On savait que le changement climatique se traduirait par des modifications du cycle hydrologique. On n'avait pas prévu qu'en plus des inondations, sécheresses et autres phénomènes extrêmes, on assisterait à des épisodes de brouillard intense dans les médias et à une pluie de désinformation climato-sceptique. La publication d'articles de presse sur la science du climat, sous la plume de personnages réputés dans leurs disciplines respectives, tels le philosophe François Ewald ou le biologiste Henri Atlan pour n'en citer que quelques-uns, ne laisse pas d'interroger. On attend avec impatience l'avis d'autres éminents non-spécialistes. Pourtant, un bon maître-nageur ne fait pas forcément un bon guide de haute montagne. Dans tous ces articles, on retrouve certains procédés et constantes qui ont fait le succès des interventions médiatiques d'un Claude Allègre : amalgame, confusion volontaire ou non, vocabulaire dépréciatif, démagogie flatteuse. Au fond, de quoi est-il question ?
Amalgame : climatologues et écologistes politiques sont supposés avoir partie liée. L'écologie politique est née, notamment en France, du constat des "dégâts du progrès" et d'un combat contre le nucléaire militaire et civil. La prise de conscience du changement climatique est venue des scientifiques, qui ont mesuré la modification de la composition de l'atmosphère due aux activités humaines et déterminé qu'en résulteraient un accroissement de l'effet de serre naturel et une altération du climat global. Pour limiter les émissions, d'autres sources d'énergie doivent remplacer progressivement les énergies fossiles. L'énergie nucléaire peut faire partie de ces solutions. Nombre d'écologistes politiques ont été rétifs à reconnaître les risques climatiques, de peur d'être otages des "pro-nucléaires". L'amalgame entre climatologues et écologistes, entre scientifiques et militants idéologiques est insupportable.
SCIENCE DU CLIMAT ET VULGATE
Confusionnisme : on mélange allègrement météorologie et climat, et surtout on confond la science du climat et sa vulgate répandue par les ONG, les médias ou les politiques. Les scientifiques ont fait beaucoup d'efforts pour rendre accessible leur science auprès du grand public, sans en voiler la complexité. Ce faisant, ils ont donné prise à la banalisation d'un ensemble de disciplines qui ne sont pas moins dignes de respect que la biologie, la génétique ou la géophysique interne. Chacun se croit suffisamment compétent pour avoir son opinion. Assimiler la science du climat à sa représentation dans les médias est un procédé inédit dans le débat scientifique. Les spécialistes du climat n'ont pas attendu monsieur Atlan pour apprendre à cerner les limites de leurs modèles qui, on l'oublie très souvent et très étonnamment, s'appuient sur une physique solide. Que penserait-il si l'un d'entre eux s'avisait de lui apprendre à tenir son crayon ? Et s'il a des remarques pertinentes à soulever, que ne le fait-il dans les journaux scientifiques, en s'adressant à ses pairs, plutôt qu'en prenant à témoin un public désarmé ? Lorsque Henri Atlan écrit : "Des changements [climatiques] du même ordre se sont produits dans le passé", cette formule vague rejoint l'idée naïve ambiante que "le climat a toujours changé". Or rien ne permet de comparer les cycles climatiques passés étendus sur des dizaines de milliers d'années ni les changements rapides localisés du passé au changement global rapide actuel. Joue-t-il à dessein de cette confusion ou en est-il lui-même victime ? Est-il conforme à l'éthique scientifique de mobiliser un savoir très approximatif pour disqualifier, en jouant de son autorité, un pan de la science afin de mieux caresser dans le sens du poil des citoyens inquiets pour leur avenir économique ?
CATASTROPHISME ET PRINCIPE DE PRÉCAUTION
Vocabulaire dépréciatif : les qualificatifs employés pour décrire la communauté scientifique du climat ont de quoi faire frémir. Prophètes de malheur, mafia, camarilla, religion de la catastrophe, dogme, etc. sont parmi les mots rencontrés le plus souvent. Messieurs Atlan ou Allègre ont-ils, ne serait-ce qu'une fois, assisté à la réunion du Comité scientifique du programme mondial de recherche sur le climat, à un congrès scientifique de cette communauté ? Pensent-ils qu'il s'agit de messes noires ? Ont-ils lu les milliers de pages de publications des revues à comité de lecture qui paraissent sur ces sujets, analysé l'une quelconque des séries de données de plusieurs téraoctets que les satellites déversent quotidiennement et qui alimentent les travaux des chercheurs ? Quant au principe de précaution, assimilé à un catastrophisme vulgaire, le brandir comme un épouvantail en toute occasion est un procédé rhétorique douteux pour disqualifier des éléments d'appréciation fondés scientifiquement. En dépit des travestissements, il consiste à rechercher une position raisonnable entre panique et indifférence dans des situations marquées par l'incertitude scientifique et de façon proportionnée à la plausibilité des hypothèses considérées. Ni dictature du futur sur le présent au nom des menaces de catastrophes futures, ni insouciance qui préempte l'avenir et produit des dévastations, comme celle de la Nouvelle-Orléans par Katrina.
CLIMAT ET SOCIÉTÉ
Démagogie flatteuse : si changement climatique il y a, ce n'est pas le problème le plus grave ni le plus urgent, voyez la faim dans le monde, la pauvreté, le chômage, la peste et le choléra. Avec ce genre de propos, les climato-sceptiques font d'une pierre deux coups. Un, on rassure le public qui ne voit plus de raison d'envisager de modifier ses comportements. Deux, on le flatte en le faisant se sentir généreux, à moindre coût puisque rien n'assure que les sommes qui ne seront pas investies dans la lutte contre le changement climatique le seront vraiment pour faire reculer la pauvreté et les maladies. Pourquoi mettre en balance la prise au sérieux de la question climatique et l'accès à l'eau ou aux soins et pas, par exemple, les dépenses d'armement ou les milliards dépensés en jeux vidéo ou en alimentation pour chiens et chats ? De plus, l'argument escamote l'interconnexion entre le changement climatique et tous les problèmes mis en avant, qu'il s'agisse de l'accès à l'eau, à l'énergie et aux soins, ou de la pauvreté, et de la vulnérabilité, qu'il risque fort d'aggraver et dont il compliquera les solutions. Depuis 1992, la Convention climat s'inscrit "dans la perspective du développement soutenable", jargon diplomatique certes mais qui rejette clairement la "décroissance" et souligne l'attention à porter au contenu même du développement. Monsieur Atlan s'instruirait certainement en lisant les rapports du groupe III du GIEC et l'importante littérature sur les politiques climatiques. Il y verrait comment des politiques dites "sans regrets" visent la recherche de complémentarités entre baisse des émissions de CO2, réduction de la pollution atmosphérique locale, recherche d'alternatives énergétiques, gestion des ressources non-renouvelables et créations d'emplois. Il y verrait comment des réformes fiscales peuvent présenter un "double dividende" en combinant baisse des émissions et allègement des charges directes sur le travail, tout en améliorant la couverture des besoins des plus démunis et en préservant les dispositifs de sécurité sociale.
POURQUOI MAINTENANT ?
Le débat aujourd'hui lancé dans les médias en France et dans d'autres pays n'est pas un débat scientifique, même s'il en emprunte la forme, mais une bataille qui a pour enjeu la fabrique de l'opinion publique. Il s'agit de délégitimer les politiques du climat au moment où elles commencent péniblement à se mettre en place et où la communauté des Etats est encore dans une phase d'hésitation devant l'engagement. Le quatrième rapport du GIEC paru en 2007 n'a fait que renforcer le diagnostic posé dès le premier rapport de 1990, diagnostic que l'évolution en vingt ans du climat et des connaissances a confirmé et précisé. Que des intérêts immenses se sentent menacés n'est guère surprenant. Mais il faut bien situer la controverse sur son vrai terrain : en dépit de ses incertitudes et de ses imperfections, la science du climat, y compris dans ses aspects socio-économiques, n'est pas en cause. Elle ne règle pas par elle-même la question du "que faire ?" Il revient à la société de décider si elle veut ou non tenir compte de la meilleure connaissance disponible à un moment donné pour orienter son développement et veiller aux intérêts des générations futures. C'est d'un débat honnête et sérieux sur l'orientation collective de l'humanité que l'épidémie climato-sceptique cherche à détourner les citoyens.
Signataires : Jean-Louis Fellous, ancien responsable des programmes d'observation de la Terre du CNES et ancien directeur des recherches océaniques de l'Ifremer ; Jean-Charles Hourcade, économiste, directeur de recherche au CNRS, directeur d'études à l'EHESS ; Sylvie Joussaume, climatologue, directeur de recherche au CNRS ; Olivier Godard, économiste, directeur de recherche au CNRS, école Polytechnique ; Catherine Gautier, géographe, professeur à l'Université de Californie à Santa Barbara ; Stéphane Hallegatte, chercheur, Météo-France
mercredi 7 avril 2010
Un étonnant effet collatéral du changement climatique, par Jean-Louis Fellous, Jean-Charles Hourcade...
ISF : le nombre d'exilés fiscaux s'est accru en 2008
821 redevables à l'ISF ont quitté la France en 2008, contre 719 en 2007. Et ce malgré le bouclier fiscal.
Le bouclier fiscal empêche t-il vraiment l'exil fiscal ? En 2008, où le bouclier fiscal a été abaissé à 50% des revenus, 821 redevables à l'ISF ont quitté la France, d'après les chiffres du ministère du Budget que le Figaro s'est procuré.
En 2007 où le bouclier était pourtant de 60% - seuls 719 contribuables avaient quitté la France et son ISF ! Néanmoins, le flux des exils était plus important avant l'instauration du bouclier. Ainsi en 2006, 846 redevables à l'ISF se sont exilés.
Par ailleurs, 312 expatriés fiscaux sont revenus en France en 2008. C'est mieux qu'en 2007 où ils étaient 246.
Les paris en ligne désormais légaux en France
L'Assemblée a voté mardi l'ouverture à la concurrence des paris sportifs et hippiques et des jeux de poker en ligne. L'État compte récupérer 100 millions d'euros d'impôts par an qui lui échappaient jusqu'à présent.
La Coupe du monde de football en Afrique du Sud, qui démarrera dans deux mois, a donné un coup d'accélérateur à la libéralisation des jeux en ligne dans l'Hexagone.
Les casinotiers et les nouveaux acteurs des jeux d'argent sur Internet militaient depuis des années pour être autorisés à ouvrir aux internautes français leurs sites de paris sportifs et de jeux de poker. Mardi, le Parlement leur a donné son feu vert définitif. À l'Assemblée, le projet de loi ouvrant à la concurrence les jeux de paris en ligne a été voté à 299 voix contre 223.
Les agréments accordés début juin
Jusqu'à présent, les joueurs français ne se privaient pas de miser sur la Toile. Ils pouvaient soit parier en toute légalité sur les sites de La Française des jeux ou du PMU, soit se rendre sur les sites de grands groupes européens de manière illicite. La plupart des opérateurs de jeux en ligne leur donnaient la possibilité de jouer depuis la France tout en affichant un avertissement sur le caractère illicite de ce type de paris. Mais cette menace n'a guère freiné leurs ardeurs : on estime à 3,5 milliards d'euros le marché des paris en ligne en France, dont un tiers seulement est réalisé par les opérateurs légaux. Le reste est engrangé par des sociétés souvent cotées en Bourse (bwin, Unibet), enregistrées à Malte ou Gibraltar et sur lesquelles le fisc français n'a pas de prise. L'État estime à 100 millions d'euros par an les recettes qui rejoindront ses caisses du Trésor grâce à à la légalisation de certains jeux.
Dans les semaines qui viennent, les opérateurs et les membres de l'Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel), la nouvelle autorité constituée pour examiner les demandes des prétendants, n'auront pas de temps à perdre. Les décrets devraient paraître d'ici à la fin du mois et les demandes d'agrément seront examinées en mai par l'Arjel. Leurs délivrances seront accordées début juin à quelques jours seulement du lancement de la Coupe du monde.
Pour les gros acteurs du jeu nés sur la Toile tels que l'autrichien Bwin, le suédois Unibet ou le français Mangas Gaming - dans lequel Stéphane Courbit et Louis Dreyfus SAS ont investi -, cette ouverture à la concurrence est un premier pas. Mais ils attendent avec impatience que les jeux de casino en ligne (roulette, black-jack…) soient à leur tour légalisés. Ils fustigent toutefois le niveau de fiscalité qui sera supérieur à celui pratiqué outre-Manche ou en Italie.
L'État français prélèvera 7,5% des mises des joueurs pour les paris hippiques et sportifs et 2% des mises pour le poker.
De leur côté, les casinotiers (Partouche, Barrière et Tranchant) qui ont récemment assisté à une chute régulière de l'activité de leurs établissements «en dur» espèrent que la Toileleur apportera un relais de croissance.
mardi 6 avril 2010
Sarkozy affronte ce matin la colère des jeunes agriculteurs céréaliers d'Ile-de-France
Les céréaliers, les plus jeunes en tête, attendent de pied ferme Nicolas Sarkozy, qui visitera mardi une exploitation en Ile-de-France, s'estimant doublement pénalisés par la crise et la diminution des aides européennes.
Le président de la République est attendu à 10h00 à Buno-Bonnevaux (Essonne) dans l'exploitation
céréalière de Samuel Herblot. Ce dernier est adhérent au syndicat des Jeunes Agriculteurs (JA) dont la section Ile-de-France (IDF) a mené ces derniers mois plusieurs actions spectaculaires.
Cet automne, une cinquantaine d'agriculteurs franciliens ont bloqué pendant deux heures le trafic sur les Champs-Elysées avant de déverser en décembre de la paille devant le palais présidentiel.
Au salon de l'agriculture, ils avaient menacé de perturber la visite du chef de l'Etat avant de renoncer après avoir obtenu un rendez-vous avec ce dernier. Nicolas Sarkozy les a reçus à la mi-mars et leur a promis cette visite dans l'Essonne.
"Nous sommes totalement exsangues financièrement", affirme Christophe Hillairet, 39 ans, céréalier et président de la chambre d'agriculture d'Ile-de-France, une structure qui mène le combat aux côtés des JA sans le soutien du réseau des chambres d'agriculture.
Selon lui, "si aucune mesure n'est prise "un tiers du secteur des grandes cultures (céréales, colza,...) aura disparu en 2011". Son exploitation de 170 hectares est dans le rouge et c'est son "épouse qui (le) fait vivre".
Les jeunes céréaliers demandent des annonces. "C'est une question de survie. Il faut des mesures", martèle Damien Greffin, 34 ans, président des JA IDF, qui se dit prêt à en découdre à nouveau.
L'an dernier la filière a vu ses revenus baisser de 51% dans la foulée de la chute des cours des céréales (-24%) qui avaient été au plus haut en 2006 et 2007.
La baisse de la rémunération des céréaliers est similaire à celle des producteurs laitiers alors qu'en moyenne le monde agricole a enregistré une diminution de 34% de ses revenus en 2009.
"Pour les agriculteurs qui sont en vitesse de croisière c'est déjà difficile mais pour les jeunes qui sont en phase d'installation avec un endettement lourd sur 10 à 12 ans c'est encore plus compliqué", explique M. Greffin.
En toile de fond de cette exaspération, il y a surtout la décision en 2009 de l'ancien ministre de l'Agriculture Michel Barnier de rééquilibrer les aides européennes pour une politique agricole commune (PAC) "plus juste".
Cette décision prévoit qu'à partir de cette année, plus d'un milliard d'euros vont être réorientés vers des secteurs à soutenir (agriculture bio, élevage,...), aux dépens des céréaliers, jusqu'ici les plus favorisés.
Un choix mal accepté par ces derniers et qui a suscité d'importantes dissensions au sein du monde agricole. Une délégation de jeunes céréaliers est même venue l'an dernier manifester son mécontentement lors du congrès de la FNSEA à Poitiers, en prenant à partie son président, Jean-Michel Lemétayer, qui avait entériné la décision du ministre.
"Cette redistribution des aides a été décidée lorsque les prix étaient hauts, sauf qu'aujourd'hui les prix n'ont jamais été aussi bas depuis 20 ans et qu'on va nous enlever 100 euros de soutien à l'hectare", martelle Damien Greffin.
Ce dernier ne veut pas entendre parler de nouveaux programmes d'aides avec des prêts à taux bonifiés comme ceux annoncés ces dernières semaines pour venir en aide aux agriculteurs. "L'idée c'est d'obtenir une compensation à l'euro près, soit 1,2 milliard d'euros", prévient-il.
Allons-y, prenons le risque de choquer : la violence n'est pas un problème majeur de l'école française. Il faut le rappeler très tranquillement quand seulement 5% à 10% des établissements sont concernés. 5 à 10% c'est encore trop, beaucoup trop, évidemment. Un pourcentage inacceptable de gâchis pour des centaines de jeunes collégiens et lycéens, victimes d'un handicap qui mérite la mobilisation de la Nation. Mais cette addition de tragédies scolaires reste suffisamment limitée pour qu'elle ne déclenche un tour de vis généralisé.
La tentation de sanctuariser l'école part de l'intention louable d'assurer aux élèves un cadre serein pour étudier et s'épanouir. Mais opter pour cette option sécuritaire créerait un danger sans doute bien plus réel que celui qu'il prétend conjurer. Rien ne serait pire que de porter un regard de méfiance et de crainte sur les jeunes, a fortiori dans les quartiers difficiles. Le recours à la manière musclée risquerait de provoquer une incompréhension, voire un rejet de tout ce qui symbolise l'ordre. Imposé à des élèves incrédules, il alimenterait inévitablement une culture d'opposition à toute forme d'autorité venue de l'extérieur. Et il dévaloriserait du même coup celle de la communauté éducative ! Quel aveu d'échec en perspective.
En mettant en garde d'entrée de jeu contre une « dramatisation excessive » de la situation, l'organisateur des « états généraux » contre la violence scolaire, lance plus qu'un avertissement contre les analyses trop rapides. Une mise en garde contre les simplismes qui ne régleront rien. Ni les élèves, ni leurs professeurs, ni même l'immense majorité des principaux et proviseurs, n'ont envie de travailler à l'abri de portails de sécurité à l'entrée, ou de patrouilles de policiers et de gendarmes à l'extérieur. Toutes les enquêtes, les unes après les autres, montrent que l'école-forteresse, inévitablement isolée de la vie réelle, ne serait la solution. Il serait ridicule de vouloir la mettre sous cloche quand plus de huit parents sur dix pensent que leurs enfants sont en sécurité dans leur établissement...
Le succès de La journée de la jupe - où Isabelle Adjani, en prof de lycée au bord de la crise de nerfs, se révolte contre l'irruption d'une violence brute dans sa propre classe - suffirait à démontrer à quel point l'école est traumatisée par ce fléau, pourtant... Mais au fond, elle reste persuadée qu'elle ne parviendra à le vaincre qu'en s'engageant elle-même pour se faire respecter.
Même si Luc Chatel s'en défend, le gouvernement - qui voudrait apporter une réponse immédiate, et surtout visible, à un problème sensible aux yeux d'une partie de son électorat - hésite encore à se prêter à une réflexion de plus. Elle seule, pourtant, pourrait prendre la vraie dimension d'un phénomène qui dépasse largement du cadre scolaire. Et y répondre avec les yeux du XXIe siècle.
Le bouclier fiscal piège Nicolas Sarkozy dans une nasse dont il aura du mal à s'extraire. Remettre en cause sa réforme étendard serait un aveu d'échec qui fragiliserait la situation de la France et, sans un assainissement rapide de la dette, l'exposerait à la spéculation internationale. Les pays qui, comme la Chine, profitent de la faiblesse de leur monnaie pour pratiquer le terrorisme financier et itinérant sur les États, nous regarderaient bientôt comme la Grèce, le Portugal ou l'Espagne. Le président de la République sait qu'il doit combler en partie les déficits pour corriger cette fragilité. Il sait aussi qu'à très court terme, il va avoir besoin de disponibilités pour rétablir l'équilibre des caisses de retraites et engager la réforme dans de bonnes conditions. Une belle occasion pour lui de « bricoler » en douceur le bouclier, tout en expliquant qu'il prend l'argent là où il est pour sauver la retraite par répartition.
L'impact du sauvetage des banques et les coups de boutoirs de la gauche, comme d'une partie de sa propre majorité, contre le bouclier empêchent désormais Nicolas Sarkozy de parler de la justesse de sa politique fiscale.
Car les élus UMP ont entendu le rejet du bouclier par leur électorat populaire en allant à sa rencontre sur les marchés pendant la campagne des régionales. On leur a beaucoup répété que ces mesures protègent les revenus du capital et n'apportent rien aux chômeurs quand les profits eux sont repartis à la hausse. Même les citoyens les moins familiers des mécanismes financiers ont aujourd'hui compris que taxer les revenus financiers, c'est taxer l'argent produit par l'argent. Et cet argent-là n'a rien à voir avec celui produit par le travail. S'il ne veut pas traîner ce boulet jusqu'en 2012, Nicolas Sarkozy doit le désamorcer.
La solution serait peut-être pour le chef de l'État de renoncer à sa politique initiale en l'assumant et en lui substituant une politique de régulation inscrite dans la durée plus que dans les coups ponctuels. Les 1.500 milliards de déficits de l'État sont là qui vont lui imposer la méthode de Churchill n'hésitant pas à promettre à son pays du « sang et des larmes ». Et cela, on ne peut pas le demander à ceux qui n'ont que les yeux pour pleurer.
Rachida Dati nie avoir répandu des rumeurs sur Sarkozy
La députée européenne serait en disgrâce auprès de l'Elysée, qui la soupçonnerait d'avoir colporté des rumeurs sur le couple présidentiel. Elle a reçu le soutien de certains élus de la majorité.
C'est le Canard Enchaîné qui avait mis le
feu aux poudres, mercredi, en annonçant que Rachida Dati avait été forcée, au soir du premier tour des régionales, de rendre les clés de sa 607 de fonction et de se séparer de son escorte de trois policiers, restés à sa disposition depuis son départ du gouvernement. Selon l'hebdomadaire satirique, généralement bien informé, c'est sur ordre direct de l'Elysée que Frédéric Péchenard, directeur général de la police nationale, avait prié ses fonctionnaires de cesser sur-le-champ la protection de l'ancienne garde des Sceaux.
«Rien de personnel», avait alors répondu le ministère de l'Intérieur, qui prétendait que Rachida Dati avait simplement fait les frais d'une réorganisation globale des équipes de protection. «La protection d'autres personnalités politiques a été réduite pour obéir aux observations de la Cour des comptes», détaillait dans Le Monde Brice Hortefeux. Avec preuve à l'appui : Christian Poncelet, Michel Charasse, Bruno Le Maire, ont aussi été privé de leur escorte.
C'était sans compter sur les révélations du Journal Du Dimanche, qui expliquait ce week-end que la députée européenne s'était aussi vue confisquer en urgence le chauffeur qui avait été mis à sa disposition par la Chancellerie. Là encore sur intervention directe du président de la République. De là à parler d'acharnement de Nicolas Sarkozy à l'encontre de Rachida Dati, il n'y a qu'un pas que le JDD a eu vite fait de franchir.
Selon le journal, la maire du VIIe arrondissement de Paris est en pleine «disgrâce» à l'Elysée, où elle est soupçonnée d'avoir colporté des rumeurs sur le couple présidentiel. Le JDD prétend même qu'une enquête des services de renseignement français ciblant «Rachida Dati dans la diffusion d'informations jugées malveillantes à l'Elysée» a été remise au chef de l'Etat avant le premier tour des régionales.
La garde rapprochée de Dati contre-attaque
Une mise en cause que la députée européenne n'a pas franchement apprécié. Dans un communiqué publié dimanche soir, elle nie fermement être à l'origine des rumeurs. Elle «proteste avec indignation contre les allégations de certains organes de presse lui prêtant une quelconque responsabilité dans la propagation de rumeurs absurdes et inadmissibles sur la vie privée du couple présidentiel». Elle «se réserve le droit d'agir en diffamation contre ceux qui reprendraient cette allégation dénuée de tout fondement et la reliant de surcroît à la suppression naturelle de sa protection policière, présentée comme une sanction», ajoute le communiqué.
Immédiatement, plusieurs parlementaires UMP ont volé au secours de l'ancienne ministre de la Justice. A l'image de Christian Jacob, président de la commission du Développement durable de l'Assemblée nationale, qui dénonce la «campagne calomnieuse» dont serait victime Rachida Dati. «Je me fais l'écho de beaucoup de parlementaires qui se disent offusqués par ces attaques complètement folles», assure l'ancien ministre de Jacques Chirac, aujourd'hui bras droit du patron des députés UMP Jean-François Copé.
Le sénateur UMP de Paris, Philippe Dominati, a également apporté son soutien à la maire du VIIe arrondissement, expliquant que «ces attaques sont la manifestation d'une prise d'importance de Mme Dati de par ses déclarations télévisées au soir du premier tour des régionales et de par son positionnement de plus en plus dense sur la scène parisienne». Selon lui, Rachida Dati, qui n'a jamais fait mystère de ses visées sur la mairie de la capitale, «gêne manifestement de plus en plus à Paris».
Dimanche soir, Dominique Sopo, président de SOS Racisme, s'est dit également «étonné que le nom de Rachida Dati se trouve lancé en pâture sur des sites internet et auprès de journalistes comme étant à l'origine des rumeurs sur le couple Sarkozy-Bruni». «Je ne peux pas m'empêcher de me rappeler qu'à son entrée au gouvernement, Mme Dati avait fait l'objet d'une virulente campagne manifestement initiée par des individus qui n'avaient pas digéré qu'une personne s'appelant ‘Rachida' puisse devenir garde des Sceaux.», a-t-il expliqué. Avant d'ajouter : «Il est à espérer que nous ne soyons pas aujourd'hui confronté à un même type de motivations».
Nicolas Sarkozy avait donné à son début de mandat la marque d'un volontarisme puissant. Très vite, se réservant l'essentiel des décisions, il est devenu ce dont il rêvait : hyperprésident, supermanager de l'entreprise France. Il affirmait aux Français qu'il savait ce dont la France était malade, ce dont il fallait la sauver, et les remèdes qu'il fallait lui administrer. Cette posture conduit à promettre beaucoup et à s'exposer sur tous les fronts. Elle y contraint même, parce que le moindre retrait risque d'apparaître - y compris aux yeux du chef de l'État - comme un aveu de faiblesse.
Mais, en démocratie, la charge du règne - car c'est de cela qu'il s'agit - est impossible à tenir. Dans la monarchie traditionnelle, le règne s'appuie sur une puissance symbolique, celle de la transcendance dont le monarque est le représentant. En démocratie, le centre du pouvoir est vide. Le gouvernant n'est que le représentant de la volonté du peuple, volonté qui reste toujours en débat. Il n'est donc pas institué pour décider de lui-même, par l'effet du lien qui l'unit à la divinité, mais pour rechercher et exprimer la volonté du peuple assemblé, et non la sienne. Il ne règne pas, il préside. Cette distinction est fondamentale. L'élection a remplacé le sacre pour célébrer le pouvoir, et l'élu n'est jamais que le représentant du peuple qui exerce son autorité par le vote.
Voilà pourquoi Nicolas Sarkozy se trouve en porte-à-faux avec le pays, à mi-mandat. Se mettant en scène comme s'il pouvait tout, il s'est exposé à deux dangers.
Le premier est de se tromper sur la réalité, illusionné par le fantasme de toute-puissance qui hante toujours celui qui exerce le pouvoir. C'est ainsi, pour ne donner que deux exemples, qu'il a engagé une politique économique qui s'est vite retrouvée à contre-courant de la situation mondiale, dès le début 2008. De même, n'a-t-il pas anticipé les réactions que susciterait l'idée de placer son fils à la tête de l'Établissement public d'aménagement de la Défense.
Le second risque est de devoir se dédire régulièrement de promesses trop hâtives et de ruiner la crédibilité de la parole politique. On l'a vu plusieurs fois, de l'emploi à Gandrange jusqu'à l'abandon de la taxe carbone, en passant par le surprenant dirigisme économique qu'il a revendiqué, en vain, à l'égard de Renault, notamment, alors qu'il s'était affiché comme le champion du libéralisme en matière d'économie.
Le discours qui a suivi l'échec des régionales ne semble pas montrer que Nicolas Sarkozy ait changé : que ce soit sur la burqa, sur la Politique agricole commune ou sur la sécurité, c'est toujours la même posture qui prévaut. Celle du « régnant » qui décrète, alors que, sur ces problèmes, il importe d'abord de présider, c'est-à-dire de commencer par établir un vrai diagnostic, indispensable pour proposer des politiques appropriées qui permettent à la population de s'engager dans la construction d'un destin commun.
L'abstention ne provient pas du seul désintérêt des citoyens pour l'échelon régional, elle traduit plus fondamentalement le rejet d'une telle conception de la politique, dont Nicolas Sarkozy n'a pas le monopole, mais dont les effets peuvent être aussi démobilisants qu'illusoires.
(*) Éditeur et écrivain.
Jean-François Bouthors (*)
Les centristes se cherchent une nouvelle famille
Après l'échec électoral du MoDem de François Bayrou, Hervé Morin (Nouveau Centre) et Jean Arthuis (Alliance centriste) ont jeté les bases d'un nouveau parti politique indépendant.
Que comptez-vous faire pour relancer le centre ?
L'Alliance centriste et
le Nouveau Centre ont lancé un appel, le 25 mars, pour refonder la famille centriste. Nous étudions ensemble les statuts du parti politique que nous voulons recréer. La porte est ouverte à tous ceux qui partagent nos valeurs humanistes, sociales, libérales et européennes. En rassemblant tous les centristes, nous entendons clore la période d'effacement ouverte au lendemain de la présidentielle de 2007.
Resterez-vous partenaires de la majorité ?
Nous voulons créer un parti indépendant. L'indépendance permet de nouer des alliances pour agir tant au plan local que national. Mais, être indépendant, ça veut dire faire entendre notre propre tonalité, nos convictions. Nous rencontrons le Premier ministre aujourd'hui pour lui rappeler nos priorités.
Iriez-vous, le cas échéant, jusqu'à vous désolidariser de ce gouvernement ?
Oui, bien sûr. Mais je reste confiant. Et je pense que nous pouvons tenter de travailler en écho avec des parlementaires UMP issus du centre. À défaut de rejoindre dès maintenant leur famille d'origine, ils pourront, s'ils le souhaitent, prendre part à notre communauté d'idées et peut-être de votes.
Sur quels points voulez-vous faire entendre votre propre musique ?
Il faut éviter d'ouvrir des débats sur des questions accessoires. Cesser de faire voter des lois de circonstances qui ne répondent qu'à des préoccupations médiatiques. L'urgence est de rétablir la compétitivité pour arrêter les délocalisations et vaincre le chômage. Il faut simultanément réduire les déficits publics. Cela suppose de poursuivre les réformes pour mieux maîtriser les dépenses.
Nous vivons une crise lourde et profonde qui appelle tout le monde à des efforts. Mais ces efforts doivent être équitablement répartis. Certaines des mesures qui paraissaient judicieuses en 2007 ne sont plus d'actualité. Il faut abattre les tabous, ceux du bouclier fiscal et de l'ISF, et imposer plus lourdement (45 %) les plus hauts revenus.
Les centristes présenteront-ils un candidat à l'élection présidentielle de 2012 ? Hervé Morin sera-t-il ce candidat ?
Dès que nous aurons bouclé nos propositions, nous devrons choisir un candidat apte à porter notre projet devant les Français. Il sera désigné à l'occasion de primaires. Il n'est pas imaginable que notre candidat soit membre du gouvernement.
Votre démarche ne risque-t-elle pas d'affaiblir Nicolas Sarkozy et la droite dans son ensemble ?
Notre mission est de redresser la France et de redonner confiance à tous les Français. Notre engagement et notre démarche doivent renforcer le crédit de l'action politique. Toute majorité doit savoir organiser la diversité de ses membres. Le rassemblement de clones n'a aucune valeur ajoutée. Je me méfie de ce que Raymond Barre appelait la « tarte à l'union ».
Recueilli parThierry RICHARD.
RUMEURS – Qui en veut aux Sarkozy ?
Elle court, elle court, la rumeur sur le couple Sarkozy. Plus qu'une mauvaise blague, l'Elysée parle de "complot" à l'encontre du président et de son épouse. Relayée à son insu par le JDD, l'information calomnieuse fait aujourd'hui l'objet d'une plainte. Qui pourrait en vouloir à Nicolas et Carla ?
Cela fait plusieurs semaines que
des rumeurs circulent sur le couple présidentiel (AFP). On les dit en pleine tempête, on parle de leurs infidélités et même de leurs nouvelles conquêtes célèbres. Ces bruits de couloir alimentent la Toile, Facebook et Twitter notamment. Le 8 mars dernier, c'est le Journal du Dimanche, via l'un de ses blogs affiliés, qui relaie la calomnie. Si le texte a été retiré du site quelques heures après sa publication, le mal était déjà fait. La presse internationale (britannique, suisse, néerlandaise, … et même indienne) reprend l'info et l'estampille "lu dans le Journal du Dimanche".
Nicolas et Carla voient rouge
Le couple super médiatique n'a pas apprécié d'être relégué, sans son consentement, aux pages people des magazines. L'Elysée fait donc pression sur le JDD pour qu'il trouve et pende les responsables. Le directeur de la rédaction, Olivier Jay, envoie ses plus plates excuses et fait de son mieux pour découvrir l'auteur de ce post. Après plusieurs semaines de déni, le directeur des opérations de Newsweb, filiale de Lagardère Active, qui gère les plateformes internet du groupe (JDD, Paris Match ou Europe 1), avoue finalement que tout est parti de chez lui. Un jeune homme de 23 ans embauché pour faire du buzz s'était chargé de colporter la rumeur. Le bloggeur Miklo7 est enfin démasqué, les deux hommes démissionnent.
Le JDD porte plainte
Cela n'est cependant pas suffisant pour l'Elysée. "Nous faisons de cette ignominie un casus belli. Nous voulons aller jusqu’au bout pour que cela ne se reproduise plus jamais. Comme on dit, la peur doit changer de camp.", souligne Pierre Charon, conseiller en communication de Nicolas Sarkozy. Le Journal du Dimanche décide alors de porter plainte contre X pour"introduction frauduleuse de données dans un système informatique", une peine passible de cinq ans d'emprisonnement et de 75.000 euros d'amende. La nouvelle réjouit le palais présidentiel qui cherche toujours le commanditaire de cette rumeur, qualifiée même de "complot" anti-Sarkozy. "Il y a encore des choses à découvrir. Cette plainte permettra de reconstituer l’environnement des fautifs. De voir qui a parlé à qui", prévient l’Elysée.
Qui est le coupable ?
"Maintenant, on va voir s'il n'y a pas une espèce de complot organisé, avec des mouvements financiers, pourquoi pas.", anticipe Pierre Charon. Avant de pouvoir confirmer une deuxième affaire Clearstream, les rumeurs vont bon train sur qui profiterait de cet étalage public de linge sale. Des internautes anonymes voulant railler le pouvoir ? Dominique de Villepin, le Monte Cristo de la droite ? Les proches du président regarderaient plutôt du côté de Strasbourg et de Rachida Dati. Certains pensent même que c'est à cause de ces soupçons que l'ancienne Garde des Sceaux aurait été soulagée de ses privilèges, après qu'une enquête des services de renseignement français ciblant "Rachida Dati dans la diffusion d'informations jugées malveillantes à l'Elysée" a été remise au chef de l'Etat. L'euro-députée, qui se déplace à pieds, a tout nié dans un communiqué. Dans ce cluedo de la calomnie, tout semble possible. Se pourrait-il alors que Nicolas Sarkozy ait lui-même lancé cette rumeur ? Cela avait en effet étonnamment bien servi la cote de popularité de Dominique de Villepin après le procès des faux-listings.
Si les enquêteurs de l'Elysée sont sur le coup, il y a pourtant peu de chance que le coupable soit un jour connu et condamné. Quant aux rumeurs, elles ne sont pas prêtes de s'arrêter. En politique, c'est tous les jours le 1er avril.
lundi 5 avril 2010
Le site de la féria d'Arles piraté par des anti-corrida
Le site officiel de la féria de Pâques à Arles
(Bouches-du-Rhône), qui doit s'achever lundi soir, a été piraté par des militants anti-corrida, qui ont affiché sur la page d'accueil le message "la fête est finie".
Le contenu du site a été remplacé par des photos d'un torero se faisant encorner et des images de taureaux morts. La page d'accueil présente également une phrase de Gandhi : "On reconnaît le degré de civilisation d'un peuple à la manière dont il traite ses animaux."
Le ou les pirates ont également publié un message annonçant la fermeture définitive prochaine du comité de la féria.
L'Eglise catholique, éclaboussée par les scandales de pédophilie, a resserré les rangs, hier, autour du pape. Benoît XVI a prononcé une bénédiction de Pâques centrée sur les conflits en cours, notamment au Moyen-Orient, mais sans aborder ces affaires.
« L'Eglise est avec vous ! », a assuré au pape le doyen des cardinaux, Mgr Angelo Sodano, dans un message de voeu pascal tout à fait exceptionnel, lancé juste avant la messe présidée par Benoît XVI. « Avec vous les cardinaux, vos collaborateurs de la Curie romaine. Avec vous les confrères évêques éparpillés de par le monde. Particulièrement avec vous en ces jours, les 400 000 prêtres qui servent généreusement le peuple de Dieu », a affirmé le cardinal.
Accusé d'avoir couvert
des prêtres pédophiles
à Munich
Depuis plusieurs mois, l'Eglise catholique est touchée par une cascade de scandales révélés en Europe, particulièrement en Irlande. Son chef lui-même a été accusé dans la presse d'Allemagne, son pays natal, et des Etats-Unis d'avoir couvert des prêtres pédophiles quand il était archevêque à Munich, puis lorsqu'il était à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi avant de devenir pape en 2005.
En prononçant sa bénédiction « urbi et orbi » (« à la ville et au monde ») depuis le balcon de la basilique, le pape a affirmé que face à une crise « profonde », l'humanité a « besoin » d'une « conversion spirituelle et morale » et de « changements profonds, à commencer par celui de la conscience ». Mais Benoît XVI n'a pas fait d'allusion aux scandales en cours, devant la foule de fidèles massés sous la pluie place Saint-Pierre, qui l'ont acclamé avec ferveur. Interrogés, ceux-ci ont pour la plupart pris la défense de l'Eglise face aux scandales. « Les journalistes en font quelque chose de plus important que cela ne l'est en réalité », a estimé Edgar Meier, un catholique venu d'Allemagne.
Avant de souhaiter « Joyeuses Pâques » en 65 langues, Benoît XVI a appelé à la paix au Moyen-Orient, en Terre Sainte et en Irak, ainsi qu'en Afrique, particulièrement en République démocratique du Congo, en Guinée et au Nigeria. Il a également évoqué l'Amérique latine et les Caraïbes « touchés par une dangereuse recrudescence des crimes liés au trafic de la drogue », ainsi que Haïti et le Chili dévastés par des séismes. Il s'est aussi inquiété du sort des « chrétiens qui à cause de leur foi souffrent la persécution et même la mort », citant particulièrement le Pakistan.
L'une des périodes les
plus difficiles de l'histoire
de l'Eglise catholique
La semaine pascale qui commémore pour les catholiques le martyre, la mort et la résurrection du Christ, a coïncidé avec l'une des périodes des plus difficiles de l'histoire de l'Eglise catholique. Déjà ternie par les scandales de pédophilie, elle a été marquée par une polémique supplémentaire, vendredi soir, lorsque le prédicateur du Vatican a dressé indirectement un parallèle entre l'antisémitisme et les accusations contre l'Eglise et Benoît XVI. Le Vatican a immédiatement pris ses distances, soulignant qu'il ne s'agissait pas de sa position officielle. Mais devant le tollé suscité par ses propos, le père Raniero Cantalamessa a présenté ses excuses, regrettant d'avoir « contre sa volonté heurté la sensibilité des juifs et des victimes de la pédophilie ».
Toute la semaine, les médias du Saint-Siège, l'Osservatore Romano et Radio Vatican ont publié des messages de soutien au pape et à l'Eglise face à « une propagande grossière » voire « une machination ». Hier, au moins trois journaux italiens publiaient des interviews de prélats défendant Benoît XVI, assurant qu'il fut le premier à initier la lutte contre la pédophilie dans l'Eglise.
« Un silence coupable »
« Il y a une campagne de dénigrement et de calomnies qui vise à salir le pape », s'est insurgé hier dans Le Parisien le chef de l'épiscopat français, Mgr André Vingt-Trois. Dans une interview à La Stampa, un autre important cardinal français, Roger Etchegaray, a appelé l'Eglise à « remplir sa mission sans se laisser intimider et sans craindre les ennemis ».
Le primat de Belgique, Mgr André Léonard, a qualifié « d'exemplaire » la récente lettre de Benoît XVI aux catholiques d'Irlande pour affronter la question de la pédophilie dans le clergé, même si cet archevêque a reconnu que l'Eglise a « pendant des décennies mal géré le problème ». « Par un silence coupable, on a souvent préféré la réputation de certains hommes d'Eglise à l'honneur de ces enfants abusés », a-t-il admis.
La vérité, ce diamant fragile, par Christophe Deloire
Cette bonne vieille vérité que l'on croyait venue à bout des mythologies, des chimères, des idéologies, vaut désormais moins qu'une incantation de chanteur ou un boniment d'actrice.
La France est un pays étrange, sécularisé, dans lequel la vieille morale bourgeoise a été quasi éradiquée, mais où il semble régner plus que jamais la distinction entre les observations qui ont le droit de cité et celles qui en sont bannies. Comme dans les vieilles familles, "toutes les vérités n'y sont pas bonnes à dire". Ne parlons pas de la Vérité, notion définitivement absurde, mais de ces petites vérités reposant sur des faits établis, sans doute partielles, mais toujours préférables au doigt mouillé ou à la profession de foi.
Dans la France de 2010, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) sanctionne une chaîne, Canal Plus, pour avoir retransmis les propos du journaliste polémiste Eric Zemmour. Ce dernier a prétendu dans l'émission "Salut les Terriens" : "Les Français issus de l'immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c'est un fait." La deuxième partie de la phrase est aussitôt critiquée. Aussitôt, l'employeur principal de l'impétrant le convie à un entretien préalable au licenciement. Un avocat général célèbre, Philippe Bilger, qui le soutient sur son blog, est aussitôt convoqué par le procureur général. Le monde médiatique s'en émeut, s'en offusque.
Au contraire, une grande partie du public s'offusque que l'on s'offusque. Sur les blogs qui traitent de l'"affaire", nombre d'internautes dénoncent ce qu'ils estiment être une atteinte à la liberté d'expression. Devant l'afflux des commentaires, et parfois leurs excès, les blogs décident les uns après les autres de fermer le robinet à paroles. Devant l'abondance du courrier des lecteurs, la convocation de Zemmour est annulée.
ÉLITE ÉCLAIRÉE FACE À UN POLÉMISTE ET UN PEUPLE VULGAIRES ?
Pour peu que l'on se renseigne sans a priori, il n'est pourtant pas absurde de penser que le propos sur "la plupart des trafiquants" est fondé. En 2007, journaliste au Point, j'avais tenté de révéler "ces statistiques qui dérangent". Après avoir compulsé des liasses de notes de synthèse de la direction centrale de la sécurité publique et de la direction centrale de la police judiciaire, j'avais estimé que 60 à 70 % des crimes et délits en France sont commis par des enfants de l'immigration africaine ou nord-africaine. Comme la délinquance est, au moins en partie, corrélée avec la relégation sociale ou culturelle, la statistique n'épuise pas la réalité, et surtout ne justifie pas l'excès de contrôles policiers. Mais le chiffre correspond (de manière plus ou moins pertinente) à un fait.
Toutes proportions gardées, un fait journalistique se reconnaît à la manière dont Karl Popper reconnaît une vérité scientifique. C'est une proposition réfutable sur le principe, qui n'a pas encore été réfutée. Des indices (la perception directe, les témoignages, les documents) permettent d'établir une vérité, qui sera récusée si d'autres indices me font changer de vérité. La croyance, religieuse ou politique, n'est en revanche pas réfutable. Elle est un choix, qui dépend de ma volonté plus que des indices.
Que préfère le monde médiatique ? Il est très intéressant de constater que les faits bruts avancés par Zemmour ont plus choqué dans le Landerneau que des opinions pour le coup très contestables. Ainsi le polémiste avait-il clamé que les entreprises avaient le "droit" de discriminer les Noirs et les Arabes. Que par "le droit" il ait entendu que la discrimination était "légitime" ou "légale", c'était soit scandaleux soit faux. A l'aune des réactions, ces assertions sans fondement étaient semble-t-il moins dérangeantes qu'une réalité toute crue.
Bien entendu la vérité est multiple, lointaine, profonde, même avec une "subjectivité désintéressée" comme la prônait Hubert Beuve-Méry. Mais avec l'occultation d'une réalité, d'un chiffre, d'un fait, même parcellaire, et l'interdiction d'en débattre, commence l'abolition de l'honnêteté et de l'idée même de vrai et de faux. Le plus étrange, en France, c'est qu'une vérité dérange plus que bien des inepties (ou les mensonges caractérisés qui prolifèrent impunément dans la vie politique).
Qui s'attache aujourd'hui à distinguer simplement le vrai du faux ? La vérité est sans doute une construction du réel, puisqu'elle repose sur un choix immanquablement subjectif de faits, mais elle ne souffre pas la négation du réel, ni la récusation des faits gênants. Ce devrait être le rôle premier des journalistes, de collecter tous les indices possibles pour comprendre le monde et la société, plutôt que de s'instituer en clercs proférant un prêchi-prêcha "responsable" et "moral". Si les journalistes s'avisaient seulement de lever le voile sur la réalité, peut-être seraient-ils plus populaires.
Autant que la crise économique, la défaite de la vérité, et son corollaire, la crise de la liberté d'expression, exaspèrent les Français. Sur certains sujets, le peuple (lecteurs et électeurs) ne supporte plus les leçons administrées par nos clercs autoproclamés. Sur l'immigration, la délinquance, la mondialisation, l'Europe, les communautarismes, les conflits d'intérêt, etc., les Français demandent que les médias leur disent la vérité (c'est-à-dire des vérités qui peuvent être différentes en fonction des lignes éditoriales), au lieu de s'évertuer à empêcher la révélation de faits bruts.
Il est absurde de s'étonner de la "dépression" française. Sans tomber dans la psychologie de bazar, tout corps social dont l'expression est retenue, auquel le déni de réalité est imposé, finit rongé de l'intérieur.
Une fois les éléments sur la place publique, les Français sont assez intelligents pour réfléchir. Quiconque pense le contraire doit proposer aussitôt l'établissement d'un despotisme éclairé à la place de la démocratie.
Etonnant paradoxe. L'humoriste de France Inter Stéphane Guillon peut raconter n'importe quoi, décrire untel en nazi et telle autre en "petit pot à tabac", il peut user d'une rhétorique déshumanisante, animalière, tracer des portraits diffamatoires sans se renseigner un instant sur la réalité de ce qu'il prétend "caricaturer", il passe pour un parangon de la liberté d'expression.
Tout est autorisé au divertissement, même les pires insinuations. L'air du temps spectaculaire préfère la méchanceté infondée au souci de l'exactitude.
Sur son blog, Brice Couturier, l'animateur de l'émission "Du grain à moudre", sur France culture, écrit à raison que la gauche bobo est désormais "bimi" : bien intentionnée, mal informée. On pourrait ajouter que la droite l'est autant. Il n'est point besoin d'avoir lu La Fabrique du consentement, de Noam Chomsky et Edward Herman, sur "la propagande médiatique en démocratie", pour savoir qu'en adeptes du "deux poids deux mesures", les médias peuvent colporter des intérêts particuliers, qu'ils soient nationaux, particuliers, ou de classe, sous couvert d'une doctrine de bonnes intentions.
QUE FAIRE ?
Mettre fin, immédiatement, à la traque du "dérapage" dans nos journaux. Vous avez remarqué ? Pour peu que l'on s'écarte de la pensée en ligne droite, c'est le "dérapage". Ceux qui sortent de la route doivent recevoir une leçon, pour l'exemple. Qu'ils votent "non" sur un traité constitutionnel européen, qu'ils soient favorables à une réflexion sur le protectionnisme, que le métissage général ne soit pas leur seul horizon politique, qu'ils dénoncent des conflits d'intérêt dans la société, ils doivent être remis dans le droit chemin. Ou éliminés dans le bas fossé du débat.
Dommage, car comme disait Gandhi, la vérité est "dure comme le diamant et fragile comme la fleur de pêcher". Plutôt que de nous aiguiller tels des magistrats du bien et du mal, les journalistes devraient nous aider à comprendre simplement ce que nous sommes, dans quel monde nous vivons.
L'on se demande parfois qui, de George Orwell, l'auteur de 1984, ou d'Aldous Huxley, celui du Meilleur des mondes, avait le mieux imaginé le monde futur. En tout cas, dans la France de 2010, pas besoin de Big Brother, le divertissement semble pris infiniment plus au sérieux que l'établissement laborieux des faits. Les journalistes devraient choisir leur camp tant qu'il en est encore temps.
Les sunlights du spectacle ou la recherche dans les laboratoires du réel.
Christophe Deloire est le directeur du Centre de formation des journalistes (CFJ)
La croissance mondiale pourrait dépasser les 4 % en 2010
La croissance de l'économie mondiale pourrait atteindre 4,1 % en 2010 au lieu de 3,9 %, estime le Fonds monétaire international (FMI) dans un document que l'agence de presse italienne ANSA a pu consulter. La croissance des Etats-Unis
atteindrait 3,0 % cette année, au lieu des 2,7 % que le FMI prévoyait en janvier, écrit ANSA.
Selon le quotidien des affaires Il Sole 24 Ore, le FMI devrait rendre ses prévisions publiques le 21 avril. La prévision de croissance de la zone euro a été revue à la baisse à 0,8 %, alors que le FMI tablait sur 0,9 % en janvier. L'estimation de croissance pour 2011 a elle aussi été abaissée de 0,1 point à 1,5 %. L'Europe "sort de la récession plus lentement que d'autres régions", juge le FMI, qui souligne que certains éléments freinent la reprise, notamment la crise budgétaire grecque. La première économie du Vieux Continent, l'Allemagne, devrait quant à elle bénéficier d'une croissance de 1,2 % de son PIB en 2010 et de 1,7 % en 2011. En France, la croissance devrait être de 1,5 %.
Hier, en marge d'une visite en Jordanie, Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du FMI, a rappelé que l'économie mondiale n'est "pas sortie d'affaire". Pour Dominique Strauss-Kahn, si la reprise mondiale a été plus rapide qu'attendu, la demande privée n'est pas suffisamment forte pour marquer le début de la fin de la récession prolongée que subit l'économie. DSK a toutefois refusé de commenter les chiffres évoqués par le quotidien italien des affaires.
L'"ubris" cet orgueil démesuré tant narré par les Grecs n'est pas une particularité de l'histoire occidentale : la Chine d'aujourd'hui nous en donne la preuve. En effet, depuis le succès de ses Jeux olympiques et la réussite de son plan de relance économique, elle se comporte comme si elle était devenue la deuxième puissance mondiale. Mais une puissance vaniteuse, qui manifeste ouvertement son mépris pour les pays européens et le peu de crédit qu'elle leur accorde. Comme si l'Europe était devenue, pour elle, un fouillis de petits pays sur le déclin, qu'il s'agit de plumer. Et elle semonce ouvertement un président américain qui a pourtant beaucoup fait pour la ménager.
Mais là n'est pas le pire puisque, aussi bien, Obama n'a pas cillé devant les injures, et la puissance américaine, même diminuée, conserve une supériorité écrasante. Plus grave est d'abord le fait que les dirigeants chinois gèrent désormais leur économie pour peser sur le reste du monde. Ce comportement est risqué, car l'éclatement de la bulle financière chinoise pourrait engendrer de graves conséquences, d'autant que les dirigeants chinois n'ont pas encore eu le courage d'organiser la mutation nécessaire d'une économie d'exportation en économie de consommation.
Le pire est aussi que les gesticulations chinoises accompagnent une stratégie qui consiste à mettre à profit les ressources de tous ordres de notre monde, en participant le moins possible à la protection de la paix. Au risque, comme dans les affaires nord-coréenne et iranienne, d'interdire toute solution concertée. La Chine veut bien piller, au mieux acheter, mais non donner.
C'est enfin que ce régime, si modeste quand il avait besoin d'aide, se donne aujourd'hui en modèle au reste du monde, offrant aux tyrans corrompus de la planète, de Moscou à Khartoum, la possibilité de parer leurs exactions du prestige de la réussite chinoise. À l'heure où le modèle démocratique vacille et où nos économies stagnent, le danger est réel d'un désastreux clivage faussement idéologique, qui ne ferait que retarder les nécessaires entreprises de coopération.
On peut trouver des excuses aux dirigeants chinois. L'Occident a souvent traité scandaleusement mal leur pays ; leurs succès reposent aussi sur l'intelligence et les sacrifices ; ils ont été facilités par les politiques simplistes des dirigeants occidentaux et l'avidité de nos hommes d'affaires. L'ubris dont Pékin fait preuve aujourd'hui ne peut faire oublier la modestie que Deng Xiaoping prônait, la profonde amitié que le peuple chinois voue au reste du monde et, bien sûr, la nécessité de laisser à la Chine une place de choix dans la direction des affaires du monde.
Il n'empêche. Le temps est venu de changer de ton à l'égard du gouvernement chinois. S'il veut notre amitié, il faudra désormais qu'il la mérite.
dimanche 4 avril 2010
DSK : l'économie mondiale n'est "pas sortie d'affaire"
L'économie mondiale n'est "pas sortie d'affaire", a déclaré dimanche le directeur général du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn, en marge d'une visite en Jordanie. Pour Dominique Strauss-Kahn, si la reprise mondiale avait été plus rapide qu'attendu, la demande privée n'était pas suffisamment forte pour marquer le début de la fin de la récession prolongée que subit l'économie.
"On observe une reprise de la croissance un peu partout, mais presque partout, les chiffres de la croissance sont liés au soutien public et la demande privée reste plutôt faible et insuffisante", a-t-il déclaré. Tant que la demande privée ne sera pas suffisante pour apporter de la croissance, il sera difficile de dire que la crise est terminée, a-t-il ajouté. Dominique Strauss-Kahn a également indiqué que si une récession en W - une récession suivie d'une légère reprise puis d'une autre récession -, n'était pas à exclure, le FMI ne la prévoyait pas.
Vendredi, l'administration Obama avait publié les chiffres de l'emploi pour le mois de mars aux Etats-Unis. Le ministère du travail américain a calculé que le secteur privé avait créé près de 130 000 emplois au mois de mars, soit les meilleurs chiffres depuis 2007. Le gouvernement américain se dit confiant sur le front de l'emploi, et estime que les créations de postes devraient s'accélérer.
Dominique Strauss-Kahn a toutefois refusé de commenter les chiffres publiés dimanche dans la presse italienne, qui rapporte que l'institution monétaire a relevé ses prévisions de croissance mondiale, expliquant qu'il ne les évoquerait que lorsqu'ils auront été officiellement rendus publics, dans "dix jours".
Rumeurs sur le couple Sarkozy : l'Elysée à la recherche d'un complot
"Pour que la peur change de camp, il fallait qu'il y ait une procédure judiciaire. Maintenant, on va voir s'il n'y a pas une espèce de complot organisé, avec des mouvements financiers, pourquoi pas." Interrogé par Rue89, Pierre Charon, conseiller en communication de Nicolas Sarkozy, s'est félicité de la plainte déposée par le Journal du Dimanche, après la publication de rumeurs visant le couple présidentiel sur un blog hébergé par le site du journal.
Le 9 mars dernier, les rumeurs publiées sur le blog avaient été reprises par plusieurs journaux étrangers, qui tous citaient comme source le Journal du Dimanche. Or, si le blog est bien hébergé sur le site de l'hebdomadaire, il n'était pas alimenté par la rédaction du site. Deux personnes ont démissionné suite à cette publication ; un responsable de Newsweb, filiale de Lagardère éditant le site Internet du JDD, et un employé, non journaliste, soupçonné d'avoir publié l'article sur le blog spécialisé dans les informations "croustillantes".
UNE PLAINTE QUI A PEU DE CHANCES D'ABOUTIR
D'après les informations du Nouvel Observateur, c'est sur pression de l'Elysée que la direction du Journal du Dimanche a également porté plainte pour "introduction frauduleuse de données dans un système informatique". Une enquête préliminaire de police a été ouverte par le parquet de Paris.
Il n'est pas sûr cependant que la plainte du Journal du Dimanche puisse aboutir. L'"introduction frauduleuse de données", définie par l'article 323-3 du code pénal, sanctionne en effet "Le fait d'introduire frauduleusement des données dans un système de traitement automatisé ou de supprimer ou de modifier frauduleusement les données qu'il contient". Puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende, ce délit vise en premier lieu les manipulations de bases de données, bancaires par exemple : c'est d'ailleurs l'un des chefs d'inculpation qui ont été retenus à l'encontre de Jérôme Kerviel, dont le procès doit s'ouvrir en juin.
Or, il sera difficile de prouver qu'un blogueur a "introduit frauduleusement" des données en publiant une note, un blog étant précisément un outil de publication, à moins de prouver que le blog a été piraté. Mais même si la procédure n'aboutit pas, elle aura permis l'ouverture d'une enquête. Et, peut-être, "fait changer la peur de camp", comme le souhaite M. Charon.
L'ELYSÉE CHERCHE UNE AUTRE SOURCE
En parallèlle, l'Elysée a mobilisé ses spécialistes informatiques pour remonter la piste de la rumeur. D'après l'entourage du président de la République, Nicolas Sarkozy soupçonnerait Rachida Dati d'avoir participé à la diffusion des rumeurs, ce que nie l'ancienne Garde des sceaux.
Pour Jean-Noël Kapferer, auteur du livre "Rumeurs, le plus vieux média du monde", les rumeurs sont, sauf exception, une production sociale spontanée, sans stratégie particulière, similaire à celle des histoires drôles. Le public se saisit de l'histoire imaginaire car elle revêt une signification pour lui ou parce qu'elle fournit une apparence d'explication à divers phénomènes, explique ce chercheur.
Mais où est donc passé le printemps? Depuis quatre mille ans, son solstice coïncide avec la Pâque juive avant les Pâques chrétiennes. Cette année, nous en scrutons les pousses.
Il en va de notre économie comme du temps. Le chômage s’allonge, les entreprises ferment. Une situation qui provoque le désespoir. Surtout quand les esprits déréglés ne dessinent plus de perspectives. Pourtant, regardons autour de nous. Les pays "émergents", la Chine, le Brésil, l’Inde, entraînent le monde dans leur reprise, très forte. Le commerce mondial est reparti. Et cette semaine, les Etats-Unis ont confirmé leur reprise. L’optimisme est au plus haut depuis 2004. Les créations d’emplois sont là, ce ne sera pas une jobless recovery. Une Amérique nouvelle émerge: moins tournée vers la consommation immédiate et l’endettement.
Et sans "Grenelle", le consommateur se met au vert et les Etats-Unis auront besoin de moitié moins de pétrole que prévu d’ici à quinze ans. L’Allemagne est repartie mais la France prendra plus de temps: les amortisseurs de crise sont, chez nous, des étouffoirs de reprise. Nous avons du mal à voir la sortie de la crise comme les Hébreux ne croyaient pas à leur libération d’Egypte ou les chrétiens au mystère de leur rédemption. Mais, oui, le printemps arrive. Malgré ces Pâques aux airs de Toussaint.
Les riches de plus en plus riches en France
La France abrite de plus en plus de riches. C'est ce que révèle l'Insee dans une étude publiée vendredi intitulée "Les revenus et le patrimoine des ménages". Si les indicateurs classiques d'inégalités de niveau de vie restent globalement stables (les 10 % de ménages les plus aisés gagnent un peu plus de trois fois ce que perçoivent les 10 % les plus pauvres), le nombre de foyers très riches 
a fortement augmenté entre 2004 et 2007. Ceux qui gagnent plus de 500.000 euros par an ont littéralement explosé, de 70 %, en trois ans, passant de 6.500 personnes à 11.000 ! Un chiffre qui intervient en pleine polémique sur le bouclier fiscal.
La tendance s'explique essentiellement par l'augmentation du patrimoine des personnes concernées. Et pour cause : de fin 2003 à fin 2007, le CAC 40 est passé de 3.500 à 5.600 points. Du coup, les revenus du patrimoine ont logiquement bondi de 46 % et ceux exceptionnels - par exemple les plus-values ou les levées d'option - de 55 %. À eux seuls, les 1 % les plus riches - ceux qui ont déclaré au minimum 84.500 euros de revenus au fisc en 2007 - concentrent près du tiers des revenus du patrimoine. Les effets de la crise financière devraient donc modifier cette tendance dès 2008.
En attendant, contrairement à ce qu'on pourrait croire, les impôts n'ont pas contribué à corriger la tendance à l'augmentation rapide des revenus des plus aisés. L'enquête de l'Insee révèle en effet que 1 % des plus riches ont bénéficié d'un taux d'imposition moyen de... 20 % de leurs revenus, grâce au petit jeu des niches fiscales. De quoi alimenter une belle polémique à ce sujet, alors que les caisses de l'État sont vides...
Les familles monoparentales, particulièrement exposées à la pauvreté
Si les revenus du patrimoine ont explosé, ceux du travail ont connu une évolution plus classique. Ils n'ont progressé "que" de 11 % en trois ans et les revenus moyens des 90 % de Français les moins dotés, encore moins vite, de 9 %. Du coup, le niveau de vie annuel moyen en métropole s'est établi en 2007 à 21.080 euros, soit environ 1.760 euros (1,6 % de plus qu'en 2006). En 2007, les salariés les mieux rémunérés du privé, souvent dirigeants ou financiers, sont payés sept fois plus que la moyenne des salariés à temps complet et ont bénéficié de hausses de salaires "substantielles" de 2002 à 2007, bien supérieures à l'ensemble des salariés.
Enfin, à l'autre bout du spectre, le taux de pauvreté connaît "une relative stabilité après une longue baisse", a expliqué Jean-Louis Lhéritier, un expert de l'Insee, lors d'une conférence de presse. En 2007, le seuil de pauvreté correspond à un niveau de vie de 908 euros par mois et concerne 13,4 % de la population, soit 8 millions de personnes. Les familles monoparentales, les personnes vivant dans un ménage immigré et les chômeurs restent particulièrement exposés au risque de pauvreté monétaire. "Plus de 30 % des personnes vivant au sein d'une famille monoparentale sont ainsi confrontées à la pauvreté", note l'Insee. Le risque d'être pauvre est 4,7 fois plus élevé si on est au chômage. Les ménages d'immigrés sont particulièrement fragiles. Plus d'un tiers des personnes qui en sont issues vivent sous le seuil de pauvreté.
Henri IV, la mort en direct
Quelle scène ! Décrite par un homme qui se trouvait à quelques mètres et dont l'historien Michel Cassan reproduit le témoignage inédit, elle reste l'une des plus saisissantes de l'histoire de France. Imaginez l'étroite rue de la Ferronnerie, le carrosse royal qui s'engage, puis s'arrête
, bloqué par un attelage. Un homme surgit, grimpe sur la roue arrière et se jette sur le souverain. Deux coups de couteau ! Le sang jaillit. En pleine rue, sans le moindre viatique, le roi de France s'éteint. Imaginez les cris, le carrosse emportant le roi mort à bride abattue sur les rues pavées : vite, il faut devancer la rumeur qui se répand aussitôt, il faut faire croire qu'Henri IV s'est éteint en monarque, dans son palais.
L'annonce de l'assassinat est retenue deux heures par le pouvoir. En ces temps où l'on ne circule qu'à cheval, elle mettra dix jours à atteindre l'ensemble du territoire. Comment est-elle prise par des Français qui vivent là leur deuxième régicide en vingt ans ? Comment la violence de cette scène est-elle supportée, alors que la paix est encore si fragile ? Des troubles politiques aux décès psychosomatiques en passant par la peur qui suinte des livres de raison, Michel Cassan, en érudit, raconte l'ampleur du traumatisme. Et, pour la première fois, l'une des scènes les plus incroyables de la royauté vue par le peuple de France.
La Grande Peur de 1610 , de Michel Cassan (Champ Vallon, 280 p., 23 euros).
Pougatchev, l'homme qui veut relancer France Soir
PRESSE - Ce fils d'oligarque n'a que 25 ans et tente de ranimer le vieux quotidien mythique de Pierre Lazareff. Il a mis 50 millions sur la table et promet une rentabilité rapide. Un pari impossible?
Sur l'avenue des Champs-Elysées, où la plupart des enseignes ont disparu des façades d'immeubles au nom de la préservation du
prestige des lieux, on ne voit qu'elle. Depuis huit mois, le numéro 100 abrite les locaux de France Soir , et personne ne peut l'ignorer. Face au célèbre Fouquet's, le quotidien a eu l'autorisation de s'afficher en grand! Oublié Aubervilliers, où la rédaction s'était installée pour être, disait-on, au plus près de son lectorat populaire (et accessoirement faire des économies de loyer). Oubliés aussi, les sombres locaux étroits du XVIIe arrondissement où le titre en perdition s'était réfugié avant son rachat. Le voilà sur la troisième avenue la plus chère du monde! Le nouveau France Soir a de l'argent et de l'ambition, et le faire savoir était la priorité de son nouveau propriétaire, Alexandre Pougatchev, fils cadet d'un oligarque russe qui a racheté le titre il y a quinze mois. Le faire savoir à qui? «A la presse française. Elle doit savoir qu'on a envie de relancer ce journal et qu'il y a de l'argent derrière.»
Depuis deux semaines, plus personne ne l'ignore. Affiches, spots radio et TV: 20 millions d'euros ont été dépensés pour annoncer la nouvelle formule du quotidien, lancée le 17 mars. Une campagne d'une ampleur inédite dans la presse française au service d'un objectif stupéfiant: faire passer les ventes de France-Soir de 23.000 à 200.000 exemplaires!
Comment expliquer que personne dans la profession ne parvienne à prendre réellement au sérieux cette énième tentative de ressusciter le mythique quotidien façonné par Pierre Lazareff il y a plus de soixante ans? Jalousie, lucidité? «Il pense qu'il est plus malin que tout le monde, mais il court après un lectorat qui n'existe plus», grince un bon connaisseur de la presse française. Lorsque, trois jours après le lancement de la nouvelle formule, France-Soir s'est fait piéger par une photo prétendument récente de Johnny en vacances, tous les confrères se sont gaussés avec des mines faussement apitoyées. Dur, dur...
«Le président», puisque c'est ainsi que tout le monde au journal appelle ce jeune homme blond de 25 ans, reçoit dans son bureau du 3e étage - pas le plus grand ni le plus beau, qui est occupé par sa directrice générale, Christiane Vulvert. Visage fin aux traits slaves mais allure de golden boy londonien, Alexandre Sergueïevitch Pougatchev comprend mal qu'on puisse douter de la réussite de son entreprise. «On a vendu 150.000 exemplaires le premier jour! 50.000 de plus, ce n'est pas si loin...», répond-il avec une fraîcheur désarmante dans un bon français teinté d'accent russe. «On va maintenant analyser les ventes, région par région, pour savoir qui nous achète, on va organiser des groupes de lecteurs et on adaptera la formule.» Oh bien sûr, il le sait, une fois passé le succès de curiosité du premier jour, les ventes se sont tassées. Mais, qu'on se le dise, la reconquête ne fait que commencer. «Nous n'avons pas encore travaillé sur les grands comptes et les abonnements qui comptent pour l'OJD, vous savez, c'est de la diffusion France payée», énonce-t-il, usant d'un jargon de vieux patron de presse français. Et si la campagne de lancement concoctée par Publicis met en scène des nouveaux lecteurs arpentant le plus russe des ponts de Paris - le pont Alexandre III -, il ne faut y voir aucune allusion au nouveau propriétaire: «C'est une référence au film 125, rue Montmartre avec Lino Ventura.» Le président connaît ses classiques.
Il reste l'essentiel: le nouveau France Soir va-t-il rencontrer son public? Pour parvenir à ses fins, Pougatchev veut faire de son quotidien «un journal populaire, de qualité, avec des infos exclusives et des photos exclusives». Un clone du Parisien? Les premiers numéros lui ressemblent étrangement, mais il s'offusque qu'on puisse même faire la comparaison: «Il n'y a personne sur ce créneau, pas de concurrence», assure-t-il, là encore avec une assurance confondante.
Pendant des mois, Pougatchev et son bras droit, Christiane Vulvert - que certains appellent «la vraie patronne» -, ont reçu tout ce que Paris compte de vieux routiers du journalisme, de grosses pointures des médias en délicatesse avec leur employeur ou de gloires déchues en quête d'une dernière aventure. Malgré son gros carnet de chèques (on murmure qu'il aurait proposé 500.000 euros à un célèbre journaliste pour le poste de directeur de la rédaction), il a eu bien du mal à constituer son équipe. Mais il a tout de même fini par rassembler 90 personnes, dont une soixantaine de journalistes, un mélange de jeunes reporters et d'anciens expérimentés. Des chroniques ont été confiées à Patrick Poivre d'Arvor, Thierry Roland, la météo à Laurent Cabrol, etc. A la tête de la rédaction, Christian de Villeneuve, un vrai pro de la presse populaire, ex-directeur de la rédaction du Parisien, tout juste débarqué de celle du Journal du dimanche. Arrivé la veille du lancement de la nouvelle formule, Villeneuve s'est laissé séduire par ce «modèle économique inédit» dans la presse : des moyens très importants, une petite équipe, un format réduit (une quarantaine de pages, contre 80 au Parisien). Pour insuffler un esprit «commando» à la rédaction, une demi-douzaine d'anciens du Parisien ont été recrutés. Côté commercial et publicité aussi, des renforts sont arrivés.
France-Soir reste une petite structure, mais le journal retrouve peu à peu un fonctionnement normal. «Nous étions dans le dénuement absolu, se souvient Gérard Carreyrou, éditorialiste indépendant qui signe les billets politiques depuis trois ans. A un moment, nous n'avions même plus d'abonnement à l'AFP.»
Pougatchev ne se mêle guère de la vie au jour le jour du journal. Entre la rédaction et lui, il y a comme une distance polie. «Il est un peu froid, mais c'est sans doute de la timidité», avance un journaliste. Le jeune boss - sans doute le benjamin des troupes - a participé deux ou trois fois à la rituelle conférence de rédaction du matin, debout et sans dire un mot. «Il s'intéresse réellement et veut comprendre», raconte un journaliste qui a travaillé à ses côtés pendant plusieurs mois. Mais il a tout à apprendre: «Il a même demandé une fois à quoi servait un directeur de la rédaction!»
Comme tout patron de presse qui se respecte (ou qui joue le jeu), Pougatchev a entreposé dans son bureau quelques souvenirs de l'époque héroïque du journal, comme le fac-similé de la une annonçant la chute de Diên Biên Phu. L'époque où France-Soir tirait à plus d'un million d'exemplaires.
«Une des marques les plus connues en France »
Que représentent pour un jeune Pétersbourgeois de tout juste 25 ans (il les a fêtés en janvier) ces morceaux d'histoire de la presse française? D'histoire de France tout court? «Une marque, répond-il sans hésiter.France-Soir est une des marques les plus connues en France. J'ai acheté une marque», répète-t-il. Même si le journal était tombé à 22.700 exemplaires (chiffre officiel en 2009), «son nom reste très présent dans la tête des gens». C'est en tout cas ce qu'a vendu Jean-Pierre Brunois, le précédent propriétaire du titre, lorsque «après avoir fait le tour de tout le monde» (c'est Alexandre qui le dit) il est venu chercher Sergueï Pougatchev en 2006. Les deux hommes ont un ami commun, le magnat de l'immobilier monégasque Michel Pastor. L'oligarque, qui rachètera l'année suivante le traiteur Hédiard à Pastor, accepte de prendre 20% du capital. En janvier 2009, «l'investissement de portefeuille» se transforme en prise de contrôle. «Mon père voulait vendre sa part», déclare à l'époque Alexandre au Figaro. Mais lui veut y croire et c'est donc, une fois naturalisé français, comme l'exige la loi, qu'il prend les rênes du quotidien.
Jamais auparavant le jeune Pougatchev n'avait manifesté le moindre intérêt pour la presse. Arrivé en France il y a dix ans sans parler un mot de notre langue, il a passé sa jeunesse sur la Côte d'Azur entre les propriétés de son père, notamment une somptueuse villa à Saint-Jean-Cap-Ferrat, et l'International University of Monaco, un petit campus richement doté, qui accueille la jeunesse dorée du monde entier et s'est fait une réputation avec son master en produits de luxe et sa «capacité à faciliter de nouvelles opportunités de carrières»... C'est là, entre soirées en smoking et cours de management en anglais, qu'Alexandre et son frère aîné vont découvrir la douce France. Tous deux vivent aujourd'hui à Paris, l'aîné travaillant dans la finance.
Combien de temps son père lui a-t-il donné pour rentabiliser l'investissement dans France Soir? Deux ans? Cinq ans? Alexandre Pougatchev part d'un grand éclat de rire : non, c'est en 2010 qu'il vise la rentabilité. Les Pougatchev, qui ont déjà investi plus de 50 millions d'euros dans l'affaire, auront-ils la patience d'attendre au-delà? Certes, les sommes engagées ne pèsent pas grand-chose pour un oligarque qui a accumulé deux milliards de dollars (1,5 milliard d'euros), selon le magazine américain Forbes. Cela n'en fait pas - et de loin - l'homme le plus riche de Russie, mais autorise quelques fantaisies dans les investissements. Et laisse penser que l'intérêt pour France-Soir est ailleurs... «Tous les oligarques rachètent des journaux, explique un spécialiste des nouveaux maîtres de la Russie. Ils veulent à la fois corriger l'image de la Russie en Europe et se bâtir un réseau d'influence.» Outre-Manche, le milliardaire Alexandre Lebedev, déjà propriétaire du tabloïd The Evening Standard (290.000 exemplaires) vient de racheter le réputé The Independent.
Sergueï Pougatchev, le père, âgé de 47 ans, a connu Vladimir Poutine au tout début des années 90 lorsque ce dernier travaillait à la mairie de Saint-Pétersbourg. S'il a fait l'essentiel de sa fortune dans la banque, au point d'être un temps surnommé« le banquier du Kremlin », il a largement investi ces dernières années dans le complexe militaro-industriel russe ainsi que dans l'immobilier. Il est notamment propriétaire des deux grands chantiers navals de Saint-Pétersbourg, qui sont au cœur de délicates négociations sur la vente par la France des navires de guerre Mistral à la Russie (où ils seraient en partie construits). La directrice de France Soir, Christiane Vulvert, a reçu la Légion d'honneur des mains du président de la République le jour même du lancement de la nouvelle formule. De là à voir la main de l'Elysée dans ce sauvetage... Mais pourquoi précisément voler au secours de France-Soir dont la capacité d'influence est plutôt limitée ? Sauf à parier sur le succès de cette relance auprès d'un électorat populaire qui s'est éloigné du pouvoir.
Les frasques du père, la discrétion du fils
Conscient que l'univers des oligarques charrie autant de fantasmes que de craintes, Alexandre fait tout pour faire oublier qu'il est le fils de son père. Ce dernier n'est venu qu'une fois visiter la rédaction («On ne l'a pas vu, se souvient un journaliste, mais on a aperçu les deux gros vans noirs de sa sécurité garés devant l'immeuble»). Le fils n'assume qu'un seul goût de luxe: celui des belles voitures (une Bentley noire, ces temps-ci). Une passion qui lui a valu un retrait de permis l'été dernier. Pour le reste, la discrétion est de mise. Tout juste sait-on que son épouse et ses deux jeunes enfants vivent à Vienne, où il passe bon nombre de ses week-ends.
Rien à voir avec le flamboyant paternel dont la vie privée s'étale dans les tabloïds britanniques. Sergueï Pougatchev vit dorénavant avec une superbe comtesse russe de 35 ans (l'héroïne du spot de pub d'Hédiard, c'est elle), descendante de Tolstoï et rencontrée à Londres où elle réalisait des documentaires sur les chevaux pour la télévision. Ils vivraient désormais l'essentiel du temps sur la Côte d'Azur, même si, officiellement, Sergueï Pougatchev est retenu à Moscou et préoccupé uniquement des intérêts de la République de Touva, un petit territoire de 300.000 habitants aux portes de la Mongolie dont il a été nommé sénateur en 2001.
A la grande différence de ses pairs et nonobstant ses frasques, cet homme à la barbe fournie - ce qui lui donne un petit côté Romanov - est très proche de l'Eglise orthodoxe russe. «C'est un homme pieux, grand bienfaiteur de l'Eglise orthodoxe. Il a même enchâssé des icônes dans la carlingue de son avion», raconte un expert ès oligarques. La décision du gouvernement français, début mars, de vendre à la Russie un splendide site en bordure de Seine, à deux pas de la tour Eiffel, pour y construire une vaste église orthodoxe, n'a pu que le réjouir...
LA PRAVDA
Pâques, ce mot signifie « passage ». Il vient de la tradition biblique, commémorant la libération d'Égypte. Dans les temps anciens, les Hébreux, alors esclaves de Pharaon, s'enfuirent dans le désert pour gagner « la terre promise où ruissellent le lait et le miel », enseignent les Écritures.
La semaine dernière, ce grand passage de l'esclavage à la liberté fut célébré dans les synagogues. Et maintenant, sur toute la terre, les chrétiens célèbrent cet autre grand passage, celui de la mort à la vie : condamné à mort et exécuté au terme d'un faux procès, Jésus de Nazareth est apparu vivant à ses amis.
Puis, ces « douze hommes en sandales » ont fait trembler des empires en proclamant cette incroyable nouvelle au péril de leur vie. Près de deux mille ans plus tard, cet évènement n'a pas rejoint l'étagère poussiéreuse des légendes que l'on finit par oublier. Aujourd'hui encore, on continue de s'en souvenir. Certains sont même tués parce qu'ils annoncent cette nouvelle, à leurs yeux plus précieuse que leur propre vie. Car cet évènement dérange toujours autant les tyrannies, remet en cause les coutumes irrespectueuses des personnes, bouscule les mentalités enfermées dans le matérialisme.
Dans ces deux traditions, juive et chrétienne, l'évènement célébré se passe la nuit comme en écho à toutes les nuits humaines, à toutes les aurores guettées avec ferveur ou inespérées : de la nuit de la douleur à l'aube de l'espérance, de la sombre et lourde peine à la consolation lumineuse et douce, de l'angoisse à la plénitude.
Dans ces deux traditions, l'évènement tourne les regards vers une promesse, vers un avenir ouvert, bon, heureux mais pas toujours visible à l'oeil nu. Comme s'il sollicitait une partie secrète de l'être. Comme s'il invitait à une marche intérieure.
Mais cette promesse, ne fait-elle pas aussi écho à l'espérance de bonheur qui vit au plus profond des coeurs et que même les plus grands chagrins n'éteignent jamais complètement ? N'invite-t-elle pas à se tourner vers la joie, à se mettre en marche pour accomplir cette espérance ? À l'image de l'apostrophe biblique : « Ne pensez plus aux choses passées, voici que je vais faire une chose nouvelle, déjà elle pointe. Ne la reconnaissez-vous pas ? »











