TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO
Affichage des articles dont le libellé est Amélie Poinssot. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Amélie Poinssot. Afficher tous les articles

mercredi 27 août 2014

Présidence Hollande: un scénario grec

Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé n'est pas le fruit du hasard. Remaniements répétés, politique d'austérité à rebours des promesses de campagne, effondrement du parti socialiste: le film est déjà connu... il s'est déroulé à Athènes, ces cinq dernières années. Il a abouti à une spirale récessionniste, 28% de chômage et un parti socialiste représentant quelque 8% de l'électorat, gouvernant main dans la main avec la droite conservatrice.
C'est une soirée de janvier 2011, dans une taverne d'Athènes. Un an et demi avant la présidentielle française et alors que DSK est encore donné favori dans la course. DSK est connu en Grèce: en tant directeur général du FMI il fait partie de cette « Troïka » qui a assainé au pays une sévère cure d'austérité en échange d'un ensemble de prêts (mémorandum de mai 2010). Il est venu d'ailleurs contrôler l'avancée des mesures le mois dernier, on le dit proche de Papandréou, le premier ministre grec et leader du PASOK (parti socialiste), attaché à sortir la Grèce de l'ornière, moins dur dans les négociations que les représentants de la Commission européenne. DSK président serait-il une bonne nouvelle pour la Grèce? La future élection présidentielle française en tout cas figure déjà dans les discussions. Enfin, les socialistes reviendront au pouvoir et pourront proposer une alternative à cette politique d'austérité, faire contre-poids face à Merkel... Autour de la longue tablée, un ami pourtant m'avertit: « Le PS va arriver au pouvoir en France pour faire exactement la même chose que le PASOK en Grèce. C'est plus facile de faire passer ce genre de mesures par un gouvernement de gauche qu'un gouvernement de droite... » Je lui dit qu'il exagère - c'est ce que j'ai envie de croire, au fond, mais quelque chose me dit qu'il n'a pas complètement tort.
J'ai souvent repensé à cette prédiction qui s'avère si juste aujourd'hui, six mois après mon retour en France et alors que j'assiste, au sein de la rédaction de Mediapart, à cette droitisation inédite d'un gouvernement socialiste. Comme un film déjà vu dont on connaîtrait la fin, je note, jour après jour, les similitudes des deux trajectoires. Un financier au ministère de l'économie? En novembre 2011, c'est même un ancien gouverneur de la banque centrale grecque qui prend le poste de premier ministre, dans la foulée de la chute de Georges Papandréou : Loukas Papadémos. Plus tard, c'est un libéral convaincu, le directeur du think tank du patronnat grec, qui prendra les reines du ministère des finances et conduira de nombreuses "négociations" avec la Troïka: Yannis Stournaras.
La politique impulsée par l'Elysée, elle aussi, résonne étrangement à mes oreilles. Coupes dans les dépenses publiques, cadeaux au patronnat, non-sens fiscaux, reculs sur les droits sociaux...: autour de moi, l'orientation franchement libérale de la présidence Hollande choque, déconcerte, déçoit et désespère. Mais elle m'étonne si peu. En Grèce, - certes, le pays était alors dans une situation autrement plus critique, sous la pression d'une dette publique intenable qui rendait impossible l'emprunt sur les marchés - cela a commencé par un gouvernement Papandréou qui, à rebours de ses promesses électorales, a immédiatement coupé dans le vif des dépenses publiques (gel des recrutements, réductions de salaires des fonctionnaires, baisses des retraites, diminution budgétaires dans d'importants secteurs comme la santé), augmenté les impôts visant les classes moyennes (hausse de la TVA, nouvelle taxe indépendante du niveau de revenu, baisse drastique du seuil d'imposition - tout cela sans lutter contre la fraude et l'évasion fiscales), et ouvert la voie à un programme de privatisations des biens publics ainsi qu'à une libéralisation dans le secteur privé (remise en cause des conventions collectives). Par la suite, le gouvernement Papadimos (le « technicien ») a réformé le marché du travail: baisse du SMIC, libéralisation des professions dites règlementées, facilitation des procédures de licenciements dans le secteur privé, licenciements dans la fonction publique. C'était tout l'objet du deuxième mémorandum, voté en février 2012. Arrive ensuite, après les élections du printemps suivant, le gouvernement Samaras (coalition droite conservatrice-PASOK): la casse sociale continue, la réduction de la fonction publique se poursuit, et la pression fiscale est toujours essentiellement supportée par les classes moyennes.
Au fur et à mesure que sont votés ces projets de loi, dont aucun ne relèvera d'une politique de redistribution sociale (voir ce bref récapitulatif), le PIB grec s'effondre de 25% et le chômage explose à 28%. Mais les partenaires européens, eux, sont satisfaits... tout comme les marchés, et après quatre années pendant lesquelles les Grecs sont descendus en flèche, notamment par la presse allemande, Athènes fait son retour en grâce: au printemps, l'Etat grec peut à nouveau emprunter sur les marchés.
Pour le PASOK, cette politique aura été fatale. Très vite, une fronde se forme, des membres quittent le parti, l'électorat décroche. Je commençais à le raconter, déjà, dans l'un de mes premiers articles publiés dans Mediapart, en juin 2011. Le parlement grec devait alors voter la confiance à un nouveau gouvernement Papandréou, qui procédait déjà à un remaniement entre deux trains d'austérité. Louka Katséli, entre autres, vient de quitter le gouvernement: ministre du travail, pilier du PASOK dont elle incarnait l'aile gauche, cette adversaire déclarée de la rigueur rejoint les bancs de l'assemblée. Parallèlement, une trentaine de députés mènent la fronde et menacent de ne pas voter la confiance à ce nouvel exécutif. Mais la discipline de parti finit par l'emporter, les voix discordantes ravalent leurs langues au moment du vote, et le nouveau gouvernement obtient la confiance, à cinq voix près. Le chantage affiché par le premier ministre, repris par la suite par ses successeurs à chaque fois que la Vouli a dû se prononcer sur des lois si discutées, fonctionne: « Si le gouvernement saute, c'est la faillite du pays et la sortie de la zone euro... », dit en substance Yorgos Papandréou. Quelques mois plus tard, l'appareil du PASOK est à nouveau ébranlé: au moment du deuxième mémorandum, Louka Katséli et plusieurs autres personnalités, comme le compagnon de route du PASOK Odysseas Voudouris, votent contre. Ils ne reviendront pas. La première sera exclue de son groupe parlementaire et tentera par la suite, sans succès, de créer sa propre formation; le second, comme d'autres députés PASOK, se rapprochera, progressivement et avec quelques détours, de la gauche radicale de Syriza.
Nous sommes alors en février 2012. Le PASOK poursuit inéxorablement sa chute entamée un an plus tôt. Dans les intentions de vote, il est passé au-dessous des 15 %: l'effondrement est historique et le parti ne s'en remettra pas, lui qui cumulait presque 40% des suffrages à chaque élection depuis sa création, en 1974. L'hémorragie se confirme en effet dans les urnes lors des législatives anticipées une année plus tard avec un score de 12%, et ira encore decrescendo aux européennes du printemps dernier avec un résultat de 8%, - sur fond d'absention croissante: le PASOK, ce grand parti de masse qui drainait le vote populaire grec et constituait le coeur du système politique post-dictature, a vécu. Pour les municipales qui se déroulent au même moment, les grandes villes qui parviennent à ne pas basculer à droite ne réussissent ce tour de force, comme quatre ans plus tôt, que grâce à des personnalités indépendantes et iconoclastes, bien distinctes du PASOK.
Aujourd'hui, la Grèce n'a toujours pas retrouvé le chemin de la croissance malgré les derniers chiffres de l'économie qui indiquent que la chute est peut-être, enfin, enrayée après six années consécutives de récession. Le PASOK co-gouverne le pays avec la droite conservatrice de Nouvelle Démocratie. Chaque loi passe sur la base d'une majorité extrêmement mince, les deux partis rassemblés ne détenant que 154 sièges à l'assemblée sur 300. Et une partie de l'électorat, désabusé, se tourne vers le parti néo-nazi Aube Dorée qui n'avait pas d'existence politique il y a encore trois ans (9% aux européennes en mai). Toute ressemblance avec le cas français...

dimanche 27 novembre 2011

Crise des dettes: 30 000 fonctionnaires grecs en chômage forcé

Mardi 29 novembre, les ministres des Finances de la zone euro vont discuter à nouveau de l’aide financière à la Grèce. L'Union européenne et le Fonds monétaire international doivent débloquer une tranche d'aide supplémentaire de 8 milliards d'euros sans laquelle Athènes devra se mettre en situation de défaut courant décembre. En échange, la Grèce doit prendre des mesures de rigueur toujours plus draconiennes : elle va ainsi mettre au chômage technique 30 000 salariés du secteur public dès lundi 28 novembre.

La réforme va mettre au chômage technique forcé 30 000 personnes qui travaillent actuellement en CDI (contrat à durée indéterminé) au service de l’Etat, soit dans les entreprises publiques, soit dans les collectivités locales ou encore les grands organismes de l’Etat. Les hôpitaux publics sont pour l’instant exemptés de cette mesure de même que les transports en commun, probablement parce que le gouvernement craignait une forte réaction sociale, les transports en commun ayant déjà mené de nombreuses grèves depuis le début de la cure d’austérité.
Cette mesure intitulée « efedria » en grec, ce qui signifie réserve, va pousser à partir de lundi 28 novembre et jusqu’à fin décembre 30 000 personnes à l’inactivité pendant un an. Ces grecs poussés au chômage toucheront alors 60 % de leur salaire et pour l’heure, rien n’est dit sur la suite. Est-ce que ces personnes seront réintégrées à leur poste au bout d’un an ? Est-ce qu’au contraire cette mise en réserve va se prolonger ? Ou est-ce que les employés vont à terme être définitivement licenciés ? C’est bien cette dernière option que tout le monde craint ici. Personne ne se fait d’illusion sur l’objectif final de la mesure qui est de faire de nouvelles coupes dans le budget de l’Etat en diminuant le nombre de ses salariés.
Plus de 5 milliards d’euros d’économies pour l’Etat
Cette mesure ajoutée à d’autres va permettre à l’Etat de réduire ses dépenses de 5,2 milliards d’euros en 2012 pour tomber à 100,1 milliards d’euros, c’est en tout cas ce que dit le projet de budget qui doit être voté dans une dizaine de jours. Il faut dire que s’ajoutent à cette mise au chômage technique le non-remplacement des départs à la retraite, et des départs forcés en préretraite :14 000 suppressions d’emplois au total pour le secteur public grec d’ici à la fin de l’année.
Autant vous dire que cela va créer une certaine cacophonie dans les services concernés par les départs, sans vous parler de l’atmosphère délétère que cela peut entraîner dans les bureaux car les critères pour définir le personnel qui sera mis sur la touche ne sont pas clairs. Mais cette mesure est exigée par les créanciers du pays, Bruxelles et FMI. Elle fait partie du programme que le nouveau gouvernement de coalition s’est engagé à mettre en œuvre avant la fin de l’année afin de pouvoir continuer à toucher les prêts accordés à la Grèce. Et la pression accrue sur le pays, ces dernières semaines, ne laissent désormais plus guère de temps pour tergiverser.
Une réforme qui bouleverse de très nombreux acquis
C’est du jamais vu. C’est la première fois en Grèce que l’on s’attaque ainsi au secteur public. Le choc est rude pour les Grecs car depuis bientôt quatre décennies, le secteur public constituait l’employeur n° 1 du pays et les partis politiques ont d’ailleurs abondamment profités de cette manne pour fidéliser leurs électeurs.
Autrement dit, la mesure sonne le glas des années clientélistes mais pour les personnes concernées, cela signifie surtout la perte d’un emploi que l’on croyait sûr et donc évidemment une nouvelle chute de pouvoir d’achat.
Or les fonctionnaires et travailleurs du secteur public ont déjà subi des pertes de revenus de plus de 20 % depuis le début de la cure d’austérité il y a un an et demi. Et ce n’est pas fini car l’harmonisation prévue des grilles de salaires de la fonction publique va entraîner encore de nouvelles baisses. Autant vous dire que le front social n’est pas prêt de s’apaiser. Une grève générale est d’ailleurs programmée pour jeudi à l’appel des syndicats publics et privés.