TOUT EST DIT

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jeudi 18 novembre 2010

Qu'attendre de la présidence française du G20 ?

Dans un contexte de guerre des monnaies et de comportements peu coopératifs, le G20 de Séoul aura quand même réussi à concrétiser des réformes engagées lors des sommets précédents. Je pense aux nouvelles règles prudentielles pour les banques (Bâle III) ou au nouvel équilibre dans la gouvernance du FMI. Le G20 s'installe ainsi comme le forum économique mondial privilégié. Il y est en effet question de croissance, de commerce, de taux de change, de développement, d'environnement… Le risque est la dispersion. Mais il existe aussi une opportunité de faire la synthèse de questions trop séparées (exemple des taux de change et du commerce international) et de négociations internationales éclatées entre de multiples enceintes.

Pour le reste, la plupart des chantiers restent ouverts. Les pays se sont engagés à s'abstenir de dévaluations compétitives. Par-delà les mots, c'est à l'aune des politiques menées que l'on jugera de la valeur de l'engagement. Tout va dépendre des politiques monétaires. Or nous sommes loin d'une démarche coopérative entre les grandes banques centrales. Les Etats-Unis vont probablement continuer à jouer le recul du dollar, même s'ils vont répétant l'inverse ; la Chine n'a pas pris d'engagement précis sur la réévaluation du yuan.

Surveiller les soldes courants plutôt que se crisper sur les taux de change est à la fois fondé et astucieux. Encore faut-il se mettre d'accord sur les chiffres. Ce sera donc sous l'égide du FMI, érigé en juge de paix et chargé d'élaborer des indicateurs des déséquilibres commerciaux. Un monde où chaque pays serait à l'équilibre de sa balance courante serait sous-optimal. Déficits et excédents extérieurs sont inévitables, reflétant des compétitivités différentes, mais aussi des configurations variées dans chaque pays entre la consommation, l'épargne, l'investissement… Mais pour la stabilité mondiale, il faut corriger les soldes non soutenables à terme. S'accorder sur les indicateurs et sur les seuils de soutenabilité, arriver à un diagnostic partagé, tout cela fera partie des tâches de la présidence française du G20. C'est un point important s'il permet de sortir du dialogue de sourds à propos des excédents chinois, allemands… et des déficits américains.

Un volet ambitieux concerne la réforme du système monétaire international. Ici, l'échelle de temps est beaucoup plus étirée, tant les transitions d'un régime monétaire à l'autre sont longues. La présidence française peut amorcer le passage vers un monde multipolaire, ce qui prendra des années, avec d'autres monnaies de réserve à côté du dollar. Par exemple, l'horizon de la pleine convertibilité du yuan se situe probablement entre cinq et dix ans à partir de maintenant. Aujourd'hui, le dollar est contesté (par les Chinois, etc.) sans être vraiment remplacé, et cela malgré la percée indiscutable de l'euro (27 % des réserves de change des banques centrales dans le monde, part de 15 % à 20 % dans la facturation du commerce mondial). A court terme, une contestation excessive accélérerait le recul du billet vert, faisant perdre beaucoup d'argent à la Chine sur ses réserves de change et pénalisant l'Europe par une montée excessive de l'euro (par-delà l'effet à court terme de la crise grecque, irlandaise…). Attention décidément aux transitions !

Sur d'autres points, la présidence française peut espérer des résultats plus rapides. La France met à l'ordre du jour du G20 la volatilité des prix des matières premières, en particulier des produits agricoles. Des mesures visant à renforcer la transparence et à limiter la spéculation sur ces marchés pourraient être adoptées assez vite, tant le diagnostic paraît partagé. Doter le G20 d'un secrétariat permanent pour suivre engagements et recommandations fait d'autant plus sens qu'il va de façon irréversible estomper le G7-G8. Enfin, la présidence française doit contribuer à mieux articuler les différents étages de la fusée : d'une part, une meilleure cohérence entre l'ébauche de gouvernance mondiale et les progrès requis de la gouvernance européenne ; d'autre part, une meilleure interface entre le G20 et les différents organismes internationaux (y compris bien sûr le système onusien). Il y va, avec ce dernier point, de la crédibilité de la gouvernance mondiale en gestation. Il est par ailleurs essentiel que les pays non membres du G20 puissent être mieux consultés, par-delà leur représentation indirecte via des organismes régionaux ou internationaux. Ici, l'efficacité de la coordination et les exigences démocratiques sont susceptibles de se rejoindre…