Tous les pays, qu'ils soient riches ou pauvres, devraient assurer une couverture universelle des soins de santé primaire, notamment en matière de maternité, de nutrition, de vaccination, de lutte contre le paludisme et d'accès à des dispensaires. Chaque année, neuf millions d'enfants meurent de maladies qui pourraient être évitées ou traitées, et 400.000 femmes meurent de complications durant leur grossesse. Presque tous ces décès ont lieu dans des pays pauvres et instables. Y mettre fin diminuerait la souffrance humaine et donnerait un coup de fouet à leur économie.
L'insuffisance de leurs moyens les empêche de créer un système de santé primaire, même si le coût par habitant en est très faible. Grâce aux vaccinations, aux techniques de diagnostic et aux médicaments modernes, aux téléphones mobiles et à d'autres technologies, les soins de santé primaires sont très efficaces et peu coûteux : 54 dollars par personne et par an dans les pays pauvres.
En raison de leurs très faibles revenus, ces pays ne peuvent y consacrer que 14 dollars par personne et par an. Ils ont besoin d'une aide extérieure pour les 40 dollars qui font défaut, un total de 40 milliards de dollars par an -étant donné qu'un milliard de personnes défavorisées n'ont pas accès aux soins. Les pays étrangers, notamment les Etats-Unis, l'Union européenne et le Japon, apportent plus du tiers de cette somme, environ 14 milliards de dollars par an.
Il manque donc 26 milliards de dollars par an. Un manque sévère pour des initiatives comme celle du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Pour les pays riches, le geste nécessaire serait facile à faire.
Ainsi, les Etats-Unis pourraient mettre fin à leur guerre coûteuse et à leur enlisement en Afghanistan qui leur revient à quelque 100 milliards de dollars par an. S'ils consacraient chaque année 25 milliards de dollars au développement et 25 milliards à la santé, il leur resterait encore 50 milliards de dollars pour réduire leur déficit budgétaire.
La deuxième solution consiste à taxer les grandes banques internationales qui réalisent des bénéfices excessifs par la spéculation. Bien que le secteur financier américain ait failli entraîner l'économie mondiale à sa perte, le gouvernement américain l'a protégé au point qu'il réalise à nouveau d'énormes profits - 50 milliards de dollars l'année dernière.
Les banquiers ont recommencé à s'attribuer des bonus colossaux, plus de 20 milliards de dollars l'année dernière. Cet argent aurait dû aller aux populations déshéritées de la planète plutôt qu'aux banquiers qui n'ont rien fait pour le gagner. Il est temps de créer une taxe mondiale sur les profits des banques, par exemple en taxant les transactions financières internationales, ce qui permettrait de réunir chaque année des milliards de dollars.
Troisième solution : une plus grande contribution des personnes les plus fortunées de la planète. Plusieurs d'entre elles (Bill Gates, George Soros, Warren Buffett et Jeffrey Skoll, par exemple) sont déjà des méga-philanthropes qui consacrent des sommes énormes à aider les plus démunis. Mais d'autres milliardaires ne font rien de semblable.
Selon le dernier classement de « Forbes », les 1.011 milliardaires qui existent dans le monde détiennent tous ensemble une fortune nette de 3.500 milliards de dollars. Si chacun d'entre eux participait à l'effort nécessaire à hauteur annuelle de 0,7% de sa fortune, cela rapporterait 25 milliards de dollars chaque année. Imaginez ce qui se passerait : grâce à seulement 1.000 personnes, un milliard d'habitants des pays pauvres pourraient se soigner.
La quatrième solution consiste à regarder du côté des compagnies comme Exxon-Mobil, qui gagne des milliards de dollars en Afrique, mais n'a participé qu'à hauteur de 5 millions de dollars chaque année au programme de lutte contre le paludisme entre 2000 et 2007. Exxon-Mobil peut et doit financer bien davantage le système de soins de santé primaires que ce soit sous forme de royalties ou de dons.
Cinquième solution : les nouveaux pays donateurs tels que le Brésil, l'Inde et la Corée du Sud -qui ont la vision, l'énergie, le dynamisme économique et la motivation politique nécessaire -augmentent leur aide en faveur des pays les plus pauvres et des régions les plus défavorisées de leur propre pays. Si les Etats-Unis et l'Europe négligent de faire leur devoir, les économies émergentes vont commencer à les remplacer. Les nouveaux pays donateurs comme la Chine peuvent remplir la place désertée par les pays donateurs habituels.
Les pays riches prétendent qu'ils n'ont pas les moyens de faire davantage, alors que c'est l'imagination qui leur manque, pas les ressources. L'argent est là, les besoins sont urgents. Le défi est affaire de morale et de vision.
JEFFREY D. SACHS EST PROFESSEUR D'ÉCONOMIE ET DIRECTEUR DE L'INSTITUT DE LA TERRE À L'UNIVERSITÉ DE COLUMBIA (NEW YORK).
lundi 31 mai 2010
Il est temps de créer une taxe mondiale sur les banques pour le développement
Dogmatisme bruxellois
Guillaume Pepy n'avait pas besoin de cela. Sans même parler de la gestion du quotidien, toujours pleine d'imprévus à la SNCF, les dossiers brûlants ne manquent pas sur l'agenda du président. Restructuration du fret, rentabilité déclinante du TGV, ouverture des grandes lignes internationales à la concurrence ou encore interrogations sur l'avenir du pôle transport régional de passagers, la liste est déjà longue. Pas assez cependant aux yeux de Bruxelles, semble-t-il. Au nom de l'équité entre entreprises du secteur, la Commission vient en effet de s'attaquer au statut de la SNCF qu'elle juge constitutif d'une aide d'Etat.
Résultat, Guillaume Pepy qui menait déjà de front les chantiers de la rénovation sociale et stratégique de l'entreprise va devoir se pencher aussi sur celui de la réforme du statut. Car, si l'initiative de la Commission a été reçue par un accueil glacial à Paris, l'ambition est claire. Il s'agit de mettre la SNCF au même régime que La Poste, c'est-à-dire d'obtenir à terme sa transformation en société anonyme. Seul moyen, estime Bruxelles, d'empêcher la compagnie ferroviaire de bénéficier de la garantie illimitée implicite de l'Etat français que lui confère son statut d'Epic (établissement public à caractère industriel et commercial). Et donc de restaurer de saines conditions de concurrence dans le transport ferroviaire européen. CQFD.
Le problème de ce raisonnement, c'est que si l'on voit bien ce qu'y gagnerait le dogmatisme bruxellois, on a plus de mal à en mesurer l'intérêt économique. Pas sûr en effet que la mutation demandée changerait grand-chose aux conditions de financement de la SNCF. Car, contrairement à ce que semble croire la Commission, une transformation en SA ne conduirait pas automatiquement à la dégradation des notes de crédit du groupe. Si la cote de La Poste a récemment baissé auprès des agences de notation c'est moins pour tenir compte de son changement de statut que de la brutale chute des volumes du courrier et de ses conséquences sur le « business model » de l'entreprise.
Dans ces conditions, on se demande bien pourquoi il faudrait ouvrir pareil chantier. Car ce qui est sûr en revanche, c'est qu'il déclencherait immédiatement une crise sociale de forte magnitude au sein de la SNCF. Le groupe ferroviaire n'est pas La Poste. Il n'y a pas si longtemps, la simple évocation de la création de filiales de droit privé dans le fret y a suscité une levée de boucliers. On n'ose imaginer la réaction des cheminots face à la perspective de l'abandon du statut d'Epic. Les syndicats auraient alors beau jeu de mobiliser contre une mesure qui, forcément, dans leur discours, mènerait à la privatisation du groupe à terme. De quoi bloquer pour de bon les réformes déjà engagées et bouleverser pour longtemps l'agenda de Guillaume Pepy.
Le statut de la SNCF dans la ligne de mire de Bruxelles
La Commission européenne exige la fin de la garantie publique illimitée dont bénéficie la SNCF. Cela pourrait conduire à la transformation du groupe public en société anonyme, à la manière de ce qui s'est passé pour La Poste. Pour l'instant, il n'est pas encore question d'ouvrir une procédure formelle contre la France.
Amêmes causes, mêmes effets ? Sous la pression de Bruxelles, La Poste a troqué en 2010 son statut d'Etablissement public à caractère industriel et commercial (Epic) pour celui de société anonyme. Cette réforme hautement symbolique - dénoncée par les syndicats et la gauche, qui y ont vu la première étape d'une privatisation -visait à mettre fin à la garantie illimitée de l'Etat dont bénéficiait l'établissement postal. Une garantie publique qui est la bête noire de la Commission européenne. La SNCF - un Epic elle aussi -pourrait bien être la prochaine à en faire les frais, et devoir à son tour devenir une société anonyme (SA), ce qui constitue un chiffon rouge pour ses syndicats.
Signe qu'un bras de fer est bel et bien engagé, la Commission a envoyé en début d'année à la France un courrier au ton très direct. Dans cette lettre du 11 février, dont « Les Echos » ont eu copie (lire ci-contre), la Commission rappelle qu'elle avait considéré que La Poste bénéficiait « du fait de son statut d'Epic » d'une garantie de l'Etat sur tous ses engagements, sans limite de montant ni de durée, « cette garantie constituant une aide d'Etat incompatible » avec le droit européen de la concurrence.
Avantage déloyal, selon Bruxelles
Vu de Bruxelles, un tel avantage est en effet déloyal : l'Etat se portant implicitement garant de ses engagements en dernier ressort, la « personne morale de droit public » échappe au droit commun sur la faillite et l'insolvabilité. Elle bénéficie aussi d'une notation financière plus flatteuse, qui lui permet de se financer à meilleur coût.
« La forme juridique de la SNCF étant également celle d'un Epic, la Commission a toutes les raisons de considérer que cette dernière bénéficie également d'une garantie implicite de l'Etat français du fait de son statut », indique le courrier. Bruxelles demande ainsi à Paris de prendre des mesures pour « supprimer cette garantie », à moins qu'elle ne parvienne à lui démontrer que la SNCF ne bénéficie pas d'un tel avantage.
Paris a adressé le 12 avril à la Commission une fin de non-recevoir. Selon le ministère des Transports, « la France conteste le point de vue exprimé par la Commission européenne et fera valoir ses arguments juridiques car le gouvernement n'entend pas modifier le statut d'Epic de la SNCF. » Pour le gouvernement, être un Epic ne signifie pas automatiquement bénéficier d'une garantie illimitée qui serait constitutive d'une aide d'Etat. Paris espère toujours obtenir gain de cause auprès du tribunal de l'Union européenne, après y avoir déposé un recours contre la Commission sur le cas de La Poste.
A la SNCF, le raisonnement est identique. « Il n'y a pas distorsion de concurrence. La propriété d'une entreprise par l'Etat n'est pas interdite par le traité de Rome, le fait que nous soyons une société anonyme ou un Epic ne change rien à cette situation. La question de notre statut n'a donc pas de sens », explique aux « Echos » David Azéma, directeur général en charge de la stratégie et des finances. Celui-ci en veut pour preuve la situation du grand rival, la Deutsche Bahn. « On peut observer que DB, bien qu'avec un statut de SA, dispose encore d'une notation AA qui est tout aussi peu due à ses mérites propres que la notation de SNCF… Qu'en pense la Commission ? »
La compagnie ferroviaire s'est par ailleurs organisée pour parer à toute critique. « La SNCF bénéficie certes d'une notation AAA. Mais ensuite, chacune de nos branches d'activité est financée en interne à des taux de marché identiques à ceux pratiqués par toutes les banques. Nous avons par ailleurs pris l'engagement que la dette de chacune de nos branches soit compatible avec des niveaux exigés pour au moins obtenir une notation BBB (qui serait considérée comme un investissement non spéculatif) », souligne le dirigeant. Cela suffira-t-il à amadouer Bruxelles ? Dans ses lignes directrices sur les aides aux entreprises ferroviaires publiées le 22 juillet 2008, la Commission européenne demande plus généralement à tous les Etats membres de mettre fin sous deux ans aux garanties illimitées dont elles bénéficient. Autrement dit avant le 22 juillet 2010. A deux mois de l'échéance, seuls la France et le Portugal lui donnent encore du fil à retordre, même si Bruxelles attend encore des réponses de deux autres pays.
« Rien n'est décidé »
Pour l'instant, il n'est pas encore question d'ouvrir une procédure formelle contre la France. « Le dossier est à l'instruction et rien n'est décidé quant à la suite de la procédure », indique la Commission, qui a déjà obtenu la suppression de telles garanties, notamment en France pour EDF. Mais ce genre de bras de fer - où la Commission se borne à exiger la suppression des avantages indus sans remettre en cause le régime de propriété des établissements auxquels elle s'attaque -est généralement de longue haleine. La Poste était ainsi dans le collimateur de Bruxelles depuis décembre 2005, mais ce n'est qu'en octobre 2006 que la Commission a adressé au gouvernement français une « recommandation proposant de mettre fin à sa garantie illimitée », avant d'ouvrir une enquête approfondie un an plus tard… pour finalement la refermer au début de l'année, La Poste ayant entre-temps changé de statut.
L'antisarkozysme primaire est un poison. Et le plus triste, c'est qu'il a pour effet de produire d'autres venins du même genre qui paralysent le débat. On dirait bien que tribunes, estrades et plateaux sont contagieux. Manifestement, la scène politique française peine à trouver un antidote contre les accès de crétinisme verbal, ce mal récurrent qui transforme des personnalités cultivées et sensibles en potaches au petit pied, même pas drôles.
L'épisode de ce week-end est à marquer d'une pierre blanche dans la catégorie des inoubliables dont on pourrait ne pas parler tant ils sont nuls. Nuls, mais pas anodins. Quand, samedi, la première secrétaire du PS compare le président de la République à Bernard Madoff, l'escroc de Wall Street, le discours touche tellement le fond qu'il nécessite un grand coup de pied pour tenter de remonter à la surface. Mais dimanche, Martine Aubry a plutôt aggravé son cas en essayant laborieusement de faire croire qu'elle n'avait pas vraiment dit ce qu'elle avait dit... sans convaincre, évidemment. C'est bien simple, c'était aussi léger que du Frédéric Lefebvre (le porte-parole de l'UMP) dans le texte.
Évidemment, le premier ministre, François Fillon, a eu beau jeu de s'engouffrer dans la brèche pour voler au secours du chef de l'État outragé. Il n'allait quand même pas rater une si belle occasion de moucher la maire de Lille ! Et là, nous sommes au coeur du registre, glorieux jusqu'au comique, de la fausse indignation. On fait comme si Nicolas Sarkozy pouvait être vraiment blessé par cette « injure » inqualifiable évidemment. Sans surprise, Xavier Bertrand est monté lui aussi en ligne, « scandalisé », le pauvre chéri, comme si ce politicien roué n'en avait pas vu d'autres... De son côté, Martine Aubry n'a pas été en reste en jouant les vierges effarouchées pour défendre la mémoire d'un « mort », François Mitterrand, dont l'Élysée avait contesté l'héritage sur la retraite à 60 ans. « Le Vieux », comme l'appelaient ses amis socialistes rirait volontiers de tant de candeur brute.
Cette salade de tartuferies de seconde catégorie qui ne trompent personne met en évidence un style dépassé, confiné au microcosme du microcosme. Le ridicule du dialogue devrait prévenir les acteurs contre les maux des mots. Et qu'on ne nous parle second degré, ce ne sera pas une excuse. On ne s'exprime pas en public comme on plaisante au bistrot. On ne fait pas semblant de faire peuple ou de faire sourire l'assistance en sacrifiant délibérément les nuances.
Par pitié, qu'on nous épargne toutes ces « facilités » qui sentent la com à plein nez, les « arguments de langage » rabâchés qu'on fait tourner en boucle, les ficelles grosses comme des cordes à noeuds. Les Français ne sont plus dupes de cette pauvre comédie qui insulte trop régulièrement leur intelligence.
Au firmament de la mondialisation est récemment apparue une nouvelle constellation dénommée Bric, composée de quatre grandes étoiles, Brésil, Russie, Inde, Chine, les plus puissants des pays dits « émergents ». À eux quatre, ils représentent 22 % de la superficie, 42 % de la population et 27 % du produit intérieur mondial. Pour sa part, le Brésil s'étend sur 8,5 millions de km2 et compte 190 millions d'habitants.
Cet immense pays est la troisième puissance agricole (premier producteur de viande bovine, de café, de jus d'orange, deuxième de soja et de sucre), le premier producteur de minerai de fer. Il possède la deuxième réserve de bauxite, la plus grande réserve d'eau douce (12 %), la plus grande biodiversité (20 % des espèces existantes). De récentes découvertes offshore devraient en faire, en 2030, le sixième producteur de pétrole.
Malgré la crise, son produit intérieur devrait, en 2010, croître de5 à 6 % et la Banque mondiale prévoit que ce taux pourra être maintenu dans les prochaines années, faisant du Brésil la cinquième économie mondiale. Un premier Plan pour l'accélération de la croissance a injecté dans l'économie, de 2007 à 2010, 262 milliards d'euros ; un deuxième, pour 2011-2014, injectera 400 milliards, portant le taux d'investissement à 21,05 %. En bénéficieront principalement le secteur énergétique et les services sociaux, notamment pour apporter les services publics dans les quartiers défavorisés.
Le Brésil n'en souffre pas moins de plusieurs faiblesses. Le real, monnaie nationale, est surévalué, ce qui défavorise les exportations. Dans les favelas de Rio de Janeiro règnent la misère, la violence, la drogue et les nouvelles « unités de police pacificatrice » n'y pénètrent pas sans mal. La corruption, contre laquelle lutte activement la justice, gangrène une bonne partie du corps social. La nécessaire construction de gigantesques barrages dans le bassin amazonien se heurte à la résistance des Indiens. Le massacre de la forêt amazonienne ralentit, mais n'a pas vraiment cessé.
Sous l'impulsion de Lula, ouvrier syndicaliste élu Président, le Brésil devient un acteur international, membre du G20. À l'Onu, il refuse de sanctionner l'Iran. Et l'accord négocié, le 16 mai, à Téhéran, à propos d'un transfert d'uranium iranien vers la Turquie, continue d'essuyer les critiques des États-Unis.
En même temps, le Brésil s'engage avec le Mercosur pour l'intégration des infrastructures et des bases industrielles de défense du continent sud-américain. Ses premiers partenaires commerciaux sont les États-Unis et la Chine. Il accueillera, en 2014, la Coupe du monde de football et, en 2016, les Jeux olympiques d'été.
Avec la France, les relations sont excellentes. Sous l'égide des présidents Sarkozy et Lula, a été conclu un partenariat stratégique. Des coopérations dans le secteur défense sont nées : coque du sous-marin nucléaire, hélicoptères. Cependant, nos entreprises devraient commercer et investir davantage.
Lula, après deux mandats, ne peut en solliciter un troisième lors de l'élection présidentielle du 3 octobre. La question iranienne attire sur sa diplomatie une attention nouvelle.
JOURNEE SANS TABAC – Arrêter de consumer sa vie
Marre de (trop aimer) la clope ? Pourquoi ne pas profiter de la Journée mondiale sans tabac qui a lieu aujourd'hui ? Pas de meilleur moment pour arrêter sa dangereuse habitude, surtout pour vous mesdames, qui êtes de plus en plus nombreuses à y succomber
La 23e Journée mondiale sans tabac aura lieu le 31 mai prochain. L'occasion pour tous ceux qui veulent arrêter de fumer de faire une pause de 24 heures, qui pourra avec un peu de chance (et beaucoup de volonté) se prolonger plus longtemps. Des activités ont été organisées un peu partout en France et dans le monde pour sensibiliser le public aux dangers du tabagisme (actif et passif) mais surtout pour trouver des solutions simples et efficaces aux fumeurs sur le chemin de la repentance.
Les femmes plus fragiles
La journée a été placée cette année sous le thème du tabagisme féminin. Alors que la mortalité du cancer du poumon a été divisée par deux en dix ans chez les hommes de 40 ans, elle a en effet été multipliée par quatre en 15 ans chez les femmes du même âge. Le cancer du poumon est le troisième cancer le plus fréquent chez les Françaises après celui du sein et du colon. C'est le premier pour les Américaines. L'Institut de veille sanitaire note dans son Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) que la mortalité par cancer du poumon chez les femmes de 35 à 54 ans en 2000-2007 "est proche de la mortalité chez les hommes de même âge observée durant les années 1950". "À risque égal, les femmes sont plus fragiles. Pour les hommes, sur 100 cancers du poumon, 10 à 15 surviennent chez des non-fumeurs contre environ une trentaine chez les femmes. Elles sont donc plus touchées même en étant non fumeuses.", explique le Dr Armelle Lavolé, pneumo-oncologue à l'hôpital Tenon (Paris). Les chercheurs penchent aujourd'hui pour une différence hormonale et génétique entre hommes et femmes mais rien n'a été encore prouvé.
De nouvelles campagnes choc
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a mis au point une nouvelle campagne de prévention à destination des jeunes femmes, qui sont de plus en plus nombreuses à fumer. Ces dernières années, les industriels du tabac ont lancé sur le marché des produits avec des nouveaux goûts et couleurs pour les séduire. Résultat : 38 % des femmes de 16-25 ans et 36,3 % des 26-35 ans sont aujourd'hui fumeuses. La campagne d'affichage vise à casser cette image glamour associée à la cigarette. Avec le slogan "Fumer c'est moche", l'OMS ne pouvait pas être plus claire.
Le Comité National Contre le Tabagisme (CNCT) souligne que le tabagisme reste la première cause de mortalité prématurée évitable en France et que chaque année, l'équivalent d'une ville de 60 000 personnes décède des complications liées à la consommation de cigarettes, soit une personne toutes les 9 minutes. Le CNCT a choisi cette image pour illustrer sa nouvelle campagne d'affichage. Le comité continue de plaider pour une nouvelle augmentation du prix du tabac. Il se réjouit de l'apposition d'images dissuasives sur les paquets de cigarettes mais propose la mise en place d'un "paquet standard" sans logo, sans couleur et sans élément "rappelant l'univers publicitaire de la marque". Ce projet est actuellement à l'étude en Australie.
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) lundi 31 mai 2010
Pas le moment de lâcher la Grèce. Et si vous partiez ?
"C'est le moment de partir" ! On est habitué à ce genre de phrase, un brin racoleuse, qui fleurit sur les vitrines des tours opérators. Toutefois, il y a de fortes chances pour que cela soit vraiment le cas d'ici peu. La Grèce traversant une passe diffici
le, les acteurs du secteur touristique appellent à soutenir le pays.
Un appel qui sonne le branle-bas de combat pour sauver le tourisme grec.
L'Organisation mondiale du Tourisme a poursuivi les hostilités. Par la voix de son secrétaire général, Taleb Rifai, elle prie l'ensemble des acteurs du secteur à soutenir la Grèce. "Laisser tomber le secteur du tourisme ne pourrait que contribuer à accelérér les difficultés actuelles. Nous avons une obligation envers la Grèce" a-t-il souligné, insistant sur le fait que "la prochaine saison estivale est une occasion unique pour tous les acteurs de l'industrie de montrer leur soutien au tourisme de la Grèce".
Chacun a pu constater ces dernières semaines que l'image de la Grèce n'était pas réjouissante. Manifestations, cure d'austérité, voire même des décès lors des émeutes... Bref, rien de bien reluisant et d'attirant pour le futur touriste. Une image contre laquelle s'insurge Theodoros Chartomatsidis, directeur de l'Office Hellénique du Tourisme. Pour lui, les médias ont trop tendance à généraliser. "Les manifestations sont, en réalité, très localisées. Elles ont lieu dans certains quartiers, certaines rues de la capitale. Les sites touristiques fonctionnent sans problèmes. D'ailleurs, le reste du pays est relativement épargné. Dans les îles et dans la province, c'est très tranquile."
Les professionnels du tourisme s'en prennent aussi aux médias. Cette image d'un pays paralysé n'a pas fait de bien aux taux de réservation. Elle a même conforté pas mal d'annulations. D'après les premières études, les ventes auraient commencé à baisser dès que les médias ont parlé des décès. Les grands tours-opérators nationaux sont relativement réticents à délivrer leurs chiffres, toutefois, les estimations de la baisse sur cette destination sont conséquentes. Pour exemple, l'indutrie du tourisme grec s'attend à un recul de 7 à 9 % pour l'année 2010.
La contre-attaque des tours-opérators
Néanmoins, pas la peine d'accabler la Grèce. Vanessa Lesiourd à National Tours souligne qu'en ce moment, le sort s'acharne. Le volcan islandais, les crash d'avions, les grèves dans les aéroports et les compagnies aériennes... Beaucoup de facteurs qui font que "les gens attendent". Attendent de voir la tendance, espèrent plus de stabilité, que le volcan se calme, etc... "Ceux qui ont déjà réservé partiront. Ce qui va être délicat, ce sera pour les nouvelles réservations. C'est là qu'on verra la vraie tendance. Mais d'ores et déjà, les ventes chutent".
Mais pas question de se laisser abattre. Les voyagistes et l'Office Hellénique du Tourisme organisent la riposte. "C'est sûr, les prix vont baisser, il va falloir destocker et remplir les avions" affirme Mme Lesiourd. Sans doute que les compagnies attendront le dernier moment pour brader les places vers les terres helléniques. A vous de guetter !
Du côté de l'Office du Tourisme Grec, on met les bouchées doubles pour booster la destination. "On fait beaucoup d'information vers les médias et les tours-opérators pour leur montrer la véritable image de la Grèce", lance Mr Chartomatsidis. "Les Grecs ont conscience que le tourisme est important pour le pays, ils ne feront jamais quelque chose qui puisse y nuire".
La situation est d'autant plus fragile dans les îles de la Mer Egée, qui dépendent en majorité du bon vouloir des transporteurs (bateaux ou avions) du continent. La moindre perturbation, et ce sont des centaines de réservations qui échappent au chiffre d'affaires du tourisme local.
Rien à craindre
Plusieurs touristes n'ayant cure de la situation sociale se sont tout de même rendus sur place, et les échos sont... positifs. D'après les témoignages, il suffirait simplement de ne pas s'approcher des lieux de manifestations, et tout le voyage se passe (presque) comme si de rien n'était.
Maintenant, c'est à vous de jouer. Guetter du côté des voyagistes qui préparent des réductions et des offres fumantes. L'occasion de voyager un peu moins cher. Être à l'affût des promotions de dernière minute qui tomberont probablement au tout début de la haute-saison (de la fin mai à début octobre). Sur place, les prix ne risquent pas de baisser. Le niveau de vie à tendance à s'aligner sur celui des confrères européens, et vous pourrez donc trouvez des adresses aussi peu abordables à Athènes que dans d'autres capitales du Vieux Continent. Toutefois, en chinant bien, vous pouvez dégotter des chambres et des restaurants très sympas et assez bon marché. Il suffit juste de s'éloigner un peu des grands chemins touristiques.
François Bayrou tente de se « recentrer »
Après une longue cure de silence, le président du Modem revient pas à pas sur le devant de la scène. En axant ses interventions sur le fond et en étant moins dur sur la forme avec le chef de l'Etat, François Bayrou s'efforce de restaurer sa crédibilité et celle du mouvement centriste.
La parole est plus comptée et le ton a changé. Après une cure de silence d'un mois et demi imposée par l'échec cinglant du Modem aux régionales, François Bayrou fait à nouveau entendre sa voix. Des interventions un peu moins nombreuses que par le passé. Et, surtout, davantage centrées sur le fond : le budget et la dette le 5 mai sur France Inter, le plan de soutien à la Grèce cinq jours plus tard sur France Info, les déficits et les retraites dans « Le Monde » du 23 mai. Et un peu tout cela hier soir, au « Grand Jury », sur RTL et LCI. C'est à la fois beaucoup, dans l'absolu, et peu pour lui, qui parle d'une stratégie de « la parole rare ». « C'est comme après un grave accident de voiture ; on ne peut pas repartir comme avant. L'heure n'est pas à l'exposition médiatique outrecuidante », explique un proche.
Ce faisant, François Bayrou s'efforce de restaurer sa crédibilité et celle du Modem. Et de réinstaller l'idée d'un « centre indépendant », dont il est - assure-t-il - « le garant ». Une nécessité pour lui, tant la « troisième voie » qu'il défendait en 2007 a été mise à mal, depuis, par les changements de stratégie ( « elle a changé à chaque élection », regrette un cadre du Modem) et les contre-performances électorales. Une nécessité aussi pour contrer ce qu'il appelle avec mépris des « grouillements microbiens » : les velléités de plusieurs figures centristes d'occuper l'espace électoral laissé vacant, en particulier celles de son ancien lieutenant, le président du Nouveau Centre Hervé Morin. Pour rassurer ses troupes, encore déboussolées par la photo commune, l'été dernier, entre Marielle de Sarnez et Robert Hue à Marseille, François Bayrou a sensiblement rééquilibré son discours. Pour montrer que son inflexion à gauche n'avait jamais été un « alignement », il s'est recentré. Exit l'idée d'un « Parlement de l'alternance » rassemblant les opposants à Nicolas Sarkozy, qui, selon un de ses conseillers, « a vécu ce que vivent les floraisons automnales ». Exit aussi les rencontres entre des dirigeants du Modem et le socialiste Vincent Peillon, qui « ne servent plus à rien ». « Notre position n'a pas été comprise. Nous avons eu des difficultés de juste expression de nos choix de positionnement », avait-il admis fin mars.
« Maison » à reconstruire
Le président du Modem a accepté de rencontrer récemment le chef de l'Etat et se montre, dans la forme, un peu moins dur avec lui, se gardant désormais de toute attaque frontale à son encontre. Sur le fond il reste sans concession. Hier, il a affirmé que « la maison [France] est à reconstruire », jugé « inacceptable » le « glissement vers la retraite à 65 ans » et estimé que le président « aurait du venir » expliquer la réforme à la télévision.
Les responsables du Modem justifient ce changement de ton par la volonté de montrer que François Bayrou n'est pas dans la critique systématique, comme cela lui a été reproché, et plus encore par l'ampleur de la crise économique. « La politique, ce n'est pas que du chamboule-tout. C'est d'abord avoir le sens de l'Etat et des responsabilités », insiste un fidèle. Quoi de mieux, en outre, que des thématiques chères aux centristes, comme la lutte contre la dette, pour tenter de rebondir ? « Après les régionales, on le donnait pour mort. Aujourd'hui, il sort du trou », se réjouit un de ses proches, admettant que « beaucoup reste à faire ». A deux ans de la présidentielle, un sondage CSA le crédite de 8 % des intentions de vote. A peine deux points de plus qu'Olivier Besancenot.
et sa dignité politique, sans parvenir jamais à redevenir crédible.
« Il faudrait laisser la Grèce et le Portugal prendre un congé sabbatique de l'euro »
Ancien chef économiste du FMI de 2001 à 2003 et coauteur d'une Histoire des crises financières, l'économiste Kenneth Rogoff livre son diagnostic sur l'impact de la crise de la dette européenne au lendemain du déclassement de l'Espagne par Fitch.
La crise de la dette européenne représente-t-elle un risque important pour la reprise économique américaine ?
C'est classique qu'une crise de la dette survienne après une crise bancaire. Mais les secousses secondaires sont généralement moins sévères que le choc initial. La reprise américaine sera plus lente et plus longue qu'après une récession typique. La crise européenne va probablement ralentir le rythme de la reprise globale mais nous sommes très loin d'une menace de rechute mondiale. Elle peut ralentir la croissance de 0,5 % aux Etats-Unis. Mais, si les Européens s'y attaquent, on peut tabler sur une croissance modeste de 2 % en Europe, contre un rebond de 3,5 % à 4 % aux Etats-Unis en 2011.
Comment appréciez-vous le risque de désintégration de la zone euro évoqué par l'ancien président de la Fed, Paul Volcker ?
Ce scénario n'est pas plausible. L'Allemagne et la France ne le laisseront jamais faire. Cela ne veut pas dire que tous les membres actuels doivent y rester et que l'adhésion de l'Estonie à la zone euro en 2011 soit souhaitable. En dehors de la France et de l'Allemagne, aucun autre pays n'est indispensable à la survie de l'euro. A tout le moins, la Grèce et le Portugal vont devoir restructurer leurs dettes. La meilleure solution serait de laisser ces deux pays prendre un congé sabbatique de l'euro pendant dix ans. Je ne crois pas à un éclatement de la zone euro, mais il n'est pas très réaliste de vouloir atteindre une discipline fiscale sans laisser certains pays quitter temporairement l'euro. Il se peut donc qu'un ou deux pays sortent du système. La Grèce ferait d'ailleurs mieux de sortir de l'euro pour restructurer sa dette et améliorer sa compétitivité.
La dévaluation de l'euro face au dollar est-elle une condition indispensable à sa survie ?
Pour le moment, c'est une bouée de sauvetage très utile. Je pense que la baisse de l'euro va se poursuivre. Il pourrait tomber à 1,10 dollar -voire moins -compte tenu de son niveau de surévaluation de départ. Il pourrait même atteindre la parité avec le dollar. Ce serait alors plutôt confortable pour l'Europe si elle réussit à stabiliser sa dette, mais très difficile pour les Etats-Unis.
Le plan de stabilisation de l'euro annoncé le 10 mai a-t-il été une réussite et peut-il suffire à enrayer les risques de contagion ?
Oui et non. Le déclassement de l'Espagne par Fitch va renforcer l'impression que le « bazooka » européen n'est pas suffisant. Le plan a réussi à maintenir une certaine stabilité. Mais les risques de contagion sont encore réels et très importants. Ce plan n'a pas réussi à masquer l'absence de consensus au sein de la zone euro sur le niveau de rigueur qui doit être imposé aux membres les plus faibles. Les Français semblent pencher pour une interprétation plus souple de la gestion des politiques budgétaires que les Allemands. Les marchés ont noté cette absence de consensus et en ont tiré les leçons.
Le Fonds monétaire international (FMI) va-t-il devoir aider d'autres pays européens ?
C'est très probable. L'Europe aurait dû se tourner vers le FMI beaucoup plus tôt. Son directeur général a fait un excellent travail. Mais le Fonds devra forcer les pays à rembourser les aides dans deux ou trois ans. Et cela risque d'être très difficile. Le G20 de Londres a tenté de différer les échéances de cinq ans. Mais le FMI ne pourra pas continuer à financer éternellement les déficits de tous les pays en difficulté.
Bernard Debré, le retour du trublion
"Je lance ma campagne!", annonce Bernard Debré au JDD. De quelle élection parle-t-il? Des législatives de… 2012. Si le député UMP du 16e Nord s’y prend si tôt, c’est qu’il veut couper l’herbe sous le pied de sa voisine, Françoise de Panafieu, députée UMP du 17e arrondissement. Leurs deux circonscriptions (15e et 16e) vont fusionner, dans le cadre du redécoupage électoral voté par le Parlement et validé par le Conseil constitutionnel – qui supprime trois circonscriptions sur vingt et une à Paris. 
Un siège pour deux: une guerre fratricide démarre donc aujourd’hui. Ces deux héritiers de la politique se connaissent depuis l’enfance. Ils fréquentaient ensemble les Noëls de l’Elysée du temps du Général et de tante Yvonne. Mais ils ne se feront pas de cadeau.
"Une nouvelle circonscription, ça se travaille, explique Bernard Debré. Je ne peux pas attendre la dernière minute pour me présenter les mains dans les poches aux habitants du 17e. C’est une question de politesse." Le chirurgien urologue, frère jumeau de Jean-Louis, inaugurera bientôt sa permanence, sise au 34, rue Poncelet, en plein 17e. En même temps, il lance un "journal" intitulé Paris 16-17. "J’ai déjà commencé les marchés et les réunions d’appartement. J’en ferai une par mois." Il assure même avoir commandé un sondage il y a quelques mois, qui le gratifierait de "60 % de bonnes opinions", contre "moins de 15 % de mauvaises" dans le 17e. Mais il n’en dit pas plus, pour "ne pas mettre de l’huile sur le feu".
Panafieu: "C’est insensé!"
Il souhaite même, sur un ton ironique, "la bienvenue" à Françoise de Panafieu, s’il lui prenait l’idée de se présenter aussi. "On s’affrontera, sans agressivité de ma part, et je gagnerai, voilà tout. Mais Claude Guéant [le secrétaire général de l’Elysée] m’a dit qu’il lui trouvera une porte de sortie honorable. Elle pourrait aller au Sénat ou dans son ancienne circonscription…" Furieuse, l’ex-candidate à la mairie de Paris ne l’entend pas de cette oreille. Sera-t-elle candidate? "La question ne se pose même pas, 70% de cette nouvelle circonscription se situe dans mon arrondissement, répond-elle. Bernard Debré débarque en agresseur deux ans avant l’échéance. C’est insensé!" Quant au Sénat? "Hors de question", tranche-t-elle.
Debré admet que "la situation peut se tendre si Françoise se radicalise". Dans quel cas, il saura "rappeler aux Parisiens le ratage complet de sa campagne municipale de 2008". En attendant, il revendique le soutien de "plus de la moitié" des élus UMP du 17e, dont Jean-Didier Berthault, le suppléant de sa rivale. Celle-ci rétorque que "10 élus sur 13 qu’il a sollicités lui ont fermé la porte au nez", à commencer par Brigitte Kuster, maire du 17e. L’ex-juppette, qui n’ignore pas que la droite ne compte que 13 % de femmes à l’Assemblée nationale, s’en remet à la commission d’investiture de l’UMP. De son côté, le professeur de médecine, fort de sa notoriété et de sa "liberté de parole", n’en a cure: "Je me présenterai quoi qu’il arrive."
Bayrou prêt à jouer un "rôle" au centre...
Le président du MoDem, dont la formation a subi un sérieux revers lors des régionales, s'est déclaré dimanche soir prêt à jouer un "rôle" au centre, et a laissé planer le doute sur sa ca
ndidature à la présidentielle de 2012.
Invité dimanche soir du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro, le président du MoDem François Bayrou, dont la formation a subi un sérieux revers lors des régionales, s'est déclaré prêt à jouer un "rôle" au centre, et a laissé planer le doute sur sa candidature à la présidentielle de 2012.
"Le centre, c'est une famille politique", et "un jour elle se reconstituera parce qu'elle n'a pas le rôle qu'elle devrait avoir", a-t-il déclaré, promettant de mettre "toutes les forces au service de cette construction". "Chaque fois que le président de la République (...) ou le Premier ministre demandera à me voir pour parler de ces sujets je répondrai oui", a-t-il dit. "Chaque fois que les dirigeants du PS -et ça arrive sans que j'en fasse de la publicité- demanderont à me voir pour parler de ces sujets je répondrai oui", a-t-il répété. "Je considère que nous sommes co-responsables de l'avenir du pays et j'exerce cette responsabilité", a-t-il poursuivi, affirmant ne pas avoir d'"arrière-pensée".
2012 ? "Personne n'en sait rien"
Interrogé sur le choix de son "ami", le leader britannique centriste Nick Clegg, de participer à un gouvernement de coalition avec les conservateurs, il a répondu que le patron des Lib-Dems avait "choisi de permettre au changement de s'exercer et de gouverner en Grande-Bretagne". "Si vous me demandez si je permettrai et favoriserai un changement dans la politique française, je vous réponds oui ! Dès que les électeurs l'auront choisi", a-t-il ajouté. "J'espère jouer dans ce débat avec les Français un rôle qui servira l'idée que je me fais de l'avenir du pays", a encore déclaré M. Bayrou.
Ce rôle passe-t-il automatiquement par sa candidature à la présidentielle de 2012? "Personne n'en sait rien", a-t-il répondu. "Qui peut dire ce qui va se passer dans les deux ans qui viennent ? Personne ne peut dire quelle va être la succession d'événements qui va nous conduire en 2012, ou plus tôt, à de grands choix nationaux", a conclu le leader centriste.
dimanche 30 mai 2010
Les préjugés des Français progressent
«On assiste à une libération de la parole raciste depuis plusieurs mois», accuse Dominique Sopo, président de SOS Racisme, comme le montre un récent sondage.
Les préjugés exprimés par les Français sur les Arabes, les juifs ou les homosexuels sont en augmentation, d’après un sondage de l’institut BVA pour l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) et SOS Racisme, dévoilé à l’occasion des Assises de la lutte contre les préjugés, dimanche à Sciences Po.
Ce sondage a été réalisé du 21 au 22 mai 2010 auprès d’un échantillon représentatif de 1.029 personnes âgées de 15 ans et plus, selon la méthode des quotas.
«Après un an de matraquage stigmatisant envers les populations arabes et musulmanes, les préjugés ont plus que doublé par rapport à l’an dernier», déplore Arielle Schwab, présidente de l’UEJF. Les Arabes sont perçus comme délinquants par 27,6% des sondés contre 12% lors d’un sondage effectué l’an dernier par l’institut CSA.
Pour près d’un Français sur deux (49%), «les étrangers savent mieux profiter du système de protection sociale que les autres». 28% des sondés considèrent que les Noirs sont plus forts physiquement que les autres et 30% que les juifs ont plus d’influence que les autres dans la finance et les médias.
«On assiste à une libération de la parole raciste depuis plusieurs mois», accuse Dominique Sopo, président de SOS Racisme, pointant «la tentative d’importation du débat sur l’interdiction des minarets», «le débat sur l’identité nationale» et «le débat sur la burqa, posé de façon extrêmement malsaine».
Pour l’UEJF, «les préjugés se répandent et se banalisent»: Les français sont ainsi deux fois moins nombreux que l’an dernier à se dire homophobes (4% se revendiquent homophobes contre 8% en 2009), pourtant les préjugés homophobes sont repris par 12% des sondés contre 8% l’an dernier.
Par ailleurs, parmi les sondés qui se disent «non racistes», 32% ne réagissent pas devant un préjugé raciste. «La capacité d’indignation des Français est en déclin», s’inquiète Arielle Schwab.
Dimanche, les Assises de la lutte contre les préjugés, auxquels participent une quarantaine de responsables associatifs et politiques, aborderont les questions de la montée de la xénophobie en Europe et du passage à l’acte.
Arielle Schwab, Dominique Sopo, le cinéaste Yann Moix, l’auteur Bruno Gaccio et Charb, le directeur de la publication de Charlie Hebdo, doivent débattre en fin d’après-midi sur le thème «Quand les figures de l’autorité dérapent».
La France est laïque mais catholique avant tout.
Aubry compare Sarkozy et Madoff, la majorité s'indigne
Les membres de la majorité ont serré les rangs, dimanche 30 mai, pour dire tout le mal qu'ils pensaient de Martine Aubry coupable d'avoir, samedi, comparé le président Sarkozy à l'escroc Madoff. Lors de la convention nationale du Parti socialiste dont elle est la première secrétaire, Mme Aubry avait moqué le discours du président de la République sur la réduction du déficit public. "J'ai un peu l'impression, quand Nicolas Sarko
zy nous donne des leçons de maîtrise budgétaire, c'est un peu M. Madoff qui administre quelques cours de comptabilité", a-t-elle lancé avant de s'en prendre à "l'inélégance" et à la "vulgarité" du chef de l'Etat, accusé de s'en prendre à François Mitterrand. Les ténors de la majorité, de Frédéric Lefebvre à François Fillon, ont été scandalisés.
Le premier ministre François Fillon a réagi via un communiqué de quelques lignes diffusé en début de soirée, dimanche, accusant Mme Aubry "d'abaisser le débat politique". "En privilégiant les formules injurieuses plutôt que les analyses de fond, le Parti Socialiste ne s’honore pas", a-t-il déploré.
Pour Jean-Pierre Raffarin, Martine Aubry a commis "une faute majeure". Il estime sur son blog que "la comparaison avec Madoff mérite, en effet, un blâme démocratique" et en profite pour expliquer à ses lecteurs la différence entre injure et opinion. "Reprocher à François Mitterrand la retraite à 60 ans [comme l'a fait Nicolas Sarkozy], c'est une opinion politique. Comme telle, elle est à la fois respectable et discutable. Comparer le président de la République à un escroc, c'est une injure, pas une opinion !", a fustigé le sénateur de la Vienne. Le verdict de M. Raffarin est sans appel : "Tant que Madame Aubry, qui nous avait habitué à plus de retenue, ne s'excusera pas, son profil présidentiel restera ébréché gravement".
Xavier Bertrand est lui "profondément scandalisé" par ces propos. "Les propos de Martine Aubry sont honteux et scandaleux, on n'a jamais vu un responsable politique, responsable du premier parti d'opposition, proférer de telles injures publiques", a-t-il déploré, estimant que la patronne du Parti socialiste était désormais "disqualifiée pour exercer de réelles responsabilités". M. Bertrand en a profité pour distribuer un bon point au prédecesseur de Martine Aubry à la tête du PS, qui a recommandé de ne pas tomber dans la "facilité". M. Bertrand a "bien noté la prise de distance de François Hollande".
"Dans une démocratie, un parti politique qui ne respecte pas le président de la République n'est pas un parti respectable", a dénoncé Nadine Morano, secrétaire d'Etat à la famille. Pour elle, Martine Aubry doit "s'excuser" ou "démissionner" puisqu'elle vient "de démontrer qu'elle n'[était] pas digne de diriger un grand parti de gouvernement".
Plus mesuré, le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefèbvre a prédit que la potentielle candidate aux primaires socialistes avait "le temps de se reprendre" avant les échéances électorales. "La politique, c'est plutôt les idées et les propositions que les invectives et les injures", a-t-il souligné sur Radio J, notant que la sortie de Mme Aubry visait à "masquer un projet qui est tout sauf innovant et les tensions" au PS.
Pour le député UMP Yves Jégo, "par ses propos, Mme Aubry montre son vrai visage : celui de la haine et du sectarisme violent".
L'intéressée, elle, s'est expliquée sur le plateau de France 2, dimanche midi, pour clarifier ses propos et calmer le jeu. Elle a expliqué avoir mis en cause, non pas le chef de l'Etat lui-même, mais ses démonstrations "pas crédibles" sur les comptes publics. "Les mots ont un sens. Bien sûr, je n'ai pas comparé le président de la République à Madoff", a-t-elle assuré. "On ne parle pas aux gens uniquement avec des noms d'oiseau. On essaie de s'exprimer avec nuance. En tous les cas, j'essaie de le faire".
Cette femme n'est ni plus ni moins que la caricature de tout ce que la haine et l'esprit revanchard peut incarner.
En un mot elle est en tout point détestable et nuisible à la politique.
Laurence Parisot dans un fauteuil
Elle a laissé un message téléphonique, lundi 17 mai au soir, comme une étudiante qui aurait passé un concours difficile. De l'émotion, du soulagement, une certaine joie. "Ça s'est magnifiquement bien déroulé. Un grand moment pour nous tous, très fort." Laurence Parisot est tout entière là-dedans. Emue avec naïveté, dans un monde calculateur où croisent les requins, travailleuse jusqu'à l'épuisement, quand d'autres surfent sur leurs facilités, amoureuse de la réussite, alors qu'il est de bon ton de n'en rien laisser paraître.
La présidente du Medef, qui brigue à
50 ans un second mandat, venait de plancher devant le conseil exécutif de l'organisation patronale, composé de quarante-cinq dirigeants d'entreprise, patrons de fédérations professionnelles ou territoriales. Un moment-clé de sa campagne, bien qu'elle soit la seule candidate à sa succession pour l'élection du 1er juillet. Cet "examen", elle l'a soigneusement préparé, répété, jusqu'à la mise en scène. Il n'y a pas eu de questions. Que des commentaires, ou des réflexions qui prolongeaient la sienne. A boire comme du petit-lait.
Dans la guerre économique, Mme la présidente a toujours été un bon petit soldat du libéralisme – elle fait même désormais partie des gradés. "Je suis libérale et je l'assume totalement, affirme-t-elle. Je le suis philosophiquement, socialement, économiquement." Les dérives du capitalisme et de l'argent fou n'ont pas écorné son credo : "Faire confiance à l'initiative individuelle pour créer des richesses, à condition que les règles du jeu soient absolument claires – et les mêmes pour tout le monde." Dans un monde idéal, sûrement. Pas comme celui des subprimes, par lequel le scandale est arrivé des Etats-Unis…
LA RETRAITE À 62 ANS
C'est d'ailleurs par là qu'elle a commencé son topo, après quelques considérations personnelles. Par ce "laxisme incroyable, monétaire et réglementaire, des Etats-Unis", catastrophe annonciatrice d'autres désastres. Désormais, tel un iceberg dans la nuit, une crise profonde guetterait le "paquebot" France, Titanic en puissance. La faute à l'immobilisme qui a, des années durant, empêché les réformes de structure, prétend-elle. "Les Allemands partent à la retraite à 65 ans, maintenant ! Nous, ce sera 63 ans en 2030… La France me fait penser à ce personnage de dessin animé qui continue à courir, avant de s'apercevoir que le sol s'est dérobé sous ses pieds. "
La patronne des patrons, première, en août 2007 dans Le Monde, à parler de retraite à 62 ans, plaide aussi pour un système mixte entre répartition et capitalisation. Mais sans vouloir toucher aux revenus du capital – en bonne logique libérale.
Lors de son "grand O", l'ancienne élève de Sciences Po a tout promis à ses pairs. Une vraie campagne, comme une vraie politique. Pourtant, elle peut se rêver ministre ou commissaire européenne, il y aura toujours une différence : l'ex-politologue veut tout tenir, tout honorer, tout satisfaire. Pour "en être" vraiment, il lui manque le cynisme qui blinde, la grosse cuirasse qu'endossent tous les autres, contre les critiques. La méchanceté l'étonne toujours, comme une provinciale d'antan. "Parisotte", l'appelle son ennemi Denis Kessler dans les dîners en ville. Quelle erreur…
"Je n'avais pas prévu tout ce qui m'est arrivé. Mais si des opportunités se présentent, je les saisis vite, ça c'est vrai", dit-elle. Qu'apprécie la propriétaire de l'Ifop dans ce job non rémunéré, à la tête d'une institution et d'une profession peu aimées ? La fonction tribunitienne sans doute, et tout simplement le pouvoir. Elle affecte désormais l'indifférence pour le Siècle, ce club de l'élite dont elle dit sécher les dîners. Mais ne résiste pas à raconter, avec plus ou moins de distance, celui où elle était placée à la droite de George Bush, à l'Elysée. Le président si impopulaire de la guerre et de l'argent fou…
Cette fille et petite-fille d'industriels n'a jamais manqué d'argent, sans en faire le moteur de sa vie. A son mince poignet, une montre Chaumet, massive et sportive, cerclée de diamants, seul signe de luxe. On lui connaît toujours le même sac Vuitton. Il est impossible qu'elle dépense beaucoup d'argent pour ses vêtements. Pas de signes extérieurs de richesse, par tempérament et par souci d'image. Sa maison à Saint-Barth, à côté de celle de Johnny ? Une cabane, assure-t-elle.
Son père, son modèle, héritier des meubles Parisot avec ses frères – ils finirent terriblement brouillés–, avait aussi lancé l'hôtellerie dans l'île caraïbe, paradis fiscal de la jet-set. Tout a été vendu. C'est grâce à l'argent de Michel Parisot, décédé en 2002, que sa fille avait pu racheter l'Ifop.
Elle en a fait une entreprise de renom et tâche, malgré ses horaires interminables au Medef, d'y consacrer une demi-journée par semaine. Laurence Parisot assure la veille stratégique et a gardé personnellement quelques clients, comme La Poste, mais aucun politique. L'institut de sondages lui assure un revenu de 22 000 euros par mois, en plus de ses jetons de présence dans quelques grands conseils d'administration. Elle renâcle à le dire.
"Je me fais de la bile, avoue-t-elle souvent. On est dans un combat pour garder notre niveau de vie. Si on y arrive, ce ne sera déjà pas si mal…" Mais quand elle dit "on", il faut entendre "la France". Une sorte de petite Jeanne d'Arc des conseils d'administration, au regard de glace. Capable de pleurer pour un mauvais article à son propos. Affective quand elle a donné sa confiance, ce qui lui arrive rarement, implacable quand elle la retire, ce qui se produit plus souvent.
En attendant, elle est dans la place et va y rester. Ses protecteurs y veillent. Au premier plan, Michel Pébereau, le puissant patron de BNP Paribas, qui a l'oreille du pouvoir. "Son propos était clair, déterminé. C'était un discours de nature à rassembler." Le banquier s'est réjoui qu'elle ait placé l'Europe et la monnaie parmi ses premières préoccupations. "L'euro est un atout essentiel, mais il a des ennemis très déterminés. Il est nécessaire que l'Europe évolue pour tirer pleinement profit de sa devise", analyse-t-il.
Surtout, il a constaté que "tout le monde était satisfait, y compris ceux qui disaient avoir des problèmes avec Laurence Parisot". Suivez son regard : l'Union des industries métallurgiques et minières, l'UIMM, socle de fer historique du patronat. Eclaboussée naguère par ses pratiques héritées de la guerre froide, où se baladaient les valises de billets destinées à graisser la patte des syndicats, l'UIMM s'est profondément réformée. Trop convalescente pourtant pour présenter un candidat.
"Les patrons sont bien contents d'avoir une organisation pour engager des discussions. Mais quand il s'agit de s'engager soi-même, il y en a peu", observe Maurice Lévy, président du directoire de Publicis Groupe. "Je m'y suis collé, dit le tout récent président de l'Association française des entreprises privées (Afep). Au Medef, c'est pareil, il faut que quelqu'un s'y colle." Car gérer les relations avec les syndicats, les pouvoirs publics, les entreprises, n'est pas une sinécure, par avis de tempête économique. "Que tout le monde sache bien que la présidente et son bureau sont soutenus. La crise économique est là. Il faut faire en sorte que ça marche. C'est l'intérêt de tous", tranche-t-il.
LA PEAU DE L'AUTRE
Laurence Parisot s'est déclarée très tôt, en novembre 2008. " Pour bien faire comprendre que tel était mon désir. C'était déjà ancré dans mon esprit. Ceux qui voulaient réfléchir à la question devaient compter avec moi. " Ils se sont tous découragés, les uns après les autres, anticipant une bataille perdue. Ainsi l'ambitieux patron de Virgin Mobile, Geoffroy Roux de Bézieux, qui a fait un tour de piste discret après avoir entendu le président de l'UIMM, Frédéric Saint-Geours, dessiner le profil du candidat idéal. C'était lui tout craché !
Yvon Jacob, président du Groupe des fédérations industrielles (GFI) et candidat malheureux contre Laurence Parisot en 2005, l'a reçue pendant deux heures. Et lui a déconseillé de se présenter. "Il doit y avoir rassemblement pour que les choses avancent. On est dans le dur, en plein dans la crise." Geoffroy Roux de Bézieux, propulsé à la tête de l'Unedic en septembre 2008, grâce aux bons conseils de l'équipe Parisot, attend donc son tour.
L'industrie n'a pas voulu prendre sa revanche sur les services. Et sans doute n'en avait-elle pas les moyens. Pour comprendre, il faut revenir cinq années en arrière. Ernest-Antoine Seillière, sentant sa fin (de mandat) prochaine, fit venir les patrons et leur tint à peu près ce langage : "Je sais que vous pensez tous que le Medef est un vieux machin, mais vous auriez tort de vous désintéresser de ma succession." Eux, déjà dans le rêve du sarkozysme, eurent assez de lucidité pour répondre en substance : "Toi, Ernest-Antoine, tu fais trop grand capital. Et si on trouvait quelqu'un d'une PME?"
Laurence Parisot, cela tombait bien, était en orbite dans l'ombre depuis 2003, année de la réélection du baron Seillière. Il n'y avait pas eu de campagne : ce dernier avait passé un marché avec l'UIMM, présidée par Denis Gautier-Sauvagnac. Une réélection dans un fauteuil, contre l'éviction de Denis Kessler, brillant conseiller de la "refondation sociale". Chacun voulant la peau de l'autre. C'est Kessler qui était parti, remplacé au conseil exécutif par Laurence Parisot, au titre des personnalités qualifiées.
Personne ne niera qu'elle fut poussée par le secteur des services et la banque, désireux de prendre le pouvoir au Medef, créé et tenu de tout temps par l'industrie. Mais déjà elle avait fait campagne, considérant que rien n'est jamais gagné d'avance. L'hommage, rétrospectif, vaut son pesant d'or : il vient de Jean-René Buisson, le président de l'Ania, l'Association nationale des industries agroalimentaires, qui a claqué la porte du Medef avec fracas en décembre 2009. Surtout pour des raisons internes. "Très honnêtement, il n'y a pas eu photo. Elle était la mieux préparée, la meilleure, et de très loin. Très au-dessus du lot", constate celui qui lui avait alors apporté un soutien décisif. Tout le monde aurait dû comprendre dès lors qu'elle n'avait pas l'intention d'être la marionnette de qui que ce soit.
Cela paraît si loin. Les ennuis sont venus, bien sûr. Ah, ça oui ! elle s'est sentie déstabilisée, en janvier. "Une campagne sournoise, pour me faire craquer", dit-elle, orchestrée à ses yeux par Denis Kessler. Avec l'éternel Alain Minc, conseiller du prince jamais en retard d'une vacherie, qui se répandait dans la presse : "S'il y avait un dixième de l'intelligence de la CGT au Medef…" Une période de gros roulis, après le départ de ses directeurs généraux, puis celui de l'Ania et le feu nourri de reproches contre sa gouvernance, jugée trop clanique. Elle en parle un soir, dans son bureau au mobilier transparent, au Medef, avenue Bosquet . On croit tout voir à travers : table en verre, chaises en plexiglas, grandes baies vitrées, comme un message subliminal. Ici tout est propre et clair, comme le regard de la locataire.
Pour la couleur, un tableau de Street Art et des fleurs au balcon. La pièce jouée ici n'est pourtant pas une comédie. Souvenirs choisis. Le scandale de l'UIMM ? Un "truc épouvantable", dit-elle. Un soir de l'hiver 2007, apprenant que Les Echos du lendemain révélaient le montant de la caisse noire de l'UIMM, 600 millions d'euros, elle appela son président, Denis Gautier-Sauvagnac : " Denis, Les Echos vont annoncer ça, qu'est-ce que je dis ? – Tu ne dis rien. – Mais c'est impossible ! " Lors de la première réunion du bureau après la révélation, tout le monde était "vert". " Explique-nous ", "Mais ça fait cent quatre ans qu'on fait ça ! " "Et, Denis, pour la compta, tu faisais comment ?" "La compta, on la brûlait tous les ans…" Ce qu'une loi bien commode de 1884 autorisait.
De dialogue de sourds en prises de distance, les choses ne pouvaient que mal finir. Les patrons, avides de discrétion, désireux de ne pas voir leur image davantage ternie, avaient conseillé à Laurence Parisot de se tenir le plus éloignée possible de cette affaire. Ils virent de l'acharnement dans sa virulence à dénoncer le parachute doré de l'ancien président de l'UIMM, 1,5 million d'euros, révélé un peu plus tard par Marianne. Partie en Afrique, elle avait refait dare-dare sa valise. " Tout le monde clamait : “Il faut qu'il rende l'argent !” J'avais le sentiment que le patronat pouvait voler en éclats ", se souvient-elle. Elle avait compris sa chance historique, à l'occasion de cette crise. Ou comment devenir le premier chevalier blanc au féminin.
La présidente du Medef a aussi pris le risque d'aller contre la culture de son milieu en intervenant avec force contre les rémunérations patronales trop élevées. "Si nous n'étions pas capables de montrer que le temps de folie des années 2000 était révolu, si nous n'étions pas capables de rester en empathie avec la société, alors tous les autres combats perdaient leur sens", dit-elle aujourd'hui.
C'est cette page de rancœur patronale qui est en train de se tourner. Comme celle de la valse de ses directeurs généraux, trois en cinq ans. Mardi 11 mai, surprise du chef, elle a demandé aux quelque 200 salariés de l'avenue Bosquet de se réunir vers 17 h 45. Pour annoncer, à l'heure dite, "une nouvelle importante, arrivée en chair et en os". Derrière elle se tenait un quadragénaire, chauve, souriant et tout en os : le nouveau directeur général, Michel Guilbaud, ex-directeur de cabinet du secrétaire d'Etat chargé du commerce et de l'artisanat, le très libéral Hervé Novelli. Un chasseur de têtes ami, Jean-Michel Beigbeder, le père de Charles, patron de Poweo, un fidèle de Laurence Parisot, a finalisé son recrutement.
Le nouveau DG devra faire oublier l'ancien, Jean-Charles Simon, un proche de Denis Kessler, avec qui Laurence Parisot avait eu "un coup de foudre professionnel". "Il avait l'avenir devant lui, ici. Je n'ai toujours pas compris pourquoi il est parti. Ah ! non, non", répète-t-elle, en secouant le front.
C'est pourtant assez simple. Ce garçon vif et drôle est parti parce qu'il en avait assez des séances de psychothérapie de groupe, sous la houlette de la coach Rosine Lapresle, pour tenter de faire fonctionner une direction générale bicéphale, vouée à l'échec, avec Hélène Molinari. Après son départ, la présidente du Medef lui a même envoyé l'ancienne prof de philo, au fond d'un bar d'hôtel, pour transformer sa démission en " rupture conventionnelle ". Il a refusé, non sans panache, cette innovation dont Laurence Parisot est si fière.
Marie-Christine Coisne-Roquette, PDG de Soneparet l'un des piliers de l'ère Parisot, vient d'en appliquer trois en dix-huit mois : "Un salarié n'est plus condamné à démissionner quand il n'est pas content. Ça a dédramatisé la rupture et radicalement changé les choses sur le plan financier, juridique, psychologique ", dit-elle. Comme tous ceux du " groupe du dimanche", une petite quinzaine de chefs d'entreprise qui participent à la réunion hebdomadaire de campagne, en fin de week-end, elle juge que la présidente n'a pas à rougir de son action depuis cinq ans.
Laurence Parisot a conseillé trop de politiques pour ignorer qu'"on ne fait pas campagne sur un bilan". Mais cette élection-là n'a rien à voir avec le suffrage universel. Après ses visites méthodiques au CAC 40, en février et mars, elle ne se prive donc pas, dans sa tournée des Medef territoriaux, de valoriser le travail accompli. Comme ce jour de mai à Ploërmel, avec le Medef de Bretagne, où elle vante le code de gouvernance Afep-Medef : pas de parachute doré quand l'entreprise périclite, recommande-t-il. "Cela n'existe nulle part ailleurs ! Même avec leur casque de traduction, les Japonais ne comprennent pas, je le vois à leur tête."
Elle ne leur garantit pas des lendemains prospères, dans cette troisième année de crise économique, mais s'engage à proposer aux organisations syndicales un chantier sur la mobilité et le logement, en cas de plan social. Elle leur raconte son embryon de "G8 des patrons" et ses ambitions à l'international. Elle prédit que la structure complexe du Medef, par territoires, branches, fédérations, ne résistera pas aux nouvelles technologies : "Les silos des organisations, on va passer à travers".
Les Bretons sont enchantés de leur après-midi, à l'exception d'un imprudent qui s'est risqué à évoquer "l'image dégradée des chefs d'entreprise". Malheureux ! La réponse a claqué, sèchement : "Je trouve très injuste de répandre cette idée", a répondu Laurence Parisot avant de produire cette étonnante réponse : "Le problème majeur vient des politiques. Il n'y a qu'une chose à faire : c'est que davantage de chefs d'entreprise se présentent aux élections." Ce serait donc cela, la suite ? Charles Beigbeder, lui, ne cache pas avoir des projets. "Je suis membre du Parti radical de Jean-Louis Borloo. J'aimerais bien apporter mon énergie à la politique. Laurence est parfaitement au courant de tout ça." Elle ne l'a pas dissuadé.
On lui a tout reproché : d'être "trop CAC 40", puis "trop PME", de bassiner les adhérents avec le "sociétal", avant de lui en réclamer davantage, d'abuser de la "com'", avant de la trouver trop discrète. "Elle est très sincère. Son bilan est bon, sinon quelqu'un d'autre se serait présenté. Et dans cette période très perturbée, c'est bien qu'il y ait continuité", estime Pierre-Yves Legris, président du conseil de surveillance de la holding Legris industries.
Thomas Chaudron, ancien président du Centre des jeunes dirigeants (CJD), se montre beaucoup plus sévère. "Elle a loupé le moment-clé, celui de la crise, pour inventer quelque chose. On a vu resurgir l'ultralibéralisme et on a bien compris que l'environnement, la diversité, étaient des postures", juge ce quadragénaire qui dirige une PME de 40 personnes, Mecanalu, dans la région parisienne. L'arrangement paraît moderne, mais la ritournelle date, à son oreille : "Des charges sociales trop lourdes, un code du travail trop contraignant et des syndicats qui bloquent, c'est court, comme arguments", conclut-il.
CITER MONTAIGNE
Personne, en tout cas, ne s'est donné les moyens de lui ravir la place. A elle – qui a eu l'intelligence de confier à l'UIMM la commission de la protection sociale du Medef – de gérer la période délicate qui s'ouvre. "Nous lui apportons un soutien libre. Nous entendons préserver notre liberté d'expression et d'action. Bien entendu dans le cadre de l'unité patronale, " explique le président de cette commission et délégué général de l'UIMM, Jean-François Pilliard. Avec Nicolas Sarkozy, rencontré à Sciences Po, "les choses sont claires, directes. Il est facile d'accès si j'estime nécessaire de lui parler en direct".
Il faut comprendre en réalité que ce rapport est assez complexe, avec un chef d'Etat très enclin à négocier en direct avec la CGT, expert en rapports de force, plus soucieux de sa relation à l'opinion qu'à une organisation qui fait facilement figure de repoussoir. Quant aux principaux patrons du CAC 40, ils ont leurs circuits directs avec l'Elysée et Matignon ou passent plus volontiers par l'Afep que par le Medef. La France est moins leur souci que le reste du monde.
Rien de tout cela n'effraie cette femme à l'apparence fragile. Quelle meilleure preuve de solidité que d'être réélue après un quinquennat en milieu souvent hostile et parfois macho ? Elle aime à citer Montaigne : " C'est un grand malheur que d'être femme. C'est un plus grand malheur encore que de ne le savoir pas. " Elle se sent toutes les audaces, y compris pour peser lors de la présidentielle de 2012. Même si personne ne doute que la patronne du Medef fera le même choix qu'en 2007 : prendre le même et recommencer.
La mort d'une jeune maman sous les balles de sauvages malfrats qui préparaient un casse... Qui n'éprouve un sentiment de révolte devant l'histoire tragique de la jeune policière municipale de Villiers-sur-Marne ? L'émotion légitime qu'elle a provoquée tout au long de la semaine doit-elle être pour autant le ressort de décisions qui engagent le pays ? C'est moins sûr. Quand le droit -au sens large- devient le jouet du fait divers, c'est le symptôme d'une société inquiète qui improvise ses règles collectives au gré de ses indignations.
Les funérailles nationales d'Aurélie -avec présence du président de la République et de trois ministres !- ont implicitement validé le décret du ministre de l'Intérieur autorisant l'utilisation du très controversé Taser par les polices municipales. Tout le monde, pourtant, convient que si la jeune policière avait disposé d'un pistolet par impulsion électrique, ou même d'un Manurin, cela n'aurait, hélas, strictement rien changé à son sort. Elle a été au mauvais endroit au mauvais moment, victime collatérale d'un de ces épisodes du grand banditisme qui tournent mal.
Autrement dit, un hasard sanglant et particulièrement spectaculaire a été opportunément utilisé pour faire passer sans discussion une mesure controversée. Les larmes médiatiques d'un jour d'enterrement ont submergé les réserves juridiques. Il ne s'agit pas, bien sûr, de minimiser la douleur d'une famille, ni de dévaloriser la solidarité qu'on lui a exprimée, mais de s'interroger sur les limites d'un fonctionnement pulsionnel d'un pouvoir.
Les 18 000 policiers municipaux et leurs syndicats, eux, posent la vraie question, celle qui aurait dû faire débat : la définition de leurs missions. Elles se limitent, en principe, à la vérification de l'application des décrets municipaux. Un périmètre de proximité qui, a priori, ne justifie aucunement le port d'une arme aussi litigieuse que le Taser. Mais si ce cadre initial dérive peu à peu vers des interventions dangereuses qui s'apparentent à celles de la police nationale alors là, oui, il faut tout remettre sur la table. Parler de tutelle, de recrutement, d'armement, de formation, d'éthique, de contrôle... Autant de garde-fous contre les abus et contre les atteintes aux libertés et à la dignité des citoyens qui fondent la légitimité de la police nationale.
La politique de sécurité d'une grande nation démocratique ne saurait s'accommoder d'ambiguïtés ou d'ajustements empiriques dictés par les événements quand elle suppose autant de choix de société. A défaut de pouvoir séduire avec des enjeux d'avenir aussi invendables, cette fois, que l'emploi ou le pouvoir d'achat, l'Élysée mettra une nouvelle fois la peur -valeur électorale puissante et sûre- au programme de la campagne de 2012. Alors, puisqu'il le faudra bien, parlons-en clairement. Sans fantasmes et sans crainte.
Les adhérents de Cap 21 confirment le divorce d'avec le MoDem de Bayrou
Le mouvement Cap 21 de l'eurodéputée Corinne Lepage, réuni en congrès ce week-end à Paris, a confirmé son divorce d'avec le Mouvement Démocrate (MoDem) de François Bayrou et son souhait d'être "un parti autonome" ouvert à la société civile et aux écologistes, selon un communiqué.
La "première décision" des adhérents du mouvement, lors de ce congrès, "a été de voter à une très large majorité le départ du Mouve
ment Démocrate", précise le communiqué. Fin mars, c'est le bureau politique de Cap 21 qui avait confirmé la décision de Corinne Lepage de claquer la porte du MoDem.
Les adhérents, ajoute le communiqué, se sont ensuite prononcés "pour la construction d'un pacte de transition écologique et démocratique", et de nouveaux statuts ont été adoptés offrant "la possibilité à d'autres formations de rejoindre Cap 21 dans un souci de rassemblement".
"Cap 21 se montre notamment favorable à la réalisation d'une plate-forme de discussion politique avec Europe Ecologie", souligne le texte, réaffirmant ainsi le désir de Corinne Lepage de travailler avec le mouvement de Daniel Cohn-Bendit.
"La troisième voie, écolo-démocrate, sur laquelle se fonde Cap 21, conduit légitimement le mouvement à s'ouvrir aux autres formations démocrates et écologistes qui souhaitent la transition vers une société soutenable, équitable et désirable", justifie Cap 21.
Vice-présidente et cofondatrice du MoDem, avocate de profession, Corinne Lepage avait démissionné, après le premier tour des régionales, du parti de François Bayrou, laminé à ces élections. Elle dénonçait depuis des mois la gouvernance et la stratégie d'autonomie du Mouvement démocrate.
samedi 29 mai 2010
Les parlementaires réussiront-ils à sauver leurs retraites ?
Députés et sénateurs, qui voteront à l'automne la réforme des retraites préparée par Éric Woerth, auront bien du mal à préserver leur propre système de retraite. Un régime qui est sans doute le plus spécial des régimes spéciaux, parce qu'il est très avantageux.
Interrogé voici quelques semaines, Éric Woerth a convenu qu'« on ne pouvait pas demander un effort aux Français s
ans demander un effort aux parlementaires ». Louable intention, si ce n'est que le gouvernement n'a aucune possibilité de leur imposer une réforme de leur propre retraite. En vertu du principe de séparation des pouvoirs, les élus du peuple décident comme bon leur semble de leur régime. Mais qu'on se rassure : Bernard Accoyer, le président de l'Assemblée, a compris le message : « Notre régime doit s'adapter. Tous les Français vont faire des efforts. Les députés, comme ils l'ont déjà fait, vont en faire », a-t-il promis sur Canal Plus.
Sacrifices
En 2003, poussés par les circonstances, les parlementaires ont déjà fait des sacrifices. Ils ont reculé l'âge légal de départ à la retraite à 60 ans, contre respectivement 55 ans pour les députés, et 53 ans pour les sénateurs auparavant, pour s'aligner sur les fonctionnaires. La durée de cotisation est également passée progressivement à quarante et un ans, pour disposer d'une retraite à taux plein. Autre réforme déjà consentie par les parlementaires : à partir de 2012, un fonctionnaire élu au Parlement ne pourra plus cotiser à la fois pour sa pension d'élu et d'agent de l'État, ce qui permettait auparavant de cumuler deux retraites à taux plein (voir article sur « Les retraités gâtés »). Les députés issus du privé devront, eux, prendre l'engagement écrit auprès du bureau de l'Assemblée de ne plus cotiser à une caisse de retraite professionnelle durant leur mandat.
Rendement
Mais, malgré ces louables efforts pour se mettre au diapason de leurs concitoyens, les parlementaires disposent toujours d'un système de retraite très particulier et très favorable. Afin de contrebalancer le « risque électoral » - par définition, un élu n'est jamais certain d'être réélu - les députés peuvent cotiser double (au taux de 16,6 %) les quinze premières années de leur mandat. Ce qui représente actuellement 1.172 euros par mois, soit 21 % de leur indemnité parlementaire de base. Au delà de ces trois mandats, ils cotisent au rythme d'une annuité et demi par an durant cinq ans, puis normalement au-delà. Si bien qu'ayant été élu durant un seul mandat, un député peut percevoir une pension de 1.550 euros. Pas mirobolant, mais c'est le niveau moyen de la retraite d'un salarié du privé après quarante ans de cotisation...
En revanche, un parlementaire ayant cotisé au maximum peut partir avec une pension de 6.000 euros. En d'autres termes, ce même parlementaire touchera six fois plus qu'il n'a cotisé durant toute son activité ! Quel autre régime procure un tel rendement ? Dans la pratique, pourtant, la pension moyenne d'un député est aujourd'hui de 2.700 euros, et celle d'un sénateur est de 4.400 euros...
Subventions
La caisse de retraite des députés, créée en 1904, verse chaque année près de 66 millions d'euros de pensions aux anciens élus du Palais-Bourbon, l'équivalent de 13 % du budget global de l'Assemblée. Mais les cotisations ne représentent que 23 millions, dont les deux tiers sont acquittés par l'Assemblée elle-même en tant qu'employeur. Pour équilibrer le régime, l'Assemblée verse donc en plus une subvention de 42 millions. Le budget de l'Assemblée étant financé par celui de l'État, c'est donc le contribuable qui finance au bout du compte l'essentiel de la retraite des députés.
Un zeste de capitalisation
La situation du Sénat est un peu différente. Depuis 1905, la Haute Assemblée dispose pour ses élus d'une caisse autonome de retraite dont les comptes sont... équilibrés. C'est suffisamment rare pour le souligner. Pour verser annuellement 26 millions d'euros de pensions, la caisse ne peut pourtant compter que sur 3,5 millions de cotisations des sénateurs en activité, et 6,5 millions de cotisations patronales versées par le Sénat. D'où sortent alors les 15 millions d'euros restants ? De produits financiers provenant du portefeuille de la caisse, même si ce portefeuille s'est déprécié de 100.000 euros en 2009 en raison de la crise. Car à la différence de celui des députés, le régime de retraite des sénateurs mélange répartition et capitalisation. Jusqu'à présent, les revenus des placements de la caisse ont très largement compensé le faible taux de couverture des pensions par les cotisations (40 %). Ce qui permet à Gérard Larcher, le président du Sénat, de dire que « la retraite des sénateurs coûte 3,7 fois moins cher à l'État que celle des fonctionnaires ». Mais aussi de refuser que les réserves financières de la caisse - 581 millions d'euros - soient ponctionnées pour venir abonder le budget de l'État, comme l'a accepté l'Assemblée. Or, les sénateurs oublient un peu vite que les cotisations patronales acquittées par le Sénat sont en fait financées par les contribuables...
Euro: Aubry dénonce une "récupération"
Martine Aubry a accusé samedi Nicolas Sarkozy et des maires de grandes villes de droite de "récupérer" la victoire de la France pour l'organisation de l'Euro-2016 de football, jugeant "minable" une telle attitude.
"C'est une victoire collective, il faut arrêter de récupérer, c'est minable, ce n'est pas à la hauteur de l'enjeu", a lancé la patronne des socialistes à la presse à son arrivée à une Convention du PS à La Plaine-Saint-Denis, en banlieue parisienne.
"J'ai bien vu hier (vendredi) la récupération de tous: le président de la République - qui, bien sûr, y a contribué, j'étais très heureuse qu'il soit à Genève - j'ai entendu le maire de Marseille, le maire de Nice, chacun expliquant que 'c'est grâce à moi"".
"Moi j'aurais pu dire, "Ah, le grand stade Lille de 50.000 places qui va arriver, s'il n'avait pas été là!"", a ironisé la maire de Lille.
Selon elle, "la Fédération française de football a porté un magnifique projet", "le président de la République et le gouvernement ont fait leur job comme les maires des villes". "Il faut penser à tous ceux qui aiment le foot, tous ceux qui jouent dans ces milliers de clubs en France, à tous ces arbitres et ces bénévoles: c'est eux qui ont porté notre candidature".
"Alors pas de mesquinerie, que chacun considère que c'est une belle victoire collective pour la France", a lancé la patronne du PS.
Le Parti socialiste a ouvert samedi matin sa convention nationale "pour un nouveau modèle de développement économique, social et écologique", première pierre du "projet de changement" qu'il compte proposer aux Français en 2012.
Le texte, que cette convention doit ratifier en fin d'après-midi après l'examen de nombreux amendements, constitue "le socle du projet" socialiste, a expliqué Martine Aubry à son arrivée sur le site des débats.
Crise économique ou récession morale ? La 11e enquête internationale du groupe d'audit Ernst ' Young jette un éclairage troublant sur cette question.
Selon cette étude, menée auprès de 1 400 directeurs financiers dans trente-six pays, dont la France, les cas de fraude grave dans les entreprises ont doublé depuis le début de la crise. La proportion de sociétés confrontées à un cas de malversation notable serait de 21 %. Une sur cinq, c'est stupéfiant !
Depuis dix-huit mois, la crise économique nous occupe à plein régime. Avec une obsession, tenter de prévenir la « grande dépression », cette destruction massive de valeurs tant au niveau des entreprises qu'à l'échelle des États. On a vu ces dernières semaines que le pire n'était pas forcément le moins certain.
Le diagnostic de la crise économique repose sur des signaux usuels que tout le monde comprend : effondrement des ventes, réduction des profits, destruction d'emplois, envol de la dette, évaporation du crédit, donc perte de la confiance.
La fraude économique est plus difficile à mesurer. Pour autant, quatre directeurs financiers sur dix seulement auraient révisé les procédures de contrôle des comptes. Six sur dix en France, nation peu libérale où réside un fond de méfiance institutionnelle plus vivace qu'ailleurs. Les directions françaises accordent peu d'importance aux contrôles faits par le management. Encore moins aux systèmes d'alerte générale, le « whistleblowing » des Anglo-Saxons, qui enrôlent la totalité des agents dans la surveillance et la dénonciation des faits suspects.
Certains pays, comme la Grande-Bretagne ont, semble-t-il, engagé une démarche anticorruption plus ferme. Il est vrai que l'industrie financière, qui est le coeur de City, a la confiance pour seul ciment. L'effet corrosif d'une perte des valeurs morales y est sans doute plus immédiatement dommageable que partout ailleurs.
Au-delà des ces ajustements circonstanciels, faut-il inviter le cercle des dirigeants à un examen de conscience plus exigeant ? L'éthique dont se prévalent avec tant de complaisance les pays développés est-elle soluble comme un grain de calcaire dans l'acide de la récession ? D'après Ernst ' Young, un quart des sociétés françaises seulement évaluent l'éthique et la conformité de l'entreprise qu'elles acquièrent, contre 37% au plan mondial. C'est peu. Si la crise n'enseigne pas un sursaut de droiture, à quoi sert-elle ?
La pente est rude, la crise est dure... Mais ça y est, cette fois nous apercevons le bout du tunnel. Il est rond, il a la forme d'un ballon, c'est l'Euro. Et c'est fou comme, d'un coup, il a repeint de rose notre avenir qui semblait plombé pour l'éternité. On est les champions, chante le chœur des vainqueurs, des communistes aux sarkozystes, des écolos aux bétonneurs. Tous célèbrent l'Euro en France et son remède miracle contre la crise : la construction de nouveaux stades. A se demander pourquoi on n'a pas pensé avant à organiser un Euro chaque année, au lieu d'un tous les quatre ans, afin d'accélérer la reprise. On pourrait aussi décider que le vainqueur sera le pays organisateur, afin d'être sûr d'entretenir le moral des ménages de supporteurs... Bon, en attendant, c'est la France qui a gagné le droit d'espérer la reprise économique - en 2016. Allez, plus que six ans à souffrir.
La France est un pays magnifique. Nous pouvons y jouir de tous les cadeaux de la nature. Malgré les horreurs que nous montre l'actualité, nous y sommes tout de même en sécurité. Une certaine convivialité nous permet de vivre ensemble dans un consensus à peine troublé par les rivalités politiques normales en démocratie.
Cependant, beaucoup ne considèrent pas assez les difficultés cumulées dans les banlieues des grandes villes. Certains ont même, en ces lieux, l'impression de n'être plus en France. Les politiques de la ville, jusqu'à présent, ne sont pas parvenues à plus d'intégration de ces zones trop délaissées où se concentrent l'illettrisme, le chômage et, partant, la délinquance. La grande question des années à venir, quant à l'équilibre social et à la sécurité de notre pays, est là.
Pourtant, notre République, depuis des décennies, a fourni un effort considérable pour améliorer la condition sociale du plus grand nombre. Nos régimes de Sécurité sociale, de parade au chômage, de retraite sont les meilleurs du monde aux yeux de nombreux observateurs du système français.
C'est ce système que détaillait et vantait, un jour, un orateur. Soudain, au milieu de l'assistance, quelqu'un se leva, un étranger, européen néanmoins. « Oui, confirma-t-il, le système social français est bien le meilleur du monde. Le seul problème qu'il rencontre est que la France ne peut pas se le payer. »
C'est bien la question qui se trouve posée clairement, aujourd'hui, à travers la réforme des retraites et qui va bien au-delà.
Un sursaut nécessaire
En effet, les mêmes observateurs constatent que la France est l'un des pays du monde où le temps au travail est le plus faible. On embauche plus tard quand on est jeune. On débauche plus tôt, bien avant d'être vieux et inapte, ce qui ne devrait être réservé qu'à ceux qui effectuent des travaux pénibles. Dans l'année, certaines professions ne travaillent qu'à peine un peu plus d'un jour sur deux. Et n'a-t-on pas créé un ministère du Temps libre à une certaine époque, sorte de symbole étonnant...
Par ailleurs, la France est, parmi les pays européens, l'un de ceux qui exportent le moins. Comment peut-on imaginer, dans de telles conditions, pouvoir faire face et tenir un rang acceptable dans la concurrence mondiale ?
Nous n'avons pas le droit de laisser croire aux Français que notre pays peut continuer ainsi. En effet, la poursuite dans cette voie mènerait tout droit au déclin. Heureusement, nombreux sont ceux qui commencent à le comprendre, manifestant ainsi une prise de conscience des citoyens. Encore faut-il que les politiques ne disent pas le contraire pour se concilier l'opinion publique en période pré-électorale. La vérité est essentielle à la démocratie, c'est-à-dire qu'elle en fait partie. En effet, sans vérité, il n'y a plus de démocratie, mais seulement de la démagogie, ce qui ne peut que conduire aux pires déceptions et à des situations dramatiques.
Aujourd'hui, dans l'effort général qui s'annonce dans tous les pays d'Europe, la France doit montrer sa détermination et non seulement refuser le risque de l'abaissement, mais tirer les conséquences de ce refus dans un sursaut nécessaire.
Fitch dégrade la note de l'Espagne
L'agence de notation a dégradé la note de la dette à « AA+ » contre « AAA » auparavant en raison des mauvaises perspectives de croissance provoquées par le lourd endettement privé du pays.
Nouveau coup dur pour l'Espagne. L'agence de notation Fitch a annoncé vendredi qu'elle dégradait la note de la dette souveraine de la péninsule ibérique, à «AA+» contre «AAA» auparavant, en raison des
mauvaises perspectives de croissance provoquées par le lourd endettement privé du pays. «La dégradation reflète l'opinion que le processus d'ajustement vers un niveau plus bas d'endettement privé et extérieur va matériellement réduire le taux de croissance de l'économie espagnole à moyen terme», selon l'agence qui prive l'Espagne de la meilleure note possible «AAA», la rabaissant à «AA+». La dette privée espagnole regroupe celle contractée par les ménages, les entreprises et les banques. L'agence maintient la perspective de l'économie à «stable».
Cette dégradation d'un échelon intervient un mois après une décision similaire de Standard & Poor's : fin avril, l'agence avait ramené la note souveraine de l'Espagne à AA contre AA+, avec une perspective défavorable, ce qui implique la possibilité d'une nouvelle dégradation à un horizon de moins de deux ans. Moody's est désormais la seule des trois grandes agences de notation internationales à ne pas avoir revu à la baisse la note de Madrid et conserve sa notation Aaa.
Un peu plus tôt dans la journée, le gouvernement socialiste espagnol avait révisé ses prévisions économiques pour les années 2010 à 2013, anticipant moins de croissance et plus de chômage qu'auparavant dans un pays qui peine à sortir de la récession et lutte contre ses déficits. Madrid s'attend désormais à enregistrer une croissance du PIB de 2,5% et de 2,7% en 2012 et 2013 (contre 2,9% et 3,1% auparavant). Frappée par l'éclatement de la bulle immobilière et par la crise financière internationale, l'Espagne est entrée en récession fin 2008, et peine à en sortir, ayant enregistré une très faible croissance de 0,1% du PIB au premier trimestre 2010 par rapport au dernier de 2009. Pour l'ensemble de 2010, le gouvernement s'attend à une contraction d'activité de 0,3% du PIB, puis une croissance de 1,3% en 2011.
Cette prévision pour 2011 est déjà le fruit d'une révision à la baisse effectuée la semaine dernière, à cause des mesures d'austérité annoncées par le gouvernement pour tenter d'enrayer les déficits publics qui ont explosé à 11,2% du PIB en 2009. Auparavant, la prévision de croissance pour 2011 était de 1,8%.
Ces sombres perspectives de croissance ont également poussé le gouvernement à revoir à la hausse sa prévision du taux de chômage 2010 à 19,4% contre 19% auparavant. Pour 2011, la nouvelle prévision est de 18,9% contre 18,4% avant, pour 2012 de 17,5% contre 17%, et enfin pour 2013 de 16,2% contre 15,5%. Après avoir touché un plancher historique sous les 8% à l'été 2007, le taux de chômage espagnol a enregistré une accélération vertigineuse et s'est établi à plus de 20% au premier trimestre.
Confronté à la récession, à l'envolée du chômage, à l'explosion de ses déficits publics et à la panique provoquée sur les marchés par la crise budgétaire grecque, le gouvernement a dû se résoudre à adopter la semaine dernières d'impopulaires mesures d'austérité en taillant dans les dépenses sociales. Dans la même veine, il a validé vendredi une proposition sur le plafond des dépenses de l'Etat pour 2011, en forte baisse par rapport à 2010. «Le plafond des dépenses pour le budget 2011 est en conformité avec la nécessaire austérité et représentera un grand effort (...) puisqu'il suppose une baisse de 7,7% par rapport au budget initial en 2010», a déclaré la vice-présidente du gouvernement, Maria Teresa Fernandez de la Vega. «C'est un premier examen», a-t-elle ajouté, puisque le document sera transmis aux collectivités locales et aux puissantes régions espagnoles pour être débattu.
Le gouvernement espère ramener les déficits publics (Etat, collectivités, Sécurité sociale) à 9,3% du PIB en 2010, 6% en 2011, 4,4% en 2012 pour enfin atteindre en 2013 l'objectif de 3% fixé par le Pacte de stabilité de l'Union européenne.











