TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO
Affichage des articles dont le libellé est Nicolas Domenach. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nicolas Domenach. Afficher tous les articles

lundi 14 octobre 2013

UMP: Vive la guerre des Chefs!


Enfin, la guerre vint à l’UMP… Car la guéguerre de positions était mortifère pour la droite, comme pour le débat démocratique. Cette bataille de pelochons, cette « garcerie » de garnements s’arrachant les cheveux, se tirant dessus avec des pistolets qui se révèlent à bouchons,  cette mêlée confuse de menteurs et de tricheurs… Quel triste et désolant spectacle, où personne n’osait remettre en cause vraiment l’Autorité absente-présente ni le bilan passé. Tout cela condamnait l’opposition à un immobilisme aussi tapageur qu’impuissant. Alors qu’une bonne baston devrait permettre d’y voir plus clair et d’agir plus fort. La gauche en a donné quelques exemples victorieux par le passé, où après s’être sérieusement empeignés, les socialistes de diverses obédiences on su se rassembler et l’emporter. A la mailloche, donc !  
Car il ne s’agit pas d’y aller à moitié, de retenir ses coups ni ses réflexions. Ca fait trop longtemps maintenant que les Français sont privés d’un vrai débat sur les échecs électoraux et économiques que le sarkozysme a essuyés. Et de mener cette confrontation sur l’essentiel permettra de répondre à quelques questions qui ne sont pas secondaires. Tout un chacun se demande pour commencer, et d’abord les fillonistes, si Fillon « en a… ». Ses proches croient pouvoir répondre qu’il « a des couilles, puisqu’il les met sur la table ». mais pourra-t-il les conserver longtemps ? 

 
Éternelle question qui, en ce monde toujours très macho, détermine les comportements, les fidélités, les trahisons et donc les conquêtes. L’ancien premier ministre qui a passé sous la table plus souvent qu’à son tour, si on ose écrire…semble avoir décidé que le temps des abandons, voire des reniements était dépassé. Fillon ne se fuira plus lui-même, et nous saurions enfin qui il est. Vaste programme… car l’on s’y perd entre le séguiniste, le balladurien et le sarkozyste. Fillon est un filou flou qui doit prouver qu’il a une cohérence tout autant que du caractère. Ce qui n’est pas gagné, et passera sans doute par nombre de maladresses, il n’en a pas été économe récemment. Mais son salut est à ce prix, et celui de la droite aussi ! 
 
Car il fait œuvre salutaire l’ancien premier ministre en interpellant publiquement l’ex-chef de l’État qui nous la joue au dessus de la mêlée, tout en empêchant la relève de toucher et de réfléchir à quoi que ce soit. Pourtant, lui aussi ne peut échapper à cet examen de vérité : a-t-il évolué ? Sarkozy a-t-il saisi ce qu’il avait d’insupportable aux français ? A-t-il compris ce que ceux-ci lui reprochaient, notamment, sa trivialité, sa vulgarité, son si médiocre culte de l’argent, son incapacité à prendre de la hauteur et à rassembler les français, son hystérisation de la vie publique et des groupes sociaux qu’il antagonisait etc…Tout ce qui filtre de ses confidences laisse à croire qu’il n’a pas changé, qu’il se considère toujours comme le meilleur. « Le seul »! Circulez, il n’y a rien à voir… 
 
Sauf que François Fillon a entrepris de faire sauter le couvercle de plomb de cette magistrature illégitime. La révolution culturelle est sans doute en marche. L’explication de texte bienvenue devrait enfin avoir lieu, car les  « jeunots » ( !) piaffent qui entendent se montrer d’autant plus prolixes qu’ils ont été réduits au silence sous le règne autoritaire de Sarkozy. Ils se découvrent du courage ? De l’audace intellectuelle, eux qui furent si timorés, impressionnés par l’aura de l’ex-chef de l’état ? Mieux vaut tard que jamais. Il y a beaucoup d’énergie et d’intelligence inemployée chez les Bruno le Maire, Xavier Bertrand, Nathalie Kosciusko Morizet ou même chez les fourvoyés comme Jean-François Copé ou Laurent Wauquiez. Après tout, dans une bataille enfin à découvert, ils peuvent retrouver un souffle, une élévation d’esprit qui leur a singulièrement fait défaut ces derniers mois. Mais les petites écornifleries n’accouchent que de petitesses. Alors que les grandes batailles réveillent les âmes mortes. 
 
Alain Juppé aussi après tout pourra sortir de son rôle de vieux sage amidonné. Lui aussi cache (au fond, très au fond de lui !) de …la fantaisie voire de la hardiesse qui, alliée à son expérience, pourraient se révéler du meilleur effet pour cette droite à la ramasse, complètement traumatisée par son extrême. Alors qu’elle se prétend décomplexée, elle n’a jamais été si complexée,  infantilisée dans sa tête. Traumatisée de ne plus savoir qui sont ses chefs et ce qu’ils pensent.  La guerre qui commence entre ces chapeaux à plumes pourrait permettre d’accoucher enfin de cette identité qu’elle a perdue. A quoi croient-ils donc ces opposants qui courent après le FN, tout en maudissant systématiquement les réformes de la gauche…qu’elle aurait aimé accomplir pour certaines ? N’y a-t-il pas deux droites – l’une plus modérée et ouverte que l’autre ? Les libéraux humanistes existent ils encore ? Et les étatistes volontaristes ? Chacun jusqu’ici avance masqué de prudences et de faux semblants laissant le champ libre aux simplismes démagogiques de l’extrême droite. Une fois que ces cheffaillons auront fait le ménage chez eux, dans leurs têtes encombrées de doutes, alors tous pourront cogner efficacement sur l’adversaire frontiste qui ne pense qu’à les détruire.   
 
Mais qu’ils arrêtent donc de pleurnicher, tels des gamins à la première écorchure. Que les sympathisants et les électeurs de l’UMP cessent d’être obsédés par la gauche et les coups à lui décocher dans l’immédiat : leurs attaques ne portent pas, car elles ne reposent sur rien de solide. Et d’ailleurs la gauche est assez grande pour s’en infliger de très rudes à elle même. Mais si elle veut reprendre le pouvoir suprême, la droite ferait mieux…de s’en prendre à elle même. On verra alors qui sont les vrais combattants et les résistants en peau de lapin. Il leur faut une « bonne guerre », on vous dit…

lundi 2 septembre 2013

François Fillon : le coup du Château !

« C’est le ratage de la rentrée ». Les experts en communication politique sont quasiment unanimes : la mise en scène châtelaine de François Fillon et de se famille « à l’heure du thé sur ses terres de la Sarthe » serait « une faute de goût » pour le moins tant ces images « classieuses » les montrent éloignés des réalités françaises difficiles et parfois douloureuses. Alors qu’à l’inverse les proches de l’ancien premier ministre veulent y voir un« coup du château » bien réussi. Rien n’est moins sûr ! Accrochez-vous… 

Ce coup du château serait d’abord parfaitement résumé dans ce titre qui renforce et répercute l’image : « pour bien gouverner il faut être équilibré… » C’est François Fillon en personne qui prononce cette phrase dans la longue interview qui accompagne les huit pages, rien de moins ! qui lui sont consacrées. Il s’agit évidemment d’une pierre dans le jardin…que n’ont pas Nicolas Sarkozy comme Jean-François Copé. Ni l’un ni l’autre en effet ne peuvent mettre en avant comme en arrière plan ce décor du manoir de Solesmes majestueux en son apparat comme en ses fondations profondes sur lesquelles repose, s’enracine et croît une famille qu’on nous présente unie contrairement aux cellules  des divorcés-recomposés-décomposés ! 

Alors que les « pères et les repères » foutent le camp, « le patriarche » est là qui peut régenter sa couvée bien éduquée – comme ils sont tous parfaitement coiffés, vêtus, agencés, on croirait une pub pour la Caisse d’épargne-  et donc ambitionner les plus hautes responsabilités. Une famille qui prend le thé dans l’harmonie du bien être et nous ouvre les porte fenêtres de son manoir, serait une garantie de stabilité, d’enrichissement, de bien être généralisé… 

Ainsi s’expliquerait aussi que le pudique ait envoyé par dessus son donjon sa règle de retenue. François Fillon, contre Nicolas Sarkozy, avait fait de l’économie de communication un principe d’action. Il a toujours tenu à verrouiller son intimité, à se montrer discret sur sa vie privée, tandis que l’ancien Président étalait la sienne. Alors certes le prude ne s’expose pas en short et laisse à ses descendants les bermudas, mais il nous ouvre les portes de sa propriété et celles de son cœur comme de sa vie familiale. 

Non seulement il pose au volant de son tracteur, au côté de son cheval Onyx et de sa femme Pénélope (« son alliée la plus fidèle ») mais il insiste dans ses confessions inaccoutumées : « nous nous sommes mariés voilà trente trois ans, je n’ai jamais rien fait sans son appui… » Et comme elle le soutient -« bien sûr !»- dans sa campagne présidentielle pour 2017, on comprend que  sa candidature, c’est du sérieux. Sans négliger cette fois l’affectueux, puisque ce réservé, ainsi qu’il se décrit, nous confesse l’affection encourageante de son épouse mais n’hésite pas aussi à nous conter ces menus bonheur qui font la vie de famille réussie : « j’ai marié en juillet mon fils aîné Charles… ». Ou encore : « ma fille Marie a un bébé Jules, qui a fait ses premiers pas cet été, chez nous.. » Comprenez aussi que la France avec Lui pourrait demain se redresser et marcher de nouveau vers un avenir radieux… 

Mais il y a mieux encore. Certains fillonistes, et Fillon lui-même ont encore en tête les mésaventures qu’avait connues Jacques Chirac à ses débuts avec son Château de Bity en Corrèze. Quand ce dernier était secrétaire d’état aux Finances dans le gouvernement Couve de Murville, il avait fait l’acquisition, sous la pression de Bernadette (Chodron de Courcelles de son nom de jeune fille) d’une « vieille bicoque chancelante», disait-il. En fait une demeure aristocratique de 2050 mètres carrés qu’il faisait classer demeure historique, ce qui lui permettait de toucher quelques subsides pour les travaux de rénovation et même de ne pas payer d’impôts pendant deux années… 

Tout cela avait fait un tel désordre que le président  Georges Pompidou, son père en politique, l’avait ainsi tancé : « quand on prétend faire de la politique, on s’arrange pour ne pas avoir de château, sauf s’il est dans la famille depuis au moins Louis XV !... » Ce n’est pas le cas non plus pour Fillon, mais en nous montrant ainsi son « manoir familial », comme s’il nous le proposait pour le patrimoine national, au fond il nous le ferait visiter et avaler. Ce serait cela son coup du château : maintenant qu’on la vu, on y reviendrait pas ! Est-ce si sûr ? 

Voilà pour la défense filloniste en tout cas. L’accusation est plus lapidaire : cette mise en scène vieillotte est l’illustration de ce qu’il ne faut plus faire. En croyant dévoiler plus d’humanité, les politiques sans s’en rendre même compte, révèlent de l’inhumanité. Ils révèlent par l’étalage de leurs façons de se tenir, de se vêtir, de décorer leurs intérieurs à quel point ils sont éloignés du commun des mortels. Jean-François Copé avait commis une identique erreur en s’exposant dans Paris-Match il y a quelques mois. Notons que la théière était du même acabit… 

Mais le modèle dans le genre du représentant de l’élite inconscient demeure Edouard Balladur. Candidat à l’élection présidentielle, l’ancien Premier ministre en campagne eut le souci tardif de faire peuple et se fit donc photographier lors d’un petit déjeuner en ses appartements privés avec son épouse. Mais les théières et couverts en argent tellement astiqués lui furent fatals tant ils brillaient de cette évidence qu’il vivait sur une autre planète que le commun des mortels ! Telle est la cruelle leçon que se refusent à tirer les dirigeants politiques : plus ils font des efforts pour montrer que ce sont des hommes comme les autres et plus ils démontrent le contraire. Sous prétexte de quête de proximité, ils accroissent les distances. Sidérales… 

On ne leur demande pas d’ailleurs d’étaler sur la place publique leur vie quotidienne. En ce sens, Fillon 1 qui se voulait discret avait raison contre Fillon 2 l’exhibitionniste ; et il  ne faudra sans doute pas très longtemps pour se rendre compte de son erreur. Il se demandera sans doute un jour : « mais quelle mouche communicative a donc pu me piquer ». Peut-être écrira-t-il même un essai auto-critique : « la communication boomerang » ou « exhibition, piège à… »