, même si personne ne songe à le rétablir, on regrettera le septennat que le général de Gaulle avait conservé dans la Constitution de la V e République, précisément pour disposer de la durée nécessaire à toute action en profondeur.

Vraies et fausses injustices

Agglomérat de la France immuable et de la France active, de manifestants professionnels et d'adversaires sincères, agrégat de révoltés et de réformistes, de fonctionnaires protégés et de galériens du travail, de jeunes retraités et de futurs pensionnés, le peuple aux cent visages qui a défilé en masse hier dans nos villes a exprimé une conviction commune dont il serait vain de nier qu'elle est assez partagée : c'est une réforme des retraites injuste qu'examinent les députés. Une injustice présumée pour quatre raisons.

La première, la plus large, est qu'avant la fin de la décennie nous devrons en règle générale travailler deux ans de plus, jusqu'à 62 ans, avant de faire valoir nos droits à la retraite. Deux années supplémentaires qui sont pourtant loin de compenser les sept années d'espérance de vie gagnées par les hommes depuis 1983 - l'an I de la retraite à 60 ans. Et qui nous laissera à distance de la borne des 63 ans en vigueur en Allemagne, pays certes en moins bonne santé démographique mais en meilleur état financier. Insupportable, vraiment ?

La deuxième injustice invoquée viendrait de ce qu'il faudra attendre 67 ans au lieu de 65 ans pour toucher sa retraite sans décote - et non pas au taux plein comme le soutient à tort Martine Aubry. Voilà qui pénaliserait des salariés aux carrières hachées ? Sans doute. Mais aussi des femmes qui ont choisi depuis longtemps de ne pas travailler et surtout des cadres, entrés tard dans la vie professionnelle. Curieuse inéquité.

L'absence d'un droit à la retraite dès 60 ans pour avoir exercé un métier pénible serait constitutif d'une troisième injustice. Cependant, aucun pays de l'OCDE ne « répare » la pénibilité en donnant une retraite, mais en indemnisant l'invalidité. En distillant ce droit nouveau, la France sera pionnière. Drôle d'iniquité. La réforme, enfin, serait cruelle car financée par des mesures d'âge plutôt que par des prélèvements financiers. Mais même s'il porte le poids de la crise, le déséquilibre des retraites reste pour l'essentiel d'origine démographique.

La véritable injustice est de prétendre sauver les retraites en relevant massivement les charges salariales et les impôts. Car, à ce jeu-là, les plus riches s'en sortent toujours le mieux, tandis que souffrent les classes moyennes et les plus jeunes, premières victimes de cette fabrique à chômeurs. La véritable injustice est de faire miroiter le retour aux 60 ans, droit que le PS lui-même rend fictif lorsqu'il se résout à allonger la durée de cotisation. Car c'est tromper l'électeur. L'injustice n'est pas forcément là où le pensent les manifestants.


JFP

mardi 7 septembre 2010

Grèves contre la réforme des retraites : forte mobilisation, les syndicats crient victoire

"On est largement plus nombreux qu'on ne l'était le 24 juin", a estimé Bernard Thibault, le secrétaire général de la CGT, au sujet de la mobilisation sociale contre la réforme des retraites.
Le ministère de l'Intérieur a annoncé 450.000 manifestants contre la réforme des retraites à la mi-journée, soit l'équivalent de la mobilisation du 24 juin. Pour leur part, les syndicats affirment avoir remporté leur pari de rassembler plus de protestataires qu'en juin dernier, soit plus 2 millions de personnes.

"On est largement plus nombreux qu'on ne l'était le 24 juin. C'était l'objectif et le gouvernement ne pourra pas faire comme s'il ne s'était rien passé aujourd'hui", a déclaré le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, au départ du défilé parisien. Pour François Chérèque, le leader de la CFDT, il s'agit "de la plus grosse mobilisation de ces dernières années". La manifestation parisienne s'est scindée en deux, en raison de la forte affluence (de 80.000 à 270.000 selon les sources), a expliqué la CGT.

A Marseille, 200.000 personnes ont manifesté selon les syndicats, contre 120.000 en juin, et à Lyon ils étaient 30.000 contre 25.000 il y a deux mois et demi. A Bordeaux, de 40.000 à 100.000 manifestants ont défilé selon les sources, contre une fourchette de 25.000 à 70.000 en juin. A Caen, la police en a décompté 24.500 (18.000 en juin).

Grève générale ?

Le secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, a affirmé n'exclure "aucun type d'action" pour faire plier le gouvernement sur la réforme des retraites, mais a refusé d'évoquer une grève générale. Bernard Thibault a également exprimé des réserves sur cette option. "Ce n'est pas quelque chose que l'on décrète je commence à avoir une longue expérience des mouvements de mobilisation, je sais par expérience qu'on ne décrete pas ce genre de choses, y compris dans de mouvements de très forte mobilisation", a-t-il dit.

Les députés examinent à partir de cet après-midi le projet de loi qui vise à juguler les déficits des régimes de retraites et à rétablir l'équilibre financier en 2018. La mesure la plus critiquée du projet - présentée comme non négociable par le gouvernement - consiste à reporter de 60 à 62 ans le départ de l'âge légal du départ à la retraite.

Le président de la Commission européenne n'a pas hésité mardi à intervenir dans le débat français sur les retraites. "Il faut avoir le courage de dire que si l'Europe veut gagner la bataille de la compétitivité face à certains pays émergents, il faut travailler plus, il faut travailler plus longtemps", a-t-il dit devant le Parlement européen.

Les taux de grévistes par secteur

La grève, démarrée lundi à 19 heures, est prévue pour durer jusqu'à mercredi 8 heures du matin.

La SNCF a annoncé ce matin 42,9% de cheminots grévistes (39,8%, le 24 juin à la même heure). L'entreprise a prévu deux TGV sur cinq en moyenne en circulation (un sur deux pour les liaisons entre Paris et le nord et l'est de la France, un sur cinq pour les liaisons province-province), un Corail sur quatre, un trafic normal sur les Eurostar Paris-Londres, huit trains sur dix pour le Thalys Paris-Bruxelles, un train TER sur deux, deux trains Transilien sur cinq.

A la RATP , vers 11h00, le trafic était normal sur les lignes du métro parisien 1, 6, 7, 11 et 14 et on comptait au moins un train sur deux sur les autres lignes. Le "trafic est un peu meilleur que prévu [dans le métro] et 80% du trafic est assuré en moyenne", a déclaré mardi matin une porte-parole de la RATP.

En revanche, le trafic est quasi nul sur la ligne B du RER, la plus touchée ; un train sur deux circule sur la ligne A, le trafic est normal sur les lignes 2 et 3 du tramway et la ligne 1 compte trois rames sur quatre. Il faut par ailleurs compter trois bus sur quatre sur toutes les lignes.

La Direction générale de l'aviation civile (DGAC) dit avoir demandé aux compagnies aériennes de réduire leurs programmes de vols de 25% sur les aéroports parisiens d'Orly et de Roissy. Air France prévoit d'assurer 100% des long-courriers, 90% des court et moyen-courriers à Paris-Roissy, et 50% à Paris-Orly. "Il y a quelques retards mais on est dans la conformité avec les prévisions qui avaient été faites", a déclaré ce matin un porte-parole de la DGAC.

Dans l'Education nationale, 30% des enseignants, selon le syndicat Snes-FSU (5,6% selon le ministère), étaient en grève dans les collèges et lycées dès lundi. Ce mardi matin, les enseignants sont 29,4% à faire grève, dont 33,6% en primaire et 25,8% dans le secondaire, selon le ministère de l'Education nationale, les syndicats de la FSU chiffrant les grévistes à 60% dans le primaire et à 55% dans le secondaire, soit davantage que le 24 juin, et même plus du double en collèges et lycées.

Dans la capitale, la ville de Paris pourra appliquer le service minimum d'accueil (SMA) "dans une centaine d'écoles" sur les 417 où au moins 25% de grèvistes sont prévus (seuil de déclenchement du SMA).

Selon le ministère du Travail, la grève est suivie par 24,7% des fonctionnaires d'Etat, contre 18,71% lors du 24 juin. Le taux de mobilisation est de 16,2% pour la fonction publique territoriale et de 17,76 % pour la fonction publique hospitalière, précise-t-il dans un communiqué.

A la Poste, 22,07% de postiers étaient en grève à 10 heures, contre 19,86% le 24 juin. "La Poste a mis tout en œuvre pour assurer l'accueil de ses clients et la continuité de service, que ce soit dans les domaines du courrier, du colis et de la Banque Postale", écrit-elle dans un communiqué.

A Pôle Emploi, 16,93% des agents étaient en grève à midi, selon la direction, et près de 25%, selon le principal syndicat, le Snu-FSU, soit plus que le 24 juin (12,26% et 22% respectivement).

A France Télécom, 30,84% des 100.000 salariés étaient en grève, contre 29,29% le 24 juin, a indiqué la direction, les syndicats parlant de chiffres "supérieurs" sans donner de précisions.

Les six raffineries Total en France étaient en débit minimum en raison de la grève, a indiqué la direction du groupe pétrolier à l'AFP.

Chez EDF, la direction a relevé 21,3% de grévistes à la mi-journée, contre 15,9% le 24 juin, mais ce chiffre est "susceptible d'augmenter dans l'après-midi", selon la CGT qui précise que la grève a fait perdre 8.000 megawatt à EDF du fait des baisses de charge causées par les grévistes.

En matière de justice, l'Union syndicale de la magistrature, majoritaire, appelle au renvoi de toutes les audiences de mardi.

LA FARCE DES SYNDICATS A TOURNÉ COURT, LE RIDICULE DE CES MANIFESTATIONS N'A D'ÉGALE QUE LA BÊTISE DE CEUX QUI LES ONT OURDIES.