TOUT EST DIT

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vendredi 11 mai 2012

L’incendie grec menace à nouveau

La crise politique à Athènes réveille le scénario de la sortie de la Grèce de la zone euro. Une hypothèse d'autant plus dangereuse aujourd'hui que l'Espagne est à son tour affaiblie. Les conséquences d'une telle issue seraient non seulement économiques, mais aussi géopolitiques.
L'Europe n'a pas un instant de répit, comme si elle se vengeait du fait que, pendant des décennies, personne ne lui a accordé la moindre attention. Quelques jours seulement après la victoire de François Hollande en France, une petite lueur d'espoir, nous voilà de nouveau confrontés aux deux problèmes qui sous-tendent cette crise.
Il s'agit, d'une part, de la fragilité des systèmes politiques qui, comme nous le voyons en Grèce, s'autodétruisent en s'acharnant à imposer aux citoyens une austérité sans fin et sans avenir et à leur faire assumer toute la responsabilité de la crise. D'autre part, comme en témoigne la situation espagnole, il s'agit aussi de la fragilité de certaines branches du système financier, résultat d'une décennie d'excès de liquidités, de mauvaise gestion et d’une encore plus mauvaise supervision.

Réaction en chaîne

Ces deux grandes faiblesses, mises bout à bout, s'entraînent l'une l'autre pour nous laisser fasse à une situation qui ne peut pas durer. En Grèce, la perspective d'une renégociation du plan de sauvetage implique d'envisager une éventuelle sortie de la zone euro. En Espagne, pour que fonctionne l'association des réformes et des coupes budgétaires qui est, à l'heure actuelle, la seule stratégie du gouvernement, il faut absolument que ces mesures soient mises en œuvre dans un contexte de stabilité financière et avec la confiance extérieure.
Pour garder la Grèce dans la zone euro, tout comme pour éviter que son départ ne produise une réaction en chaîne qui affecterait l'Espagne, les gouvernements de la zone euro devraient prendre des mesures radicales. Ces mesures devraient garantir aux marchés que la Grèce a un avenir au sein de la zone ou que son départ ne serait qu'un incident isolé. Toutefois, comme les dirigeants européens ne mettent pas en place les contrefeux nécessaires, les marchés ne croient aucune des promesses qui leur sont faites. Dans ce contexte pessimiste préoccupant, nombreux sont ceux au sein des institutions européennes qui commencent à être d'accord pour dire que ni la Grèce ni l'Allemagne ne pourront guère faire plus d'efforts : côté grec, nous sommes fatigués de l'austérité et côté allemand, nous sommes fatigués de la solidarité.
Il est indispensable de reprendre notre souffle et de prendre du recul : si la Grèce sort de la zone euro, ce sera un désastre de grande ampleur, pour les Grecs comme pour les autres membres de la zone. Les conditions de vie des Grecs s'en trouveraient d'autant plus détériorées, sans compter que les partis extrémistes deviendraient encore plus puissants. Et si, officiellement, la Grèce ferait toujours partie de l'Union européenne, une sortie de l'euro aurait des conséquences pour toutes les politiques qui dépendent de son adhésion à l'UE. Pour le marché intérieur, en particulier, abandonner l'euro reviendrait en pratique à une sortie de l'UE.

Déseuropéanisation

Les conséquences seraient également géopolitiques : au moment où, après une histoire chaotique, l’UE comptait intégrer en son sein l’ouest de la péninsule balkanique, et notamment la Croatie, la sortie de la Grèce de la zone euro viendrait ouvrir un nouveau front de désordre et de faillite de l’Etat dans une région déjà suffisamment compliquée. Psychologiquement, les Grecs identifieraient le projet européen à un échec, et chercheraient donc à s’en éloigner. La déseuropéanisation de la Grèce pourrait favoriser les voix et les forces antioccidentales qui historiquement ont toujours été plus fortes dans ce pays que dans les autres pays du sud de l’Europe comme l’Espagne, l’Italie ou le Portugal, ce qui pourrait avoir des répercussions importantes en termes de sécurité, notamment par le biais d’une remise en cause de l’OTAN ou via un essor du nationalisme et des tensions avec la Turquie et la Macédoine.
Pour le reste de l’Europe, les circonstances ne sauraient être plus fâcheuses. Derrière cet euphémisme à la mode (la fameuse "sortie contrôlée") se cache l’espoir teinté de cynisme que les Grecs seront les seuls touchés. Or dans les faits, cela se produirait au pire moment, alors que le Portugal, l’Italie et l’Espagne sont dans une situation de grande vulnérabilité, puisque les coupes budgétaires ont déjà fait leurs ravages, que les réformes n’ont pas encore portées leurs fruits et que les mesures pour relancer la croissance ne sont toujours pas à l’ordre du jour. En d’autres termes, la conjoncture pour une sortie de la Grèce de la zone euro ne saurait être pire et par conséquent, le risque de contagion est des plus élevés.
La Commission européenne n’a pas épuisé toutes ses ressources et elle s’apprête à ressortir des tiroirs toute une batterie de mesures afin de stimuler le minimum de croissance indispensable pour ne pas désespérer. Il s’agirait d’un cocktail de mesures à base de fonds structurels, de prêts de la BEI [Banque européenne d'investissement] et d’une dose de flexibilité dans les objectifs de réduction des déficits. Mais malgré l’optimisme qui a suivi la victoire de Hollande et qui a complètement changé l’atmosphère à Bruxelles, la situation de la Grèce laisse planer un horrible doute : et si Hollande était arrivé trop tard ?

vendredi 13 avril 2012

Mars et Vénus, 10 ans après

Les Américains s’inspirent du dieu de la guerre, les Européens de la déesse de l’amour, assurait l’Américain Robert Kagan en 2002. Mais après l’Irak, l’Afghanistan et la crise européenne, cette thèse controversée révèle un étonnant renversement des perspectives.
Il est temps d'admettre que nous sommes différents, déclarait Robert Kagan il y a 10 ans, déclenchant ainsi une vive polémique. Les Américains, écrivait-il dans son article “Power and Weakness” [Le Pouvoir et la Faiblesse, publié dans Policy Review en 2002], viennent de Mars (le dieu de la guerre), tandis que les Européens viennent de Vénus (la déesse de l'amour).
Selon lui, les Américains vivent dans le monde de Thomas Hobbes, régi par l'usage de la force, alors que les Européens vivent (ou prétendent de vivre) dans un monde kantien, gouverné par le droit et les institutions.
Ainsi, à l'heure où l'Europe fait tout son possible pour se débarrasser du pouvoir et de la force, les Etats-Unis ont précisément recours à ces deux moyens pour modeler le monde à leur image.

Un nouvel interventionnisme libéral

A la fin de la guerre froide, ajoutait Robert Kagan dans son essai, les Européens s'apprêtaient à vivre dans un monde bienheureux. Toutefois, le 11 Septembre a montré que la situation n'avait pas évolué tel qu'ils l'auraient voulu. A ce moment, au lieu d'affronter la réalité, ils se sont employés à l'ignorer. L'article de Robert Kagan a donné lieu à un livre du même nom qui a fait couler beaucoup d'encre et a suscité de nombreuses critiques.
Aujourd'hui, 10 ans plus tard, la revue Policy Review, qui avait publié l'essai en 2002, nous propose une rétrospective intéressante, rédigée par le même auteur et intitulée “A Comment on context” [Commentaire à propos du contexte]. Cet article est complété par un autre article passionnant de Robert Cooper [“Hubris and False Hopes”, L’hubris et les faux espoirs], l'un des grands architectes intellectuels de la politique extérieure européenne.
Robert Kagan révèle plusieurs détails qui nous permettent de mieux comprendre son article. Tout d'abord, il précise qu'il avait écrit son texte avant le 11 Septembre, et par conséquent avant la guerre en Irak. Il n'avait donc aucunement l'intention de faire l'apologie de ce conflit ou des politiques de George W. Bush.
Les différences entre l'Europe et les Etats-Unis, selon M. Kagan, sont d'ordre structurel et existaient déjà lorsque Bill Clinton était au pouvoir. L’administration Bush les a aggravées, mais ne les a certainement pas créées, affirme-t-il. Robert Kagan ajoute également qu'en réalité, au moment où il rédigeait son essai, il était surtout influencé par un Européen, Robert Cooper.

Une sacrée leçon d'humilité

Ce diplomate britannique a été le conseiller de Javier Solana pendant 10 ans au sein de l'Union européenne [Solana a été Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune de 1999 à 2009] et il est aussi l'auteur d'un texte polémique, The Post-Modern State and The World Order [L’Etat post-moderne et l’ordre mondial, 2002], dans lequel il plaide en faveur d'un “nouvel interventionnisme libéral”.
Il était selon lui nécessaire que les démocraties européennes réussissent à passer outre leurs craintes des interventions militaires à l'étranger afin de défendre les valeurs de la démocratie libérale. Pour Robert Cooper, le monde de l'époque ne comptait pas seulement des créations postmodernes comme l'UE, mais également des Etats modernes et des Etats en perdition gouvernés par les principes classiques de la force ou du pouvoir.
Il est extrêmement intéressant que la critique de Robert Kagan sur le rapport des Européens à la force ait trouvé des échos au sein même de l'Europe, car cela remet en question l'argument selon lequel les supposées différences entre Américains et Européens sont permanentes, voire inconciliables.
Le plus fascinant reste la conclusion proposée 10 ans plus tard par Robert Cooper lui-même concernant cet “affrontement” entre Vénus et Mars. Depuis les erreurs que se sont avérées être les guerres en Afghanistan et en Irak, les Etats-Unis sont victimes du phénomène de faiblesse du pouvoir : leur gigantesque puissance militaire n'a pas servi à grand-chose et a enduré une sacrée leçon d'humilité.
Les Etats-Unis ont appris qu'il ne fallait pas négliger la politique, la légitimité, la construction des Etats, le droit, et qu'on ne peut pas compter que sur la force. Pendant ce temps, de l'autre côté de l'Atlantique, le monde kantien postmoderne des Européens a aussi calé. Les deux camps en sortent moins arrogants. Assiste-t-on à un match nul entre Vénus et Mars face à l'essor de la Chine ?

samedi 2 avril 2011

Sauvez le soldat Ashton

Alors que la crise libyenne se déroule aux portes de l’Europe, le Haut réprésentant pour la politique extérieure de l’UE est totalement absent de la scène. C’est à se demander si son poste a encore un sens, écrit l’analyste José Ignacio Torreblanca. 

D’abord la Tunisie, ensuite l’Egypte, puis la Libye. L’UE n’avait rien vu venir ; elle a systématiquement tardé à réagir, pire elle s’est montrée extrêmement divisée sur la conduite à tenir. Elle a au moins eu le mérite de le reconnaître. Soyons honnêtes : d’abord, les capitales portent une responsabilité plus lourde que Bruxelles dans l'échec de cette politique méditerranéenne et elles n'ont pas rendu de compte pour cela.
Ensuite, la lenteur de leur réaction est compréhensible : la prudence est toujours le réflexe naturel de la diplomatie, une réalité à laquelle même Obama a été confronté, lui qui est pourtant à la tête d’une immense machinerie diplomatique. Enfin, cette division entre Européens est dans une certaine mesure tout aussi inévitable : chaque Etat membre a sa propre histoire et ses propres intérêts, parfois difficilement conciliables.

Un énorme budget pour une politique qui ne décolle pas

C’est un point qu’on oublie trop souvent. Or, si l’unité avait prévalu dès le départ, il n’y aurait pas eu besoin de dirigeants, ni d’institutions pour créer une politique extérieure commune, mais seulement des fonctionnaires pour l’exécuter docilement. Et c’est précisément la raison pour laquelle nous avons besoin de dirigeants et d’institutions européennes : afin d’élaborer des politiques communes à partir d’intérêts divergents. Voilà pourquoi nous nageons en plein paradoxe. Pendant 10 ans nous avons déploré le manque d’institutions européennes en matière de politique extérieure.
Le Haut Représentant [pour la politique étrangère], Javier Solana, avait beaucoup de bonne volonté, mais peu de moyens et des institutions faibles, ce qui l’obligeait à passer d’une crise à l’autre à bord d’avions prêtés pour l’occasion tout en se débrouillant avec une équipe réduite au stricte minimum et un budget de fonctionnement inférieur à celui consacré par la Commission européenne au nettoyage des bâtiments officiels. Aujourd’hui, semble-t-il, nous sommes confrontés à la situation inverse.
Nous sommes enfin dotés d’un ministère des Affaires étrangères européen qui ne s’avoue pas comme tel mais n’en possède pas moins toutes les qualités. Nous l'avons doté d'un énorme budget, de son propre service diplomatique, et mieux encore, de tout le pouvoir qui jusqu'alors était fragmenté entre trois institutions (le Conseil, la Commission et la présidence tournante de l’Union), qui se chevauchaient et ne cessaient de se contredire.
Forte du traité de Lisbonne, l'Europe est une et trinitaire, et la Haute représentante est toute-puissante. Et pourtant, sa politique ne décolle pas. En somme, nous avons enfin les institutions, mais nous n'avons toujours personne, apparemment, pour exercer un leadership fort.
Les révolutions arabes ont mis la politique étrangère européenne à rude épreuve. Après un an et demi à ce poste, Ashton est de plus en plus critiquée, parfois avec raison, parfois injustement. Les médias l'accusent d'être allergique aux feux de la rampe, de fuir la presse, de préférer rester discrètement au second plan. Et dans les capitales nationales, elle ne suscite pas non plus d'enthousiasme.

La Syrie d'El Assad : le test pour les chancelleries européennes

Ainsi, lors du Conseil européen extraordinaire sur la Libye, Sarkozy a tancé publiquement Ashton pour sa passivité, sans que personne ne prenne sa défense, pas même son compatriote Cameron. Ses défenseurs font valoir qu'Ashton s'est vu confier une mission impossible : faire le travail de trois personnes et régner sur 27 ego nationaux qui se considèrent tous plus compétents qu'elle. Ils ont tous partiellement raison, et par là même partiellement tort : Ashton ne veut pas taper du poing sur la table, alors que Sarkozy adore le faire. Quand on voit la surenchère d'El Assad en Syrie et les précédents de la Tunisie, de l'Egypte et de la Libye, il est évident que le soldat Ashton risque fort de rester isolé derrière les lignes ennemies.
Aussi est-il urgent d'organiser une mission de sauvetage pour préserver la suite de son mandat, dont il lui reste encore trois ans et demi. Idéalement, ce devrait être les ministres de Affaires étrangères des Vingt-Sept qui se portent volontaires pour le sauvetage et insuffler de l'énergie à la politique étrangère européenne. Mais y sont-ils vraiment prêts ? N'est-ce pas eux, qui par leurs actes, mais aussi leurs omissions, sont les principaux responsables de la situation actuelle ? Nous aurons bientôt la réponse à ces questions quand nous saurons jusqu'où ils sont prêts à aller avec la Syrie d'El Assad, elle aussi tellement choyée par de nombreuses chancelleries européennes.

vendredi 25 février 2011

L'Europe invente la doctrine zéro

Dans les situations importantes, toutes les grandes puissances ont une doctrine diplomatique claire, qu'elles appliquent selon leurs intérêts. Face aux révolutions arabes, il serait temps que l'Europe en trouve une, estime l'éditorialiste José Ignacio Torreblanca. 
Alors que les peuples des rives sud de la Méditerranée luttent pour leur dignité, nous jetons la nôtre par les fenêtres. En politique étrangère, une doctrine manifeste la volonté d’appliquer un même principe d’action à une série d’événements représentant des défis semblables. En 1947, la doctrine du président américain Harry Truman annonçait que son gouvernement soutiendrait “les peuples libres qui résistent à des tentatives d’asservissement, qu’elles soient le fait de minorités armées ou de pressions extérieures”.
En 1968, la doctrine Brejnev autorisa l’Union soviétique à intervenir militairement pour restaurer l’ordre socialiste dans les pays d’Europe centrale et orientale. Enfin, le certificat de décès de la guerre froide fut émis en 1989, quand le porte-parole de Gorbatchev, interrogé sur la permanence de la doctrine Brejnev à l’égard des réformes démocratiques en Hongrie et en Pologne, surprit ses interlocuteurs en répondant que c’était désormais la “doctrine Sinatra” qui avait cours, en référence à la chanson “My Way” ["Je l'ai fait à ma manière] – ce qui eut l’effet domino démocratique qu’on sait dans la région.

Condamner sans sanctionner, participer sans payer

Aujourd’hui, au lieu de se chercher une doctrine pour réagir aux révolutions arabes, l’Union européenne marche sur des œufs. Sa doctrine n’a ni nom ni contenu. Si elle n’a pas de nom, c’est que l’autorité brille par son absence à tous les niveaux : dans les capitales, où les dirigeants s’observent du coin de l’œil pour ne pas être le premier à faire l’erreur de miser sur le changement, comme à Bruxelles, où Catherine Ashton n’est pas moins frileuse.
Pour la haute représentante pour les Affaires étrangères, cette crise aurait pourtant pu être l’occasion d’inventer sa fonction. Mais la baronne a accepté dans la plus parfaite soumission de n’être que la porte-parole de ce que les Vingt-Sept décident à l’unanimité – quand ils y parviennent. Il n’y aura donc pas de doctrine Ashton.
De toute façon, cette doctrine n’aurait pas davantage de contenu, car nos dirigeants veulent le beurre et l’argent du beurre : protester sans déranger, influencer sans s’ingérer, condamner sans sanctionner, aider sans prendre de risque, participer sans payer. Et par-dessus le marché, dans le droit fil de cette hypocrisie qui gouverne à leurs actions jusqu’ici, ils ne prennent pas même la peine de dissimuler que ce qui les inquiète vraiment, ce sont les réfugiés et le cours des hydrocarbures. A l’image du miraculeux coca-cola sans sucre ni caféine, l’Europe vient de lancer la doctrine zéro : le changement, sans rien en échange.

"Il ne faut pas laisser les Etats proscrits perdurer impunément"

Qui plancherait sur une doctrine pourrait s’inspirer des principes exposés par Saïf el-Islam, sinistre rejeton de Kadhafi, dans sa thèse de doctorat présentée en 2007 à la London School of Economics sous un titre stupéfiant : "Le rôle de la société civile dans la démocratisation des institutions de gouvernance mondiale". Dans son travail, Saïf reprend la distinction faite par le théoricien de la justice John Rawls entre d’un côté, des sociétés "bien ordonnées" qui, même si elles ne sont pas intégralement démocratiques, sont pacifiques et ont des dirigeants qui jouissent d’une certaine légitimité auprès de leurs citoyens et respectent les droits de l’homme, et de l’autre, les régimes "proscrits" ou sociétés "injustes" qui violent systématiquement les droits de l’homme, doivent de ce fait faire l’objet de pressions et de sanctions, à qui il faut refuser toute aide, notamment militaire, et avec qui il faut geler toute relation économique.
A la page 236 de sa thèse, Saïf el-Islam conclut (pensant à l’islamisme radical) : "Cette thèse est en accord avec l’idée de Rawls selon laquelle il ne faut pas laisser les Etats proscrits perdurer impunément." Et, page 237, il ajoute que "l’isolement et, à terme, la transformation des Etats proscrits est primordial pour la stabilité mondiale".
Appliquons donc les principes de Rawls (déjà repris par les Nations unies dans le concept de "responsabilité de protéger") et distinguons clairement ceux qui, ces jours-ci, recourent à la violence contre le peuple et ceux qui dialoguent avec l’opposition. Les Vingt-Sept ne l’ont visiblement pas compris, mais les événements en Libye sont un pas de plus franchi dans la violence, auquel le Conseil de sécurité de l’ONU doit répondre par un régime de sanctions drastiques, une zone d’exclusion aérienne, l’ouverture immédiate d’une procédure devant la Cour pénale internationale et le gel de tous les actifs de la famille Kadhafi à l’étranger. La Libye est un Etat proscrit : traitons-la comme telle.