TOUT EST DIT

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dimanche 3 février 2013

Exclusif : Je quitte la Sécu, Episode 1 !


Laurent C. est travailleur indépendant. Lassé de ses relations avec la Sécurité sociale, il a décidé de la quitter et de souscrire à une assurance privée. Jour après jour, il vous raconte son parcours, les obstacles qu'il doit affronter, et livrera ses impressions quant au fonctionnement des assurances privées. Cet article est le premier épisode d’une (longue ?) série. 

Avertissement aux lecteurs : cet article et les suivants ne sont pas une incitation à quitter la SS car une telle démarche est sanctionnée par la loi (source : http://www.securite-sociale.fr/Le-monopole-de-la-Securite-sociale) : « Le code de la sécurité sociale instaure désormais des sanctions lourdes contre toute personne qui incite les assurés sociaux à refuser de se conformer aux prescriptions de la législation de Sécurité sociale, et notamment de s’affilier à un organisme de Sécurité sociale ou de payer les cotisations et contributions dues : une peine de 6 mois de prison et/ou une amende d’un montant porté de 7500 à 15.000 € …».
Tout d’abord je me présente
45 ans, marié, 5 enfants de 12 à 18 ans, je suis associé fondateur d’un cabinet de conseil créé en 2006 fort d’une quinzaine de collaborateurs. Je ne suis pas dirigeant salarié et je me rémunère en facturant ma société en qualité de consultant exerçant en profession libérale. Ce point est important car contrairement au régime salarié qui a une cotisation sécu plafonnée, les indépendants ont l'honneur de cotiser proportionnellement à leur bénéfice et sans limite !
Nous ne sommes pas mieux remboursé pour autant. Il faut se payer une mutuelle complémentaire plein pot car non prise en charge à 50% par l’employeur et surtout nous n’avons pas d’indemnités journalières en cas d’arrêt maladie…
Par principe moral j’ai quitté tous les monopoles (Télécom, Électricité, Gaz) dès que cela a été possible et pour l’assurance maladie les récentes augmentations de taux sur les charges sociales votées en 2012 et applicables au 1er janvier 2013 m’ont poussé à appliquer cette doctrine à la sécurité sociale.
21/01 : Démarrons l’aventure
En cherchant "quitter la sécu" sur Google je tombe immédiatement sur le site http://quitter_la_secu.blogspot.fr  et quelques clics plus loin sur www.libreassurancemaladie.com qui nous apprend que grâce à l'Union Européenne la sécurité sociale n'a plus le monopole en France et que je suis donc libre de souscrire à une assurance maladie privée, du moment qu'elle couvre a minima ce que couvre la sécu, et qui donne la procédure à suivre pour sortir de la sécu. Procédure que je vais suivre pas à pas.
1) Est-ce intéressant financièrement ?
En sortant de la sécu on ne paye plus la cotisation maladie (6,5% des revenus déclarés) ni, et c'est toute la beauté de la chose, la CSG (7,5%) et la CRDS (0,5%), soit un total d'environ 16.000€ dans mon cas. D'un autre côté, il faut souscrire à une assurance privée, type www.amariz.fr, société anglaise qui a une offre sur mesure pour les Français rebelles, avec un contrat "assurance premier euro or" qui couvre exactement ce que couvre la sécu, ni plus ni moins.
Note : je précise que je ne fais pas de publicité pour AMARIZ mais que c'est la seule société d'assurance maladie européenne que j'ai trouvée qui prenne en charge spécifiquement les Français.
Le prix ? Pour une personne seule – ce qui est mon cas – tenez vous bien : 352€ par mois soit 4.224€ par an.
Soit un gain de 11.776€ par an ! La messe est dite. Comme mon épouse cotise de son coté à la sécu en tant que salariée, elle reste couverte par la sécu ainsi que les enfants rattachés. Elle garde aussi sa mutuelle.
2) Est-ce risqué ?
Je suis couvert de la même manière et remboursé sur les mêmes bases. Si je veux plus, je prends une assurance complémentaire, comme on est quasi obligé de la faire pour la sécu, en adhérant à une  mutuelle.
Bon, il y a une limite de prise en charge à 450.000€ par an mais je suis en bonne santé et je fais attention à la conserver car, en tant que profession libérale, je n'ai pas d'indemnité journalière en cas de maladie, comme les salariés. En cas de grippe ou autre hospitalisation plus importante, c'est zéro de chez zéro. Autant vous dire que je n'ai pas eu un seul jour de maladie depuis longtemps et que je fais très attention à éviter les problèmes (sports et activités à risques, hygiène de vie, etc.).
À ce sujet, j'ai souscrit depuis que je ne suis plus salarié une assurance spécifique pour les professions libérales et indépendants qui m'octroie des indemnités journalières en cas de maladie. Il y a 30 jours de franchise (ça laisse le temps de guérir !), ce n'est pas donné mais c'est le prix de la tranquillité d'esprit.
Enfin, dans le pire des cas, la sécu est obligée de me reprendre si je recotise chez eux ou même sans emploi en me rattachant à mon épouse qui cotise déjà. D'ailleurs la sécu prend même ceux qui ne cotisent pas  (CMU) ou même ceux qui sont étrangers en situation irrégulière (AME). C'est dire !
Bref, moyennant une assurance française classique pour les indemnités journalières maladie et invalidité/décès, plus éventuellement la complémentaire d'AMARIZ qui coûte le même prix qu'une mutuelle en France, pas de risque particulier sur la couverture et les remboursements.
Le risque est donc bien juridique dans la portée de la loi française et du code de la sécurité sociale par rapport au droit européen.
22/01 : L’adhésion à une assurance maladie privée
Faute de choix (Jour 1), j'ai rempli une demande de devis en ligne chez AMARIZ. Quelques heures plus tard, je reçois les conditions générales en pdf et une confirmation du tarif ainsi que les options possibles (équivalent de la mutuelle santé). Je choisis la Garantie Or Premier Euro qui prend en charge comme la sécu, condition nécessaire pour justifier ensuite à la sécu de pouvoir sortir du monopole. Je donne mon accord par retour de mail et je reçois une copie de ma demande d'adhésion à imprimer et à renvoyer signée par la poste en Angleterre. Nous sommes fin janvier, je fixe la date de prise d'effet au 1er mars afin d'avoir le temps de gérer la coupure avec la sécu et l'urssaf.
24/01 : Confirmation de l’adhésion
Je reçois un mail de confirmation de mon adhésion à AMARIZ m'annonçant que mon certificat d'adhésion va suivre par courrier. Ce certificat est le sésame à produire auprès de la sécu et des urssaf pour justifier de ne plus avoir à payer d'un côté la cotisation maladie, de l'autre la CSG/CRDS.
En attendant de recevoir par courrier mon certificat d'adhésion à ma nouvelle assurance maladie, je prépare le terrain pour la coupure financière avec la sécu et les urssaf, à savoir l'annulation des prélèvements obligatoires que ces 2 rapaces organismes ont sur mon compte professionnel. Cela évitera que la sécu continue à me prélever alors que je ne serai plus assujetti. Mais les connaissant, ça ne va pas se faire sans mal et quelques courriers de relances et autres injonctions le temps qu'ils comprennent que je me justifie de mon bon droit.
Je suis affilié à la RAM (le nom est révélateur…). Leur slogan "choisir la sérénité" est assez croquignolet quand on sait que c'est l'organisme qui a le monopole pour l'assurance maladie des indépendants ! Où est le choix je vous le demande... Je fais ma demande par envoi de message car il n'y a pas de choix (non plus) prévu pour les demandes d'arrêt de prélèvements. Je vous rassure, il y en a une pour les mises en place de prélèvements, ils ne sont pas fous.
Pour les URSSAF, je paierai chaque mois par chèque ma dîme en ôtant la part de CSG/CRDS prévue. Chez eux, la demande d'arrêt de prélèvement automatique se fait en ligne. C'est déjà ça mais attendons l'accusé de réception...
Enfin, pour les enfants : petite demande à la sécu pour leur rattachement sur le numéro de sécu de mon épouse et pas le mien. Là aussi il y a un choix prévu sur le site web pour ce cas de figure.
28/01 :
La sécu nous prévient que la mise à jour de la carte vitale de mon épouse n'est peut-être pas possible. Comment ça « peut-être pas ? » On va donc attendre quelques jours que « c’est la faute à l’informatique » nous trouve une solution. Dans la négative, il faudra renvoyer la carte et ils nous en enverront une nouvelle. Pourtant il y a une puce sur ces cartes ! Si ça ne permet pas de mettre à jour les bénéficiaires, on se demande vraiment…
29/01  :
Je me connecte sur l’espace assuré de la RAM-GAMEX pour voir où en est ma demande d’arrêt de prélèvement automatique. Il est indiqué "Demande transférée au service concerné. Délai prolongé de 72h."
Ce n'est pas gagné !
À suivre…

samedi 2 février 2013

Hollande au Mali: l'audace c'est maintenant!

Au risque de paraître imiter Nicolas Sarkozy à Benghazi, François Hollande devait se rendre à Tombouctou. Il n'a pas traîné...
"Et Tombouctou, c'est pour quand?" L'insistance mise par le Président de la République, durant plusieurs jours, pour avoir une réponse à cette question montrait bien qu'il avait un projet et une impatience en tête: aller à Tombouctou, ville emblématique et désormais symbole de la reconquête territoriale et idéologique du Mali. Si j'ose dire, c'est de bonne guerre. Il faut exploiter à chaud les réussites. Face à une opinion nationale en quête d'autorité politique et en manque de fierté patriotique, François Hollande ne pouvait rêver mieux. Et même si c'en n'est pas le but, l'occupation de l'espace médiatique offre l'avantage de relativiser les problèmes quotidiens et d'oublier les gaffes et les divisions autour du mariage gay. Deux jours durant, on va donc avoir des images en continu rendant hommage à la France et à son pacifique président mué, contre toute attente, en chef de guerre. Depuis le début, cette affaire, que des mauvais joueurs qualifiaient d'improvisée, est en réalité millimétrée, autant sur le plan médiatique que militaire. Pour autant, ce voyage présente des risques, pour François Hollande. Physiques et personnels, d'abord: les conditions de sécurité à Tombouctou, sans comparaison avec Benghazi, ne peuvent pas écarter l'acte isolé d'un djihadiste infiltré. D'autre part, et le souvenir libyen est là pour nous le rappeler, le plus difficile n'est pas toujours la phase militaire. François Hollande ne commettra pas l'erreur d'aller crier victoire à Tombouctou, mais son message se retournerait contre lui si la reconstruction d'un Mali souverain et démocratique n'était pas le résultat durable de l'opération. Demain, François Hollande sera plus acclamé en Afrique qu'en France. Ce sera la retombée d'une audace qui n'est pas sans danger!

Comment l'antiracisme s'est imposé comme cause de remplacement (facile) à la défense de la classe ouvrière


Comment le PS choisit ses pauvres, délaisse les ouvriers, et se tourne finalement vers la classe moyenne supérieure pour trouver des électeurs. Extrait de "De l'abandon au mépris".
"En 1991, le grand virage sera enfin mis par écrit. La classe ouvrière disparaît avec l'eau de la rigueur des préoccupations du Parti socialiste. Dans son nouveau projet, il préfère s'ouvrir un « nouvel horizon ». Le texte est clair : « Le socialisme ne s'identifie plus avec l'avènement au pouvoir de la classe ouvrière. »  
La classe ouvrière qui souffre en silence vit très mal cette infidélité. « Les campagnes “antiracistes” parisiennes et à forte couverture médiatique ont – c'est incontestable – hérissé de nombreux ouvriers. » Ce coup de foudre du PS déstabilise la classe ouvrière.Pourquoi vouloir d'abord aider les jeunes immigrés ? Sans en prendre vraiment conscience, le gouvernement vient de violer l'une des valeurs fondamentales de l'histoire du monde ouvrier : l'égalité de traitement. Les ouvriers « de souche » ou d'origine étrangère mais intégrés, comme ceux de Longwy, pensent que leurs enfants aussi devraient avoir droit aux mêmes attentions.
 
Pour le PS, le choix des jeunes immigrés offre un double avantage, « d'abord parce qu'ils appartiennent à une catégorie, par définition, minoritaire (ce qui restreint immédiatement le champ de l'injustice et, partant, celui de la mauvaise conscience), ensuite et surtout parce qu'il permet de renvoyer d'un seul coup, par sa seule existence, l'ensemble des travailleurs ordinaires, inclus dans le système d'exploitation classique, du côté des nantis et des privilégiés ». Mais cette stratégie présente néanmoins un inconvénient supplémentaire : les « potes » ne font pas suffisamment d'électeurs. Il faut donc élargir la cible.
 
Pour compenser la diminution constante du soutien électoral de la classe ouvrière, le PS va se focaliser sur les classes moyennes et les fonctionnaires, voire les classes moyennes supérieures. Avec le congrès d'Épinay en 1971, ces deux composantes avaient massivement suivi les principaux leaders du Parti socialiste unifié et intégré le jeune Parti socialiste. La très grande majorité continue d'apprécier les analyses de Michel Rocard, à commencer par sa condamnation des archaïsmes idéologiques. Ce nouvel électorat adhère aux nouveaux choix « réalistes » et européens du gouvernement. À partir de 1983, il vote et votera massivement pour les socialistes. Les professions intermédiaires votent systématiquement plus que la moyenne pour le PS, dans une fourchette comprise entre trois points aux élections présidentielle et législatives de 2002 et treize points pour les élections législatives de 1986. Dans ce groupe, les enseignants arrivent largement en tête des catégories socioprofessionnelles. Comme en écho, ce PS va maintenant se définir comme « le parti du salariat ».
 
En 2011, Benoît Hamon sera obligé d'en convenir, quand il déclare que « la gauche reste, historiquement, le camp du travail ». Historiquement, en effet. Elle a perdu le camp du travail depuis longtemps."
 


Extrait de De l'abandon au mépris, Seuil.

Ecole maternelle : à quand un numéro vert pour dénoncer les mots déviants ?


Après la proposition de débaptiser les écoles maternelles sous le prétexte que le mot maternel est suspect de sexisme l'Académie Française va t-elle enfin prendre parti ? On peut toujours l'espérer, mais comme elle ne l'a pas fait lorsque François Hollande a prétendu extirper le mot race de la Constitution, autant devancer son indignation sans attendre, au nom de ceux pour qui la langue est un outil de travail. Ils méritent le même respect que les ouvriers du textile quand ils s'opposent au démontage de leurs machines, et à la mise à l'encan de leurs procédés de fabrication par des gens qui n'y connaissent rien.
Eh bien, pour un écrivain, ceux qui n'y connaissent rien sont incontestablement les politiques, droite et gauche confondues, à ceci près que les élus de gauche ne se contentent pas d'écrire et de parler un français qui ferait honte à leurs pères, ils prétendent sans cesse en réformer les règles.
Naguère c'était l'orthographe, désormais ils essaient d'y déceler on ne sait quelle philosophie cachée comme le faisaient les agents de la Guépéou face aux auteurs qui manquaient de chaleur à l'égard de Staline. Ils dérivent, insensiblement, dans notre dos, au nom du bien commun, vers la tentation de légiférer sur l'usage des mots, ce qui nous promet un paradis orwellien où les élus, les parents d'élèves et la mercière du coin auront le pouvoir de réclamer l'épuration du langage, la désinfection de l'histoire et la sanction des dérapages, absolument quand ça leur chante. Il suffira d'appeler un numéro vert pour lancer des campagnes de type maoiste contre le vocabulaire à tendance petite-bourgeoise, les adjectifs offensants ou les connotations suspectes, comme ce fut le cas récemment lorsqu'un sénateur a demandé à son voisin en séance c'est qui cette nana ? et que l'intéressée a paru prête à le faire plaquer au sol par la Sécurité.
Qu'on me pardonne l'association d'idées, mais la députée Mazetier, auteur de la mise à l'index du mot maternelle dans Ecole Maternelle ne se doutait sans doute pas qu'on pouvait entrer, en moins de 24 heures, au Panthéon de la sottise législative : eh bien, c'est fait. Elle se doutait encore moins que le moindre étudiant de terminale pouvait convoquer, contre son initiative, la moitié de la littérature française, eh bien, c'est facile à faire. Déjà, quand l'inénarrable François Hollande a examiné à la loupe le texte de la Constitution, un peu comme Louis XVI se penchait sur les horloges de Versailles, il n'imaginait pas qu'un ressort pouvait lui sauter à la figure. Pourtant le mot race figure dans le titre de 4800 ouvrages disponibles à la Bibliothèque Nationale, lesquels en bonne logique devraient passer en lecture restreinte, pour convenir à son sens de l'orthodoxie linguistique et morale. Si l'on traque, à présent, les références au caractère principalement maternel de la première éducation, c'est tout un décor mental qu'il s'agit de remettre en cause, et donc tous les essais, recueils de poèmes, et romans où la distribution des rôles entre hommes et femmes est établie selon des règles à la fois naturelles et immémoriales, comme dans ce passage de Mme Bovary:
A l'encontre des tendances maternelles, il avait en tête un certain idéal viril de l'enfance, d'après lequel il tâchait de former son fils.
Que doit faire un professeur de français devant un passage comme celui-ci ? Caviarder le texte pour obéir aux adeptes américanolâtres de la théorie du genre ?Envoyer au diable les députés qui cherchent la petite bête pour se faire mousser au Parlement ?
Ou  faire plancher ses élèves sur le sujet suivant ?
A l'aide d'exemples précis, vous montrerez que les tentatives pour contrôler l'usage de la langue et réformer l'Histoire au nom des exigences du présent correspondent à un certain type de régime politique, à une certaine vision de la société humaine, et vous direz lesquels.

Mali, Afghanistan, Irak... Ces guerres qu'on ne peut pas gagner en ignorant l'importance des appartenances tribales ou claniques


François Hollande est attendu ce samedi au Mali "pour exprimer à nos soldats tout notre soutien". Mais certaines guerres ne se gagnent pas uniquement sur le terrain militaire. L'Occident imagine trop souvent des solutions politiques vouées à l'échec en oubliant les structures claniques ou tribales structurant ces pays.

Afghanistan, Irak, Libye... Les interventions armées des puissances occidentales ont toujours accouché de troubles socio-politiques dont les conséquences se voient aujourd'hui encore au Mali. Peut-on dire que notre méconaissance des structures claniques ou tribales structurant ces pays explique notre incapacité à pacifier ces régions ?

Philippe Hugon : Il est vrai que l'Afghanistan, la Libye ou encore la Syrie fonctionnent sur des extensions politiques du système tribal, mais il faudrait modérer ce constat dans le cas malien. La question ethnique n’est plus vraiment déterminante dans le pays depuis les années 1960, époque à laquelle le socialiste Modibo Keita a mis en place une politique étatique relayant les logiques ethniques au second plan. Les débats politiques dépassent depuis l’appartenance au groupe et l'on ne peut pas dire qu'il y ait eu dans l'histoire récente du Mali d'important conflit tribal.
Cela est sans compter bien sûr l’exception touarègue qui est un problème récurrent aux frontières depuis plusieurs dizaines d’années. Cette ethnie nomade fonctionne encore sur le mode tribal à l'inverse des Maliens Peuhls ou Bambara qui ont un sentiment d'appartenance nationale relativement prédominant. Les Touaregs ne partagent ni la même histoire, ni la même langue et sont extrêmement attachés à leur mode de vie, qu'ils refusent d'abandonner pour se fondre dans un autre Etat. Cela s'est traduit par de nombreuses alternances entre rébellions et négociations avec les gouvernement locaux par le passé. La chute récente du régime de Khadafi combinée à la faiblesse de l'Etat malien a permis depuis aux tribus nomades de monter en puissance et de lancer le mouvement d'indépendance de l'Azawad qui est à l'origine des troubles actuels. Dans le cas du Nord Mali, et plus généralement du Sahel, la connaissance des logiques tribales, qui permet par exemple d'être au fait des alliances matrimoniales formées entre les différentes tribus touaregs, est effectivement un atout clé de la pacification. Le risque d'amalgames entre Touaregs et djihadistes est par ailleurs croissant comme le montrent les exactions arbitraires de l'armée malienne et les conséquences ne sont pas ici à prendre à la légère.  
Olivier Roy : La pacification du Mali, et plus généralement de la région, sera difficilement envisageable si on se contente de remettre en place une administration similaire aux précédentes qui sera mal vue par la population du nord et qui sera probablement responsable d'exactions. A long terme la seule option viable quoiqu'on en pense est de prendre en considération les différents acteurs politiques et de leur donner le temps de trouver un consensus. Le problème est que les interventions extérieures anesthésient le débat politique local en favorisant telle faction contre telle autre ou en donnant à telle faction le sentiment qu’elle n’a pas besoin de trouver un consensus et une légitimité pour s'imposer. Du coup, on gèle tout processus propre à l’Etat en question. Or, il n’y aura pas d’Etat légitime, donc de pacification durable, sans un processus politique malien. Rassembler quelques représentants officiels dans un hôtel et les enfermer pendant quinze jours pour qu’ils trouvent un compromis ne ménera hélas à rien et risque peu de déboucher sur un Etat fort et légitime.

La France a justement un objectif de "reconstruction" de l'Etat malien, le but étant d'assurer la stabilité de la région. Cet objectif est-il réalisable alors que les tensions communautaires s'aggravent actuellement ?

Olivier Roy : C’est tout le problème : « A qui va-t-on remettre les clefs ? » On nous a dit que le but de la guerre était d’expulser les terroristes islamiques sans définir exactement qui ils sont. Où le terrorisme s’arrête-t-il et où commence l’interlocuteur politique légitime ? On annonce qu’on va remettre les clefs à l’Etat malien, mais il n’y a pas de gouvernement stable et légitime qui pourrait prétendre à représenter le pays avant de représenter tel ou tel groupe. Si des groupes radicaux islamistes ont pu faire une percée dans le nord du pays, c’est parce qu’il y avait un mouvement populaire dans le nord contre le pouvoir central. Ce ne sont pas les islamistes qui ont fait un coup de force contre la population locale. Il y a bien eu un mécontentement.

La réorganisation démocratique de l'Afghanistan et de l'Irak est loin d'être aboutie après plus de 10 ans de présence occidentale. Cela peut-il s'expliquer par une négation des rapports structurant les ethnies locales ? Qu'en est-il pour le Mali ?

Olivier Roy : En effet, l’effort de démocratisation ne prend jamais réellement en compte la structure de la société. Il faut prendre le mot tribalisme dans un sens très large : groupe ethnique, famille étendue, etc… En Irak, comme en Afghanistan , on a essayé d’imposer un modèle démocratique traditionnel : le peuple vote, élit un parlement qui prépare une Constitution, puis choisi entre différentes options politiques pour mettre en place un gouvernement qui dirige le pays. Comme on l’a constaté en Afghanistan ou en Libye, il y a bien une demande de démocratie car les gens se déplacent pour aller voter même dans des conditions difficiles. Le problème est de passer de cette demande de démocratie à son institutionnalisation. Livrer clef en main un modèle politique ne fonctionne pas parce qu’on loupe complètement l’étape de la construction de l’Etat. C’est un échec qu’on va voir se répéter au Mali car le but de l’opération est de rétablir la souveraineté de l’Etat malien. Or, il n’y a pas d’appareil d’Etat légitime au Mali.
Dans une situation d’instabilité, les gens votent pour leur groupe et le groupe essaie de se brancher sur l’appareil d’Etat. C’est un réflexe beaucoup plus défensif que prédateur. Aucun groupe ne prétend être l’Etat. En revanche, chaque groupe a peur que l’autre groupe s’empare avant lui de l’Etat. Il y a un système de clientélisme et de corruption, mais ce réflexe de groupe est tout à fait normal dans un contexte où il  y a une ouverture brusque du champ politique sans vrais institutions politiques. La question est de savoir comment les sociétés "tribalisées" peuvent mettre en place un compromis politique et un espace politique.
Philippe Hugon : La démocratie est par définition la loi de la majorité, ce qui pose logiquement problème dans des sociétés pluriethniques où une relation un tant soi peu équilibrée des divers groupes est une condition essentielle de la paix sociale. Cela prend du temps lorsque la démocratie est instaurée de manière rapide et l’on comprend en conséquence les complications de pays comme l’Irak, l’Afghanistan ou la Libye. Les questions de coexistence et de compensation via l’instauration de contres-pouvoirs en faveurs des ethnies moins représentées y sont traditionnellement essentielles et c'est paradoxalement cet équilibre que la démocratie remet en cause dans ces pays pour l'instant.
L’instauration de régimes démocratiques, comme en Libye ou en Syrie s’est basée sur une vision finalement restreinte de la démocratie, plutôt que de s'appuyer sur sa définition universelle : les principes d’élections libres et de multipartisme ne se calquent pas facilement sur les sociétés qui les ignoraient jusque-là. Cela est particulièrement vrai pour ces deux pays : la dialectique pouvoir/opposition s'y construit actuellement sur des antagonismes violents qui contrastent avec les débats politiques institutionnalisés de l’Occident. Cette non-prise en compte des rapports de pouvoirs explique largement l’incompréhension des pays développés face aux Printemps arabes et aux évènements qui en découlent.
Pour ce qui est du Mali, on peut dire que, le conflit grandissant, la question des antagonismes ethniques se posera de plus en plus, la lutte contre le djihadisme ne pouvant pas être l'éternel référent des Etats africains impliqués dans le conflits (Algérie, Tchad, pays de la CEDEAO, ndlr).  Le risque de voir le fait ethnique croître avec le temps est ici bien concret, avec en conséquence un renforcement des réflexes clanique et un bouleversement profond des stabilités régionales.