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lundi 24 février 2014
Genre
Genre
Un lecteur de Paris veut bien nous demander ce que nous pensons de cette théorie du genre qui enflamme les imaginations et gonfle les défilés. Au risque de le mécontenter, nous lui répondrons que nous n’en pensons rien et que ces calembredaines ne méritent pas tant d’efforts. Là où nous sommes, en humble servant du « saint langage », « honneur des hommes » selon Valéry, seule la logique nous importe, et force nous est de constater que les défileurs antigenre manquent à la fois de logique et de confiance. Car enfin l’utopie du genre a déjà été réalisée (dans les kibboutzim par exemple) avec le bonheur que l’on sait. Il ne faut pas être grand devin pour prédire le même succès aux maternelles scandinaves qui promeuvent le genre neutre. Manque de confiance en la force des choses, laquelle fait régulièrement table rase de toutes les tables rases que tous les rêveurs totalitaires ont tâché de nous imposer depuis deux siècles ; combattre à ce point ces théories insanes, c’est leur accorder une réalité dont elles n’ont pas l’ombre d’un commencement. Contester, c’est prendre un peu trop au sérieux ; discuter c’est approuver en donnant corps à ce que l’on discute. Cette dialectique élémentaire est illustrée par les dibboukim de la Kabbale, ces êtres négatifs qui se nourrissent et se renforcent de tout le mal que l’on pense d’eux. Le contraire de l’idéologie c’est la réalité, ce n’est pas une idéologie contraire. Manque de logique, aussi, que nous reprochons à nos contestataires antigenre : car enfin l’homme nouveau, soit le citoyen public, laïc et obligatoire voulu par Jules Ferry, nos socialistes actuels sont encore à espérer son avènement. C’est peu dire que la tentative a raté, malgré l’immensité des moyens mis en oeuvre depuis plus de cent vingt ans : en toute rigueur, nous devrions tous être “de gauche”, et le problème ne se poserait pas…
dimanche 26 août 2012
Récupérer
Le tic est déjà ancien ; mais sa généralisation confine aujourd’hui au pataquès. C’est ainsi qu’une radio nationale a annoncé qu’un cambrioleur avait été tué par un bijoutier au moment où il venait « récupérer » les bijoux du coffre. “Récupérer”, si l’on en croit le Petit Robert, veut dire « rentrer en possession de ».
Dès lors, ou bien le cambrioleur, s’il venait récupérer des bijoux, c’est-à-dire rentrer en possession de bijoux qui lui appartenaient, n’était pas un cambrioleur, ou bien, s’il l’était vraiment, les bijoux ne lui appartenaient pas et il ne pouvait que difficilement les récupérer. Le même jour, comme une autre radio nationale nous interrogeait sur le français tel qu’on le parle ou le déparle, nous avons cité ce mot si malheureux – et bien mal nous en prit : on nous remontra que le sacro-saint “usage” voulait, c’est-à-dire exigeait, que l’on dît maintenant “récupérer” dans le sens nouveau que l’on entend partout – qui n’est rien d’autre qu’un contresens. Ce sont les mêmes qui crient au fascisme à la moindre règle de grammaire ou au moindre scrupule sémantique qui exigent pour les caprices et les bévues de l’“usage” le respect le plus absolu. Il est curieux comme ce genre d’esprits passe vite d’“il est interdit d’interdire”, la maxime dont, en bons enfants du siècle, ils se flattent, à “il est interdit” tout court. Les gardes champêtres ne sont pas toujours là où l’on croit…
Le tic est déjà ancien ; mais sa généralisation confine aujourd’hui au pataquès. C’est ainsi qu’une radio nationale a annoncé qu’un cambrioleur avait été tué par un bijoutier au moment où il venait « récupérer » les bijoux du coffre. “Récupérer”, si l’on en croit le Petit Robert, veut dire « rentrer en possession de ».
Dès lors, ou bien le cambrioleur, s’il venait récupérer des bijoux, c’est-à-dire rentrer en possession de bijoux qui lui appartenaient, n’était pas un cambrioleur, ou bien, s’il l’était vraiment, les bijoux ne lui appartenaient pas et il ne pouvait que difficilement les récupérer. Le même jour, comme une autre radio nationale nous interrogeait sur le français tel qu’on le parle ou le déparle, nous avons cité ce mot si malheureux – et bien mal nous en prit : on nous remontra que le sacro-saint “usage” voulait, c’est-à-dire exigeait, que l’on dît maintenant “récupérer” dans le sens nouveau que l’on entend partout – qui n’est rien d’autre qu’un contresens. Ce sont les mêmes qui crient au fascisme à la moindre règle de grammaire ou au moindre scrupule sémantique qui exigent pour les caprices et les bévues de l’“usage” le respect le plus absolu. Il est curieux comme ce genre d’esprits passe vite d’“il est interdit d’interdire”, la maxime dont, en bons enfants du siècle, ils se flattent, à “il est interdit” tout court. Les gardes champêtres ne sont pas toujours là où l’on croit…
dimanche 1 avril 2012
Destin
Les socialistes ont une grande supériorité : ce sont
d’impavides conservateurs. C’est peu dire qu’ils n’ont rien appris ni
rien oublié : il faudrait pouvoir inventer une espèce de superlatif de
l’immuable, et dire qu’ils n’ont rien appris ni rien oublié de mieux en
mieux (il suffit de voir quelle vessie ils nous proposent aujourd’hui
comme lanterne).
En 1909, Georges Sorel notait déjà que « les socialistes sont
au-dessus du découragement. Après chaque expérience manquée, ils
recommencent. On n’a pas trouvé de solution, on la trouvera. L’idée ne
leur vient jamais que la solution n’existe pas, et là est leur force ». Une dizaine d’années plus tôt, dans la Psychologie du socialisme, Gustave Le Bon notait de son côté que « Ce qui […] préoccupe réellement [le socialiste], ce n’est pas l’avènement du socialisme, mais l’avènement des socialistes ».
Que ce soient des auteurs vieux de plus d’un siècle qui rendent le
mieux compte de l’état des esprits à gauche aurait de quoi inquiéter, du
moins quand on se dit “progressiste”, et qu’on est logique ; mais les
socialistes ne sont pas logiques, ils sont idéologiques. Une fois pour
toutes ils n’ont jamais tort, c’est le réel qui est trompeur et
réfractaire, et on ne manquera pas de le punir comme il faut.
Ces
nouveaux titans appellent la manoeuvre : “changer de destin”.
Nous voilà
prévenus.
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