TOUT EST DIT

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mercredi 20 juillet 2011

Une étude scientifique démontre que les mâles dominants babouins, pourtant privilégiés par leur statut, sont bien plus stressés que les autres. Le pouvoir ne fait pas le bonheur ? 
 Pourtant plus à même de trouver de la nourriture et d'avoir des rapports sexuels, le chef de clan babouin n'est pas plus heureux que ses sujets. Au contraire. Une recherche menée pendant neuf ans par une équipe internationale et publiée dans la revue Science démontre que les mâles alpha ou mâles dominants présentent les taux de stress les plus élevés. Le stress accompagnant la préservation du statut social dans le groupe par les batailles physiques et comportementales, prévaut donc sur le bien-être provoqué par les privilèges obtenus.

Si cette étude concerne des primates, elle n'en serait pas moins significative pour les êtres humains car comme le rappelle Laurence Gesquiere, du Département d’Ecologie et de biologie évolutive de l'université de Princeton "les babouins sont non seulement génétiquement proches des humains, mais comme les humains, ils vivent dans des sociétés très complexes". Il ne faut d'ailleurs pas chercher bien loin pour trouver des ressemblances avec quelques "mâles dominants" célèbres.

Herman Van Rompuy, pressions et tensions
Le président de l'Union européenne, Herman Van Rompuy ne devait pas se douter que sa fonction serait aussi stressante. Après tout, président du Conseil européen, en voilà un titre des plus symboliques dans une Union où les Etats les plus importants font la loi. Mais les alliances d'antan non plus lieu d'être, France, Allemagne et Royaume-Uni ne sont plus toujours sur la même longueur d'ondes et il faut bien quelqu'un pour calmer les ardeurs de ces messieurs et mesdames les diplomates. D'un naturel discret, l'homme à la tête de l'U.E a été jeté en place publique pour expliquer les décisions (ou l'absence de décisions) des pays de l'Union suite aux crises grecques, espagnoles ou encore portugaises. Alors que la crise de la dette hellène est encore loin d'être résolue, Herman Van Rompuy a trouvé son arme anti-stress : l'écriture d'haïkus.  Voici comment le président de l'UE a su transcender sa calvitie : "Cheveux dans le vent, le vent rattrape les années, partis les cheveux…"
François Hollande, campagne et compétition
Autre homme, autre fonction et même stress : François Hollande, ancien premier secrétaire du Parti socialiste et candidat favori aux primaires du PS. Le député de Corrèze entame la course aux élections de 2012 avec une bonne avance sur Martine Aubry et encore davantage sur Ségolène Royal, Arnaud Montebourg, Manuel Valls et Jean-Michel Baylet. La maire de Lille, bien que victime de rumeurs, n'est pourtant pas si loin dans les sondages et grappille même du terrain. L'heure est donc au duel entre les deux éléphants. Première guerre de tranchée : la dette, encore elle. Si tous les deux souhaitent plus de rigueur économique sur toute la zone euro, à commencer par l'Hexagone, les deux candidats ont passé leur week-end à renchérir par médias interposés sur leurs propositions respectives. Ainsi quand François Hollande souhaite que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel s'élèvent "à la hauteur de l'enjeu", Martine Aubry invite la zone euro à "sauver la Grèce". Enervant, non ?

Mais François Hollande aura-t-il la tête à la bataille ? Impliqué indirectement dans l'affaire qui oppose Tristane Banon à Dominique Strauss-Kahn, il devrait être entendu par les enquêteurs de la Brigade de répression de la délinquance contre la personne, vraisemblablement en septembre prochain. La présumée victime d'une tentative de viol et sa mère accusent François Hollande d'avoir été au courant de la tragédie mais de n'avoir voulu taire l'affaire.
Espérons que tous ces tracas ne ruineront pas le régime qui lui a récemment fait perdre plus de 20 kilos.

Nicolas Sarkozy, présidence et naissance
Si le mâle alpha est stressé, Nicolas Sarkozy, président de tous les Français, doit donc être, par pure logique aristotélicienne, le plus stressé des Français. Entre un bébé en route avec Carla, une croissance française encore timide, des guéguerres au sein du parti majoritaire, et une crise européenne sans précédent, le chef de l'Etat ne manque pas en effet de facteurs de stress. Il faut ajouter à cela une campagne présidentielle à préparer alors que les sondages d'opinion vous placent au ras des pâquerettes, et le malaise vagal est à portée du chef de l'Etat. L'été permettra-t-il au président de se reposer ? Avec une épouse enceinte alitée, pas sûr que Nicolas Sarkozy retrouve paix et harmonie dans les prochaines semaines. Seule solution en plein tour de France : une bonne promenade en vélo. Etre sain de corps ET d'esprit est loin d'être aisé lorsque l'on acquiert un poste à responsabilités, autant alors commencer par l'entraînement physique.
 En savoir plus : Article de Sciences et Avenir, La vie stressante des mâles alpha

mercredi 13 octobre 2010

DEMISSION PARENTALE – Comment la juger et la punir ?

Le député Eric Ciotti ne veut plus mettre les parents au coin d'une cellule lorsque leurs enfants n'ont pas été gentils. Une amende en guise de bonnet d'âne devrait suffire, mais à faire quoi ?

Le secrétaire national de l’UMP en charge de la sécurité, Eric Ciotti, a décidé de ne plus condamner les parents de délinquants multirécidivistes à de la prison, une forte amende remplacera la privation de liberté. Le député des Alpes Maritimes va présenter cette semaine au Parlement une version adoucie de son texte de loi portant sur la responsabilité pénale parentale.

Comment punir les géniteurs ?
Le "M. Sécurité" de la majorité avait crée la polémique l'été dernier en souhaitant condamner sévèrement les pères et mères d'enfants délinquants qui n'auraient pas remis leurs bambins dans le droit chemin. "Il y avait 70 000 mineurs mis en cause en 1980 en France. Ils sont aujourd'hui 215 000 ! C'est une responsabilité pour les parents. La délinquance des enfants ne peut être uniquement l'affaire de la société", soulignait alors Éric Ciotti. Pour "remettre les parents démissionnaires face à leurs responsabilités", le député voulait punir "de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende le fait par le père ou la mère de laisser son enfant mineur, lorsque celui-ci a été poursuivi ou condamné pour une infraction, violer les interdictions et les obligations auxquelles il est soumis". Ce ne sont donc pas les fautes de leur enfant mineur qui sont alors reprochées aux parents mais bien leur démission parentale. Laisser ses enfants commettre des délits devenait alors un délit aussi grave que de les priver de soins ou de nourriture. 

Remettre les parents dans le droit chemin
Le discours de Grenoble – qui a pour la première fois évoqué cette proposition - tient peut-être de parole d'évangile pour le député sarkozyste, mais ce n'était pas le cas de l'opposition et de certains membres de la majorité qui ont vigoureusement critiqué le texte. La proposition de loi révisée est donc moins sévère que prévu. Le procureur pourra établir "une ordonnance de probation avec des interdictions et des obligations p
our le mineur, dont les parents auront en charge l'exécution", comme en Grande-Bretagne et au Canada. "Le non-respect de ce dispositif sera toujours un délit avec, à la clé, une amende qui pourra aller jusqu'à 7.000 euros", précise le député dans une interview au JDD. Les parents ne feront donc peut-être pas de prison en cas de non respect de leurs obligations parentales mais leur porte-monnaie sera attaqué. Des stages de parentalité –comme ceux prévus dans le cas des absentéistes récidivistes - seront également mis en place pour redresser ces vilains parents.

La carotte ou le bâton ?
Si ces nouvelles dispositions devraient motiver certains géniteurs démissionnaires à reprendre leurs responsabilités, que peuvent faire de plus ceux qui ont déjà tout essayé pour faire entendre raison à leur garnement sur qui ils n'ont plus prise ? Julien Dray (PS) constate que bien souvent le père et la mère, eux-mêmes "sont dépassés par la situation" et qu’"ils demandent de l'aide". Accompagnement social ou coup de pied au derrière de l'Etat, on sait ce qui touchera le plus les parents mais qu'est-ce qui fera vraiment réagir leur progéniture ?


Article du Figaro, Démission parentale : une amende plutôt que la prison
Interview du Journal du Dimanche, Délinquance: Eric Ciotti change son projet



vendredi 1 octobre 2010

LA CITE DU MÂLE – Vrais machos ou faux procès ?

Malgré les polémiques l'entourant, le documentaire La cité du mâle a été diffusé sur Arte. Le reportage présente le visage bien triste d'une cité où les hommes sont machos et où les femmes sont soumises, ou dont "les rébellions" sont sévèrement réprimandées. Vision caricaturale ou malheureusement réelle ?
La cité du mâle a finalement été diffusé mercredi 29 septembre sur Arte. Le documentaire avait pourtant été déprogrammé 15 minutes avant sa première diffusion prévue le 31 août dernier. La journaliste Nabila Laïb qui avait travaillé comme "fixeuse" [personne chargée de trouver les intervenants, ndlr] pour la réalisatrice Cathy Sanchez, avait bloqué le documentaire le jugeant bidonné.

Complètement bidon ?
"Dans le reportage, tous les personnages sont consentants, sauf un jeune homme qui est filmé à son insu et qui vient pour casser la caméra. C'est moi qui l'arrête, et il me dit 'OK, pas de souci'. Mais je ne suis pas au courant que la scène a été tournée, on ne me le dit pas. Ils le floutent à peine - son visage est reconnaissable par tous ses amis - et ils le mettent dans les 5 premières minutes du film!", explique-t-elle à Télérama. Si des modifications superficielles (plus de floutage, des propos retirés ou bipés…) ont été apportées à cette nouvelle mouture du documentaire, le producteur du projet, Daniel Leconte, et la réalisatrice persistent et signent devant les critiques d'une vision tronquée de la cité. "J'ai posé des questions ouvertes, pas orientées. Au montage, on a essayé d'être le plus soft possible pour ne pas tomber dans la caricature", assure Cathy Sanchez. Dans un débat à bâtons rompus sur France Inter, Daniel Leconte affirme que pour lui ces accusations ont "pour but de censurer l'information, de mettre un couvercle sur la détresse des jeunes femmes dans certaines cités."

Mais de quoi parle le documentaire ?
La cité du mâle qui s'inscrit dans la soirée thématique d'Arte "Femmes, pourquoi tant de haine ?", va faire un tour du côté de la cité Balzac à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) là même où il y a huit ans la jeune Sohane meurt brûlée vive par son ex-petit ami. "Je cherchais à dresser un état des lieux des relations filles-garçons huit ans après le meurtre", explique la réalisatrice qui a été très étonnée par le discours cru et dérangeant des jeunes interviewés. Ainsi, on peut y voir Rachid, 25 ans, qui préfèrerait "menotter" sa sœur plutôt que de la voir sortir le soir. "Moi, ma sœur, elle dépasse pas 10h à la baraque, elle est dans sa chambre, elle écoute de la musique". Sa sœur a pourtant 28 ans. Quant à Okito, 18 ans, son image de la femme se divise entre les filles "bien", celles qui sont vierges jusqu'au mariage, et les autres : "les chiennes, les putes". "Y'en a beaucoup maintenant", affirme-t-il. L'homme doit être "macho", explique un autre banlieusard. Même en couple, pas question de s'afficher ensemble ou "t'es un bouffon". La femme, elle, est soumise, ne dévoile pas ses formes et peut se faire frapper dans le cas contraire. "Un homme peut battre une femme. Pas la battre à mort mais si elle mérite une baffe, oui, c'est normal", déclare Yassine. Leurs mots ne sont d'ailleurs pas assez durs pour parler des mouvements féministes comme "Ni putes, ni soumises".

Caricatural ? Oui, mais …
La vision des jeunes garçons des cités dans ce documentaire polémique est certainement caricaturale, mais même la caricature a un fond de vérité. Si les intervenants ont certainement voulu jouer leur caïd devant la caméra et se montrer plus durs qu'ils ne le sont en réalité, les différents faits divers des dernières années prouvent que la violence ne se trouve pas que dans les mots. Rue89, qui avait montré le documentaire a des jeunes du Val-de-Marne, a ainsi constaté que les lycéens avaient trouvé un certain écho dans les témoignages de ces jeunes paumés qui gardent les murs de la cité, où les filles restent tapies dans la pénombre.

jeudi 4 février 2010

FERRAN ADRIA – Le meilleur chef au monde dépose ses couteaux

Le chef catalan Ferran Adria, élu plusieurs fois meilleur cuisinier au monde, va fermer pendant deux ans son célèbre restaurant El Bulli. Pourquoi ? Lassé d'être le chef de file de la très controversée cuisine moléculaire, il a besoin de renouveau
Ferran Adria Acosta (AFP) est né en 1962 en Catalogne (Espagne). A l'âge de 20 ans, la cuisine le rattrape lorsqu'il finance ses études de commerces en faisant des pizzas l'été à Ibiza. En 1983, il commence son apprentissage au restaurant El Bulli à la plage de Montjoi, près de Rosas dans la province de Gérone. L'année suivante, il devient chef de l'établissement avec le chef Christian Lutaud. Après des années passées à maîtriser la cuisine catalane, Ferran Adria se lance au début des années 1990 dans une aventure qui va révolutionner le monde de la gastronomie : la cuisine moléculaire.

Le pape de la cuisine moléculaire
Le chef catalan revisite l'art de la cuisine en y alliant des nouvelles technologies et de nouvelles textures, notamment grâce à l'usage d'additifs ou d'azote liquide. Ses spécialités, le caviar d'huile d'olive au jus d'anchois, la nougatine aux algues ou encore les moules sphériques au bacon, ont de quoi surprendre, c'est d'ailleurs cela qui plaît aux gastronomes et aux critiques. Le très sélect magazine culinaire britannique Restaurant consacre El Bulli "meilleur restaurant au monde" en 2002, 2006, 2007 et 2008. Le chef obtient également trois étoiles au Michelin, de quoi attirer les touristes de la bonne chère. Mais le cuisinier catalan sait faire patienter les convives. Il affine pendant 6 mois dans un atelier de Barcelone les recettes qu'il servira le reste de l'année. El Bulli n'est en effet ouvert que la moitié de l'année à seulement 8.000 invités, sélectionnés parmi 2 millions d'aspirants leveurs de fourchette. Certains affirment joindre des lettres de motivation à leur demande pour avoir l'honneur de débourser 200 euros afin de déguster une série d'une vingtaine de plats.

Le chef fait une pause
Présent à la conférence de haute gastronomie Madrid Fusion, le cuisinier âgé de 47 ans a annoncé qu'il s'accordera une pause de 2 ans. "On ne servira pas de repas à El Bulli en 2012 et 2013. Mais El Bulli ne ferme pas", a-t-il expliqué. Cet arrêt brutal ne sonne pour autant pas la fin de sa carrière, bien qu'il y ait pensé, mais une quête de renouveau. "Ce ne seront pas deux années sabbatiques, j'ai besoin de temps pour décider comment sera l'année 2014. Nous voulons marquer cette année 2014 et je sais que quand je reviendrai, ce ne sera pas pareil", souligne le chef catalan, visiblement épuisé par les 15 heures quotidiennes de travail. "C'est comme si on demandait à Galliano d'aller à l'usine", ironise-t-il.

Le cuisinier ne fait pourtant pas l'unanimité
Le meilleur chef au monde ne se sentirait-il pas plutôt menacé ? Des critiques se sont élevées ces dernières années contre le pape de la cuisine d'avant-garde. Son collègue catalan, Santi Santamaria, lui a récemment reproché de "remplir les assiettes de gélifiants et d'émulsifiants de laboratoire" présentant un "problème pour la santé publique". Ferran Adria révoque pourtant que sa décision ait une quelconque relation avec ces attaques : "On nous critique en permanence. Et on critiquera aussi cette décision de ne pas ouvrir pendant deux ans."
En attendant qui pour prendre la relève ? Le chef britannique Heston Blumenthal, passé lui aussi maître dans l'art de l'expérimentation culinaire, pourrait récupérer la première place laissée vacante par le génie catalan